05/05/2007

Sortie de Borobudur

Mais revenons-en à Bobobudur, quoique je ne sois pas ici à écrire un guide. Au détour du chemin, quand on voit soudain ce gigantesque bloc, hérissé de clochetons, on est touché. On ne sait trop si Borobudur est beau ; Borobudur est, en tout cas, marquant.

 

Borob1La multitude des stupas, des niches à Bouddha, des Bouddha, des scènes sculptées à chaque niveau, le long du chemin de pèlerinage, tout cela, dans son dérisoire espoir de se gagner des mérites pour un prochain avatar qui sera préférable à celui dans lequel le sculpteur qui sculptait, l’esclave qui portait, le commerçant qui finançait tout cela, vit à cet instant, tout cela est émouvant.

 

Etre athée ne veut pas dire qu’on en a moins de compassion pour le pauvre hère. Et quand on connaît – ne serait-ce qu’un peu – son Histoire, on sait combien notre vie quotidienne est, aujourd’hui, miraculeusement facile, quand on la compare ne serait-ce qu’à celle de nos grands-parents. Nous oublions, dans notre quotidien sans anicroche, la chance extraordinaire qui nous a permis de ne pas revivre de guerre en Europe ; qui nous permet d’aller un soir de notre choix chez un médecin, parce qu’il y a une petite cochonnerie qui nous cause du souci ; de soigner une maladie, dont nous apprenons qu’elle est grave, en deux coups d’antibiotiques - une maladie qui tuait à coup sûr, il n’y a pas cinquante ans.

 

Et qui tue encore quotidiennement, dans des pays où l’on ne sait pas encore trop bien ce que sont les antibiotiques.

 

Tout cela nous éloigne de Borobudur, c’est vrai. Et ces malheureux qui ont fait Borobudur vivaient une vie autrement plus dure que celle que l’on pourrait imaginer : de l’age de la pierre jusqu’au dix-neuvième siècle, pour les frères humains qui avant nous vivaient, la terre est une vallée de larme ; le passage sur terre est un cauchemar qu’on souhaite voir finir, avatar après avatar, quand on aura enfin le bonheur de devenir Bouddha.

 

Il n’y a pas grand monde ce matin, à Borobudur, quand la mousson semble s’éterniser, que les tremblements de terre refont parler d’eux, que les volcans grondent, que les attentats terroristes musulmans tuent avec une régularité inquiétante. En réalité, ce n’est guère plus noir aujourd’hui qu’il y a quelques années ; c’est simplement qu’aujourd’hui, on en parle. Et puis, Bali, qui n’est pas loin, Bali, la grande métropole touristique vers laquelle tous les Australiens se tournaient, a eu droit à un deuxième attentat particulièrement meurtrier l’an dernier. Ca a marqué les Australiens. Aujourd’hui, Bali est vide ; Java est bien tranquille.

 

A Borobudur, en ce jour de grande affluence, nous devons être, à tout casser, une dizaine de visiteurs.

 

Et pourtant, la mousson n’est pas bien gênante, quand elle est sur sa fin.

 

En sortant du bloc central, de la zone protégée par l’armée et la police, et vide de petits vendeurs de tout et de n’importe quoi, vous êtes immédiatement abordé par les colporteurs qui vous proposent des éventails de bois, de fausses antiquités, des glaces, des parachutes, des jouets mécaniques, des boissons fraîches, des batiks. Ignorant la double haie des importuns, vous avancez dans des jardins méticuleusement tenus, avec ici et là un bâtiment à intention musaïque, dans lesquels vous pouvez observer des diaporamas illustrant la vie des indigènes, au bon vieux temps du néolithique, ou une expédition de type Kon Tiki, faite il y a peut être vingt ans, qui a amené un bateau, fait à l’ancienne, de Java jusqu’aux côtes de l’Afrique de l’Ouest, en vue desquelles il a coulé.

 

C’est parfaitement inintéressant.

 

Vous sortez bientôt, par le chemin obligé et indiqué d’un EXIT marqué en rouge, sur la place qui borde le parc et où vous attendent de pied ferme une bonne centaine de boutiques et de boutiquiers. Un trajet a été habilement tracé de telle manière que vous devez passer devant chaque échoppe. Chacun vous hèle. Si vous parvenez à sortir du dédale sans avoir rien acheté, vous devez vraiment avoir un cœur de pierre. Ou alors, une volonté de fer.

 

Bientôt, vous voilà, prenant le chemin tranquille qui y mène, à la gare routière – un long bâtiment irrégulier, couvert d’un toit de tôle ondulée. La plus grande partie de l’espace protégé de la pluie par ce toit est prise par des cantines de rue, et leurs tables maintenant installées à demeure. Le bus est en retard, ou bien il est annulé. On a le temps de prendre un morceau, en attendant le prochain départ.

13:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : antiquite, art |  Facebook |