11/08/2007

Le bovidé meunier

Après une tasse coffee mix, bue sur ce qui tient lieu de terrasse, au pied des escaliers, nous décidons de déjeuner sur place. En fait, il y a une demi douzaine de bistrots, chacun avec sa terrasse, et les pèlerins s’y installent, une fois redescendus. Quelques vieux, qui n’ont pas suivi la famille, y traînent, le temps que les enfants redescendent.

 

Ici, c’est la cuisine locale : donc, méfiance quant aux épinards suris.

 

On nous offre un curry traditionnel avec, heureusement, les légumes mis à part. Cela permet de choisir ce que l’on aime et d’éviter ce que l’on n’aime pas. Les viandes arrivent, bien trop cuites, baignant dans une huile odorante. C’est, comme toujours, quand on parle de cuisine birmane, très quelconque mais bon, quand on a faim…

 

Une fois le repas terminé, les filles vont se repoudrer le nez, pendant que les garçons prennent le café. Une fois les grandes manœuvres terminées, Su et Sam reviennent, et nous reprenons la voiture, devant laquelle notre chauffeur attend.

 

Retour à Bagan, via les sucreries du bon vieux temps. En effet, les bœufs boeufqui tournent sans fin jouent aux meuniers. Les champs qui les entourent sont des champs de cacahuètes qui, réduites en poudre, donnent de l’huile aussi bien que des bonbons. Après avoir tournés la journée entière, les bœufs reçoivent leur pitance et, en bonus, une poignée de pâte de cacahuète.

 

J’ai essayé : c’est loin d’être désagréable, et les bœufs sont bien d’accord avec moi. Quand vous tendez la main, remplie de la pâte de cacahuète, ils vous sortent une langue de la taille d’un chausse pied, et vous lèchent d’un geste large, du bout des doigts jusqu’au coude, afin de ne rien perdre. Ensuite, vous êtes bon pour aller vous laver les mains, collantes de bave.

 

alambicDe ces cacahuètes, les paysans font de l’alcool et des sucreries. L’alcool, fraîchement sorti de l’alambic qui est placé derrière la hutte, doit faire dans les soixante dix degrés. Jusqu’il y a une petite dizaine d’années, toute l’industrie fonctionnait avec les bœufs en guise se meuniers. Depuis deux ou trois ans, les machines sont arrivées, et la plupart des bœufs sont à la retraite – ou à tirer la charrue, dans les champs. Le paysage est plus varié, mais il n’y a plus de pâte de cacahuète, à la fin de la journée… Je me demande s’ils y ont gagné.

 

Quoiqu’il en soit, restent quelques bœufs musaïques, tournant sans fin autour d’une pierre à moudre attachée à leur garrot, pour illustrer le bon vieux temps auprès des gosses des écoles, qui viennent à la visite sous la houlette d’un instituteur, et auprès de quelques étrangers. En partant, nous donnons quelques kyats au guide, achetons une bouteille d’alcool fait maison, quelques bonbons que l’on donnera aux enfants le jour suivant. Même au Myanmar, le monde change.

bonbons

 

Quand nous arrivons à Bagan, nous payons notre chauffeur et nous séparons, avec promesse d’aller dîner ensemble, ce soir, après nous être rafraîchis. Quand nous arrivons à notre chambre, Su bondit hors de ses vêtements poussiéreux, de la route, moi aussi, et nous prenons une douche bien méritée. Puis nous sautons au lit.

 

Quand nous nous relevons, Su me dit que, si je suis intéressé, Sam me trouve mignon. Devant mon air interloqué, elle éclate de rire et m’explique que son avion pour Bangkok l’attend, après demain, puis, de Bangkok, une correspondance pour Séoul. Donc, si je n’ai pas envie de rester seul…

 

C’est vrai, nous avions pris nos billets de bus, pour retourner à  Rangoon, demain soir. Mais je ne savais rien des plans de Su. Je dois avoir l’air assez déconfit, et Su me saute dans les bras, avec un rire cristallin, et une rafale de bons conseils, concernant le fait que notre relation ne pouvait pas durer, qu’elle doit rentrer chez elle, que Sam est vraiment jolie, qu’elle en a assez de son compagnon, qu’elle souhaite le larguer au plus vite.

 

Et ce sont les garçons qu’on accuse, usuellement, d’être de vils séducteurs…

 

Quant à moi, incapable de sauter d’une fille à l’autre, de faire le deuil d’une relation comme ça, en quelques minutes, j’ai alors tendance à me réfugier dans un splendide isolement. Ce soir là, quand nous dînons, à quatre, j’essaie de faire bonne figure – je ne sais trop si j’y parviens – tout en regardant parfois sous cape, ébahi, Sam qui m’adresse la parole avec une légèreté qui révèle bien la sournoiserie naturelle des créatures du beau sexe.

 

Jeremy et Samantha prennent le même bus, demain soir, que nous et Jeremy, en toute innocence, propose que nous fassions ensemble notre dernier tour à bicyclette, demain, à travers Bagan. C’est le cocu qui est toujours le dernier prévenu.

 

Impossible de refuser cette promenade à quatre, mais que cela est embarrassant.

 

Cette nuit là, à force de cajolerie – bah, soyons honnête, il n’en faut pas tant que cela – Su m’amène à lui faire subir les derniers outrages, mais j’avoue que, si la mécanique fonctionne, le cœur n’y est pas tout à fait.

22:51 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, perso |  Facebook |

09/08/2007

La guerre des singes

Après les premières volées d’escalier, constellées de crottes, les singes nous attendent de patte ferme. Un premier approche, l’air un peu timide, pendant que ses camarades nous entourent, selon une tactique digne des échevins carolos. La seule méthode pour passer sans dommage, c’est d’envoyer de la nourriture à la volée, pour les faire s’égailler. La foule des pèlerins s’en occupe usuellement, et les singes n’ont pas le temps de s’intéresser vous. Sauf quand il n’y a pas, comme aujourd’hui, par exemple, autant de pèlerins que d’habitude. Les pèlerins, ça va, ça vient… on ne peut jamais être trop certain de la présence des autres. Mieux vaut donc se ravitailler au pied des marches.

 

Les bâtonnets d’encens et les fleurs de lotus, on en trouvera toujours à chaque étape, à chaque palier, en haut, si nécessaire, mais il n’y aura pas de bananes sur la route.

 

Vu de mauvais souvenirs, j’en achète un petit régime pour Su, un autre pour moi, et incite les autres à faire de même. Mais bon, Saint Thomas est un homme populaire, en Amérique comme ailleurs. Jeremy (il s’appelle Jeremy) et Sam, pour Samantha, nous regardent d’un air goguenard, comme si nous étions des ploucs du cru, qui ne savons pas ce qu’est le monde.

 

Bah, ils verront vite que ledit plouc du cru, même s’il n’a pas voyagé, connaît bien les plaisirs et les dangers de l’endroit où il vit. Su, qui, venant de la province, en Corée, sait ce qu’est un singe, ne se moque pas, elle, et prend son régime avec gratitude. Nous entamons donc la première volée d’escaliers, certains chargés de bananes, d’autres pas. Nous n’avons pas fait dix pas que les singes approchent.

 

Ce qui suit, c’est Stalingrad. Alors que Su et moi-même, pour nous éviter les ennuis, lançons des bananes dans la distance, pour occuper les singes loin de nous, Sam, trompée par la petitesse d’un singe – un bébé, de toute évidence, approche la main pour le caresser. Ledit bébé se sauve, naturellement, en piaillant. Surgie de nulle part, la mère arrive toutes dents dehors, en poussant des cris hurlements épouvantables qui rameutent tout ce que la volée compte de simiens hargneux.

 

C’est au tour de Sam, bien naturellement effrayée, de pousser des cris affreux. En une seconde, nous nous retrouvons à nous quatre, dos à dos, moulinant de manière aussi menaçante qu’il est possible, qui notre sac, qui notre appareil photo, afin de faire reculer la horde menaçante de singes qui nous entoure, toutes dents dehors. Des pèlerins arrivent à la rescousse.

 

Heureusement pour nous, les singes, même s’ils sont de nature acrimonieuse, comme ils ne s’attendaient pas à la castagne, ne sont pas encore structurés. Les pèlerins qui nous entourent ont l’habitude de leurs attaques plus ou moins provoquées et savent comment les distraire. Il ne faut pas trente secondes pour que la troupe, qui commençait à se constituer, se disperse à la chasse aux bananes ou se sauve face aux attaques et aux cris qui semblent soudain fuser de tout côté.

 

Jeremy avoue quelques instants plus tard qu’il a cru se choper un infar’ tant il a eu peur. Nous lui répondons tous que nous n’avons pas été trop fiers non plus… Enfin, Sam’ ne dit rien, tant elle est choquée. Su, qui sait trouver le mot pour rire, nous raconte une histoire de par chez elle, dans laquelle un singe particulièrement méchant attaquait directement au visage et défigurait une sienne cousine. Samantha, jolie blonde au visage poupin, devient verte.

 

Nous partageons nos bananes et, dès cet instant, chaque fois que nous verrons un singe, Jeremy et Sam’ le bombarderont de bananes à distance, au risque de l’attirer. Dans tous les cas, huit cents marches plus haut, quand nous arrivons au sommet du mont Popa, épuisés, en sueur et les jambes lourdes, nous n’avons plus la moindre banane, ce qui angoisse profondément Jeremy. Il passera tout le temps de la visite à dévaliser les vendeurs de bananes qui ne s’attendaient pas à pareille aubaine.

 

Pendant ce temps là, Su et moi allons d’un coin à l’autre du grand Toppopaplateau sur lequel est bâti le monastère, à admirer, sur les collines avoisinantes, les innombrables flèches blanches ou dorées des stupas qui, de ci, de là, jaillissent des bois.

 

Si la vue, d’en haut, est splendide, le monastère est, lui-même, sans grand intérêt. Il s’agit d’une accumulation désordonnée d’oratoires dans lesquels sont empilés les habituelles statuettes de divinités ou de sages, statues du Bouddha historique, babioles diverses qui font un temple. Dans chacun de ces oratoires, au milieu du capharnaüm, un bonze vous attend, son carnet de souches à la main et un sourire plein d'espoir aux lèvres.

 

Le mantra du bouddhisme : pour vous acquérir des mérites, faites un don, faites un don, faites un don. Il est évident que ces dons ont un sens : l’argent sera dépensé à bon escient ; tout comme au Laos, la structure bouddhiste remplit le rôle, abandonné par la junte socialiste, de père nourricier d’une population misérable. Les petits ruisseaux font les grandes rivières… Nous donnons donc tous un petit quelque chose ; cinq cents Kyats ici, deux cents là. La cause est bonne.

 

Lourdement chargés de bananes, Sam et Jeremy descendent les escaliers devant nous. Ils font le bonheur des singes qui ne s’attendaient certes pas à une telle fête.

14:47 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finances, animaux, religion |  Facebook |

03/08/2007

Les pagodes aux jolis serpents venimeux

Les temples les plus populaires, à Bagan, ne sont qu’à peine fréquentés. On y trouve quelques visiteurs et autant de vendeurs de colifichets. Les routes qui y mènent sont défoncées, taraudées de nids de poules. Devant chaque temple, il y a une ou plusieurs carrioles avec un cheval devant et un cocher dessus, qui attendent un client en visite.

 

Bag3Dès qu’on va faire le tour de temples moins connus, on se retrouve seuls, sur des routes souvent meilleures, sans vendeurs et sans calèche. C’est aussi là qu’on peut trouver des chauves souris, dans les plafonds, et des serpents, dans les champs et les jardins qui entourent les pagodes. Mise au courant, Su refuse de marcher la première et me suit, à petits pas, me tenant à la ceinture, regardant d’un côté et de l’autre, quand je marche avec la plus grande prudence au milieu du chemin, en faisant tout le bruit nécessaire pour que les serpents s’éloignent.

 

En fait, si le chemin, pour aller jusqu’à la pagode, est usuellement dans un état raisonnable – il en est même une à laquelle on accède par un chemin macadamisé -, ce sont dans les sentes qui permettent de faire le tour du propriétaire que l’on peut tomber sur des scorpions, des os et des serpents. Et puis, il y a les vaches qui entourent, paissant paisiblement, les pagodes.

 

 

Bag1

 

Parlant de serpents, dans la région, il en existe une espèce aux jolies couleurs jaune et verte, qui sont particulièrement venimeux, et toujours prêts à la castagne, dès qu’il s’agit d’attraper une proie innocente. Mais ce sont alors, dans le cas de ces serpents, des grimpeurs qui, une fois tapis sur la branche maîtresse d’un arbre ou dans les architraves d’un portail, attendent que vous passiez en dessous et se laissent alors tomber sur vous pour vous achever d’un coup, d’un seul.

 

Si vous êtes mordu, une seule solution : pendant les deux minutes qui vous restent à vivre, demander à votre compagnon de vous donner l’extrême onction, avant que vous rencontriez votre créateur. Si vous êtes seul, selon le même principe, faire votre acte de contrition, tant que vous êtes conscient, et remettre votre âme à Dieu. Ou alors, vous aviez du sérum avec vous, mais qui y pense… et surtout, si vous y avez pensé, en quel état est-il, après quelques mois de promenade…

 

Pour en revenir à ces aimables bestioles, j’ai ainsi eu, il y a quelques années, la chance d’être raté – de fort peu – par un serpent qui allait se laisser tomber sur moi du haut d’un portail, et qui avait même entamé sa chute, quand je m’étais, je ne sais pourquoi, arrêté soudainement. Une seconde plus tard, le serpent tombait juste devant moi et, ayant raté son coup, se sauvait de toute la vitesse de ses tortillements. On ne l’imaginerait pas mais un serpent, l’air de rien, ça va vite.

 

Quoiqu’il en soit, Su, qui est admirable en ce qui concerne l’effort physique, joue les petites filles effrayées dès qu’il s’agit de se promener dans la nature. Guêpes, lézards, bœufs, minuscules quadrupèdes poilus, se sauvant entre les herbes, serpenteaux, veaux, chiens et chats, tout crée la bonne occasion pour qu’elle se colle à moi, me tenant à la ceinture. Je ne me plains pas vraiment.

 

Les pagodes que nous visitons sont incroyablement belles, et je ne comprends jamais pourquoi elles sont négligées par le voyageur.

 

Temple

Une raison, bien entendu, mais elle me semble si pauvre, est que ces pagodes sont hors du circuit facile. Elles réclament, en effet, un peu d’huile de jambes : pour aller les voir, on doit faire une toute petite dizaine de kilomètres supplémentaires, par rapport au trajet usuel. Ou alors, on se réserve une journée rien que pour ces pagodes, et ce n’est certainement pas épuisant. Su et moi nous sommes offert ce jour de plus qui permet de voir ce qui n’est jamais vu. Mais ce n’est pas tous les jours que l’on vient à Bagan… Bon, il me faut imaginer que le « been here, seen that » n’est pas exclusivement touristique.

 

De plus, depuis deux ans, il semble que les locaux aient fait une chasse farouche aux chauves souris. Dans le temps, chacune des anciennes pagodes puait la merde produite par des troupes serrées de chauves souris, collées aux voûtes en arcs-boutants. On marchait sur des crottes craquantes qui maculaient le sol. Aujourd’hui, les odeurs ont diminué et la crotte semble avoir disparu. Il est difficile d’imaginer que la population entière de ces sympathiques animaux, qui nous débarrassent avec un enthousiasme louable de tout ce qui ressemble à un insecte piqueur, aurait été dévorée par les indigènes.

