20/02/2007

Affiches de cinéma

cinocheindien

 

 

Actors

 

Tiens, pour changer, rien que de l'image, sans texte... Y sont pas bô, mes acteurs Indiens?

03:15 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema |  Facebook |

19/02/2007

Ma carrière d'acteur

Le lendemain, frais comme une rose – enfin, comme une rose pourrait l’être à Bombay, avec le temps lourd que nous savons - je termine mon petit déjeuner dans le corridor de l’hôtel quand je reçois un appel de ma journaliste, qui m’annonce son arrivée pour dans les prochaines minutes et me prie de l’attendre au pied de l’immeuble. Une fille qui connaît l’heure, c’est une fille bien.

 

Je termine donc mon toast d’une bouchée, finis mon thé, me brosse les dents en un tournemain et descend donc dans la rue, où je suis immédiatement noyés sous des vagues de mendiants. Alors que je me bats, le dos au mur, une Tata moderne, d’un jaune canari des plus éclatants, arrive et freine sec : la fenêtre s’abaisse et ce qui est probablement une bordée d’insultes, adressée à mes assaillants, sort de la voiture, faisant s’ouvrir, au milieu de la foule des malheureux, un chemin rappelant celui de la Mer Rouge que feu Moïse, dans je ne sais plus quel film américain à grand spectacle, était parvenu, avec l’aide du Tout Puissant, à ouvrir à son peuple qui souhaitait vivement rentrer en Palestine.

 

C’est ma journaliste, vers laquelle je me précipite alors qu’elle a ouvert la porte. Nous démarrons tout aussi sec. La clim’ de la voiture est bienfaisante. Mademoiselle la journaliste me conduit tout uniment aux studios, chez un copain à elle qui est régisseur et qui la paie – ah, elle l’avoue avec une franchise qui ferait chaud au cœur, si vous n’étiez l’esclave vendu – pour trouver des européens capables de tenir un petit rôle dans les myriades de films produites par son studio. Comme elle n’avait rien à faire ce matin, ma foi, mon appel tombait bien. Je lui pose quelques questions sur les possibilités qui s’offrent à moi, de visiter les studios, sur les petits rôles que je pourrais obtenir, le cas échéant et… sujet toujours épineux, sur ce que ça peut rapporter.

 

Là aussi, puisqu’elle est devenue mon manager potentiel, elle est franche : ce n’est pas avec les rôles de trois fois rien, les apparitions, les silhouettes, les trois secondes d’écran au cours desquelles on vous demande tout simplement de sourire et de serrer une main, que je vais devenir riche, et elle non plus.

 

Mais, vu qu’elle m’a vu passer sur l’écran, elle a confiance quant au fait que je pourrais décrocher de « vrais » petits rôles qui nourriront leur homme (ça, c’est moi) et leur femme (ça, c’est elle).

 

Arrivée au bout d’une heure de route, sans trop d’embouteillages – la fille connaît les raccourcis – aux studios où son copain travaille. On gare la voiture dans laquelle je dois laisser mon appareil photo (« meuh non, c’est sans risque !!! » me dit-elle… Si elle le dit, alors…), on s’inscrit, on entre, reçus par le copain. Ce dernier, un moustachu maigrichon et souriant, après les salamalecs d’usage, m’explique que Raja lui a parlé de moi au téléphone, et qu’il va donc voir si je peux avoir une série de castings, et même d’apparitions, déjà aujourd’hui. Si castings et apparitions sont concluants, ma foi…

 

Exit Raja, qui part à ses affaires, tout en me promettant de me faire signe. J’aimerais autant, vu qu’elle a mon appareil photo dans le coffre de sa Tata jaune canari pêtant.

 

Je suis alors maquillé vite fait, suis casté, effectivement, dans la matinée et, au vu des premiers résultats, suis prié d’arriver demain matin, à sept heures, pour deux ou trois petits rôles qui feront de moi, n’en doutons pas, une vedette.

 

Les castings ? On m’a prié de sourire, de rire, de me lever et de m’asseoir, de me tourner à gauche, à droite, de mimer la joie, la fatigue, le dégoût, le plaisir, la peur, j’en oublie. J’ai dit bonjour, au-revoir et je t’aime en Urdu, en Hindi, en anglais et en français. On m’a bien drillé à ne jamais remarquer la caméra qui tourne. L’air de rien, c’est ce dernier point qui est le mois facile à respecter. Ca nous a pris pas loin de cinq heures, tout ce bizenesse.

