07/05/2007

Allons dire bonjour aux Papous

Mais le temps passe et je dois, sous peine de me retrouver avec un visa obsolète, songer à terminer mon périple en Indonésie, pour passer à un autre pays. J’ai encore quelques jours, et j’envisageais d’aller aux Célèbes, à partir desquelles je pourrais refiler vers les Philippines, ou vers la Papouasie Nouvelle Guinée. Les Philippines… ça ne me dit qu’à moitié. Mais ce que j’entends, depuis quelques jours, sur la PNG est à donner froid dans le dos.

 

Si Port Moresby a toujours joui d’une réputation sulfureuse, digne d’Oulan-Bator, la ville où c’est-y que les chiens mangent les passants, c’est maintenant tout le pays qui semble être tombé dans une anarchie qu’on croyait réservée aux pays africains nouvellement indépendants. Enfin, nouvellement, ça fait quand même cinquante ans, mais ça n’a pas l’air pour autant de s’arranger.

 

Bref, toute la PNG est devenue un gigantesque champ de bataille pour ce qu’on appelle les rascals. Dans le bon vieux temps, on arrivait à Port Moresby, à la réputation méritée de nouvelle Chicago, que l’on quittait aussi vite que possible pour l’intérieur. Là, plutôt que de mourir tué par des balles perdues, à la suite d’un échange de propos un peu vif entre deux bandes de rascals, on se trouvait à mourir à petit feu, après avoir été empoisonné par la piqûre d’un insecte inconnu, la morsure d’un serpent connu, ou des suites du dépeçage par les cannibales, après une malheureuse rencontre.

 

Maintenant, les rascals sont partout et même les cannibales en ont peur.

 

Le problème de la PNG est que c’est un pays du tiers-monde, avec une économie totalement protégée à coup de taxes douanières implacables, qui font que le pauvre indigène, qui ne gagne pas grand-chose, quand il a un salaire, voit ce pas grand-chose disparaître en deux ou trois achats. Son salaire est digne du Congo, quand les prix sont européens. Une chambre d’hôtel, en PNG, où que ce soit, c’est cent dollars, et il n’existe pas de guesthouses. Le fameux prix comparé du Big Mac, qui permet de voir quelles sont les villes les plus chères du monde, ne peut s’appliquer ici car il n’y a plus de restaurant Mac Do’, depuis l’incendie et le pillage de la seule franchise qui s’était installée en PNG, à Port Moresby, suivis de l’assassinat du franchiseur. Mais un petit déjeuner dans un boui-boui quelconque, par exemple, c’est au moins dix dollars américains.

 

Les pauvres ne peuvent survivre du fruit de leur travail – quand ils ont le bonheur d’en avoir un. En conséquence, et parce qu’il faut se nourrir et nourrir sa famille, ils volent.

 

Leurs enfants, éduqués dans la bonne voie, volent, pillent, tabassent, blessent, tuent, violent. Quand on a commencé, pourquoi s’arrêter… Ce sont ces petits anges qu’on appelle les rascals.

 

C’est dit : j’y vais.

 

Vu le niveau des prix, je n’y passerai probablement pas beaucoup de temps, mais il faut essayer de tout, comme me le disait Antoine d’un ton sentencieux, quand il remarquait que j’avais un verre de vin blanc à la main, et qu’il essayait de m’en chiper une gorgée.

12:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : papous |  Facebook |

06/05/2007

La vie à Bali

De Denpasar, où nous sommes arrivés, miraculeusement, sans anicroches, je file à Kuta. C’est la plage – enfin, c’est LA plage – de Bali. Il y a d’autres plages sur l’île, bien entendu, mais Kuta est celle qui rassemble tous les promeneurs, depuis que les touristes australiens ne viennent plus. C’est une bourgade qui rappelle Vienne, ancienne capitale d’un immense empire, et aujourd’hui capitale trop grande d’un pays trop petit.