 

Il me faut donc imaginer qu’à force de cris idoines, les gardiens des pagodes ont conduit les chauves souris à se sentir malvenues et qu’elles sont alors parties vers d’autres cieux. Pas trop loin, j’espère, rapport aux moustiques.

 

Su et moi retournons, en fin de journée, au guesthouse : nous prenons une douche, nous faisons l’amour, nous reprenons une douche, nous nous changeons et allons dîner. Il y a une dizaine de restaurants qui visent les étrangers, aujourd’hui. Nous devons rencontrer notre couple américain, pour nous arranger de manière certaine, à propos de notre expédition de demain matin. Arrivés à notre restaurant, l’affaire est rondement menée lors du dîner : nous nous quittons alors qu’il n’est pas encore neuf heures, afin de nous coucher tôt. Demain, rendez-vous à notre guesthouse à sept heures.

 

Quand nous nous enlaçons, Su me dit qu’elle m’aime, en anglais et en coréen. En Coréen, c’est charmant. Je me demande parfois si elle n’a pas un ami qui l’attend à Séoul. Je ne sais rien d’elle, son bavardage incessant, ses questions ininterrompues sont une armure qui fonctionne bien. De mon côté, Kina était l’un de mes jokers.

 

Antoine aussi.

 

C’est sans doute l’essentiel de ces rencontres de voyage. Ni l’un ni l’autre ne cherche trop à savoir, chacun préserve ses mystères, ses secrets, sa pudeur et sa vie. Les choses changent, bien entendu, si la relation s’approfondit. Cela ne m’est arrivé qu’une seule fois ; c’était sur les Pérenthiennes.

 

Mais bon, trêve de souvenirs. Il faut aller dormir ; demain, nous devrons nous lever tôt, et le voyage, que j’ai fait une première fois il y a cinq ans, est délicieux. Il serait malheureux que Su s’endorme au milieu de ce périple.

03:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, cyclisme |  Facebook |

15/07/2007

Rats grillés, chauves-souris à l'étouffée

Les marchés de Birmanie se suivent, et ne se ressemblent pas. Celui de bagmarket1Myingyan, minuscule bourgade dont la seule raison d’être est qu’elle tient la porte de l’ancienne cité de Bagan, et dont le nom est oublié aussi vite qu’il est prononcé, tant Bagan reste La Mecque des voyageurs qui vont au Myanmar, celui de Myingyan, donc, c’est deux allées de cinquante mètres chacune, le long desquelles des dizaines de vendeuses accroupies, côte à côte, vendent des légumes, des fruits, du poisson encore vif et, dans un coin, un abattoir de fortune débite de la viande.

 

De la viande, rôtie, il y en a aussi au beau milieu du marché, le long des deux allées. Ce n’est pas de la viande fraîche, donc pas de problème. Le problème, c’est moi qui le vois, ou qui l’imagine, quand je note que ce bagmarket2qui est vendu, ce ne sont pas les habituels poulets grillés, mais plutôt des rats et des chauves-souris. Bon appétit… Certes, c’est peut-être bon, mais il est difficile de franchir le pas, et d’essayer.

 

Je dois bien être le seul, sur le marché, à me poser de telles questions existentielles, car le chargement des deux dames vendeuses, qui de rats grillés, qui de chauves-souris grillées, leur chargement, donc, est déjà bien entamé. Les affaires marchent. Tant mieux pour elles.

 

Sur le côté, puisque nous sommes à Bagan, quand même, il y a un deuxième marché, couvert, lui, composé d’échoppes qui débitent principalement des babioles touristiques. Mais ces échoppes débitent aussi tout ce qui est objet manufacturé - mal manufacturé, puisque made in Myanmar. Il y a donc les sempiternels T-shirts, des clochettes cubiques aux ornementations bouddhiques dont le battant est un clou rouillé, des gongs de temples, ou de marchés, en airain. On trouve aussi tout un matériel de cuisine, des pièces mécaniques d’occasion, des fours, des chaussures presque neuves.

 

Je me balade une petite heure bien tranquille, sur le marché, avant de retourner vers l’hôtel. Ce matin, je me suis, comme toujours, réveillé à l’aube et, n’ayant aucune raison particulière de traînailler au lit, je me suis glissé hors de la chambre, après m’être tout juste brossé les dents et habillé dans la pénombre de la chambre endormie. Le reste attendra le réveil de Mlle Su.

 

Retour d’abord à la chambre. Je crois entendre du bruit, et préfère frapper, à tout hasard. Su vient m’ouvrir, enveloppée de son drap de douche et déjà maquillée. La pauvre, elle ne sait pas ce qui l’attend aujourd’hui. Autant Mandalay est raisonnablement frais, en saison chaude, autant Bagan est pesant. De plus, un seul moyen de se promener – hors le char à bœuf : un vélo loué, qui est rarement dans un état parfait, qui demande des efforts démesurés pour avancer, qui vous fait donc abondamment transpirer, même quand vous êtes un bon cycliste amateur. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne vois pas Su comme sportive hors pair. Bah, elle prendra un char à bœufs, ou une calèche à deux chevaux…

 

Enfin bref, pour revenir à notre affaire, Su est levée, douchée, maquillée, et songeait à s’habiller quand j’ai frappé et qu’elle m’a ouvert. Nous en revenons à la situation d’hier soir. Pendant qu’elle occupe la chambre, à voir ce qu’elle va mettre, je me réfugie sous la douche. Dans la salle d’eau, je lance donc la douche, ce qui me permet de cacher tous les bruits naturels de … de tout ça, quoi. Les besoins naturels étant satisfaits, je me douche, me rase et me rebrosse les dents, puis me replonge avec délice sous l’eau froide. Enfin, je m’emballe dans une serviette de bain. Cela fait, je refrappe, à tout hasard, à la porte de la chambre, afin de savoir si je peux sortir. Oui, me dit Su qui ajoute qu’elle est presque prête. Je rentre dans la chambre et, effectivement, Su est presque prête – si on estime qu’être, pour une fille, en soutien à balconnet et petite culotte genre pousse-au-viol, correspond à être vêtue. Je parviens à ne pas la fixer avec un air de malade – c’est difficile – et à me diriger, dans mon splendide uniforme de Belphégor, sous son œil amusé, vers ma valisette dont je sors les caleçons et la chemisette qui feront mon bonheur aujourd’hui.

 

La soirée d’hier a été amusante. Après s’être racontée dans le moindre détail, dans l’ingénuité la plus totale et, pour un européen comme moi, parfois la plus embarrassante, Su a commencé à s’intéresser à ma petite personne, me posant des questions que je n’imaginerais jamais poser à des personnes que je connais intimement depuis dix ans. Une différence entre les sexes ? Une différence culturelle ? Ou bien est-ce simplement Su, telle qu’elle est ? Que je sache, les Coréens sont, usuellement, d’une pudeur qui confine à la pudibonderie. Disons que c’est Su, alors. Je n’ai dit que ce que je voulais bien dire et ai utilisé le joker à plusieurs reprises, sans jamais décourager Su. Elle me rappelle l’enfant d’éléphant, cher à Kipling.

 

Sauf le nez.

 

Enfin, en général, sauf le physique.

 

A part cela, nous nous étions arrêté au premier restaurant, un bar à salades délicieuses pour qui aime les avocats. Nous y avons dévoré, Su après son autobiographie et entre deux questions, moi entre deux réponses. Puis nous sommes rentré et, après un brossage de dents méticuleux dans la salle d’eau, Su s’est tout naturellement déshabillée dans la chambre, sous mon nez, jusqu’au moment où elle a arrêté le spectacle en plein milieux, vu que je piquais un coup de fard pas mal, probablement. Elle m’a innocemment demandé si ça m’embêtait d’éteindre la lumière ; j’ai bredouillé je ne sais quoi, et ai tourné l’interrupteur.

 

Je l’ai entendue se coucher quelques secondes plus tard, et me souhaiter une bonne nuit. J’ai retourné les vœux et me suis couché à mon tour, dans mon petit lit à moi, les yeux grands ouverts, à me demander ce qui se passait. La provoc, je veux bien, mais à ce point ?

 

Bon, vu la fatigue du voyage cahotant, je me suis quand même vite endormi.

 

Ce matin, donc, je tombe sur une Su dans une tenue qui ferait dévier Sa Sainteté le Pape de sa voie rigide et toute de vertu plombée. Pendant que je vais héroïquement m’habiller à côté, j’entends que Su continue ses préparatifs pour être presque, voire complètement, prête, et quand je sors, c’est tout bon. Elle est jolie comme un cœur, dans une tenue à la fois simple, modeste et qui tape dans l’œil. C’est certainement le maquillage.

 

Nous montons à la terrasse pour le petit déjeuner, je lui raconte, entre deux toasts, le coup des chauves souris roties, et elle trépigne d’impatience à l’idée d’aller voir ça. Je lui promets que nous y irons aussitôt le petit déjeuner terminé. Elle presse le mouvement, du coup.

 

Nous descendons bientôt les escaliers au galop, pour aller voir les viandes roties du marché, passant devant un bus-camion qui fait quotidiennement, depuis soixante ans au moins, le trajet entre Bagan et Bagan.

superbus

 

Trop tard pour les rats et autres chauves-souris : les plateaux des deux vendeuses sont vides. Devant l’air déçu de ma compagne, je lui jure que nous reviendrons demain matin, tôt. Promis ? Oui, promis.

 

Bon, cela veut dire qu’elle restera à Bagan au moins deux nuits, trois jours. Manifestement, elle a décidé de faire chambre commune avec moi, tout le temps qu’elle sera à Bagan. Mais la journée ? Hier soir, je lui ai signalé l’existence des calèches à chevaux, et des chars à bœufs. Maintenant que je parle vélo, elle me suit chez le loueur sans songer un instant à autre chose. Bon, on verra bien si elle tient le coup. Nous chipotons un peu les vélos, et en choisissons deux qui ont l’air raisonnables, avec des pneus qui ne se dégonflent pas, des freins qui freinent, et même trois vitesses qui ont l’air de passer, une corbeille, sur la roue avant, dans laquelle on peut placer notre nécessaire de déplacement. Su a un petit sac, avec son appareil photo et une bouteille d’eau fraîche. Il en est de même pour moi.

 

En avant, sur la route bosselée.

23:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : velo, vetements, animaux, cuisine |  Facebook |

25/06/2007

Le cheval qui rit

Repas terminé, nous allons repartir, non sans passer par le petit coin, une nacelle faite en vannerie, qui tremble sous mon pas léger. Je ne veux pas imaginer ce qui se passera quand les suivants – mes deux grands Italiens, par exemple – décideront de passer au même endroit. Il y a un orifice là où il faut, une petite lucarne droit devant, qui donne sur un merveilleux paysage à l’horizon infini et, si on se tient bien coi, et qu’on vise bien, tout va comme cela devrait aller. Nous sommes, en fait, sur un terrain particulièrement ondulé et – dans le cas de notre restaurant – juste au bord d’une falaise d’une bonne quarantaine de mètres de dénivelés.

 

Revenu dans la salle où se trouve notre table, je signale à mes honorables compagnons qu’il pourrait être dangereux d’aller faire pipi, si on fait plus de soixante kilos. Bien entendu, la simple mention du risque fait bondir mes deux Italiens qui se ruent, l’un après l’autre, aux toilettes. Le premier revenu, et amusé par l’endroit, le deuxième, le plus gros, se rue au petit coin, glisse entre deux branches qui tiennent la vannerie ensemble (c’est du moins ce qu’il nous expliquera par la suite), voit sa jambe droite ainsi glisser jusqu’à mi-cuisse, les longues feuilles qui tiennent le tout ensemble lui occasionnant de belles écorchures. Ah, oui, bien entendu, il porte des shorts.

 

Quand nous entendons des hurlements de porc qu’on égorge, hurlements poussés avec un fort accent italien, en provenance des toilettes, nous nous empressons d’aller voir ce qui se passe, tirons sur la porte des commodités qui n’est pas vraiment fermée, et tirons sur les bras de notre camarade, devenu soudain demi-cul de jatte. On le sort d’affaire et tout le monde rit beaucoup, en observant le trou impromptu, sauf notre Italien, qui regarde sa jambe griffée du mollet à la cuisse, d’un air lamentable.

 

Bon, le malheureux propriétaire de l’établissement pourra réparer les dégats, et il lui est difficile de les imputer à notre Italien rondouillard. Nous payons notre dû et démarrons dans la somptueuse limousine que nous avons louée, avec un conducteur qui se trouve entre le marteau et l’enclume, et qui n’ose pas vraiment nous reprocher quoique ce soit. Après tout, vu le salaire horaire local, le travail de réparation ne reviendra pas à grand-chose. Donc, en toute logique, dans son esprit, mieux vaut l’écraser. De notre côté, on fait semblant de ne pas s’intéresser à son dilemme cornélien.

 

bridgeLa route reste poussiéreuse, cahotante, et nous arrivons bientôt au deuxième site « ville morte » prévu dans notre location de taxi : celui d’une deuxième ville bâtie sur une île que l’on rejoint par un pont de bois. La ville en question est connue comme le loup blanc par la terre entière, mais son nom, une fois encore, m’échappe. Je devrais me souvenir, pourtant, puisque ce n’est pas la première fois que je viens. Rien n’a changé depuis.

 

Notre taxi s’arrête à une cinquantaine de mètres avant le pont de bois. Nous convenons d’un rendez-vous, dans une heure, et partons en goguette, traversant d’abord le terre plein sur lequel sont installés quelques bistrots, pour arriver à l’entrée du pont devant lequel, comme devant toute entrée d’un endroit sacré, se trouvent des vendeurs de lotus, de bâtonnets d’encens et – cela est particulier à la Birmanie – de chouettes naines, inquiètes de leur sort.

 

L’endroit est un but de promenade pour toute la ville, et nous ne sommes certainement pas seuls. Le pont de bois est parcouru par des centaines de personnes, qui tous nous sourient, nous crient hello, sont ravis quand on leur répond de retour. Le pont fait pas loin d’un mile anglais, ce qui permet d’assez nombreux échanges de hello, accompagnés de gloussements systématiques, de la part des fillettes et des garçonnets, quand nous répondons de retour et que, finalement, le plus grand des Italiens, qui doit être employé comme boute-en-train à l’occasion des noces et des banquets, salue chaque enfant d’un hello cérémonieux, accompagné d’une courbette.  Les enfants en rient dix ou quinze mètres à l’avance, se pressant pour être le prochain à le saluer de retour.

 

HorseArrivés sur l’île, nous faisons, à pieds, cette fois ci, le tour de l’île et de ses pagodes les plus fameuses : le petit peuple y court, afin de prier des idoles presque millénaires, et de gagner au loto. On y trouve d’anciens Bouddha couchés, assis, debout ou marchant, on y trouve les divinités qui font le bonheur des superstitieux et des chevaux qui rient.

 

On y voit passer des bœufs qui nous regardent d’un air indifférent, des buffles qui nous montrent du mufle à leurs copains de vadrouille. On y trouve des serpents qui se sauvent, quand nous marchons en faisant du bruit, à travers l’herbe, notre Italien continuant à se lamenter en clopinant, soutenu par son copain rigolard.

 

 

 

 

On y trouve, enfin, une mauvaise copie du rocher d’or.

 

fake

 

Après une petite heure de promenade sur des pistes de terre poussiéreuse, nous retournons vers la terre ferme. Notre chauffeur, dans le but d’économiser l’essence, nous propose d’aller voir un autre temple qui se trouve à deux pas et qui est, c’est exact, une petite merveille. Depuis la dernière fois, il a changé : les Bouddha sont maintenant protégés sous des auvents et un monastère s’y est installé, avec une école. Les gosses jouent au foot. Ils ont relevé leur soutane et galopent, pieds nus, après un ballon. Ils ont bien raison.

 

Retour aux bistrots en bord de lac, où nous prenons un verre. Nous sommes pris d’assaut par des gosses qui nous offrent, pour une somme modique, des colliers de jade. Ah, il y aura bien une petite fille dont je pourrais faire le bonheur, avec ce genre de bijoux, quand je retournerai à la civilisation… J’en achète deux.

 

sculptorDe là, nous démarrons vers le centre ville, et nous arrêtons dans le ghetto des marbriers. Toute la rue fait, à coup de scies électriques, dans la sculpture religieuse, et semble exporter à travers le monde entier. De huit heures du matin jusqu’au soir, tout un monde de jeunes gens, de jeunes filles, de garçons et de fillettes, s’occupe de sculpter, ou de finir, des statues d’idoles qui sont ensuite empaquetées pour être envoyées au Nord, au Sud, au Pakistan, en Inde ou encore en Indonésie. Chaque fois, assez curieusement, le sculpteur adopte le style du pays vers lequel il exportera sa pièce. Une poussière de marbre flotte dans l’air, rendant l’atmosphère brillante, sous le soleil rasant.

 

En fin de journée, quand les ponceuses se calment, et que les jeunes filles décident que la journée est finie, elles secouent leur chevelure quotidiennement blanchie, ainsi que leurs vêtements, et rentrent à la maison où elles prendront certainement une douche - un bain, si elles habitent à côté de la rivière. Nous même, après guères plus d’une heure dans la rue des marbriers, nous sommes couverts de poussière et nos cheveux sont rêches de particules microscopiques de marbre. Le blessé s’inquiète de savoir si ses plaies ne vont pas mal tourner, nous lui assurons que non mais, pour le rassurer, nous décidons quand même de rentrer au guesthouse : les sulfamides l’attendent, au kilo, dans sa chambre, et son copain l’assure de sa connaissance de la médecine.

 

 

00:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, promenade |  Facebook |

14/05/2007

Les pov' petites chauves-souris

Sur le marché, dans leur cage gardée dans l'ombre, les chauves-souris attendent, pas trop rassurées, le couteau du pharmacien. J'imagine qu'elles ne sont pas conscientes du fait qu'elles vont bientôt être trucidées, mais elles ont comme un soupçon du fait que le futur n'est pas rose pour elles.

bat

 

Pauvres petites bêtes, tiens. Je vais aller prendre un verre à leur santé.
 
Ca tombe bien, les happy hours viennent de commencer.
 
happy

 

Ce qui est chouette, à Yogja', c'est que les happy hours, ça dure longtemps.

03:51 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rafraichissement, animaux |  Facebook |

08/05/2007

Les offrandes aux dieux et aux diables

J’ai sept jours devant moi : d’abord, départ vers les Célèbes. De là, j’aurai une possibilité de trouver un rafiot quelconque, qui me conduira au Moluques et, de là, jusqu’à Port Moresby.

 

Quand on veut aller sur les Célèbes, c’est un bac qui part, tous les jours, du port de Sanur, jusqu’à celui de Toyapakeh, sur l’île de Peninda. De là, on se trouve une barcasse qui peut aller jusqu’à l’île de Barat et, de Barat, on traverse, d’île en île, l’archipel de Barat jusqu’au moment où on oblique soit vers les Célèbes, soit vers Komodo. Ensuite, Maluku, puis l’Irian Jaria, et j’essaie de passer dans les temps la frontière de la PNG, à Jayapura. Il y a, bien entendu, toujours la possibilité aérienne, mais ce serait trop facile.

 

Quoique.

 

Si je me souviens bien, la dernière série noire de catastrophes aériennes qui a marquée l’Indonésie a commencé, il y a deux mois, avec un Adam Air qui s’est aplati dans les collines qui bordent l’aéroport de Makassar – qui serait ma première grosse étape.

 

Mais aussi, mon intention est de faire un voyage intéressant, pas de disparaître en chaleur et lumière, avec cent cinquante autre passagers d’un avion anonyme.

 

ChambreDécision prise, je dors comme un bébé. Le lendemain alors qu’une tornade nocturne s’éloigne, je quitte ma chambre pour un petit déjeuner roboratif à la terrasse du guesthouse. Ma chambre – et je suis logé, cependant, dans un hôtel modeste – est une pièce immense qui fait la moitié d’un bungalow, lui-même situé au milieu d’un jardin fleuri de tout ce que Bali peur offrir en terme de fleurs. Les orchidées abondent et, devant chaque chambre, sur la terrasse, il y a un petit temple portatif.

 

morningoffering3A la différence des liturgies domestiques bouddhistes à la Birmane, la Thaïlandaise, la Laotienne ou la Cambodgienne, qui ne réclament, pour le culte des ancêtres et l’appel à la bonne volonté des esprits, qu’un petit temple dont il faut s’occuper une fois par jour, en y posant une mangue, un verre d’eau, quelques bâtonnets d’encens, tout cela accompagné d’une courte prière, le culte hindoustani exige des offres partout où il est humainement possible d’en déposer. Les dieux et les démons sont légions ; tous veulent leur petit cadeau du matin, leur petit cadeau du midi, leur petit cadeau du soir. Je me suis demandé s’il n’y avait pas une requête pour un petit cadeau de la nuit, mais je n’ai jamais osé demander.

 

morningoffering2Il y a, ainsi, dans les bureaux, dans les hôtels, dans toutes les collectivités, une personne en charge de la distribution des offrandes dans le bâtiment. A l’heure dite, elle fait une petite prière devant le temple domestique fait pour ça, met une ceinture qui la fait reconnaître, aux diables et aux bons dieux, comme étant la mère dispensatrice des offrandes (oui, c’est toujours une femme), fait le tour des chapelles et des endroits désignés – portes, fenêtres, dessus de meubles ou dessous de bureau - y déposant, dans un ordre précis, des fleurs, une bouchée de riz, trois bâtonnets d’encens. Elle asperge le tout de quelques gouttes d’un parfum bon marché. Un prêtre est passé, ou un spécialiste, qui a déterminé tous les endroits où dieux et démons attendent le déport de la provende.

Offering

 

Si l’affaire périclite, si l’hôtel n’a pas de client, c’est qu’on a oublié de nourrir l’un ou l’autre dieu ou démon. Soit, c’est négligence de la personne en charge de la distribution – si tel est le cas, elle est chassée sans pitié – soit c’est que le premier spécialiste n’avait pas fait son travail de recherche correctement. On commence en chassant le distributeur – après tout, si la boite va mal, il y a des gens en trop, n’est-ce pas… Après un certain nombre de chassés, si les affaires ne vont pas mieux, on rappelle un prêtre. Sur les pas de son prédécesseur, il refait le tour du propriétaire, découvre ou ne découvre pas le démon oublié auquel il faudra offrir dorénavant son dû, ou l’endroit oublié, où il faudra dorénavant déposer un petit quelque chose aussi.

 

S’il le découvre, et qu’on suit scrupuleusement ses recommandations, les affaires reprennent, les clients viennent, la vie est belle. S’il ne trouve rien… mais est-il jamais arrivé qu’il ne trouve pas un endroit oublié ? J’en doute.

 

Ce que je ne sais pas, c’est comment l’histoire se termine, avec le premier spécialiste qui avait oublié un dieu ou un démon, ou un endroit, menant l’entreprise à sa ruine. On lui fait un procès ? On lui envoie des mafiosi Siciliens, avec revolvers chargés, chapeaux mous, chaussures bicolores et cravates à ramages ?

 

Tout ça pour dire que ce matin, alors que j’arrive à la cantine, Madame est en train de terminer la distribution des cadeaux. Pendant ce temps, un chat glisse sur le toit, tombe de l’étage droit dans un aquarium dont il bondit comme un diable de sa boite et, l’air indigné, file se cacher. On ne le reverra plus de sitôt. Les chats et l’eau… comme c’est l’un des chats de la maison, il est difficile d’imaginer qu’un dieu vient de chasser un esprit néfaste, pour remercier Madame de ses dons quotidiens, mais il est toujours possible que le chat ait été saisi par un démon maléfique. En tout cas, les poissons rouges ont dû avoir un choc.

 

HOtelIl y a bien un singe, dans un coin, mais il est gentil, lui. C’est un adorable ouistiti, enchainé par la propriétaire du guesthouse et visiblement en manque d’affection. Chaque voyageur qui s’arrête à lui faire des doudouces devient son ami pour la vie. Il s’y accroche, le tient de ses quatre mains, pose sa tête sur son épaule, lui fait des papouilles, des baisers dans le cou, gémit en se tordant les bras, quand on l’abandonne. Une fois que vous l’avez quitté pour de bon, il sèche ses larmes et se rabat sur un bout de banane, pour se remonter le moral. Mais la banane, c’est vraiment un pis aller.

 

Petit déjeuner, départ pour l’agence de voyage du coin, dans le but d’arranger mon départ pour les Célèbes – Sulawesi, qu’on dit, ici.

13:07 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, animaux |  Facebook |

21/04/2007

Borneo Guesthouse, et ses rats

JakJalan Jaksa, c’est moche. On ne peut pas dire que Jakarta attire les voyageurs, en général, et les backpackers en particulier. Jakarta, c’est une ville laide, un amas de béton qui pèle et qui n’a rien de bien intéressant à offrir.

 

De ce fait, Jalan Jaksa, ce sont quelques hôtels dignes de l’Inde, trois bars de nuit ; deux bars de jour, dont un bar allemand, avec Knödels, Schnitzels et Sauerkraut ; un bar de vingt-quatre heures sur vingt quatre. Dans ce dernier bar, on peut prendre son petit déjeuner à des heures inimaginables, mais il faut bien savoir qu’on aura à se protéger de vols de bouteilles de bière lancées par de joyeux fêtards de la nuit d’avant, accompagnés par des dames qui sont toujours prêtes à faire connaissance avec l’un ou l’autre petit nouveau, contre monnaie sonnante et trébuchante. L’un des deux problèmes est que, au petit matin, elles sont usuellement fatiguées, bourrées et, de ce fait, bien peu attirantes, avec leur rimmel qui coule.

 

Le deuxième problème est que, au petit matin, la barbe commence à percer le fond de teint et fait désordre.

 

Les hôtels de Jalan Jaksa, le Kaoh San indonésien, donc, sont également accueillants pour les voyageurs et pour les rats. Je me souviens, la première et dernière fois que je suis arrivé à Borneo Guesthouse, avoir vu descendre un rat de l’étage, pendant qu’un deuxième me filait entre les pieds pour aller se cacher dans un endroit discret, au fond à gauche.

 

Il est vrai qu’il était six heures du matin et que personne, ou presque, n’était debout. Le patron, encore endormi quand j’avais passé la porte d’entrée, avait ouvert un œil, puis le deuxième, s’était levé pour aller me chercher une clé de chambre qu’il n’a jamais eu à me donner, vu que je ne souhaitais plus dormir dans son établissement.

 

J’ai donc, depuis, choisi d’aller planter ma tente dans un autre Guesthouse, dans lequel je n’ai, à ce jour, lors de mes passages, jamais vu ni rats, ni cancrelats, ni rien de moche de ce genre.

 

Oui, je sais, on me l’a dit : ce n’est qu’une affaire de temps. Eh bien, étant du type optimiste, je n’en suis pas certain.

 

Me voilà donc devant mon Guesthouse habituel. Malgré l’heure tardive, il fourmille d’activité. Le patron a décidé de rénover un peu : quelques travaux de peinture, qui ne font pas de mal, je dois dire, et remplacement de quelques fils électriques datant de Mathusalem. Il était temps. L’endroit fait nettement plus coquet, même alors qu’il est encore en chantier. Je suis reçu comme le fils de la maison, à ma grande surprise : c’est que les travaux, les taches de plâtre, l’odeur entêtante de la peinture, ont chassé les clients potentiels, alors que nous ne sommes pas encore vraiment en saison : la queue de la mousson traîne encore. Bref, je suis seul pensionnaire ce soir.

 

Du coup, j’ai droit à l’une des rares chambres où le matelas peut vraiment être appelé matelas. Dans la plupart des chambres, ce sont des paillasses, enfin, plutôt des cotonasses, dignes des pages les plus noires d’un Zola contemporain.

 

Mais il n’y a ni rat, ni cancrelats dans les chambres.

 

Ni puces dans la literie.

 

Une fois les travaux de peinture terminés, m’explique le patron, alors  que j’ai déposé mes affaires dans ma chambre, et que je suis descendu remplir les formulaires de police, il envisage de remplacer les lits les plus amochés. Bonne idée. J’espère qu’il en fera de même pour les draps, usés jusqu’à la trame, et souvent troués.

 

Jakarta, disais-je, est une ville laide. Outre les bâtiments futuristes qui font le Jakarta moderne, et qui vieillissent avec la mode, il y a un quartier chinois littéralement démoli, lors des dernières émeutes d’il y a bientôt dix ans : maisons brûlées, façades défigurées, magasins pillés, plusieurs centaines de morts. Les morts ont été enterrés à la sauvette, le quartier a été rafistolé plutôt que remis en état, dans l’attente angoissée du prochain orage.

 

Le musulman moyen n’est pas extraordinairement travailleur ; l’immigré chinois, si. Le musulman moyen est donc pauvre, quand le chinois est riche – ou, du moins, peut voir venir. Résultat : émeutes antichinoises, vu que ces chiens de capitalistes apatrides à la religion douteuse sucent le sang du noble prolétaire musulman et Indonésien.

 

Vingt ans plus tôt encore, les musulmans se lançaient dans une tentative de génocide des chinois indonésiens, vu que ces derniers étaient communistes.

 

Quand on en veut à quelqu’un, ou à son coffre fort, on trouve toujours une bonne raison pour lui taper dessus et le dépouiller. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère...

 

Chinatown est encore aujourd’hui un quartier moche, avec des traces de gnons partout. Le risque de ratonnade n’est certainement pas exclu, et les chinois se font discrets, tout en continuant – les pauvres, que peuvent-ils faire d’autre – à travailler et, horresco referens, à gagner des sous. J’imagine qu’il y a, en dessous de toute cette activité, le vague rêve de retourner un jour à la Mère Patrie, quittée par leurs ancêtres il y a au moins deux siècles. Pour y retrouver quoi ? C’est le fantasme des juifs d’avant guerre, qui ont bien déchanté, le jour où il devenait possible d’aller l’an prochain à Jérusalem.

 

Hors Chinatown, il y a Batavia – c’est l’ancien nom de Jakarta, et c’est aussi le nom donné au vieux quartier hollandais de Jakarta. C’est remis en état, ce n’est pas vilain, mais ça ne vaut certainement pas les jolis quartiers de Malacca et leur mélange portugais, hollandais et chinois. Vive la Malaisie.

 

Vraiment, hors deux ou trois rues qui visent le tourisme gros comme une maison, et qui n’arrivent même pas au niveau des quartiers shopping à thème de Singapour, Jakarta est laide ; il n’y a rien de plus à en dire.

11:39 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animaux |  Facebook |

13/04/2007

Les varans gourmands

Une fois la douche imitation Ushuaïa prise, nous retournons vers le campement où quelque chose se prépare, qui sent bon. Admirable : le cuistot est en train de nous préparer, des… crêpes, dans lesquelles on emballera un curry déjà prêt.  

 

Dans le Gault et Millaud, notre cuistot serait titulaire de deux toques, pour le moins.

 

Les varans pensent bien la même chose, puisque nous en voyons au moins trois, qui guettent dans la distance – enfin, quand j’écris dans la distance, ils sont littéralement à portée de main… Etape suivante : dressés sur les pattes de derrière, ils mendieront au pied de la table. Enfin, il n’y a pas de table, mais on se comprend.

 

On pose la question à Pipo de savoir si ce sont des varans connus, familiers. Non, il n’en est rien. Plus encore : l’endroit où nous campons, ce soir, est utilisé pour la première fois depuis des mois. C’est juste que les varans sont comme ça, assez goulaffes. Jamais je n’avais imaginé les varans aussi gourmands, prêts littéralement, nous semble-t-il, à tout pour venir chiper un bout.

 

La lumière fuit, la nuit tombe, nous dînons, sous la surveillance rapprochée des varans, et le repas est délicieux. Madame est quand même un peu inquiète, en ce qui concerne les varans, mais Pipo lui jure sur tout ce qu’il a de plus sacré qu’ils ne sont pas dangereux pour l’homme. Le repas fini, ils se dispersent d’ailleurs, l’œil déçu, et on en entend plus parler. Il est probable que le cuistot va leur jeter, un peu plus loin, quelques miettes. Ma foi, il faut bien que tout le monde ait le bonheur d’apprécier la bonne cuisine…

 

Jeux de cartes du soir, à la lumière de la bougie, fin de soirée. Nous partons, l’un après l’autre, nous brosser les dents, puis nous nous étalons côte à côte, dans le même ordre qu’hier, avec, tout comme hier, un orage qui menace. Quant à moi, ça ne m’empêchera pas de dormir.

 

Un hurlement affreux me réveille brutalement à une heure indéterminée : c’est madame qui, après, semble-t-il avoir roulé sur son mari, arrive en plein sur moi, toujours hurlante, me rebondit dessus et disparaît, crevant la toile de tente, dehors, usant de tous les membres pour se sauver. Grosse panique de tout le monde. Pipo trouve les allumettes, les bougies, nous avons de la lumière et retrouvons Madame à quelques pas, sous la pluie battante, tremblante encore, dans les bras de Monsieur qui la calme. Chapeau à Monsieur et à sa rapidité à rattraper son épouse : on n’a pas eu le temps de le voir courir après elle. Je jette un coup d’œil autour de moi, dans la tente : rien de suspect. Un mauvais rêve ? Un insecte qui aurait causé une frayeur ? Un coup de tonnerre qui aurait réveillé la pauvre en sursaut ? Un serpent ?

 

C’est Pipo qui trouvera la clé du mystère, la fille étant trop choquée pour parler, et ne sachant probablement pas exactement ce qui lui est arrivé : ce que je n’avais pas noté, c’est que son baluchon est ouvert et que, dans ce baluchon ouvert, il y a un paquet de biscuits, éventré d’un coup de dents impatient.

 

Un varan, pendant notre sommeil, s’est glissé entre Madame et Monsieur, a fouillé de la pointe du nez dans le baluchon d’où s’échappait un parfum intéressant, et a entamé les biscuits trouvés. Le seul problème est que, de toute évidence, la tête de Madame reposait sur le baluchon et les chocs l’ont réveillée. Elle a tourné la tête et a vu, dans son demi-éveil, à quelques centimètres d’elle, la gueule d’un varan que Pipo déterminera, un peu plus tard, comme faisant dans les deux  mètres. Un solide gaillard avec une gueule en proportion. Et on s’étonne qu’elle ait eu peur…

 

Qui aurait imaginé que les varans avaient un si bon flair. Mais qui aurait imaginé que leur gourmandise les conduit à prendre de tels risques. En tout cas, il a bien dû avoir la trouille, lui aussi.

 

Plus personne ne dormira vraiment, pendant les dernières heures de la nuit. Monsieur s’évertue à calmer madame qui a du se changer, tant elle a eu peur. On lui assure tout qu’elle n’en est pas ridicule pour autant et que si c’était nous qui nous étions réveillé nez à mufle avec le fauve, dardant à tout instant, qui plus est, sa langue bifide biraisin, on n’aurait pas été particulièrement farauds non plus.

 

Heureusement, l’orage finit de s’éloigner, et avec lui, la pluie ; l’obscurité ne s’éternise pas et il est bientôt possible de se lever en ayant une vue d’ensemble sur le camp.

 

A petite distance, il y a un varan…

 

Les garçons – Pipo, le cuistot, le mari et moi-même – prennent chacun un quart du périmètre et chassent les varans. Le simple fait de se montrer et d’avancer vers eux suffit. Madame, rassurée, est ensuite conduite à la cascade par Pipo et le mari. Sous leur protection, elle peut se rafraîchir pendant que le cuistot fait chauffer le petit déjeuner, et que je garde les affaires d’un air martial. Quand elle revient, entourée de ses gardes du corps, elle va déjà mieux. L’aventure n’est plus qu’un souvenir qui sera, certainement, enjolivé, une fois qu’il aura voyagé de Sumatra jusqu’à la Hollande.

 

Petit déjeuner délectable, comme d’habitude. Nous nous relevons deux fois pour écarter les varans importuns. Rapide tour d’horizon avec le chef : la promenade du matin est peut-être rendue moins facile, du fait que certains ont très mal dormi, que les affamés traînent autour, que cela inquiète assez naturellement la pauvre Hollandaise. Nous suggérons, pour le bien de Madame, évidemment, de traîner ici, ce matin, avant de faire la descente en radeau prévue.

 

C’est assez faux-cul de notre part, à dire vrai, cette proposition de ne pas bouger pour le bien de Madame: on est tout simplement crevés.

 

Nous nous faisons aussi la réflexion suivante, selon laquelle, après deux gros orages successifs, la rivière est grosse ; la descente sera certainement plus secouée que d’habitude ; nous aurons besoin de toutes nos forces.

 

Ca, par contre, c’est vrai, et Pipo en est parfaitement conscient. Un cri dans la distance, réponse lointaine du rabatteur qui nous rejoint bientôt, rapide explication entre eux : la sauterie de la matinée est annulée.

 

Quartiers libres pour Madame, qui se repose un peu, pendant que les garçons continuent à veiller au grain. Des varans montent et descendent la rivière, nageant comme je n’imaginais passer devant nous, dans la rivière. Pas la peine d’en parler à Madame. Pour les autres, ceux qui approchent du camp, quand on en voit un, on se lève d’un air menaçant ; on fait deux ou trois pas dans la direction de l’intrus ; il se sauve.

 

Pendant ce temps, aussi, le cuistot-factotum a préparé le radeau : il s’agit de cinq chambres à air en caoutchouc noir, de taille conséquente: ce sont des chambres à air de pneus d’autobus, ou de camions. Ca m’a l’air bien faible, pour descendre un torrent presque mugissant, mais Pipo me jure que c’est la meilleure méthode pour descendre une rivière rocailleuse et qu’il n’y a jamais eu d’accident. Les nombreuses rustines qui parsèment les pneus me font penser le contraire, mais qui suis-je pour jouer au trouble-fête…

 

Repas de midi, toujours aussi délicieux, déshabillage et rhabillage en tenue de natation, emballage de nos affaires – appareils photos compris – dans des sacs en plastiques. On monte à nous cinq sur les chambres à air mises à l’eau et à la grâce de Dieu.

 

05:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, cuisine, rafting |  Facebook |

12/04/2007

Coup de gueule contre les douches sous les cascades glacées

BigboyNotre périple dans les bois continue encore deux heures, avec encore quelques interruptions, chaque fois que les orangs-outangs passent. Avec eux, jamais de mauvaise surprise – sauf l’occasionnel coup des pipis arboricoles, et sauf dans le cas de Mina, bien entendu : normalement, ils approchent, peu à peu, curieux de nous voir, nous flairent de plus ou moins loin, jouent souvent les stars et posent devant l’appareil photo, se laissent parfois approcher au point qu’on peut les toucher, mais nous n’auront plus ce contact littéralement intime que nous avons eu avec Trikit. Une fois leur curiosité satisfaite, ils remontent dans les arbres, pour les dames, accompagnées ou non d’enfants, ou reprennent leur chemin, pour les messieurs, d’un pas traînaillant, se retournant parfois une dernière fois - par curiosité ? Par inquiétude soudaine ? Je ne sais.

 

On verra des gibbons aussi, moins caressants, plus méfiants. Nous nous observerons mutuellement, dans la distance.

 

Nous arrivons enfin au camp qui est, comme hier, sis sur la rive d’un torrent et où, comme hier, notre factotum nous attend, l’abri dressé, un petit feu qui flambe entre trois pierres et une bouilloire dans laquelle l’eau frémit.

 

On croirait qu’il nous attendait à cette minute même – et c’est probablement le cas : vu le vacarme que nous faisons en marchant, nous devons être audibles à près d’un kilomètre. Cela laisse tout le temps à notre cuistot de préparer le thé pour qu’il soit prêt à l’instant même où nous mettons le pied dans l’enceinte du camp. Il a l’expérience pour cela…

 

Nous nous laissons donc tomber devant le feu, pendant que le cuistot nous sert le thé qu’il vient d’infuser. Luxe suprême, il a ouvert une boite de sweet milk, de lait condensé et sucré que les asiatiques utilisent jusqu’à l’écoeurement, pour préparer thé, café, et riz aux mangues, remplissant la tasse d’un bon quart de ce lait avant d’y mettre le thé ou le café. C’est comme cela qu’ils aiment leur boisson chaude. Et, il faut l’avouer, il n’est pas particulièrement difficile de se plier à cette habitude. En fait, ainsi préparé, le thé, ou le café rappelle des souvenirs d’enfance, quand il n’y avait jamais assez de sucre sur nos céréales, dans notre porridge, ou dans notre lait chaud. Ah, souvenirs, souvenirs…

 

Nous avalons deux tasses de thé, avant de nous retourner vers Pipo qui vient, d’un pas léger –mais comment fait-il ??? - nous suggérer la sempiternelle cascade glacée, située à deux pas et sous laquelle nous pourrons nous rafraîchir. Nous passons dans la tente, vite fait, à grands gestes courbaturés, pour remettre nos maillots, et le suivons, cognant nos pieds dans chaque caillou, dans chaque irrégularité du sentier, les jambes maladroites de fatigue.

 

Le coup de la cascade sous laquelle on se laisse doucher, dans le but de se remettre, je me demande parfois si ce n’est quand même une sottise imposée par les média et la publicité.

 

Dans je ne sais combien de courts métrages faits à la gloire d’Ushuaïa, de Dove, de Nivéa ou de n’importe quelle autre marque de savon liquide pour douche, nous avons de ravissantes créatures genre Tahitiennes avec fleurs dans les cheveux, entourées de blondes pulpeuses et de brunes, de noires, de rousses encore plus pulpeuses, de quelques métisses et autres asiatiques, pour faire franchement harem. Elles sont sous une cascade, habillées, tout au plus, d’un troublant monoquini et se nettoient mutuellement à grand coup de Dove, de Nivéa ou d’Ushuaïa, sur une musique joyeuse, genre lambada.

 

Apparaissent trois ou quatre bellâtres au sourire stupide et au menton bleu, qui dénote, comme chacun le sait, une virilité sans faille. En Inde, ils porteraient la moustache. Tout ce troupeau de joyeux lurons de se doucher sous la même cascade que les demoiselles, cascade à la location imprécise, mais certainement située dans les îles. Lesquelles ? Mystère et boule de gomme. Ce sont les îles, celles où on trouve des filles faites pour l’amour, et qui se douchent sous une cascade, en se caressant l’une l’autre le dos. C’est tout. Enfin, non, ce n’est pas tout : outre les filles en grand nombre, on trouve, en petit nombre, les messieurs avec le menton bleu qui vont bien rigoler après le tournage de la douche. Ah, oui, en plus, il y a des verres genre « long drink » pleins de liquides qui ont l’air bien appétissants.

 

Vu que l’endroit où cette cascade se trouve, c’est dans un studio surchauffé, et que les pauvres acteurs cuisent sous les spots de lumière, les liquides en question sont bien nécessaires, entre les prises de vue.

 

Ainsi, scénariste du clip publicitaire à la gloire du savon liquide de douche a fait le tour des arguments de vente : nettoyage et fraîcheur, pour les ménagères qui font les courses ; vacances exotiques, bibine et filles à foison, à tendance un peu voile et vapeur, pour les messieurs qui, parfois, font les courses à la place de Madame. Dans tous les cas, les promesses subliminales de la publicité font que personne n’oubliera d’acheter le savon liquide pour douche.

 

Maintenant, quand vous vous trouvez vraiment sous une cascade, après une longue journée de randonnée, vous recevez d’abord une claque mouillée de plusieurs kilotonnes, et pensez d’abord vous effondrer sous la puissance de la chute d’eau. Jamais la cascade ne correspond à une espèce de douche délicate et vibromasseuse juste comme le modèle high-tech que vous avez dans votre salle de bain, ou son équivalent naturel que l’on voit dans la pub pour savon liquide.

 

Quant à la température de l’eau des cascades destinées à nous revigorer, parlons-en : je sais bien qu’on est à la recherche d’un peu de fraîcheur, après la journée infernale passée dans cette espèce de bain de vapeur, parfois peuplé de moustiques, qui plus est, mais l’eau de la cascade, c’est un plein sac de glaçons qui vous tombe dessus et vous enferme.

 

Au moins, quand, en Finlande, on va se rouler dans la neige, en hiver, en sortant du sauna, on sort vraiment du sauna : ça veut dire qu’on vient de passer quelques minutes dans une étuve à cent degrés, dont on sort soudain comme un diable de sa boite, et qu’on ne se rend même pas compte que la neige est froide, pendant les premières secondes… Ensuite, on s’en rend compte : ça mord, c’est un sentiment qui n’est pas désagréable, d’ailleurs. Alors, on se relève et on file de nouveau à l’intérieur du sauna. Dès que le sauna redevient insupportable, on refile dehors, on se reroule dans la neige, et ainsi de suite, pendant une demi-heure, après laquelle on prend une douche tiède et finale – avec du savon liquide Nivéa, si on y tient – on se sèche, on se rhabille et on se prend une bonne bière.

 

Ici, pour la bière, que dalle.

 

Quand, surpris par la pesée brutale de l’eau, et sa température, vous faites un geste brusque pour vous éloigner, vous êtes déséquilibré et vous glissez invariablement sur un rocher glissant, pour tomber sur un caillou pointu. Vous vous pétez donc la figure, vous vous faites mal à la semelle du pied – des deux, si vous êtes chanceux et, si vous avez gagné le gros lot, vous en profitez pour vous faire quelques profondes écorchures aux coudes et aux genoux.

 

Bien entendu, vous tombez dans l’eau glacée que vous tentiez d’éviter et vous trouvez à deux doigts de l’infar’.

 

Ne comptez pas, de toute manière, utiliser votre savon liquide Ushuaïa ou autre : d’abord, vous ne l’avez pas pris avec vous pour la randonnée et si, par hasard, vous l’aviez pris, le guide vous priera de ne pas polluer stupidement (il ne le dira pas ainsi, mais il le pensera très fort, et très justement) la cascade. Dans une cascade de la forêt vierge, on ne se lave pas : on se rafraîchit et on se rince. Bref, le coup des îles sur lesquelles on prend des douches tièdes et joyeuses, en groupe, au son d’une musique genre brésilien, avec du Dove dans une main et un coquetaille dans l’autre, je peux déjà dire que ce n’est pas l’île de Sumatra. Pour avoir expérimenté, précédemment, Bornéo, je peux ajouter que ce n’est pas Bornéo non plus.

 

Quant aux jolies filles très ouvertes sur le plan sexuel, et en proportion de six par mec, n’y comptez pas. Quand vous êtes en randonnée avec d’autres personnes, dans le meilleur des cas, il y aura une mignonne poupousse, mais son fiancé jaloux et boxeur est là aussi. Dans le pire des cas, vous êtes juste entre garçons et l’un d’entre eux est un champion pour les flatulences. Les nuits sont gaies. Cas intermédiaires : autant de garçons que de filles, mais ce sont les rousses vulgaires d’Ange le maque, des walkytruies teutoniques, une ou plusieurs pimbêche(s) de nationalités variées. Bref, rien de bien fameux.

 

J’imagine que l’arrêt-cascade est un élément obligatoire d’une randonnée, que le guide n’oserait pas faire l’impasse sur les cascades qui rafraîchissent, pendant que les randonneurs n’oseraient pas refuser les cascades en question. C’est un peu comme quand on prend des asperges : il faut les manger avec les couverts qui vont avec. C’est infernal, mais c’est ainsi.

 

A ce propos, je me demande quel est le taré qui a inventé le service à asperge. Il mériterait une statue, qu’on placerait dans une cage à pigeons.

 

Bon, maintenant, ce n’est pas dire que l’arrêt cascade est totalement déplaisant mais, à y penser, ce serait quand même mieux d’être à l’hôtel, en fin d’aprème, à prendre une douche qui, grâce à la tuyauterie invariablement exposée au soleil, serait tiède. Et puis, il y aurait du savon, du shampoing, et on se sentirait vraiment propre à la fin.

09:40 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

03/04/2007

La chasse au tigre

Il sera bientôt midi, et nous sommes crevés. La lourdeur du temps, ainsi que le fait que nous avons – hors les arrêts – sans cesse monté, sur des sentes particulièrement glissantes et souvent encombrées. Un petit arrêt repas ne sera pas de refus… Nous y voilà. Les garçons retirent leur chemisette dégoulinante de transpiration, et trouvent une flaque de soleil devant laquelle lesdites chemisettes peuvent être pendues à sécher. Madame la Hollandaise est naturellement plus modeste.

 

Pendant que nous dévorons notre repas et buvons comme des trous, Pipo nous raconte diverses aventures arrivées à d’autres guides et à d’autres voyageurs, ces dernières années, avec Mina. Pour enfoncer les copains, il est champion – quoique ses récits soient parfaitement plausibles, pire, vraisemblables. Le rabatteur opine du bonnet, pendant qu’il dévore son casse-croûte lui aussi, tout en écoutant Pipo.

 

Certains guides viennent moins souvent que lui, sur ce territoire, et connaissent moins bien, du coup, le cheptel animal qui rôde dans la région. Résultat : la rencontre des promeneurs avec Mina ne se passe pas toujours sans anicroche. Quand, de plus, le guide n’est pas trop courageux… ainsi, il y a deux semaines, un guide novice s’est retrouvé face à Mina. Il avait trois Australiennes avec lui, qui se sont tout naturellement approchées de Mina, comme elles s’étaient déjà approchées de plusieurs autres orangs-outangs. Minai était au sol et n’a pas apprécié du tout le fait qu’on venait sur elle : elle a mordu profondément les trois filles, lors d’une poursuite qui a duré pas loin d’un kilomètre, pendant que le guide s’enfuyait le premier en criant, « c’est Mina, sauve qui peut ! ».

 

Inutile de dire que la randonnée a été interrompue, et que tout le monde est rentré au camp de base – les filles pour se faire soigner, suturer, piquer à tout hasard contre le tétanos, la rage, contre tout ce que la jungle compte de rigolo ; le guide pour, une fois les trois malheureuses livrées au dispensaire local, disparaître prudemment de la région pour quelques jours, le temps que ses trois grandes blessées plient bagage. Mieux vaut qu’on ait entendu l’histoire après avoir vu Mina, qu’avant.

 

Mina est le grand méchant loup de la région – elle et quelques serpents pas bien méchants envers l’homme, mais d’une taille impressionnante, au point de faire peur aux filles.

 

Repas fini, eau bue, chemisettes presque sèches, nous pouvons redémarrer. Nous sommes à flanc de colline et, selon Pipo, nous aurons encore trois heures de marche. Il a pris la mesure du groupe : nous sommes dans une forme physique raisonnable, nous avons de bonnes chaussures, nous pouvons donc faire un périple un peu plus dur que celui qu’il proposerait normalement. Nous continuons donc dans la montagne, vers le haut.

 

 Là où on a un espoir infime de voir des tigres.

 

Les tigres de Sumatra, il doit en rester une douzaine, et ils sont, à ce qu’on sait, dans la région que nous parcourons. Il n’y a aucun risque à les rencontrer, si on les rencontre : une longue expérience leur a permis de conclure que les hommes, c’est rien que des méchants et, quand ils entendent le bruit d’un pas qui approche, ils filent à la vitesse de l’éclair. Ceux qui, parfois les voient, ont le pied léger, sont de vrais chasseurs -  ne serait-ce que des chasseurs d’images. Pour nous, la possibilité d’une observation vive est ridiculement mince. Au mieux, on aura droit à des traces fraîches, ce qui serait déjà pas mal.

 

Quatre heures de marche plus tard, alors que nous finissons de redescendre à flanc de montagne, vers un torrent que l’on entend mugir dans la distance, tout ce que nous avons vu, en fait de tigre, ce sont des fumées, comme on appelle cela. Je laisse aux chasseurs le soin de traduire. Heureusement, nous sommes tombés aussi, outre une paire de macaques volant littéralement d’arbres en arbres, et nous regardant de loin, sur deux colonies de papillons, et sur des insectes d’une taille impressionnante.

 

Nous arrivons enfin sur la berge du torrent, tellement fatigué que, par prudence, Pipo prendra nos baluchons – minuscules pourtant - pour faire tout passer en sécurité, sans que nous perdions, par une chute malencontreuse dans l’eau, nos appareils photos. Je crois être en bonne forme, naturellement, mais je ne sens plus mes genoux, mes hanches. Les deux autres sont dans un état pire encore. Pipo, après avoir donc fait un premier aller-retour avec nos baluchons, doit revenir pour nous aider à passer. Il faut dire que la nuit d’hier, il a plu, un de ces gros orages qu’on peut avoir dans la région, et que le courant du torrent est fort.

 

Ajoutons à cela – oui, je sais, excuses, excuses… - ajoutons à cela, disais-je, que Pipo nous a conseillé de passer en maillot de bain, sans chaussures. Ca, c’était une mauvaise idée. Le fond du torrent est tapissé de cailloux petits et pointus, durs à la semelle, qui font qu’on ne peut faire trois pas sans tomber. Il me semble que, si j’avais eu mes chaussures aux pieds, je serais parvenu, finalement, à l’agonie, à passer le torrent tout seul.

 

Nous restons étalés sur la rive, dans un état d’abattement peu descriptible, jusqu’au moment où Pipo vient nous proposer d’aller jusqu’à une cascade qui se trouve à quelques pas. Il s’agit d’une petite rivière qui alimente le torrent, une fois la cascade passée. Nous nous redressons héroïquement et remontons péniblement les dix ou quinze mètres d’un chemin particulièrement cabossé, qui nous conduit jusqu’à la cascade.

 

Elle est glacée, mais que cela fait du bien…

12:26 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

02/04/2007

Mina la Mordeuse

Mina est la teigneuse du coin. Une rousse vraie de vrai ; une de celles qui justifie celle plaisanterie selon laquelle, quand on trouve un ordinateur avec des coups de marteau dans l’écran, c’est qu’une rousse l’a utilisé alors que Windows se plantait.

 

L’histoire de Mina est bien triste : il y a quatre ou cinq ans, elle était, comme tous les orangs-outangs depuis que le monde est monde, bien lambine, plutôt affectueuse et, comme toutes les créatures du beau sexe, curieuse, toujours prête à venir voir de près ces gros patauds d’humains qui se traînaient sur le sol, à ramper en regardant, la nuque cassée, vers les cîmes. C’était encore une vraie jeune fille, toute prête, qui plus était, à donner son amour au premier qui lui offrait un peu d’affection.

 

Depuis, les choses ont changé - et quant au fait de donner son amour à tout le monde et à n’importe qui, sans la moindre discrimination, et quant à son statut de vraie jeune fille : elle a rencontré un gros mâle plein de poils, dont il faut croire qu’elle a du tomber amoureuse, car on la trouve toujours dans ses parages. Dame, elle a maintenant plus de onze ans. Ce n’est plus une gamine ; c’est une femme.

 

Bigboy3Elle partage ainsi sa vie, aujourd’hui, avec Rocky – c’est le nom donné au mâle – et une autre femelle qui bénéficie elle aussi des ardeurs amoureuses de Rocky. Quand on aime, on ne compte pas.

 

Pour en revenir à Mina, voilà qu’un jour, deux touristes accompagnés d’un guide passent en dessous d’elle. Elle les suit et, d’arbre où elle se perchait en arbre où elle se perchait encore, mais moins haut. Elle descend et s’approche, comme à son habitude, afin de voir les bipèdes de près. Les bipèdes en question sont deux grosses brutes en provenance d’Europe Centrale, de toute évidence peu au fait des us et coutumes orangoutesques.

 

Jusque là, on ne peut pas vraiment leur en vouloir.

 

Là où ils deviennent franchement stupides, c’est maintenant : Mina arrive à deux pas, au sol, et approche. Plutôt que de supposer que, si le guide ne s’enfuit pas en poussant des grands cris, c’est que le danger est nul, le fiancé – ou le mari – de Madame la touriste n’écoutant que son courage, hurle à sa dulcinée quelque chose comme « Achtung, meine Chôlie Gretchen! Eloigne-toi té zette kadrupète félue, ké ché la rosse à koups du pâton ke che tiens chuztément tans mes krosses mains kalleuzes! ». Ce n’était peut-être pas tout à fait cela que le grand crétin a gueulé à sa vache, mais le sens général y était.

 

Gretchen obéit donc au doigt et à l’œil à son Seigneur et Maître. Elle s’écarte d’un pas vif de Mina qui se disposait à la toucher pour voir si c’était doux, ce truc, et se met à pousser des barrissements dignes d’une éléphante au milieu des douleurs de l’accouchement. La pauvre petite Mina, six ans à l’époque, et qui devait faire ses douze kilos à tout casser, regarde la scène d’un œil surpris, voit arriver Helmut (supposons qu’il s’appelait Helmut, mais, si vous préférez, on peut l’appeler Horst, ou Wolfgang), voit arriver Helmut, disais-je – ou plutôt, si j’en crois le récit du guide, ne le voit pas arriver vu qu’il venait de par derrière - le bâton à la main.

 

Helmut, profitant donc de l’avantage d’attaquer une pauvre petite guenon par derrière, s’empresse de coller un coup de bâton à Mina qui, bien que naturellement lambine, dans un cas pareil, réagit assez bien vite, se retourne avant que le deuxième coup ait été porté, bondit sur monsieur qu’elle mord profondément, une fois à la cuisse, une fois au ventre et, pendant que Monsieur pousse à son tour des cris lamentables et craint le pire pour sa descendance, rebondit dans les arbres d’où, depuis, elle ne redescend qu’avec précaution.

 

Crétins de boches : une fois, ce sont les juifs, une autre fois, les orangs-outangs. Dieu seul sait ce qu’ils trouveront la prochaine fois.

 

MinaQuand on tombe sur Mina, lors d’une promenade dans la jungle, il vaut mieux, aujourd’hui, faire comme si on ne la voyait pas, l’éviter en prenant un autre chemin et la laisser passer sans essayer d’attirer son attention. Elle a vite le sentiment d’être pourchassée, et les nombreuses dents de sa forte mâchoire sont tout à fait aptes à montrer avec la plus grande clarté, au sot qui l’avait hélée, photographiée – bref, qui l’avait sortie de son splendide isolement – qu’on ne doit pas embêter ceux qui ne demandent rien.

 

L’utilité d’un bon guide, c’est qu’il connaît la population de la forêt. Quand Pipo voit Mina, marchant au sol, à quelques mètres de son Rocky adoré et alors que l’autre femelle est, quant à elle, à cheminer dans les arbres, Pipo, donc, sait tout de suite à qui il a affaire. Il nous entraîne dans les sentes parallèles au sentier pris par Mina, afin de ne pas se trouver nez à muffle avec elle, afin de ne pas la provoquer. Mina nous a, bien évidemment, parfaitement repéré, mais nos gestes de bonne volonté doivent lui paraître suffisants, car elle ne nous attaque pas.

 

Elle continue donc son chemin, tranquille, pendant que son petit chéri de Rocky joue les coquettes avec nous.

Bigboy2

 

13:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

17/01/2007

Les tours du silence, les vautours, et leurs maladies cardio-vasculaires

Mais ça, c’est pour dans quelques jours. Ce que je fais, cette aprème, dans le but de me changer les idées après le coup de la carte sim, c’est une longue promenade le long de la mer, sur la plage de sable fin et d’un gris crasseux, couverte de petits restaurants faits eux même de bric et de broc, et strictement interdits par la municipalité – tout comme les attractions qui sont en dur et gardent la place prise depuis au bas mot vingt ans.

 

Les flics passent en voiture sur la plage, trois fois par jour, moustache au vent et teint rougeaud et furax, pour rappeler que tout cela est interdit, dit, dit, et pour toucher leur petite enveloppe. Quand les propriétaires les voient arriver, de loin, ils rangent quelques tables et chaises, et jurent aux flics qu’ils n’ont ouvert que pour détruire prochainement, et que les gens assis ne sont pas des clients… Comme ça, pour les flics, non seulement les finances s’améliorent, mais, de plus, l’honneur est sauf.

 

Pris sous un vent agréable qui vient de la mer, loin de la route assourdissante de coups de klaxons et du bruit des échappements crevés, on parvient presque à oublier Bombay. Mais, en poussant la promenade, on arrive au bout de la baie, dans un coin dont la puanteur vous fait revenir à la réalité : c’est la décharge publique que les nageurs – car il y a des nageurs sur cette plage ! - doivent bien tolérer, puisqu’elle prend quelques arpents, toujours plus nombreux, de la place qu’ils doivent alors partager avec les corneilles.

 

Pour elles, c’est Noël.

 

En fait, pour elles, l’Inde, c’est Noël.

 

La mer est huileuse de crasse. Des dizaines de bouteilles de plastique flottent dans le coin, et entre les cailloux qui font la fin de la plage, il y a des cadavres qui font le bonheur des rapaces.

 

Les cadavres, parlons-en. Je suis maintenant au pied de Malabar Hill, la colline de Malabar, bien connue pour ce qu’on appelle poétiquement les tours du silence – en plus prosaique : des pourrissoirs pour cadavres, réclamés par la religion parsie.

 

Les Parsis sont des gens qui vénèrent le soleil et qui estiment que la pureté qui va avec ce dernier nous prévient, entre autres choses, de brûler ou d’enterrer les morts. On les met donc au sommet de tours où ils pourriraient tout à leur aise, des semaines durant, infectant la contrée entière si Dieu, dans Son infinie bonté, n’avait heureusement inventé les vautours.

 

Quelques dizaines de vautours, gras comme des dindes de noël, ont donc établi leurs quartiers dans les jardins qui entourent les tours du silence, et vivent, si j’ose dire, sur la bête. On assure qu’un vautour un peu affamé vous décharne un cadavre en moins d’une journée. Malheureusement, les vautours meurent d’apoplexie, de cholestérol, de diabète et d’artério-sclérose, toutes maladies venues d’une nourriture trop riche et d’une hygiène de vie déplorable : les animaux n’ont même pas à voler pour se trouver à la table du festin, jour après jour… Affamés, donc, les survivants ne le sont pas, et ne se pressent pas toujours pour aller nettoyer les tours du silence.

 

Et les cadavres parsis se défaisaient donc, petit à petit, sur les tours du silence… Quand la population de Bombay, excédée par la puanteur qui provenait des tours, a forcé des solutions. Et pour en arriver à excéder une population indienne pour des petits problèmes d’odeur, il en faut pas mal, ça devait être croquignolet, à l’époque.

 

La religion reste quelque chose de bien sérieux et respectable, en Inde, et les Parsis sont extrêmement puissants : on en est arrivé à une espèce de compromis : les Parsis ont installé des réflecteurs solaires sur les tours, ce qui cuit les cadavres qui, de ce fait, puent moins, tant qu’ils ne sont pas mangé par les vautours.

 

Comme la proposition était maigre, la municipalité, forcée d’accepter car les parsis sont les seules personnes riches de la ville, les seules qui paient des impôts et, donc, les employés municipaux, incluant le maire… Tuktukindiala municipalité, donc, a du trouver une deuxième source de pollution à éliminer – voilà ce qui explique la disparition des tuk tuk dans le centre ville. Et puis, disons-le, rancuniers comme des vieilles espagnoles, les parsis avaient déclaré que si on leur interdisait leur belle coutume à eux, dont l’odeur ne les dérangeait aucunement, eux, il fallait interdire une belle coutume des autres, dont le bruit les dérangeait.

 

La colline est vaguement odorante, et calme : personne ne souhaite particulièrement baigner dans l’odeur de la putrescence des cadavres… mais cette putrescence a fortement diminué du fait des autocuiseurs solaires, et du fait heureux qu’il n’y a pas tant de parsis que cela. Dans le lointain des jardins secrets, on voit parfois quelques vautours traînent leur surcharge pondérale, et des nuées de corneilles qui ont l’air satisfaites. On ne voit pas les tours car les funérailles Parsies sont secrètes. Si l’on continue à marcher vers le nord,un peu plus loin, on trouvera un quartier luxueux, sous le vent de la mer qui éloigne l’odeur des tours du silence vers la ville, c'est le nid des quelques richissimes Parsis qui possèdent la colline.

 

Au bas de la colline, c’est la zone. C’est la zone au point que si Hector Malot revenait, ils en hoquèterait d’horreur. C’est le quartier des lessiveurs, couronné d'un bâtiment moderne qui, chez nous, serait abattu sur le champ - sauf dans les banlieues françaises du 93, cela va sans dire.

Batimentdeluxe

 

13:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animaux, cuisine, religion, medecine |  Facebook |

10/01/2007

Les restaurants de Colaba

Le soir, je vais dîner dans l’un de ces nombreux restaurants qui font la gloire de Colaba.

 

Il y a deux types de restaurants indiens : les full veg – lire : les végé cent pour cent pur jus – et les arabes, où l’on trouve de tout : plats pour végétariens, ou plats pour carnivores.

 

Pas de porc, quand même.

 

Tant mieux pour la gentille petite Babe, le cochon dans la ville, l’immense actrice adorée de tous les enfants et de quelques grandes personnes ; tant pis pour les pov’ petits agneaux qui sont tellement gentils, et dont le bêlement harmonieux rappelle le bruit d’un doux klaxon que les Indiens détesteraient, vu qu’il ne fait pas assez de bruit.

 

Les full veg, ce sont les restaurants tenus par des indous, par les adorateurs de Shiva, par les fidèles de Vishnou, par les sectataires de Ganesh, et/ou de n’importe quel autre animalo-humano-divinité du panthéon religieux de l’Inde. Les autres restaurants, ce sont ceux qui sont tenus par les musulmans. En Inde, tout est religieux, même la restauration.

  

Autant l’Inde est sale, crasseuse, même, autant, à ma grande surprise – j’ai vérifié, et je passerai mon temps à vérifier tout au long du voyage, rapport à Fujiko – les cuisines des restaurants sont impeccables.

 

Enfin, disons qu’elles sont extrêmement propres.

 

Le parfum qui se dégage des différents établissements vous fait saliver pire qu’un dogue de Bordeaux quand on pose sa gamelle devant lui. Si on avait le ventre pour, on se ferait deux ou trois douzaines de repas par jour.

 

Et puis, quand on entre dans le restaurant, un monsieur courtois et moustachu vous guide immédiatement vers une place juste sous le climatiseur, ou sous le ventilateur, et ne perd pas de temps à prendre votre commande, rapport à la boisson. Il y a un truc merveilleux, ici : le jus de citron avec de l’eau pétillante. J’imagine que le risque de galopante n’est pas inexistant, vu l’état de propreté douteuse des verres et les glaçons de provenance inconnue, mais c’est boooooooooon…

 

Les restaurants au personnel musulman sont mes favoris. D’abord, parce que je suis de nature carnivore ; ensuite, parce que le personnel y est autrement plus courtois et attentionné que dans les restaurants full veg.

 

La carotte et le brocoli rendent morose, faut croire.

 

Au fond du restaurant, que je choisis systématiquement pour son parfum sympathique et toujours dans une ruelle dans laquelle jamais une voiture ne peut s’aventurer, rapport au bruit des klaxons, je savoure un instant de vrai repos pour mes oreilles, et de plaisir intense pour mon estomac, soudain devenu celui d’un gourmet exigeant. Le dernier coupe-gorge recèle des cavernes littéralement magiques, dès qu’on parle des plaisirs de la table.

 

J’adore les cuisines asiatiques, mais jamais je ne mangerai aussi bien qu’en Inde.

 

Dommage qu’il y ait les Indiens et leur fâcheuse propension à mendier, à faire un vacarme de taré, à essayer de m’écraser, au volant de leur somptueux destriers, à tenter de me faire les poches, ou à vouloir me vendre des trucs qui ne m’intéressent franchement pas.

 

Sans compter les fakirs de cirque, selon lesquels j’ai un karma fantastique qui les pousse à me dire mon avenir, contre monnaie sonnante et trébuchante.

 

Il doit être bientôt dix heures quand je rejoins mon hôtel, épuisé de ma journée de promenade et de mes deux ou trois heures de sommeil de la nuit précédente. Mon hypothèse est que, si les chauffeurs de taxi sont des lève-tôt, il est probable qu’il sont couche-tôt aussi. Avec un peu de chance, les quelques conducteurs qui passeront encore dans ma rue négligeront de klaxonner… et je suis vanné. Temps de dormir.

 

Miraculeusement, cette nuit là, soit les chauffeurs se donnent le mot et décident de me laisser tranquille, soit c’est la nuit des couche-tôt – une fête religieuse comme il en existe tant, en Inde – soit je suis tellement fatigué que je n’entends rien.

 

En tout cas, je me réveille au son du klaxon, le lendemain matin, passé six heures, enfin reposé. Un regard par ma fenêtre : la vue est belle, la mer est étale. Dans la distance, on peut voir la Porte des Indes. Je me sens mieux et je suis certain que Bombay est une ville merveilleuse.

gateofindia

 

Je ne ferai même pas attention aux cancrelats qui se sauvent, quand je rentre dans la salle de bain. L’air de rien, ce sont de grands timides.

22:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuisine, animaux, religion |  Facebook |

21/12/2006

Pélerinage hindouiste (et les singes volent)

Les alentours de KL ne sont pas vilains et l’on passe vite de la ville à la campagne. Si l’on veut se promener, de plus, les transports en commun sont remarquables d’efficacité. Ici, nous ne sommes pas à Bangkok, où jamais le bus que l’on cherche ne va à l’endroit souhaité, et où personne ne sait vraiment dans quel bus, finalement, je devrais monter… Non, outre les deux lignes de métro aérien qui passent régulièrement et silencieusement, reliant la ville avec elle-même, les lignes de bus ont des numéros, lisibles pour tous, et des destinations connues de tous et toujours les même.

 

MetroPetronasS’il était facile d’aller aux tours Petronas, puisqu’une station de métro porte leur nom et que les stations de métro changent rarement de place, ce pourrait être moins facile d’aller aux temples hindouistes de Shiva, dans la montagne qui borde Kuala Lumpur. Eh bien non : Il y a bien un bus, à la station discrètement cachée, mais qui ne change pas de place. Le bus sera, de plus, direct. Le confort est un peu spartiate mais, quand on compare, guère moins élevé que celui du réseau de bus parisien ou bruxellois – et nettement moins glauque : pas de mendiants menaçants, de musiciens qui, une fois un morceau massacré, forcent leur sébile sous votre nez, de vendeurs de colifichets qui bloquent le trottoir autour des arrêts de bus, tentant de vous fourguer leur camelote et, si vous ne voulez décidément rien acheter, vous crachant sur les talons ou essayant de voler votre portefeuille. Bref, comparé à bien des coins du monde – Marrakech, par exemple… - un vrai paradis.

 

templeKLUne demie-heure après le départ, nous sommes devant une grille et, dans le lointain, on voit une statue dorée géante qui domine le paysage, qui fait jeu égal avec la montagne à laquelle elle est adossée. Nous sommes à une dizaine de kilomètres de Kuala Lumpur. Les pélerins parmi lesquels j’avance marmonnent des mantras dès la grille passée. Pendant ce temps, des vendeurs du temple se précipitent sur moi, l’évident touriste, pour essayer de me faire entrer dans le musée du temple. Le billet coûte 10 Ringgits mais, comme j’ai une bonne tête et que j’ai l’air sympathique, le  cicérone me propose immédiatement un rabais. C’est gentil, mais je décline.

 

Passé ce premier assaut, quelques dizaines de mètres plus loin, un autre rabatteur me propose d’aller m’installer à la terrasse de son bistrot, car j’ai certainement soif (non, merci) et il faut chaud (ça, c’est vrai). Comme j’ai vraiment l’air sympathique, et que ma tête lui revient, il est prêt, dès l’abord, à me faire un prix. Je décline encore.

 

C’est ensuite un gourou en turban et langes douteux, avec une barbe blanche et bipointe à la fois, qui me regarde, l'air inspiré, et se précipite vers moi, afin de me coller au milieu du front l’œil de Shiva. Je me laisse faire de bonne grâce, tout en me doutant que la fin de l’histoire sera bassement commerciale. En effet, après m’avoir collé une pastille rouge sur le front, et offert une fleur, vient l’incontournable « give me some money ». Je lui demande combien il veut : dix dollars. Bin voyons… Je lui donne donc un Ringitt et continue mon chemin.

 

Oui, je sais, j’ai une mauvaise nature.

 

Je repousse victorieusement, encore, des guides dont je n’ai aucun besoin, deux ou trois vendeurs d’images de Shiva , de Tshirts et de lunettes de soleil ; un autre rabatteur pour je ne sais quel bistrot : ici, on est en Inde, de toute évidence. Enfin, j’arrive sur le territoire sacré, sur lequel, à part les prêtres, personne n’a le droit de rançonner visiteurs ou pélerins.

 

La statue de Shiva méritait de passer tous les barrages, c’est exact. Elle est colossale - et bien faite, bien terminée, ma foi. A son côté, il y a l’escalier qui mène aux temples sis dans les grottes : leur degré de sacré est supérieur à ceux qui ont été bâtis au sol. La raison ? Les efforts qu’il faut faire pour y monter, je suppose. L’escalier compte un certain nombre de marches. Le nombre est sacré. Je me demande si l’escalier a suivi un nombre sacré, ou bien si les prêtres, une fois l’escalier terminé, n’ont pas compté les marches, et décrété qu’il s’agissait d’un chiffre sacré… Ca ne m’étonnerait pas de leur part. Quelque soit le nombre sacré, il est certain que le nombre de marche est élevé.

 

On peut s’arrêter pour souffler à deux endroits, que les prêtres ont déterminés être sacrés eux aussi. voleurLà, les singes vous attendent et essaient de vous faire les poches, au cas où vous auriez des trucs à manger. Les gosses se serrent aux jambes de leurs parents, fondant en larmes ou poussant des cris aigus. Les parents rient et se moquent, mais repoussent quand même les sales bêtes. Cela les met de mauvaise humeur ; ils gueulent de toute la force de leurs poumons, bondissent sur place pour faire peur. Il n’est pas rare que ces chapardeurs mordent leurs victimes non consentantes. Mais ils sont sacrés, eux aussi. Et s’ils sont sacrés, alors…

 

On arrive enfin dans l’immense caverne où ont été installé quelques Shivagrotteimages particulièrement sacrées du Panthéon hindouiste, et deux temples de Shiva. L’odeur des déjections de chauves souris prend le nez. Il y a, ici aussi, des marchands du temple, probablement approuvés par les prêtres, et un montreur d’animaux (ici, un petit dragon) qui, pour une somme modique, vous permet de caresser le bestiau et de prendre une photo. Les singes rodent toujours, et volent tout ce qu’ils peuvent, bondissant et s’agrippant aux murs, avec le produit de leurs rapines. Ils laissent derrière eux une petite fille en larmes et les mains vides de son biscuit, ou un touriste japonais furibard, son appareil photo disparu.

 

Un touriste japonais sans appareil photo, c’est comme l’amiral Nelson sans son dentier, ou Lolo Ferrari sans ses appendices mammaires.

 

On garde donc, si on est prudent, son sac bien serré contre soi et, si on veut prendre une photo, on tient bien l’appareil. Si un singe approche, après un rapide coup d’œil autour de soir, pour vérifier si les prêtres sont dans le coin et, si pas, un solide coup de pied en pleine poire. Il faut faire vite, sinon, c’est lui qui vous mord et vous griffe. Si vous avez tapé vite et bien, le singe file en hurlant des imprécations, mais sans rien en main et sans réagir par l’attaque.

 

Ensuite, il est préférable de prendre un air innocent, au cas où les prêtres viendraient investiguer les hurlements simiesques, l’œil soupçonneux.

 

ShivatempleLes temples eux même sont minuscules : ce sont tout simplement de petites grottes creusées dans la grotte principale : la beauté des fractales… Ils sont interdits aux fidèles. A l’intérieur de chaque temple richement orné, d’un kitch attendrissant, il y a un petit groupe de prêtres, usuellement rondouillards, en jupette, colliers de fleurs au cou et graisse dégoulinant de leurs cheveux lustrés, qui acceptent aux noms des divinités les présents de pélerins. Ils les donnent alors aux dieux, au son de cloches destinées, probablement, à attirer l’attention desdits dieux, puis bénissent les généreux donateurs.

 

La visite des temples faite, on redescend les escaliers, en tenant toujours serrés à soi les objets auxquels on tient. On repasse entre les rabatteurs, on évite les gourous, et on quitte le territoire du temple. A une centaine de mètres de la sortie, il y a une aubette où l’on vent des journaux, du coca, des crèmes glacées. On y attend le bus, qui passe de manière régulière, mais les horaires ne sont indiqués nulle part. C’est qu’il n’y en a pas, ou bien que les horaires sont un secret d’Etat ?

15:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, animaux |  Facebook |

17/12/2006

Le vieux Kuala Lumpur

Pour aller à Kuala Lumpur, de l’île de Penang, c’est toute une expédition. Il faut d’abord quitter l’île, avec le bac-coquille de noix, pour Butterworth, puis aller à la gare routière en minibus. A la gare, il y a diverses agences vendant des billets de bus pour Hat Yai, Bangkok, Kuala Lumpur et Singapour, ainsi que pour diverses destinations aux noms moins connus. basekpresIl y a un Bas Ekspres Grand Luks, ainsi qu’on l’écrit par ici, qui partira dans quelques minutes et, veine, il y a encore de la place. Nous sommes deux, qui avons quitté Penang pour aller à KL. Nous prenons nos billets et nous voilà dans un bus effectivement très chic, pour six bonnes heures de route. Nous devrions donc arriver vers quatre heures.

 

La route est belle. Bientôt, elle se transforme en véritable autoroute. Un arrêt pipi-cigarette, et nous redémarrons dans un monde de luxe, de confort et de volupté. La volupté, c’est l’hôtesse qui passe régulièrement pour vous offrir du thé, et la télé de bord qu’elle nous annonce, désolée, être en panne.

 

L’entrée à Kuala Lumpur, ça ne se passe pas comme ça : afin d’éviter une pollution atroce, la Malaisie, qui exporte du pétrole aux quatre coins du monde, utilise des filtres avant l’entrée en ville : un péage, dix kilomètres avant la ville, peut-être, qui fait aussi office de station de blocage pour les voitures non-autorisées en ville – sauf si le conducteur paie une somme effrayante pour obtenir le permis, pour une journée.

 

Passé la chicane, nous roulons, descendons les pentes sur lesquelles nous étions, vers la plaine où s’étale Kuala Lumpur, ce qui nous permet de voir le spectacle des gratte-ciels vers lesquels nous roulons, et arrivons bientôt au centre ville, après être passé devant le splendide bâtiment colonial de la court suprême de justice.

SC

 

En fait, une courte promenade en ville le montre vite : tout ce qui est beau est ancien, et singulièrement d’architecture coloniale dix-neuvièmiste. J’ai lu plus d’une fois les origines du musée de la Malaisie, celles de la court suprême, celles de tel ou tel bâtiment gouvernemental : j’oublie chaque fois qui les a fait. Mais jamais on oublie la splendeur du spectacle. Y a pas à dire, nos ancêtres savaient y faire.

 

MarketIl y a, aussi, un merveilleux marché en modern style, bâti dans les années trente, de toute évidence, et des maisonnettes qui rappellent celles de Georgetown, dans lesquelles, aujourd’hui, se sont réfugié les petits commerçants. Tout Chinatown y est installé, ainsi que les arabes. Le soir, il y a un marché qui déborde sur toutes les ruelles de Chinatown, où l’on vend tout ce que l’Asie du Sud Est compte de copies et de faux, pire encore qu’en Thaïlande, qu’au Cambodge ou qu’en Inde.

 

Le reste, c’est du béton moderne, ambitieux, prétentieux. Il y a, bien entendu, les fameuses tours Petronas, qui sont à ce jour les plus hautes structures du monde. Il y a d’autres bâtiments bêtes et hauts, usuellement ornés de drapeaux malais, vu que la fête nationale n’est pas loin, et que les Malais aiment visiblement bien célébrer l’existence de leur état, où l’impôt est léger et où les rats, comparés aux pays voisins (j’excepte Singapour, mais on en parlera plus tard), se cachent. Lors de mon dernier séjour, en une semaine, j’en ai vu un seul.

16:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, architecture |  Facebook |

15/12/2006

Le pays des lapins magiques

Quand on arrive à Georgetown, sur l’île de Penang, le minibus s’arrête sur Chulia Street – aussi appelée Julia Street. C’est la rue des routards – infiniment moins nombreux qu’en Thailande. J’aime bien l’appeler Julia Street ; ça me rappelle des choses.

 

Ayant quitté Butterworth par la voie maritime, on a pris un bac. Ici, ce sont d’adorables coquilles de noix, minuscules et toutes rondes, qui rappellent les bateaux de pèche que l’on voit sur les côtes du Kent – ou les bacs qui traversent la baie de Hong Kong. Ils font comme ils peuvent, sur le bon mille marin qui va de Butterworth à Penang, agités par un flot parfois difficile. On y met, tout au plus, une douzaine de véhicules, et une cinquantaine de passagers qui pâlissent au fur et à mesure du tangage.

 

Sur Julia Street, où l’on arrive sitôt débarqués, il y a une douzaine de petits hôtels, de guesthouses. Les propriétaires sont devant leur porte, sur la rue, à l’arrivée du minibus, et hèlent les passagers qui sortent hagards, après une huitaine d’heure de route et deux heures de passage de frontière, le regard ébloui. Mon hôtel habituel, c’est le Stardust Hotel, l’Hôtel de la poussière d’étoiles… C’est un joli nom. La propriétaire est une dame chinoise entre deux ages, qui aime les poissons de combat.

 

Il y en a un couple, soigneusement séparé, dans un énorme aquarium qui prend tout le mur du fond de la salle de bain. Entre eux, un mur de plastique amovible, le cas échéant, avec des trous qui permet la circulation de l’eau, mais pas aux deux poissons de remarquer qu’il y a, de l’autre côté du mur, un ennemi à tuer.

 

En effet, quand deux poissons de combat se rencontrent, ils se battent à mort.

 

Les combats de poisson (de coq, de taureaux, de chiens, …), c’est le seul vice officiellement autorisé en Malaisie, car ce sont deux communautés qui le partagent: les indous et les chinois. Pour le reste, une pancarte placée stratégiquement au côté de la porte du bureau des douanes, à la frontière, rappelle que la possession de matériel pornographique est punie de prison, et que celle de drogue est punie de mort. C’est la pendaison, ici, je crois.

 

Quand Madame la directrice du Stardust Hotel, sur Julia Street, me hêle, je prend un air faussement distrait, discute le prix sous le nez de ses concurrents qui pantèlent d’impatience et d’espoir d’entamer les négociations avec moi, demande à voir une chambre qu’après une fausse hésitation – et une diminution de quelques Ringgits du prix demandé, c’est l’habitude – je décide de prendre. J’y laisse tomber mon paquetage, me rafraîchis sommairement et démarre en ville à la recherche de mes cartes postales obligées.

 

La ville moderne est à deux pas, et c’est là qu’on y trouve … tout. C’est un immense quartier chinois, juxtaposé à un quartier indien et à un quartier musulman. On voit le pays riche, car tout y est propre – enfin, plus propre qu’en Thaïlande : le pétrole est une bénédiction. Les rats, omniprésents en Asie du Sud Est, sont rarissimes, en Malaisie. Les restaurants, les bureaux de voyage, les banques, les changeurs, les vendeurs de tout et de n’importe quoi, la poste et le quartier général de la police, tout ce qui compte se trouve dans la ville moderne, dans laquelle on peut même trouver un gratte-ciel ainsi qu’un parc avec – oh, miracle – des poubelles pour vos ordures. MageMon quartier à moi, plus ancien, est celui des géomanciens, des hôtels de routards et des temples. Des géomanciens… Cela indique bien qu’il s’agit d’un quartier chinois.

 

On peut aussi y trouver des marchands de textile bon marché, et des vendeurs de cartes postales : il ne me faudra donc pas aller bien loin avant de trouver mon bonheur.

 

Depuis toujours, dans chaque pays que je traverse, j’envoyais une carte postale à un correspondant. Longtemps, ça a été Antoine puis, quand il a disparu, il y a eu Marie. Maintenant qu’à son tour, elle a disparu, dans le but de limiter mes risques, j’ai plusieurs correspondantes : d‘abord, il y a Mlle Chipie.

 

Mlle Chipie est un lapin nain d’environs un kilog. ChipieC’est l’animal de compagnie d’un couple de mes connaissances, et le centre de leur foyer sis dans les Ardennes belges. Elle est sympathique, paresseuse et gourmande.

 

Trrrès gourmande.

 

Sa vie consiste à mendier de la nourriture, chaque fois que quelqu’un enfourne quelque chose en bouche, et à en voler, chaque fois que quelqu’un oublie une assiette quelque part – préférablement sur la table du salon, devant la téloche. Arrêtant alors de jouer à la misérable affamée, à la quête sur ses deux pattes de derrière, elle saute sur le sofa, puis du sofa sur la table du salon : elle y dévore les chips oubliés, ou l’assiette de steak-frites abandonnée un court instant, le temps d’aller se prendre un verre d’eau au réfrigérateur.

 

Pendant ce temps, le présentateur qui déballe son affaire sur l’écran, et qu’elle surveille d’un œil méfiant, tout en s’empiffrant, ne la dénonce pas – l’âne.

 

Vous revenez dans la pièce, tombez sur la lapine en plein repas, criez un CHIPIE ! retentissant, elle bondit de la table et va se cacher, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, sous un meuble. Son hypothèse est que, cinq minutes plus tard, on aura oublié le méfait, ou on le lui aura pardonné. Cinq minutes plus tard, donc, elle revient à vos pieds, quêter ce petit quelque chose dont elle a besoin, tant elle est affamée… Selon mes pronostics, elle mourra de cholestérite dans le courant de l’année 2007.

 

Quand on compare sa vie de coq en pâte à celle des courageux lapins que l’on voit en Turquie, dans le tiers-monde, elle devrait avoir honte. Là, les lapins doivent gagner leur vie à la sueur de leur front. J’en ai vu, ainsi, forcés de faire des tours des demi-journées entières, sur les rues d’Antioche.

 

LapinsmagiquesLeur maître vendait des billets de loterie, et avait créé un gimmick, un truc spécial, pour attirer le chaland : il avait placé deux lapins sur une petite estrade, devant les billets de loterie et, contre un petit supplément par rapport au prix du billet de loterie acheté par le client, il envoyait l’un de ses deux lapins magiques parmi les billets, pour aller dénicher l’un de ceux qui était, à coup sûr, gagnant.

 

On faisait presque la queue devant chez lui et ses lapins avaient du travail jusque par-dessus les oreilles.

 

Je disais que la vie de Chipie consistait à manger, à mendier et à voler. Bon, il faut dire qu’il lui arrive aussi de faire caca sous le canapé, ainsi que pipi sous le vaisselier. Le reste du temps, elle dort.

 

Dans cette même famille, il y a une petite fille qui s’appelle Vicky, qui a onze ans et qui aimerait, quand elle sera grande, devenir sumotori. Pour ce faire, il lui manque encore deux cent kilogs et un bon mètre de haut. Pour le volume manquant, elle a un truc.

 

Enfin, au cas où, toujours dans la même famille, j’envoie une carte aux deux grandes demi-sœurs, Héloise et Chloé, dont l’une deviendra infirmière, et l’autre esthéticienne. Pour l’infirmière, j’ai toujours dit qu’il fallait mieux être dans ses petits papiers. On ne sait jamais, des fois qu’un jour elle sera du bon côté de la seringue, et moi pas.

 

Pour l’esthéticienne, c’est moins mon truc mais, qui sait, je voudrai peut-être un jour être beau ?

 

Par ailleurs, il y a Pauline, dont le but unique, dans la vie, est de faire mettre ses parents en prison pour maltraitance, par des moyens que je ne détaillerai pas ici, afin de ne pas donner de mauvaises idées aux petites filles qui me lisent. Disons le ainsi, les CRS parisiens connaissent l’adresse des parents et l’assistante sociale leur rend visite avec une régularité qui m’inquiéterait si j’étais eux. Tout lui est pardonné, cependant, quand elle sourit.

 

Pour tous, je trouve donc mes cartes que je remplirai ce soir, à l’hôtel. Je passe ensuite à la poste pour obtenir les timbres nécessaires à l’envoi, puis abandonne mon butin à l’hôtel. Il est temps d’aller se promener un peu, à travers de vieux quartiers classés, je crois, au patrimoine mondial de l’UNESCO.

16:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

13/12/2006

Le cocktail de sang de serpent

C’est la fameuse histoire du mec qui ne se sentait pas tout à fait clair dans son cœur et dans sa tête, et qui avait son ange gardien à gauche, pendant que son diable gardien était à droite.

 

Le diable gardien lui disait « Henri » (il s’appelait Henri, le héros de l’histoire) « Henri, tu n’est pas le premier médecin qui couche avec une patiente, et tu ne seras certainement pas le dernier »… pendant que son ange gardien rétorquait, « Henri, souviens-toi quand même que tu es vétérinaire … ».

 

C’est un peu le sentiment que l’on a, quand on quitte Hat Yai.

 

Hat Yai est décrit comme le petit Paris de la Thailande. Quand on y arrive, on se rend vite compte qu’il n’y a pas de tour Eiffel, ni d’arc de triomphe, ni de Louvre, ni, finalement, rien de marquant sur le plan architectural, qui mettrait Hat Yai « sur la carte », comme on dit. Certes, on y trouvera de délicieux temples dans le style de Bangkok, un gigantesque Bouddah couché, et d’incontournables restaurants de serpents, typiques à la Thailande du Sud.

 

BistrotQuant à l’aspect parisien, c’est le suivant : en Malaisie, et à Singapour, tout ce qui est olé olé est puni d’une lourde amende ou d’une peine de prison. Du coup, tous les Malais et les Singapouriens qui veulent se changer les idées, si je puis dire, viennent à Hat Yai.

 

Hat Yai, c’est le petit Paris de petits Léopold II.

 

Si le centre est, quand même, très Thai, avec ses restaurants et ses échoppes, ses massages, ses coiffeurs, ses hôtels et ses banques, on se rend quand même vite compte que les salons de massage ne se limitent pas à proposer des massages traditionnels. Mesdames les masseuses sont vite à vous faire un sourire plus aguichant que de coutume, et à vous Hatyaisignaler qu’elles sont tout à fait prêtes à faire des massages dans votre chambre d’hôtel. Les salons de coiffure proposent des trucs qui ne sont pas sur la carte des salons de coiffure normaux. Il y a un nombre invraisemblable, dans le centre ville, de karaoke qui, le soir, ne ressemblent pas à des salons de karaokes tels qu’on les connaît ailleurs : devant ces salons de Hat Yai, il y a des douzaines de demoiselles en tenues légères et qui hèlent le chaland. Il y a, sur les marchés, des stands proposant des films avec des acteurs faisant des trucs et des machins. Il y a, en grand nombre, des « clubs » nocturnes avec des affiches promettant des spectacles qui rappellent Pat Pong.

 

Bref, comme le dirait Mlle Julia : c’est louche.

 

Je dirais même plus : c’est écoeurant.

 

Si la prostitution, dans le Sud Est Asiatique, est un fait de société ; si, quand on y pense, de grandes jeunes filles de vingt ans passés savent après tout ce qu’elles font de leur corps, et sont majeures et responsables, cette ville presqu’entièrement tournée vers le stupre, c’est trop. Le sourire naturel aux Thaïlandais, ici, on le suppose toujours commercial – et pour quel commerce. Trop, c’est trop. La Thaïlande, land of smile, le pays du sourire, devient le pays de la fesse. La situation est encore pire à la frontière où, du côté Thaïlandais, s’est créé une bourgade anonyme, mais destinée exclusivement aux plaisirs de la chair des touristes Singapouriens et Malais. Pas une bâtisse, là, qui ne soit pas un lieu de plaisir, de stupre et de luxure et quand on roule en minibus, vers la frontière, où que l’œil tourne, c’est pour noter des annonces offrant des soapy massages (en d’autres mots, des massages cochons), des karaokes, qui n’ont rien à voir avec les karaokes traditionnels à l’Asie du Sud Est, des filles, des filles, des filles… Déjà à Hat Yai, on est souvent accostés par l’un ou l’autre bonhomme particulièrement amical, pour se voir proposer des filles et, si on a pas l’air chaud, de jeunes, de très jeunes filles. Prêt à changer son fusil d’épaule, le rabatteur, si vous continuez à l’ignorer, vous soufflera qu’il a aussi des jeunes garçons en stock.

 

SnakehouseLes restaurants de serpent – c’est la spécialité locale – sont eux même entourés d’établissements fermés sur le temps de midi, mais qui ouvrent bien avant la fin de la journée, alors que l’on sort à peine du restaurant: ce sont des bordels.

 

Les restaurants de serpents, donc… On y trouve deux types de propositions dans ces endroits. Vous pouvez y prendre soit une sorte de cocktail, fait de sang de serpent mélangé à de l’eau de vie – et c’est pour le power – soit une soupe de légumes assaisonnée de tronçons de serpents saignés à blanc, et c’est bon pour la santé.

Snake

 

Le power, c’est, bien évidemment, l’énergie sexuelle. Selon la tradition, le mélange de sang de serpent avec de l’eau de vie a un effet canon sur l’érection. Et, au plus le serpent est venimeux (et donc cher), au plus son sang est efficace. On peut avoir un cocktail pour un prix bien démocratique d’une centaine de Bahts, et ça peut monter jusqu’à mille Bahts. Avec ce dernier cocktail, je suppose qu’on est atteint de priapisme des mois durant.

 

C’est du moins l’effet espéré.

 

Du côté de la soupe, ce sont tous les légumes de saison, assaisonnés de gingembre et, donc, de quelques tronçons de serpents préalablement saignés pour les cocktails. Un serpent, il semble que ce soit fait pour moitié de peau, épaisse et grumeleuse, collant à la chair, et pour presque moitié d’arêtes minuscules et habilement glissées dans la chair pire qu’une truite. Le calcul est fait : il ne reste quasiment rien à grignoter entre peau et arêtes.

 

Cela dit, la soupe est délicieuse. On chipote un peu sur les tronçons de serpent, grattant un tantinet de chair, et on paie son dû, une fois le repas expédié, en félicitant le cuistot. Ensuite, on s’échappe du quartier entre les filles qui, déjà assises devant la porte des établissements de nuit, vous hèlent et vous proposent des délices extra-serpentines pour que vous puissiez vérifier la qualité du cocktail que vous venez, sans nul doute, d’ingurgiter.

 

Une fois la soupe de serpent – ou le cocktail de sang de serpent, donc – avalée, il est temps de quitter Hat Yai. On peut partir à Song Khla, en pleine guerre civile musulmane, ou traverser les territoires du Sud, dans un microbus qui trotte, jusqu’à la frontière malaise, puis jusqu’à Penang, ou jusqu’à Kuala Lumpur. C’est la solution malaise que j’ai choisie.

08:32 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuisine, animaux |  Facebook |

05/12/2006

Oscar, le gentil poisson rouge - non, jaune!

J’ai oublié de parler de mon passage à la maison de Jim Thompson : cachée dans un petit soi, à deux pas de Sukhumvit  Road, elle est ravissante. Pour mémoire, Jim Thompson est un ancien de l’OSS, qui s’était installé juste après la deuxième guerre mondiale en Thailande. Officiellement, il était là pour aider le pays à se remettre, en tant qu’expert agricole, ou une ânerie du genre, après la guerre. En réalité, pour aller visiter les provinces un peu éloignées de la capitale, là où il aurait pu y avoir des terroristes communistes. Au passage, il avait été mis en contact avec les splendeurs de l’artisanat local et en était tombé amoureux. Il avait bientôt démissionné de l’organisation – devenue la CIA – et s’était lancé dans la renaissance de l’industrie de la soie. Il en avait profité pour se loger – très bien – à Bangkok, dans une huitaine de maisons qu’il avait acheté à Ayuttaya et fait démonter, puis remonter à Bangkok, tout près d’un klong. JT2Sa gentilhommière, entourée de jardins somptueux et d’un mur élevé, est le rêve de tous les pillards sans foi ni loi que la France aurait pu avoir comme ministre de la culture – ou comme président, si on y pense… Elle est faite, donc, de huit maisons serrées les unes contre les autres, avec des petites cours, des buissons fleuris, des pièces d’eau dans lesquelles nagent des poissons de tailles variées. Cela va d’une gigantesque raie dont le diamètre doit bien dépasser le mètre cinquante, au petit Oscar, poisson rouge (enfin, jaune) de vingt bons centimètres qui vient à la surface de son aquarium – en fait, un gros pot de grès – quand on l’appelle en faisant clapoter l’eau. Il demande des doudouces et, après les avoir reçues, il se renfonce dans l’eau. Gentil Oscar…

 

Oscar

Alors que, dans les pièces d’eau, nagent des Oscar et d’autres animaux moins affectueux, sur les même pièces d’eau, flottent de splendides lotus, en hommage à Bouddha et en hommage à la beauté, tout simplement.

 JT1

Les maisons, dans lesquelles on ne peut pas prendre de photo, sont meublées de manière bien éclectique, mais avec, comme de juste, une tendance asiatique prononcée. Une splendeur, tout simplement.

 

C’est un paradis, au milieu de Bangkok, et on y passerait bien sa journée, mais j’avais d’autres rendez-vous. J’y retournerai, c’est évident. Et puis, près de la maison de Jim Thompson, il y a Lumpini Park, avec ses gyms champêtres ; il y a quelques paradis du shopping asiatique ; il y a des petits temples cachés au milieu du béton. Ce quartier, devenu un quartier d’affaires, a un passé architectural qui mérite le détour, une promenade paresseuse et sans but.

20:54 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, decoration d interieur |  Facebook |

07/07/2006

Le temple de la Vache Méritante

Dans les années soixante dix, les paysans anglais commençaient à avoir des ennuis avec leurs vaches. Pendant tout un temps, ils avaient nourri lesdites vaches de trucs et de machins bon marché, comme par exemple des cadavres de moutons morts.

 

Mort de quoi? Mystère et boule de gomme, et les rossebiffes de la cambrousse s'en fichaient, tant que c'était pas cher à acheter, que ça nourrissait les bestiaux et qu'ils vendaient, en fin de course, lesdits bestiaux à un bon prix qui leur permettait de remplir leur portefeuille. Ensuite, ce n'était plus leur problème. Eux, de toute manière, mangeaient des animaux nourris, prudemment, à l'ancienne.

 

Un beau matin, donc, vers la fin des années soixante dix, les vaches avaient commencé à jouer aux comiques. Plus précisément, elles se mettaient à marcher sur leurs quatre pattes raidies, comme de vieilles poivrotes, puis se pètaient la gueule tout comme les vieilles poivrotes indiquées précédemment, meuglaient comme des perdues, en essayant de se redresser, se redressaient, encore plus instables sur leurs pattes, puis tombaient et mouraient, en tremblant de tous leurs membres.

 

C'était spectaculaire, c'était très triste, et ça faisait un manque à gagner pour les bouseux grands bretons, qui allaient pleurer chez le ministre et à l'europe pour qu'on leur donne des sous, afin de compenser le manque à gagner qu'ils voyaient arriver gros comme une maison. En attendant, ils dépeçaient les cadavres suspects, et vendaient la bidoche à des restaurants pakistanais ou à des hamburger joints locaux, à vil prix.

 

Il n'y a pas de petit profit.

 

Ainsi que nous le savons tous, rien ne vaut la cuisine anglaise, et il n'est pas une grande ville du monde qui n'a pas son restaurant britannique, avec un cuistot itou.

 

Usuellement, on appelle cela "la prison municipale"

 

Or donc nos pauvres vaches tombent comme des mouches et, à un moment, le médecin légiste arrive chez le ministre, avec un air embarrassé, pour lui annoncer que les vaches qui mouraient, c'était parce qu'elles étaient malades.

 

Très, très, très malades.

 

On allait appeler cela la maladie de la vache folle, et il faut bien souligner que ça ne visait ni les belles-doches, ni les taureaux pédérastes.

 

Bref, refiler la bidoche de la carcasse, dans un restaurant ou un autre, ou au brave client anglais, c'était hors de question, et on allait avoir comme des ennuis à l'exportation, si le problème venait à se faire savoir.

 

Le ministre anglais de l'époque, un homme honnête entre tous, un vrai paysan comme on les aime, tente donc de cacher le problème, de le nier autant que faire se peut, jusqu'au moment où l'Angleterre, avec ou sans boycott officiel de sa bidoche, se retrouve une nation de végétariens, avec des tas de gens, hors Angleterre, qui refusent d'acheter de la viande en provenance d'Angleterre.

 

Nous voici donc en Angleterre, avec des centaines de vaches folles, des centaines de vaches mourantes, et des dizaines de milliers de bêtes immangeables vu qu'on irait jusqu'à se méfier. On se demande pourquoi.

 

Môssieur le ministre de l'agriculture du Royaume Uni en confère avec son homologue des Affaires Etrangères, et voilà-t-y pas qu'ils arrivent avec une solution comme seuls les rossebiffes peuvent y penser: ils proposent aux pays du Tiers Monde - spécifiquement, ceux où on crève la dalle, genre Mauritanie, Nigéria, Zaïre, Mozambique... - de prendre les vaches chez eux, afin de les manger. En effet, continuent nos deux gais lurons: le risque de passage de la tremblante du mouton à la vache, c'était un très petit risque (et on peut donc continuer, je suppose, à nourrir les vaches de moutons crevés); de même, le passage de la folie de la vache à l'homme est peu probable. Il y a bien entendu un tout petit petit petit risque, mais trrrrrrrrès petit. Donc, ma foi, comme on risque bien plus de mourir de faim, dans ces pays du sud indiqués plus haut, que de mourir de la maladie de la vache folle... qu'en pensez-vous, mes braves garçons...

 

Bon, bin ils ont l'air un peu ingrats, mais nos braves africains refusent - oh, en y mettant les gants, mais quand même.

 

On se demande pourquoi.

 

C'est alors que le ministre des affaires intérieures du Cambodge, pays sortant alors tout juste de l'horreur de l'époque des Kmèhrs Rouges, puis de l'occupation Viêtnamienne, avait proposé quelque chose de pas idiot: puisque les vaches anglaises n'étaient pas considérées comme comestibles, mais qu'elles avaient l'avantage d'être bêtes comme des vaches, et oublieuses des incidents du jour, elles pouvaient avantageusement être utilisées, dans les campagnes cambodgiennes, pour faire sauter les mines.

 

L'idée allait donc ainsi: les Anglais, ne sachant que faire de leurs vaches, les donnaient aux Cambodgiens qui envoyaient les vaches dans la campagne cambodgienne. Régulièrement, une vache allait sauter sur une mine - faisant alors sauter un chapelet de mines, vu la manière dont ces saletés fonctionnent en groupe - ce qui ferait paniquer ses petites camarades qui allaient galoper dans toutes les directions, faisant à leur tour sauter des mines un peu partout.

 

Il ne faut pas oublier qu'à l'époque, le Cambodge était littéralement noyé sous les mines.

 

Un quart d'heure plus tard, les vaches survivantes et oublieuses se remettaient à paisser, un peu nerveuses, peut-être, mais à marcher dans les prés et dans le champs, en tout cas, et recommençaient leur travail de déminage - certaines sur leur quatre pattes, un peu tremblantes de nervosité, au début; certaines sur trois pattes seulement, avec une patte de bois promptement ajoutée par un vétérinaire payé pour ça.

 

Nos amis Anglais font leur calcul et se rendent compte que donner les vaches malades, ou soupçonnées de l'être, ça leur coûtera nettement moins cher que les tuer, et les brûler d'une manière crédible, afin que, dans quelques années, la viande anglaise retourne sur les marchés étrangers. Ils acceptent donc la proposition cambodgienne.

 

Hop là, topez la mes amis, vous avez les vaches.

 

Bien entendu, les Anglais sont trop radins pour livrer les vaches, que les Cambodgiens reçoivent au port, en Angleterre - dans le meilleur des cas. De bonnes âmes américaines interviennent alors, louent deux ou trois douzaines d'énormes bateaux-bétaillères, et font transporter nos amies les vaches par bateau, vers les ports asiatiques, puis par trains, camions, Tuk Tuk, que sais-je, à pied d'oeuvre, ou devrait-on dire à patte d'oeuvre, dans les plaines du Cambodge.

 

Les vaches ont fait un boulot extraordinaire, et on peut estimer que la moitié des mines explosées au Cambodge l'ont été par elles. Pendant trois ans, on voyait, à chaque défilé militaire, un groupe de vaches, maigres et l'air nerveuses, tirées par des garçons vachers pieds-nus, défilant, toujours davantage couvertes de décorations, pour les copines qui avaient péri pendant l'année.

 

Maintenant, les vaches anglaises démineuses, il n'y en a plus une seule vivante: certaines sont mortes de leur belle mort; la pluspart ont quitté cette vallée de larmes au milieu d'un grand boum. Il n'en reste une en souvenir, empaillée, dans un temple de Siem Reap. Elle est là, à la droite de la statue du Bouddha, honorée par tout un peuple qui sait que les pattes perdues par les vaches sont des pattes qui ont sauvé des jambes.

 

Il y a, aussi, près de Pnohm Penh, un monument reproduisant une jolie vache en bronze, avec une plaque, placée par l'Ambassade d'Angleterre, rappelant que toutes les vaches démineuses étaient Britanniques, et que le Royaume Uni avait donné toutes ces vaches démineuses.

 

Une deuxième plaque, placée par les "charités privées" américaines, rappelle que les vaches, aimablement données par les Anglais, avaient dû être transportées par des bonnes âmes qui n'étaient pas anglaises. Et que ça avait coûté cher, de débarrasser l'Angleterre de sa pollution bovine. Mais cette plaque, quoique régulièrement remise en place, disparaît dans les heures où on la remet. On chuchotte que c'est l'ambassadeur du Royaume Uni qui, sur sa cassette personnelle, paie une bande de petits voyoux, pour aller l'arracher.

 

Moi, je n'y crois pas. Les Anglais, c'est pas des gens comme ça.

 

 

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