11/05/2007

Arrêt au port

Pendant la soirée, c’est exact, il y a un orage. Rien qui me semble bien sérieux mais, c’est exact aussi, la nuit, je dors – et j’ai même tendance à dormir profondément. Donc, le matin, après une grasse matinée tout à fait méritée, je me lève, me douche, m’habille, vais à la salle de restaurant dans le but de nourrir ce grand bête corps qui crie famine et là,  innocemment, la bouche pleine, pendant que Madame distribue les offrandes divines et diaboliques par ci, par là, je m’enquiers de savoir s’il y a eu une tempête la nuit dernière.

 

Madame m’assure qu’aux infos, le monsieur de la météo a bien parlé de pluies diluviennes (elle ne connaît pas le mot, mais c’est ainsi que j’interprète son loooooooots of rains). Qui plus est, dans le journal local, en première page, s’étalent les photos de noyés, retrouvés sur la plage de Sanur. On n’a que le bien que l’on se donne, et le voyeurisme morbide est certainement, si je ne l’ai pas déjà dit, le péché mignon des Indonésiens.

 

Dans ce cas, Madame traduisant la légende qui se trouve sous les photos, ce sont des victimes de la dernière tempête, et non de celle de la nuit précédente. Il n’empêche : la vue d’une pile de cadavres, dans la position grenouille typique des noyés, c’est quelque chose qui vous refroidit. Il est certain que je regarderai le bateau qui nous transportera d’un autre œil, et les nuages qui passent itou. Mon voyage précédent en Indonésie date d’une époque bénie au cours de laquelle il ne pleuvait pas, au cours de laquelle le soleil tapait autant qu’il le pouvait, où je sortais une main prudente, de dessous la tente dressée sur la barcasse, pour la tremper paresseusement dans l’eau et faire un sillage parallèle au bateau. C’était enfantin, mais c’était rafraîchissant aussi.

 

J’ai vite appris que cela était extrêmement dangereux, par ailleurs. Mais cela, c’est une autre histoire.

 

Retour vers ma chambre avec un arrêt doudouces auprès du ouistiti. Quand il vous a, il ne vous abandonne plus. Ainsi, après une dizaine de minutes dans mon cou, pris d’un besoin pressant, il descend au sol et, me tenant fermement par l’orteil, pour que je ne m’échappe pas, il fait son petit pipi avant de remonter le long de ma jambe, jusqu’à mon épaule. Le mot de la fin appartient à un autre client de l’hôtel qui, en partance, nous voit ensemble, qui a vécu la relation que je vis maintenant avec le ouistiti, et qui dit l’évidence : he is so lonely ; il est tellement seul. Comment peut-on faire vivre une vie pareille à un animal. Il me faut l’abandonner, et ça ne va pas sans difficultés.

 

Retour avec mon mototaxi habituel jusqu’à la jetée où le bateau nous attend toujours – un peu penché, me semble-t-il. La flotte qui envahit les cales, je suppose…

 

Le nombre de passagers me semble avoir augmenté. Bien entendu, il est difficile de savoir qui est quoi, dans la foule, puisque chaque passager est, selon la coutume, accompagné d’une foule de parents et de parentes, destinées, quant à ces dernières, à jouer les pleureuses lors du départ. Mais il ne serait pas surprenant que le nombre de passagers ait augmenté. Chaque jour amène son nombre de voyageurs et si un bateau traîne au quai… Instantanément, cela me fait penser à ces reportages concernant les bateaux qui coulent en Indonésie : il y a toujours un manifeste sur lequel on voit bien que le capitaine a accepté deux fois plus de passagers que la sécurité du navire ne l’autorisait. Le nombre de noyés, quant à lui, prouve que le manifeste, c’est de la daube et qu’il y avait, au bas mot, quatre fois plus de passagers que de normale.

 

Passagers, cela veut dire, cargo, poids, déséquilibre.  

 

En attendant, j’ai retrouvé ma famille composée d’un voyageur et de six éplorés. Je leur reconfie mon baluchon et repars me promener. Si ça bouge, ça fera tellement de bruit que j’aurai tout le temps de revenir avant qu’on embarque. Maintenant, je me promène sur le quai, plus loin, jusqu’à un énorme hangar autour duquel l’activité ne cesse pas. C’est du travail à la chinoise, avec des centaines de portefaix qui se suivent à la queue leu leu. Parmi eux, de très vieilles dames qu’on ne s’attendait pas à voir ici.

working

 

L’Indonésie est l’un des plus gros producteurs de pétrole du monde. Visiblement, l’argent du pétrole ne va pas dans toutes les poches. 

 

Partout, en Asie, en Océanie, on voit des enfants travailler avec leurs parents, et des vieillards remplir leur tâche tant qu’ils en sont capables. Les Européens ne savent pas leur bonheur.

 

Il doit être pas loin de seize heures quand j’entends une rumeur sur le quai. Bien évidemment, je m’empresse d’aller y voir. Une annonce vient d’être placardée : à la suite de problèmes techniques

 

Bon, c’est cuit. Je ne saurai pas si c’est la faute au temps, ou la faute aux pirates, ou la faute à la machinerie du vapeur qui devait nous transporter. Retour à la guesthouse – ça fera bien rire Madame ; le ouistiti sera ravi – et préparation de mon retour vers Jakarta.

12:59 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marine, travail |  Facebook |