 

On m’a envoyé à la soupe, à midi : devant les studios, il y a une bonne vingtaine de cantines, certaines full veg’, les autres pas veg’, toutes fleurant bon. En choisissant une, au hasard, j’ai eu droit à un curry particulièrement féroce et j’y ai rencontré une demi-douzaine d’autres voyageurs dans mon genre, qui se sont laissé recruter pour Bollywood parce qu’ils avaient besoin de sous, ou afin de voir à quoi ça ressemblait. L’un d’entre eux, un Hollandais, est sur le coup depuis une semaine, et il a déjà fait acte de présence dans une dizaine de films, dans lesquels il entre et il sort, pour saluer un vieillard, pour se sauver devant un singe en furie, pour, assis à un bureau, taper sur le clavier d’un ordinateur tout en poussant un juron bien de chez lui, pour regarder d’un air luxurieux, avec un noir et une trentaine de messieurs Indiens (moustachus, eux), les déhanchements suggestifs d’une danseuse indienne accompagnée de quelques camarades. Ca lui assure ses repas et son logement, depuis une semaine, et il a gagné l’équivalent de près de cent dollars.

 

 Encore une semaine, et il se casse, pour aller en goguette vers Calcutta.

 

Pour moi, c’est le lendemain que je me retrouve vraiment à pied d’œuvre, à effectivement entrer dans une pièce pour saluer, mélangeant les bonjour français aux salutations punjabiennes apprises quelques secondes plus tôt, une famille, à laquelle je suis présenté par le fils qui rentre au pays.

 

Pour cela, dans un studio où l’on fondrait, tant il fait chaud, on m’a habillé d’un costume sombre, avec cravate serrée et chemise blanche, chaussures vernies et pointues, et un œillet à la boutonnière. Je crois comprendre que je suis un fêtard français, à deux doigts de suborner l’enfant de la famille, une ravissante créature potelée de seize ans tout juste - dans le film, du moins : moi, je lui en aurais donné au moins vingt - et qui est, effectivement, à manger. Naïve et belle, elle tombera follement amoureuse de mes « très honoré, Petite Médème ; très honoré, Chèèèr Meuhsieuh… » mais je ne doute pas que ça lui passera, car il n’y aura pas de deuxième intervention de ma part, dans ce film.

 

Deux heures plus tard, je suis revêtu d’un t-shirt immaculé, avec un short de natation comme on en voit que dans les publicités, pour… effectivement tenir un autre petit rôle dans une publicité pour une marque de lait. Mme l’actrice chante et joue tout le bonheur qu’elle a, à boire du lait direct du carton d’un litre, se goulafant à un tel point qu’elle en renverse partout sur elle, alors qu’un jaune, un blanc (c’est moi), un noir et un indien moustachu se dandinent avec enthousiasme à sa droite, regardant avec un air aussi libidineux que possible la boite de lait qui se vide en partie dans la bouche de l’actrice, et qui dégouline en partie sur ses joues, salopant son sari.

 

A la quatrième prise, le metteur en scène est content, et l’actrice en a marre, vu qu’elle n’a pas pu se rafraîchir, puisque la seule partie filmée quatre fois était sa bâfrerie lactolique et qu’on ne notait donc pas que le sari devenait de plus en plus poisseux.

 

Le curry du midi, donc, que je partage avec la fine équipe de la pub sur le lait. J’apprends que je suis déjà un acteur au deuxième niveau: vu que, faut-il croire, les castings ont été bons, je suis passé immédiatement aux vrais petits rôles, qui ouvrent la porte aux vrais rôles... On verra bien, je suis attendu à quinze heures pour une autre intervention.

 

Et quelle intervention : un vrai rôle ! Bon, pas tout à fait, mais presque. Je me retrouve dans un film au caractère historique indéniable, où je suis maquillé à la truelle pour me faire tout à fait pâle et maladif, afin de cacher le splendide bronzage qui faisait ma fierté.

 

Me voilà torse-nu, le torse d’un blanc-rose malsain, affublé de grandes culottes, dans lesquelles on a collé des coussins destinés à me faire un derrière de cheval de labour, trois fois plus gros que je ne suis,  et chaussé de babouches à la pointe aussi longue et effilée qu’un pal.

 

C’est pas trop facile de marcher, avec ça – le lest fesses-cuisses et les babouches, je veux dire.

 

De plus, on m’a collé un turban avec aigrettes qui me donne l’air vachement fin.

 

Je suis, dans le film, le Grand Eunuque du harem du Sultan Trucmachin et je me fends d’un salut jusqu’à terre, quand le Sultan entre et sort majestueusement du harem que je lui garde pur et vierge – enfin, façon de parler.

