06/04/2007

Les macaques attaquent

C’est triste, je vieillis : tout est dur aux fesses et au dos, ce soir. Nous avons dîné d’un délicieux riz au poulet dont, à nous cinq, nous n’avons rien laissé. Du thé par seaux entiers. Il fait noir, c’est une nuit sans lune, ou pas grand-chose de lune, et j’irais bien – nous irions bien – dormir… Il doit être, tout au plus, sept heures du soir… Mais bon, Pipo sort les cartes et nous jouons un peu, y prenant un réel plaisir, passons le temps, pendant deux bonnes heures avant de finalement nous effondrer sur nos tapis de gym. Je suis bêtement en T-shirt et caleçon, à moitié emballé dans un sarong. Cela suffira amplement ; je ferme les yeux, ça y est, je dors.

 

Je me réveille le lendemain, endolori et courbaturé, alors que l’aube pointe et que les autres ouvrent un œil qui a l’air bien comateux.

 

Si je dois en croire mes petits camarades de voyage, il semble que la nuit a été un peu agitée : il y a eu un bel orage avec des cataractes d’eau qui sont tombées sur la toile de tente, heureusement bien isolée de dessus comme de dessous, des éclairs gros comme Dehaene, des coups de tonnerre à faire croire à un concert de Genesis, et je n’ai absolument rien entendu. Par contre, une fois levé, je jette un coup d’œil sur le torrent qui témoigne bien de la véracité du récit. Il a, à la suite de l’orage de la nuit dernière, pris assez bien de volume et son eau, hier presque cristalline, est trouble.

 

Bon, le voyage se terminera par une descente en rafting promise : heureusement que ce n’est pas pour aujourd’hui : d’ici demain, on a le temps de voir venir.

 

Les chemins, eux, semblent ne pas souffrir de ce genre de pluies. Les sentes sont, naturellement, spongieuses. Quant aux rives du torrent, elles sont simples amas de cailloux, et ce n’est pas une pluie qui changera leur texture.

 

Petit-déjeuner roboratif, sous l’œil vigilant d’un varan qui espère des miettes, remballage de nos petites affaires, remplissage de nos gourdes avec de l’eau bouillie. Nous nous brossons les dents, mais ne cherchons pas à faire des efforts démesurés pour la toilette. On doit être plutôt moches mais, les dieux en soient remerciés, personne n’a de miroir pour se faire peur.

 

Démarrage.

 

Aujourd’hui, dit Pipo, nous pouvons espérer d’autres orangs-outangs, qui seront moins habitués aux passants, mais qui devraient être tout aussi familiers. L’orang-outang est une bestiole pétrie de curiosité, généralement affable – tout à l’opposé des singes, en général – et il serait surprenant qu’ils ne viennent pas jusqu’à nous, si nous les rencontrons.

 

Le démarrage est lent, d’abord parce que nous devons grimper une côte particulièrement pentue. Le sol est gras, et ça nous aide plutôt, car nous pouvons facilement accrocher chaque défaut du sentier, de la semelle. Nous avons, de plus, une kyrielle de lianes pour nous aider. Mais bon Dieu, que nos jambes sont lourdes. Après un peu d’échauffement, ça ira mieux, mais je remarquerai, toute la journée, que nous multiplions les fautes, marchons mal, tombons – ou risquons la chute - plus facilement qu’hier, du simple fait de la fatigue. Pas assez d’entraînement. Nous regardons moins bien autour de nous, posons la main sans vérifier sur des insectes piqueurs ou mordeurs, et faisons moins attention à l’endroit où nous devons poser le pied. Les fourmis, qui couvrent le sol, se retrouvent plus facilement sur nos mollets.

 

Bientôt, nous arrivons au sommet d’une colline où nous nous arrêtons un instant, faisant honneur, à grandes lampées, à nos bouteilles d’eau bouillie. Alors que nous allons repartir, un lointain appel de notre rabatteur, des cris d’oiseau, Pipo nous presse de reprendre notre sac « à l’envers », sur le ventre et nous voilà soudain entourés d’une bande de macaques – ils sont vingt, trente - qui, heureusement, restent pour la plupart en hauteur, dans les branchages, tournoyant avec l’œil toujours aux aguets et l’espoir de nous chaparder quelque chose, pendant que les mâles les plus gros s’approchent et nous distraient en nous montrant les dents.

 

Nous mettons Madame, qui pâlit, au milieu et chacun des trois garçons fait face, dos à dos, son sac sur le ventre, suivant l’impulsion de Pipo qui nous guide sur le sentier, afin que nous nous éloignions de ces sales bêtes. Elles ne voient pas la faille et, surtout, elles ne voient rien à voler qui serait tentant. Rien de brillant – nos appareils photos sont, les dieux en soient remerciés, dans leur housse - ; pas de bouffe… Elles nous abandonnent donc vite et reprennent leur chemin. Pfew, les macaques, ça, c’est de la sale bête. Nous repartons, considérablement soulagés mais le cœur battant encore la chamade.

 

Quand j’étais ado, j’ai vu à plus d’une reprise le résultat de profondes morsures, infligées par des babouins, dans le Transvaal aussi bien qu’en Rhodésie. C’était spectaculaire, inoubliable. Je ne détaille pas, en racontant cela à mes petits camarades, afin de ne pas les terroriser : après tout, nous sommes encore dans la barque pour plus d’une journée, et on ne sait pas ce qui nous attend… Je ne dis donc pas que, régulièrement, nous relevions des morts, dans la campagne ; des indigènes littéralement saignés à blanc.

 

Bon, au moins, c'était une mort hallal.

09:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : randonnee, singes |  Facebook |