22/04/2007

Art socialiste

Jakarta, c’est Bétonville, entrecoupé d’autoroutes. C’est aéré, respirable, mais c’est ennuyeux, quelconque. C’est aussi le centre de l’art socialiste en Océanie.

 

Horreur1Sukarno, le Fidel Castro local, avait trouvé nécessaire de faire comme tous les dirigeants socialistes dont l’Histoire nous a gratifié: de l’art national et prolétaire. C’est toujours stérile ; c’est toujours vilain. Au centre ville – enfin, à ce qui devait devenir le centre-ville, et qui ne l’est pas devenu, vu qu’il n’y a pas de centre-ville à proprement parler – il y a une espèce de grand obélisque à la gloire de l’indépendance. On l’a planté au milieu d’un parc dans lequel terminent de vieillir en paix quelques cerfs et quelques biches, en semi-liberté. Il est entouré de carrioles à cheval, histoire de faire rire les enfants, le temps d’une promenade, et de marchands de barbe à papa.

 

Les gosses y défilent par cars scolaires entiers. Ca les occupe une matinée, et les instituteurs n’ont pas de classe à préparer ce jour là : le matin, visite, l’aprème, le cours préparé par le ministère, depuis toujours, à la gloire de l’indépendance, des combattants de l’indépendance et du Camarade Sukarno. Ou cours de la matinée, et visite l’aprème. C’est encore mieux, quand on vient de la province, bien entendu.

 

Pour le cours d’instruction civique qui va avec, on tait le rôle des Japonais, je suppose.

 

horreur2Un peu partout en ville, des statues en pied d’un solide gaillard ; ou de sa nom moins solide copine ; ou des deux, bras dessus, bras dessous, sensés représenter la jeunesse indonésienne, l’armée indonésienne, la femme indonésienne, la vache indonésienne, le pompier indonésien, la chèvre indonésienne, le prolétaire indonésien, le politicien indonésien ou la paysannerie indonésienne. J’en oublie certainement. Le vrai type de l’Indonésien moyen, représenté par ces statues, a un vaste poitrail – pour les hommes - et des mains surdimensionnées, tout comme les pieds, pour faire plus peur à l’envahisseur chinois, ou hollandais, qui rode.

 

Quand les mots art et socialisme sont accolés, ça donne toujours le même résultat : c’est moche. L’art stalinien du socialisme scientifique, c’est à vomir. L’art national socialiste, c’est à pleurer. L’art socialiste agricole, mieux connu sous le nom de sado-maoïste, c’est à se flinguer. L’art de la troisième voie, qu’elle soit titiste, castriste, ou sukarniste, vaut ses frères socialistes : c’est nul.

 

Au bout d’une journée de promenade en ville, d’une statue à la gloire de l’Indonésie, à une autre statue à la gloire de l’Indonésie, je décide que le musée de l’indépendance ne méritera certainement pas le détour. Le musée indonésien, quel qu’il soit, n’a qu’un rôle : renforcer le sentiment national chez les chères têtes blondes à coups de chromos. Vous rentrez dans un musée annoncé comme étant celui du batik, de la fabrication du biniou, de la science agricole ou des volcans, on y est immanquablement confronté à une exposition à la gloire du régime.

 

Je ne suis pas indonésien, je fais donc l’impasse. Trop, c’est trop. Les gosses du coins, conduits dans les musées sous la houlette de leurs éducateurs, n’ont pas l’air chaud non plus, ai-je remarqué.

 

Points BlancsDans la rue, je me contente d’admirer les bus antiques qui transportent les locaux, ou une pub pour Bioré, la marque bien connue de sparadraps attrapeurs de points noir. Que n’invente-t-on pas… Un nouveau progrès, dans le domaine des sparadraps attrapeurs de points noirs, est illustré par une jeune femme qui serait tout simplement ravissante, si elle n’était couverte de points noirs qu’elle montre fièrement à la foule en délire : dorénavant, les sparadraps attrapeurs de points noirs sont eux même de couleur noire. Le résultat est que nous pouvons voir de nos yeux à nous que les points noirs sont blancs. Enfin, mieux vaut voir ça qu’être aveugle. Ou alors, c’est le coup d’un logiciel de retouche d’image ?

 

Après deux jours de promenade paresseuse, parfois à pied, parfois sur une moto-taxi, à ne pas voir grand-chose d’intéressant, ras le bol, de Jakarta et de Jalan Jaksa. Hop, internet et un billet pour Jogjakarta. L’avion encore. En fait, le nom de Batavia Airways m’avait tapé dans l’œil, et j’ai décidé de faire la courte distance qui sépare les deux villes en avion, pour le coup d’œil sur le Mérapi, et pour le nom de la compagnie aérienne.

 

SatéC’est pour demain matin. Pour ce soir, comme chaque soir, une petite orgie de satés dans la rue parallèle à la Jaksa : il doit bien y avoir là une centaine de cantines de rue, toutes vendant des satés, chacun des cuistots avec sa recette à lui qu’elle est bonne, avec sa sauce aux cacahuètes unique. C’est délicieux ; je prends chaque fois la portion minimum, qui me permet de m’empiffrer, sur la soirée, à quatre cantines différentes. Chaque fois, c’est un repas de roi. Les rats sont d’accords, qui galopent d’un tas de détritus à l’autre, entre les cantines de saté et les vendeurs de films piratés.

 

Les satés… pour cela, Jakarta, c’est bien. Il devait y avoir quelque chose de positif à dire sur la ville, si on cherchait assez longtemps.

13:53 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, socialisme, cuisine |  Facebook |