 

Une fois qu’il est passé, je me redresse et, alors que mon aigrette tremble encore d’émotion de son salut jusqu’à terre, sors de mes vastes poches une clé, qui doit bien faire cinquante centimètres de long, et trois ou quatre kilos de lourd, et referme la porte du harem, ignorant superbement les chuchotements et piaillements qui en proviennent, et les propositions de récompenses issues des lèvres purpurines des épouses et concubines  de Monsieur le Sultan, pour transmettre des lettres à des amants cachés au dehors.

 

Ce n’est pas que j’ai compris les propositions ; c’est qu’on m’a expliqué ce que les filles disaient, et comment je devais réagir : un rire dédaigneux, genre Balladur en goguette, ou un « Mpfh », accompagné d’un haussement d’épaules, selon l’intervenante.

 

Moi, en Grand Eunuque… c’est flatteur. Enfin bon, c’est un rôle de composition, me dis-je philosophiquement.

 

Fin de la journée, je suis reconvoqué pour le lendemain.

 

« Et comment s’improvise-t-on acteur ? » demanderez-vous. « Comment joue-t-on, si on a jamais appris ? »

 

Pour le jeu, c’est facile : nous avons tous vu les dessins animés de Tex Avery. Eh bien, ici, il faut jouer à la Tex Avery pour être… euh… comment dire… pour être… crédible.

 

Prenons un exemple : une fille est supposée me plaire ? Pas quand, dans le film, je suis Grand Eunuque, bien entendu… Donc, une fille est supposée me plaire ? Fastoche ; vous voyez le loup, dans Tex Avery, qui pousse des cris de malade, dont les yeux se désorbitent et dont la langue pend d’au bas mot cinq mètres, chaque fois qu’il rencontre une créature à son goût ? Je fais la même chose, sauf le coup des yeux qui sortent d’au bas mot un mètre des orbites, et c’est bon.

 

Il en va de même pour les autres situations : surprise ? Colère ? Peur ? Rage démoniaque ? Joie ? Embarras ? On roule les yeux, on se tord les bras, on théâtralise à l’excès, et tout le monde est content.

03:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema |  Facebook |

18/02/2007

Rendez-vous est pris

Il doit être sept heures. Ca klaxonne tellement dehors que je ne vois pas de raison particulière de rester au lit. Je me lève donc et me douche longuement sous le jet d’eau froide, histoire de me réveiller, de me dépoisser. C’est même sous la douche, toujours froide, que je me rase, afin de rester frais quelques instants de plus.

 

Ensuite, revêtu de ce que je peux trouver de plus léger dans mes atours, je vais à la réception, où un petit déjeuner, pour autant qu’on le commande, arrive bientôt. Œufs, toasts beurre et marmelade, et thé. Le patron qui me sert, et qui a bien eu le temps de m’oublier, en un mois, me demande d’où je viens, ce que je vais faire ici, et termine par un « ça ne vous dirait pas de faire du cinéma » ?

 

Même pour cela, visiblement, il y a des rabatteurs qui se font quelques roupies au passage…

 

Donc, ils ont besoin de moi : Bollywood, j’arrive. Mais, avant tout, essayer de trouver sa valeur. Je prends donc un air vaguement indifférent, pour demander si ça paie bien, ce qu’il faut faire, si on peut visiter. Le patron, la jouant de manière tout aussi indifférente que moi, me dit qu’il ne pourrait me renseigner exactement, qu’il pose la question vu qu’un copain lui a dit qu’on cherchait parfois des extra, des européens, mais qu’il n’en sait pas davantage.

 

Bon, admettons-le in petto, j’ai fort envie de savoir à quoi ça ressemble, ce truc. J’assure monsieur le proprio que je vais réfléchir, sors de la guest house et téléphone à ma journaliste. C’est son répondeur, je crois, enfin, un message vocal, ça, c’est certain, suivi d’un piiiip qui fait assez bien répondeur.

 

Il est tôt, aussi…

 

Cependant, j’ai à peine raccroché qu’elle me rappelle : elle était sous la douche. Je me fais reconnaître, oui, elle se souvient vaguement de moi, et est ravie quand elle apprend que j’ai décidé de prendre son offre en considération, et de tenter ma chance dans les studios de Bombay. Rendez-vous est pris pour demain matin à mon hôtel: elle viendra me chercher. Il paraît que je suis très bien passé à la téloche, quand l’interviouve d’après manif a été montrée aux informations. Et elle raccroche.

 

Je ne sais rien de plus qu’avec mon patron d’hôtel, mais bon, on verra.

05:52 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema |  Facebook |

17/02/2007

Bollywood, nous revoici!

