23/05/2007

Kota Bahru, ses chinois et ses tortues

Notre taxi klaxonne à l’arrivée, histoire de se signaler aux propriétaires de l’établissement, comme étant celui qui mérite et attend sa commission. Nous sommes accueillis, les bras ouverts, par le vieux patron, sa fille et son fils. Par les deux chats aussi, ainsi que par une troupe serrée de lapins qui vont de ci, de là, dans le jardin. Oui, il y a de la place.

 

Depuis la dernière fois que j’y suis passé, mon guesthouse s’est équipé d’un système wireless, qui me permet, pour quelques Ringgits, de chipoter l’internet de ma chambre, autant que je le veux, et de répondre à des dizaines de messages arrivés depuis trois jours. Il y a principalement des spams, bien entendu, mais aussi des choses intéressantes.

 

Kina est dans la chambre à côté, à prendre d‘abord une douche et à se faire belle. Ca, ça ne prend pas trop longtemps, vu qu’elle est, dès le départ, ravissante : une boule de cheveux blonds et bouclés, surmontant deux yeux espiègles d’un bleu clair, un nez droit et une bouche pleine, facilement souriante. Le reste, de ce que j’ai pu en deviner, n’est pas mal non plus.

 

Quand elle en a fini avec sa toilette, elle vient frapper à ma porte et je lui refile mon portable sur lequel elle s’escrime, à son tour, pendant que, à mon tour, je file me doucher. Un dernier coup d’œil en arrière, alors que je quitte la pièce : Kina est vraiment délicieuse. J’ai adoré, pendant le trajet, sa manière de masquer son demi-sourire, penchant la tête vers le sol et imaginant que la masse de ses cheveux bouclés allait cacher son plaisir, chaque fois qu’un commentaire échappé de nos conversations lui plaisait. Elle penchait souvent la tête. J’ai beaucoup aimé sa franchise ; elle semblait apprécier mes rosseries.

 

Là, assise sur mon lit, les jambes modestement repliées, vêtue d’un chemisier blanc à manches courtes et d’une jupe en corolle qui ne me laisse rien ignorer de ses mollets, l’ordinateur devant elle, elle lève les yeux à l’instant où j’allais sortir, le regard en arrière et nous nous surprenons, mutuellement, à nous observer et nos regards s’échappent, embarrassés. Cela ne dure qu’une fraction de seconde mais nous savons instantanément, tous les deux que, ce soir, nous ferons l’amour ensemble. Kina baisse la tête, cachant un sourire sous la masse de ses cheveux blonds et bouclés. Je pars me doucher.

 

Vingt minutes plus tard, nous sommes de sortie, vers le centre de la bourgade que je connais vaguement et trouvons un boui-boui à dominantes indiennes, aux murs verdâtres et salis où nous dînons merveilleusement bien. Au plafond, il y a des ventilateurs. Il n’y a pas de bougie sur les tables, et la télévision fonctionne bruyamment vers le fond, à montrer un programme éducatif dans le domaine religieux. Une dame bien emballée vient nous servir. Il y a une carte bilingue, en malais et en thai.

 

Vâââchement utile…

 

Bon, pour les boissons, le mot thé est compris dans toutes les langues du monde, dirait-on et, pour la nourriture, on passe devant le présentoir et on indique du doigt. C’est délicieux. Pendant le temps du repas, Kina me raconte son passé, son présent, son futur. Elle vient d’une famille extraordinairement conservatrice, pratiquant une obscure tradition religieuse qu’on ne trouve plus qu’en Ontario et en Pennsylvanie, enseigne l’anglais à Séoul, espère y rester encore deux ou trois ans, puis rentournera à Toronto, où elle a fait ses premières études et où elle essaiera de retourner à l’université, si Dieu lui prête vie et une bourse d’études conséquente. Ensuite… on verra bien.

 

Repas terminé, nous rentrons par le chemin des écoliers. Il doit être, tout au plus, neuf heures, et la ville, illuminée a giorno, est morte. Nous parcourons tranquillement les avenues monumentales, tout en nous dirigeant vers le guesthouse, tapi au fond d’une ruelle tranquille. Parfois, nous nous arrêtons devant une vitrine brillamment illuminée. Nous déchirons la mode locale à belles dents. Soit c’est le goût chinois, qui fait dans le pousse-au-viol, soit c’est la mode musulmane, qui fait dans le Belphégor. J’avoue un penchant pour le style chinois.

