28/06/2007

Tatmadaw

Le lendemain, après une nuit réparatrice, quand je me lève, c’est à l’aube, pour savourer le lever du soleil, sur la terrasse, alors que, l’une après l’autre, les aiguilles dorées des stupas étincellent aux premiers rayons du soleil. A ma grande surprise, mes deux Italiens sont là aussi, prenant leur petit déjeuner à la hâte, avant de sauter dans un taxi qui les conduira à l’aéroport de Mandalay : ils prennent l’avion pour Rangoon.

 

ManairLa presse qui est la leur me fait sourire, vu la réputation des lignes intérieures du Myanmar, et tout particulièrement des vols de Myanmar Airways : les horaires ne sont jamais respectés, de loin, et le nombre de places vendues est usuellement deux fois plus élevé que le nombre de places effectives dans l’avion. Evidemment il y a des no show, dans tout vol ; mais l’optimisme des vendeurs de places me semble ici exagéré.

 

Quoiqu’il en soit, l’avion de huit heures du matin, dans le bon vieux temps, ne partait pas nécessairement à huit heures – ou alors, à huit heures du soir, le jour suivant. Quand il partait enfin, il s’envolait avec des passagers assis sur de petits tabourets de plastiques dans le couloir. De ce fait, les hôtesses de l’air, au visage plâtré de tanaka – ce n’est pas autorisé sur les vols internationaux, mais jamais ce maquillage ne pose problème sur les vols à l’intérieur du pays - ne pouvaient circuler le long de la cabine, afin de vérifier que chacun attachait sa ceinture. Personne, de ce fait, ne l’attachait, ni ne fermait les coffres situés au dessus des sièges. Les atterrissages se passaient toujours mal, et il est peu probable que les choses aient changé.

 

Dans la cabine, outre les passagers en surnombre, il y avait quelques animaux domestiques aussi, entrés en contrebande, sous la responsabilité d’une vieille dame ou d’un riche commerçant qui aimait tant son chien, son singe ou son chevreau.

 

De plus, les avions des lignes aériennes intérieures avaient la réputation méritée de ne pas être parfaitement entretenus, d’être mal pilotés, et ils s’écrasaient souvent. Myanmar Airways, part du groupe Myanmar Airways International, semble être à deux doigts de disparaître. Ca tombe plutôt bien : ses avions en charge des vols nationaux atterrissaient plus vite qu’il n’était souhaitable, et les morts se comptaient annuellement par dizaines. La compagnie doit encore compter deux bimoteurs en fin de vie. On attend qu’ils s’écrasent pour fermer la branche nationale de la société. C’est l’un de ces deux bimoteurs que les deux Italiens devraient prendre. Je m’abstiens de leur dire tout ce que je sais sur le vol qu’ils ont l’intention de prendre.

 

airbaganEn ce qui concerne Myanmar Airways (branche nationale), la rumeur va ainsi que la ligne qui appartenait aux militaires de la junte est maintenant remplacée par Air Bagan, nouvelle ligne aérienne appartenant prétendument à un nouveau millionaire n’ayant rien à voir avec le gouvernement, ce qui permettra, prochainement, à ses avions de se poser hors du Myanmar. En effet, Myanmar Airways International, appartenant au gouvernement, n’a obtenu l’autorisation de se poser qu’à Singapour, Bangkok et Dhaka. Air Bagan pourra se poser littéralement où il le voudra, puisqu’il n’a rien à voir avec la junte. J’ai comme dans l’idée qu’Air Bagan rachètera alors la flotte de MAI à prix d’or, et que le Myanmar aura enfin les débouchés aériens internationaux auxquels la junte estime qu’il a droit.

 

Mes deux Italiens disparaissent bientôt, descendant les escaliers jusqu’à la réception où ils prennent leurs sacs, avant d’être avalés dans la cabine arrière du taxi d’hier. Après leur avoir souhaité un bon voyage, je m’assois à l’une des tables de la terrasse, ce qui déclenche les grandes manœuvres d’un personnel empressé, souriant, plâtré de tanaka et toujours étonnamment capable de s’exprimer en anglais.

