22/12/2006

Parenthèse indienne

Oui, Kuala Lumpur est une ville agréable, qui n’a pas ce côté oppressant de Bangkok. Elle parvient à être grande tout en gardant un charme de surface provincial, paisible. Et pourtant, la guerre n’est jamais loin ; le pétrole excite des convoitises, comme partout dans le monde. La police municipale n’est probablement pas d’une efficacité foudroyante, tant qu’une mafia régule les dangers de la rue ; mais la police d’état fait tout ce qui doit l’être, face aux menaces islamistes et au danger terroriste. Autant la bordélique Thaïlande voit chaque jour exploser une bombe ou deux, dans le Sud, autant la Malaisie, dans son patchwork anarchique de communautés qui ne s’aiment pas trop, parvient à étouffer dans l’œuf tout début de frémissement de malfaisance politique. Tant mieux.

 

Je fais encore le tour de quelques jolis temples, en ville. Les plus jolis sont chinois et la variation de leur décoration ne connaît pas de frontières. On se croirait parfois dans une maison bourgeoise, parfois au paradis. C’est, en tout cas, souvent ravissant, de l’intérieur comme de l’extérieur. Templechinois3Usuellement, deux aquariums, à gauche et à droite du temple, contiennent des poissons rouges et des tortues aquatiques. Les deux espèces sont soigneusement séparées, bien entendu.

 

 

 

 

 

Templechinois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Templechinois2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Templechinois4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bientôt, assommé par la chaleur lourde de la journée, je me trouve un cybercafé climatisé, où je peux placer mon laptop, histoire de faire le tour de ma messagerie. C’est l’habituel florilège de fines plaisanteries, envoyées par les copains ; de propositions de bizenesses de princesses africaines dont le papa, récemment mort, a laissé dans un coffre de banque une somme astronomique que la princesse est disposée à partager avec moi ; la vente de Viagra, de Cialis, de divers médicaments ; de publicités pour des sites cochons ; de virus envoyés par de parfaits inconnus qui m’ont à la bonne ; de propositions pour des cartes de crédit dont j’ai absolument besoin. Oui, le menu habituel.

 

Ah, tiens, non, pas l’habituel : j’ai un message d’Anjali, copine anglo-indienne, qui me convoque à Goa, où elle réside pour le moment. Goa, c’est dans l’avant dernière province la plus au sud de l’Inde. C’est supposé être une province high tech, on y trouve tous les anciens baba cool des années soixante, qui avaient routardé jusque là et qui, une fois leurs joints fumés et refumés, avaient décidé qu’il fallait quand même, de temps à autre, faire quelque chose de ses dix doigts, afin de gagner sa croûte : ils font de la techno. Grandeur et décadence…

 

L’inde, j’y suis passé rapidement, il y a quelques mois. C’était du temps où je m’étais demandé si ce ne serait pas une bonne idée de varier les plaisirs, vu que ma petite amie m’en priait gentiment.

 

Parenthèse indienne, donc…

 

Il y avait donc Fujiko. Elle tenait absolument à m’accompagner lors de l’un de mes périples, mais elle était méfiante vis-à-vis de l’Asie du Sud Est, où c’est-y, c’est bien connu, qu’il n’y a rien de bon pour une fille. Les îles ? Impasse sur les îles. Bon, très bien. J’avais donc été me renseigner à mon agence de voyage pour savoir ce qui pourrait amuser une jeune femme un petit peu aventureuse et Japonaise à la fois, pendant ses quelques semaines de vacances.

 

« Il parait que l’Inde, c’est pas mal », m’avait dit Valérie.

 

Valérie, c’est ma dealeuse de billets d’avion vers les endroits où il fait chaud : elle fait un petit mètre quatre-vingts, possède une carrure de déménageuse et porte usuellement des atours haré krishna. Une poitrine qui doit remplir sans difficulté des bonnets F, un derrière de percheron, ou de percheronne, un visage poupin, de grands yeux d’un bleu noir de porcelaine, une peau d’une fraîcheur qui fait saliver, un petit nez mutin, malheureusement déparé par un truc planté dans la narine. Bref, une créature ravissante pour qui aime Wagner et n’est arrêté ni par les préjugés frileux, ni par les piercings.

 

Sans repousser Wagner, je préfère Debussy.

 

« Il paraît que l’Inde, c’est pas mal », m’avait dit Valérie.

- Aaah ?

- Oui : des paysages splendides, un pays en mutation, des religions à tire larigot, le mélange des époques les plus reculées avec un modernisme extraordinaire, les fakirs, les maharadjas, les éléphants, les charmeurs de serpents, des temples partout. Moi, j’y ai jamais été, mais on m’a dit que…

 

Gentils zéléphants et temples à tire-larigot, l’affaire était réglée pour moi: j’achetais les billets. Il me restait à persuader Fujiko, méfiante, tapie au fond de la salle de bain, à se maquiller la bouche, qu’un voyage en Inde était certainement une opportunité culturelle à saisir à tout prix, qu’on mange bien en Inde, que les vaches sacrées n’y sont sacrées que le temps de leur engraissement, que tout y est beau, frais, propre (Fujiko est pire qu'une suissesse, quand on parle de propreté), que les routes y sont des billards sur lesquelles des conducteurs dignes des chauffeurs anglais les plus assoupis conduisent prudemment de somptueuses limousines (celles des maharadjas), qu’on peut y attraper France Culture et Radio Tokyo, et que ce serait un beau voyage, point final.

 

Fujiko n’est pas mauvaise nature. Elle avait accepté, sans y réfléchir à deux fois, la proposition indienne. Elle avait même préparé ce soir là, pour fêter la décision de ce départ, un machin délicieux qui rappelle le clafoutis aux cerises, version asiatique. Ce sont des choses qu’on ne refuse pas.

 

Fujiko étant très prise par ses horaires, je partais le premier, à Bombay, où elle devait me rejoindre une dizaine de jours plus tard. Me voici donc à remplir mon baluchon, avec quand même une boite d’immodium, à tout hasard, et en route Germaine, dans un splendide avion Swiss, de Bruxelles à Bombay, en passant par Zurich.

 

Dix jours plus tard, quand l'avion de Fujiko était arrivé à l’aéroport de Bombay, où je l’attendais, j’étais assez bien conscient qu’on allait pas rigoler longtemps.

15:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

21/12/2006

Pélerinage hindouiste (et les singes volent)

Les alentours de KL ne sont pas vilains et l’on passe vite de la ville à la campagne. Si l’on veut se promener, de plus, les transports en commun sont remarquables d’efficacité. Ici, nous ne sommes pas à Bangkok, où jamais le bus que l’on cherche ne va à l’endroit souhaité, et où personne ne sait vraiment dans quel bus, finalement, je devrais monter… Non, outre les deux lignes de métro aérien qui passent régulièrement et silencieusement, reliant la ville avec elle-même, les lignes de bus ont des numéros, lisibles pour tous, et des destinations connues de tous et toujours les même.

 

MetroPetronasS’il était facile d’aller aux tours Petronas, puisqu’une station de métro porte leur nom et que les stations de métro changent rarement de place, ce pourrait être moins facile d’aller aux temples hindouistes de Shiva, dans la montagne qui borde Kuala Lumpur. Eh bien non : Il y a bien un bus, à la station discrètement cachée, mais qui ne change pas de place. Le bus sera, de plus, direct. Le confort est un peu spartiate mais, quand on compare, guère moins élevé que celui du réseau de bus parisien ou bruxellois – et nettement moins glauque : pas de mendiants menaçants, de musiciens qui, une fois un morceau massacré, forcent leur sébile sous votre nez, de vendeurs de colifichets qui bloquent le trottoir autour des arrêts de bus, tentant de vous fourguer leur camelote et, si vous ne voulez décidément rien acheter, vous crachant sur les talons ou essayant de voler votre portefeuille. Bref, comparé à bien des coins du monde – Marrakech, par exemple… - un vrai paradis.

 

templeKLUne demie-heure après le départ, nous sommes devant une grille et, dans le lointain, on voit une statue dorée géante qui domine le paysage, qui fait jeu égal avec la montagne à laquelle elle est adossée. Nous sommes à une dizaine de kilomètres de Kuala Lumpur. Les pélerins parmi lesquels j’avance marmonnent des mantras dès la grille passée. Pendant ce temps, des vendeurs du temple se précipitent sur moi, l’évident touriste, pour essayer de me faire entrer dans le musée du temple. Le billet coûte 10 Ringgits mais, comme j’ai une bonne tête et que j’ai l’air sympathique, le  cicérone me propose immédiatement un rabais. C’est gentil, mais je décline.

 

Passé ce premier assaut, quelques dizaines de mètres plus loin, un autre rabatteur me propose d’aller m’installer à la terrasse de son bistrot, car j’ai certainement soif (non, merci) et il faut chaud (ça, c’est vrai). Comme j’ai vraiment l’air sympathique, et que ma tête lui revient, il est prêt, dès l’abord, à me faire un prix. Je décline encore.

 

C’est ensuite un gourou en turban et langes douteux, avec une barbe blanche et bipointe à la fois, qui me regarde, l'air inspiré, et se précipite vers moi, afin de me coller au milieu du front l’œil de Shiva. Je me laisse faire de bonne grâce, tout en me doutant que la fin de l’histoire sera bassement commerciale. En effet, après m’avoir collé une pastille rouge sur le front, et offert une fleur, vient l’incontournable « give me some money ». Je lui demande combien il veut : dix dollars. Bin voyons… Je lui donne donc un Ringitt et continue mon chemin.

 

Oui, je sais, j’ai une mauvaise nature.

 

Je repousse victorieusement, encore, des guides dont je n’ai aucun besoin, deux ou trois vendeurs d’images de Shiva , de Tshirts et de lunettes de soleil ; un autre rabatteur pour je ne sais quel bistrot : ici, on est en Inde, de toute évidence. Enfin, j’arrive sur le territoire sacré, sur lequel, à part les prêtres, personne n’a le droit de rançonner visiteurs ou pélerins.

 

La statue de Shiva méritait de passer tous les barrages, c’est exact. Elle est colossale - et bien faite, bien terminée, ma foi. A son côté, il y a l’escalier qui mène aux temples sis dans les grottes : leur degré de sacré est supérieur à ceux qui ont été bâtis au sol. La raison ? Les efforts qu’il faut faire pour y monter, je suppose. L’escalier compte un certain nombre de marches. Le nombre est sacré. Je me demande si l’escalier a suivi un nombre sacré, ou bien si les prêtres, une fois l’escalier terminé, n’ont pas compté les marches, et décrété qu’il s’agissait d’un chiffre sacré… Ca ne m’étonnerait pas de leur part. Quelque soit le nombre sacré, il est certain que le nombre de marche est élevé.

 

On peut s’arrêter pour souffler à deux endroits, que les prêtres ont déterminés être sacrés eux aussi. voleurLà, les singes vous attendent et essaient de vous faire les poches, au cas où vous auriez des trucs à manger. Les gosses se serrent aux jambes de leurs parents, fondant en larmes ou poussant des cris aigus. Les parents rient et se moquent, mais repoussent quand même les sales bêtes. Cela les met de mauvaise humeur ; ils gueulent de toute la force de leurs poumons, bondissent sur place pour faire peur. Il n’est pas rare que ces chapardeurs mordent leurs victimes non consentantes. Mais ils sont sacrés, eux aussi. Et s’ils sont sacrés, alors…

 

On arrive enfin dans l’immense caverne où ont été installé quelques Shivagrotteimages particulièrement sacrées du Panthéon hindouiste, et deux temples de Shiva. L’odeur des déjections de chauves souris prend le nez. Il y a, ici aussi, des marchands du temple, probablement approuvés par les prêtres, et un montreur d’animaux (ici, un petit dragon) qui, pour une somme modique, vous permet de caresser le bestiau et de prendre une photo. Les singes rodent toujours, et volent tout ce qu’ils peuvent, bondissant et s’agrippant aux murs, avec le produit de leurs rapines. Ils laissent derrière eux une petite fille en larmes et les mains vides de son biscuit, ou un touriste japonais furibard, son appareil photo disparu.

 

Un touriste japonais sans appareil photo, c’est comme l’amiral Nelson sans son dentier, ou Lolo Ferrari sans ses appendices mammaires.

 

On garde donc, si on est prudent, son sac bien serré contre soi et, si on veut prendre une photo, on tient bien l’appareil. Si un singe approche, après un rapide coup d’œil autour de soir, pour vérifier si les prêtres sont dans le coin et, si pas, un solide coup de pied en pleine poire. Il faut faire vite, sinon, c’est lui qui vous mord et vous griffe. Si vous avez tapé vite et bien, le singe file en hurlant des imprécations, mais sans rien en main et sans réagir par l’attaque.

 

Ensuite, il est préférable de prendre un air innocent, au cas où les prêtres viendraient investiguer les hurlements simiesques, l’œil soupçonneux.

 

ShivatempleLes temples eux même sont minuscules : ce sont tout simplement de petites grottes creusées dans la grotte principale : la beauté des fractales… Ils sont interdits aux fidèles. A l’intérieur de chaque temple richement orné, d’un kitch attendrissant, il y a un petit groupe de prêtres, usuellement rondouillards, en jupette, colliers de fleurs au cou et graisse dégoulinant de leurs cheveux lustrés, qui acceptent aux noms des divinités les présents de pélerins. Ils les donnent alors aux dieux, au son de cloches destinées, probablement, à attirer l’attention desdits dieux, puis bénissent les généreux donateurs.

 

La visite des temples faite, on redescend les escaliers, en tenant toujours serrés à soi les objets auxquels on tient. On repasse entre les rabatteurs, on évite les gourous, et on quitte le territoire du temple. A une centaine de mètres de la sortie, il y a une aubette où l’on vent des journaux, du coca, des crèmes glacées. On y attend le bus, qui passe de manière régulière, mais les horaires ne sont indiqués nulle part. C’est qu’il n’y en a pas, ou bien que les horaires sont un secret d’Etat ?

15:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, animaux |  Facebook |

18/12/2006

Le Kuala Lumpur, de verre et de béton

Petronas

 

Le béton moderne, rien de bien particulier à en dire, sinon que les architectes locaux, pour lesquels l’argent n’était visiblement pas un problème, ont fait de leur mieux pour éviter une trop grande stérilité. Ainsi, à côté des cours Petronas, il y a un joli jardin, dans lequel se trouvent des piscines publiques absolument délicieuses et dans lesquelles une multitude de gosses pataugent, surveillés par leurs parents. SwimmingpoolQuand on compare ces piscines à celles dans lesquelles les gosses Thaïlandais, Cambodgien, Birman et autres peuvent plonger, le choix est vite fait. A Bangkok, les enfants plongent dans le Chao Praya, limoneux en diable, qu’ils partagent avec les poissons-chats.

 

Bon, disons que si l’on peut trouver des poissons-chats dans le Chao Praya, c’est qu’il n’est pas empoisonné…

catfish 

 

 

 

 

 

 

L’horizon des gratte-ciels de Kuala Lumpur parvient, c’est quand même positif, à n’être pas oppressant. Il reste aéré.

 

 

 

KLskyline

 

KLmetroEntre les tours bien séparées, passe le métro aérien, conduit à distance, ce qui laisse imaginer aux petits enfants, qui prennent la place d’un conducteur inutile, qu’ils sont les capitaines du ciel.

 

 

Dans les tours Petronas, enfin, est logé l’opéra et la salle de concert du Philharmonique de Kuala Lumpur. KLphilarmonicL’orchestre n’est pas mauvais, ce qui est amusant, quand on songe à l’éloignement de la Malaisie, de toute source classique. La salle est, à chaque concert, bourrée.

 

Cette extraordinaire aliénation entre cultures, on la trouve souvent ici, où – miracle – quoique le pays soit à majorité musulmane, tout n’a pas été islamisé. Ainsi, la loi coranique ne s’applique qu’aux musulmans, et chaque communauté possède ses coutumes. Bien entendu, ça ne fait pas de particulièrement belles jambes à des musulmans qui souhaiteraient quitter la belle religion qu’est l’Islam RATP (Religion d'Amour, de Tolérance et de Paix), puisque l’apostasie est punissable de mort, mais ça permet à tous les non-musulmans de vivre leur vie familiale bien pépère.

 

L’une des choses qui peut faire sourire, c’est la différence de passeport, selon qu’on est musulman ou non. Les Malais musulmans, une fois qu’ils sont en age de demander un passeport, le reçoivent avec cinq pages d’identité – une page pour eux, et quatre pages pour les quatres épouses – alors qu’un autre Malais, qu’ils soit d’origine chinoise, malaise, océanienne, indonésienne, … n’a qu’une page d’identité dans son passeport : la page qui correspondra à son identité à lui. Quant aux épouses non musulmanes, elles ont droit à leur passeport à elles.

 

Les femmes musulmanes ne peuvent ainsi voyager qu’avec leur mari qui tient le document de voyage sous la main Photovacances(ça permet des chouettes photos de vacances), ou, exceptionnellement, sous surveillance masculine déterminée par le mari, si elles partent « seules » à l’étranger. Dans ce dernier cas, le mari complaisant ira demander un document de voyage à usage unique, sur lequel on a deux identités : celle de la femme autorisée expressément, par son mari, à voyager, et celle de son gardien. Ce dernier est, normalement, un membre de la famille du mari : le papa, l’oncle, que sais-je…

 

Une fois le voyage terminé, le document obsolète doit être rendu à l’imam de la mosquée, et Madame retourne ainsi au bercail.

 

L’apartheid entre communautés est moins sensible dans la capitale que dans la province. IslamueberallesAinsi, à Penang, on pouvait sentir la tension qui existe, volens nolens, entre hindoustanis, bouddhistes, sikhs et musulmans. Quant aux chrétiens, ils sont si peu nombreux ici qu’il n’est pas besoin d’y faire allusion. A Kuala Lumpur, cependant, dès qu’on est hors de l’enclos des grandes compagnies internationales, hors de l’enceinte de béton, l’ambiance provinciale revient et, avec elle, les ghettos.

 

Moi, je dors dans le ghetto chinois, dans le vieux centre, tout près de la gare routière aussi. Seuls les chinois ont « fait » dans l’hôtellerie relativement bon marché. restauLes musulmans « font » dans la restauration, quant à eux. Et, à dire en leur faveur, non seulement, quand on passe devant les restaurants, ça sent achtement bon, mais, de plus, quand on s’attable, c’est achtement bon.

 

Un seul problème, dans les restaurants musulmans : pas de bière. Aussi, le soir, j’alterne entre une soirée alcoolique, mangeant dans une cantine chinoise, et arrosant mon repas d’une Tiger de Singapour, et une soirée "sèche", mangeant dans un restaurant musulman, et arrosant alors mon repas d’eau pétillante.

 

Dans le ghetto chinois, je le disais, c’est marché tous les soirs, avec du faux, du toc et des copies. Les flics passent régulièrement, mais plutôt par désir de faire comme si. En réalité, la personne importante du marché, celui qui assure la sécurité, c’est le chef de la triade, de la mafia chinoise, un jeune gros qui passe, chaque soir, entouré de ses gardes du corps, pour parcourir les travées et garder l’ordre. Un quart d’heure avant son arrivée, des jeunes équipés de talkie walkie commencent à s’agiter, échangeant des messages, s’informant mutuellement du degré de rapprochement du Chef, j’imagine, et préparant le terrain et sa sécurité.