Ayant accompagné Fujiko, de retour en Europe après ses vacances thaïlandaises, jusqu’à l’aéroport de Bombay où nous nous séparons, elle pour Bruxelles via Zurich, et moi pour la ville, je me retrouve bientôt, une fois passé les deux heures d’embouteillage sur l’autoroute à trois voies, devenues cinq par la force des choses, à nouveau dans mon hôtel à backpacker, à Colaba, me demandant bien ce que je vais faire de ce mois que j’ai encore à passer en Inde : changer d’enfer et aller visiter Calcutta ou New Delhi ? Visiter le Cachemire, là où c’est-y que Pakistanais, Indiens et peuplades non identifiées se tirent dessus, n’évitant pas toujours le voyageur innocent qui passait par là ? Aller au Népal ?

 

Il est deux heures du matin et je n’ai pas sommeil. Et puis, ça klaxonne toujours pas mal, ce soir, enfin, cette nuit, dehors.

 

Je me souviens alors de la proposition d’une journaliste qui m’avait suggéré de faire du cinéma, vu qu’on a toujours besoin d’étrangers, dans les films bolliwoodiens. Après tout, pourquoi pas… Qui sait, peut-être qu’une carrière intercontinentale m’attend là bas ? Il faudrait, pour cela, que je me laisse pousser la moustache, bien entendu. Mais, pourtant, dans les rôles de méchant, la moustache n’est pas obligatoire, je suppose…

 

On verra. J’ai toujours la carte de Mlle la journaliste et demain est un autre jour. Allons dormir. Une fois que je serai levé, dans quelques heures, Bollywoodje téléphonerai à la journaliste et, si elle se souvient de moi, on organisera quelque chose – ne serait-ce qu’une visite de Bollywood, qui doit être bien intéressante : à ce que je sais, il sort plus de film de Bollywood que des studios américains et européens combinés. Bon, il semble aussi que la qualité n’y est pas toujours.

13:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema |  Facebook |

22/01/2007

Les oeuvres immortelles de Bolliwood...

Les films façon Bolliwood, il y en a plusieurs veines.

 

La veine pour enfant fonctionne ainsi : Ganesh a un fils, et ce fils, aux pouvoirs magiques étendus, est facécieux. Ce jeune baudet trouve spirituel de se rendre invisible, de se faire envoler les gardes moustachus de l’un ou l’autre palais et de les envoyer dans des pays inconnus où ils sont poursuivis par des dragons, des démons, des flamands, des monstres de tous genres ; de transformer de riches maisons en masures, et lycée de Versailles ; d’inventer des armées fantômes, dans le but de terroriser des villes et des bourgades. Tout au long de l’épisode, il rit dans sa grande bête trompe d’éléphant plus ou moins bien attachée – les effets spéciaux ne sont pas de mise, ici.

 

Bolliwood a du produire au bas mot un millier de variations, usuellement sans queue ni tête, sur les plaisanteries perpétrées par le fils de Ganesh. Ce gosse mérite la corde. Cependant, si on le supprimait, nul doute que les producteurs de Bolliwood le remplaceraient immédiatement par plus stupide, plus malfaisant et encore plus moche. Et ça ferait rire les enfants du cru. Cette engeance est cruelle.

 

Si l’on s’intéresse maintenant au monde adulte, deux grandes lignes se dégagent.

 

Il y a les films à caractère historique – enfin, qu’ils disent… Dans ces films, un prince moustachu au nom imprononçable, tombe amoureux d’une créature au nom tout aussi imprononçable. Les parents s’en mêlent, puis un jaloux, dont la méchanceté se remarque immédiatement, du fait qu’il est glabre, essaie de kidnapper la pulpeuse créature. Puis les dieux s’en mêlent et force revient au droit, à l’amour et à la moustache. La princesse, dont les yeux avaient été un instant trompés par les démons, revient à son Roméo au nom imprononçable et à la moustache avantageuse. Le tout est entrecoupé de numéros de danse et de chants qui auraient rendu Gene Kelly jaloux. Le film se termine lors d’un grand ballet au cours duquel tout le monde, sauf le vilain jaloux glabre, danse. Le vilain glabre est, quant à lui, prisonnier des démons qui lui font la fête pire que les barbichus musulmans quand ils font la fête aux pauvres petits moutons.

 

Puis, il y a des films modernes.

