18/09/2006

La croisière du tanaka (rodéo avec les gentils éléphants)

La descente s'éternise, vu que nos deux héroiques trekkeuses ont, toutes deux, peur des araignées et, en général, de tout ce qui, velu ou pas, porte entre six et huit pattes. On est supposé les entourer et tuer tout ce qui bouge à moins de dix mètres... Ange le maque songe sérieusement à pratiquer le dressage des deux dindes dès cet instant, comme selon sa bonne vieille habitude mais bon, on est pas encore suffisemment enfoncé dans la nature pour pouvoir nous permettre tout ce que nous voulons. Tout viendra en son temps.
 
Enfin, au bout d'une grosse demie heure, nous voilà devant la rivière, que nous traversons après avoir juré craché qu'il n'y avait aucun crocodile dans ladite rivière, et que le radeau, même s'il est à moitié immergé, est insubmersible. La traversée, sur une rivière à peine agitée, se fait en quelques instants, ponctuée par les criailleries de nos deux protégées qui voient le Titanic partout. Arrivés de l'autre côté, nous avons, heureusement, la vieille qui s'occupe de la cuisine, qui nous accueille, nous annonce que le repas est prêt, et que la bière a été mise à rafraîchir et nous attend de pied ferme. Le mot magique de "bière" calme les exploratrices. Pour le reste, pendant qu'elles vont se repoudrer le nez au petit coin, Ange et moi arrangeons notre départ dans la brousse. Le chef du village - et des éléphants - nous promet pour les deux filles un animal particulièrement placide et dont le calme olympien préviendra toute réaction inopportune, au cas bien probable où elles gueuleront à la vue d'une araignée.

Fon - c'est son nom - est une vieille éléphante de bientôt quatre vingts ans d'age, sourde comme un pot, qui chie comme une enragée (voir photo), pête à tout instant, bouffe comme quatre, mais qui suit le chef sans jamais faillir. On a déjà placé le palanquin; on y attachera les deux filles et on aura la paix.

 

Chic.

20:36 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Dans la montagne

La voiture démarre  j'aimerais dire "sur les chapeaux de roues" mais je mentirais. Disons qu'elle fait ce qu'elle peut, au bout de son million de kilomètres, avec ses pièces ressoudées vaille que vaille, ses pneus usés jusqu'à la corde, sa suspension hors d'age, son essence de qualité inférieure. Ce dernier point est d'autant plus rageant que le Myanmar est un producteur de pétrole chez lequel tout ce que l'industrie compte de grand se presse pour obtenir l'autorisation de prospecter, d'extraire et d'exporter le précieux liquide. On n'y trouve presque pas d'essence, et sa qualité est meurtrière aux moteurs.

 

L'état de la route est lamentable. Nous passons le premier carrefour - c'est le carrefour central de Ta Chi Leik - en roulant à droite, puisque c'est la nouvelle rêgle ici, ce qui nous permet de voir la publicité de Air Bagan, ligne locale dont la pluspart des avions se sont écrasés, qui au décollage, qui à l'aterrissage, tuant chaque fois la plus grande partie de ses passagers, et qui espère bien finir le travail prochainement, avec les trois coucous qui lui restent.

Depuis quelques temps, on roule à droite, au Myanmar. Le gouvernement, lassé par les commentaires désagréables de l'ancienne puissance coloniale - l'Angleterre, pour ne pas la nommer - envers le régime en place, a décidé un beau matin de montrer son indépendance envers les rossebiffes en passant de la gauche à la droite, pour la conduite routière. Pour la politique, ça avait été du centre à la gauche, puisque nous avons une junte militaire socialiste qui tient le pays. Militaire et socialiste... pauvres Birmans: quand on a pas de chance, on a pas de chance.

 

Quoiqu'il en soit, mal préparée, jamais annoncée correctement la réforme routière avait été responsable de quelques dizaines de morts sur la route, et de la disparition de la moitié du parc automobile birman. Assez vite, cependant, le bon peuple avait compris (et la téloche avait enfin confirmé) que la route serait dorénavant supposée droitière. Le reliquat des voitures était resté en état de rouler. En réalité, dès qu'on sort des grandes villes (Mandalay et Rangoon, en d'autres mots), on roule au milieu, là où l'on trouve un peu de macadam qui pourrait adoucir les chocs.

 

L'argent du pétrole n'a pas été particulièrement bénéficiaire aux locaux, la junte se servant d'abord. Résultat: la ville n'est pas bien riche, même si le courage des locaux, à faire marcher ce qui ne marche pas, supplée à bien des choses. Les routes sont dans un état lamentable. La scolarité est payante. La distribution d'eau et d'électricité est aléatoire et, puisque le régime pique tout, ce sont les petits boulots peu surveillables qui sont pratiqués. Parmis ces derniers, tout ce qui a à voir avec le sexe et  la prostitution jusque et y compris, c'est à déplorer, avec la prostitution enfantine. Le régime s'en fiche, tant qu'il y trouve son profit - et, de toute évidence, il l'y trouve. On s'inquiète de la junte militaire birmane, du fait qu'elle n'est pas trop démocrate, qu'elle vole tout, que le "peuple" socialiste, vu par la junte, c'est surtout la junte... on oublie, de ce fait, le reste. On a peut-être tort.

 

Nous sortons maintenant de la ville, suivi et précédé par des nuées de tuk tuk et de mobylettes chargées comme des mulets, roulant comme ils le peuvent, puis les véhicules se font plus rares. Ici et là, des piétons qui vont, le long de la route, d'un hameau à l'autre, puis à l'occasion d'un passage dans une bourgade au nom inconnu, une troupe de gosses sortant de l'école - heureux enfants.

Ici et là, aussi, des barrages de flics qui, pour une vingtaine de dollars que je m'empresse de leur donner, dès qu'ils arrivent à notre porte, font semblant de ne pas remarquer que la voiture est pleine de blancs qui semblent se faire discrets. Les vitres arrières sont descendues, rapport à la climatisation, et au fait qu'il est impossible de les remonter, depuis déjà quelques années.

 

Hameau après hameau, nous arrivons à un croisement, la route devient particulièrement cahotante, les filles se réveillent, la voiture s'arrête. Nous sommes arrivés à notre gare aux éléphants.

 

Au spectacle, les filles poussent des braillements extasiés. Il va falloir descendre de la voiture, descendre ensuite une pente assez raide, puis passer, sur un radeau en partie immergé, la petite rivière que nous voyons. Lunch ensuite, puis démarrage. Grace et Mary cherchent un chemin; il n'y en a pas. Fini le transport facile. Elles grognent un coup, mais bon, il va bien falloir y aller... Elles changent donc leur chaussures - on a été gentils, et on a transporté leur barda dans le coffre de la voiture - se cachent derrière un buisson pour mettre leurs splendides shorts de treks, sortent de leur cabine d'essayage sous nos sifflements admiratifs - ça ne mange pas de pain, et ça fait toujours plaisir - et, suivant Ange le Maque, commencent la descente.

 

C'est alors que les choses se compliquent: Grace voit une araignée et pousse un cri strident. Elle a peur des araignées. Ca promet.

12:47 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/09/2006

Ta Chi Leik

Arrivée en début de soirée à Mae Sae, on file dans la rue qui longe la rivière, et on se trouve un petit hôtel tranquille, où je suis connu ...

 

... et où je remplis les formulaires d'accueil, en oubliant, bien entendu, d'inscrire nos deux voyageuses. Nous passons une soirée amusante, après une petite promenade dans Mae Sae - petite, vu que les deux rousses sont en talons et tenues vacancières. Elles ne se rendent pas compte... On va ensuite chez Jojo, sur la rue principale, et on dîne aux bougies, vu que l'électricité a sauté. La bière, qu'elles boivent en quantité industrielle, fait passer l'expression de leur joyeuse pétulance du rire cristallin au barrissement éléphantesque puis, vu que l'alcool les rend amoureuses, au bon gros gloussement vaginal de derrière les fagots, accompagné de regards en coulisse. Excellente nourriture, épicée à souhait, par ailleurs... Repas terminé, nous aidons Ange le maque à remettre Grace et Mary - elles s'appellent Grace et Mary - sur leurs talons, puis à mi les pousser, mi les tirer, mi les transporter (ça fait trois moitiés, mais Grace et Mary sont assez rondouillardes) jusqu'à l'hôtel où nous essayons de rentrer en fin de soirée, en toute discrétion... Croyant que nous sommes en train de faire rentrer, dans nos chambres, des péripatétitiennes locales, le directeur ferme un oeil et regarde de l'autre côté. Nous couchons les filles, après les avoir mises à l'aise, sur le grand lit qu'Ange le maque partagera avec elles. L'heureux homme. A peine étalées sur le lit qu'elles vont partager, la première se met à ronfler, pendant que la deuxième, roulant sur elle même, se vautre à moitié sur sa compagne. Aye Aye va nous bénir.

 

Une nuit tranquille pour nous, les garçons - pour Ange, je ne sais pas - et, le matin, après avoir soudoyé deux gardes frontières - l'un birman, l'autre thai -, profitant de la stupeur alcoolique de nos deux ravissantes, nous passons la rivière, à deux cents mètres, tout au plus, du passage officiel. Pour les deux filles qui se mouillent les pieds, on leur explique qu'il a beaucoup plu, et que c'est la route qui est un peu inondée: dans deux pas, une nouvelle voiture, quelques kilomètres de route, et puis les gentils néléfants pour le trek.

 

Avec ça, vu qu'elles sont à moitié endormies et que leur gueule de bois les empêche d'ouvrir les yeux ou de protester, disons qu'elles sont satisfaites par nos explications. Une fois la troupe arrivée de l'autre côté, tout le monde entre dans une maison désignée et je retourne sur mes pas, repasse illégallement la rivière, aidé de nos deux gardes frontières, afin de passer officiellement par le poste frontière de Mae Sae. Ainsi, il y aura au moins un passeport - je veux dire, un document de voyage, puisque mon passeport restera dans les bureaux de la douane - correctement estampillé, au cas où... La porte de Ta Chi Leik m'attend, ainsi que des dizaines de petits mendiants, amateurs de piécettes, de bonbons, de stylobilles, de n'importe quelle babiole qui leur permettrait de se croire dans un pays de cocagne. Derrière eux, des dizaines de vendeurs de tout et de n'importe quoi, et des conducteurs de tuk tuk agonisants, qui vous chuchottent "girls, girls, girls", "young girls, young girls, very young girls", ou "viagra, viagra, viagra"...

 

Si on cherche bien. On trouve aussi des trucs et des machins à manger. Usuellement, sur la gauche du pont, il y a un musulman qui fait des samousas absolument délicieuses. Chaque fois que je passe, je lui en prends.

 

Frontière passée, mon passeport précieusement gardé par les locaux, mes dix dollars aussi, je tourne, agressé par une douzaine de demoiselles plâtrées de tanaka, montrant leurs jambes fines, et me proposant leurs services, passe à travers le groupe, prends pour vingt bathts de samousas chez mon musulman et rejoins mes camarades, planqués à deux rues de là, dans une voiture banale pour l'endroit - c'est à dire: une antiquité américaine; une ruine. Au volant, notre conducteur habituel, qui machonne une chique de betel. A côté de lui, Abdelkrim l'égorgeur, à l'arrière, Ange et ses deux conquètes. La banquette avant permet à trois personnes de s'assoir presque confortablement, et le trajet n'est, de toute manière, pas fort long: une bonne demi journée, peut-être...

 

Le voyage commence vraiment.

17:19 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/09/2006

La croisière du tanaka (premiers mouvements)

Le métro suspendu de Bangkok est une merveille climatisée, dans laquelle on traverse la ville avec une vue, entre une double haie de bâtiments de cinquante étages... Je ne lui connais qu'un concurrent sérieux: c'est le métro de Kuala Lumpur.

