30/03/2007

Fin de la piste, début de la jungle

Après bien des cahots, le bus arrive à Bukitlawang. Nous avons à peine le temps d’entrer dans la gare routière qu’un bonhomme se précipite dans le bus, puis vers moi, et se présente : il s’appelle Pipo, il est guide et il serait ravi de me diriger dans la jungle, à la recherche des orangs-outangs.

 

Il ne me serait pas venu à l’idée, de toute façon, d’aller explorer la jungle tout seul, et la manière dont le guide me saute dessus témoigne, sinon de bons sentiments de sa part et d’une sollicitude réelle pour ma petite santé, pour le moins du fait que les affaires sont calmes et qu’on cherche le client.

 

bridge2Pipo – ma foi, pourquoi pas lui plutôt qu’un autre ; il m’a l’air bien brave - me conduit jusqu’à mon guesthouse : une charmante  champignonnière de bicoques qui entourent une grange aux murs ouverts. La grange c’est, tout à la fois la réception, le restaurant, le bar et le bureau de tourisme à partir duquel les guides viennent vous chercher. Les bicoques qui entourent la grange, ce sont les chambres, groupées trois par trois, dans de petites barres devant lesquelles le torrent, parfois rivière, coule à grand bruit, dans un lit dix fois trop grand pour lui, parfois, au pied de la terrasse.

 

L’accueil est souriant, courtois, charmant : une fois mon bagage mis dans une chambre parfaitement propre, avec douche – froide, bien entendu – et électricité à partir de six heures du soir (l’extinction des feux a lieu à dix heures, c’est Byzance), je suis de retour au bar où Pipo m’attend de pied ferme, afin de discuter bizenesse et gros sous.

 

BintangVu la chaleur, je me prends une bière. En Indonésie, pays islamiste de type modéré, comme chacun le sait, on trouve deux très bonnes bières : la nationale, qui s’appelle la Bintang, et une bière locale, de Bali, appelé la Bali Hai.

 

A Sumatra, dans le nord musulman, bien entendu, on ne trouvera pas de Bali Hai.

 

La raison donnée par le commerçant, quand on s’enquiert, est que Bali étant la terre de tous les péchés, il est peu raisonnable de distribuer les produits des pécheurs en terre presque sainte. Toutes les excuses sont bonnes… Dans le bon vieux temps, on appelait cela l’esprit de clocher. Enfin : la Bintang est excellente, est débitée en bouteilles de soixante centilitres, coûte deux fois rien et je ne vais pas jouer le désagréable. Tout en savourant donc ma Bintang, j’écoute Pipo qui m’explique avoir trouvé un couple de Hollandais qui serait prêt à faire un tour de trois jours en forêt. Suis-je prêt à partir avec eux ? Oui, bon, pourquoi pas. On discute horaires, plan de promenade, ce qu’il faut emporter, gros sous. L’affaire conclue, nous topons là et Pipo, auquel j’ai donné son argent, file faire les démarches nécessaires à la promenade.

 

S’il faut en croire Pipo, une paire de flips-flops, trois chemisettes, une paire de shorts, un maillot de bain et une brosse à dents devraient être suffisants pour le périple : ça ne fera pas grand-chose à porter, car sont inclus, dans cette longue liste, ce qu’on portera sur soi. Bien entendu, il faut encore prévoir deux litres d’eau par jour, mais l’idée est que, le soir, on peut faire bouillir de l’eau ; on a donc besoin que du liquide du premier jour, et des contenants dudit liquide pour les jours suivants – en bref, deux bouteilles de plastique, pouvant prendre un litre chacune.

 

Le coup de la paire de flips-flops, on me l’a déjà faite, et je néglige donc ce bon conseil de Pipo, pour m’armer, plutôt, de chaussures de marche. Ce n’est pas que nous prendrons les chemins les plus ardus, mais il est évident que les sentiers de jungle, ça glisse, c’est bosselé, c’est couvert de bestioles qui ne demandent qu’à vous piquer et à vous mordre. Un minimum de protection me semble nécessaire. Après avoir adapté la liste à ma façon, je me retrouve avec un sac à dos aimablement prêté par la guesthouse, et qui doit peser, bouteilles d’eau et savonnette comprises, quatre kilos à tout casser.

 

J’ai encore une fin d’aprème à tuer ; laisser une lessive à la préposée, à l’hôtel, un peu remonter le torrent, un peu le descendre, faire semblant de hotelne pas voir les filles en sarong, en train de jacasser et de prendre leur bain en groupe, passer les ponts suspendus, voir à gauche et à droite ce qu’il y a à voir. Un spectacle toujours tristounet est celui de l’hôtel chic, construit à grand frais il y a quelques années, dans le but de faire venir le tourisme fortuné, porteur de devises qui font du bien à … - à qui, au fait ? - et qui a flambé dans les tous premiers mois de son ouverture, avec trois cents personnes à l’intérieur. Ca, plus deux ou trois inondations imprévues du torrent qui a emporté quelques guesthouses ces derniers mois, et une série de tremblements de terre particulièrement brutaux ici – les craquelures dans les bâtiments « en dur » le prouvent – tout cela n’a pas été des plus positifs pour l’économie de la région.

 

Les orangs-outangs s’en fichent, eux : ils ont la paix.

 

Le soir, avec un garçon du bar de ma guesthouse, je vais à un bistrot, un peu plus haut, prendre une bière avec les locaux. L’ambiance est joyeuse. Ca chante en cœur sur des chansons de Britney Spears, ça fume des cigarettes locales puantes à souhait – on appelle cela des kreteks - ça joue au billard et ça grignote des chips durs comme des planches de bois. D’une pointe de flip flop paresseuse, ça chasse aussi les crapauds qui, pour des raisons connues d’eux seuls, décident soudain de nous envahir.

 

Au moins, pas de rats.

 

Après une partie de billard perdue en équipe, au milieu des cris de joie de nos adversaires, je retourne dans l’obscurité qui tombe, toujours avec mon garçon, à notre hôtel où il doit commencer son service. Il fait bientôt noir et nous avançons un peu à la devinette. Les cris d’animaux ne sont pas les même le jour et la nuit. Enfin, nous arrivons en vue de notre pont, que nous passons prudemment, en nous tenant aux cordages qui pendent un peu partout.

 

Mon bonhomme file à son service, je retourne à ma chambre, me laver les mains, avant de m’installer à la salle de restaurant où je dévore un délicieux nasi kekchose. Non, merci, pas de bière. Trois sur la journée, je crois que ça m’aura suffit… Après le repas, je paie et décide de ne pas la faire longue : profitant du miracle de la fée électrique, je file dans ma chambre, prends un livre, vais sur ma terrasse, m’étale sur l’un des sièges, lis un peu – miraculeusement, pas de moustiques - puis dodo. Demain sera une longue journée.

09:47 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : soiree campagnarde |  Facebook |