 

J’ai une faim de loup, car je n’ai pu aller dîner hier soir. Les rues de Mandalay ne sont pas éclairées la nuit. Enfin, non, pas tout à fait : il y a quelques grandes avenues qui bénéficient d’un lampadaire tous les cinq cents mètres. Ces lampadaires fonctionnent quand il y a de l’électricité en ville – ce qui n’est pas toujours le cas, la nuit. Sinon, dans les petites rues, pas de lumière, pas toujours d’électricité, des chemins de terre battue avec, de ci, de là, une belle petite ornière et, hier soir, une nuit sans lune. En court : de quoi se péter la figure deux fois tous les dix mètres.

 

On a tendance à oublier, en arrivant à Mandalay, que les vendeurs de colifichet que l’on voit dans les rues ont une raison d’être. S’ils vendent de petites lampes électriques, c’est que l’électricité reste un produit volatile ici. La dernière fois que j’étais ici, nous partagions une chambre, un Suisse et moi, et nous étions parti prendre un repas exécrable dans la nuit noire, grâce à la lampe de poche de Monsieur le Suisse. Ici, oubliée la lampe, et je ne vais pas aller embêter les employés de l’hôtel : ils n’ont pas de lampe pour moi, et sont en plein travail pour faire démarrer la gégène de secours, vu que l’électricité vient de sauter.

 

On peut, en fait, demander de l’aide : un employé se fera un plaisir de vous accompagner, sa lampe à la main, jusqu’à un vélo taxi qui vous conduira à un restaurant, vous attendra devant et vous reconduira ensuite à l’hôtel, avec sa lampe à lui, accrochée sur le guidon. Ca, je le saurai plus tard. Ce soir là, j’avais décidé, devant le branle bas de combat dû à la relance de la gégène de secours, de faire l’impasse sur le repas. Après tout, ce n’est pas qu’on mange si bien que cela au Myanmar.

 

Ce matin là, donc, je bondis sur mes deux toasts, barbouillés d’un beurre brunâtre et de confiture, sur un œuf nageant dans de l’huile, sur mon assiette d’ananas. Je bois mon thé et en redemande. Puis, heureux et mursrassasié, je descends lourdement jusqu’à ma chambre, rapport à l’œuf, y prends mon sac, vérifie que j’y ai mon billet circulaire déjà cacheté du fait de mes visites d’hier et file dans la rue, pour me diriger vers le palais royal. L’espace dans lequel ce dernier est blotti est gigantesque. L’énorme quadrilatère qui entoure le palais fait exactement deux kilomètres de côté. Un imposant rempart orné de mâchicoulis - rempart qui doit bien faire ses dix mètres de haut - sépare le territoire secret du reste de la ville, et est lui-même protégé du contact par une douve dont la largeur doit faire, fastoche, une trentaine de mètres.

 

Domaine royalAu milieu de chacun des côtés, il y a une porte, encore aujourd’hui surveillée par l’armée, puisque le camp retranché qui entoure la cité interdite est aujourd’hui l’un des camps secrets de Tatmadaw – c’est le nom affectueux donné par la junte à son bras armé. Il est interdit, de ce fait, de se promener dans la plus grande partie du domaine royal, une seule porte peut être prise par les étrangers : c’est la porte de l’Ouest, alors que mon hôtel est à l’Est.

 

Comme je ne le savais pas, et que j’arrive au Nord Est, je descends d’abord vers le Sud puis, repoussé à la porte de l’Est, continue jusqu’à la porte du Sud où je suis repoussé encore. J’y rencontre un Suisse qui cherche, lui aussi, désespérément, à entrer. Un soldat courtois et capable de parler l’anglais nous indique que nous trouverons notre bonheur à la porte de l’ouest, deux kilomètres plus loin… Nous y allons, suivi un instant par un vélo taxi qui se propose à nous conduire jusque là. Puisqu’il n’est pas encore neuf heures, il fait encore tiède, pas vraiment chaud, ni humide. Ca viendra. Nous déclinons donc l’offre, tout en sachant – il faut bien que le petit commerce vive – que nous accepterons son offre, ou celle de son alter ego, en sortant du palais.

Domaine royal2Domaine royal3 

Quand nous arrivons enfin devant la porte autorisée, il y a, en effet, une douzaine de vélos taxis qui attendent et espèrent. Monsieur le Suisse et moi même avons fait connaissance, nous nous entendons bien, et nous passerons la journée ensemble, à faire du temple. Mais tout d’abord, une fois nos billets estampillés, nous entrons dans la section la plus interdite de la cité interdite : le camp militaire.

 

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00:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aviation, armee |  Facebook |