 

Dépendant des heures, il est vide, ou est... un petit peu moins vide. Mais si peu moins...

 

Des messieurs en uniforme et en gants blancs vous font un salut militaire, alors que vous entrez dans les stations, et vous guident dans un anglais imparfait, mais avec une bonne volonté attendrissante, vers votre destination: le quai. La rame de métro arrivée, un courant d'air glacé vous accueille - agréable changement par rapport à la moite lourdeur du dehors - et vous permet, le temps de quelques stations, de quelques minutes, de savoir que les Jésuites qui parlaient d'un enfer froid avaient tort.

 

Je rentre de l'ambassade du Myanmar où je n'ai pas eu besoin, finalement, de nous organiser quelque visa "spécial" que ce soit: la rêgle, à la frontière terrestre de Ta Chi Leik, a changé et nous pouvons rentrer pour 15 jours sans plus de détails et sans surveillance particulière - il suffira de payer dix dollars américains par tête de pipe et... de laisser nos passeports au poste frontière. Dans le bon vieux temps - je veux dire, jusqu'au mois dernier - quand on rentrait à Ta Chi Leik, on avait droit à douze heures de séjour et à un éloignement maximal, de la porte de la frontière, de sept kilomètres. Les choses changent mais la confiance ne rêgne pas encore de manière totale.

 

Sorti du métro au terminus Taksin, je prends le bateau rapide sur le Chao Praya et remonte jusqu'au vieux Bangkok, là où l'on est installés, dans mon gueshouse habituel, avec Ange le maque et Abdelkrim l'égorgeur. Le long du chemin, on croise des long tails et les sillages qui se croisent arrosent plus d'un passager. En arrivant, j'apprends, au simple spectacle du visage hilare d'Ange, que les deux anglaises rousses, buveuses de bière, tatouées, grassouillettes et vulgaires sont dans le sac - si j'ose dire. Bonne nouvelle. Nous pourrons démarrer prochainement vers le Nord, et passer la frontière birmane de manière discrète.

 

L'entrée en Birmanie - enfin, au Myanmar - est facile, finalement, puisque la surveillance s'applique dans l'autre sens . C'est en effet la sortie qui peut être, parfois, moins facile, quand les douaniers thailandais fouillent les sacs des visiteurs d'un jour, à la recherche de produits de contrebande, tels que du viagra (faux), du cialis (tout aussi faux), qui mettent en péril les viagra et autre cialis (faux) des trafiquants thailandais. La dernière fois, je les ai vu arrêter un vieux touriste anglais, avec sa très jeune compagne locale, sous le prétexte qu'il avait seize boites de viagra d'importation birmane (dont une déjà entamée) dans les poches. De quoi tenir quelques jours, ou bien, du point de vue des gabelous Thailandais, de quoi faire un commerce qui ferait de l'ombre aux petits vendeurs locaux.

 

Après une rapide conférence avec mes deux séides, la décision est prise: démarrage vers Chiang Rai demain soir. En attendant, on va manger un bout. Ange le maque va chercher ses deux grâces qui descendent peu après, perchées sur leurs talons hauts.Elles ne nous décevront pas, pendant le repas, picoleront comme des Suédoises et nous raconteront leur vie: l'une est Anglaise, l'autre, Irlandaise. Toutes deux sont copines de toujours, institutrices et des habituées de la Costa Brava, qui ont voulu changer un peu cette année, afin de comparer le prix de la bibine. Elles sont ravies à l'idée d'aller faire un trek à dos d'éléphant, dans le Nord (c'est ce qu'Ange le Maque leur a promis), surtout avec d'aussi beau garçons que nous (rire vaginal et oeillade assassine).

 

Il n'est pas minuit que nous avons reconduit les deux bestiaux dans la chambre qu'elles partagent avec Ange, et que nous nous couchons. Demain, en fin de matinée, démarrage vers Chiang Rai, puis Mae Sae, dans un minibus noélisé pour l'occasion. 

19:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/08/2006

La croisière du Tanaka (préparatifs)

Ma rencontre chez Sophie's, change mes plans touristiques et ma recherche d'anciens copains. C'est donc ainsi que je me retrouve, après avoir passé quelques jours à Phnom Penh, de retour à Bangkok, à préparer un petit voyage en Birmanie. Pour faciliter les choses, l'entrée en Birmanie - enfin, au Myanmar, comme on dit pour le moment - ne se fera pas par l'entrée aéroportuaire de Rangoon - enfin, Yangon -, par laquelle on est trop manifestement fiché, mais par celle de Tai Chi Lek. Là, on ne peut entrer au Myanmar qu'une journée, officiellement, et ne pas s'éloigner de la porte frontalière de plus de sept kilomètres. En réalité, bien évidemment, il existe des accommodements...

 

Pendant que je suis en train d'arranger des visas, et un groupe d'éléphants, pour notre petite partie, Ange le maque, rentré avec moi du Cambodge, essaie de trouver la marchandise qui nous permettra de faire un bon troc avec Aye Aye (prononcer "è è"), la baronne du tanaka, au Myanmar.

 

Alors que, grassement rétribué par une compagnie japonaise dont les intérêts en pêcherie baleinière prévenaient toute distribution du tanaka, j'avais donc quitté, du jour au lendemain, Fujiko et la Belgique, j'avais donc arrangé une filière pour obtenir toute la production de tanaka au Myanmar, dans le but de faire détruire tout ce qui était destiné à l'exportation. Heureusement, ce n'était pas derche. Ma filière passait par la "baronne" du tanaka, une dame du nom de Aye Aye, qui avait décidé que se battre contre les chefs de la drogue, dans le triangle d'or, ce n'était pas particulièrement bon pour la santé, et elle s'était trouvé une bonne petite sinécure qui lui permettrait de s'enrichir sans trop de risques pour la vie.

 

Le tanaka, à ce jour, n'est produit que dans le nord du Myanmar, là où l'on rafinne, par ailleurs, l'opium et tous ses dérivés. Il s'agit, au résultat final, d'une poudre légèrement (et agréablement) parfumée, produite quand on moud les racines d'un buisson lui aussi connu, localement, sous le nom de tanaka. On prends les racines de l'arbustre, donc, on les lave, on les déchiquète et on les moud, puis on laisse sècher la poudre obtenue et on la met en sac. Plus facile, tu meurs, et le produit, vu qu'il ne produit qu'un gain modeste, en Birmanie, n'intéresse pas les gros poissons de la drogue, ni le directorat militaro socialiste qui dirige le Myanmar plus ou moins démocratique.

 

Aye Aye avait donc organisé son petit businesse tranquillement, et on s'était bien entendu. Je lui laissais sa part de tanaka pour la consommation énorme qu'en font les Birmans, et je récupérais le reste, avec ma fine équipe, contre un honnête paiement. Nous partions alors bruler le fruit de notre échange dans un coin reculé.

 

Aye Aye avait accepté avec d'autant plus de facilité mes propositions commerciales, qu'elle n'avait pas la moindre idée de la manière dont elle aurait pu exporter le produit en question. J'avais, de plus, appris le détail de son péché mignon - les grosses rousses vulgaires et anglaises à la fois - et, peu regardant sur les moyens, pour autant que la fin soit en vue, j'avais tout arrangé avec Ange le maque pour lui faire avoir, à chaque échange, en plus d'un modeste paquet de dollars américains, deux demoiselles rencontrant les fantasmes de Aye Aye. Je crois comprendre qu'elle avait beaucoup souffert, entre les pattes de son mari, dans le temps et que, divorcée ou veuve, elle avait décidé qu'elle trouverait son bonheur indépendamment des hommes.

 

Pendant que j'arrangeais notre équipée, Ange était, se promenant à Khaosan, à chercher deux rousses grassouillettes et bien gueulardes, genre vacancières à Benidorm, boites de bière à la main, tatouages et piercings en option, pour nous arranger notre petite affaire.

19:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/08/2006

Les trucs et les machins qu'on met dans les produits de beauté

Marie, digne émule musicale de Soeur Sourire, avait pour ambition de devenir institutrice dans un collège catholique. Elle avait, pour cela, le côté bas-bleu qui va avec toute bonne enseignante, les chaussettes autrichiennes qui montent jusqu'au genoux de toute jeune fille religieuse, de longs cheveux blonds qui allaient plutôt bien avec ses yeux bleus, la connaissance d'un instrument de musique, son baccalauréat et la possibilité d'entrer à l'Ecole Normale.

 

A sa décharge, allant tout au contraire de ce qu'on attendrait d'une demoiselle qui souhaite enseigner dans l'un de ces phalanstères de l'éducation catholique, elle avait un un nombril ovale et vertical qu'elle montrait avec une certaine complaisance au tout venant, portant avec cette intention, au plus profond de l'hiver européen, des pantalons taille basse qui, couplés avec un pull taille haute, laissaient quelques centimètres de peau véritable - au milieu desquels se trouvait le fameux nombril - à la morsure de la bise et au regard concupiscent du chaland. Les CRS ne la laissaient pas indifférente - le prestige de l'uniforme, sans doute - et elle ne laissait pas, rapport au nombril fièrement exhibé, les CRS indifférents non plus.

 

Marie était issue d'une modeste famille qui avait, génération après génération, fait son chemin à la force du poignet, à la suite d'un travail et d'études acharnés témoignant d'une force de caractère peu commune, il faut le signaler. Les arrière- arrière-grands-parents, chemineaux d'un côté, et journaliers de l'autre, avaient, à coup de privations inouïes, envoyés leurs enfants à l'école, jusqu'au moment où, chaque génération progressant par rapport à la précédente, les X*** avaient quitté la voute des étoiles pour ouvrir un petit commerce, dans le village où la deuxième branche de la famille quittait la hutte des serviteurs de la ferme pour devenir fermiers à leur tour. Dans ce dernier cas - je veux dire, pour la branche qui devenait propriétaire d'une ferme, il faut cependant noter que le fermier avait légué la ferme à une demoiselle dont la vertu faisait parfois chuchoter dans le village.

 

Les enfants des deux familles et, singulièrement, les deux qui allaient devenir le père et la mère de Marie, avaient grandis ensembles, car le petit commerce de l'une des familles se trouvait à deux pas de la ferme de l'autre, dans un petit village alsacien. Ils s'étaient mariés alors que le garçon entrait dans une grande compagnie française de cosmétique, comme VRP. La mère pourrait ainsi rester à la maison, comme selon la tradition, à s'occuper des vaches et des cochons, des poules et des canards, du chien et des chats, ainsi qu'à élever, par la même occasion, les nombreux enfants qu'ils espéraient bien avoir.

 

J'avais donc rencontré Marie et ses chaussettes autrichiennes alors qu'elle venait d'avoir dix-huit ans, et avais vite rencontré les parents - la mère qui, à la maison, selon le plan d'origine, s'occupait des petits anges tout en faisant des travaux d'aiguille; le père qui travaillait comme un boeuf, devenu chef de région, qui continuait à vendre ses pommades, ses crèmes, ses antirides, ses anticellulites, bref, tous les produits qui font le bonheur des femmes et celui des fabriquants de produits de beauté.

 

Evidemment, pour les baleines, c'est moins rigolo.

 

C'est là que j'arrive. Quand j'avais connu Marie, je rentrais de Birmanie, où j'avais découvert un produit extraordinaire du nom de tanaka, qui était l'équivalent dermique de l'elixir parégorique: ce fameux tanaka protégeait la peau de tout ce qui peut la heurter: vent, pluie, soleil, age, sel, poivre... tout. En d'autres mots, on obtient en Birmanie un produit miracle, issu de la racine d'un buisson que l'on trouve partout, mais principalement dans le nord du pays, et qui remplacerait avantageusement - et oh combien économiquement!!! - tout ce que l'industrie des produits de beauté emploie dans le but de réparer, tant bien que mal, les ravages du temps.

