19/03/2007

La traversée de la mort (préparatifs)

Réveil à cinq heures du matin, douche rapide, départ vers le port qui est à deux pas, ma musette, mon sac contenant mon portable, ma valoche à roulettes et moi-même. Nous voici bientôt devant le terminal où une petite foule attend l’ouverture des portes. Il doit être six heures et des miettes et, comme on pouvait s’y attendre, tout le processus d’embarquement est en retard – encore davantage que je ne pouvais le concevoir. Ca m’arrange et j’ai donc amplement le temps de m’asseoir à la terrasse d’un café volant, pour y prendre les nouilles du matin, avec du thé.

 

Nouilles et thé terminés, on peut entendre comme une rumeur de l’autre côté des portes de fer qui préviennent toute entrée dans les locaux du terminal. Les portes, finalement, grincent en s’ouvrant et deux ou trois cents personnes se pressent, se marchent l’une sur l’autre, jouent des coudes, se battent littéralement pour être les premières à entrer. Je reste bien tranquillement sur ma terrasse, une nouvelle tasse de thé à la main, à admirer le pugilat. Une fois la bataille finie, et les deux ou trois cents enragés entrés dans le bâtiment, je vais jeter un coup d’œil, en laissant ma valoche aux bons soins de mon hôte. Comme je le supposais, depuis trois ans, rien n’a changé dans le bâtiment du terminal : on trouve une rangée de chaises en plastique, en trop mauvais état, pour la plupart, pour pouvoir prendre le risque de s’y asseoir.

 

Les anciens combattants et les anciens cons battus sont donc presque tous debout, à causer joyeusement en groupe, la bagarre récente déjà oubliée, sinon pour quelques vêtements froissés, un pied écrasé, l’une ou l’autre manche déchirée, un fichu de travers, un chapeau piétiné… Le bureau de l’embarquement n’est pas encore ouvert et un placard annonce que, d’abord, quand il ouvrira, ce sera pour traiter les passagers d’un autre bateau que celui qui va à Sumatra.

 

C’est le bordel habituel.

 

Je retourne donc à ma terrasse où je reprends un thé et laisse passer une petite demi-heure. Ensuite de quoi, il me semble temps d’abandonner le thé et de rentrer dans la salle des embarquements, histoire de surveiller le déroulement des opérations.

 

Les passagers du premier bateau – un bateau de plaisance, qui fait une journée de croisière – sont en file, à donner leur billet et à passer, l’un après l’autre, la douane. On remarque, à cette occasion, le sens de la famille, ou de l’amitié, touchant des Malais, qui accompagnent à cinq – au bas mot – chaque voyageur jusqu’à la porte par laquelle seulement les plaisanciers peuvent passer, afin de lui souhaiter une agréable journée de croisière. Devant la porte, il doit ainsi y avoir une vingtaine de personnes qui multiplient les adieux, s’embrassent, se serrent, pleurent, dans le cas des vieilles dames. On pourrait croire à un départ sans retour pour Mars.

 

Derrière ces désespérés, une autre cinquantaine de passagers et leurs accompagnateurs attendent patiemment leur tour pour faire leur propre théâtre, une fois qu’ils seront exactement devant la porte. Puisqu’ils en auront bientôt l’occasion, pas de raison de ne pas embêter ceux qui les suivent…

 

Enfin, la foule des accompagnateurs se disperse, les plaisanciers étant parvenus à tous se glisser, en donnant probablement un dernier coup à leurs concurrents qui ont le toupet de prendre le même bateau qu’eux, à travers la porte du départ. Restent les voyageurs pour Sumatra.

 

Le terminal se remplit une fois encore, d’autres voyageurs qui connaissent les horaires réels, et de leurs accompagnateurs, parfois déjà sanglotant. Le bureau ouvre maintenant pour le speedboat à destination de Medan.

 

Profitant des exercices préparatoires des accompagnateurs – premiers soupirs, cris étouffés, larmes écrasées, premières embrassades – je file d’un trait jusqu’au bureau, enfin, jusqu'au « bureau », où je prends fermement la première place. Ca n’empêchera pas deux ou trois gros bœufs de me presser pour passer devant moi, mais au moins, j’aurai la certitude de faire partie des premiers à monter sur le bateau, à choisir une place pour garder mon bagage en sécurité et à me trouver un siège moins défoncé que les autres. Si c’est le bateau que je connais, son moteur est bon, mais ses sièges mériteraient un petit entretien.

12:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voyage maritime |  Facebook |