 

Deux Mercedes blindées qui précèdent, pour l’une, et suivent, pour l’autre un 4X4 lui-même Mercedes s’arrêtent pile à l’entrée du marché, à un endroit – toujours le même – où quelques un des sous fifres équipés de talkie walkie les attendaient. Le Chef sort, d’un bond, de sa voiture, une fois que la porte lui a été ouverte par son garde du corps qui a lui-même sauté de la voiture le premier et que les barbudos des deux autres voitures se sont égaillés en cercle, observant les alentours.  Il marche le long des étraves, accompagné par ses petits camarades, s’arrête à l’une ou l’autre échoppe pendant que ses gardes du corps vont aux nouvelles et reviennent pour chuchoter à l’oreille du chef tout ce qui va et ne va pas. Les problèmes sont réglés en un tournemain, le tour est vite fait. C’est impressionnant d’efficacité, je dois dire. Un commerçant refuse de payer son dû ? Qu’il s’agisse du racket à l’assurance, ou de celui de la location de sa place, une courte conversation entre le Chef et le réfractaire qui a peut-être un argument à faire valoir… Rien qui soit acceptable du point de vue du Chef ? Un geste de sa part et deux sbires magiquement apparus aux côtés du petit commerçant l’emportent en lui bloquant la bouche, pendant que deux autres, ou quatre, ou six, dépendant du volume des marchandises exposées, remettent tout en quelques balles et disparaissent tout aussi silencieusement. Le bonhomme disparu vient de perdre sa licence à jamais.

 

Les flics, bien évidemment, n’ont rien vu.

 

Mieux vaut faire comme si, moi-même, je n’avais rien vu non plus.

15:58 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : architecture, religion, cuisine |  Facebook |

17/12/2006

Le vieux Kuala Lumpur

Pour aller à Kuala Lumpur, de l’île de Penang, c’est toute une expédition. Il faut d’abord quitter l’île, avec le bac-coquille de noix, pour Butterworth, puis aller à la gare routière en minibus. A la gare, il y a diverses agences vendant des billets de bus pour Hat Yai, Bangkok, Kuala Lumpur et Singapour, ainsi que pour diverses destinations aux noms moins connus. basekpresIl y a un Bas Ekspres Grand Luks, ainsi qu’on l’écrit par ici, qui partira dans quelques minutes et, veine, il y a encore de la place. Nous sommes deux, qui avons quitté Penang pour aller à KL. Nous prenons nos billets et nous voilà dans un bus effectivement très chic, pour six bonnes heures de route. Nous devrions donc arriver vers quatre heures.

 

La route est belle. Bientôt, elle se transforme en véritable autoroute. Un arrêt pipi-cigarette, et nous redémarrons dans un monde de luxe, de confort et de volupté. La volupté, c’est l’hôtesse qui passe régulièrement pour vous offrir du thé, et la télé de bord qu’elle nous annonce, désolée, être en panne.

 

L’entrée à Kuala Lumpur, ça ne se passe pas comme ça : afin d’éviter une pollution atroce, la Malaisie, qui exporte du pétrole aux quatre coins du monde, utilise des filtres avant l’entrée en ville : un péage, dix kilomètres avant la ville, peut-être, qui fait aussi office de station de blocage pour les voitures non-autorisées en ville – sauf si le conducteur paie une somme effrayante pour obtenir le permis, pour une journée.

 

Passé la chicane, nous roulons, descendons les pentes sur lesquelles nous étions, vers la plaine où s’étale Kuala Lumpur, ce qui nous permet de voir le spectacle des gratte-ciels vers lesquels nous roulons, et arrivons bientôt au centre ville, après être passé devant le splendide bâtiment colonial de la court suprême de justice.

SC

 

En fait, une courte promenade en ville le montre vite : tout ce qui est beau est ancien, et singulièrement d’architecture coloniale dix-neuvièmiste. J’ai lu plus d’une fois les origines du musée de la Malaisie, celles de la court suprême, celles de tel ou tel bâtiment gouvernemental : j’oublie chaque fois qui les a fait. Mais jamais on oublie la splendeur du spectacle. Y a pas à dire, nos ancêtres savaient y faire.

 

MarketIl y a, aussi, un merveilleux marché en modern style, bâti dans les années trente, de toute évidence, et des maisonnettes qui rappellent celles de Georgetown, dans lesquelles, aujourd’hui, se sont réfugié les petits commerçants. Tout Chinatown y est installé, ainsi que les arabes. Le soir, il y a un marché qui déborde sur toutes les ruelles de Chinatown, où l’on vend tout ce que l’Asie du Sud Est compte de copies et de faux, pire encore qu’en Thaïlande, qu’au Cambodge ou qu’en Inde.

 

Le reste, c’est du béton moderne, ambitieux, prétentieux. Il y a, bien entendu, les fameuses tours Petronas, qui sont à ce jour les plus hautes structures du monde. Il y a d’autres bâtiments bêtes et hauts, usuellement ornés de drapeaux malais, vu que la fête nationale n’est pas loin, et que les Malais aiment visiblement bien célébrer l’existence de leur état, où l’impôt est léger et où les rats, comparés aux pays voisins (j’excepte Singapour, mais on en parlera plus tard), se cachent. Lors de mon dernier séjour, en une semaine, j’en ai vu un seul.

16:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, architecture |  Facebook |

15/12/2006

Le pays des lapins magiques

Quand on arrive à Georgetown, sur l’île de Penang, le minibus s’arrête sur Chulia Street – aussi appelée Julia Street. C’est la rue des routards – infiniment moins nombreux qu’en Thailande. J’aime bien l’appeler Julia Street ; ça me rappelle des choses.

 

Ayant quitté Butterworth par la voie maritime, on a pris un bac. Ici, ce sont d’adorables coquilles de noix, minuscules et toutes rondes, qui rappellent les bateaux de pèche que l’on voit sur les côtes du Kent – ou les bacs qui traversent la baie de Hong Kong. Ils font comme ils peuvent, sur le bon mille marin qui va de Butterworth à Penang, agités par un flot parfois difficile. On y met, tout au plus, une douzaine de véhicules, et une cinquantaine de passagers qui pâlissent au fur et à mesure du tangage.

 

Sur Julia Street, où l’on arrive sitôt débarqués, il y a une douzaine de petits hôtels, de guesthouses. Les propriétaires sont devant leur porte, sur la rue, à l’arrivée du minibus, et hèlent les passagers qui sortent hagards, après une huitaine d’heure de route et deux heures de passage de frontière, le regard ébloui. Mon hôtel habituel, c’est le Stardust Hotel, l’Hôtel de la poussière d’étoiles… C’est un joli nom. La propriétaire est une dame chinoise entre deux ages, qui aime les poissons de combat.

 

Il y en a un couple, soigneusement séparé, dans un énorme aquarium qui prend tout le mur du fond de la salle de bain. Entre eux, un mur de plastique amovible, le cas échéant, avec des trous qui permet la circulation de l’eau, mais pas aux deux poissons de remarquer qu’il y a, de l’autre côté du mur, un ennemi à tuer.

 

En effet, quand deux poissons de combat se rencontrent, ils se battent à mort.

 

Les combats de poisson (de coq, de taureaux, de chiens, …), c’est le seul vice officiellement autorisé en Malaisie, car ce sont deux communautés qui le partagent: les indous et les chinois. Pour le reste, une pancarte placée stratégiquement au côté de la porte du bureau des douanes, à la frontière, rappelle que la possession de matériel pornographique est punie de prison, et que celle de drogue est punie de mort. C’est la pendaison, ici, je crois.

 

Quand Madame la directrice du Stardust Hotel, sur Julia Street, me hêle, je prend un air faussement distrait, discute le prix sous le nez de ses concurrents qui pantèlent d’impatience et d’espoir d’entamer les négociations avec moi, demande à voir une chambre qu’après une fausse hésitation – et une diminution de quelques Ringgits du prix demandé, c’est l’habitude – je décide de prendre. J’y laisse tomber mon paquetage, me rafraîchis sommairement et démarre en ville à la recherche de mes cartes postales obligées.

 

La ville moderne est à deux pas, et c’est là qu’on y trouve … tout. C’est un immense quartier chinois, juxtaposé à un quartier indien et à un quartier musulman. On voit le pays riche, car tout y est propre – enfin, plus propre qu’en Thaïlande : le pétrole est une bénédiction. Les rats, omniprésents en Asie du Sud Est, sont rarissimes, en Malaisie. Les restaurants, les bureaux de voyage, les banques, les changeurs, les vendeurs de tout et de n’importe quoi, la poste et le quartier général de la police, tout ce qui compte se trouve dans la ville moderne, dans laquelle on peut même trouver un gratte-ciel ainsi qu’un parc avec – oh, miracle – des poubelles pour vos ordures. MageMon quartier à moi, plus ancien, est celui des géomanciens, des hôtels de routards et des temples. Des géomanciens… Cela indique bien qu’il s’agit d’un quartier chinois.

 

On peut aussi y trouver des marchands de textile bon marché, et des vendeurs de cartes postales : il ne me faudra donc pas aller bien loin avant de trouver mon bonheur.

 

Depuis toujours, dans chaque pays que je traverse, j’envoyais une carte postale à un correspondant. Longtemps, ça a été Antoine puis, quand il a disparu, il y a eu Marie. Maintenant qu’à son tour, elle a disparu, dans le but de limiter mes risques, j’ai plusieurs correspondantes : d‘abord, il y a Mlle Chipie.

 

Mlle Chipie est un lapin nain d’environs un kilog. ChipieC’est l’animal de compagnie d’un couple de mes connaissances, et le centre de leur foyer sis dans les Ardennes belges. Elle est sympathique, paresseuse et gourmande.

 

Trrrès gourmande.

 

Sa vie consiste à mendier de la nourriture, chaque fois que quelqu’un enfourne quelque chose en bouche, et à en voler, chaque fois que quelqu’un oublie une assiette quelque part – préférablement sur la table du salon, devant la téloche. Arrêtant alors de jouer à la misérable affamée, à la quête sur ses deux pattes de derrière, elle saute sur le sofa, puis du sofa sur la table du salon : elle y dévore les chips oubliés, ou l’assiette de steak-frites abandonnée un court instant, le temps d’aller se prendre un verre d’eau au réfrigérateur.

 

Pendant ce temps, le présentateur qui déballe son affaire sur l’écran, et qu’elle surveille d’un œil méfiant, tout en s’empiffrant, ne la dénonce pas – l’âne.

 

Vous revenez dans la pièce, tombez sur la lapine en plein repas, criez un CHIPIE ! retentissant, elle bondit de la table et va se cacher, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, sous un meuble. Son hypothèse est que, cinq minutes plus tard, on aura oublié le méfait, ou on le lui aura pardonné. Cinq minutes plus tard, donc, elle revient à vos pieds, quêter ce petit quelque chose dont elle a besoin, tant elle est affamée… Selon mes pronostics, elle mourra de cholestérite dans le courant de l’année 2007.

 

Quand on compare sa vie de coq en pâte à celle des courageux lapins que l’on voit en Turquie, dans le tiers-monde, elle devrait avoir honte. Là, les lapins doivent gagner leur vie à la sueur de leur front. J’en ai vu, ainsi, forcés de faire des tours des demi-journées entières, sur les rues d’Antioche.

 

LapinsmagiquesLeur maître vendait des billets de loterie, et avait créé un gimmick, un truc spécial, pour attirer le chaland : il avait placé deux lapins sur une petite estrade, devant les billets de loterie et, contre un petit supplément par rapport au prix du billet de loterie acheté par le client, il envoyait l’un de ses deux lapins magiques parmi les billets, pour aller dénicher l’un de ceux qui était, à coup sûr, gagnant.

 

On faisait presque la queue devant chez lui et ses lapins avaient du travail jusque par-dessus les oreilles.

 

Je disais que la vie de Chipie consistait à manger, à mendier et à voler. Bon, il faut dire qu’il lui arrive aussi de faire caca sous le canapé, ainsi que pipi sous le vaisselier. Le reste du temps, elle dort.

 

Dans cette même famille, il y a une petite fille qui s’appelle Vicky, qui a onze ans et qui aimerait, quand elle sera grande, devenir sumotori. Pour ce faire, il lui manque encore deux cent kilogs et un bon mètre de haut. Pour le volume manquant, elle a un truc.

 

Enfin, au cas où, toujours dans la même famille, j’envoie une carte aux deux grandes demi-sœurs, Héloise et Chloé, dont l’une deviendra infirmière, et l’autre esthéticienne. Pour l’infirmière, j’ai toujours dit qu’il fallait mieux être dans ses petits papiers. On ne sait jamais, des fois qu’un jour elle sera du bon côté de la seringue, et moi pas.

 

Pour l’esthéticienne, c’est moins mon truc mais, qui sait, je voudrai peut-être un jour être beau ?

 

Par ailleurs, il y a Pauline, dont le but unique, dans la vie, est de faire mettre ses parents en prison pour maltraitance, par des moyens que je ne détaillerai pas ici, afin de ne pas donner de mauvaises idées aux petites filles qui me lisent. Disons le ainsi, les CRS parisiens connaissent l’adresse des parents et l’assistante sociale leur rend visite avec une régularité qui m’inquiéterait si j’étais eux. Tout lui est pardonné, cependant, quand elle sourit.

 

Pour tous, je trouve donc mes cartes que je remplirai ce soir, à l’hôtel. Je passe ensuite à la poste pour obtenir les timbres nécessaires à l’envoi, puis abandonne mon butin à l’hôtel. Il est temps d’aller se promener un peu, à travers de vieux quartiers classés, je crois, au patrimoine mondial de l’UNESCO.

16:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

13/12/2006

Le cocktail de sang de serpent

C’est la fameuse histoire du mec qui ne se sentait pas tout à fait clair dans son cœur et dans sa tête, et qui avait son ange gardien à gauche, pendant que son diable gardien était à droite.

 

Le diable gardien lui disait « Henri » (il s’appelait Henri, le héros de l’histoire) « Henri, tu n’est pas le premier médecin qui couche avec une patiente, et tu ne seras certainement pas le dernier »… pendant que son ange gardien rétorquait, « Henri, souviens-toi quand même que tu es vétérinaire … ».

 

C’est un peu le sentiment que l’on a, quand on quitte Hat Yai.

 

Hat Yai est décrit comme le petit Paris de la Thailande. Quand on y arrive, on se rend vite compte qu’il n’y a pas de tour Eiffel, ni d’arc de triomphe, ni de Louvre, ni, finalement, rien de marquant sur le plan architectural, qui mettrait Hat Yai « sur la carte », comme on dit. Certes, on y trouvera de délicieux temples dans le style de Bangkok, un gigantesque Bouddah couché, et d’incontournables restaurants de serpents, typiques à la Thailande du Sud.

 

BistrotQuant à l’aspect parisien, c’est le suivant : en Malaisie, et à Singapour, tout ce qui est olé olé est puni d’une lourde amende ou d’une peine de prison. Du coup, tous les Malais et les Singapouriens qui veulent se changer les idées, si je puis dire, viennent à Hat Yai.

 

Hat Yai, c’est le petit Paris de petits Léopold II.

 

Si le centre est, quand même, très Thai, avec ses restaurants et ses échoppes, ses massages, ses coiffeurs, ses hôtels et ses banques, on se rend quand même vite compte que les salons de massage ne se limitent pas à proposer des massages traditionnels. Mesdames les masseuses sont vite à vous faire un sourire plus aguichant que de coutume, et à vous Hatyaisignaler qu’elles sont tout à fait prêtes à faire des massages dans votre chambre d’hôtel. Les salons de coiffure proposent des trucs qui ne sont pas sur la carte des salons de coiffure normaux. Il y a un nombre invraisemblable, dans le centre ville, de karaoke qui, le soir, ne ressemblent pas à des salons de karaokes tels qu’on les connaît ailleurs : devant ces salons de Hat Yai, il y a des douzaines de demoiselles en tenues légères et qui hèlent le chaland. Il y a, sur les marchés, des stands proposant des films avec des acteurs faisant des trucs et des machins. Il y a, en grand nombre, des « clubs » nocturnes avec des affiches promettant des spectacles qui rappellent Pat Pong.

 

Bref, comme le dirait Mlle Julia : c’est louche.

 

Je dirais même plus : c’est écoeurant.

 

Si la prostitution, dans le Sud Est Asiatique, est un fait de société ; si, quand on y pense, de grandes jeunes filles de vingt ans passés savent après tout ce qu’elles font de leur corps, et sont majeures et responsables, cette ville presqu’entièrement tournée vers le stupre, c’est trop. Le sourire naturel aux Thaïlandais, ici, on le suppose toujours commercial – et pour quel commerce. Trop, c’est trop. La Thaïlande, land of smile, le pays du sourire, devient le pays de la fesse. La situation est encore pire à la frontière où, du côté Thaïlandais, s’est créé une bourgade anonyme, mais destinée exclusivement aux plaisirs de la chair des touristes Singapouriens et Malais. Pas une bâtisse, là, qui ne soit pas un lieu de plaisir, de stupre et de luxure et quand on roule en minibus, vers la frontière, où que l’œil tourne, c’est pour noter des annonces offrant des soapy massages (en d’autres mots, des massages cochons), des karaokes, qui n’ont rien à voir avec les karaokes traditionnels à l’Asie du Sud Est, des filles, des filles, des filles… Déjà à Hat Yai, on est souvent accostés par l’un ou l’autre bonhomme particulièrement amical, pour se voir proposer des filles et, si on a pas l’air chaud, de jeunes, de très jeunes filles. Prêt à changer son fusil d’épaule, le rabatteur, si vous continuez à l’ignorer, vous soufflera qu’il a aussi des jeunes garçons en stock.

 

SnakehouseLes restaurants de serpent – c’est la spécialité locale – sont eux même entourés d’établissements fermés sur le temps de midi, mais qui ouvrent bien avant la fin de la journée, alors que l’on sort à peine du restaurant: ce sont des bordels.

 

Les restaurants de serpents, donc… On y trouve deux types de propositions dans ces endroits. Vous pouvez y prendre soit une sorte de cocktail, fait de sang de serpent mélangé à de l’eau de vie – et c’est pour le power – soit une soupe de légumes assaisonnée de tronçons de serpents saignés à blanc, et c’est bon pour la santé.

Snake

 

Le power, c’est, bien évidemment, l’énergie sexuelle. Selon la tradition, le mélange de sang de serpent avec de l’eau de vie a un effet canon sur l’érection. Et, au plus le serpent est venimeux (et donc cher), au plus son sang est efficace. On peut avoir un cocktail pour un prix bien démocratique d’une centaine de Bahts, et ça peut monter jusqu’à mille Bahts. Avec ce dernier cocktail, je suppose qu’on est atteint de priapisme des mois durant.

 

C’est du moins l’effet espéré.

 

Du côté de la soupe, ce sont tous les légumes de saison, assaisonnés de gingembre et, donc, de quelques tronçons de serpents préalablement saignés pour les cocktails. Un serpent, il semble que ce soit fait pour moitié de peau, épaisse et grumeleuse, collant à la chair, et pour presque moitié d’arêtes minuscules et habilement glissées dans la chair pire qu’une truite. Le calcul est fait : il ne reste quasiment rien à grignoter entre peau et arêtes.

 

Cela dit, la soupe est délicieuse. On chipote un peu sur les tronçons de serpent, grattant un tantinet de chair, et on paie son dû, une fois le repas expédié, en félicitant le cuistot. Ensuite, on s’échappe du quartier entre les filles qui, déjà assises devant la porte des établissements de nuit, vous hèlent et vous proposent des délices extra-serpentines pour que vous puissiez vérifier la qualité du cocktail que vous venez, sans nul doute, d’ingurgiter.

 

Une fois la soupe de serpent – ou le cocktail de sang de serpent, donc – avalée, il est temps de quitter Hat Yai. On peut partir à Song Khla, en pleine guerre civile musulmane, ou traverser les territoires du Sud, dans un microbus qui trotte, jusqu’à la frontière malaise, puis jusqu’à Penang, ou jusqu’à Kuala Lumpur. C’est la solution malaise que j’ai choisie.