 

Kuta s’était faite pour accueillir des dizaines de milliers de touristes Australiens. A force de bombes terroristes qui les ont décimés, ils ne viennent plus. Seuls passent ou restent quelques voyageurs venus d’un peu partout – certains pour visiter Bali, à partir d’une bourgade où l’on peut facilement louer une mobylette, d’autres pour apprendre à surfer.

 

D’autres, enfin, ont l’espoir d’aller traînailler sur la plage, à l’australienne, tout comme ils l’auraient fait sur les plages de Torremolinos ou de Benidorm, quand ils sont d’origine européenne.

 

Pour les plages, ils sont mal tombés.

 

Bali a deux mauvaises saisons : la mousson – qui traîne un peu à nous quitter, cette année et au cours de laquelle les pluies torrentielles empêchent la bronzette paisible – et la venteuse. A ses débuts, cette beachdernière fait les choses ainsi : le vent arrive de la mer, influence le courant maritime qui arrive lui aussi, du coup de la mer. Il transporte avec lui toutes les poubelles jetées par tous les balinais dans toutes les rivières de l’île. Est-il nécessaire de préciser que les rivières arrivent, tôt ou tard, à la mer... Usuellement, une fois arrivé dans la mer, les poubelles partent avec la marée et les courants, et polluent ailleurs – éventuellement, sur la côte balinaise, mais dans un état tellement éparpillé qu’on peut accuser les voisins sans croire mentir. Mais pendant le premier mois de la saison des vents, tout est immédiatement repoussé sur le rivage.

 

Bien entendu, les balinais accusent les salopiauds de l’île de Java, juste en face ; mais je connais suffisamment les indiens et leurs descendants pour savoir qu’une telle quantité d’ordures jetées à tout vent, à toute rivière et à toute marée, ce ne peut être qu’un coup bien à eux. Pas la peine d’aller accuser faussement les Javanais. Ces derniers ont, bien certainement, aussi leurs défauts, mais pas celui d’être les pollueurs exclusifs des Balinais.

 

beach3Pendant un mois, donc, celui de la saison des vents, l’arrivée sur la plage, dès potron-minet, n’est pas à recommander, si vous voulez allez faire de la bronzette ou si vous comptiez nager. A peine aurez-vous vu la plage que vous bondirez à l’aéroport et que vous sauterez dans un avion pour Benidorm, pour y reprendre vos bonnes vieilles habitudes de vacancier sans soucis.

 

Sans compter qu’à Benidorm, vous trouverez non seulement votre bière favorite à un quart du prix auquel votre troquet en France ou en Belgique, vous la facture, ainsi que le rhum-coca pour trois fois rien mais, de plus, vous aurez une cuisine comme à la maison : il ne vous faudra en effet pas deux minutes pour trouver un vendeur de gaufres, un marchand de frites, un restaurant qui vous fera des boulettes sauce tomate. Seule variation par rapport aux boulettes sauce tomate de chez maman, il y aura un peu d’ail.

 

Ici, par contre, à Bali, il faut en plus s’habituer à la nourriture locale.

 

La vie est dure, pour les carpettes de plage.

 

Bien entendu, vu que lesdites carpettes de plage, quand elles sont en vacances, vont d’abord en boite de nuit, draguent comme des bêtes, se saoulent comme des huîtres et n’arrivent sur la plage, dans un état proche du coma, que vers le début de l’aprème, après tout, ça doit encore marcher. Ils grillent un coup, retournent à leur hôtel, et préparent la soirée suivante. S’ils sont dans un hôtel chic, passé Kuta, les employés de l’hôtel ont fait un nettoyage plus sérieux que celui que font les plagiste de Kuta – mais si peu, si peu… - et, de toute manière, il y a toujours la piscine.