 

Bon, évidemment, les Birmanes et les Birmans, surtout quand ils sont jeunes, ont tendance à l'utiliser d'une manière peut-être un tantinet exagérée... Ajoutons que leur reprocher quelque chose à ce sujet serait malséant, vu que ce sont usuellement Mmes leurs mamans qui les plâtrent de tanaka, le matin, avant qu'ils partent à l'école - pour ceux qui ont la chance de fréquenter l'école, du moins.

 

 

J'avais, un beau soir, peu de temps avant qu'Aurélia envoie ce fatal courriel à Marie, entretenu le père de Marie de ce produit miraculeux, sans me lancer dans le détail, mais en suscitant son intérêt. Il imaginait bien que s'il arrivait avec un produit aussi intéressant auprès de la direction, il ne serait pas oublié par ladite direction, et que sa fortune était faite au sein de la compagnie. Quant à moi, sa reconnaissance éternelle me suffisait bien.

 

Aurélia ayant disparu de manière définitive, après avoir décoché sa flèche, me voilà bientôt en position de silence sibérien de la part de Marie, et retrouvant à l'aéroport la mille fois silencieuse, la minuscule, la délicieuse Fujiko - bénis mille fois soient les dieux qui l'avaient fabriqués.

 

Fujiko travaillait pour une entreprise en tant que jolie plante, je l'ai déjà dit, mais j'aurais dû préciser que la compagnie dans laquelle elle travaillait, dont je tairai le nom ici, vu que... mais cela deviendra clair au cours de la suite de ce récit, la compagnie dans laquelle elle travaillait, donc, possédait à la fois des intérêts dans la pèche - singulièrement, dans la pèche à la baleine - et dans les produits de beauté.

 

J'avais à l'occasion d'une soirée d'entreprise, lors de laquelle j'avais accompagné la belle Fujiko, entretenu son directeur de l'Asie du Sud Est et le problème du tanaka avait été abordé. Bien évidemment, pour une entreprise telle que la sienne, le tanaka, c'était le diable. Les Japonais cherchaient un aventurier prêt à tout, qu'ils paieraient grassement, pour prévenir l'inondation du marché des produits de beauté par le tanaka - inondation qu'ils voyaient arriver gros comme une maison. J'étais là; je connaissais le pays; je n'avais aucun scrupule; mes contacts avec la France, qui aurait sans doute préféré le tanaka à la baleine, rapport aux gras bénéfices qui en découlaient et, accessoirement, au vu de l'amour que Brigitte Bardot porte aux bestiaux en tout genre, mes contacts avec la France, disais-je, étaient rompus; mon choix était fait: la semaine suivante, je partais en Thailande, dans le but de créer une filière pour prévenir toute exportation de tanaka hors Birmanie.

 

11:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/08/2006

Parenthèse lusitano-franco-nippone

Rouler de Sophie's à Angkor Palace n'a pas été de tout repos. Sur la route, alors que j'étais prudemment assis derrière mon conducteur - je connais la fliquerie locale - on a été arrêté parce que nous roulions... trop prudemment. Ils auront tout essayé, ces crétins. On a même essayé de me persuader que la loi interdit au conducteur d'un moto taxi de prendre en croupe un passager dont le degré d'alcoolémie dépasse le verre... soit 0.05%. J'ai immédiatement suggéré d'appeler l'ambassadeur, ce qui a refroidi l'enthousiasme de la maréchaussée. Mon conducteur, par contre, la trouve saumâtre, vu qu'il sera un peu dans le collimateur des pandores, déçus dans leur espoir de rapines, pour les prochaines semaines.

 

A mon retour à l'hôtel, il me faut obtenir ma clé à la réception. Pendant que Môssieur le réceptionniste farfouille pour la retrouver, des demoiselles affectueuses, sorties dès que je suis arrivé dans le hall de l'hôtel, du bistrot attenant, avec table de billard et écran géant, me prient de venir partager leur couche, via un court passage au bar dans lequel il y a de la jolie musique, un billard et un écran géant sur lequel un match de foot anglais se déroule.

 

Tout ce que je cherchais en venant au Cambodge...

 

Heureusement, les demoiselles ne sont venues m'entretenir qu'à trois, vu que quelques clients - nous sommes en basse saison, de toute évidence - occupent le plus grand nombre des demoiselles en question.

 

Hm, ça fait bizarre, dit ainsi. Non, mon intention n'était pas de dire que je suis capable de me débrouiller à l'horizontale avec trois Messalines.

 

Je parviens à échapper au groupe, pour reprendre les escaliers et, arrivé au quatrième étage, pour chasser mon affectueuse d'hier soir qui m'attendait de pied ferme, à tout hasard, devant ma porte. Ce que c'est, que d'être aimé. En tout cas, si la malheureuse faisait le pied de grue pour mes beaux yeux, ce soir, c'est que les affaires doivent marcher bien lentement, pour le moment. La basse saison est vraiment basse.

 

Alors que je suis enfin parvenu à fermer ma porte, je rêve à l'intéressante réunion que j'ai eue à Sophie's, avec Ange le maque.

 

Une parenthèse sur les Japonaises, les Françaises, les Portugaises et sur la fabrication des produits de beauté.

 

Il faut savoir qu'il y a quelques années, j'avais eu une aventure amoureuse avec une créature lusitano-ménapienne. Aurelia, qu'elle s'appelait. Aurélia avait de beaux yeux, d'excellentes dispositions pour les sports en chambre et elle cuisinait pas mal du tout. Pour les défauts, elle fumait, se maquillait plus que de raison, avait la jambe courte, ainsi qu'un grand nez. De plus, elle était jalouse comme Anatolienne vieillissante, et la graisse sournoise était en train de lui pourrir la vie. Quoique, dans le cas d'Aurelia, la graisse n'était pas sournoise du tout, vu qu'elle s'accrochait à son ventre qu'elle lui faisait déjà digne d'une grossesse au troisième mois. C'était de famille. J'ai vu sa mère qui ressemblait, avec vingt ans d'age de plus, oeuf corse, à une barrique de bière.

 

Les filles angoissent toujours quant à d'ignobles granules de cellulites envahissant le popotin, puis les cuisses, par derrière, leur faisant ce qu'il est convenu d'appeler des culottes de cheval, qu'elles trouvent - à juste titre - parfaitement disgracieuses. De ce fait, une Aurélia surveillait son derrière avec un oeil d'aigle, guettant l'ennemi, se contorsionnant devant la glace deux fois par jour, pendant que l'ennemi arrivait par devant et qu'elle ne le voyait pas venir, concentrée qu'elle était sur ses fesses. Salaud d'ennemi...

 

Aurélia manifestait, comme toute fille cherchant à se caser, d'intéressantes dispositions au lit. Ca donnait des journées et des nuits très occupées, vu qu'elle avait, tout comme Fujiko, bien analysé les garçons et s'était dit que plus ils étaient occupés à l'horizontale, moins ils allaient traîner dans la rue ou au bistrot, avec les copains, à risquer de rencontrer des rivales et des créatures de mauvaise vie.

 

Le problème d'Aurélia, c'est qu'elle voyait les rivales comme Don Quichotte voyait des hordes de bandits, dans chaque moulin à vent. Il y avait une ex' qui ne parvenait pas à décrocher; il y avait une "amie de coeur" et qui, dans ma tête, ne serait jamais rien d'autre, et qui s'appelait Marie; et il y avait Fujiko, qu'elle ne connaissait heureusement pas.

 

Fujiko, donc...

 

Fujiko était le type même de la beauté japonaise. La Japonaise est rarement jolie: la jambe Louis XV, l'oeil avec, pour le moins, une coquetterie, comme on disait du temps de Napoléon III. Lire: il n'est pas inhabituel qu'un oeil dise zut à l'autre (strabisme convergent), ou que l'un des deux yeux joue au billard pendant que l'autre compte les points (strabisme divergent). Ajoutons des dents qui se chevauchent d'une manière étonnante; un derrière plat au dessus des jambes torses, et d'intéressantes éruptions de boutons d'acné jusqu'à la ménopause. Il n'est pas étonnant que nos amis les soldats Japonais aient, pendant la dernière guerre, voyagé avec tant d'enthousiasme, dans le but de rencontrer les beautés exotiques de Corée, de Birmanie, du Laos ou de Chine. A leur place, j'en aurait fait autant - sauf qu'il y avait Fujiko.

 

Fujiko avait un visage de rêve et un corps délicat qui ondoyait comme une liane. Un visage hiératique, les yeux regardant presque toujours le sol, les paupières lourdes. L'oeil se relevait parfois, pour jeter une oeillade d'un instant, qui foudroyait.

 

Elle avait aussi une poitrine existante - à la différence de la plupart des Japonaises - et - à la différence de la plupart des Japonaises, une fois de plus - un charmant derrière. Comme la plupart des Japonaises, par contre, elle avait d'adorables petits pieds, des cheveux qui permettaient tout et une voix murmurante qui faisait fondre. On a toujours le sentiment, quand on entend une jeune fille japonaise parler, que ce soit à son amant, à sa meilleure amie, ou au contrôleur des contributions, qu'elle est en train de réciter les fragments d'un discours amoureux, qu'elle roucoule à un petit enfant en train de s'endormir.

 

Elle avait cependant la parole rare, mais toujours fine, et le geste tendre.

 

Elle était capable de se maquiller pendant une heure, alors que nous roulions pour aller chez des amis, se peignant la bouche avec application et sans que cela se remarque un instant, quand nous arrivions. Elle avait alors une bouche parfaite, ou des yeux qui tuaient, avec des pomettes légèrement rosées, sans que jamais on ne puisse y imaginer autre chose qu'une beauté naturelle.

 

Enfin bref, j'étais épris de Fujiko.

 

Pendant qu'Aurélia se disputait avec mon ex', par l'intermédiaire de ma bàl à laquelle je lui avais donné accès (grave erreur...) et qu'elle surveillait, avec des yeux de loup enragé, mon entourage - pour vérifier qu'il n'y avait aucune rivale dans le coin - Fujiko était en vacances à la maison, à Hokkaido. Fujiko et moi-même communiquions via une autre adresse électronique que celle connue d'Aurélia. Elle devait rentrer en septembre.

 

Son boulot, dans une grande compagnie japonaise dont je parlerai bientôt, était celui de jolie plante. Ils ont cela dans les compagnies japonaises. Des Geishas modernes. Pays béni des dieux, parfois, s'ils avaient davantage de jolies plantes.

 

Ayant fini de se disputer avec mon ex', Aurélia s'était rendu compte que, finalement, malgré ses prouesses horizontales et sa cuisine portuguaise délectable, elle ne m'intéressait qu'à moitié et avait décidé de rompre avec moi. Bien entendu, de manière assez enfantine, elle avait décidé que si elle ne pouvait m'avoir à ses pieds, personne ne le pouvait. La flèche du Parthe fut donc, pour elle, d'envoyer un message de martyre à mon amie de coeur, Marie.

 

Oui, j'avoue, avec les filles, chez moi, c'est souvent compliqué.

 

Elle prit donc, dans mon carnet d'adresse, celle de Marie, lui raconta je ne sais quoi, et Marie disparu.

 

Bon, je développerai la prochaine fois. Il est tard, ce soir, à Kuala Lumpur. La suite à plus tard.

