07/07/2007

Au vieux marché

Après un passage à l’hôtel, et une douche toujours bien nécessaire, après avoir passé la journée entière sous le soleil, je ressorts, pour faire le tour du quartier. Les alentours de mon guesthouse sont limités, d’un côté, par les murs d’une énorme pagode, accompagnée de son collège dans lequel les moinillons pullulent. Il est, par ailleurs, situé dans un quartier populaire, au centre d’un entrelacs de rues et de ruelles qui font le marché central de Mandalay.

 

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Dans un pays dont on a vite compris qu’il est pauvre, on est toujours surpris de voir le nombre de fleuristes qui proposent leur marchandise. Elle est vendue, qui plus est, dans des quantités effarantes, dans un état de fraîcheur qui ferait baver nos ménagères. L’emballage, seul, pourrait souffrir la critique, puisqu’il n’y a rien d’autre qu’une cordelette tenant les tiges ensemble. Dans le meilleur des cas, après la vente, on vous emballera vos fleurs dans un morceau de journal. Mais ce sera dans les cas exceptionnels, quand vous êtes un étranger et que votre achat n’a sans doute rien à voir avec les divinités, et davantage avec la jolie brune qui se trouve à vos côtés. Alors, Madame la vendeuse glousse assez bien et interpelle les copines, pour leur faire savoir que sa pratique est inhabituelle. Les copines s’attroupent pour venir voir et votre compagne rougissante, brune, rousse ou blonde, est observée de près, les dames commentent la situation à portée d’oreille - mais en birman, ce qui permet de faire semblant qu’on ne remarque rien.

 

Ces fleurs vendues dans la rue n’ont qu’un but connu ici : elles sont données aux idoles, dans les pagodes. Le petit peuple ne pourrait s’offrir un tel produit de luxe ; tout est donc mis en commun, par l’entremise du dépôt devant les statues du Bouddha historique, devant les démons et devant les saints hommes, dans les pagodes. De ce fait, tout le monde en profite et les moines font des efforts louables pour garder les fleurs fraîches aussi longuement que possible. De ce fait, les pagodes embaument non seulement le propre et l’encens, mais les aubépines, les roses ou les iris aussi. Parfois un caca de chien dépare pour quelques minutes le nettoyage remarquable du sol de marbre ou de pavés soigneusement entretenu – car les animaux sont partout, ici – mais un bonze, une nonne ou un laïque viendra vite nettoyer.

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Sur le marché de Mandalay, échoppes et étals se suivent. Les piles d’oignons, de pastèques, de tomates ou de chili tapent à l’œil – dans le cas du chili, le nez aussi. Comment ces gens font-ils pour travailler à transporter, tels nos antiques forts des halles, des charges de chili deux fois plus grosses qu’eux, le sourire aux lèvres rougies de bétel et les yeux secs. Il suffit que je passe à deux mètres des collines de chili pour qu’on en soit à pleurer et que la gorge soit prise.

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Devant chaque boutique, on s’arrête, pour admirer le tableau fait par des gosses qui courent, des parents qui travaillent, des fillettes qui viennent vous regarder sous le nez, la bouche en O, et qui s’en retournent au galop vers les parents hilares, une fois que vous les avez prises dans vos bras, puis relâchées, après qu’elles aient gigoté comme des perdues alors que vous les portiez ou, qu’au contraire, elles se soient pelotonnées avec le plus grand plaisir dans les bras du grand monsieur étranger. La foule est très badaude – il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose comme distractions, sur le marché et hors du marché. Un défilé d’idoles, parfois…

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Les parents vous demandent de les prendre en photo, de prendre les enfants en photo, de prendre leur marchandise en photo, et s’extasient quand, après coup, vous leur montrez, sur votre écran, les photos prises.

 

babesIl m’est arrivé de revenir le jour suivant, ou dans l’après midi du même jour, avec quelques photos imprimées que j’avais prise de l’un ou l’autre, et à qui j’offrais les photos. C’était l’hystérie. Les enfants s’attroupent alors, ainsi que les adolescents, et rient, ainsi que les parents qui m’offraient, qui une rose, qui un oignon… Ah, c’est Valmont qui se rendait compte, un jour qu’il était sorti pour impressionner Madame la Présidente de Tourvel, en faisant la charité, qu’il est agréable de faire plaisir. Penser qu’on peut faire le bonheur d’une famille entière – et, partant, le sien propre - en imprimant une photo… comment pourrait-on alors se priver d’un bonheur si facile à offrir.

 

BetelLes étals les plus modestes sont source de curiosité : on voit de vieilles dames vendre des chiques de bétel, dont elles ont une recette familiale particulièrement appréciée de leur clientèle – visiblement, le produit n’est pas encore en désuétude, ici – et d’autres vieilles dames vendant des pâtes malodorantes dont je ne puis supposer qu’elles se mangent.

 

 

 

 

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Bientôt, cependant, la journée devient grise et je rentre à l’hôtel. Ce soir, avec une lampe torche achetée auprès de l’un des vendeurs de bricoles, dans la rue, j’irai au bar du coin, prendre une bière dans l’un de ces bistrots où l’on m’invitait du geste, tout à l’heure. Nous n’aurons pas grand-chose à nous dire, bien entendu. La barrière de la langue est colossale… mais nous nous sourions par-dessus la table, en savourant notre bière, et les birmans les plus cultivés se donnent le plaisir de me dire deux ou trois mots en anglais, et d’ainsi se faire admirer des copains.

 

En attendant, un petit bout à manger, avec l’espoir toujours déçu de faire un bon repas. Après m’être rafraîchi, je redescends de ma chambre et pars avec un vélo taxi jusqu’au centre de la ville, là où des restaurants chinois et indiens trônent du haut de leur réputation de meilleures tables de la ville – en Birmanie, et face à la compétition de la cuisine locale, ce n’est pas une réputation difficile à obtenir…

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11:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nourritures, elephants, fleurs |  Facebook |