28/05/2007

Arrivée aux Pérhentiennes

Quand le bus que nous avons pris à Kota Bahru s’arrête d’un coup de frein piaulant, au centre de Kuala Besut, j’éprouve quelque peine à réveiller Kina qui dort, depuis le début du périple. Nous avons eu la chance de prendre l’un des deux bus qui font le trajet direct à Kuala Besut, d’où nous devrons prendre un bateau pour aller aux îles. Les bancs étaient raisonnablement confortables et Kina a commencé par piquer du nez, puis a mis la tête sur mon épaule et a enfin terminé, étendue de tout son long sur la banquette, les pieds dépassant dans le couloir, la nuque cassée sur mes genoux.

 

De tout son long n’est peut être pas la manière la plus réaliste de décrire la position de fœtus dans laquelle elle doit rester, pour ne pas dépasser de trop la banquette, faite pour accueillir  trois petits malais, ou deux petits européens maigrichons, en position assise.

 

Le trajet était, à vrai dire, sans grand intérêt : c’est, de Kota Bahru jusqu'à la mer, une route presque droite, qui traverse de la plaine avec des rizières pour l’instant en friche. La saison de la plantation approche, mais les pluies ne sont pas encore là, les paddy fields sont encore trop secs. Ici et là, au bord du chemin, devant une maison de bois plantée sur des pilotis, un buffle mâle attaché à sa corde, et qui regarde le trafic de la route, faute de trains.

 

Parfois, aussi, un troupeau de buffles, surveillés par un cow-boy ou une cow-girl, afin qu’ils ne s’égarent pas. Usuellement, dès que les buffles ont trouvé une mare bien boueuse, ils ne s’en éloignent plus et s’y vautrent la journée entière, n’en sortant que pour une rapide séance de ravitaillement, au plus proche de la mare en question.

 

Quoi qu’il en soit, Kina a dormi comme un ange, les deux heures que le trajet a duré et je regrette d’avoir à lui toucher l’épaule pour autre chose que pour une caresse. Mais bon, notre chauffeur m’a fait signe pour me faire savoir que nous allions bientôt devoir bondir hors du bus. Kina, réveille-toi. Elle ouvre les yeux, se redresse, en cachant, de ses deux mains, un bâillement. Oui, nous arrivons ; oui, elle a bien dormi ; oui, à en croire l’heure, nous devrions avoir un bateau très prochainement.

 

Cette fois ci, c’est notre arrêt. Les freins poussent un cri de martyr, le bus s’arrête. Devant la porte du bus, un monsieur l’air très affairé s’approprie immédiatement le sac de Kina et s’éloigne, nous invitant du geste, pour aller vers la jetée. C’est sur le trajet qu’il nous questionne et apprend que nous avons déjà notre billet de bateau. Du coup, il lache le sac de Kina et nous abandonne à notre sort. Bonne chose. Kina et moi, trouvons vite le bureau où nous devons nous présenter pour l’embarquement. Ah, le prochain bateau sera dans une vingtaine de minutes.

 

Nous laissons nos bagages à l’agence après avoir indiqué le nom du guesthouse que nous souhaitions avoir. La préposée a immédiatement téléphoné : il y a de la place et notre chambre est réservée. Ah, une chambre double pour deux personnes, ça commence à faire couple établi. Kina sourit en baissant la tête.

 

Le village est sans grand intérêt, sinon pour son côté shopping, avec une spécialisation bien logique dans le marin. Dans le bloc de maisonnettes qui se trouve devant la jetée, se suivent quelaues échoppes de vendeurs de billets pour aller en bateau aux Pérenthiennes, quelques magasins qui débitent des maillots de bain ; du matériel de plongée ; des masques, des tubas, des palmes. Il y a enfin deux supérettes qui vous proposent les produits qui seront vendus deux fois le prix sur les îles : alcool, alcool et alcool. Kina et moi avons nos maillots, et nous décidons de faire l’impasse sur les boissons alcoolisées.

 

Les vingt minutes passées, nous revenons tranquillement jusque chez notre agent de voyage où nous sommes attendus – sans impatience ni trépignement : en Malaisie, tout le monde a le temps. Le prochain bateau va partir. Nous reprenons nos affaires et, en quelques pas, arrivons sur la jetée. Un hors-bord bimoteur, qui doit pouvoir contenir une dizaine de personnes tout au plus, et qui en prend une quinzaine, est effectivement à l’attente, ses moteurs ronronnants. Nous prenons place, empilant nos sacs dans un cagibi arrangé à l’avant, dans l’étrave, puis nous glissant comme deux sardines supplémentaires dans une boite. Le bateau démarre.

 

Le trajet dure une petite heure et doit bien faire une trentaine de kilomètres en pleine mer de Chine. Le hors bord file comme le vent, afin d’éviter aux pirates, nombreux par ici, toute mauvaise tentation. Dans ce même but, il n’y a aucun temps laissé à la manœuvre : nous n’essayons pas un instant de virer ou de ralentir, quand les rouleaux de la mer se font latéraux, ou un peu plus violents. Nous sommes vite arrosés et on comprend la raison pour laquelle – indépendamment du fait qu’ainsi, le pilote gagne de la place pour des passagers supplémentaires – les bagages ont été mis à l’écart.

 

Cette fois ci, nous sommes du bon côté du bateau et ce sont nos vis-à-vis qui sont abondamment aspergés – ce qui ne veut pas dire que nous sommes indemnes…

 

Enfin, les Perenthiennes apparaissent à l’horizon. Un groupe de quatre îlots qui est un paradis de la plongée sous-marine, et puis les deux  îles – une grande et une petite – sur lesquelles il y a quelques guesthouses et même un vrai hôtel chic. Le bateau ralentit, arrive devant le hameau à partir duquel les passagers commencent à descendre.

 

Ici, c’est encore la jetée.

 

BL2A partir de l’arrêt suivant, notre bateau s’arrête à bonne distance du rivage ; une pirogue arrive, en provenance de l’un ou l’autre guesthouse, et vient chercher ses clients. Kina et moi sommes les deux derniers, et quand nous découvrons la baie dans laquelle notre guesthouse est tapis, c’est l’émerveillement. Enfin, je sais ce que sont les paradis, et je sais que, pour moi, ils n’ont qu’un temps, mais il est impossible de ne pas partager le plaisir de Kina, dont les yeux brillent alors qu’elle regarde tout autour d’elle. Bah, on tiendra bien une semaine avec elle… Notre bateau taxi attend, balloté sur la mer de Chine, alors que, tout doucement, sur la plage, quelqu’un met une barque à l’eau pour venir nous chercher.

BL

 

12:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : iles |  Facebook |