 

Une ravissante créature du Punjab (les habitants du Punjab, ça doit être leurs paysans du Cantal, de la Bretagne, ou de la Flandre profonde à eux), dans le genre hanches généreuses, œil charbonneux, poitrine avantageuse et double pneu Kronembourg, vient de fêter ses seize printemps. On la voit arriver, emballée dans un sari, courant à travers les champs, vers son papa adoré auquel elle annonce, hors d’haleine (ce qui lui permet de forcer sur le halètement, et de souligner ainsi le volume de ses appas), que sa brebis préférée vient de donner naissance à un adorable petit agneau, que je ne vous dis que ça.

 

Son papa, un noble vieillard tout de blanc habillé et chevelu, à la moustache et à la barbe soignées, parfois veuf, parfois pas, se dit qu’il est temps de marier la petite.

 

Ca tombe bien, il a un prétendant en main.

 

C’est un bon garçon moustachu, du Punjab, lui aussi, qui travaille dur sur la ferme voisine, dont il est propriétaire depuis le décès de son papa à lui. Il garde bien entendu sa maman à la ferme, une noble femme aux beaux cheveux blancs qui entend tout, qui sait tout, qui comprend tout : la tatie-gâteau dont nous rêvons tous. Si la fifille accepte la proposition de son papa, elle vivra une vie de rêve entre un mari qui l’idolâtrera et une belle-maman genre tatie-gâteau, donc.

 

Hélas, trois fois hélas, le frère, qui a été faire des études aux Etats-Unis rentre sur ces entrefaites, avec un ami qu’il a invité à venir voir à quoi ressemblait l’Inde, enfin, le Punjab, aujourd’hui. L’invité est soit un Indien émigré depuis plusieurs générations, et qui a totalement perdu ses racines (il est glabre, c’est tout dire), soit un étranger pur sucre. La pauvre enfant en tombe amoureuse.

 

Dans les cas les plus graves, elle l’épouse.

 

Encore pire, elle le suit aux Etats-Unis, ou en Hollande, ou en Angleterre – cela dépend du film.

 

Mais elle comprend vite que le Punjab, c’est mieux, et que les bons maris moustachus de la ferme d’à côté, avec une maman compréhensive genre tatie-gâteau, c’est l’idéal. Après deux ou trois incidents affreux, impliquant des menaces, quand pas des tentatives, de meurtre, la jeune femme divorce donc et redevient une bonne fille du Penjab car, une fois rentrée, l’oreille basse, elle accepte tout ce que son papa (et sa future belle doche) lui ont toujours dit, et épouse le bon garçon qui l’attendait toujours, la main sur le cœur et la moustache avantageuse.

 

Le tout entrecoupé de danses et de chants à la gloire du Penjab. Ca dure trois bonnes heures.

 

Transposez tout cela dans le cinéma français, changez Penjab par Normandie, Bretagne, Alsace ou Cantal, et feu le Maréchal Pétain en serait mort de joie.

 

Quoique sa réputation étant celle qu’elle était, je crois plutôt qu’il se serait fort ennuyé.

 

Le film qui passe, ce soir là, avec la sono bloquée sur maximum, est fait dans la veine moderne et la jeune demoiselle du Penjab danse de la manière la plus déhanchée, avec une trentaine de petites camarades, pour faire bien voir à tous que les filles de la région, ce sont pas des mijaurées. Elle chante des trucs en penjabi, sous-titré en bengali, qui sont à la gloire du Penjab. A peine arrivée aux Etats-Unis avec son nouveau mari ancien Indien, et nouveau glabre, elle décroche un poste de speakerine en prime time de la télévision des minorités indiennes, et elle chante à gorge d’employé, comme l’aurait dit le regretté inspecteur principal Alexandre Benoît Bérurier, la gloire de cette belle région.

 

Ca se termine à coups de couteau, après un presque viol, entre les deux tourtereaux, à la suite d’un différent qui lui-même vient du fait qu’un afro-américain, comme on dit en novlangue, laid comme le péché, après avoir bu un verre de trop lors de l’une des réceptions organisées par le mari glabre, avait manqué de respect à Mme. Elle avait reproché cet impair de l’afro-américain à son petit chéri, et de fil en aiguille… tous les hommes mariés qui me lisent sauront ce qui arrive.

 

Quatre heures après, le film est enfin arrivé à son terme, et nous pouvons dormir. Mon voisin de devant essaie de faire basculer son siège au point de m’écraser les genoux ; je résiste comme je le peux ; il se lève pour me demander en anglais de laisser faire ; je lui réponds en français de crever la bouche ouverte. Il ne comprends pas les mots, mais devine bien que le sens de ma réponse n’est pas favorable à sa requête. On s’arrête là. J’ai maintenant quelques heures de sommeil, peut-être, devant moi, emballé dans ma couverture pur acrylique, à combattre la clim.

05:29 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, art |  Facebook |