08:32 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuisine, animaux |  Facebook |

12/12/2006

Les naufragés Saoudiens

Certaines des îles sont amusantes, quand elles se rejoignent avec la marée descendante, alors qu’elles étaient séparées l’une de l’autre, par marée haute. C’est le spectacle que les guides essaient usuellement de proposer à leurs ouailles qui, une fois le pique nique terminé, n’auraient rien de bien intéressant à faire, sinon traîner sur la plage. Or, l’idée du guide est d’avoir une bonne heure pour respirer tranquille avec ses petits camarades.

 

Mais dès que le sable se dégage d’une île à l’autre, tout le monde se sent l’envie d’aller à pied, se promener jusqu’à la prochaine île. La magie du Mont Saint Michel, je suppose.

 

Pris par l’habitude, on veut croire, parfois, que le sable est à peine caché sous l’eau, et que deux îles sont joignables quand elles ne le sont pas. C’est ainsi que, à l’occasion d’une de ces excursions, un couple de Saudis, de Saoudiens, en d'autres mots, fraîchement mariés et venus ici pour leur voyage de noces, partent à l’aventure jusqu’aux rochers prochains, à deux pas de l’île sur laquelle nous terminons de déjeuner. Prudents cependant, ils partent à l’aventure après avoir chacun revêtu une veste de sauvetage. En Arabie Saoudite, les bons nageurs sont rares.

 

Oh surprise.

 

Madame s’est choisie un mari moderne – ou obligé de l’être : elle est fièrement revêtue d’un maillot de bain, qui la ferait lapider vite fait sur le gaz en Arabie Saoudite, et bavarde avec tout le monde, hommes et femmes, dans un anglais rocailleux. Monsieur est un petit maigrichon encore amoureux, morose et poilu, qui commence à comprendre enfin, trop tard, que le mariage n’est pas un chemin couvert de pétales de roses et que le futur lui promet bien des désillusions. De toute évidence, sa jeune épouse a pris les rênes du carrosse et il n’a rien à dire.

 

Evidemment, de retour en Arabie Saoudite, ce sera peut-être une autre paire de manches. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à ce garçon, nous, les hommes.

 

En attendant, les voilà donc partis, veste de sauvetage sur le dos, jusqu’aux prochains rochers, sauf qu’entre ces derniers et la plage de l’île sur laquelle nous déjeunons, il y a encore un peu d’eau – trois fois rien. Ce trois fois rien nous fait une plage de sable fin, qui laisse place à l’eau, et qui continue à descendre petit à petit, jusqu’au moment où nos deux nageurs olympiques doivent commencer à barboter et sont promptement entraînés par le courant, sans rien pouvoir y faire.

 

Le temps que nous notions l’éloignement du jeune couple, que nous comprenions la situation, que nous expliquions l’affaire à notre guide, que le guide – qui ne se frappe pas trop, vu qu’ils ont une veste qui leur permet de flotter – décide de rappeler tout le monde pour aller rechercher ses deux passagers, tout en continuant notre périple d’île en île, les naufragés ne sont plus que deux têtes d’aiguilles à l’horizon.

 

On les repêche bientôt, Monsieur tremblant d’angoisse rétrospective, quand nous nous faisons un malin plaisir de lui faire croire qu’il se dirigeait droit vers un endroit où il y a des requins ; Madame, un instant silencieuse, mais reprenant vite du poil de la bête, ainsi que sa langue, et recommençant à pépier joyeusement avec tout le monde sur le long tail.

 

Il est cependant notable que, lors des arrêts suivants, ni lui, ni elle ne plongeront.

 

C’est, heureusement pour eux, une excursion un peu plus courte que d’autres, et nous rentrons à Krabi, alors qu’il est, tout au plus, trois heures. C’était ma dernière journée à Krabi : hier, en même temps que mon billet d’excursion marine, j’ai réservé un billet pour Hat Yai, le hub incontournable pour aller en Malaisie. J’y passerai probablement la nuit, visiterai ce qui mérite de l’être, irai me prendre une soupe de serpent – la oh combien fameuse soupe de serpent de Hat Yai - et démarrerai le jour suivant pour Kuala Lumpur.

 

Retour à mon hôtel, en attendant, et douche. En sortant, alors que je vais au cybercafé du coin, je tombe sur la sortie des classes.

 

kids1Des maternelles, ou des primaires, je suppose. Indépendamment du sexe, chaque classe se retrouve avec une couleur : rose layette, jaune canari, bleu layette encore… Au moins, ça rend les gosses repérables et ils n’ont pas l’air particulièrement traumatisés par la violence de la couleur qu’ils doivent porter.

 

09:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/12/2006

Les copains d'Oscar, le gentil poisson jaune

Or donc, me voici à Krabi. Le bus s’est arrêté d’abord, avant la ville – enfin, ce qu’il est convenu d’appeler la ville de Krabi, et qu’on appellerait une tranquille bourgade – au port de plaisance, qui fait aussi office de port maritime et à partir duquel tous les ceusses qui veulent aller aux îles s’embarquent dans l’un ou l’autre bateau. De Krabi, du port de Krabi, on part aux îles de Koh Phi Phi, ou de Koh Samui, principalement. Ce sont les deux îles à touristes, charmantes mais déjà bien peuplées, et entièrement remises en ordre de marche depuis le Tsunami de fameuse mémoire.

 

Exit ma voisine Italienne et les trois quarts des passagers du bus. Exit tout le monde, finalement, car nous devons attendre un minibus pour transporter les reliquats de la partie. Après une bonne demie heure d’attente, un minibus délabré arrive en effet ; on s’empile dedans, après avoir fait un geste vague d’adieu dans la direction du groupe de Koh Samui et de celui de Koh Phi Phi, et vogue le minibus. La route est dans un état presque parfait, encadrée de monticules droits qui rappellent que jusqu’il n’y a guère – disons, vingt millions d’années ? – la région était particulièrement soumise aux secousses sismiques les plus violentes. Si le spectacle terrestre peut sembler étonnant, il faut alors avoir vu celui de la mer.

 

La mer, c’est précisément la raison pour laquelle on vient à Krabi : d’un côté, la bourgade assoupie dont les quelques feux de signalisation sont encadrés d’énormes gorilles destinés, je suppose, à faire peur aux conducteurs peu prudents ; de l’autre, les îles. Ilots1Arrivé au bout du trajet, à cinquante mètres du port des long tails, à tout casser, il y a une tripotée de guesthouses dont celle qui me convient, où les chambres sont parfaites, où le petit déjeuner est excellent. Chaque soir, quand je suis rentré de l’une ou l’autre excursion maritime, je prends une douche et, d’un pas de sénateur, je suis en cinq minutes, tout au plus, au marché de nuit, où l’on peut dévorer des plats délicieux. Chaque matin, je me lève dès potron-minet, ayant réservé la veille une excursion pour la journée : une fois les cinq îles de l’Est, une autre fois les sept îles du Sud, etc… Ainsi que je le disais, Krabi est une petite bourgade assoupie. Elle n’a, finalement, que ses îles à offrir.

 

Pourquoi ne pas aller y loger, alors, et ne pas s’installer aux fameuses Koh Phi Phi et autres ? Il se trouve simplement qu’il est plus agréable, à mon goùt, d’être sur le continent et d’avoir autre chose à faire, le soir, que les sempiternelles soirées au bistrot, entre touristes. Ici, on a les restaurants aussi bien que le marché de nuit, et des bistrots, c’est vrai. Mais on a aussi des activités plus variées : il y a des temples à visiter, par exemple, le massage du soir dans une officine bien locale, ce qui change par rapport aux produits faits pour les touristes, et la consultation de l’internet, encore difficile sur les îles.

 

Et puis, si l’on veut vraiment s’étaler sur une plage, il y a toujours la possibilité, au port, d’affréter, à quelques uns, un long tail, afin d’aller occuper une plage déserte pour la journée. Krabi2J’ai fait ça, deux fois, avec des compagnes de rencontre, mais on s’ennuie vite, sur les plages où il n’y a pas grand-chose à faire : on nageait pour se rafraîchir, on se grillait solidement les pieds sur le sable et on devait se réfugier sous un bouquet d’arbres. Remettant nos chaussures, on essayait de faire le tour de notre domaine de la journée, mais étions vite bloqués par l’un ou l’autre amoncellement de buissons aux feuilles piquantes. On revenait sur la plage dont nous avions déjà fait dix fois le tour, et admirions encore et toujours le paysage puis, enfin, la belle acceptait la défaite et proposait de revenir au port. Rentré à l’hôtel, après la douche, on pouvait finalement passer aux choses sérieuses.

 

Aujourd’hui, si une fille me proposait d’aller faire un tour romantique sur une plage rien que pour nous, au risque de perdre les délices nocturnes dont un garçon rêve toujours, et qu’apporte usuellement la complaisance du séjour sur la plage romantique, je refuserais tout unîment. En bref : les plages, c’est bien joli, mais passé cinq minutes, ça devient pénible.

 

Il est huit heures quand un minibus, ou un pick up, vient prendre les plaisanciers qui ont réservé tel voyage, et l’on est conduit à Krabi-Plage. Oui, cet endroit, inexistant il y a dix ans, croit et embellit depuis le Tsunami. Je l’ai connu juste avant : c’était quelques paillotes et un ou deux guesthouse, au bout d’une route de terre. Ce sera bientôt Torremolinos – ou, pour faire plus couleur locale, Phuket.

 

On en est – les dieux en soient remerciés – pas encore là. Imaginez cependant, le long d’une plage étroite à l’eau cristalline, une quarantaine de maisonnettes de bois, faisant offices de bureaux de tourisme, et de magasins de produits destinés à la natation, à la plongée sous-marine et aux nombreux verres nécessaires pour se remettre de toutes ses émotions le soir venu. L’ébauche de deux ou trois rues sur lesquelles des bâtisses de deux ou trois étages commencent à pousser, annoncent que la plage se prépare au succès de foule, prochainement, ce qui se note par la route d’arrivée, route maintenant macadamisée, devenue rue populeuse et densément bâtie, longée maintenant, de guesthouses, de 7/11, de quelques boites de nuit et de bistrots, de tout ce qui permet des vacances à des routards qui veulent bien voyager, mais qui aiment aussi se retrouver ensemble et retrouver, partout dans le monde, la même bière, le même ouisequi, le même gin, les même tubes planétaires, la même Starac.

 

Le dépaysement, certes, mais point trop n’en faut.

 

Je rencontrerai même un jour, à Bombay, des routards disputant les avantages comparés des McDonalds de chez eux, et de ceux que l’on trouve en Inde.

 

Or donc, devant les paillotes qui font le cœur de la … digue ? Hmmm, oui, disons « digue », il y a une dizaine de mètres de plage de sable blanc, qui descend abruptement jusqu’à l’eau, sur laquelle se balancent des long tails. Les passagers se rassemblent selon leur voyage du jour sous la houlette d’un guide. Sous un ciel invariablement bleu au petit matin (les choses changent parfois assez bien pendant la journée…) et sous un soleil déjà de plomb à neuf heures, Krabi3nous allons à notre long tail tiré jusqu’à la plage et embarquons vers notre sort. Le moteur du long tail rugit comme celui d’un avion de chasse des temps anciens, et nous voilà partis vers la première île.

 

Le but de la promenade est de nous faire voir des îles aux formes étonnantes, de nous arrêter dans des baies bien connues de notre batelier, et où on aura des poissons de modèles variés, en quantités phénoménales.

 

Vu que je n’ai pas d’appareil fait pour la photo sous-marine, rien ne peut être montré ici ; mais disons le en quelques mots : c’est presque aussi bien que la Mer Rouge.

 

Pour ceux qui n’ont pas été en Jordanie, en Israël ou en Egypte, à fouiner à travers les coraux, à deux ou trois mètres de profondeur, tout au plus, il faut savoir que la Mer Rouge est sans le moindre doute le paradis du poisson exotique. Il n’est pas un instant qu’on ne soit en face de bancs de poissons roses, bleus, rouges ou multicolores. Alors qu’on voit arriver devant soi des myriades de poissons, et qu’on ne peut imaginer ne pas les toucher, ils parviennent à vous croiser sans même vous frôler. Dans un silence miraculeux, où vous n’entendez que le bruit de votre respiration et celui de votre cœur qui bat, vous admirez le spectacle d’un trafic anarchique et coloré. Chaque poisson va son chemin, parfois dans un banc qu’on prend pour un véritable nuage, parfois seul. Vous tendez la main vers l’un d’entre ces poissons qui semble vouloir vous toucher ; il est toujours quelques centimètres plus loin – sauf, bien entendu, si sa peau est tellement venimeuse qu’il prend plaisir à se laisser toucher… Mais ces derniers poissons – les venimeux, je veux dire – on les reconnaît sans peine, et on sait vite ceux qu’il ne faut pas toucher, même s’ils semblent s’offrir à la caresse : tous les poissons ne sont pas des Oscar.

 

Le golfe du Siam, c’est donc presque aussi bien que la Mer Rouge: un peu moins de variété, sans doute et, sans doute aussi, un nombre moindre de poissons. Gros avantages par rapport à la Jordanie, l’Egypte ou Israël : il n’y a pas de chameaux qui se baignent au bord de la plage, la polluant pour la journée; il n’y a pas de missiles qui volent ici et là, faisant des trous dans les maisons et, singulièrement, dans le mur de votre chambre d’hôtel ; il n’y a (presque) pas d’attentats suicides ; les filles sont jolies et les poissons sont suffisamment comestibles pour qu’on puisse les retrouver, suffoquant, sur le marché de nuit, prêts à être choisis et mangés par vous, par moi, par nous.

 

Quoiqu’il en soit, la randonnée maritime, à la rencontre des petits camarades d’Oscar, c’est amusant. Il faut faire attention, au bout d’une plongée déjà, à retourner à l’eau avec un t-shirt. Sinon, on est grillé vif. L’eau est fraîche et trompeuse. La première sortie a duré pas loin d’une heure, et je vois deux ou trois personnes qui remontent dans notre long tail avec des rougeurs suspectes sur les épaules, le dos, le derrière des cuisses et les mollets… Ils replongeront sans protections à plusieurs reprises, avant que l’aspect fluorescent de leur dos entraîne de justes inquiétudes de leur part. Trop tard pour réagir, mais les hurlements de douleur, usuellement avec l’accent hollandais, c’est pour cette nuit.

 

Nous allons ainsi, d’excursion en excursion, de réserves de poissons en réserves de poissons, eux, prudemment en profondeur et nous à la surface, d’île en île. Nous déjeunerons sur l’une d’entre elle, alors que la marée descend.

Ilots2

 

 

14:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/12/2006

Oscar, le gentil poisson rouge - non, jaune!

J’ai oublié de parler de mon passage à la maison de Jim Thompson : cachée dans un petit soi, à deux pas de Sukhumvit  Road, elle est ravissante. Pour mémoire, Jim Thompson est un ancien de l’OSS, qui s’était installé juste après la deuxième guerre mondiale en Thailande. Officiellement, il était là pour aider le pays à se remettre, en tant qu’expert agricole, ou une ânerie du genre, après la guerre. En réalité, pour aller visiter les provinces un peu éloignées de la capitale, là où il aurait pu y avoir des terroristes communistes. Au passage, il avait été mis en contact avec les splendeurs de l’artisanat local et en était tombé amoureux. Il avait bientôt démissionné de l’organisation – devenue la CIA – et s’était lancé dans la renaissance de l’industrie de la soie. Il en avait profité pour se loger – très bien – à Bangkok, dans une huitaine de maisons qu’il avait acheté à Ayuttaya et fait démonter, puis remonter à Bangkok, tout près d’un klong. JT2Sa gentilhommière, entourée de jardins somptueux et d’un mur élevé, est le rêve de tous les pillards sans foi ni loi que la France aurait pu avoir comme ministre de la culture – ou comme président, si on y pense… Elle est faite, donc, de huit maisons serrées les unes contre les autres, avec des petites cours, des buissons fleuris, des pièces d’eau dans lesquelles nagent des poissons de tailles variées. Cela va d’une gigantesque raie dont le diamètre doit bien dépasser le mètre cinquante, au petit Oscar, poisson rouge (enfin, jaune) de vingt bons centimètres qui vient à la surface de son aquarium – en fait, un gros pot de grès – quand on l’appelle en faisant clapoter l’eau. Il demande des doudouces et, après les avoir reçues, il se renfonce dans l’eau. Gentil Oscar…

 

Oscar

Alors que, dans les pièces d’eau, nagent des Oscar et d’autres animaux moins affectueux, sur les même pièces d’eau, flottent de splendides lotus, en hommage à Bouddha et en hommage à la beauté, tout simplement.

 JT1

Les maisons, dans lesquelles on ne peut pas prendre de photo, sont meublées de manière bien éclectique, mais avec, comme de juste, une tendance asiatique prononcée. Une splendeur, tout simplement.

 

C’est un paradis, au milieu de Bangkok, et on y passerait bien sa journée, mais j’avais d’autres rendez-vous. J’y retournerai, c’est évident. Et puis, près de la maison de Jim Thompson, il y a Lumpini Park, avec ses gyms champêtres ; il y a quelques paradis du shopping asiatique ; il y a des petits temples cachés au milieu du béton. Ce quartier, devenu un quartier d’affaires, a un passé architectural qui mérite le détour, une promenade paresseuse et sans but.

20:54 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, decoration d interieur |  Facebook |

01/12/2006

Les tronçons de banane

Sur la route, je sors de mon baluchon un masque de sommeil. Le bus est plein ; il est dix huit heures à peine passées ; nous venons de quitter Kaoh San, roulons doucement en ville, à quatre voitures de front et notre prochain arrêt sera vers minuit, à l’un ou l’autre restauroute comme les Thaïs aiment les organiser : un hangar haut sur pattes, avec une petite douzaine de popotes proposant chacune son plat : des marchés de nuit le long du chemin…

 

J’ai le temps de dormir un peu.

 

Le bus est confortable et ronronne. Il est plein aussi. J’ai – l’expérience aidant – bondi sur une place du premier rang, qui me permet d’étaler mes jambes, alors que les autres rangées peuvent être un peu plus serrées. Qui plus est, premier rentré, j’ai pris une place à la fenêtre. Pour qui n’a pas de masque de nuit, oui, ça peut être agaçant d’avoir les lumières dans les yeux, quand la nuit tombe. Mais avec un masque, tout va bien.

 

A côté de moi, une Italienne qui s’apprêtait à bavarder jusqu’à plus faim, jusqu’au moment où elle m’a vu sortir mon masque. Silence que je soupçonne interloqué et boudeur. Entre le moment où elle s’est assise et maintenant, je savais déjà son nom, son age, son origine et son itinéraire, son boulot et sa couleur préférée. Sarah, qu’elle s’appelle. Heureusement, nous n’allons pas au même endroit : elle va sur les îles, quand je m’arrête à Krabi. Quoiqu’on ira ensemble presque jusqu’au terminus… Bon, elle aura le temps de se remettre de mon manque d’intérêt.

 

La nuit précédente a été courte. Parti en fin de soirée à Pat Pong, après un délicieux repas pris à Chinatown, Piggiesje me suis finalement retrouvé, non pas à Pat Pong mais à Nana Plaza. C’est du pareil au même, mais ça arrangeait mon conducteur de tuk tuk, qui recevait manifestement des sous de telle boite, s’il y conduisait un chaland. Alors, Snow White ou un autre… A Snow White, comme partout ailleurs, un spectacle de danse où les danseuses sont habillées léger, suivi d’une série de numéros de stripteaseuses qui font ensuite des tours rigolos, avec leur entrecuisse et des contractions du périnée. La première fumait : ayant allumé une cigarette, elle se l’était introduite dans … euh… enfin, dans , et montrait complaisamment l’embout rougeoyant de la cigarette, qui rougeoyait encore et davantage, de temps à autre, quand Mlle prenait une forte inspiration. Sauf que ce n’étaient pas ses poumons qui inspiraient. Elle finira avec un cancer de l’utérus, celle-là.

 

Sa camarade suivante, alors que je sirotais tranquillement ma bière, mélangé aux touristes qui regardaient la scène d’un air effaré, visait le public avec des balles de ping-pong, qu’elle avait introduites au préalable dans l’endroit idoine. Ensuite, en se contorsionnant un peu, elle mettait son bassin en avant et tirait sur l’un, puis sur l’autre, avec les balles qui rebondissaient sur les tables. La dernière, après avoir touché un anglais droit sur le crâne,  avait manqué ma bière de peu. Tant mieux.

 

La troisième, enfin, s’était enfilée une banane qu’elle avait ressortie, tranche par tranche, ou plutôt, tronçon par tronçon, prouvant la qualité irréprochable de ses muscles vaginaux, sur une assiette qui avait été ensuite envoyée par le patron à travers la salle, de table en table.

 

Je ne suis pas certain que beaucoup de spectateurs s’étaient servis, mais qui sait. Moi, pas, en tout cas.

 

Ensuite, le spectacle étant terminé, les demoiselles se répandant dans la salle, j’avais pris ma dernière bière et avait offert à la lanceuse de balles de ping-pong un ladies drink qui lui avait fait espérer, à tort, une finale à mon hôtel - contre monnaie sonnante et trébuchante, oeuf corse. Le verre fini, je l’avais quittée avec d’abondantes félicitations pour ses qualités artistiques et avais repris un tuk tuk pour aller dormir. Il était quand même près d’une heure du matin, et il faut une bonne petite heure pour aller de Nana Plaza à Kaoh San.

 

La nuit un peu vaseuse, après trois bières, le réveil à l’heure habituelle, dans la chaleur poisseuse du petit matin, que le ventilateur ne parvient pas vraiment à rafraîchir, et les premiers tuk tuk qui passent en faisant leur habituel bruit de quadriréacteurs soviétiques décollant à pleine charge. Douche froide, petit déjeuner, passage rapide à l’ambassade, pour savoir quelles sont, du point de vue officiel non local, à quoi ressemble l’ambiance dans le sud. Depuis une bonne année, la guérilla musulmane se réorganise et s’excite dans les provinces qui bordent la frontière avec la Malaisie, et mieux vaut savoir où l’on met les pieds. La prudence est la mère de la sûreté et aller, par exemple, à Songkhla est sans risque, si on sait quel est le risque.

 

A en croire le conseiller qui me reçoit, c’est affreusement dangereux, pire que l’Irak. Après cinq minutes, on descend dans la gradation de l’horreur, et je dois simplement éviter ceci, et cela, et encore cela – mais finalement, assez peu de choses.

 

Un homme prévenu en valant deux, je sors de l’ambassade l’âme en paix. Le factionnaire qui poireaute devant la grille me fait un salut militaire, auquel je réponds avec le sourire. Je reprends mon chemin, et me précipite dans le métro puis, arrivé au Chao Praya, sur le fleuve que je descend à l’aventure, vers des coins que je ne connais pas.

 

Et puis, sur le Chao Praya, il fait légèrement plus frais.

 

De retour à l’hôtel, après m’être offert un bon massage, je prends mon bagage et vais au terminal de bus, bien en avance. Et donc mon Italienne…

 

Nous sortons bientôt de la ville, sur l’infinie autoroute qui enfin se divise, et nous obliquons vers le Sud. Il commence à faire noir, et on voit passer, sur le bord de la route, les marchés de nuit, des restaurants, des karaokés – les Thaïs sont très sorteurs – et des épiceries encore ouvertes. Je ne parle pas ici des Seven Eleven. C’est alors que n’écoutant ma voisine que d’une oreille distraite, je sors mon masque et me prépare à le placer sur mes yeux : un sourire aimable à ma voisine qui me regarde, surprise, je me retourne et me prépare à sommeiller, bercé par le ronronnement du moteur. Heureusement, à la différence des bus VIP indiens, on a que très occasionnellement des films dans les bus, en Thaïlande. Pour ce bus, principalement affrété pour des touristes occidentaux, le propriétaire sait que nous ne souhaitons pas vraiment voir une histoire abracadabrantesque de gamines hurleuses mélangées à des déesses jalouses, et on nous a donc laissé en paix. Tant mieux. Prochain réveil, vers minuit. KrabiCe sera ensuite, vers les huit heures du matin, l’arrivée au port de Krabi, pour ceux qui vont sur les îles, puis à Krabi ville, pour ceux, dont moi, qui vont sur la plage, sur laquelle on va en bateau "long tail", pour une modeste obole.

 

 

 

 

BatoooLa plage n’empêche d’ailleurs pas les îles. Ni un charmant port de pèche au milieu duquel des bateaux mal rescapés du dernier tsunami terminent de pourrir, offrant un spectacle charmant aux touristes qui oublient ce qui se trouve derrière les épaves.

22:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : petits plats locaux, spectacles |  Facebook |

30/11/2006

Pat Pong et ses cabarets, aux danseuses légèrement vêtues

En attendant, nous sommes bientôt le soir et plutôt que d’aller sur le sempiternel Kaoh San, je me décide, une fois mon billet de bus acheté, à aller à Pat Pong. S’encanailler de temps à autre, pourquoi pas.

 

Pat Pong est la rue aux spectacles, dans le quartier de Sukuhmvit. Il y a des "cabarets" à touristes, dans lesquels des dames, qui ne le sont pas toujours, dansent, dans des tenues plus ou moins affriolantes, quand pas franchement olé olé.

 

Mieux vaut y aller avec une copine, sinon, après leur numéro, les demoiselles, ou les katoeys vous sautent dessus et c’est toute une affaire de s’en dépêtrer. Pour le dire en court, la salle de spectacle se transforme en bar à entraîneuses.

 

Par contre, si vous y êtes avec votre petite amie, ou une amie complaisante, les demoiselles vous fichent la paix.

 

C'est amusant de voir rentrer, en groupes timides, de lourdeaux touristes teutons, en culotte de peau brodée d'edelweiss, avec un chapeau vert orné d'une plume, des chaussures de marches et des chaussettes de laine, un alpenstock à la main.

 

Ils rentrent en regardant avec inquiétude par-dessus leur épaule, des fois que Madame, à qui ils ont dit qu’ils allaient à l’église, les aurait suivis, pleine de soupçons. Une fois dans la salle, ils boivent de la bière au litre en se balançant en groupe, au rythme de la musique, poussant des yodels enthousiastes qui font tout à fait couleur locale, au fur et à mesure de leur consommation de boissons alcoolisées.

 

Mais comme la musique qui accompagne les prestations des danseuses va beaucoup plus vite que l'usuel Umpapah Musik des Brauhaus du pays natal, ça fait tomber leur chapeau - surtout après quelques bières quand, en plus, ils ont une demoiselle assise sur chacun de leurs gras jambonneaux.

 

Nous, planqués derrière notre verre, on ricane au spectacle.

 

Cependant, ce soir, je suis seul - donc menacé des pires agaceries de la part du personnel des cabarets de Pat Pong, si j’y mets les pieds. Mais bon, d’ici mon départ pour Sukuhmvit, j’aurai bien rencontré un copain ou un autre. Allons toujours prendre notre verre près de Kaoh San. Aussitôt dit, aussitôt fait. Je descend de ma chambre, dépose ma clé à la réception et file, dans la chaleur moite de la ville, vers Indochina. Là, personne de connaissance, sinon la gentille serveuse qui me fait un sourire tire-lire, et répond à mon the usual en déposant une Singha glacée devant moi. Pendant que je la savoure, arrive le patron auquel je demande s’il a vu mes petits camarades : non, rien.

 

Bon, j’irai donc seul à Pat Pong.

19:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/11/2006

Arrivée à Bangkok, une fois encore

Arrivée à l’hôtel, non sans avoir, d’abord, re-rempli le réservoir d’essence. Douche, passage, en sortant, chez ma masseuse de la dernière fois, qui me « fait » les jambes, sortie au marché du dimanche et bon petit repas, avec chanteur entouré de danseuses, dans un mélange parfaitement kitch de Claude François et de Claudettes Khmères tressautantes, mélangeant le style asiatique charmant, et le style occidental qui en devient drôle. Je rentre tranquillement, en passant dans la grande allée des échoppes où chaque vendeur crie les qualités de ses produits, aidé d’un amplificateur assourdissant et où les cuistots s’affairent, silencieux, pendant qu’une petite file de client attend patiemment son plat.

 

Comme tout va bien, après mon périple de la journée, et que je ne ressens aucune crispation inquiétante dans la tuyauterie, rapport à mon verre bu dans les rizières, je décide d’y aller demain. Je paie mon dû à la patronne, y compris le petit déjeuner de demain matin, m’arrange pour savoir à quelle heure je peux avoir un bon bus pour Bangkok (le trajet dure pas loin de 8 heures, donc j’aime autant avoir un bus confortable), et à quel prix. Tout cela mis en ordre, je vais dans ma chambre où je tripote un peu ma valoche, tout en écoutant un peu de Bach. Ca doit déprimer solidement les gekkos, vu que, quand je rentre dans la salle de douche, après quelques temps, je tombe sur le cadavre d’un de mes protecteurs. Mais celui là, depuis le début de mon séjour, j’avais des inquiétudes pour lui, vu qu’il avait un œil gonflé et qu’il bougeait peu. Je le prends délicatement par la queue, entre le pouce et l’index, et le jette dans le jardin qui entoure ma hutte. En rentrant, je stoppe ma Passion selon Saint Matthieu, et je la remplace par du Mylène Farmer. C’est moins risqué. Et puis, c’est simplement mélancolique – à la portée de la famille éplorée du gekko décédé.

 

Les Hollandais d’hier sont partis. Je dormirai bien.

 

Le fichier Mylène étant épuisé, j’arrête mon ordi, ferme mon livre, éteins la lumière : dodo, sur mon petit lit au matelas bien dur, sous un ventilateur ronflant, dont j’ai bloqué le va et viens, le dirigeant exclusivement sur mon coin de chambre. Je me demande en quoi sont faits ces matelas, qui me permettent de ne pas transpirer à flots, pendant la nuit, alors que la température ne baisse pas. J’ai un jour soulevé le drap et on croirait que la surface est de plastique, ce qui est inconcevable.

 

En tout cas, hors le babil de deux messieurs qui passent, alors que j’ai commencé à m’endormir, et que je suppose danois, vu qu’on croirait entendre des baillements de chien épuisé, le silence sera royal cette nuit.

 

C’est mon petit réveil qui sonne et me fais ouvrir l’œil. Il est sept heures et j’aurais bien dormi encore une heure… hop, sous la douche, et je note, entre deux barreaux de ma fenêtre, un nouveau gekko – le fils du décédé d’hier, je suppose. L’eau est encore froide, et ça vous réveille. Je me rase, m’apprête, file au petit déjeuner, l’engouffre et retourne dans ma chambre, pour terminer mon baluchon. Ensuite de quoi, je file à l’entrée, où le tuk tuk de service me saute dessus. On a vite discuté le prix de la course, et me voilà parti à la gare routière, à deux ou trois kilomètres de là.

 

La réception y est amusante ; on croirait arriver dans un aéroport, avec deux personnes en uniforme qui guettent les passagers qui arrivent et aident, gants blancs en place, à sortir le bagage du tuk tuk, pendant qu’on paie le conducteur, puis vous demandent vers où vous voulez aller. Selon la destination, on vous dirige alors vers l’un ou l’autre guichet où, selon votre choix, on vous vend le billet que vous souhaitiez obtenir ; vous pouvez même encore discuter le prix... Dans mon cas, je voulais le prochain VIP vers Bangkok. Ca tombe bien, il arrive dans quelques minutes, et partira presque aussitôt. Les renseignements du guesthouse étaient exacts. Je paie mon billet, et file au bout de la salle ouverte, pour aller me prendre un café. J’imagine que, vu l’heure, j’aurai droit à un petit déjeuner supplémentaire dans le bus, servi par une hôtesse au calot crânement porté sur le côté – du moins, si j’ai acheté un billet VIP de chez VIP. On verra. En attendant, un café ne peut pas faire de mal.

 

Le bus est un VIP normal, à moitié plein. Nous aurons droit à un stop le long de la route, où notre repas de midi, relativement frugal, nous est offert. Un truc bien épicé, à choisir dans une séries de plats qui vont entre l’épicé et le très épicé. Je ne me plains pas J

 

Je suis le seul étranger, le seul falang, dans le bus, ce qui fait que, puisqu’il y avait de la place, on m’a mis bien seul, pour que je ne fasse pas peur aux enfants.

 

La route est longue et ennuyeuse : nous sommes sur la grande plaine qui descend doucement, sans le moindre accroc, de Sukothai à Bangkok. Rien de spectaculaire, comme la route qui va de Mae Sae à Chiang Rai, ou de Chiang Rai à Chiang Mai. Ici, c’est la civilisation gaie et prévisible comme la Beauce.

 

A notre arrivée, vers les quatre heures, à la gare routière de Bangkok, je récupère ma valoche, passe à travers les taxis qui se proposent pour des sommes effrayantes à me conduire à mon hôtel, et vais à la vraie file de vrais taxis. Une heure plus tard, je suis dans ma chambre, à Prasuri, pour la nuit. Demain, départ pour le Sud. En attendant, une soirée dans la capitale. Je traînerai peut-être un jour ici, pour aller voir une attraction que j’ai toujours remise, à tort : la maison de Jim Thompson – quoique, à la réflexion, pas de blème. J’y irai dans le courant de la matinée. Je ne puis croire qu’il soit nécessaire d’y passer une journée entière… C’est dit. Demain matin, maison de Thompson ; demain soir, hop dans le bus, pour aller à Krabi.

 

22:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

28/11/2006

Par les passerelles, par les chemins et par les rizières

... enfin, entre les rizières...

 

Petit-déjeuner pris (une tasse de thé, un verre de jus d’orange, deux tranches de pain grillées, à peine beurrées et avec un soupçon de confiture – mes copains de gym, chaque fois que je rentre en Europe, s’extasient devant mon ventre plat et l’absence de toute mauvaise graisse ; je leur dit chaque fois que c’est l’exercice qui me sauve : c’est un mensonge, mais je n’ai pas honte de mentir), je vais au comptoir où je remercie d’abord la patronne, hilare, pour sa brillante initiative nocturne. Elle me donne la clé de ma mob et je démarre.

 

Cette fois ci, puisque j’ai vu les sites les plus obligés du vieux Sukothai, je vais pour faire un grand cercle autour du site, afin de tomber sur les temples peu connus et antiques, trop rarement visités.

 

En fait, vu la qualité atmosphérique de la Thaïlande, tout assemblage de briques datant de quelques siècles, et pas vraiment conservé, n’a aucune chance d’être encore debout. Jamais on ne voit, en Thailande, ce merveilleux et surprenant spectacle que l’on peut voir aux  coins de routes abandonnées, en Syrie, en Grèce, en Jordanie, en Turquie, de colonnes doriques poussant au milieux d’une oliveraie, d’un champ, d’un pré, colonnes entourées de vaches tranquilles et de tortues qui vaquent paisiblement à leurs affaires. Ainsi, je me souviens une fois – je me promenais dans le sud de la Turquie - m’être dérouté, après avoir vu, à quelques distances de la nationale que j’empruntais, ce qui ressemblait suspicieusement à un temple à peine effondré et qu’on avait même pas indiqué sur la carte, tant les ruines gréco romaines abondent, dans les anciennes colonies Grecques.

 

Après un petit kilomètre, je m’étais retrouvé, effectivement, devant une maisonnette faisant office de musée et de maison du gardien du musée, le jardin qui se trouvait derrière la maisonnette, couvert de statues, parfois entière, parfois en puzzle. On faisait quelques pas, et on arrivait au milieu d’un extraordinaire site où l’on devait être le premier visiteur depuis des lunes, avec le gardien qui surgissait d’une petite cabane, au fond du jardin et arrivait un mégot au bec, en remontant sa culotte, tout surpris d’avoir de la visite.

 

Après ma promenade autour du temple, j’avais dû faire appel au gardien, pour déplacer une tortue qui avait trouvé intelligent de se laisser chauffer au soleil juste derrière ma voiture, elle-même garée le nez au mur du jardin… La tortue faisait facilement un demi mètre long, de l’orifice par lequel pouvait passer la tête, quand l’idée de sortir la tête chantait à la tortue, à celui d’où sa queue pouvait sortir. Le poids était en rapport.

 

Enfin bref, la Thaïlande n’est pas la Turquie, pour le climat, ni pour le matériau utilisé dans le but de construire les bâtiments sacrés. L’esprit Européen tend à l’éternel.

 

Je roule au hasard, sans jamais rien voir qui pourrait ressembler à un vieux stupa ou à un temple antique. Par contre, une kyrielle de temples raisonnablement modernes, déserts, tous flanqués de leur crématorium, avec des gosses dans le lointain, qui jouent au ballon, au basket, au volley, entourés de chiens pelés qui, parfois, grognent quand je passe à côté d’eux. Le silence de la campagne est souvent prenant.

 

La route que j’ai choisie est recouverte de plaques de béton vieillies, jointes l’une à l’autre par un rien d’asphalte qui me rappelle mon enfance, quand l’autoroute de la mer, ainsi faite, faisait retentir un tac, tac, tac, régulier dans l’habitacle de la voiture, pendant que mon frère et moi somnolions à l’arrière.

 

ShipParfois, je dois passer un pont : c’est alors une passerelle, sans plus, recouverte de planches de bois mises en travers et pas toujours dans un état neuf. Il y a, ici et là, une planche qui manque. Le passage n’est jamais agréable et ça m’irrite, quand je vois parfois, avant moi, une autre mobylette dont le conducteur n’hésite pas un instant, en prenant les passerelles. C’est humiliant…

 

Les passerelles, qui enjambent des ruisseaux, font parfois place à des ponts, qui enjambent des rivières – ou est-ce toujours la même, que je passe et repasse, au fil de ma pérégrination ?

 

Rien à voir de vraiment spectaculaire, mais tout est beau, paisible, une fois encore. ArbreAprès deux bonnes heures de route, je tombe sur une station essence où je remplis mon réservoir qui n’est plus qu’à moitié plein. Un vieux monsieur fait le plein, riant de noter que je ne sais même pas comment remonter mon siège, sous lequel se trouve le bouchon par lequel on verse l’essence. Un gosse à ses côtés – son petit fils, je suppose – qui me regarde, la bouche ouverte de stupéfaction : son premier blanc, probablement.

 

De temps à autre, aussi, je croise un groupe de paysans qui se reposent, entre deux rangs de pousses de riz, déplantés et replantés. Le travail de la riziculture a été un travail de forçat, pendant des siècles, et Sa Majesté le Roi, dans Sa grande sagesse, a estimé que la modernisation du pays devait offrir quelques avantages aux plus démunis, aux paysans. Il a, ainsi, fait inventer par un ingénieur, une machine capable de planter et déplanter le riz en pousse, afin de supprimer l’une des tâches les plus éreintantes de la paysannerie Thaïlandaise. Pour cela, le petit peuple lui sera éternellement reconnaissant.

 

Il faut dire aussi que le premier ministre, Takhsin, ne voulant pas être en reste, a fait son possible pour améliorer la condition paysanne. Même si Takhsin est maintenant … hmmm… disons, « éloigné » - et plus que probablement à l’initiative du Roi -, il faut lui reconnaître ses qualités. En moins de quinze ans, en Thailande, la condition paysanne est passée du Moyen-Age à, sinon les temps modernes, du moins, à quelque chose de nettement plus vivable.

 

PadIl n’empèche. Parfois, je tombe sur un petit groupe de paysans – de paysannes, plutôt – qui se repose: le travail des champs n'est toujours pas une sinécure. Elles lèvent la tête et me sourient. Vu que je roule, entre les champs, à petite vitesse, je m’arrête facilement, pour une photo, parfois, puis je leur montre la photo sur le petit écran. Ca les fait rire. Elles m’offrent un verre d’eau, que j’accepte en me disant que, dans le pire des cas, je ne quitterai pas ma chambre – enfin, surtout le trône – demain : je donne un bic, trouvé au fond de mon sac, en échange. Nous nous quittons après quelques minutes de pépiements et de sourires, de leur côté, de sourires sans pépiement du mien.

 

Bon, roulons. Ce serait bien si je tombais sur une route avec des indications routières… A rouler, les bras découverts et horizontaux, tenant le guidon de ma mob', j'ai pris des couleurs suspectes. Il est temps de mettre de la crème pour me protéger un peu.

 

23:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/11/2006

Système "D"

MadaaamPendant la soirée, j’ai des voisins qui font d’abord bruyamment l’amour, pas longtemps, mais en poussant des gémissements qui portent particulièrement loin, puis qui ronflent. Enfin, je ne sais pas si les deux ronflent, mais celui qui ronfle le fait pour deux. Dans ces cas, une seule solution : la boule Quiès… je n’en ai malheureusement pas avec moi.

 

L’âme en peine, je  me relève et vais au bar du guesthouse, encore ouvert. Il n’est pas si tard et j’y prends donc une bière. Tout en sirotant cette dernière, j’explique mon malheur à Madame la propriétaire qui rit beaucoup, échange deux trois phrase avec l’un de ses sous-fifres, qui rit tout autant et disparaît bientôt.

 

Ma bière éclusée pour me remonter le moral, je retourne à ma paillotte en traînant la patte.

 

Sur le chemin, je dois passer devant la hutte qui précède la mienne – celle des bruyants, donc : elle est droit sous un tuyau d’arrosage dont le jet tape exactement sur la porte. Je ne sais pas si mes voisins ne dorment plus, mais, en tout cas, ils ne ronflent plus. Sois trois fois bénie, Madame la patronne… Thaïlande, pays de l’improvisation, souvent aimable.

 

Moi, cette nuit, je dormirai bien. C’est une joie, le lendemain matin, de voir la mine chiffonnée et boudeuse de mes voisins Hollandais, alors qu’habillé de neuf, rasé de frais et bien reposé, je me dirige vers la salle de restaurant, pour aller y prendre mon petit déjeuner. Bisque rage, bande de kaaskops tapageurs.

22:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/11/2006

A mobylette, dans la campagne

Le moteur de la mob’ remis en marche d’un coup de talon nerveux – toujours moins facile, le coup de talon nerveux, quand on porte des flips-flops – nous démarrons, elle et moi, vers de nouvelles aventures. D’abord sortir du domaine du temple, sur le petit chemin cahotant que nous avions pris pour entrer, puis nous voilà sur la route. Une vache sur le bord du chemin, m’observe attentivement alors que je passe. BabyIci, elles sont mignonnes, les vaches, avec leurs grands yeux doux, façon vaches de partout dans le monde, et leurs grandes oreilles genre lapin-bélier. Caressantes, de plus. On irait jusqu’à s’en prendre une comme animal de compagnie, si elles n’avaient pas, comme leurs cousines européennes, la sale habitude de faire pipi et caca sans prévenir et sans choisir l’endroit. 

 

Mieux vaut donc les laisser dehors, pour préserver la paix du ménage et la propreté du salon. Quoiqu'il semble y avoir des filles qui n'ont rien contre les vaches...

Sweetie

 

Les petites routes sont, finalement, dans un état plus que correct et je peux rouler sans vraiment faire attention au possible danger d’un éventuel nid de poule. Les paysages qui se déroulent des deux côtés de la route sont charmants et tranquilles. Une maisonnette, à intervalles réguliers, flanquée de son séchoir à tabac et, derrière elle, un jardin maraîcher avec tomates et des légumes que j’ai mille fois vu sur les marchés ou dans mon assiette, et dont j’ignore toujours les noms. Bons à manger, en tout cas. Chaque fois que je m’arrête, au spectacle d’un coin de rizière buffleou devant celui d’une maison, aux habitants usuellement perchés sur la terrasse, une bière à la main, je suis entouré par des gosses curieux qui viennent voir à quoi mon fougueux destrier ressemble. Je leur donne mes derniers bonbons et deviens instantanément très populaire…

 

Il n’est pas inhabituel, bonbons ou non, de se faire héler par l’habitant qui vous demande d’où vous venez, tout fier de pratiquer son anglais devant le reste de la famille ébahie, qui devient franchement rigolarde et amicale quand vous vous essayez à un peu de thaï. Le vieux monsieur de la maison apprécie le fait que vous lui présentiez un wa respectueux, et que vous souriiez à madame. Quand vous avez le temps, c’est un verre garanti en société, quand pas un dîner partagé mais, quand il se met à faire sombre, et que vous souhaitez décliner l’offre, car sinon vous vous perdriez dans le lacis des petites routes, c’est le drame.

 

Heureusement, le plus malin de la bande a, lui, un vélo et vous promet de vous guider jusqu’à la grand route.

 

Ce sera sur la grand route alors, en réalité, que les plus grands dangers peuvent vous guetter, vu la manière assez… poétique dont le conducteur local conduit, mais il y a des fois où un « non » est si difficile à dire… Il m’est ainsi arrivé, dans le but de survivre aux dangers routiers et nocturnes, de dormir chez l’habitant, puisque j’avais pu téléphoner à l’hôtel dont j’avais, par prudence, gardé la carte, pour signaler mon retard jusqu’au lendemain. C’était, ainsi que dit, moins dangereux quant à la route, mais les moustiques…

 

Les maisons sont entourées de jets de bambous. Ca monte vite jusqu’à des trente ou quarante mètres, ces trucs là, et les plus tendres montent d’un mètre par jour. Certains sont tout à fait comestibles. Vu que, pour pousser, ça profite assez bien de l’humidité, c’est usuellement bourré de moustiques qui, eux aussi, aiment assez bien croître et se multiplier dans une atmosphère bien humide. Comme de juste, dès qu’à une distance raisonnable, de la bidoche vivante circule, avec du sang au milieu, les moustiques vous bondissent dessus de toute la vitesse de leurs petites ailes et vous sucent pire que des contrôleurs des contributions. De toute évidence, aussi, le touriste blanc plaît beaucoup au moustique local et, que vous soyez en soirée, seulement assis à partager une bière, ou que vous soyez couché dans la salle commune, couvrez-vous, si vous n’aviez pas songé à prendre votre (relativement efficace) répulsif.

 

Aujourd’hui, je me tire d’affaire avec une mangue partagée avec les gosses, un peu de bavardage sur le bord d’un chemin, avec un vieux paysan, bavardage précédé et suivi d’un wa bien respectueux qui me fait obtenir, du coup, un petit sachet de tabac « fait à la maison ». Si je fumais, je suis certain que ce tabac ferait mon bonheur, mais voilà... J’ai rapporté ce genre de sachet de tabac qu’on m’avait offert, ou que j’avais acheté sur le marché, à l’occasion, en Europe, et mes copains fumeurs et aventureux ont cru s’évanouir tant c’est fort.

 

Bientôt arrivé à mon hôtel, je balance un instant, puis me dis que j’ai le temps. Je passerai un jour de plus, à me promener dans les campagnes sur la mob’ que je réserve. C’est tellement charmant, ici…

19:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/11/2006

La pagode de l'enfer et du paradis

Le lendemain est un jour faste : vu que j’en ai un peu marre de faire des efforts, pédestres ou cyclistes, je me loue une mob’ et décide de faire le tour de la région. Il y a les rizières, il y a la campagne, il y a les champs de tabac et les hangars de séchage. Il y a aussi l’un ou l’autre temple qui méritent le détour… La dernière fois que j’étais ici, j’avais entendu parler d’un temple – d’une pagode, dit on ici – qui était un véritable Disneyland de la culture bouddhiste, avec des représentations dignes du musée Grévin. Ce temple, dont j’oublie le nom, est situé à une petite dizaine de kilomètres de Sukothai, vers le nord est. Une fois que j’ai loué ma mob’ – un splendide scooter, en fait, qui file comme le vent – je reçois un plan clair comme le cristal, et aussi mensonger, me rendrai-je vite compte, que la boule de cristal de Madame Irma.

 

Après avoir fait le tour de la région pendant deux bonnes heures, et m’être arrêté dans tout ce que la plaine centrale doit compter de temples en fonctionnement, je tombe sur un gentil chef de la police qui voit tout de suite de quoi je parle. Je ne suis pas trop loin de l’objet de ma quête, mais c’est compliqué à expliquer… Enfin bref, dès qu’il en aura fini avec sa petite affaire ici, il me guidera, lui dans sa voiture à sirène et lumières clignotantes, moi sur mon fringuant destrier, jusqu’au temple en question.

 

Sa petite affaire, pour laquelle je l’attends donc, c’est… l’incinération d’un ancien du village. Tous les temples campagnards sont ainsi équipés d’un crématorium en parfait état de fonctionnement, et toujours à fonctionner. Quand on meurt, ici, l’incinération est automatique… Hm, quand je dis que les crématorium sont en parfait état de fonctionnement, j’en rajoute un peu : sous les grilles de la fournaise, on voit bien couler quelque chose qui est la graisse humaine liquéfiée par la chaleur. Beurk. Et puis, il y a l’odeur de grillade qui ne trompe pas… Rebeurk.

 

Bientôt, le ruissellement de graisse s’arrête, le feu diminue, tout le monde se salue et me voilà à suivre mon représentant de la maréchaussée.

 

Usuellement, en Thailande et plus généralement, en Asie du Sud Est, on évite les flics dont le premier boulot est de tendre la main, une fois qu’ils ont déterminé de quel crime ils pouvaient vous accuser. Ici, j’ai affaire à un homme de bien. Du moins, à peine sorti d’une cérémonie bouddhiste, il se sent homme de bien et ne fais pas attention au fait que je roule sans casque. Il ne me demande même pas si j’ai un permis de conduire international ou pas (je n’en ai pas) : Il démarre tranquille, roule de telle manière que je ne puis le perdre et me conduit tout uniment à trois ou quatre kilomètres de là, jusqu’au temple magique, signalé par un joli stupa doré, tellement kitch qu'on croirait une création du facteur Cheval.

Paradis6

 

Arrivés là, nous nous arrêtons tous deux, je vais le remercier abondamment, avec un petit wa de derrière les fagots tant qu’on y est, et il redémarre avec ses passagers qu’il doit reconduire, je suppose, au village où il les avais pris pour les conduire à la cérémonie.

 

Le temple est fait pour semer la joie chez des gens comme moi, la terreur chez les gosses. On y voit toutes les scènes les plus dramatiques des récits de la mythologie bouddhiste, et quelques belles représentations des souffrances épouvantables que l’homme sans mérite subira en enfer.

Paradis1Nous avons des crocodiles dévorant d’innocents pêcheurs dans la mare de la pagode ; nous avons l’éventration d’un autre malheureux qui a certainement fait quelque chose pour mériter cela, mais quoi ? Mon ignorance des récits sacrés me perd ici.
 
Nous avons d’autres pêcheurs devenus mi-animaux, mi-hommes, à la suite, sans nul doute, de leurs méfaits sur terre. De quoi vous faire frissonner.Paradis3

 

 

 

 

 

 

 

C’est toujours le paradis qui, finalement, est ennuyeux. Qu’on le veuille ou non, l’idée d’adorer agenouillé, tout le jour durant, une représentation de la perfection ne me chante guères… Finalement, Aucassin avait raison. L’artiste, tout comme moi, s’est senti moins inspiré par les scènes paradisiaques qui sont bien fades.

Paradis4

 

Je m’y promène seul pendant une heure, tout au plus, dans un silence de mort. Inimaginable de voir tout ce qui est laissé à portée de main du pèlerin, sans la moindre surveillance. Une église italienne serait ainsi laissée à l’abandon, sans un prêtre pour voir ce qui se passe, serait dépouillée en deux temps, trois mouvements. C’est en partant que je vois, enfin, à côté du temple, quelques moines qui font la sieste à l’écart, à une bonne cinquantaine de mètres, je dirais, sur la terrasse de leur salle de repos. A leurs pieds, deux chiens étiques et galeux lèvent nonchalamment, l'un, un oeil, l'autre, la gueule, quand je sors du temple pour me diriger vers ma mobylette. Je salue d’un geste tranquille et l’un des révérends moines agite la main de retour, avant de se remballer dans son froc et de se rendormir, selon toute probabilité.

 

Le paradis a quand même un avantage : il est paisible.

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21/11/2006

Sukothai by night - les petites danseuses

Les marchés de nuit sont charmants, en Thailande. Même les plus commerciaux d’entre eux, même ceux qui sont entièrement dirigés vers le tourisme des falangs, des touristes étrangers, gardent une âme. Si l’on songe au marché de nuit de Chiang Mai, devenu pur marché de bimbeloteries, de trucs et de machins à destination des touristes, qu’ils soient habillés de culottes de peau avec broderies d’edelweiss, ou autres, ou si l’on songe à Kao San, cœur du quartier des routards, tout garde une âme. Les prix peuvent se discuter jusqu’à en arriver au prix thai. Alors, la vendeuse éclate de rire et tend la main. Le contrat est juré. Les vendeurs, quant à eux, sont moins rigolos.

 

Ici, le marché de nuit est encore authentique. Les échoppes se suivent, le long de la rue qui fait le quai du fleuve, avec des vêtements pour enfants, du savon, des barils de lessive, d’autres vêtements et quelques statuettes de Bouddha, des gâteaux, des casseroles, de la quincaillerie, des jeans de marque douteuse, de l’encens… le tout entremêlé de restaurants de rue où l’on vous propose des tas de choses frites. Le parfum vous met l’eau à la bouche et, bientôt, si vous avez eu l’héroïsme de vous retenir, suivant les enseignements des philosophes stoïciens, vous arrivez sur la place centrale du marché du dimanche de Sukothai.

 

Imaginez une place de cent mètres sur cent, au centre peuplé de tables et de chaises, tout entourée – du moins, trois côtés sur quatre - de popotes, chacune avec sa spécialité : ici des saucisses, là des nems, là encore des crètes de poulet ou des queues de crevettes d’eau. Ici et là, le traditionnel pad thai – le repas des pauvres, mais délicieux. A chaque coin de la place, il y a une pompe à bière qui débite de la Chang (éléphant), de la Leo (lion) ou de la Singha (un bestiau indescriptible de la mythologie locale ; une espèce de dragon). On prend sa bière en bouteille de trois quart de litre, ou en « colonne » d’un bon deux litres ; ce qu’on appelle ici une pression. Les verres qui viennent avec ont un bon gros fond de glace, qui vous garde votre bière fraîche plus longtemps. Si vous êtes tout nouveau en Thailande, cette eau non traitée, c’est la galopante garantie. Si vous avez passé quelques semaines en Thaïlande déjà, l’eau non traitée ne vous tuera pas.

 

Enfin, le quatrième côté est un immense tréteau sur lequel danseront des fillettes qui apprennent les pas traditionnels des danses khmères, sur lequel, ensuite, chanteront les vedettes locales qui poussent la chansonnette thaïlandaise et internationale. Pendant ce temps, des demoiselles habillées de la tenue Singha, ou Chang – jupe courte blanche et dorée, pour la Singha, verte et dorée pour la Chang, bottes à la couleur en rapport aux pieds - font le tour des tables et proposent une chope-échantillon de la bière pour laquelle elles font de la pub.

 

Quand les fillettes dansent, les applaudissements – même quand les danseuses ne sont pas fameuses – sont obligatoires. Ce soir là, une se détache du lot de par la sensibilité évidente qu’elle met dans ses mouvements et… de par le fait que son couvre chef, mal attaché par son institutrice, probablement, se détache au milieu de la danse. Elle parvient à s’abstraire de la catastrophe, quand son chapeau tombe et danse parfaitement jusqu’au bout, entourées par ses petites camarades qui lui battent froid, de toute évidence. Comment, à l’age de dix ans, être déjà capable de sourire tout en repoussant quelqu’un… Comme je l’ai lu un jour : les filles, c’est sournois.

 

La fillette, à la fin du spectacle, est presque en larmes – mais souriante. Vu que j’avais fini mon verre et mon repas, et que j’étais sur ma route, je passe juste au bon moment pour assister au spectacle de la tentative d’assassinat perpétrée par les copines qui, toutes, lui tournent le dos, l'ignorent, la détestent. Je vais donc jusqu’à elle, devant toutes ses camarades, avec l’instit' et la maman, ravie bien entendu, qui traduisent, pour la féliciter pour la très grande sensibilité qu’elle a mis dans la danse et pour prier la maman de me prendre en photo avec elle « car je veux être sur une photo à côté de cette excellente danseuse ». La gamine est au septième ciel. Les copines bisquent, tout en gardant le sourire.

 

Oui, les filles, c’est sournois.

 

Madame Mère me prend ensuite en photo, à son tour, avec son appareil à elle, agenouillé à côté de la Prima Donna dont la commissure des lèvres peintes va d’une oreille à l’autre et dont le fard qu’elle a piqué traverse le maquillage. Allons, il y aura au moins une petite fille qui s’endormira heureuse, ce soir.

 

Après quoi, nous nous séparons ; elles retournent vers la maison, quand je me renfonce dans le marché. DanseusesPendant ce temps là, près de la scène, de plus grandes se préparent.

 

Entre deux échoppes, sur le retour, j’entre dans le temple, ouvert la nuit, où les vapeurs d’encens roulent jusque dans la rue. Les vénérables que l’on prie ici sont morts, mais vivent dans le monde du musée Grévin. Ca a son charme mystérieux. Enfin, après quelques minutes à admirer le spectacle de la dévotion publique, je quitte le temple et retourne à mon guesthouse. Il est bientôt onze heures et demain est un autre jour.

23:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/11/2006

 Fin de journée

Reprendre le bus, vers les quatre heures, est un vrai plaisir. La journée a été courte, mais on se rend compte, soudain, que quelques dizaines de kilomètres sur un mauvais vélo, à parcourir les routes sinuantes et cabossées de la plaine centrale, sous le soleil brutal de l’Asie du Sud Est, même si on a bu tout ce qu’il fallait, ce n’est pas rien. Il faut dire que, jour après jour, il fait chaud. Ce n’est pas comme quand nous étions gosses, au bord de la mer méditerranée au ou bord de l’atlantique, quand nous avions de beaux jours et de moins beaux jours… Ici, il faut toujours beau, chaud, lourd.

 

J’ai rendu mon vélo à son loueur : il en fait le tour en deux pas, m’assure de sa satisfaction. Je lui paie la somme modique qu’il attend, et retourne vers le parking où la carriole à moteur m’attend. Le bus devrait démarrer tous les quart d’heures mais, bien entendu, le conducteur traîne toujours un peu, avec l’espoir de voir arriver un nouveau client qui rentabilisera un tantinet davantage le trajet. Manque de pot, je suis bien le dernier et, après cinq bonnes minutes de traînaillerie, le bus démarre. Nous sommes une douzaine, dont un couple de Japonais, reconnaissable à son usage compulsif de l’appareil photo. A l’arrivée, vu que je suis seul à être seul, ils me harponnent pour me demander de prendre une photo d’eux devant le bus. J’accepte, bien évidemment. Mlle aux côtés de Mr, tous deux faisant le « V » de la victoire, ou du bonheur d’être en vacances. Ensuite de quoi, c’est le sempiternel échange d’adresses électroniques, avec la promesse de rester en contact…

 

Promesses d’ivrogne.