 

beach2Si vous arrivez sur la plage aux mauvaises heures, c’est donc râpé – sauf si vous avez la mémoire courte – pour aller nager. Et les mauvaises heures, c’est long. Les balinais ne sont pas des foudres de travail. Ils arrivent sur la plage vers les dix heures et, après quelques mantras et chakras préparatoires, se mettent finalement au nettoyage une bonne heure plus tard. Et on ne peut pas dire qu’ils raclent trop fort. Le résultat est une plage qui passe du statut de crade à celui de douteuse, offerte au plaisir de la promenade à partir de midi. De cet instant, les Balinais nettoyeurs s’occupent d’autre chose – comme par exemple, d’essayer d’extorquer de l’argent aux étrangers – et laissent la mer rempiler sur la plage des sacs en plastique, des langes sales, des poissons morts, des papiers de bonbons, des tétrapaks de lait et des capotes anglaises usagées.

 

Parfois, en fin de journée, je passe là et admire l’héroïsme, ou l’inconscience, des apprentis surfeurs qui nagent dans cette soupe et doivent certainement attraper des infections dignes des maladreries du Moyen-Orient, du temps des croisades. Et j’imagine que les mois où les immondices n’arrivent pas en monticules sur la plage, si la situation ne saute pas à l’œil comme étant catastrophique, elle ne doit pas en être plus saine pour autant.

 

OzEt puis, je fais la seule chose qui soit à faire, sur la plage de Kuta : je regarde droit vers le sud, dans le lointain et me dis que, si j’avais vraiment envie de nager loin, loin, loin, à travers les îles de poissons morts, de capotes anglaises usagées, de sacs en plastiques et de tétrapaks vides, je n’aurais qu’à faire pas loin de deux mille kilomètres, et je serais en Australie, en ligne droite.

 

Hm, bon, ça, ce n’est pas sur la plage de Kuta, qui regarde vers l’ouest, que je le fais, mais sur celle de Pecatu, qui fait plein sud et qui est tout aussi polluée en cette saison.

 

Bien entendu, si j’allais, à coups de bus et de ferries, jusqu’à l’île du Timor Oriental, et que je me décidais à nager jusqu’en Australie, je n’aurais plus à nager que six cents kilomètres. Mais le simple fait que j’irais au Timor Oriental me fermerait pour longtemps toute possibilité de visiter l’Indonésie.

 

Enfin, quand je dis pour longtemps, ce serait tant que j’aurais un passeport avec l’ignoble visa de l’Ennemi. L’Indonésie a deux ennemis jurés : les salauds du Timor Oriental qui ont eu le culot de ne pas vouloir rester Indonésiens, et Israël.

 

Non, pour arrêter de divaguer : si on décide de venir visiter Bali, ce ne doit pas être pour ses plages, sauf si on veut revenir à la maison avec des maladies de peau incurables particulièrement peu ragoûtantes.

 

Et une grosse otite.

 

Si on décide de venir visiter Bali, ce peut être pour sa nature. Je me suis ainsi loué une mobylette, pour tourner sur l’île. Les balinais conduisent comme des cochons et leurs quadrupèdes bovins, ovins et porcins, à bonne école, prennent la route comme les jeunes des banlieues prennent le métro. A chaque instant, je frôle la mort – ou, en tout cas, l’accident. L’arrêt n’est pas synonyme de sécurité. Une fois, j’ai été renversé par une vache à un stop : j’attendais, tranquille comme Baptiste, quand elle m’est rentrée dedans par l’arrière.

 

Vu qu’il n’y a pas eu de vrais dégâts, j’ai laissé tomber. Sinon, je sens que je me serais énervé quand, devant les flics, le propriétaire aurait juré, l’œil doucereux et la bouche en cœur, que la vache avait meuglé pour me prévenir et que ma faute était donc établie.

 

La marche à pied, dans les rues piétonnières de Kuta, n’est pas davantage prometteuse de longue vie sans soucis : il m’est arrivé, aussi, de me faire renverser par une mobylette et sa propriétaire dessus. Heureusement, la vache a meuglé – je veux dire, la demoiselle, me voyant arriver devant sa mob’, a poussé un grand cri qui m’a permis de me préparer au choc. Je me suis retourné, ai attrapé la première chose qui m’est arrivée sous la main -  c’était son corsage – et ai chuté pas trop lourdement, me contentant, cette fois-là, de m’écorcher ici et là, le devant de son corsage toujours à la main, qui m’a évité des griffures trop profondes à la paume.