16:18 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/08/2006

Chez Sophie's

Tout près du marché central, pas fort loin de mon hôtel, mais suffisement loin quand même pour que je prenne un moto-taxi, rapport à la chaleur poisseuse qui rêgne onze mois par ans dans le coin, il y a un night club survivant de l'époque d'avant le tourisme. La ville hoquetait de surprise, à la libération, et il y avait quelques Américains, quelques Japonais, quelques Belges et quelques Français.

 

A l'époque, Phnom Penh s'éteignait à dix heures du soir - à moins qu'une coupure d'électricité accidentelle n'ait provoqué l'extinction des feux un peu plus tôt, et que la gégène de notre endroit favori soit en panne d'essence - et la croisette était encore une route de terre battue, aux nids de poules monumentaux, avec deux bars chinois et le fameux Heart of Darkness.

 

C'était plutôt au centre ville que les expats se réunissaient, pour pleurer sur le manque de bon steak frites, mais pour apprécier la bière locale et les demoiselles Cambodgiennes qui commençaient à venir voir les étrangers. Jusqu'à la fin des années quatre-vingts, à Phnom Penh, il y avait deux endroits incontournables: Martini's et Sophie's. Vite devenus des clubs un tantinet interlopes, rapport aux filles de plus en plus nombreuses et de plus en plus mercenaires, mais rigolos aussi.

 

Quand j'y suis passé la première fois, c'était il y a quatre ans, j'étais arrivé un peu tôt et avait été accueilli par une double haie de demoiselles qui bondissaient d'enthousiasme à mon entrée dans le local, à l'atmosphère lourde, à l'air collant, paresseusement remué par quatre ventilateurs, de demoiselles qui voulaient toutes connaître mon nom; qui me tripotaient toutes, tant elles étaient émerveillées de voir un être aussi rare et beau entrer (c'est ce qu'elles disaient toutes: "Oh, hi, pretty stranger"); qui, toutes, souhaitaient vivement me proposer un massage pour mieux faire connaissance; qui toutes me chuchottaient, d'abord, puis mezzo voce, puis d'une voix de stentor, les mots magiques que je ne connaissais alors pas: Yum Yum et Boom Boom. J'avais vite appris que le premier signifiait que la demoiselles était toute disposée à m'offrir le bonheur d'une gâterie buccale - comme on appelle cela - pendant que le deuxième se traduirait en français moderne par hop hop, signalant que j'étais tellement au goût de la personne qui proférait cette jolie expression, qu'elle n'hésiterait pas à me faire partager sa couche sur le champ.

 

Chacune avait commencé, comme dit, en chuchottant afin de me piquer à sa copine - flatteur, n'est-ce pas... Puis, vu que je ne comprenais pas, même si j'avais comme un soupçon qui naissait, de plus en plus fort, car mon manque de réaction ne pouvait s'expliquer que par une hypothétique surdité.

 

Bon pour l'ego, tout ça...

 

Il ne m'avait quand même pas fallu beaucoup de temps pour me douter que les demoiselles en question monnayaient leur affection. Ca ne changeait rien quant à leur physique souvent très avenant, mais évidemment, quant à l'ego... Alors que de nouveaux arrivants entraient dans le local, la foule des créatures en pâmoison devant ma chaise se réduisait en peau de chagrin, allant aux ceusses qui savaient ce qui doit être fait avec ces demoiselles: leur offrir un verre; le temps qu'il soit servi, accepter l'offre d'un yum yum et aller rapidement dans la salle à côté, faite pour cela; et revenir enfin savourer, pour le client délesté de sa substance et de quelques dollars (je crois que le tarif, à l'époque, était de cinq dollars, aussi bien pour un yum yum que pour un boom boom), la bière qui l'attendait sur le comptoir, pour la demoiselle, la boisson rafraichissante destinée à la remettre de ses émotions.

 

Pour le reste, les expats, comme on les appelait, étaient souvent sympatiques et connaissaient tous les bons endroits à voir, où manger, où dormir.

 

M'y voilà donc y retournant, à califourchon sur une fringante moto taxi roulant à vingt à l'heure, avec l'espoir que rien n'a changé. A deux pas du marché central, un bâtiment blanchâtre et quelconque, au croisement de deux rues qui n'ont pas eu l'honneur d'un réasphaltage depuis le retour à la normale. Au premier étage, ce devrait être Sophie's et, du moins, il y a toujours la pancarte qui indique le chemin à prendre. Je monte pour arriver dans une pièce qui n'a pas changé, sinon que les ventilateurs sont soutenus, dans leur mission impossible, par un robuste bloc climatiseur. Il fait presque frais, toujours aussi sombre, et les filles sont déjà occupées par une bonne vingtaine de clients. La musique, peu bruyante, reste le bon gros rock des années quatre-vingts. Je ne m'en plaindrai pas. Rien n'a vraiment changé, sinon le stock des affectueuses qui s'est probablement moulte fois renouvelé.

 

Je vais au bar sans anicroche, commande une bière que je reçois dans sa chaussette isotherme et me dispose à la savourer, tout en espérant aussi voir finalement des anciens que je connais, quand je reçois une bonne claque dans le dos. Je me retourne: Ange le maque.

 

Eeeeh beh, moi qui espérais bien revoir des connaissances...

 

12:53 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/08/2006

Marché Russe et autres

Quand on sort de Tuol Sleng, on est toujours un peu sonné. Autant de cruauté bête, pour si peu... et le pire du pire, probablement, c'est que les assassins sont toujours parmi nous. Les gardes chiourmes avaient quatorze ou quinze ans, et c'étaient eux qui menaient la barque, surveillant les "tièdes", ceux qui ne tuaient pas assez et qui étaient donc, on s'en sera douté, de la graine de contre révolutionnaire. Ces gosses qui avaient quatorze ou quinze ans, il y a trente ans, ont aujourd'hui trente ans de plus... et quand on voit passer, dans la rue, peu importe son sexe, un adulte dans la quarantaine, on se demande toujours si c'était un assassin, ou une victime, au cours des années noires.

 

La situation reste, ainsi, glauque et confuse. Je la trouve, quand on y pense, effrayante.

 

Je remonte en croupe du puissant destrier - une Yam' 125 d'au moins dix ans d'age - de mon conducteur, que je me suis décidé à louer à la journée, vu qu'il m'avait l'air d'une prudence de serpent, sur la route, et nous voilà partis vers le marché Russe, entouré d'échoppes de tout et de n'importe quoi. Je me promène une petite heure, tenté par l'une ou l'autre dépouille du bon vieux temps. Des faux, parfois, mais parfois des vrais.

 

La chose la plus amusante, ce sont des billets de banque du défunt régime Khmèr Rouge. En effet, ces derniers, après avoir décrété, aux applaudissements généralisés de l'intelligensia européenne, le communisme intégral, la fleurissante anarchie, et l'An Zéro (je me souviens des cris de joie de Michel Piccoli, à ce propos), avaient promptement réinventé la monnaie fiduciaire, vu que c'était quand même bien pratique... Et voilà donc une série de billets avec, au verso, des héros militaires que ne renieraient pas les pacifistes bêlants d'Europe, pendant que de l'autre côté, on avait les valeurs qui montaient, je crois, jusqu'à mille riels.

 

Une brave commerçante me propose la série complête au prix, négociable, de dix dollars. Pfff, je verrai une autre fois, il y a déjà assez de papier à la maison...

 

Fin de la promenade, mon conducteur me reconduit dans le centre et me lache près du marché central où nous nous abouchons pour demain, vu que j'aimerais sortir de la ville, mais certainement pas conduire moi même. Affaire conclue et je vais chez le coiffeur, à deux pas. Autant les coiffeurs Thai font un boulot de cochon, autant les coiffeurs Khmèrs sont excellents. Je sortirai de là deux heures après y être entré, manucuré, cheveux coupés à la perfection, massé et avoir eu droit à un traitement digne des meilleurs maisons de soins esthétiques pour... cinq dollars.

 

Déjeuner dans la rue, puis promenades, à la recherche de jolies vieilles pierres qui n'existent plus vraiment. Pour me distraire, au moins, il y a les éléphants qui rodent en ville. Pour deux francs trois sous, on y met les gosses à faire un tour. Ca occupe l'éléphant, ça nourrit l'éléphant, ça nourrit son propriétaire.

 

Ca fait rire les enfants,

ça dure jamais lontemps,

ça fait plus rire personne,

quand les enfants sont grands...

 

Dans le genre, je me souviens avoir mis, une fois, à Pammukale, Antoine sur le dos d'un chameau, et ça lui avait bien plû. Je me demande ce qu'il aime, aujourd'hui.

 

Bon, la journée s'achève tout doucement, dans une chaleur épouvantable. Je retourne d'un pas tranquille vers mon hôtel, afin de me doucher et de me changer, pour la soirée, tout en regardant fonctionner les petits métiers de PP, tels que les fabriquants de glace: rares sont ceux qui, à Phnom penh, ont l'électricité, un frigo; le surgélateur est une invention de la lune, ici.  Les petits vendeurs de la rue achètent donc, pour mettre dans leur glacière, quelques kilogs de glace qui rafraichissent les boissons, les viandes, les produits qui devraient rester frais.

 

 

L'Europe n'imagine pas le degré de confort dans lequel elle vit.

06:46 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/08/2006

On parlait de Tuol Sleng, n'est-ce pas?

Quand on arrive à la prison en question, devenue "Musée du Génocide", on est harponné par une douzaine de mendiants, dont l'état physique laisse imaginer que leurs mamans ne les avaient pas toujours surveillés avec toute la rigueur désirable, quand ils baguenaudaient devant les fourneaux de la cuisine. On a tort d'imaginer cela: il s'agit, en réalité, de bonshommes qui souffrent des séquelles du régime Pol Pot - le Camarade N°1. Tordus, le visage gonflé de diverses plaies jamais cicatrisées, rampant pour ceux dont les jambes refusent tout service. La cour des miracles. On passe à travers ces vagues de mendiants - quelques vagues précédentes ont émoussé votre sens du pitoyable - et on paie son dû, à l'entrée: mille riels, ou un dollar.

 

Des guides s'offrent à vous, mais en avez-vous besoin? Je ne le crois pas. Les bâtiments de la prison sont clairement illustrés, et il n'est pas besoin d'entendre la ritournelle d'un guide pendant que vous êtes confronté à l'horreur.

 

Vu de l'extérieur, le bâtiment est enveloppé de fil de fer barbelé. L'idée était que jamais un prisonnier ne pouvait sauter des étages et se suicider, surprenant la surveillance, avant d'avoir parlé, quand on le conduisait de sa cellule à la salle d'interrogatoire.

 

 

Des salles d'interrogatoire, je ne montrerai rien. J'imagine qu'il n'est pas essentiel de satisfaire la curiosité de vampires qui liraient ce blog.

 

Les Khmèrs Rouges avaient créé leurs camps de concentration dans la hâte et l'improvisation - différant en cela de nos amis Allemands, dont je remarque, par ailleurs, qu'ils sont les grands absents parmi les touristes qui visitent ce musée. Quand on parcourt le livre d'or des visiteurs, on voit des Italiens, des Américains, des Français, des Coréens, des Grecs, que sais-je... on ne voit pas d'Allemands.

 

Je me demande pourquoi.

 

Les Khmèrs Rouges, donc, avaient improvisé, et la manière dont la bâtisse est arrangée le montre bien. Nous avons, d'une salle de classe à l'autre, un trou faisant office de porte, qui permettra aux gardes chiourmes de parcourir l'étage entier, si cela se révèle nécessaire. Des deux côtés du couloir de fortune créé par le creusement du trou-porte, nous avons des cellules maçonnées à la va comme je te pousse. Solides, malgré tout.