 

De retour à ma guesthouse, je reprends mon linge lavé et repassé, file prendre une douche en saluant le gekko de garde, en passant, me renippe de frais et pars en ville – enfin, en bourgade – pour aller voir mon courriel. Puisque c’est possible, ici, j’en profite. Rien de bien intéressant. Me voici déjà dehors, après quelques minutes de cybercafé, à retourner vers le guesthouse, en passant devant les salons de massage. Cette fois ci, je réponds à l’offre d’une solide gaillarde au sourire commercial. Quant à savoir ce qu’elle vaut, comme masseuse, je ne pourrai le dire qu’après ; mais le physique lourdeau inspire la confiance. Une heure plus tard, je sais que j’ai touché un bon lot, si pas le gros lot. Elle connaissait son travail et je me sens tout revigoré, prêt à repartir demain matin, à me repromener à vélo dans le vieux Sukothai.

 

C’est en sortant de chez elle que je remarque le brouhaha du marché du dimanche. Tiens, je l’avais oublié, celui là, et j’avais oublié aussi que, s’il s’appelle « marché du dimanche », il commence le vendredi…

 

Allons y passer la soirée. Personne ne m’attend à l’hôtel, après tout.

19:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/11/2006

Promenade archéologique et cycliste à la fois

La nuit dans la paillotte s’est bien passée. Puisque je suis au fond du jardin, pas de bruit en provenance de la rue. C’est peut-être la première fois que je ne suis pas réveillé le matin par la pétarade des tuk tuk – mais il faut dire, aussi, que Sukothai est vraiment une petite bourgade : peu de tuk tuk et ils circulent dans la grand rue, en maraude, pour quand un chaland les hèle pour aller à la gare routière ou, en toute hâte, à l’autre bout de la ville. Usuellement, devant un guesthouse, on trouvera un tuk tuk à l’arrêt, avec son chauffeur endormi, attendant le client. Même chose partout en Asie…

 

Enfin bref, c’est un voisin au verbe haut qui descend son escalier de bois, tout en parlant avec sa compagne gloussante, qui me réveille. Il est bientôt huit heures, et ce doit certainement être mon réveil le plus tardif depuis des lunes. La soirée s’est bien passée, avec un repas en or, une bonne bière, et un film coréen, thai ou chinois, regardé en compagnie, avec les autres pensionnaires de l’hôtel. Ca criait beaucoup et il y avait des torrents de larmes, ainsi que l’intervention plus ou moins discrète de dieux et et déesses. Comme aucun n’avait de trompe postiche, que les acteurs n’avaient pas de moustaches avantageuses et que les dames n’avaient pas de bourrelets disgracieux, je peux dire que le film n’était pas indien.

 

On entre dans la salle d’eau, en dérangeant les gekkos, on se douche, on se rase. Après cela, revêtu d’un short et d’une chemisette, je vais jusqu’à la salle de restaurant, un baluchon de linge sale à la main. On vous le lave et le repasse de manière impeccable, pour deux francs trois sous, ici. Mon affaire de linge arrangée, je me prends un petit déjeuner sous un ventilateur bouffeet, mon petit fourre tout à l’épaule, je pars au terminus, pour prendre la carriole qui va jusqu’au vieux Sukothai. Là, on peut louer un vélo et faire le tour du site. C’est bien moins grand qu’Angkor, mais le tour à vélo est toujours idéal.

 

Le bus nous attend, et nous sommes cinq ou six à le prendre. Monsieur le conducteur attend encore un peu, avec l’espoir d’un groupe qui lui assurera un meilleur trajet – c’est compréhensible – et part finalement avec son groupe d’origine. BussukDeux ou trois arrêts sur la route, afin de charger un sac ou un autre, d’assurer une livraison. Nous voilà bientôt à la porte du site. On vous y demande une cinquantaine de bahts. Ca nous change des prix prohibitifs du Cambodge. En face de l’entrée, il y a deux ou trois boutiques qui vous louent des vélos. Un peu plus loin, un parking d’autobus où les énormes vip touristiques se gareront, un peu plus tard. Bussuk2Je loue un vélo, et pédale jusqu’à l’entrée où je paie mon obole. Me voici sur le site de Sukothai.

 

Sukothai a été l’une des capitales de l’Empire du Siam, aux 13è-14è siècles, si je me souviens bien. A la suite de défaites cinglantes subies par les armées siamoises contre celles de l’Empire birman (ils avaient triché, bien entendu), la ville a été envahie et un tantinet mise à sac. Il ne reste que le plus solide : les édifices religieux, à moitié écroulés seulement. Quant aux maisonnettes du petit peuple, il n’en reste rien. Depuis, bien entendu, d’autres temples ont été bâtis, avec les incontournables bâtiments de logement des moines ou des moniales qui vont avec. Mais plus grand-chose de laïc, sinon un peu plus loin.

 

Suko2

La remise en état accomplie par les Thaïs est cependant digne d’éloges. Des chemins bien faits vous mènent d’un temple à l’autre. Les sites ont été entièrement désherbés. Les Bouddhas sont assis ; les colonnes sont redressées. Suko5Les douves qui entouraient les temples sont à nouveau remplies d’une eau qui n’est pas croupie, et où les poissons chats folâtrent, chassant les grenouilles.

 

Devant chaque temple, deux ou trois vendeuses d’eau et de coca bavardent, attendant le touriste assoiffé. A leur côté, une petite poubelle – trace de la mondialisation… En effet, le Thaï aurait tendance à tout jeter derrière lui. Ce sont les touristes et les écoles créées par les ong étrangères qui ont appris aux gens à utiliser les poubelles. Il fallait voir, il y a quelques années, la saleté des petits villages, où règne aujourd’hui une propreté presque immaculée… Le signe « no littering » est une nouveauté et, il faut le dire à la louange de tous, cette nouveauté est respectée.

 

Enfin bref, sorti d’avoir fait son tour, sur un site ou sur un autre, on achète sa boisson, on la boit comme un trou, d’un coup, et on rend la bouteille ou la canette que Madame la vendeuse reprend sans ciller et jette dans la petite poubelle qu’elle a prévu pour cet effet.

 

Ensuite, on remonte sur son vélo pour aller plus loins, pendant que les deux ou trois dames se remettent à bêler plaintivement ensemble.

 

Certains des arrêts, à Sukothai, sont tout simplement délicieux. Suko6On y voit un Bouddha marchant, on s’arrête sur de petites îles, les fleurs poussent partout. Des jeunes Thaï y viennent en couple, se conter mutuellement fleurette.

 

C’est chouette.

 

Des groupes de touristes ventripotents passent – à vélo, eux aussi, précédés d'un guide armé d'un parapluie de couleur vive, qu'il brandit pour se faire repérer – faire le tour des quatre ou cinq grands ensembles, puis retournent à leur bus, respirer dans l’air climatisé. Il faut dire que, quand je suis arrivé, il faisait peut-être, tout au plus, une trentaine de degrés, mais il doit être, maintenant, pas loin de midi, il fait tombant de chaud et d’humidité. La balade à vélo aide, certes, à respirer, mais quand même. Il est temps de traînasser une petite heure à l’ombre, devant un Bouddha, ou un paysage, qui mérite le coup d’œil et la paresse.

 

Puis on redémarre. On a, finalement, facilement fait un premier tour de Sukothai, et c’est un endroit qui mérite un retour, de temps à autre. Aujourd’hui, je file vers un coin moins fréquenté, vers le stupa des éléphants, Lelefanet plus loin encore, vu que je n’ai plus été par là bas depuis longtemps. Moins de monde - presque personne, à vrai dire - et un charme tout entier fait d’abandon et de solitude. Cela ne veut pas dire que personne le connaît le stupa des éléphants, mais on y voit que rarement des touristes, et puis la route sinue et serpente plus loin, vers d’autres temples, d’autres stupas, vers les vieux murs écroulés de la forteresse, et vers les rizières gardées, dirait-on, par des buffles blancs de boue sèchée.

21:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/11/2006

Baguenauder à Sukothai (new)

Mon nouveau guesthouse est fort similaire à celui que je fréquente usuellement. Une salle d’accueil, avec restaurant, puis on passe sur le côté du bâtiment et on longe les cuisines – enfin, la cuisine – pour se retrouver dans un jardin qui s’enfonce entre les arbres, entre deux murs qui délimitent la propriété, avec des maisonnettes, faites moitié en murs de parpaings, à l’arrière, et de murs tressés partout ailleurs. Elles sont plantées côte à côte, sur des pilotis. Ainsi, les serpents aventureux ne pourront pas entrer. Chacune des paillotes a une petite terrasse qui longe les façades avant et celle qui fait le côté gauche. On y monte par un escalier inégal, fait de planches de bois rabotés à la va-vite. A l’intérieur, une pièce dont les murs sont recouverts d’un tissu vanné, avec une lampe à la tête des lits et un ventilateur au plafond. On y trouve deux lits serrés aux matelas bien fermes, recouverts d’un drap propre et d’une couverture pliée en quatre. Passés les lits et une petite porte dans le coin, il y a une salle d’eau à l’arrière, avec une petite fenêtre bien soigneusement bloquée à coup de barreaux faits de demis parpaings, afin d’empêcher un quelconque voleur de rentrer par derrière. Le tout est couvert de toile de moustiquaire, afin d’empêcher les moustiques et autres serpenteaux de venir embêter les dormeurs. Pour terminer la défense de la maison, une famille de gekkos veille aux moustiques. Pour les serpents, il n’y a rien de particulier. Après tout, s’ils sont motivés au point de grimper le long d’un mur droit, de crever la toile de moustiquaire et de venir jusque dans la chambre, rien ne les arrêtera, sinon un bon coup de fusil – mais ça, ça dépasse les soins usuels qu’un hôtelier thailandais est supposé donner à sa clientèle.

 

Tant pis : il me reste, le soir, quand je rentre, à faire un rapide tour des lieux et à m’assurer que je suis bien seul dans ma chambre.

 

En Rhodésie, quand j’étais dans les vertes campagnes, je défaisais mon lit. Je me souviens encore, à Glenlivet, un tout petit hameau à une dizaine de miles de Fort Vic’, où nous passions parfois les vacances, avoir trouvé, à l’occasion, des trucs avec ou sans pattes entre les draps. Le matin, j’avais des chauves souris, quand je rentrais dans le garage. Si je faisais du bruit et que je dérangeais beaucoup pendant la journée, on ne les voyait plus le jour suivant, mais elles revenaient vite.

 

Vu qu’elles bouffaient tout ce qui, dans le monde des insectes, volait, piquait, mordait et, plus généralement, nous pourrissait la vie, on ne me plaignais pas des quelques désagréments – dont deux ou trois crottes sur le toit de la voiture devaient être les plus gros – qu’elles provoquaient.

 

Bon, ce soir, je rentre, fais le tour de ma chambre, entre à pas de loup dans la salle d’eau, afin de ne pas effrayer les gekkos, prends ma douche et ressors pour aller m’offrir un verre dans la salle de restaurant. Ensuite, je partirai faire un tour en ville. Mon guesthouse est dans une parallèle à la route qui conduit au « vieux » Sukothai, si je tourne à gauche. Par contre, si je tourne à droite, j’arrive à la rivière après quelques pas, et j’arrive, une fois la rivière passée, dans le Sukothai moderne. Sukothai est minuscule et endormie ; quelques rues avec un marché, et des maisonnettes qui s’étendent, alors, au loin. Au bord de la rivière, passé le pont, se trouve un temple misérable où les moines vivent dans des conditions qui rappellent l’age du silex, ou presque. Au milieu du jardin central, devenu brousse centrale, et de sa mare emplie de poissons chats, courent les poules avec quelques plumes qui leur ont été laissée par soit des voleurs, soit leurs compagnes bagarreuses. Il y a aussi des chats entourés d’insectes suspects et des chiens bourrés de tiques, couverts de gale. Les pauvres s’empilent au centre du parc, sur les deux ou trois bancs encore capables de supporter un derrière, aussi maigre soit-il, et attendent la pitance qui viendra, soit du marché, soit des bonzes, s’ils la mendicité du jour a été bonne.

 

Les samedi et dimanche soirs, il y a un marché dit « du dimanche », le long de la rivière, près de la station de police principale qui se trouve presque hors de la ville. On y trouve un marché de nuit – donc, des tas de petites échoppes de nourriture, et des tables, et des chaises, et une grande tente destinée à offrir un spectacle aux clients qui viennent manger et boire.

 

Boire, surtout.

 

Mais bon, la bière est légère et délicieuse, que ce soit la Singha ou la Leo. Les spectacles sont d’un kitch qui ravit, et j’essaie chaque fois que je suis à Sukothai de traîner pour y passer le week-end, pour vivre ces soirées de fêtes thaies avec la population locale. Je m’y plait, je m’y sens heureux.

 

Ce soir, pas de marché du dimanche, puisque nous sommes jeudi –hm, je crois, du moins. Ce sera donc un rapide tour en ville, pour trouver un cybercafé, afin de vérifier ma messagerie, au cas où… Ensuite, un verre, un repas qui sera certainement délicieux, à ce que mon nez me fait savoir quand je passe le long des cuisine pour revenir à la salle de restaurant qui fait la façade. Je file donc en ville, où il ne se passe rien, longeant les rues vides aux boutiques qui envahissent les trottoirs. Passage rapide dans un cybercafé pour voir que je n’ai rien reçu d’important : quelques centaines de spams me proposant du viagra, des assurances, des prêts bancaires. Plusieurs orphelines africaines craignant Dieu me demandent de sortir d’un coffre anonyme le produit des rapines de leur papa, mort avant son temps, et me promettent un quart du pactole. Les sites de cul, qui formaient, à une époque, la plus grande partie des messages de spam, ont complètement disparu, on dirait.

 

Ah, et puis, bien évidemment, une rafale de messages avec pièce jointe infectée de l’un ou l’autre beau virus…

 

Bon, rien de bien intéressant. J’envoie un mot rapide à mes amis en Europe, afin de les rassurer quant à ma santé, ferme l’ordinateur, paie mon dû et retourne vers le pont, vers mon petit hôtel. Chaque maison embaume le riz du soir. On en salive. A deux pas du pont, le chic hôtel de new Sukothai, régulièrement inondé lors des pluies d’automne, et deux salons de massage avec de lourdes et souriantes masseuses qui font signe. Non, pas envie ce soir. On verra demain, après la promenade dans les temples.

 

A table. J'ai intérêt à courir, avant que les autres clients aient tout mangé.

 

 

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16/10/2006

La descente vers Sukothai

La Thailande – et même, en général, l’Asie du Sud Est - "par les petites routes", ça veut dire qu’on prend le bus. Bien entendu, je pourrais prendre le train, qui est confortable, ici, en Thailande, et qui part et arrive à l’heure. Mais bon, j’aime bien le bus, dans sa variété et son confort d’utilisation.

 

Confort d’utilisation, cela veut dire que toutes les villes et les villages sont desservis, avec un rythme étonnant d’intensité. Le dernier hameau voit passer certainement, deux ou trois fois par jour, un minibus, un bus, une camionnette avec la ville prochaine. Le système semble marcher on ne peut mieux.

 

Variété, cela veut dire qu’on peut prendre un bus dans toutes les classes possibles. Cela va du bus dit « VIP » à deux places plus une de front, devant lequel une hotesse en uniforme et calot, impeccablement maquillée, vous attend, vous donne à sa collègue qui parcourt le bus pour vous conduire à votre place, avec des toilettes aussi propres qu’en Suisse, des boissons fraiches, du thé, un repas, une climatisation qui est modulable selon les places, une place pour les jambes digne des premières classe de la Singapore Airlines, une décoration intérieure à hurler, faite selon les rêves les plus fous d’un architecte d’intérieur thailandais possédé par le feu sacré des dieux du kitch, jusqu’au car omnibus Busaircopour prolétaires avec des banquettes en skai couturées de points de suture, des vitres qui ouvrent et ferment aidées par l’huile de bras, de la place pour les jambes bien étudiée, si on est un nain, une aération plus… disons, plus « poétique ».

 

Le premier bus, du type VIP, donc, coûte une fortune, parfois plus cher que ce que coûterait un vol intérieur (en low cost, n’en rajoutons pas). Le dernier, est une carriole bringuebalante, avec un air conditionné rigolo, que l’on prend pour deux francs, trois sous et qui, tout comme la première, respecte scrupuleusement son horaire.

 

C’est juste que ça prend plus de temps.

 

Le voyageur, silencieux, aimable, discret et bourgeois, dans les bus VIP devient plus bruyant, mais toujours aimable dans les omnibus. On s’entend bien. Les gosses vous regardent, les yeux écarquillés. Tout doucement, ils se laissent apprivoiser. Vous donnez un bonbon via les parents, et vous en faites vos amis pour tout le voyage – c’est parfois une mauvaise idée vu que, comme tous gosses, ils sont facilement poisseux d’on ne sait pas trop quoi, et on ne veut d’ailleurs pas savoir. A dire en faveur du placeur du bus – il y en a toujours un - : il accorde à l’étranger, toujours trop grand, certaines places qui permettent à ce dernier de décroqueviller ses jambes et de ne pas mourir étouffé pendant le trajet.

 

Vu que j’ai pris un bus de jour, le trajet jusqu’à Sukothai n’étant pas immensément long, je n’ai pas pris le bus super grand luxe, avec rideaux rouges à parements dorés et films hurleurs joués durant tout le trajet, mais plutôt l’une de ces carrioles rigolotes qui s’arrêtent partout, se garent dans des endroits moins touristiques mais toujours charmants, voient passer, dans le Nord du pays, du moins, des vieilles mâchant encore du bétel, aux gencives et aux lèvres d’un rouge sanglant ; quelques demoiselles immigrées de Birmanie et encore tachetées de tanaka, de petits garçons ou des petites filles au visage rond qui doivent être leurs enfants, des messieurs édentés et souriant, ou timides, partis à la ville pour voir le diable de la banque, ou la fille qui travaille d’une manière qu’on à pas à connaître puisque, finalement, elle rapporte de l’argent.

 

Garoutiere

 

Avec mon sac de bonbons, une fois en route, je me fais donc mes amis habituels, plus un couple d’Australiens (Monsieur, descendant de déportés, Mlle, récente immigrée des Philippines – je parviens à cacher ma grimace) qui descend lui aussi à Sukothai. Le bus avance comme il le peut, embarque du monde ici, en abandonne là.

 

Cette année, un nouveau rêglement fait que les canards et autres bestiaux à plumes ne sont plus autorisés dans les bus. Ce n’est pas plus mal. Indépendamment de la grippe du poulet, la présence de poules et de canards vivants dans le bus peut être pénible. J’ai eu ça une fois et une seule, en Birmanie : nous devions certainement être deux fois trop nombreux dans le bus. Il y avait, de plus, du cargo de quoi remplir le bus à lui tout seul. Enfin, il y avait une petite centaine de poules à l’intérieur de la carlingue. Je ne sais pas si le règlement antipoules est respecté en Birmanie, mais il l’est ici, au vu des disputes infinies que l’on aura, à quelques reprises, à l’un ou l’autre arrêt, avec des voyageurs qui tentaient de faire rentrer leur ménagerie emplumée dans le bus.

 

Dans ces cas de disputes, le public regarde d’un air faussement distrait par les fenêtres, tout en ne perdant pas une miette de la dispute enflammée qui se déroule entre le conducteur, ou le distributeur de billets, ou les deux, et un passager qui essaie de faire entrer ses oies, ses poules ou ses canards en force dans le bus. Les asiatiques sont très badauds et friands du spectacle ; les Australiens et le Belge aussi, de toute évidence, sauf que nous ne pouvons pas saisir toutes les nuances de la conversation, bien entendu. Nous pouvons cependant noter les accents de désespoir, de rage ; nous pouvons saisir le ton cauteleux d’offres inavouables, le refus digne de l’homme en uniforme, les menaces du passager rejeté, et la résignation qui conclut l’échange, les cancanements déçus des canards qui sentent que le voyage se fera non pas dans le confort d’un bus, mais encagés, à l’arrière d’une mobylette, avec un vent de course à décorner des bœufs.

 

Ca, on a pas dans les bus VIP, et c’est la raison pour laquelle on prend les bus prolétaires. Du moins, quand le trajet n’est pas trop long.

 

Parfois, le bus s’arrête et un inspecteur entre, pour vérifier que les tickets et les passagers correspondent. La confiance ne rêgne pas.

 

Arrivée, après deux arrêts pipi et d’innombrables arrêts passagers. Partis à huit heures du matin, nous arrivons alors qu’il va être quatre heures de l’aprème. A la gare routière, quelques tuk tuk nous attendent. Leurs conducteurs se précipitent sur les passagers blancs, espèrent nous conduire à l’une ou l’autre gueshouse où notre arrivée leur fera gagner la pièce, en plus de la course que nous leur payons, bien entendu. Je fais affaire avec un conducteur avec l'idée d'aller à mon guesthouse habituel. Il me jure qu’il est plein – ce qui est bien possible - et me propose un autre établissement dont j’ai déjà entendu parler, en bien. Va donc pour ce dernier. Il est, de toute façon, temps d’arriver. La journée a été longue.

 

17:41 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Encore à Chiang Mai

Chiang Mai, c'est d'abord les temples de la vieille ville; c'est aussi les quartiers de l'Est, qui se bangkokisent, et ceux du Nord qui restent égaux à eux même. C'est aussi, pour le plaisir du touriste, la base de départs de treks simplets, pas trop lourds ni difficiles, avec une descente sur un radeau, pour terminer, dans le but de se mouiller et de bien s'arroser mutuellement, et une promenade à dos d'éléphant, pour commencer, pour montrer une photo à Belle-Maman, pour la faire bien rire.

 

Parfois, l'éléphant est rétif: il prend un passager en croupe - enfin, sur le palanquin - et démarre vivre sa vie, sans faire attention aux cris lamentables de son passager, de son cornac qui le poursuit, de sa famille qui reste au camp. J'ai ainsi, comme premier souvenir de trek, il y a longtemps, l'histoire d'un éléphant qui n'aimait pas sa passagère - une dame coréenne entre deux ages - et qui avait fait tout son possible pour la perdre, dans la forêt. La mari de la Coréenne, éploré, avait fait des pieds et des mains pour la récupérer. Au vu de l'attitude stoïque de la dame, pendant son kidnapping, puis à son retour, j'avais compris le mari qui, puisqu'il en avait une bonne, aimait autant ne pas la perdre. Cet homme était un sage.

 

Evidemment, on a tous tendance à faire notre cette petite annonce selon laquelle on échange une femme de quarante ans contre deux de vingt; mais ce n'est probablement pas une si bonne idée que ça. Les dames de quarante ans ont une patience que les demoiselles de vingt n'ont pas.

 

Disons que l'idéal, c'est une femme de trente ans. Dire que, dans les romans de Balzac, la trentenaire, c'est une femme qui peut écrire son journal de grand-mère... Le monde a changé.

 

Bon, tout ça pour dire que Chiang Mai, c'est non seulement une grande petite ville commerçante, mais c'est aussi la base de départ idéale du touriste un peu aventureux - témoins les myriades d'agences de voyage proposant des treks de toutes sortes - et c'est, enfin, le paradis de la bonne bouffe. De même qu'on peut voir, dans la ville nouvelle surtout, lesdites myriades d'agences de voyage proposant, ains ique je l'ai signalé, des treks de toutes sortes, on peut voir, dans la vieille ville surtout, des propositions d'apprentissage de la cuisine locale. Le cuistot, ou la cuistote, n'est en rien un préparateur exceptionnel, m'a-t-on dit, mais il a l'avantage de parler anglais - enfin, un peu - ce qui lui permet de transmettre l'information sans difficultés majeures. Les touristes qui s'inscrivent ici, ou là, n'apprendront rien de transcendant, du point de vue des grands cuistots, mais ils auront néanmoins le plaisir de savoir comment préparer quelques sottises rigolottes, qui leur permettront de briller dans la société de leurs amis proches, quand ils seront de retour à Fontenay aux Roses, à Bloemfontein ou à Birmingham.

 

C'est déjà ça.

 

CuisineJ'y ai moi-même envoyé des filles pleines d'enthousiasme, et qui en sont sorties, trois jours de "cours" plus tard, ravies. Au moins, elle avaient eu le sentiment, justifié, de ne pas bronzer idiot, comme on dit, et d'avoir appris quelque chose lors de leurs vacances asiatiques. Que demander de plus...

 

Enfin, à Chiang Mai, il y a quelques cours de massage, tout comme à Bangkok. Mais, tout comme les cours de cuisine, il s'agit de quelque chose de bien léger. Un vrai cours de massage, c'est trois mois. A Bangkok, au Wat Pho, on entre néophyte et on sort avec un diplôme, longtemps après. Sinon, on a droit qu'à un certificat qui, bien entendu, fait toujours impression, vu que c'est écrit en thai et que votre voisine ne saura jamais ce qu'il est exactement écrit sur le "diplôme"... Ca vous permettra de la tripoter, mais pas nécessairement d'arriver à vos fins - ou alors, votre voisine est une vraie blonde.

 

Le temps passe, et j'ai réservé mon prochain bus. Vu que je fais les petites routes, aucune raison de prendre le chemin de Bangkok, pour aller au plus vite vers le Sud... J'ai donc pris un billet pour Sukothai. Mon bus partira demain matin, tôt.

17:40 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/10/2006

Toujours à Chiang Mai

Quand je sors de la vieille ville, le soir, pour aller dîner dans les alentours du marché de nuit, négligeant bien évidemment les Brauhaus aux touristes teutons, je passe par la rue obligée, car seule et unique entre la vieille ville et le marché de nuit, au début de laquelle se trouvent les bars "chauds" de Chiang Mai. Quand je passe seul devant les bars, des troupes serrées de demoiselles habillées léger et titillant poussent des cris d'orfèvre, comme l'eut dit feu Alexandre Benoît Bérurier. Quand je passe accompagné, les même troupes serrées de demoiselles, toujours habillées à leur mode, se taisent et cherchent le chaland ailleurs. Un soir, avec la chère Binska, nous nous sommes assis dans l'un de ces bistrots, et ladite Binska m'a donné un cours de racolage - me montrant comment les filles savaient immédiatement après qui se fatiguer un peu en poussant des cris sensés l'attirer, ou des gloussements bêtes, et après qui ne pas se fatiguer. Ainsi, un homme qui passait seul bénéficiait d'appels stridents sauf... les pédérastes que les demoiselles reconnaissaient, de toute évidence, au premier coup d'oeil, quand on aurait pu me tuer avant que je puisse deviner quoique ce soit. Les messieurs qui passaient en groupe pouvaient bénéficier des cris perçants destinés à les faire entrer sur le champ dans le bistrot où elles opéraient, s'ils n'étaient pas des tantes, et ceux qui accompagnaient d'une manière trop lâche leur compagne itou.

 

De plus, Binska me fit noter la manière dont les futurs clients font le tour une fois, deux fois, de la section de la rue sur laquelle se trouvent les bistrots chauds, marchant plus lentement que le touriste innocent, sous les assauts hurlés des demoiselles (dont certaines n'étaient d'ailleurs probablement pas du beau sexe), et la manière dont les filles modulaient leurs appels, plus ou moins enthousiastes, dépendant de la probabilité de clientèle.

 

Il est bon d'avoir une amie qui saisit tout cela. La fois suivante, on a l'air moins bête.

 

Binska et moi, on avait cependant été assez salauds, vu que les clients potentiels, voyant un couple de toute évidence innocent sur la terrasse, n'avaient pas osé entrer, pendant que les filles attachées au bistrot, avec une délicatesse louable, s'étaient réfugiées vers le fond, ou étaient parties faire du rabattage à mobylette pour plus tard, dans le but de ne pas nous effaroucher.

 

La péripatétitienne Thailandaise peut être - non: est - délicate.

 

Un peu plus loin, passé la section chaude de la rue, donc, on passe un canal que j'ai connu puant comme les klongs de Bangkok, qui est maintenant presque propre, parfaitement cimenté, et on arrive aux premières échoppes du marché de nuit. Parlant de canal parfaitement cimenté, je dois aussi dire que la rue, que j'ai connu en tant que piste cahotante, est maintenant macadamisée. Elle était bordée de cahutes - hors les bars chauds qui bordent ses débuts - dans lesquels on pouvait manger un bout, acheter des babioles, se faire coiffer, se faire raser, prendre un verre ou encore se faire masser par des bobonnes rigolardes et expertes. Les deux derniers pâtés de cahutes ont disparu sous des hôtels de dix étages, eux même menacés par plus grand et plus chic. Du côté Est de la ville, chaque retour est une surprise et je ne reconnais qu'à peine mon vieux Chiang Mai. Je le retrouve vers le Nord, aujourd'hui.

 

Au Nord, j'ai, pendant la journée, le plaisir de trouver un quartier chinois, extrèmement commerçant - mais toute la population Thai l'est, commerçante, je veux dire - et gaîment achalandé de tout le petit peuple des alentours, qui a quitté la partie Est qui se modernise en perdant son âme, pour recréer son vieux Chiang Mai. Le marché de nuit, en attirant les touristes, a perdu son âme, et les quartiers Nord l'ont trouvée sans la lui rendre.

 

Quand on a passé les murailles qui délimitent la vieille ville et les faubourgs du Nord, on passe quelques rues dans lesquelles tout se vend - principalement des vêtements - et on arrive à la rivière, parfois haute, parfois basse, en traversant un petit marché-restaurant. Vu les dernières pluies, la rivière est haute, pour le moment, mais cela n'empèche pas les locaux, sur la rive extérieure, de s'assembler sur un banc de sable pour la journée, puisqu'il fait beau pour le moment, afin de pècher, tout en buvant de la bière.

 

Passé le pont passerelle, on a une délicieuse petite pagode qui surgit presqu'en face, avec un stupa délabré et l'un de ces charmants musées à la thailandaise, qui est un condensé de tous les musées locaux que l'on peut voir ici: un bric à brac qui fait sourire, avec deux planches de timbres oblitérés, de tous pays, une collection offerte au temple par un gosse, le jour où il a quitté le siècle pour devenir moine; une douzaine de téléphones qui ne seraient pas dignes, chez nous, d'orner les étagères de chez le brocanteur du coin; un perroquet empaillé; quelques photos du roi, d'une vieille dame inconnue, d'un bâtiment sans doute détruit depuis longtemps, d'une voiture encadrée par son propriétaire, souriant, et de son épouse... Il faut s'arrêter devant tout, sous l'oeil d'aigle du moine qui surveille le local, et témoigner d'une satisfaction enthousiaste, en sortant.

21:36 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/10/2006

A Kuala Lumpur, par les petites routes (d'abord: Chiang Mai)

Quelques jours plus tard, de retour à Bangkok. Je suis descendu, comme je le fais toujours, par petites étapes. D'abord à Chiang Mai, qui est la deuxième ville de Thailande, derrière Bangkok, mais loin derrière: alors que la cité des anges compte, à la grosse louche, aux alentours de douze millions d'habitants, on parle d'un bon million ici. Chiang Mai est, de plus, un paradis culinaire et on y mange merveilleusement, aussi bien sur les marchés de nuit que dans les restaurants populaires, ou de luxe. Les cantines de rue ne sont pas en reste et, là encore, on déguste des merveilles.

 

Il y a aussi des restaurants d'expatriés, aux noms fleurant bon la Bavière, la Flandre profonde ou l'Italie... Le coup des Brauhaus allemandes reste toujours le plus surprenant - et surtout le succès qu'elles ont. Des troupes serrées de gras touristes à l'accent tudesque, aux chaussures de marche et aux Lederhosen gaiement ornés d'edelweiss brodés, vont non seulement y savourer une bière, ce qui serait encore compréhensible, mais aussi y manger un bon gros repas de saucisses accompagnées de Knödels et de choucroute. De joyeux yodels s'en échappent, en fin de soirée, pendant que les danses traditionnelles tyroliennes font trembler la baraque. Faut vraiment vouloir...

 

Outre le marché de nuit, devenu bien touristique, on trouve de réelles splendeurs, hors ville, produites dans des manufactures de tout et de rien, d'un artisanat qui ne l'est guère, mais qui sont belles et pas bien chères. PépinsCela va de services de vaisselle dont chaque modèle donne envie de le reprendre en Europe, à de délicieux objets inutiles.

 

Mais bon, pour moi, Chiang Mai, comme ses soeurs du Nord, c'est une source presque inépuisable de temples. J'y viens pour la cinquième, ou la sixième, fois et j'y découvre encore de nouveaux temples, bien discrètement planqués dans des endroits un peu inattendus. Ce peut être en ville,dans un quartier qui m'était jusqu'à présent inconnu; ce peut être, un jour où j'avais décidé d'aller me promener par mons et par vaux, le long d'un chemin, que l'on trouvera un Bouddha couché abandonné de tous, mais pas abandonné au point de ne pas avoir, à ses pieds, une fleur ou quelques grains de riz.

Buddhadort

Il y a un petit côté breton, dans cette floraison de statuettes partout.

 

20:08 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/10/2006

Chiang Rai et ses temples tout de bois

Ayant mis mes petits camarades dans l'avion, à l'aéroport flambant neuf de Chiang Rai, j'ai maintenant tout mon temps rien qu'à moi. J'adore ce temps libre, au cours duquel je peux me promener, bien tranquille, d'un temple à l'autre. La région du Nord se divise, en ce qui concerne son architecture religieuse, entre de charmants petits temples en bois, gracieusement tordus et circonvolutés, Templebois2marquetés de dorures et peu visités par les touristes, et d'orgueilleuses bâtisses de stuc, couvertes de vermillon, d'or et de morceaux de verre concassé, destinés à briller au point que c'en est attention les yeux.

 

Cette dernière école a fait florès à Bangkok, où l'on trouvera, dans les temples royaux qui bordent le Chao Praya, des joyaux délirants de ce qui était, à l'origine, déjà assez lourd... Au sud de Chiang Rai, ainsi, il y a une petite merveille pesante et orgueilleuse, un monastère dont l'immense stupa en or couronne une colline, témoignage non tant de la dévotion des fidèles que de la richesse de certains commerçants donataires, maintenant enterrés - enfin, non, on n'enterre pas, chez les bouddhistes; on incinère -  dans les petits stupas qui entourent le géant étincelant. Nous retrouvons ici, quand on y pense, ce que nous avons connu, au Moyen Age, à Bruges ou un peu partout dans les Flandres, quand le bourgeois cousu de maravédis voulait en foutre plein la gueule à ses voisins... et qu'il mettait, il faut le dire, tous les moyens à la disposition de son ambition. Les beffrois qui, d'Utrecht à Calais, ornent le paysage, nous le rappellent. Certains ont disparu pendant la première guerre mondiale - celui d'Ypres, par exemple - mais la plupart sont restés, et font le cauchemar des gosses forcés, le dimanche, de suivre papa et maman, admirateurs de vieux cailloux, de vieux clochers en béguinages, alors qu'il serait tellement plus agréable de rester étalé devant la télévision, à regarder la starac.

Templedoré

Gros avantage, pour en revenir aux temples thais: dans le nord, il n'y a presque jamais ces singes chapardeurs qui, dans le sud, empoisonnent la vie des dévots et des touristes, en leur faisant les poches.

 

Dans la modeste bourgade de Chiang Rai, il doit bien y avoir une quarantaine de temples, de bois ou d'or, qui méritent la visite, sans enfants.

 

Les temples riches appellent la richesse, et si les vieux temples de bois ont tout le charme de leur solitude, les temples dorés accumulent les dons. Ces derniers, redistribués, font de l'appareil bouddhiste l'équivalent européen de la sécurité sociale. Le riz, les légumes quotidiennement donnés au temple sont à peine touchés par la communauté, et redistribués aux pauvres, lors des grands repas du matin. L'argent qui rentre, quant à lui, disparaît soit dans les réparations permanentes, soit dans des améliorations faites au temple, ou dans des ajouts, annexes, que sais-je... jamais dans le confort, en tout cas, mettant ainsi au travail des centaines d'ouvriers et de portefaix illettrés. Le système fonctionne bien et permet, de plus, à des merveilles de pousser, suscitant l'admiration de tous.

Stupadoré

 

 

Quelques jours se passent, ainsi, à aller d'un temple l'autre, toujours aimablement reçu par l'un ou l'autre moine qui sait que vous êtes un amateur - on est vite repéré dans une bourgade de ce genre - et qui a plaisir à vous expliquer son monastère, son temple, tout en perfectionnant ainsi son anglais. Parfois, nous prenons le thé ensemble, devant le regard indifférent d'un chien galeux.

 

16:37 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/10/2006

Les marchés de nuit

Sur les marchés de nuit, on fait du shopping - une rage, en Thailande, mais une rage qui vise de plus en plus les touristes - et on mange. Les Thailandais passent le temps à bouffer. Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, ils s'arrêtent à toutes les petites popotes, dans lesquelles, sur lesquelles chauffe la spécialité du patron: des poulets, des poulpes, des poissons, des trucs et des machins frits, sur lesquels, immanquablement, on verse une sauce pimentée qui n'est jamais assez forte pour les locaux, qui rajoutent à la sauce pimentée une poudre de piments sèchés, mais qui ferait s'évanouir du choc un grand nombre d'occidentaux innocents. Par contre, pour les étrangers qui ont découvert la cuisine thai de bord de route, il n'y a jamais assez d'épices, et nous impressionnons alors les locaux, par l'ajout démesuré que nous faisons de piment supplémentaire.

 

A Chiang Rai, la cantine du marché de nuit, c'est une grande place encombrée de tables, entourée de cantines qui fonctionnent dès le soir venu. Chacun prépare, donc, son truc à lui; deux sont spécialisés dans la distribution de boissons, et un petit dernier fait dans le grignottage d'apéritif: ce sont différents coléoptères sèchés, grillés, salés, qui accompagnent agréablement la bière vespérale. Nous nous installons à côté de cette dernière popotte, bières commandées, pour faire venir à notre table des criquets, des vers, des asticots, des hannetons, des trucs et des machins qu'il est étrange de manger, mais qui ne sont pas mauvais du tout. 

worms

Enfin bon, il faut quand même, d'abord, penser à autre chose, alors qu'on s'enfile les premiers zakouskis.

 

C'est alors que nous sommes en train de nous mettre en forme pour le repas, à coups de sauterelles grillées, que nous recevons l'appel d'Abdelkrim, entrant en ville dans un minibus qui l'a pris sur la route, et d'une humeur massacrante. On lui dit où on est et on se jure bien de ne faire aucun commentaire, de ne poser aucune question. C'est bien lui qui, tôt ou tard, pour faire sortir la vapeur, nous racontera ce qu'il aura envie de nous raconter. Une fois qu'il nous a rejoint, effectivement, nous aurons droit au détail de ses dépenses destinées à corrompre les officiers qui n'attendaient que ça, et son départ, trois heures perdues et son viagra itou, vers Chiang Rai. Il noie son agacement dans la bière, gromelle encore quelques commentaires désagréables concernant les flics locaux, puis nous demande où se trouve le prochain bordel, vu qu'il doit se changer les idées. Nous le remettons à un tuk tuk, tout en nous assurant qu'il saura revenir jusqu'à l'hôtel, et qu'on pourra, demain en fin de matinée, le remettre dans son avion.

 

Fin de la soirée.

00:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/09/2006

Viagra, viagra, viagra...

La police Thailandaise est toujours d'attaque, quand il s'agit de vérifier les bagages des touristes qui reviennent du Nord. Nous avions bien tranquillement voyagé, sur nos éléphants, puis dans une antiquité à quatre roues, de retour jusqu'à Ta Chi Leik. Arrivé là, nous prenons une heure à faire le tour du marché - en d'autres mots, de la ville - pour voir tout ce qui est offert: des montres de toutes marques, mais fausses; des vêtements de toutes marques, mais faux... Des filles, des films cochons, des appareils à l'usage douteux, du tanaka, encore et toujours, du cialis et du viagra, ainsi que du viagra, et encore du viagra.

 

Abdelkrim s'achète, malgré les respectueuses remontrances d'Ange, deux douzaines de boites de viagra, à un prix qui semble être très compétitif, sauf que, selon Ange, le produit est tellement faux que la seule chose qui s'élèvera, à l'ingestion d'une boite entière de ces fameuses pilules bleues, ce sera le taux d'acidité de l'estomac. J'en rajoute une couche, rappelant à Abelkrim que la maréchaussée thailandaise fouille assez souvent les véhicules qui reviennent de Mae Sae, vu les achats de produits parfois pas tout à fait légaux qui peuvent se faire dans la région. Bon, usuellement, on parle d'opium, mais les flics ont la vue large et des intérêts variés. Abdelkrim, farouche, n'a cure de nos bons conseils. Il me faut supposer qu'il a des appétits supérieurs à ses moyens. Tant pis pour lui.

 

Après qu'Abdelkrim se soit donc acheté son espoir en boite, je repasse la frontière légalement, pendant que les autres la repassent, hmmm, moins légalement, via la rivière. Nous nous retrouvons devant notre guesthouse et montons dans un minibus qui nous attendais. Départ vers Chiang Rai, où je mettrai mes deux zouaves dans l'avion, pour Bangkok, d'abord, puis pour l'Europe, pendant que je poursuivrai mes périgrinations. La route est belle et serpente entre les collines d'un vert d'émeraude. Le minibus est confortable, quand on y est à six, la mission est finie et nous nous relaxons.

 

Quand un flic nous pousse sur le côté, à l'occasion d'un contrôle, à quelques kilomètres de Chiang Rai, tout change. La fouille est rapide, mais la caisse de viagra d'Abdelkrim l'égorgeur fait mauvais genre. Il est immédiatement arrêté, pour trafic de substances restreintes, comme on appelle cela. En d'autres mots, il n'est pas pharmacien, et ne peut expliquer à la maréchaussée la possession d'une véritable pharmacie. On le lache avec les flics, auxquels il aura certainement à payer une bonne centaine de dollars - c'est un tarif connu... - avant d'être relaché, sans son viagra. Si on restait, avec lui, la somme destinée à la rançon doublerait...

 

Pour le reste, la fliquerie locale a sa dignité, comme toute fliquerie, et ne souhaite pas montrer au grand jour son niveau de corruption. Les savantes tractations qui se feront entre Abdelkrim et l'inspecteur chargé de son cas doivent rester confidentielles. Pas de témoins étrangers.

 

On joue donc aux touristes innocents qui ne savaient pas, et ne connaissent pas le traficant criminel, tout en lui rappelant, mezzo voce, que, dès qu'il sera relaché, contre espèces sonnantes et trébuchantes, nous sommes à tel hôtel, où nous l'attendons prochainement... et que son avion s'envole demain soir.

 

Et puis nous repartons, à cinq, en ricanant sous cape. Ce n'est pas beau de notre part, mais vu qu'on sait la faiblesse de notre tueur, et qu'il n'est pas là, ce serait gros de se gêner. Arrivée à Chiang Rai, et installation dans notre petit hôtel discret, douche, et puis promenade tranquille jusqu'au centre ville, et massage. Ah, les massages thailandais, traditionnels et honnêtes, restent une bénédiction.

 

A Chiang Rai, j'ai un établissement préféré dans lequel une enragée entre deux ages et au PMS permanent, se fait une joie de torturer tout client innocent qui rentre chez elle. J'envoie Binska en éclaireur et, dès que, dans la distance, je crois noter qu'elle a hérité de l'hitlérina du massage thailandais, je pousse mes petits camarades dans le salon. Deux heures plus tard, ladite Binska sort en se demandant si c'était Nagasaki, ou si c'était Hiroshima, qui lui était tombé sous la tête. Pour nous, c'était, comme toujours, merveilleux.

 

Un massage thailandais dit "traditionnel", c'est deux heures de nirvana.

 

Vu l'heure, nous décidons de ne pas prendre de tuk tuk pour retourner à l'hôtel, et allons directement au marché de nuit, pour la soupe.

23:56 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/09/2006

La croisière du Tanaka (arrivée chez Aye Aye)

Les nuits sont fraîches, en montagne, au Myanmar, et nous allons bientôt nous étaler sous nos couvertures. La saison n'est pas propice aux moustiques et nous n'avons, de ce fait, pas besoin de nous étaler ces crèmes poisseuses et ces onguents collants, dans le but de nous protéger. Tant mieux. Ange et ses deux fiancées sont dans le fond à gauche et nous savons vite qui ronfle et qui ne ronfle pas, dans notre groupe. Pour les deux filles, on savait déjà.

 

L'intérieur de la cahute est très aéré, ce qui explique nos couvertures, en cette saison, et l'usage de la moustiquaire. Nous en avons deux gigantesques, qui protègent d'un seul envol le banc gauche et le banc droit de notre dortoir. L'age a malheureusement fait souffrir les moustiquaires trouées ici et là, ce qui leur fait perdre une bonne partie de leur efficacité. Espérons qu'un grand nombre de moustiques, en été, est un peu aveugle...

 

En attendant, la nuit passe vite, entre deux jets de chaussures de marche, bien boueuses après nos promenades dans le village, vers les sources de ronflements. Je me lève alors qu'il fait à peine jour et file me doucher. Pour cela, il me faut ma serviette de bain, mise à pendre sous l'auvent, hier soir, et maintenant couverte d'escargots que j'éparpille en secouant la serviette. Pourquoi diable ces animaux se sont-ils précipités - enfin, "précipités" est peut être un terme un peu vif - sur ma serviette, et sur les autres serviettes, pendant la nuit? L'amour pour le savon? On m'a juré, un jour, que la raison pour laquelle on trouve des escargots jusqu'en haut des immeubles, c'est qu'ils mangent la peinture... Quelle idée.

 

Quoiqu'il en soit, le passage, en grand nombre, des escargots sur la serviette, rend le sèchage moins excitant. Dans le but d'éviter toutes criailleries et récriminations ce matin, quand je reviens de la douche, je secoue toutes les serviettes de bain, afin d'en éliminer les escargots qui les ont aussi envahies. Serviette après serviette, ils s'envolent dans tous les sens. Je remarque avec satisfaction que, si je n'étais pas le seul envahi, j'ai cependant été le plus envahi: je dois être meilleur à manger que les autres - ou alors, c'était le choc de la première serviette. Si c'est que je suis bon à manger, c'est inquiétant pour mes plans de voyage en Papouasie.

 

Pendant ce temps, les locaux se sont réveillés eux aussi, et l'eau chauffe, les oeufs se brouillent, le pain se toaste. Bientôt, le petit déjeuner est servi, sur une grande table où nous arrivons tous, attirés par le fumet délectable qui se dégage du thé frais. Le lait que je vois sur la table m'intrigue, vu qu'il ne semble pas y avoir une vache capable de donner du lait, ici. Un local m'explique qu'on trait, ici, les buffles. Le lait a un goût sucré pas désagréable, un peu différent. Là encore, je ne transmets pas aux autres mon savoir tout neuf. Il y a des choses qu'il vaut mieux garder pour soi.

 

Nos baluchons refaits en un tournemain, on remonte sur nos éléphants. Les filles sont de meilleure humeur, après la bonne nuit qu'elles viennent de passer, à la dure, sous quelques couvertures qu'elles soupçonnaient d'être plus ou moins propres, débarbouillées à l'aube sous un jet d'eau presque glacé. Et encore, elles ne savent pas le passage des escargots. Ange les pousse jusqu'à leur éléphante sur lequel elles remontent en gémissant, et en jurant leurs grands dieux que jamais on ne les y reprendra. Nous rions sous cape: si elles savaient...

 

Nous reprenons notre chemin boueux, sur lequel seuls les éléphants sont capables de circuler sans glisser. Il fait chaud, il fait lourd. Après quelques heures de route, il est temps de s'arrêter, au bord d'une rivière, à deux pas d'une cascade engageante, pour abreuver les éléphants, et pour nous sustenter. Les villageois nous avaient emballés, dans des feuilles de bananier, des mets délectables que nous dévorons, installés plus ou moins confortablement au bord de la rivière. repaschampètreIl suffit d'ouvrir la feuille soigneusement  repliée, de se tailler, dans un arbre soigneusement choisi, qui ne transpire pas de sève empoisonnée et, idéalement, pas de sève du tout, deux batonnets qui feront office de baguettes, et sinon, de faire office de nos doigts pour les plus paresseux. La rivière étant à deux pas, et ses eaux semblant cristallines, c'est faisable. Evidemment, ça fait moins chic...

 

Les nouilles sont divines.

 

Ce qui est toujours extraordinaire, en Asie du Sud Est, c'est la fréquence des repas, quand on voit la manière dont tout le monde - sauf les locales, pour un nombre non négligeable - reste mince jusque dans son grand age. Quant aux dames indigènes, passé un certain age, il faut supposer que la cuisine à l'huile - on frit tout ici - parvient à défaire le courageux métabolisme qui a protégé autant qu'il a pu le faire les formes fluettes des jeunes filles. Presque toutes, un beau matin, se retrouvent avec un ventre qui fait, de leurs graciles hanches d'adolescentes, un souvenir.

 

Dommage.

 

Leur reste un sourire délicieux, une gentillesse vraie, de ces choses qui font d'une personne que l'on rencontre, une personne que l'on a envie de rencontrer.

 

Le repas fini, les éléphants abreuvés, l'éléphanteau joueur réfugié auprès de sa maman, on regarde l'heure et on voit qu'on est largement dans les temps. A la prière de la troupe, on décide d'aller nager un peu, et de se rafraichir, le temps d'une douche, sous la cascade.

Cascade

Ca fait plaisir.

 

Nous voilà bientôt de retour sur nos bestiaux et, une heure plus tard, arrivant au village où Aye Aye nous reçoit, doublement ravie de sa paie en dollars et en filles.

 

*************************

 

La scène affreuse lors de laquelle Ange donne les filles à Aye Aye, et où ces dernières, quoiqu'assez bien bourrées, comprennent qu'il se passe quelque chose de pas trop catholique, je ne vais pas vous la faire partager. C'est trop triste.

 

Je ne vous donne pas de photos d'Aye Aye non plus, vu qu'elle est assez timide devant l'appareil photo, ne souhaitant pas apparaître un jour au milieu d'une affiche avec marqué "Recherchée" au dessus, et une somme quelconque au dessous.

 

Je ne puis vous proposer de photos du village non plus,dans le but de ne pas mâcher le travail de la maréchaussée locale, au cas - bien improbable, dois-je ajouter - où cette dernière déciderait que le trafic du tanaka doit dorénavant passer entre les mains rapaces de la junte militaire.

 

Quoiqu'il en soit, en contrepartie de mes bons dollars et des deux filles, Aye Aye nous donne les presque vingt tonnes de tanaka promises, que nous allons immédiatement incinérer dans le four crématoire de la pagode voisine. Il faut savoir que, dans les campagnes, et puisque les bouddhistes, une fois mort, se font incinérer, chaque pagode, chaque temple, possède son crématorium. Pour une modeste obole et deux grands sacs de riz, le bonze en charge met son four en marche et fait disparaître en chaleur et en fumée les vingt tonnes (on en a pour plus d'une journée) le redoutable concurrent des divers produits issus de la baleine.

 

Ca ne fait pas l'affaire des baleines, et alors que le feu ronfle gaîment, j'ai un vague vague à l'âme. Marie, où êtes vous... institutrice, jouant de l'orphéon, entourée d'enfants ravis...

 

Ah, c'est le passé, tout ça.

 

Bon, il est temps de rentrer vers la Thailande. Alors qu'Aye Aye, pressée par ses sens, abrège les adieux afin de s'amuser avec ses deux nouvelles camarades éplorées, nous remontons sur nos éléphants pour retourner jusqu'à Ta Chi Leik.

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22/09/2006

La nuit à la campagne

Les filles sont envoyées prendre une douche bien méritée. Le problème, c'est que dans les hameaux où l'on peut s'arrêter, dans le meilleur des cas, il y a une cahute au fond à gauche du village, cahute aux murs percés et dans laquelle il y a un trou qui, suivi d'un tuyau penché, fait office de toilettes, pendant que la douche, dans une deuxième cahute, est un simple tuyau d'arrosage avec de l'eau à la température ambiante. Quand on a bien transpiré sous la chaleur lourde qui nous accable, c'est plutôt agréable, je dois dire.

 

Dans le cas du hameau où nous nous arrêtons, les toilettes sont tout simplement luxueuses, puisqu'il s'agit d'une vraie dalle faite rien que pour ça, avec un trou parfaitement rond au milieu, qui rappellera aux lecteurs Français les toilettes dites "à la turque", qui font encore aujourd'hui l'ordinaire des petits coins des bistrots de province.

 

Un tonneau, à côté, permet de faire disparaître l'objet du délit, une fois le bizenesse perpétré.

 

Quant aux larges interstices qui indiquent un montage de la cahute à la va-comme-je-te-pousse, ils permettent une aération qui fera bien plaisir à la personne qui vous suit, une fois que vous sortez des toilettes.

 

Bref, tout le monde se prend une bonne douche, les filles les premières, vu leur état, et elles ne râlent pas trop, faisant même semblant de croire aux vagues excuses que nous leurs faisons, quand nous jurons nos grands dieux que nous n'avions pas compris, pas entendu, que sais-je... Elle se renippent propre sur elles, et vont se prendre une bière pour se remettre de leurs émotions. Pendant ce temps, les éléphants sont nourris, lavés, et le fiston d'une éléphante, qui a suivi sa maman depuis le début de la journée, barrissant de temps à autre, avec toute la pétulance de son amour filial, est choyé par Binska, dont l'amour pour les éléphants est proverbial.

 

Ce petit bonhomme est adorable, sa gourmandise est amusante, sa recherche des caresses est attendrissante. Quant à sa chevelure hérissée à la rocker des années soixante-dix, elle est cool, comme le diraient mes cousines.

 

Bref, il a droit à des doudouces, à un bouchonnage, à des pousses choisies, et il en est fort satisfait. Une fois Binska à court de bananes, de pousses de bambou et d'épis de maïs, il se relève et retourne chez sa maman contre laquelle, plus tard dans la soirée, il s'endormira, alors qu'elle lui chante une berceuse.

 

Pendant ce temps là, chez nous et chez les autres bestioles, ce sera le repas, puis une nuit de sommeil réparateur, pour les éléphants et pour leurs vaillants cavaliers. La maison qu'on nous a réservé, à nous, les humains, possède un charme rustique tout à fait appétissant pour ceux qui aiment.

Les filles en ont fait le tour, pour bien vérifier qu'il n'y a pas d'araignées. Satisfaites par leur inspection, elles sortent, propres comme des sous neufs, pour aller baguenauder dans le village dont elles reviendront vite, vu que la poussière et la boue sont sales, et ... qu'il y a des chiens. Ah, une campagne sans araignées et sans chiens, sans poussière et sans boue, je me demande si c'est la campagne... De plus, les chiens, un peu comme l'éléphanteau qui nous accompagne, sont du genre affectueux, quémandeur, et sont dès lors collés aux jambes de toute personne susceptible d'avoir un bout de kekchose à manger en poche... Bref, des chiens.

 

Cette fois ça, nous ne faisons plus vraiment attention aux récriminations des citadines et nous entammons le repas, arrosé de bière presque fraiche, et qui durera jusque loin dans la nuit.

Puis, Ange rembarque ses fiancées, nous les suivons, nous voilà à dormir, sous une couverture de campagne, sans - c'est à signaler - le moindre moustique. On a ainsi tendance à vouloir imaginer que les pays du Sud Est Asiatique sont couverts sous des nuages de bestioles mordantes et piquantes. C'est faux.

 

La nuit se passe sans rien de bien particulier, sinon que, profitant de l'obscurité, certains ronflent comme des sonneurs. Je soupçonne tout le monde. Le matin approche en tapinois.

12:06 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/09/2006

Dans le plus sombre de la verdure

Pendant que les filles digèrent les trois bouteilles de Chang qui ont accompagné leur repas, on les tire et on les pousse jusqu'à l'échelle près de laquelle leur éléphante les attend. Elles gloussent alors qu'Ange le maque, aidé d'Abdelkrim l'égorgeur, les soutient sous leur postérieur pour les faire monter, marche par marche, le long de l'échelle, jusqu'au moment où toutes deux sont assises côte à côte sur le palanquin. Ensuite, on les attache solidement, tout en les distrayant avec une dernière petite Chang bien fraiche, puis nous montons sur nos éléphants respectifs et, guidés par les cornacs d'Aye Aye qui ont miraculeusement apparu pendant le repas, nous nous dirigeons vers la forêt qui couvre les collines. Le chemin que nous prenons, détrempé par des pluies précédentes, n'est que boue. Ca plait assez bien aux éléphants qui en profitent pour patauger comme des gamins et qui s'arrêtent parfois, sous la direction bonnasse des cornacs, pour arracher le plan vert tendre d'une tige de bambou. On ne va pas trop vite. Les filles hurlent régulièrement, vu qu'elles voient des araignées un peu partout, mais comme leur cornac ne comprend pas un mot d'anglais, qu'elles ne parlent pas un mot de pâli, que l'éléphante se fiche du tiers comme du quart de leurs cris, qu'elles sont assez loin de moi, qu'elles sont attachées à leur palanquin et que, de toute manière, c'est bien haut pour sauter - dans la boue, qui plus est - ont ne fait pas trop attention à leurs cris. Abelkrim et Ange, qui commençaient à stresser, se relaxent assez bien, sur leur éléphant qui suit le mien - je suis le chef, après tout.

 

Je masque leur visage, vu qu'ils travaillent encore pour moi, et pour eux, parfois aussi, dans le département 93 et que ce serait triste s'ils avaient des ennuis avec Mr le ministre Sarkozy. Je masque aussi le visage de l'une des deux rousses, visible dans la distance, pour éviter que ses parents la tracent. Pour les éléphants, pas de problème, personne ne les recherche - ni flics, ni famille - donc je ne masque pas.

 

Ouai, je masque le profil de la rousse aussi mais, quand j'y pense...à ce jour, même si les rossebiffes le voulaient, je ne crois pas qu'ils retrouveraient deux institutrices britanniques, disparues dans un bordel de campagne, dans la région de Wan En, ou ailleurs.

 

Les éléphants avancent d'un pas de sénateur, balayant de la trompe devant eux, usant de cette dernière très exactement comme les aveugles avec leur canne, quand le terrain descent, faisant la course quand ils se hâtent lentement vers les points d'eau, y remplissant leur trompe pour s'arroser, ainsi que pour arroser leurs cavaliers, quand le chemin est plat et que la forêt s'éclaircit. Les dindes, trempées d'eau boueuse, râlent, sur leur éléphante qui pète à tout instant. Ange qui prévoit qu'il y a encore une soirée avant de se débarrasser du fardeau, fait hypocritement semblant de s'inquiéter un peu, pendant qu'Abdelkrim ricane sous cape.

 

Les berbères, ce ne sont pas des gentils, avec les femmes.

 

Une chose qu'on a un peu négligé, et comme on ne les écoutais pas criailler dans la distance, c'est embarrassant pour les filles, c'est que nos deux voyageuses sont de sexe féminin et que, dès lors, elles ont une vessie de la taille d'une noix. Donc pipi nombreux. Là, entre le repas de midi, abondamment arrosé, et l'arrêt en fin de journée, malgré la chaleur plombée qui nous fait transpirer, il y a eu quelques heures et les filles n'ont pas pu tenir jusqu'à l'arrivée. Dire que, à l'arrivée, elles sont furax et humiliée n'est pas peu dire, mais Ange le maque, phisosophe, nous assure que c'est la meilleure méthode pour les attendrir pour Aye Aye.

20:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |