27/02/2007

Kung Fu chez le bijoutier

Kek Lok SiTout en haut du site du temple, au sommet de la colline, il y a une immense statue de bronze de la Bonne Déesse, ainsi qu’une piscine avec des poissons sacrés. La Bonne Déesse fait plus de trente mètres de haut. Quant à la piscine aux poissons sacrés, pour faire joli, une petite cascade y a été installée, dont la chute, entourée de roches artificielles, se termine sur le côté de la piscine. Les poissons gigantesques et multicolores jouent dans l’eau bouillonnante.  Le monastère vend des sachets de boulettes dures, qui sont la seule nourriture qu’on a le droit de donner aux poissons. Les parents en achètent pour leurs enfants qui s’amusent ensuite, sagement, à jeter les appâts dans l’eau, pendant que les parents prennent des photos. Les poissons interrompent alors leurs incessantes promenades, leur sur-place pensif, ou leurs cabrioles et viennent se restaurer, d’une nageoire blasée et paresseuse. De toute évidence, ils ne crèvent pas de faim. Quand une tête apparaît à la surface, ou qu’un poisson bondit à moitié hors de l’eau, les petites filles crient de peur, de surprise, ou d’excitation. Les petits garçons rient aux éclats, et trépignent d’enthousiasme.

 

wishing treeAu pied de la statue monumentale de la Bonne Déesse, il y a un arbre à souhaits. Devant cet arbre à souhait, il y a un moine, assis à une table où se trouvent des bandelettes de soie, bénies dans le monastère. Pour une somme modique, chacun peut acheter – achète, à dire vrai - une bandelette de soie, de couleur jaune, rose, rouge ou blanche, y inscrit son nom et son souhait. Ensuite, il pend la bandelette aux branches de l’arbre, prie un coup, ou compte sur les prières des moines, et les dieux réalisent le souhait. Parfois, ça marche.

 

BDQuelques pas plus loin, en stuc renforcé, il y a aussi une énorme tête de la Bonne Déesse - encore elle – qui écrase le parking. Les pèlerins, les visiteurs, les touristes se photographient en groupe, devant cette tête qui jaillit d’une terrasse. On reconnaissait les touristes coréennes et japonaises au fait qu’elles font toutes le signe V en se faisant prendre en photo. Depuis quelques temps, leur vilaine habitude se répand et les jeunes filles locales jouent leur petit Churchill.

 

J’écrivais que, les premiers jours du nouvel an, toutes les communautés s’y mettent – ou plutôt, ne s’y mettent pas ; au travail, je veux dire. Quelques commerces de première nécessité restent cependant ouvert, mais principalement dans le quartier indien : restaurants et bijouteries, principalement, ainsi que l’inévitable 7/11, sans lequel on ne pourrait plus vivre. Une pharmacie, parfois.

 

L’or et le bijou restent des incontournables des civilisations asiatiques et orientales : toute occasion est bonne pour offrir un collier, un bracelet, une babiole qui fera plaisir. L’emplette est toujours faite à deux et c’est une véritable expédition qui vous remplit une journée fastoche ; l’idée de surprise est tout à fait absente du cadeau-bijou : l’homme est là pour payer le cadeau ; l’épouse, ou la fiancée, pour le choisir. La jeune femme asiatique n’étant pas une ordure, elle ne prend pas n’importe quoi en se disant que le mec n’a qu’à payer : elle va de magasin en magasin, regarde, tâte la marchandise, la retourne un nombre infini de fois, n’hésite pas à quitter une bijouterie pour une autre, essaie et réessaie les accessoires qui lui ont tapé dans l’œil, consulte son homme, rapport à ses goûts à lui, calcule le prix, le discute, férocement parfois, choisit finalement ce qu’elle sait être à la portée de son mari ou de son fiancé et ressort ravie de ce qui lui a été offert. L’équipée commence vers les dix heures du matin, le samedi, après le petit déjeuner, et peut se conclure vers les dix sept heures, le dimanche suivant. La patience est de mise, pour les garçons accompagnateurs. Mais quand on aime…

 

Je disais que la négociation concernant le prix peut être féroce. On le note aux éclats de voix qui, parfois, sortent des boutiques. Autant les Thaïs, les Cambodgiens, les Coréens, les Japonais, les Malais non chinois ou les Birmans présentent une façade d’humeur toujours égale, autant les ressortissants – les ressortissantes, surtout – de la communauté chinoise, en Malaisie, du moins, n’hésitent pas à dire un mot plus haut que l’autre. En bref : ça gueule souvent et on entend des rafales de monosyllabes indignées et particulièrement miaulantes de la part de clientes chinoises à qui on ne la fait pas, qu’elles diraient. Je ne sais pas si ce type de bijouteriecomportement indique le début d’une négociation, ou la fin. On le note aussi dans les bijouteries au personnel nombreux, aimable, empressé, mais toujours protégé par de gros barreaux dont on se demande parfois s’ils sont là pour décourager les voleurs, ou pour calmer les ardeurs des clientes chinoises. Quand je vois les modèles, je penche pour la deuxième solution. Ces barreaux, ce sont de faux durs, mais il est vrai qu’à première vue, ils font impression.

 

Maintenant, je dis du mal des chinoises, mais il est vrai que c’est seulement en Malaisie que j’ai un peu fait attention à cette affaire de bijouterie, puisque les boutiques sont ouvertes sur la rue, et qu’on entend tout. Il est bien possible que, devant les bijoux, les filles du monde entier agissent de la même manière. Quoique, dans le cas de la Malaisie, j’ai vu aussi un grand nombre d’indiennes, accompagnées de leur mari, ou fiancé, dans les même magasins, et elles avaient l’air infiniment plus calmes que les chinoises.

04:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, bijouterie |  Facebook |