 

Dans chacune des cellules individuelles, qui font peut-être deux mètres sur un, et dans lesquelles on logeait deux ou trois suspects, on trouve une boite à conserve cubique, permettant aux contre-révolutionnaires de faire leurs besoins, et une barre destinée à leur immobiliser les jambes. Dans les cellules collectives, trois longues barres auxquelles tous les prisonniers étaient attachés par les jambes, afin de ne pas se sauver. Ils devaient être cent par cent, dans ces fameuses cellules collectives, et pour en sortir un, aux fins d'interrogation, on devait défiler la rangée entière.

 

Dans les salles d'interrogation, quelques dessins naifs, de l'un des trois survivants de la prison, montrant les diverses manières dont les interrogateurs obtenaient les aveux des suspects: gégène, noyade, arrachage des ongles, ou des dents, brisement des os... j'aurais aussi avoué tout et n'importe quoi, dans ces circonstances.

 

Enfin, le film au cours duquel on voit le survivant peintre, bavardant avec l'un de ses anciens gardiens. On y voit quelques images d'actualités officielles de l'époque, avec Frère N°1 reçu par des prolétaires qui l'adorent, le déplacement d'une foule joyeuse vers les campagnes, la condamnation à mort de l'un ou l'autre traitre, tout cela au son de ce bel hymne national, un long bêlement menaçant qui fait mal aux tripes.

 

Le garde chiourme qui converse avec le peintre, devant la caméra, avoue sans détour qu'il a assommé, torturé, estourbi - mais si peu, mais si peu par rapport à d'autres gardes-chiourmes... - quelques prisonniers, oui, car s'il ne l'avait pas fait, ç'aurait été lui qui aurait été prisonnier, torturé, condamné et, comme on le disait dans la belle langue administrative du Kampuchea Démocratique, détruit. Le bourreau semble avoir une espèce d'excuse, c'est vrai. Ca nous change de certains souvenirs d'il y a soixante ans.

 

Cette volonté de pacifier l'histoire est étonnante. Comment les survivants de l'époque des Khmèrs Rouges, ceux qui étaient du mauvais côté, du côté des prisonniers de guerre, comment ces survivants prennent-ils cette attitude d'apaisement? Eh bien, ils sont sortis tellement salis des évênements qu'il ne préfèrent, dans l'ensemble, même plus savoir qu'ils ont eu lieu.

 

Est-ce sain?

11:57 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/08/2006

S 21

S 21, c'était le nom du ministère de la sécurité, du bon vieux temps de Pol Pot. Dans Phnom Penh désertée, il y avait une école qui était devenue prison - hm, mes souvenirs d'enfance me font imaginer que le choix d'un bâtiment scolaire, dans le but d'installer une prison était judicieux - et cette prison, secrète pour autant que la ville soit vidée de ses habitants, a vu rentrer plus de dix-sept mille prisonniers - des contre-révolutionnaires qui ont été abondamment torturés pour avouer leurs péchés, et pour dénoncer leurs petits camarades contre-révolutionnaires.

 

Ces contre-révolutionnaires dignes de tous les coups, de toutes les tortures, c'étaient, quand on voit les photos d'identité prises par les Khmèrs Rouges, à l'entrée des prisonniers, des messieurs, des dames, des bourgeois et des prolétaires, des demoiselles, des enfants, des bébés.

 

Ils sont entrés à dix-sept mille, et trois en sont sortis vivant.

 

 

Les tracasseries paperassières des Kmèhrs Rouges, bien typique de tous les régimes socialistes, qu'ils soit nationaux ou scientifiques, nous permettent de connaître le détail du génocide perpétré ici. Les chiffres continuent à s'empiler, et sont éloquents. Il fut un temps - au tout début du mea culpa des intellos amoureux de Pol Pot - où un historien américain dont le nom m'échappe avait le culot de parler d'un petit massacre de rien du tout: peut-être cent ou deux cents mille morts du fait des Khmèrs Rouges, le reste des absents ne pouvant être tués qu'à la suite de bombardements malheureux de l'armée américaine.

 

L'Amérique possède, dans tous les domaines, ses crétins insignes. Au cinéma, ils ont un abruti du genre de Moore; dans les cercles académiques, ils ont un Moore dont la malhonnête stupidité rappellera, en Belgique, la Morelli, enseignante à l'ULB; en France, un Lacouture, journaliste et moraliste...

 

Aujourd'hui, au Cambodge, le chiffre de trois millions de tués du fait de Pol Pot est communément admis. Le chiffre est donné sous toutes réserves de découvertes supplémentaires.

 

On était détruit pour toutes sortes de raison, au Kampuchea Démocratique: on portait des lunettes, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on parlait une langue étrangère, ou on en balbutiait quelques mots, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on n'avait pas de cals au mains, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on aimait le rock, ou la musique classique européenne, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on avait trois mois, on venait de naître d'une intellectuelle contre révolutionnaire qui portait des lunettes, et on allait donc devenir à son tour, immanquablement, un intellectuel contre révolutionnaire...

 

En fait, c'est mentir que de dire que trois prisonniers sont sortis vivants de la prison de Phnom Penh: en réalité, sur les dix sept mille, et des plumes, prisonniers, près de quinze mille sont sortis vivants, en camion, de la prison, pour mourir, une heure plus tard, dans ce qu'on a appelé, ici, les killing fields, dans les champs de la mort. On a retrouvé, dans des fosses communes que l'on continue à fouiller, des milliers de corps sans tête et, dans d'autres fosses, des têtes sans corps. Il y a un petit cénotaphe, dont la simplicité rend le génocide encore plus ... dira-t-on, dérangeant?

 

 

 

Mais revenons-en à la prison de Tuol Sleng, riante banlieue de Phnom Penh.

16:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Phnom Penh l'aprème

Mon taxi me lache d'abord, l'espace d'un moment, devant ce miracle technologique qu'est le grand marché de PP. J'étais passé mille fois devant, la dernière fois, sans appareil photo, et m'étais toujours promis de faire un jour partager mon admiration face à cette merveille architecturale des années vingt. Maintenant que j'ai l'un de ces engins géniaux que l'on appelle "appareil numérique", je prend la photo dont je rêvais:

 

 

Je ne sais pas pourquoi les Kmèhrs rouges ont négligé de détruire ce bâtiment, mais c'est tant mieux. Des diables qui se cachaient dedans, peut-être?

 

Il reste, à ce jour, le coeur de la capitale. On y vent de tout, principalement des nippes, des parfums français aux origines douteuses, de fausses montres Cartier ou Rolex, des trucs et des machins, toutes les babioles parfaitement inutiles qui font le bonheur de tous et de chacun.

 

Plutôt que de continuer vers le marché Russe, je demande à mon taxi, dont j'ai apprécié le premier kilomètre qu'il a parcouru à un train de sénateur, avec autant d'yeux qu'Argus tout éveillé, de me conduire à S21. Maintenant que j'ai l'appareil photo qui permet de tout faire suivre, je vais en profiter. Mon bonhomme démarre.

 

 

15:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Phnom Penh le jour

Les dégats faits par les Khmèrs rouges sont encore visibles, quinze ans plus tard. D'abord, ils avaient vidé la ville de ses habitants, tué tout ce / ceux qu'ils pouvaient; ensuite, ils avaient bousillé tous les temples. Aucun des temples bouddhiques de la région n'est d'origine, sinon celui du Roi, resté, impavide et aveugle à la détresse de Ses sujets, sur son trône, tout le temps de la présence des Fous Dingues, puis des Occupants Viêtnamiens.

 

Je ne suis pas certain qu'il mérite une médaille pour le courage et l'altruisme. Par contre, il devait trouver la place bonne, pour l'avoir gardée, sans piper mot, tout le temps des années noires.

 

En contrepartie de Son silence, le temple aux dalles d'argent -Son temple - n'a pas été détruit. Les dalles n'ont, elles même, pas été volées par les vrais maîtres du pays. La famille royale est restée sauve.

 

Enfin donc bref, il reste, au Cambodge, un temple dont les origines sont anciennes - enfin, deux siècles, à tout casser - hors les temples angkoriens qui faisaient peur aux petits crétins destructeurs, rapport aux diables qui les occupaient.

 

Braves diables.

 

 

Pour le reste, des bâtiments anciens, témoignage du passé colonial prestigieux du Cambodge, dans un état usuellement lamentable...

 

 

...et des bâtisses genre HLM pisseux, dans lesquels s'accumule une population braillarde et rigolarde.

 

 

Les mémères causent tranquillement, d'un trottoir à l'autre, afin d'assurer l'animation sonore du quartier. Personne n'utilise son avertisseur, ce qui est bien malheureux quand on voit l'usuelle maladresse des conducteurs. Les ambulances ont du travail, par ici; les rebouteux aussi. Il faut faire attention quand on traverse, pour aller d'un spectacle à l'autre.

 

Le Cambodgien est badaud: qu'il s'agisse d'une poule qui agonise dans d'atroces souffrances - rapport à la grippe aviaire - ou deux vieilles qui se chamaillent pour une patate, la foule se rassemble et se repaît du spectacle. Je suis assez Cambodgien, ici , et tout est bon pour m'arrêter, sur la route que je me suis plus ou moins fixé. En cette semaine qui suit le nouvel an bouddhiste, il y a une fête des enfants, qui nous rappelle celle de la Halloween: les gosses, déguisés en divers démons, bénéfiques ou maléfiques, vont en bande, de magasin en magasin, chanter une chanson pendant que les deux démons les plus courageux entrent dans le magasin, le bénissent afin de le protéger pour l'année qui commence, et reçoivent une poignée de bonbons pour fruit de leur travail.

 

 

Je les suis quelques instants, puis me décide à aller voir vers le marché russe, s'il y a des choses intéressantes. Je hèle un moto-taxi dont la méfiante pondération me met en confiance, et roule ma poule.

 

10:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/08/2006

Service de chambre encore

Je suis en train de me brosser les dents, la lecture maintenant abandonnée; re-toc toc à la porte de ma chambre et re-précipitation de ma part, à nouveau emballé à la va-vite dans un drap de bain. C'est à nouveau ma nymphe qui, les affaires ayant probablement été décevantes à l'étage, vient s'enquérir quant au "Demain peut-être". De toute évidence, dans son chef, la question ne fait plus de doute:

 

-Fuck tomorrow, what time?Autrement dit, "pour tirer ton coup demain, tu as une préférence pour l'heure?"

 

Même les témoins de Jéhova, à Bruxelles, ne sont pas aussi collants. Je la regarde d'un air digne, faisant tout mon possible pour avoir l'air faché - c'est difficile, quand la fille est aussi extraordinairement mignonne - et lui dis, d'un ton que j'espère sans réplique que je verrai, que je ne suis pas décidé, que j'ai beaucoup de choses à faire demain, que, maintenant, je veux DOR-MIR.

 

Seul.

 

Et je referme la porte. Flute, il ne pouvait pas y avoir un client libidineux qui m'aurait débarassé de Mademoiselle ce soir?

 

Extinction des feux, dodo la clim' à fond. Si on frappe, je n'irai pas ouvrir.

16:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/08/2006

Service de chambre

Alors que je suis plongé dans les affres de la Terreur, entre Fouquier Tinville, Saint Just, Robespierre et quelques ignobles du même tonneau, un timide toc-toc à ma porte. Je prends un drap de bain au passage, m'y emballe et vais ouvrir, intrigué: c'est une jeune femme de tout au plus vingt ans, au visage d'une beauté foudroyante et aux yeux de rêve. Le reste, parcouru d'un coup d'oeil, et habillé de manière très ajustée, n'a pas exactement l'air mal non plus. Alors que je reviens à ses yeux, interloqué, elle me fait un sourire ravageur et me demande:

 

-Fuck?

