30/05/2007

Ponte nocturne

De la véranda de la salle de restaurant, nous regardons, dans le lointain, les lumières de petits bateaux de pèche balancés par la houle. En réalité, vu la distance, ce n’est pas que nous voyions le balancement des bateaux ; mais nous avons vu comme la mer était agitée, dès que le vent se lève, et nous sentons la brise légère qui nous libère des moustiques, sur la véranda : pour nous, c’est idéal – sauf si on aime les moustiques, bien entendu. Pour les pécheurs, ce doit être moins drôle.

 

varOn mange bien, au Blue Lagoon. Le cuistot, une fois qu’il s’est occupé des varans qui nous offrent un spectacle digne du cirque, retourne aux fourneaux d’où viennent, commande après commande, des plats délectables entourés d’un parfum qui l’est tout autant. Avant cela, donc, il joue, avec ses petits camarades, les employés du guesthouse, à enrager les varans, en leur collant de la nourriture à des endroits impossibles. Les pauvres en sont littéralement à grimper aux arbres, dans le but d’attraper des bouts de nourriture qui les narguent – façon de parler – entre deux branches.

 

fanLa gégène est mise en marche dès que le soleil tombe et nous avons de l’électricité de six heures à minuit. Après cela, le réseau s’arrête et les ventilateurs aussi. Heureusement, au bord de la mer, même au plus haut de la saison chaude, il ne fait pas mourant de chaud car, en fin de journée, il y a alors un bel orage qui casse la chaleur lourde et ramène le frais. L’année dernière, dans une autre chambre d’un autre guesthouse, il pleuvait si fort que, finalement, en fin de nuit, le toit a cédé, arrosant les occupants de six chambres qui se trouvaient côte à côte. J’occupais l’une des six chambres en question et je garde un mauvais souvenir de ce réveil en forme de douche.

 

A dire en faveur du propriétaire, le toit a été réparé en quelques heures et il ne nous a pas fait payer pour la nuit interrompue. Le seul problème est qu’il n’avait plus assez de lits pour le jour suivant, et que j’ai donc dû déménager pour… justement, pour le Blue Lagoon. Ainsi que le disait Susie Derkins à Calvin: « when life gives you a lemon, make of it a lemonade ».

 

Je cite de mémoire, mais ça m’a marqué.

 

Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il fait glacial mais la brise de la mer nous donne une petite fraîcheur. Après le repas, pour la première fois depuis des mois, je mets une petite laine, alors que Kina se couvre les épaules avec le sarong que j’ai été lui rechercher dans notre chambre. Nos voisins de la table à côté engagent la conversation avec nous. Ils partent demain, après avoir passé une semaine ici, à faire de la plongée. Ils sont ébahis par ce qu’ils ont vu. Curieux de noter comme la côte Est de la Malaisie est tout simplement extraordinaire, sur le plan du spectacle maritime, comparée aux îles thaïlandaises, aujourd’hui détruites par le tourisme de masse.

 

En fait, la Thaïlande a encore énormément à offrir, mais il faut, pour cela, quitter les centres touristiques. Il y a, bien évidemment, les horreurs de Pattaya, dont on préfère ne pas parler, voire, oublier l’existence. Il y a aussi, dans une mesure infiniment moindre, la cage à touristes qu’on appelle Kao San – où l’on trouvera autant de vrais voyageurs que d’anglaises grassouillettes déambulant en maillot de bain, une bière à la main, exhibant fièrement un tatouage qui, pour leurs péchés, n’est pas temporaire… Enfin, il y a quelques îles destinées à terminer de pourrir sous la masse de touristes qui se croient cool parcequ’ils se saoulent la gueule les soirs de pleine lune, en compagnie d’adolescents boutonneux qui viennent, d’Allemagne, d’Angleterre ou d’Italie, passer quinze jours ici à manger des pad thai.

 

Quoiqu’il en soit, nos voisins chantent encore les délices de la plongée sous-marine des Pérenthiennes. Lors de leurs descentes, ils ont vu ceci, ils ont vu cela. Kina écoute de toutes ses oreilles, pendant que je me dis qu’ils n’ont rien vu de plus que ce que nous avons pu voir cette aprème… Bah, si Kina aime la plongée, qui suis-je pour lui dire qu’écouter Dalida, c’est mieux ? Qu’elle fasse ce qu’elle aime. Elle reviendra dans l’après midi, et nous irons par les sentiers, main dans la main, sur notre plage des amoureux. Elle sera heureuse d’avoir vu ce qu’elle voulait voir, et je serai heureux de lui tenir la main.

 

La soirée avance et il est bientôt possible de suggérer que nous retournions dans notre chambre, sans passer pour un ignoble pervers dont la seule intention est de faire l’amour comme une bête, toute la nuit durant. A dire en sa faveur, Kina accepte ma proposition, chuchotée à l’oreille, sans un seul later, dear. C’est plutôt le genre sourire rosissant, regard par en dessous, tête penchée pour cacher un deuxième sourire dont je ne veux rien savoir et nous retournons dans nos pénates.

 

Brossage de dents, pipi – il faut aller dans la salle commune ad hoc sise au bout du couloir, car, ici, c’est la brousse : il n’y a pas de chambres de luxe et nous partageons tout – et nous nous étendons, serrés l’un contre l’autre, après avoir laissé retomber la moustiquaire autour du lit, à tout hasard, nous murmurant des sottises, à nous offrir tout l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre.

 

ccLe lendemain, pendant le petit déjeuner pris à l’aube, nous apprenons que des tortues ont pondu sur la plage. Les quatre nids sont cachés, presque côte à côte, auprès d’un cocotier tordu. Nous abandonnons notre thé pour aller y voir. Kina me prend la main, alors que nous approchons des nids, devant lesquels nous restons plantés quelques instants. Puis, sa main se crispe dans la mienne. Elle s’appuie sur moi, en tournant la tête.

 

A son regard trouble, quand elle me regarde alors, j’ai comme dans l’idée que notre couple pourrait durer.

 

20:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuits de chine |  Facebook |