 

Rires de la foule en liesse, les vendeuses de colifichet, en d’autres mots, quand la malheureuse, les mains en croix sur son giron, ne pouvait qu’attendre le geste salvateur d’un bon Samaritain prêt à couvrir sa modestie. La solidarité féminine, de toute évidence, c’est tintin. Je me surprends encore, quand je pense que ce bon Samaritain, ça a été moi : je me suis redressé, ai vu la situation, ai lâché, embarrassé, le chiffon que je tenais en main, ai fait deux pas, ai pris à l’échoppe qui se trouvait devant nous un vêtement qui n’avait certes rien de féminin – c’était un maillot à la gloire de la bière locale – et l’ai fermement enfoncé par dessus sa tête. Deux secondes plus tard, la tête passée, elle était emballée et pouvait sortir les bras par les emmanchures idoines.

 

A dire en sa faveur, elle n’a pas essayé de se plaindre du fait que je l’aurais sauvagement agressée et m’a même remercié pour mon aide.

 

Je me suis éloigné après un court échange de politesses, elle à vitesse on ne peut plus réduite, moi faisant semblant de clopiner, pour lui faire honte. Je crois que le commerçant, amusé par la scène, lui a fait cadeau de son maillot.

 

Je le disais, on peut donc, à Bali, faire le tour de l’île pour voir la nature, si on n’est pas fatigué des rizières en étage, probablement déjà vues mille fois, du Viêt-Nam à la Thaïlande du Nord ; ou alors, on peut se promener pour voir ses temples, si on aime le genre hindouiste balinais.

 

On peut enfin séjourner ici pour ce que l’île peut offrir dans le domaine de la bonne chère.

 

En effet, si les Balinais sont à peu près aussi pollueurs que les Indiens, il faut admettre qu’ils sont encore meilleurs cuistots. L’extraordinaire variété gastronomique de l’île est nonpareille et vu les prix… Bref, chaque jour on peut s’offrir un repas de roi, de par sa finesse, sa variété et son goût, à un prix abordable pour le noble prolétaire, voyageur sans le sou. Ajoutons que la bière y est pour rien.

 

En toute logique, si nous vivions selon nos habitudes européennes, dans ce paradis du bien manger ; si nous prenions notre voiture pour faire cinq cents mètres quand nous allons acheter des cigarettes ; si nous restions affalés la journée entière à travailler devant un ordinateur et la soirée devant la télé ; si nous dévorions avec un enthousiasme bien compréhensible les merveilles que notre épouse balinaise nous concocterait ; le tout arrosé – il fait chaud – de quelques bières pour faire passer la soirée, nous ressemblerions vite à Dumbo l’éléphant volant.

 

Moins les oreilles.

 

Disons, à Dehaene, alors.

 

Comme quoi, si on décide de vivre à Bali, on a intérêt à mener une vie physiquement active. Sans cela, on meurt du cholestérol, couplé à l’artériosclérose, au bout de six mois.

 

A propos, je me demande ce que devient Chipie.

14:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : nature |  Facebook |

05/05/2007

Rallye vers Bali

Pour aller à Denpasar, à partir de Yogjakarta, il faut prendre un bus de nuit. L’expression bus de nuit recouvre une réalité indonésiennes légèrement différente de la notion de nuit telle que nous la connaissons en Europe. On vient me chercher à l’hôtel, vers les quinze heures, dans un minibus où je retrouve un couple américain déjà rencontré sur le Mérapi. Ils avaient attendu la journée entière pour pouvoir en prendre une photo claire, et sont revenus bredouilles.

 

Ils partent eux aussi aujourd’hui à Bali. Notre minibus nous conduit jusqu’à la gare routière où un gros bus dit VIP nous attend. Il partira à quatre heures, nous annonce le chauffeur, qui nous attendait. Quant à nos deux Américains – ou, plus précisément, un Américain et une Américaine, on leur a réservé deux places à l’avant, Les places 1a et 1b. Ainsi, ils seront aux premières loges pour assister au spectacle des prouesses routières de notre conducteur.

 

Pour des raisons qui m’échappent, dans un bus où il y aura, au départ, moins d’une dizaine de voyageurs, on m’a réservé une place au milieu du bus. Nous sommes tous artistiquement éparpillés. Ce ne doit pas être pour un problème de balance ; un bus, même VIP, n’est pas un Boeing 727. Attendant de voir, et sachant que le bus ne partira pas avant une bonne heure, je fais le tour de la gare, m’achète des cacahuètes que je partage bientôt avec des gosses ravis.

 

Une fois le tour de la gare fait, je m’aventure dehors : rien de bien intéressant non plus. Comme de plus en plus souvent, en Asie et en Océanie, une mode fait que les terminaux de bus sont déplacés à l’extérieur de la ville, au milieu des champs. L’idée était, dit-on, d’avoir un vaste terminal, le prix du terrain ne comptant pas, frais comme une rose et ultramoderne, parfaitement bétonné et disposé avec intelligence. On a, usuellement, un terrain vague avec des cahutes caparaçonnées de tôle ondulée, au milieu des champs.

 

A Yogja’, il faut le dire, le terminal lui-même est raisonnablement bien fini, et chaque bus a sa place, bien clairement indiquée par deux traits parallèles de peinture blanche, devant un numéro. Par contre, dès que l’on sort, il n’y a rien. Une route passe devant le terminal, devenant piste, si on va vers la gauche, allant vers la nationale, si on va vers la droite. Quelques masures branlantes, dans lesquelles un valeureux candidat capitaliste s’est monté un petit supermarché, aux prix plus compétitifs que les magasins du terminal. On y trouve de l’eau, de la bière, des chips.

 

Alors, retour au bus, introduction plus formelle auprès de mes Américains et on bavarde jusqu’au moment où le chauffeur arrive, prend place derrière le volant, fait tourner le moteur et … démarre, une demi-heure, peut-être, avant l’heure officielle qu’il nous avait donné précédemment. Nous ne pipons mot, laissant l’homme concentré sur la conduite – et il faut mieux – mais je serais curieux de savoir combien de passagers ont raté le bus…

 

Première règle, apparemment, en Indonésie, pour qui veut prendre un bus interurbain : arriver largement à l’heure. Effectivement, ce n’est pas la première fois que je remarque un démarrage en avance sur l’heure dite, mais c’est la première fois que l’avance est aussi flagrante. Monsieur a peut-être une fiancée qui l’attend à Denpasar. Ou alors, il a fait son compte et tous les clients prévus sont là ?

 

La conduite à l’indonésienne, j’en avais déjà eu un avant goût à Sumatra. Mais c’était de jour, avec de petits bus au petit moteur à l’agonie, sur de petites routes peu fréquentées et dans un état tellement déplorable que le chauffeur – le chauffard - ne pouvait faire preuve de toutes ses capacités de virtuose du volant sans que les pneus ne s’envolent.

 

A Java, sur les grands axes, c’est une autre paire de manches. Les routes ne sont pas fameuses, mais elles sont. C’est déjà ça. De ce fait, déjà à peine passée la porte de sortie de la gare routière, le moteur rugit, monte dans les tours, le bus fonce et dépasse Tuk Tuk, mobylettes, vaches, autobus, vélos, rats, piétons, voitures, camions... restant pour cela plus longtemps que souhaitable du côté de la route d’où viennent, en face, d’autres vaches, d’autres vélos, d’autres autobus, d’autres camions. Le but est probablement d’avoir la route à l’influence, au bluff, en faisant peur à l’adversaire motorisé ou quadrupède qui a le culot d’occuper le terrain devant nous mais, pour des étrangers naïfs et peu au fait des coutumes routières du pays, notre conducteur, ou plutôt, notre pilote, semble chercher la collision frontale à tout prix.

