18/02/2007

Inde et Moustache

Il faut, quand on est en Inde, tôt ou tard, parler de la moustache. En effet, c’est un phénomène particulièrement important ici. A Bollywood, la chose est évidente comme le nez au milieu du visage. Si je ne m’en étais pas déjà rendu compte, je l’apprendrais vite.

 

La moustache, donc… On pourrait dire que quatre-vingt quinze (nonante cinq, pour les gens du Nord) pour cent de la gente masculine adulte, ou en passe de le devenir, porte la moustache, en Inde, pendant que, dans le dernier cinq pour cent, la plus grande partie des glabres fait des efforts frénétiques pour acquérir l’indispensable attribut de la virilité conquérante.

 

Les glabres désirant le rester doivent compter pour quelques milliers dans tout le pays : des malades mentaux, probablement, mais aussi quelques rares grands chefs d’entreprises multinationales. Je ne donne aucun nom : ceux qui s’intéressent aux consolidations dans le monde de l’acier verront à qui on peut penser.

 

MoustacheLa moustache, en Inde, c’est le status symbol absolu : Il la faut épaisse, visiblement taillée, à la Saddam Hussein, chez les bons bourges, pour faire plus classique, mais tout aussi visiblement difficile à maîtriser dans sa poussée, tant le poil est dru, épais, sain, que sais-je… Le prolétaire, quant à lui, vise plutôt la moustache façon ancien colon anglais, influencé par Dali : un objet d’art qui mesurera trente centimètres à l’horizontale, pour le moins, recourbé aux pointes, tenu en place par de la laque, par de la cire ou, de nos jours, par du gel capillaire, emprunté par le père à ses gamins, pour faire tenir leur coiffure.

 

Il parait que ça rend les cheveux gras, à propos, le gel, et les jeunes Indiens n’auraient certes pas besoin de gel pour rendre leurs cheveux encore plus huileux, rapport au geste d’autodéfense tout à fait naturel de la peau, pour se protéger des agressions acides de la pollution automobile, dans les grandes villes.

 

Les Indiens utilisent des pommades, des crèmes et des décoctions toutes plus extraordinaires les unes que les autres pour provoquer la pousse, quand ils sont adolescents à la recherche de leur premier duvet ; pour épaissir une moustache déjà en route, mais pas assez, quand les voilà devenus grands dadais pas encore tout à fait hirsutes ; pour entretenir ladite moustache du modèle choisi, quand ce sont des adultes fiers de leur pilosité. Ce que ZZ Top a fait pour la gloire du rock américain, de la barbe et des blondes à forte poitrine, l’Indien le fait pour la gloire de la moustache – de sa moustache.

 

Une fois que les voilà moustachus à ravir … à ravir qui, au fait ? Disons, à se ravir, quand ils se regardent dans la glace, chaque fois qu’ils travaillent leur moustache – je crois que, dans les ministères, ça doit prendre au bas mot dix pour cent de leur temps de travail - , ils passent leurs ouiquindes à entretenir leur moustache et à envoyer le petit dernier chercher un paquet de cigarettes à la boutique d’à côté.

 

A l’occasion, quand ils sont vraiment contents de la tournure de leur moustache, après une journée de travail ardu dessus, ils vont chercher eux même leur paquet de cigarette, afin de faire bisquer le voisinage masculin, qui ne peut que comparer et avoir honte. Bien entendu, cela entraîne le voisinage dans de nouvelles expériences destinées à permettre à la moustache de devenir encore plus belle et chic et de pouvoir rivaliser avec les moustaches les plus admirées du quartier.

 

Comme on le dit dans les pays anglophones : Keep up with the Jones

 

Je ne suis pas certain que les moustaches ont un usage pratique bien précis : permettent-elles vraiment d’embarquer les filles, ou d’en imposer en société ? Qui sait ? Il me semble, en réalité, que la moustache n’a de rôle qu’entre moustachus désoeuvrés, un peu comme chez nous, le sportif du vendredi soir, sa canette de bière bien fraîche posée sur le guéridon à la droite de son fauteuil, les chips sur la table, qui regarde le match PSG-Bastia avec les copains. Ce sportif, donc, a sur les copains un avantage indéniable si la vareuse qu’il porte est au nom de Ronaldisot, ou de Zidâne. Mais cet avantage ne sort par du cercle étroit du groupe de fans qui se réunit ce soir là.

 

Sauf si la vareuse en question est signée par le sportif susdit, bien entendu.

 

Quoique, je ne suis aucunement certain que, même signée par Duchnol ou Tsouintsouin,  la vareuse permet d’embarquer les meufs.

 

La moustache, donc… aux nonante-cinq (quatre-vingt quinze, pour les gens du Sud) pour cent de messieurs qui portent la moustache, correspondent le même pourcentage de dames dont la lèvre supérieure s’orne d’une ombre plus ou moins forte.

 

Curieusement, et malgré la pression sociale locale qui tient la moustache en faveur, il semblerait que l’Indienne moustachue fait tout, quant à elle, pour ne plus l’être, à coups d’onguents, de crèmes, de décoctions, d’épilation, et envie les cinq pour cent de femmes qui ne connaissent pas ce phénomène pileux.

 

Cela à part quelques moustachues désirant le rester : des malades mentales, je suppose.

05:55 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moustache |  Facebook |