 

Ah, elle n'a peut-être pas beaucoup de vocabulaire, la demoiselle, mais il est certain que celui qu'elle a va droit au but.

 

Vu mon silence, qui pourrait passer pour une hésitation pleine de stupre et de luxure, elle précise, la bouche humide et les lèvres brillantes:

 

-Twenty Dollars.

 

Bonne manière d'engager la discussion, section finances. Quand on commence à parler gros sous, en Asie du Sud Est, c'est que l'arrangement n'est pas loin. Si le client répond, il partira tôt ou tard avec la marchandise qui est l'objet de la palabre. Au début, je me faisais avoir, ainsi, à discuter le prix de tel ou tel objet, pour le simple plaisir de la négociation, et je me souviens m'être un jour, ainsi, sur un marché de village, retrouvé piteux propriétaire de deux poules que j'avais bien dû embarquer, caquetantes et que, dès le premier carrefour passé, j'avais discrètement relaché dans les buissons.

 

Bref, tout ça pour dire que je n'accepte pas l'hameçon et que je ne discuterai pas le prix proposé.

 

Non, merci Mademoiselle, no Fuck; oui, demain peut-être... Ce demain peut-être, c'est la tarte à la crème de la sortie, usuellement, sauf que le vendeur de quoique ce soit, rencontré à un coin de rue le lendemain, vous sautera immanquablement sur le paletot pour relancer la négociation seulement suspendue. Enfin, c'est un jour de gagné.

 

Je referme la porte, estomaqué, puis amusé, après tout. J'avais connu, il y a quelques années, au Congo, le gratouillement à la porte, de demoiselles qui annonçaient, quand on demandait ce que c'était, à travers la porte, "c'est l'amour qui passe", avec l'accent que l'on peut imaginer. Mais je n'avais encore pas eu ce genre d'expérience au Cambodge - c'était une question de temps, de toute évidence.

 

Je me souviens aussi, il y a quelques mois, en Indonésie, avoir même trouvé dans mon lit, alors que je regagnais ma chambre, une demoiselle qui m'attendait, étendue dans mon lit, nue et prête à l'amour. Là aussi, le sourire en coeur, quand j'avais allumé, elle m'avait demandé en peu de mots (boom boom? Ten Dollars, plus précisément), si j'étais prêt à sacrifier à Vénus, entre ses bras, pour une somme modique.

 

Le Sud Est Asiatique réserve parfois ce genre de surprise. Je me demande ce qu'il faut souhaiter à cette jeune femme: une clientèle abondante, ou pas de clientèle du tout, un bon mari et des enfants? J'ai passé le temps du jugement et je n'essaie même plus de comprendre. Enfin, je laisse tomber mon drap de bain sur le fauteuil qui se trouve au pied de mon lit, et retourne, étalé sur le drap, à mon Michelet.

06:50 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

24/07/2006

"Girls, girls, girls"

Dans le coeur de Phnom Penh, il y a un bistrot qui existe depuis le jour où les Vietnamiens sont partis. Il s'appelle In The Heart of Darkness, faisant allusion à un roman de Conrad qui s'intéressait, lui, au Viêt Nam. Je trouve qu'un nom pareil va très bien au Cambodge et à sa parenthèse génocidaire, jamais fermée.

 

Le bistrot est gai et bien achalandé. Le temps où une douzaine de routards et quelques expats étaient sa seule clientèle est maintenant bien passé, et le proprio, un Jeremy, ne me reconnait qu'au deuxième regard: à part lui, il n'y a plus d'habitués. Ses pratiques sont françaises, italiennes, anglaises, australiennes, néo-zélandaises... il y a du monde et les serveuses courent. Rien à trouver ici, je vais donc un peu plus loin, chez le Chinois.

 

Chez lui, je retrouve l'atmosphère du bon vieux temps, cet air lourd et poisseux, brassé paresseusement par quatre ventilateurs, avec la promesse de voluptés culinaires bien d'ici.

 

En plus, pour le coup de l'étrier, juste à côté, il y a un nouveau bistrot, encore pas trop fréquenté, avec deux demoiselles ravissantes, et qui annonce fièrement avoir de l'Angkor au fut, ainsi que de l'Anchor - cette affaire d'Anchor, c'est la fine plaisanterie d'un brasseur qui, ne pouvant user du nom d'Angkor pour faire sa bière, a décidé de l'appeler Anchor, ce qui se prononce exactement de la même manière qu'Angkor. Les officiels cambodgiens, propirétaires de la brasserie Angkor, qu'ils espéraient devenir une bonne petite sinécure bien pépère, sont furax, et le brasseur d'Anchor vit prudemment en Thailande.

 

En plus, l'Anchor est probablement meilleure.

 

A Phnom Penh, on vous sert la bière dans sa boite, entourée d'une chaussette isotherme. Il fait trop chaud pour laisser plus de quelques minutes une bière sur une terrasse; et comme le but n'est pas de boire comme un trou...

 

L'avantage du bistrot où officie Valérie - c'est le prénom qu'elle m'assure avoir reçu de ses parents; de toute évidence des déçus de l'indépendance; on se demande pourquoi... - c'est qu'il a une terrasse, n'est pas encore trop fréquenté, que la bière y est glacée, que Valérie est ravissante et souriante, que ses petites camarades sont presque aussi jolies qu'elle, qu'elles sont toutes discrètes et vous laissent tranquille, à admirer le panorama du bord du Mékong, pendant que vous savourez votre bière vespérale.

 

Les choses changent quand je quitte le bistrot: Alors que je baguenaude le long de la croisette, songeant à retourner à mon hôtel, je suis abordé deux fois par de jeunes femmes qui m'offrent leurs services pour une somme modique; puis suis harponné par un groupe de créatures de mauvaise vie, quand je passe devant un nouveau bistrot dont le nom - DV8 - est tout ce qu'il y a plus prometteur de délices charnelles, et dois repousser les assauts de deux demoiselles vêtues léger quand, ayant pris ma clé au comptoir, je passe devant le bar de l'hôtel où du vieux disco joue à fond les manettes. Non merci Mesdemoiselles, je ne veux pas de doudouces tarifées; non, pas ce soir; non, merci Mesdemoiselles; oui, demain peut-être...

 

Me voici enfin en paix, dans ma chambre climatisée, prêt à me prendre mon Michelet, dans une édition de la Pleiade bien fatiguée par son séjour aux Philippines. Comme bruit de fond, je me mettrais bien une petite Passion selon Saint Mattieu

 

Demain sera un autre jour.

 

 

13:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/07/2006

Angkor Palace, à Phnom Penh

Le tuk tuk me conduit donc à l'hôtel choisi: il s'appelle l'Angkor Palace et fait très chic, de la rue défoncée qui y amène. Nous devons être à, tout au plus, deux cents mètres du front de fleuve, de la Croisette de PP. Il y a quatre ou cinq ans, toute la ville dormait dès dix heures. L'électricité était coupée, sauf pour les fortunés qui avaient une petite gégène de secour. Aujourd'hui, Phnom Penh est une ville qui vit jusqu'à pas d'heures, pour rattraper tout le temps perdu. L'Angkor Palace a une jolie petite entrée, avec un bar sur le côté gauche. Il y a un billard, un grand écran avec toutes les chaines de sports possibles et imaginables, mais se concentrant principalement sur le fouteballe anglais: il y a donc certainement aussi de la bière à la pression, offerte à des prix imbattables, des demoiselles qui viennent roder le soir, avec l'espoir de faire leur petit commerce, de la musique de rock des années quatre vingts et c'est ouvert jusqu'aux petites heures. Bref, c'est Phnom Penh. Sur le côté droit, il y a la petite salle de restaurant, au cas bien improbable où l'on ne voudrait pas prendre son petit déjeuner, soit dans sa chambre, soit sur la terrace qui donne sur la rue défoncée.

 

On me propose, pour dix dollars, une chambre au quatrième, avec clim' et salle de bain. Comment refuser... De toute manière, vu le bistrot du rez de chaussée, il est évident que le choix de l'étage est celui du bon sens. A dix dollars, je paie, cher pour le Cambodge, la proximité de la croisette. Je monte donc au quatrième - je dois être abonné à cet étage, d'un hôtel l'autre - et m'offre la douche que j'estime mériter.

 

Après tout, on a que le bien que l'on se donne.

 

La chambre est parfaite: grand lit, salle de bain impeccable, clim marchant dans un silence royal. La vue, de ma chambre, donne sur la rue et sur le quotidien des habitants de la ville.

 

 

Nous sommes, je le répète, à tout au plus deux cents mètres de la Croisette de Phnom Penh...

 

Ensuite, descente et inscription au registre de l'hôtel, je laisse les clés et pars me promener, direction la Croisette, justement. Il n'est pas encore six heures, la chaleur est lourde, s'il est un endroit où j'ai une vague chance de bénéficier d'un petit vent coulis, c'est par là bas. De plus, on y trouve tous les bistrots de la ville et j'y retrouverai peut être une connaissance.

16:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/07/2006

Petit déjeuner au restaurant de la Vache qui Rit

... suivi d'un dîner à Phnom Penh...

 

Voilà quelques journées studieuses et cyclistes passées dans le domaine des temples d'Angkor, mais il n'est de bonheur qui ne se termine. Les pass que l'on achète sont limités dans le temps, et coûtent une fortune. Le touriste est bien devenu, au Cambodge, une vache à lait. J'ai fait mon tour et ai des souvenirs pleins la tête. On ne me reverra pas ici avant deux ans, et la ville aura encore bien changé, je suppose.

 

J'ai acheté, hier soir, un billet de bus pour la capitale. On part tôt le matin, pour arriver dans l'aprème. La route qui relie Phnom Penh et Siem Reap est réputée correcte. Cela veut dire qu'elle est assez bien bitumée, et que les plus gros nids de poule y sont régulièrement rebouchés. Je me suis levé en retard, je me douche en un tournemain, rase le plus gros, me brosse les dents tout en terminant de boucler mon baluchon, fais l'impasse sur le petit déjeuner et file, sur le siège arrière d'une moto-taxi, vers l'endroit où l'on se rassemble pour prendre le bus.

 

Veine, le bus est en retard et la cantine en face est ouverte: j'y file me ravitailler. Une boulette de riz frit avec une viande qui me semble être du porc, et une grande tasse de thé. Ah, ça va mieux...

 

C'est alors que je fais attention à la pancarte qui orne la cantine:

 

Excellent...

 

J'ai revu souvent le dessin de la vache qui rit, sur les auvents des restaurants de rue, au Cambodge. En souvenir des vaches méritantes?

 

Mon petit déjeuner à peine avalé, le bus arrive. Un bon gros truc qui a l'air en état de rouler. Chacun dépose son bagage devant la soute. Deux employés les y rangent bien soigneusement et vous donnent un ticket témoin de retour. Ensuite, nous rentrons dans le bus et nous installons à nos places numérotées. La clim' fonctionne. J'ai une place à la fenètre et une voisine s'installe à côté de moi. Une jeune Khmère rieuse, en uniforme, qui ne parle pas un mot d'anglais. Son tonton et sa soeur, ou sa cousine, prennent place sur le siège devant nous. Elle sort un sac de fruits de son cabas, et se met à en manger, non sans en distribuer aux alentours. C'est gentil, je les accepte, et refile mon arme secrète - des bonbons - qui lui font bien plaisir aussi. Elle pépiera tout le trajet sans jamais faire attention au fait que je ne comprends pas un mot de Khmèr. C'est le genre de fille qui aime bavarder. Tout l'intéresse en moi, y compris les poils de mes jambes qu'elle se met soudain à tirer pour voir ce qui se passe. De toute évidence, les messieurs asiatiques ne sont pas trop velus. Je n'y avais jamais fait attention, jusqu'alors, mais je regarderai, les jours suivants, afin de voir quoi et, effectivement, remarquerai que les Cambodgiens n'ont pas trop de poils aux jambes. Pour les Cambodgiennes, je suppose que le rasoir magique fait son travail? Quoiqu'il en soit, quand on vous tire les poils, ça fait mal. Fifille me tire les poils? Je m'empresse donc, fidèle aux rêgles de la courtoisie internationale, de lui tirer les tresses - ai-je oublié de signaler qu'elle en avait deux, avec des noeuds rouges à la fin de chacune d'entre elles?

 

Ma Doué, la tête qu'elle tire... Interloquée, pour le moins, proche des larmes d'avoir subi une telle rebuffade... Elle essaie de m'expliquer qu'on peut tirer les poils des jambes des messieurs, que c'est parfaitement normal, que rien ne devrait l'en empêcher. Tentez d'imaginer, pendant les vacances, votre petite soeur tirant les poils du vacancier flamand en short, assis dans le train à côté d'elle... Bon, soit, ne voulant pas la mort du petit cheval, je lui fais un grand sourire, d'abord, une chiquenaude sur le nez, ensuite, et l'autorise à tirer sur les poils de mes jambes autant qu'il lui plaira. Après tout, nous sommes à moins d'une heure de Phnom Penh, et elle ne parviendra pas à tout arracher. Elle se relance donc au tirage des poils de mes jambes, en faisant attention  à n'en pas trop faire, histoire de ne pas voir ses nattes partir de sa tête.

 

En attendant, le paysage défile, les téléphones sonnent avec régularité dans le bus, l'un ou l'autre annonce son arrivée à PP dans les trois, deux, une heures qui suivent... Ma bavarde poilicide me fait ses adieux, car elle descend un peu avant le terminus, avec tonton et cousine, ou soeurette. Nous voilà arrivés; il n'est pas encore quatre heures.

 

A la sortie du bus, il y a l'usuel attroupement des tuk tuk proposant leurs services pour vous conduire à l'un ou l'autre hôtel. J'en choisis un - à moins que ce soit lui qui me choisisse - nous nous mettons d'accord sur un hôtel, sur son prix, chargeons mon baluchon sur son véhicule et nous allons démarrer quand il nous faut sortir pour aller à la rescousse d'un jeune couple en scooter, renversé par un autre tuk tuk. Je n'ai jamais plus vu une manière aussi je-m'en-fichiste de conduire qu'au Cambodge. Dans la ville de Phnom Penh même, j'assiste quotidiennement à deux accidents graves par jour. Je ne parle pas ici des accrochages mineurs: me bruit de fond de Phnom Penh n'est qu'un long froissement de tôles... Dans ce cas, le tuk tuk avait décollé du trottoir sans même regarder derrière lui, faisant un demi-tour qui mettait en danger la vie d'au moins quatre ou cinq personne, incluant celle du conducteur dudit tuk tuk. Enfin, ici, le garçon qui conduisait le scooter se contente d'une sale écorchure qui va de la main au coude, et sa fiancée boite après être tombée en presque souplesse. Rien de vraiment dramatique, mais quand même.

19:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08/07/2006

Les soirées de Siem Reap

La ville a beaucoup changé, en deux ans. Enfin, plus précisément, les faubourgs de la ville ont beaucoup changé, ce qui amène quelques changements en ville. Il y avait une ville routarde et quelques hôtels chics dans la périphérie; il y  a toujours une ville routarde, souvent, le soir, prise d'assaut par les touristes de la périphérie: il se dit que plus de deux mille chambres d'hôtels quatre étoiles se sont bâties ces dernières années...

 

Ca a nourri son peuple, il faut le dire, et chaque soir, dans la rue principale de Siem Reap, il y a un embouteillage de Toyota Camry. La Toyota Camry, quand on regarde un peu, doit correspondre aux deux tiers du parc automobile cambodgien - si pas davantage. De différents modèles, dépendant des années, mais toutes avec des sièges en cuir et l'indispensable climatisation.

 

Bref, les touristes à quatre étoiles descendent en ville, le soir, et la ville vit comme du bon vieux temps de la RSA du bon vieil apartheid: il y a des restaurants à touristes quatre étoiles, il y a des restaurants routards. Les quatre étoiles viennent cependant volontier s'installer, pour le repas du soir, dans les restaurants routards, même s'il n'y a pas de clim'. On mange du poisson amok, on  bavarde avec les quatre étoiles, on leur explique nos bons plans, ce qu'on voit, ce qui nous branche. Du haut de leurs soixante dix ans, ils nous écoutent avec bienveillance, et leurs réponses ne sont pas nécessairement sans intérêt, même dans le cadre des bons plans à routards. Puis, ils rentrent vite vite à l'hôtel, avant de tomber dans les pommes, tant la chaleur est lourde. L'erreur systématique, c'est de prendre une bière bien fraiche qui vous assomme. La bière ne peut se boire qu'en milieu climatisé. Sinon, en quelques secondes, elle monte à la tête, vous êtes en nage, et vous vous demandez si vous serez capable de vous lever.

 

Ah, il faut préciser que les bières ne sont jamais en dessous du demi-litre - et ces dernières sont les "small".

 

Sorti des cantines, il n'y a pas grand chose à faire, à Siem Reap: il y a quelques salons de massage, et deux ou trois bordels. Rien de bien passionnant. Je me couche donc tôt, chaque fois, dors comme une masse, me réveille le matin, pour filer sur un vélo dans le domaine d'Angkor.

 

Partout, jusque dans le temple le plus paumé, d'admirables bas reliefs.

 

 

Ces photos, je pourrais en proposer des dizaines, si je m'excitais sur mon appareil photo... Mais c'est pour cela, aussi, que je fais toujours mon premier tour, dans un endroit aussi magique, sans appareil photo. On a le temps de calmer les premières ardeurs et, le jour suivant, de ne plus mitrailler sottement. On se contente de tirer quelques clichés qu'on admirera encore, dix ans plus tard, au lieu de se préparer une pile d'image dont la seule quantité décourage le spectateur.

 

Partout aussi, jusque dans les temples les plus reculés, mais jamais très profondément dans les bâtiments, rapport aux diables qui protègent l'endroit, il y a des gosses, en nuées plus ou moins épaisses, qui viennent bavarder, demander de l'argent. Plus on va loin, dans le domaine, moins les nuées sont épaisses. Mais que deviendront les enfants de Siem Reap, qui ne vivent, semble-t-il, qu'à coup d'exigeante mendicité...

 

J'espère qu'il y en a d'autres. Peut-être sont-ils scolarisés, ceux là, et deviendront-ils les prochaines élites du pays.

08:53 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/07/2006

Le temple de la Vache Méritante

Dans les années soixante dix, les paysans anglais commençaient à avoir des ennuis avec leurs vaches. Pendant tout un temps, ils avaient nourri lesdites vaches de trucs et de machins bon marché, comme par exemple des cadavres de moutons morts.

 

Mort de quoi? Mystère et boule de gomme, et les rossebiffes de la cambrousse s'en fichaient, tant que c'était pas cher à acheter, que ça nourrissait les bestiaux et qu'ils vendaient, en fin de course, lesdits bestiaux à un bon prix qui leur permettait de remplir leur portefeuille. Ensuite, ce n'était plus leur problème. Eux, de toute manière, mangeaient des animaux nourris, prudemment, à l'ancienne.

 

Un beau matin, donc, vers la fin des années soixante dix, les vaches avaient commencé à jouer aux comiques. Plus précisément, elles se mettaient à marcher sur leurs quatre pattes raidies, comme de vieilles poivrotes, puis se pètaient la gueule tout comme les vieilles poivrotes indiquées précédemment, meuglaient comme des perdues, en essayant de se redresser, se redressaient, encore plus instables sur leurs pattes, puis tombaient et mouraient, en tremblant de tous leurs membres.

 

C'était spectaculaire, c'était très triste, et ça faisait un manque à gagner pour les bouseux grands bretons, qui allaient pleurer chez le ministre et à l'europe pour qu'on leur donne des sous, afin de compenser le manque à gagner qu'ils voyaient arriver gros comme une maison. En attendant, ils dépeçaient les cadavres suspects, et vendaient la bidoche à des restaurants pakistanais ou à des hamburger joints locaux, à vil prix.

 

Il n'y a pas de petit profit.

 

Ainsi que nous le savons tous, rien ne vaut la cuisine anglaise, et il n'est pas une grande ville du monde qui n'a pas son restaurant britannique, avec un cuistot itou.

 

Usuellement, on appelle cela "la prison municipale"

 

Or donc nos pauvres vaches tombent comme des mouches et, à un moment, le médecin légiste arrive chez le ministre, avec un air embarrassé, pour lui annoncer que les vaches qui mouraient, c'était parce qu'elles étaient malades.

 

Très, très, très malades.

 

On allait appeler cela la maladie de la vache folle, et il faut bien souligner que ça ne visait ni les belles-doches, ni les taureaux pédérastes.

 

Bref, refiler la bidoche de la carcasse, dans un restaurant ou un autre, ou au brave client anglais, c'était hors de question, et on allait avoir comme des ennuis à l'exportation, si le problème venait à se faire savoir.

 

Le ministre anglais de l'époque, un homme honnête entre tous, un vrai paysan comme on les aime, tente donc de cacher le problème, de le nier autant que faire se peut, jusqu'au moment où l'Angleterre, avec ou sans boycott officiel de sa bidoche, se retrouve une nation de végétariens, avec des tas de gens, hors Angleterre, qui refusent d'acheter de la viande en provenance d'Angleterre.

 

Nous voici donc en Angleterre, avec des centaines de vaches folles, des centaines de vaches mourantes, et des dizaines de milliers de bêtes immangeables vu qu'on irait jusqu'à se méfier. On se demande pourquoi.

 

Môssieur le ministre de l'agriculture du Royaume Uni en confère avec son homologue des Affaires Etrangères, et voilà-t-y pas qu'ils arrivent avec une solution comme seuls les rossebiffes peuvent y penser: ils proposent aux pays du Tiers Monde - spécifiquement, ceux où on crève la dalle, genre Mauritanie, Nigéria, Zaïre, Mozambique... - de prendre les vaches chez eux, afin de les manger. En effet, continuent nos deux gais lurons: le risque de passage de la tremblante du mouton à la vache, c'était un très petit risque (et on peut donc continuer, je suppose, à nourrir les vaches de moutons crevés); de même, le passage de la folie de la vache à l'homme est peu probable. Il y a bien entendu un tout petit petit petit risque, mais trrrrrrrrès petit. Donc, ma foi, comme on risque bien plus de mourir de faim, dans ces pays du sud indiqués plus haut, que de mourir de la maladie de la vache folle... qu'en pensez-vous, mes braves garçons...

 

Bon, bin ils ont l'air un peu ingrats, mais nos braves africains refusent - oh, en y mettant les gants, mais quand même.

 

On se demande pourquoi.

 

C'est alors que le ministre des affaires intérieures du Cambodge, pays sortant alors tout juste de l'horreur de l'époque des Kmèhrs Rouges, puis de l'occupation Viêtnamienne, avait proposé quelque chose de pas idiot: puisque les vaches anglaises n'étaient pas considérées comme comestibles, mais qu'elles avaient l'avantage d'être bêtes comme des vaches, et oublieuses des incidents du jour, elles pouvaient avantageusement être utilisées, dans les campagnes cambodgiennes, pour faire sauter les mines.

 

L'idée allait donc ainsi: les Anglais, ne sachant que faire de leurs vaches, les donnaient aux Cambodgiens qui envoyaient les vaches dans la campagne cambodgienne. Régulièrement, une vache allait sauter sur une mine - faisant alors sauter un chapelet de mines, vu la manière dont ces saletés fonctionnent en groupe - ce qui ferait paniquer ses petites camarades qui allaient galoper dans toutes les directions, faisant à leur tour sauter des mines un peu partout.

 

Il ne faut pas oublier qu'à l'époque, le Cambodge était littéralement noyé sous les mines.

 

Un quart d'heure plus tard, les vaches survivantes et oublieuses se remettaient à paisser, un peu nerveuses, peut-être, mais à marcher dans les prés et dans le champs, en tout cas, et recommençaient leur travail de déminage - certaines sur leur quatre pattes, un peu tremblantes de nervosité, au début; certaines sur trois pattes seulement, avec une patte de bois promptement ajoutée par un vétérinaire payé pour ça.

 

Nos amis Anglais font leur calcul et se rendent compte que donner les vaches malades, ou soupçonnées de l'être, ça leur coûtera nettement moins cher que les tuer, et les brûler d'une manière crédible, afin que, dans quelques années, la viande anglaise retourne sur les marchés étrangers. Ils acceptent donc la proposition cambodgienne.

 

Hop là, topez la mes amis, vous avez les vaches.

 

Bien entendu, les Anglais sont trop radins pour livrer les vaches, que les Cambodgiens reçoivent au port, en Angleterre - dans le meilleur des cas. De bonnes âmes américaines interviennent alors, louent deux ou trois douzaines d'énormes bateaux-bétaillères, et font transporter nos amies les vaches par bateau, vers les ports asiatiques, puis par trains, camions, Tuk Tuk, que sais-je, à pied d'oeuvre, ou devrait-on dire à patte d'oeuvre, dans les plaines du Cambodge.

 

Les vaches ont fait un boulot extraordinaire, et on peut estimer que la moitié des mines explosées au Cambodge l'ont été par elles. Pendant trois ans, on voyait, à chaque défilé militaire, un groupe de vaches, maigres et l'air nerveuses, tirées par des garçons vachers pieds-nus, défilant, toujours davantage couvertes de décorations, pour les copines qui avaient péri pendant l'année.

 

Maintenant, les vaches anglaises démineuses, il n'y en a plus une seule vivante: certaines sont mortes de leur belle mort; la pluspart ont quitté cette vallée de larmes au milieu d'un grand boum. Il n'en reste une en souvenir, empaillée, dans un temple de Siem Reap. Elle est là, à la droite de la statue du Bouddha, honorée par tout un peuple qui sait que les pattes perdues par les vaches sont des pattes qui ont sauvé des jambes.

 

Il y a, aussi, près de Pnohm Penh, un monument reproduisant une jolie vache en bronze, avec une plaque, placée par l'Ambassade d'Angleterre, rappelant que toutes les vaches démineuses étaient Britanniques, et que le Royaume Uni avait donné toutes ces vaches démineuses.

 

Une deuxième plaque, placée par les "charités privées" américaines, rappelle que les vaches, aimablement données par les Anglais, avaient dû être transportées par des bonnes âmes qui n'étaient pas anglaises. Et que ça avait coûté cher, de débarrasser l'Angleterre de sa pollution bovine. Mais cette plaque, quoique régulièrement remise en place, disparaît dans les heures où on la remet. On chuchotte que c'est l'ambassadeur du Royaume Uni qui, sur sa cassette personnelle, paie une bande de petits voyoux, pour aller l'arracher.

 

Moi, je n'y crois pas. Les Anglais, c'est pas des gens comme ça.

 

 

19:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animaux, religion |  Facebook |

Et hop là, c'est reparti

Et revoilà la route, droite, plus ou moins asphaltée, ombrée par d'énormes arbres, dans un premier temps. Je remonte sur mon vélo, et avance d'une roue tranquille. Parfois, des groupes de huttes, avec des frigobox, des vieilles dames qui essaie de vendre des ananas pelés et juteux, des enfants qui vendent des livres, des cartes postales, de la pacotille, l'habituel... et de bonnes odeurs de cuisine. Un temple doit être à proximité. Oui, un encore, un de plus. Ils s'empilent, sur le site d'Angkor, mais on ne s'en lasse jamais. Je fais le tour d'un temple, d'un autre, d'un autre encore... Ils sont monumentaux. On peut comprendre la terreur des esprits simples, des gamins destructeurs qui, chez les Kmèhrs Rouges, ont osé désobéir à Frère Numéro 1 et ne pas détruire Angkor, tant Angkor leur faisait peur.

 

On se sent vite seul, dans les salles désertes, car trop lointaines, devant des piscines sacrées, ou dans de petites pièces où brûlent des batonnets d'encens, devant un bouddha blessé, mais vêtu d'un voile orange. Le silence est lourd, comme l'atmosphère. C'est étouffant, même quand il ne fait pas chaud. Ca rappelle les temples de Kyôto.

 

 

Amusant, de voir comme le public disparaît, après qu'on se soit enfoncé de quelques cent mètres dans les jardins du temple, sur le site. Les diables font-ils toujours peur?

 

Parfois, je vois une tache blanche, quand c'est un local qui sait comme le soleil tape sur la couleur, ou une tache colorée, quand c'est un touriste qui ne sait pas comme le soleil a plaisir à refiler des insolations aux étrangers. Dès, en fait, qu'on aura passé les premiers temples, on est seul.

 

C'est très confortable.

 

Mon repas de midi se fera sous l'un de ces chapitaux de toile, établis le long de la route, en face d'un temple parmi d'autres. Une brave mémère me propose un plat de riz quelconque, avec, pour faire gai, le lait d'une noix de coco mise à rafraichir dans la glacière depuis ce matin. C'est joli; c'est bon, c'est drôle, mais une demi journée dans la glacière, ce n'était pas assez: le lait est encore presque tiède. Il faut dire que l'écorce d'une noix de coco est épaisse.

 

Mon repas fini, je songe à faire une sieste mais, finalement, après avoir traînaillé quelques minutes, je reprends mon vélo. Ici, il faut rouler plus doucement, vu que la route est devenue piste. C'est de la terre très dure, que même la pluie, aidée de l'un ou l'autre camion ne parvient usuellement pas à défoncer.

 

C'est ici aussi que, malgré tout ce qui a été fait, pour déminer, le gouvernement ne peut être tout à fait catégorique, en ce qui concerne la sécurité. Je roule usuellement vers le milieu de la piste de terre dure. Quand un minibus m'annonce son arrivée, à coups de klaxon, je me range bien prudemment, et attends que la poussière soit retombée, avant de repartir à vélo. 

 

Un peu plus loin, le site d'Angkor se dissout. Il y a encore des temples, mais plus petits, plus rares, plus dangereux, car au milieu de sites non déminés. Des gens y vivent, les gosses sourient de toutes leurs dents, quand ils vous voient sur votre vélo, en nage, et ils se retirent un instant de la route qui est le terrain de foot, pour vous laisser passer à vélo.

 

A un moment, il faut s'arrêter, laisser la place aux vaches, et faire demi-tour.

17:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/07/2006

Première étape

A tout seigneur, tout honneur: je m'arrête d'abord au temple principal, qui est aussi le premier que l'on aborde, quand on rentre dans le domaine des temples d'Angkor. Les fous génocidaires de Pol Pot voulaient détruire tous les bâtiments de la superstition, et ont effectivement tout détruit, pendant leur court passage au pouvoir.

 

Ils ont tout détruit, sauf le temple privé du roi, à Phnom Penh, et les temples angkoriens. En effet, les petits crétins en charge des destructions avaient peur des diables qui abondaient, ainsi que nous le savons tous, dans les vieux temples. C'est ainsi qu'Angkor, copieusement pillé par des dizaines de petites gouapes européennes et asiatiques, depuis la fin du dix neuvième siècle (on peut penser ici, par exemple, à une petite ordure de blouson doré, comme on les appelle, du nom de Malraux), est encore debout et, maintenant, protégé par l'armée tout autant que par une armée d'archéologues.

 

Le temple principal, donc, était tellement fort que, le jour où les Kmèhrs Rouges ont dû se rendre compte que l'argent avait un sens, et qu'il leur a fallu créer une monnaie, ils ont été mettre l'effigie du temple sur leurs billets.

 

A cette heure ci, les premiers minibus sont déjà arrivés, avec les vieux touristes les plus courageux. Les petits vendeurs les attendent de pied ferme, avec de l'eau fraiche, des boites de coca-cola glacées, des souvenirs de pacotille, des cartes postales, des fleurs, des petits guides illustrés. Deux fillettes me sautent sur le poil, à peine ai-je eu le temps de descendre de ma bécane, et me proposent une place à l'ombre et la promesse de la surveillance de la bécane pendant que je fais faire mon tour du Grand Temple d'Angkor. Bon, d'accord, surveillez, mesdemoiselles.

 

Bah, j'achèterai une bouteille à l'une d'entre elles, au retour. L'autre gueulera, mais les filles, ça se plaint toujours.

 

Je prends donc le pont plat qui conduit au temple. Il y a, je l'ai dit, déjà du monde, mais pas tant que ça, après tout:

 

 

Et puis, si les Cambodgiens vont jusqu'à les dieux savent où - tout en se méfiant des mines - les touristes étrangers s'arrêtent souvent à peine l'entrée passée. Totu est beau,dans les temples, il faut dire, et il n'est donc pas nécessaire, pour les flemmards, d'aller bien loin. De plus, il fait lourd.

 

Quand on monte un peu plus loin, il y a une belle vue. On peut deviner d'autres temples, plus loin, ainsi que des champs, des prés, des villages.

 

Un couple thaï me suit - elle bêlant avec indignation; lui, soupirant des effets de la chaleur. On échange quelques propos sur le temps, sur Bangkok d'où ils sont arrivés hier, en avion, après s'être fait arroser jusqu'à la porte de l'avion, en plein aéroport, par des fêtards du nouvel an. Tout le monde s'accorde pour admettre qu'à la réflexion, vu la chaleur, ce serait pas trop mal si des gosses étaient dans le coin, à nous arroser. 

 

La vue est belle, et il y a, au sommet des tours, comme un frémissement de courant d'air. Mais si léger...

 

Bon, je redescend, continue mon tour, puis revient vers l'entrée. Je suis à cinquante mètres de mon vélo que les deux demoiselles sont à mes côtés, pour me guider jusqu'à l'objet qu'elles ont protégé au péril de leur vie. Beau joueur (non, pas du tout), je remercie abondamment, me fend d'un bonbon par tête de pipes (les petits frères et soeurs sont soudains apparus) et achète une bouteille d'eau à la première.

 

La deuxième tire immédiatement la tête, et se plaint de mon manque de parole, pire qu'une épouse qu'on a eu le malheur d'avoir dans les pattes depuis vingt ans, quand on oublie de lui offrir un manteau de fourrure pour fêter l'anniversaire de mariage. Le malheureux qui se mariera avec elle ne rigolera pas tous les jours. Ca me rappelle mon ex. Et celle ci n'a pas encore douze ans... Avec une langue aussi bien pendue, à la réflexion, je crois qu'elle ne trouvera jamais de mari - ou alors, il la battra.

 

Je reprends donc mon vélo, entouré des bénédictions des petits qui machouillent leur bonbon, des piaillements des ainés qui aimeraient tant que je leur achète un truc ou un autre, des remerciements de ma vendeuse d'eau, des malédictions de ma commerçante déçue. Le soleil est maintenant bien présent. Il doit faire pas loin de trente degrés. Il sera bientôt huit heures.

 

14:39 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |