16/08/2007

Mes adieux à Rangoon

En début d’aprème, nous arrivons à Rangoon. Les chauffeurs de taxis se bousculent, et je prends le premier venu, pour me conduire au Motherland. C’est en plein centre ville, à deux pas de la Sule, et donc bruyant de six heures du matin à dix heures du soir, mais je ne compte pas rester à l’hôtel à écouter la mélopée infatigablement débitée par des moines qui se relaient, devant le micro de la pagode.

 

A peine arrivé et mes affaires déposées, je file vers l’Est de la ville, un endroit que je n’ai jamais vraiment fréquenté, afin de voir si je peux y trouver un cybercafé. Pour la douche, ce sera ce soir. Je suis poussiéreux, certes, mais le voyage a été court et, de ce fait, pas trop inconfortable.

 

Quand je dis court, ce sont quand même cinq heures de routes…

 

Où qu’on soit dans Rangoon, ce sont toujours les même flics surveillant le trafic, aux carrefours, des messieurs en longuy qui vous abordent avec un beau sourire aux dents – s’il en reste - d’un rouge sombre particulièrement spectaculaire, pour vous proposer ensuite de changer de l’argent. Et puis, tous les passants qui vous sourient assez facilement.

 

Il ne faut pas bien longtemps pour trouver un cybercafé. Ici, j’aime autant utiliser le matériel local : l’électricité saute à tout moment ; quand vous venez avec votre portable, une foule serrée vous entoure avec respect – merci la vie privée… - et il peut toujours arriver qu’un serveur bien vérolé vous colle une cochonnerie.

 

Les appareils locaux, donc.

 

L’internet est une nouveauté ici. La junte l’a autorisé il y a moins de six mois. De ce fait, les connections se font encore par fil téléphonique ; l’ADSL est un mot magique, qui concerne un produit que personne n’a jamais vu. Le téléchargement prend une éternité et tous les services que l’on peut trouver par internet – les messageries électroniques telles que yahoo, par exemple – sont demandées en wap, plutôt en service complet. Grâce au wap, ça avance, mais bien lentement…

 

Au bout d’une demi-douzaine de minutes, la première page de cinq messages apparaît. Rien que des pourriels. J’efface et lance la deuxième page. Pendant que la machine tourne, le patron et moi-même bavardons du temps qu’il fait, de l’étranger, de Rangoon. Je le laisse aborder les sujets qui fâchent. Au Myanmar, un étranger qui parle politique est un danger public que les indigènes évitent prudemment.

 

Si par contre, vous causez de tout et de rien, les gens du coin se feront une joie de vous faire savoir tout le mal qu’ils pensent du gouvernement. Vous pouvez opiner ; n’essayez jamais de les dépasser. Les Birmans ont besoin de vider leur cœur et leur sac, pas de vous entendre prêcher une révolution qu’il est impossible de faire. Le régime est constitué, il est fort. L’opposition est dispersée, n’a aucune structure. Inutile, à grands coups d’envolées lyriques à la sauce Jack Lang, d’envoyer tout un peuple à l’abattoir.

 

Ecoutant mon commerçant d’une oreille distraite, je voir enfin une deuxième page qui s’affiche. Les messages, cette fois ci, ont enfin un intérêt – du moins, les noms qui s’affichent me font espérer des messages qu’il sera bon d’ouvrir. Pas de chance, le premier est un message de mon frère, qui me fait suivre une grasse plaisanterie dont il a le secret. Je me demande parfois s’il lui arrive de travailler, au bureau… Bah, je souris, et efface.

 

Le deuxième vient de mon avocat, en Allemagne. Là, c’est du sérieux. Werner utilise sa messagerie pour du business, pas pour rire. D’ailleurs, il ne rit jamais. Un message de lui, c’est toujours signe de quelque chose – que ce quelque chose soit bon ou non, c’est un autre problème… J’ouvre donc le message.

 

Une heure plus tard, je sors des bureaux d’Air Asia, où j’ai pu me trouver un billet pour rentrer demain matin à Bangkok. Une heure encore : grâce à l’amabilité – fortement aidée par un billet de vingt dollars – d’une employée de l’agence de voyage qui se trouve devant la Sule, la date de mon retour vers l’Europe, qui était prévue pour dans plus d’un mois, s’est magiquement changée en demain soir.

 

L’avantage, c’est que je passerai d’un vol Qantas, via Londres, à un vol Eva Air jusqu’à Vienne, suivi d’un saut de puce jusqu’à Bruxelles, dans l’un des Avro de SN. Tant mieux ; je n’aime pas Heathrow. Tout cela pour dire que, demain, tôt, je serai à l’aéroport de Rangoon, une bonne semaine avant la date prévue. Arrivé à l’aéroport de Bangkok, je mettrai mes bagages sous la bonne garde d’Eva Air, irai traînailler la journée en ville, avant de revenir vers les sept heures du soir, pour entrer dans le monde de confort feutré de ma ligne arérienne préférée. Mieux vaut cette entrée en matière, avant de commencer une nouveau chapitre infernal.

 

Mon blog de voyage se termine aujourd’hui, avec les adieux que je fais, ce soir, à une ruine coloniale attachante, qu’on appelait Rangoon et qui s’appelle aujourd’hui Yangon. J’irai au bar dans la rue centrale où se trouvent les plus grands établissements de la ville. On y chante et on y voit jusqu’à l’heure fixée par les autorités, à laquelle les établissements ferment et les clients se dispersent, seuls, en couples ou en famille. Ensuite, les générateurs s’endorment, la Sule se tait, les bonnes gens vont au lit.

 

Demain matin, ce sera un taxi que j’ai déjà réservé, qui m’attendra une bonne heure à l’avance, pour rouler par les chemins défoncés jusqu’à l’aéroport. Puis un vol qui me fera changer d’un fuseau horaire et demi, la défonce d’une ville folle, Vienne endormie au petit matin, Bruxelles et ses douaniers ménapiens, antipathiques et méfiants.

 

Puis, ce sera Francfort.

 

22:37 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fin de partie |  Facebook |