 

Quand nous rentrons dans nos pénates, la vieille propriétaire chinoise est encore sur sa chaise longue, à côté d’un aquarium de tortues marines, à les nourrir et à les observer, pendant qu’elles courent sur les petits bouts de nourriture qu’elle leur jette, s’escaladant l’une l’autre pour être la première à bâfrer. Dire que les tortues d’eau sont des animaux agiles serait un gros mensonge ; elles sont cependant infiniment plus rapides qu’on ne pourrait l’imaginer.

 

Puis nous montons, clés en main et, quand nous arrivons, sur le palier, devant les portes de nos chambres respectives,  Kina me saisit, distraitement croirait-on, l’annulaire, de son petit doigt. Je me retourne, me penche vers elle, l’embrasse sur une joue, puis sur l’autre, et nos lèvres s’effleurent, puis se rejoignent. Après quelques secondes, Kina abandonne ma bouche, penche la tête pour cacher un sourire, se sépare de moi, prend ma clé et l’introduit d’une main dans la serrure de la porte qui s’ouvre. Nous rentrons, main dans la main, sans allumer la lumière. Je sais que l’ordinateur est bien rangé, sur la table de nuit et, quand Kina m’enlace, je nous laisse tomber sur le lit. Nous nous embrassons, ses mains partent à l’aventure ; elle caresse du doigt, l’arête de mon nez, puis mon visage, et je caresse le sien, l’arcade de son sourcil, sa pommette, puis son épaule, puis davantage. J’embrasse sa nuque, son dos, son ventre, la courbe de ses hanches, pendant que ses mains se crispent sur mon bras.

 

Une heure se passe, peut-être, et nous faisons l’amour. A un moment, elle chuchote mon nom alors que le sien résonne dans ma tête, puis nous nous caressons encore l’un l’autre, puis nous nous endormons, l’un serré à l’autre, par-dessus les draps chiffonnés ; Kina a posé la tête sur mon épaule et sa cuisse droite me chevauche à moitié. Sa main me tient fermement le bras, puis la pression se relâche, au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans le sommeil.

 

De temps à autre, elle pousse un soupir de satisfaction qui me fait sourire.

 

Le ventilateur brasse inlassablement l’air moite. La brise qu’il crée éloigne les moustiques. Kina, toute pudeur oubliée, dort nue cette nuit. Je veille et effleure de mes lèvres, de temps à autre, ses cheveux bouclés, collés par la transpiration. Puis, enfin, je m’endors, serrant entre mes bras mon amour, ma toute douce, mon adorée, ma petite Amish.

19:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour |  Facebook |

07/04/2007

Quand une Orang-Outang tombe amoureuse de vous...

Encore deux heures de chemin. Grâce aux litres d’adrénaline qui nous sont entrés, d’un coup, dans le corps, lors du passage des macaques, on ne sent plus la fatigue. Mais bon, tout doucement, on oublie les macaques, on voit, dans la distance, des oiseaux pas méchants, on attrape un instant, à fin d’observation, des insectes gigantesques et nous les relachons, puis… on arrive à la pause déjeuner. Enfin !

 

Nous tombons littéralement au sol, non sans avoir d’abord, de l’oeil, vérifié qu’il ne grouillait pas d’insectes piqueurs, mordeurs et venimeux. Les garçons, comme d’habitude, trouvent une flaque de soleil devant laquelle ils pendent leur chemisette dégoulinante de transpiration.

 

Repas… boisson, beaucoup, beaucoup, beaucoup… Après une heure, avant que nous nous refroidissions, nous redémarrons.

 

C’est alors que le moment magique, pour moi, de cette randonnée aura lieu. Le rabatteur crie, dans la distance, et c’est pour annoncer, nous dit Pipo, l’arrivée d’un groupe d’orangs-outangs. Nous attendons, sans inquiétude. Selon Pipo, qui dit présence d’orangs-outangs, dit aussi absence de macaques… Tant mieux.

 

Arrive d’abord une femelle, le bébé sur la hanche : méfiante, elle reste d’abord à quelques mètres du sol, accrochée à un jet de bambou. Elle lache bientôt son bébé qui s’aventure de branches en branche, descendant un peu le long d’un tronc, pour nous voir de près, puis remontant jusqu’aux branchages, pendant qu’elle marque le territoire en faisant pipi.

 

Vu que ce n’était pas prévu, ça arrive au milieu de notre groupe, droit sur le Hollandais qui s’écarte en poussant un hurlement indigné, éclaboussant les autres. Nous deviendrons d’une prudence de sioux, par la suite, chaque fois que nous verrons un orang-outang dans un arbre. Il paraît, nous dira Pipo, que c’est leur spécialité, le coup du pipi, quand ils voient des animaux étrangers – des Hollandais, par exemple… J’imagine qu’ils trouvent ça drôle.

 

Le cri indigné du Hollandais, accompagné de deux bruyants « Oooh Shit ! » de la part de sa douce moitié et de la mienne, et de son équivalent, dans un obscur dialecte indonésien, de la part de Pipo, interrompt un instant Madame la pisseuse et fait s’envoler dans les arbres, littéralement, le jeunot, ou la jeunotte. Maman termine son pipi, rappelle sa progéniture et continue son chemin, indignée, ou surprise, par nos cris, pendant que le pauvre Hollandais arrache sa chemisette, s’essuie comme il peut et, suprême insulte, ne pouvant jeter la chemisette polluée comme ça, au milieu de la forêt, dois la transporter avec lui jusqu’à ce soir… Pipo lui fait une fleur, en l’emballant dans un sachet de plastique dont son baluchon est plein, avant de le lui rendre… Et c’est alors, pour nous réconcilier avec la gens simiesque, qu’arrive Tikrit.

 

Comme les autres orangs-outangs, on la voit arriver de loin. La cime d’un arbre remue, puis une autre. Peu à peu, les arbres qui bougent se rapprochent. Finalement, on voit une boule rousse qui va, paresseusement, d’un arbre à l’autre, dans notre direction. Nous sommes certainement repérés depuis longtemps et, nous le savons, les orangs-outangs sont curieux de nous. Mais elle prend son temps. Finalement, arrivée à un dernier arbre, elle descend lentement, pour nous voir de plus près. Monsieur le Hollandais se cache derrière le tronc d’un arbre, rapport au risque d’arrosage.

 

Tikrit est connue par Pipo. C’est, du point de vue simiesque, une adolescente. Elle doit avoir dix ans, vit seule depuis quelques temps déjà. Elle aura, tôt ou tard, un fiancé – on verra bientôt une grosse brute lui tourner autour – et est extraordinairement affectueuse, fleur bleue, toute prête à découvrir l’amour.

 

TikritElle descend, reste accrochée à une basse branche, nous laisse approcher, pas à pas. Bientôt, elle accepte, prudemment, bien sûr, toutes les caresses. Je lui gratouille le dos, ce qu’elle semble apprécier. Je continue donc. D’une main, puis d’une autre, elle me prend le poignet, puis le bras, me serre de plus en plus près, puis saute tout naturellement dans mes bras, ce qui fait rire tout le monde.

 

Visiblement, elle m’aime bien. Oh, c’est mignon, et je la garde donc, comme on le ferait d’une grosse peluche, ou d’un gosse de deux ou trois ans… C’est mignon, mais c’est encombrant quand même : je parie qu’elle doit faire dans les dix kilos. Elle niche sa tête dans le creux de mon épaule, et je sens, dans mon cou, son souffle tiède. On fondrait de tendresse, si on ne fondait de chaleur.

 

Le problème est que, quand Pipo suggère que nous y allions, elle est tout à fait d’accord pour partir avec nous, dans mes bras. Plutôt crever que me lacher… Pipo essaie, puis demande l’aide du rabatteur ; à eux deux, ils détachent délicatement une main, puis une autre. Pendant qu’ils s’occupent des troisième et quatrième main, Tikrit me ré-agrippe tout aussi fermement des deux premières. Rien à faire. De guerre lasse, Pipo suggère que nous y allions : il y aura bien un moment où ma jeune fiancée m’abandonnera : souvent femme varie, écrivait déjà François Ier, et il semble que Pipo est bien de son avis.

 

A juste titre, d’ailleurs car c’est exactement ce qui se passe, près d’une heure plus tard. Elle devient un peu agitée ; plutôt qu’avoir sa tête reposant sur mon épaule, elle se met à regarder à gauche, à droite, en haut… Enfin, à mon grand soulagement, elle décide de descendre de ma hanche, à regret, dirais-je, mais elle descend quand même, d’abord pour nous suivre, encore peut-être pendant deux ou trois cent mètres, et enfin, nous abandonnant et remontant dans un arbre pour encore continuer à nous observer : je n’étais plus qu’une fontaine de transpiration. Essayez, par plus de trente degrés, dans la chaleur lourde de la jungle, de vous promener une boule tiède de poils sur le bras, qui vous souffle dans le cou, et vous m’en direz des nouvelles.

Bien entendu, elle était lourde et encombrante ; je n’allais pas la prendre avec moi, pour m’accompagner dans mes pérégrinations océaniques ; je n’allais certainement pas la ramener en Belgique, pour la loger dans un appartement banal de la région bruxelloise… C’est cependant avec un pincement au cœur que je l’abandonne, au sommet de son arbre, et que nous nous perdons de vue, après un tournant.

 

Au revoir, Trikit, tu me manques déjà.

15:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour, singes |  Facebook |