05/06/2007

D'abord, à Suvarnabhumi

Le nouvel aéroport de Bangkok s’appelle Suvarnabhumi – ce qui est nettement moins facile à retenir, ou à prononcer, que Dong Muang – et, sur photo, est fait tout de ferraille et de béton genre bâtisse ultramoderne et pas terminée.

 

Si on aime le béton, la ferraille et le look pas terminé, c’est pas mal. Sinon, on regrette l’abandon du vieil aéroport de Dong Muang. Je fais partie de ceux qui regrettent Dong Muang, qui a été, il y a cinq ou six ans, ma première porte asiatique.

 

Quand Subarnabhumi a ouvert, il y a quelques mois, je lisais avec amusement, dans les journaux thaïlandais en ligne, la rage des passagers et des utilisateurs de l’aéroport, dans lequel on avait oublié de… placer des toilettes.

 

Enfin bon, je mens un peu. Il y avait des toilettes, mais juste assez pour dire qu’il y en avait. Dans l’immense salle de l’enregistrement des passagers, il y avait un bloc de six trônes pour les hommes, et un bloc de six trônes pour les femmes. Chaque doigt du terminal possédait, lui aussi, ses toilettes – mais on avait fait à l’avare, puisque chacun des doigts, donc, avait un bloc et un seul, une fois pour les hommes, une fois pour les femmes. Enfin, aux arrivées, on avait encore deux blocs comme aux départs. Pour un aéroport destiné à accueillir plus de cinquante millions de passagers annuel, c’était maigre. L’armée est arrivée le jour même de l’inauguration de l’aéroport, avec des camions sur lesquels étaient empilées des toilettes de campagne.

 

Vu les longues queues de dames paniquées qui envahissaient même les toilettes des messieurs, l’urgence était au rendez-vous, en effet. La télévision Indonésienne, toujours pleine de pensées inavouables, de voyeurisme béat et… d’une certaine jalousie envers un pays qui marche sans grand problème, usuellement, s’était fait une joie de montrer, aux nouvelles, des heures de reportage durant, des dames accroupies derrière chaque arbrisseau, chaque buisson fraîchement planté sur les immenses parterres fleuris de l’aéroport, afin de soulager un besoin pressant. Il y avait quelques messieurs aussi, mais c’étaient surtout des dames, derrière les buissons et les arbrisseaux. Les messieurs étaient, quant à eux, attrapés par la caméra du journaliste alors qu’ils étaient, usuellement, en train de faire pipi contre un mur tout neuf du splendide aéroport tout neuf, tout de ferraille et de béton, et au look pas terminé.

 

Dès l’aprème du premier jour d’ouverture, donc, de longues théories de chiottes militaires étaient plantés devant les entrées de deux niveaux de l’aéroport, égayant de bleu pervenche et de jaune canari les irisements argentés et modernistes du bâtiment. Les caméras des journalistes étaient devant les toilettes en question, filmant longuement les queues de passagers – si j’ose dire – qui attendait d’enfin pouvoir aller se soulager. Le film avait été une fois de plus acheté par la télévision indonésienne, afin de pouvoir se moquer du riche voisin du nord. Mais bon, les plaisanteries les meilleures sont les plus courtes, et le public indonésien ne suivait plus trop.

 

A dire en faveur de Subarnabhumi, des politiciens et des ouvriers Thaïlandais, il n’avait pas fallu plus de deux jours supplémentaires pour que la décision soit prise, et mise en œuvre, de bâtir quelques toilettes supplémentaires dans l’aéroport. Les derniers soubresauts indonésiens, concernant le scandale pipi-caca, avait été de montrer, avec des tas de commentaires dédaigneux sur la bande son, je présume, des équipes de maçons en train de rattraper les erreurs de conceptions qu’on collait généreusement sur le dos de l’équipe gouvernementale précédente.

 

Bien entendu, on ne prête qu’aux riches mais, à dire vrai, l’ex premier ministre qui venait de quitter le pouvoir, un peu aidé par les militaires, eux-même téléguidés par le Roi ; l’ex premier ministre, donc, avait assez bien de trucs à se reprocher pour que cette affaire puisse lui être imputée sans qu’on ait l’impression d’une mauvaise foi crasse de la part de la nouvelle équipe.

 

Tout ça pour dire que, quand ce matin là, je me lève aux toutes petites heures, afin de prendre un minibus qui me conduira à Subarnabhumi, je fais attention, à tout hasard, de bien faire pipi, et le reste, pour ne pas me trouver le bec dans l’eau, si j’éprouvais un besoin quelconque à l’aéroport.

 

Je suis arrivé deux jours plus tôt à Bangkok, par les petites routes, et les petites stations de villégiatures. A peine arrivé, je suis passé dans une agence de Kaoh San pour m’arranger un visa pour le Myanmar, me suis ensuite acheté sur internet un billet pour Rangoon. Le vol démarre à huit heures du matin et… il faut être à l’aéroport, idéalement, deux heures plus tôt. Comptons une petite heure pour aller du centre de Bangkok à l’aéroport – c’est ce que tout le monde m’a dit – et une autre petite heure pour me lever, me réveiller, me doucher, faire un double passage sur le trône, rapport à l’aéroport dont je ne sais rien depuis les émissions spécial chiottes vues en Indonésie : debout à cinq heures, donc.  Mon minibus m’attendra sur Kaoh San à cinq heures trente ; à cette heure, le trafic doit être mort : j’arriverai à l’aéroport en trente minutes à tout casser. De plus, quand on demande d’arriver deux heures avant le départ, j’ai tendance à supposer que c’est à l’intention de voyageurs exagérément panicards et d’un transporteur épouvantablement précautionneux. Oh, et puis, vogue la galère.

 

Quand je me lève à cinq heures du matin, donc, après deux ou trois rappels de mon réveil, je file sous la douche, me fais beau et m’habille de frais. A cette heure du jour – ou dirais-je de la nuit ? – il ne fait pas trop lourd et on peut s’habiller sans immédiatement se retrouver en nage.

 

La cuisine de mon guesthouse est fermée. Pas de petit déjeuner à cette heure, je devrai faire sans. Bah, il y aura bien un snack ouvert quand on arrivera à l’aéroport... Je referme ma valisette, remballe mon ordi et descend à pas de loup, sauf les flip-flops que je porte aux pieds et qui claquent sur les marches de l’escalier, jusqu’au rez de chaussée. Le gardien, étendu sur une lit de camp disposé dans la salle à manger, ouvre un œil comateux, se lève, baille, tire une grande clé de sa poche et l’utilise pour défaire le cadenas qui bloque une porte de fer. Elle grince sur ses gonds ; me voilà dehors, dans la ruelle de mon hôtel, chichement éclairée par des réverbères qui pendent de loin en loin.

 

En quelques minutes, je suis à Kaoh San. Il est cinq heures et demie et nous nous retrouvons à trois, attendant le minibus. Il arrive avec un bon quart d’heure de retard, ce qui angoisse profondément mes co-passagers, dont l’avion décolle, tout comme le mien, à huit heures. Je les laisse s’angoisser. Nous démarrons immédiatement. La route est effectivement vide, les feux nous font la grâce de passer au vert alors que nous en approchons et le conducteur nous fait la grâce de traverser les feux rouges, quand il n’y a personne qui arrive. Bref, nous sommes à Subarnabhumi en trente minutes, comme prévu. L’aéroport est toute lumière. Il faut dire que, dans l’aube à peine montante, il a fière allure.

 

http://www.bangkokairportonline.com/

23:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aeroport |  Facebook |