11/06/2007

Vers la Sule

Il faut vraiment arriver au centre de la ville pour que l’atmosphère provinciale de Rangoon change, que des voitures étouffent littéralement les rues et que les hello joyeux des gosses, des grands, des petits, des messieurs en longyi et des dames en tenue modeste se transforment en hello intéressés – mais exclusivement d’hommes en longyi. Alors que je suis à deux blocs de la Sula, et que le chant monotone d’un bonze qui récite je ne sais quel texte religieux commence à se faire entendre, j’ai mes premiers messieurs qui me saluent, me demandent d’où je viens, quand je réponds, et me proposent aussitôt, leur question posée, de me changer des sous à un tarif on ne peut plus avantageux. On dit oui, ou on dit non.

 

Si on a besoin de changer des sous, on peut dire oui, bien entendu, tant que le taux de change reste dans la logique. Si on se met à vous offrir nettement mieux que d’habitude, vous pouvez être certain que l’endroit où vous aurez à changer vos sous ne sera pas dans la boutique juste en face, au vu et au su de tous, mais dans un endroit qui se trouve loin et où vous pourriez rentrer avec des dollars, votre appareil photo et une paire de lunettes à la mode, et ressortir en caleçons, avec une belle bosse sur l'occiput.

 

Pour l’instant je n’ai besoin de rien, donc je décline avec le sourire. Bientôt, je suis au grand carrefour au bout duquel la Sule se dresse. La récitation des textes sacrés couvre presque le bruit du trafic. Paresseusement, je fais le tour, baguenaudant, allant plus loin que nécessaire, déclinant encore et toujours les offres de services en ce qui concerne du change – et, cela est nouveau, des propositions pour des filles. Quoique, à mon opinion, même le visage couvert de tanaka, les jeunes filles birmanes puissent être d’une rare beauté, je décline.

fairmaiden

 A dire en faveur de Rangoon, et du  reste du Myanmar, je n’aurai en tout et pour tout, au cours de ce séjour, que deux ouvertures dans ce domaine, qu’on se contentera de me proposer des filles, qu’on insistera pas et que, les dieux en soient remerciés, on n’essaiera pas de me refiler, une fois que j’ai dit non aux jolies grandes jeunes filles qu’on me proposait, des petites filles ou des petits garçons. Ca nous change agréablement de Hat Yai.

 

SideParti cinq ou six blocs trop loin, je tourne et me promène par les petites rues – encore très monumentales, héritières des planificateurs coloniaux de l’avant guerre – pour aller jusqu’à la prochaine avenue, afin d’aller enfin jusqu’à la Sule.

 

J’arrive ainsi à l’un de ces grands carrefours, équipés de passerelles qui permettent de traverser les rues sans devoir jouer au poulet sur la route. Les ingénieurs qui prévoyaient la ville, dans les années trente, imaginaient visiblement que Rangoon deviendrait un centre trépidant. Il l’est, en un sens, et le trafic y est dense. Les voitures et les bus y sont, simplement, antédiluviens et leurs accélérations sont risibles : aucun danger de se faire tuer par une voiture, dans le centre ville. Sauf pour un paralysé, peut-être. Enfin, tout le monde passe dans la rue entre les voitures qui se traînent et qui parfois klaxonnent, et le trop plein passe sur les passerelles. Les côtés des escaliers sont utilisés comme étals. Enfin, sur les côtés des escaliers, il y a des mouchoirs sur lesquels des marchandises sont présentée à la convoitise du chaland. On y vend des babioles qui vont de la cigarette débitée à la pièce à des briquets, des chouine-gommes  ou des babioles destinées à vous protéger du mauvais sort. Entre les étals, des mendiants qui ne tendent pas la main, mais plutôt laissent devant eux un petit pot Beteldans lequel on laisse tomber un billet, histoire de s’acquérir des mérites. Ces mendiants aux petits pots, ces étals fait d’un mouchoir au sol ou, quand le vendeur est riche, d’une table sur laquelle on a étalé un bout de tissu pour faire joli, on les retrouve le long de toutes les rues. Les vendeurs, les mendiants attendent, tout en crachant leur salive qu’ils polluent à mâcher du bétel.

 

Près des pagodes, on trouve des petits métiers particuliers : on a des vendeuses de graines pour les oiseaux, ou des offreurs de liberté pour zoziaux. J’ai ainsi vu, un jour, à Mandalay, devant un temple quelconque, une dame qui vous vendait – pour les libérer, bien entendu – de minuscule chouettes. Les pauvrettes vous regardaient, de leurs grands yeux inquiets et ronds. Ca faisait mal mais, un beau jour, quand vous voyagez dans les pays où les gens sont pauvres et attendent de votre part la solution financière à leurs problèmes, votre cœur doit se fermer, même pour les chouettes naines.

 

MonkEnfin, je monte sur la passerelle et prends, dans la distance, une photo de la pagode Sule, puis redescend à la suite d’un bonze qui se protège du soleil avec son éventail, et m’en vais vers elle. Sur ma gauche, c’est le quartier des imprimeurs. Le long de la rue, accrochés à leur table de bois, il y a de petits rabatteurs qui vous proposent, pour une somme ridicule, des cachets.

 

 

 

phoneEt puis, ici et là, des vendeuses de coups de téléphones. En effet, même si, tout comme l’internet, le gouvernement a autorisé récemment les portables sous sa haute surveillance, dans un système national qui n’autorise pas les appels à l’extérieur, il faut remarquer que le téléphone au Myanmar ne marche pas trop bien. Le système de communication date de la fin de la colonie, et s’il marche encore, il commence à boiter. Dans le temps, j’étais allé en Allemagne de l’Est, peu avant la fin des années noires. Le système téléphonique du pays datait de la fin de la guerre et téléphoner de Leipzig à Dresde était une gageure. Il en est de même ici, en plus du fait que la tiède lourdeur ambiante dévore les câbles avec autrement davantage d’agressivité que la fraîcheur grisâtre du climat de l’Europe de l’Est.

 

Et puis, il y a les rats qui donnent souvent un coup de dent, pour savoir si ça se mange, dans les fils, ce qui n’aide pas vraiment le téléphone à bien marcher. Ca tombe bien : le gouvernement n’est jamais trop chaud pour faciliter la communication intérieure. Quant à la communication internationale, les appels doivent être enregistrés. Pour l’internet, il ne connaît pas l’adsl, et ne le connaîtra sans doute pas de longtemps.

10:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : promenade en ville |  Facebook |