 

OfferingMes deux américains blêmissent et se rappellent, l’une après l’autre, toutes les prières que leurs parents leurs avaient apprises, quand ils étaient petits. Le pilote de notre bolide a, quant à lui, pris ses précautions à l’avance. La compagnie est, de toute évidence, balinaise et, donc, de religion hindouiste : je remarquerai, en partant de Denpasar, quelques jours plus tard, que les pare-chocs des bus sont protégés à coups d’offrandes aux dieux – Bref, aucun risque, puisque, gagné à notre cause par les offrandes qui lui ont été faites, Ganesh, Vishnou ou Shiva nous protège.

 

La question reste de savoir ce qui se passe, quand le bus protégé par Ganesh et conduit par un trompe-la-mort primesautier dans le genre de notre chauffeur, rencontre un autre bus protégé par Vishnou et conduit par un autre taré. Les dieux se battent ? Dans les films de Bollywood, oui, très probablement, l’intervention divine est automatique ; les dieux se battent, ou collaborent, dépendant du film et, à eux deux, Vishnou et Krishna peuvent bien trouver une solution pour que les deux bus passent l’un à travers l’autre sans dommage.

 

Je verrais bien le fils de Ganesh, sur ce coup là.

 

En tout cas, en tant qu’ancien combattant de Bollywood et en tant que connaisseur du panthéon religieux indien, je dois dire que la protection divine me semble bien précaire : les dieux, quels qu’ils soient, sont usuellement des caractériels, du petit Jéhova au vieil Allah cruel ; du petit Ganesh farceur à la vieille Héra jalouse ; de la déesse-princesse Rayamanava, la faux-cul, à l’antique Baal sanguinaire. Ils aiment la castagne, ils aiment les catastrophes, ils aiment la vengeance mesquine, ils aiment le sang.

 

Pour moi, offrandes ou non, le bus n’est pas plus protégé que cela. Mes deux Américains en arrivent à la même conclusion et, profitant du fait que le bus est encore presque vide, reculent de plusieurs rangées, vers le milieu du bus, juste devant moi. Là, nous bavardons, discutons politique, philosophie à la petite semaine, quotidien, et comparons nos trajets. Madame jette un œil sur la route, de temps à autre ; elle arrête alors de respirer et ses doigts, qui tiennent fermement son accoudoir, se crispent et blanchissent.

 

Nous longeons le flanc du Mérapi, puis passons Prambanan, aperçu un instant entre deux manguiers. La journée, tout doucement, grisaille, s’assombrit, devient crépuscule. C’est bientôt la nuit. Notre chauffeur n’en ralentit pas pour autant et, au milieu de notre conversation animée, j’entends parfois des rafales de coups de klaxons destinés à apeurer un adversaire qui a encore le culot de rouler sur sa bande à lui.

 

Arrêt de nuit, repas délicieux de curry, mais un nuage de moustiques importuns. Redémarrage. Nous décidons de prétendre qu’il n’y a rien à voir à l’avant, et nous préparons à dormir, chacun sur sa banquette, bien soigneusement choisie vers le milieu du bus. Sur notre gauche, plongés dans le plus profond sommeil, nous laissons passer le mont Bromo au cratère rougi, qui gronde, qui hoquette, qui est probablement en train de préparer une bonne petite éruption, comme chaque année.

 

Vers les quatre heures du matin, arrivée dans une ville inconnue, au nom imprononçable, que nous traversons avant d’arriver à la jetée où nous prenons le bac à destination de Bali. Petit bac minuscule et de forme ovale, en bon état encore, malgré sa couche de rouille, et qui me rappelle ceux qui relient Penang à Butterworth, en Malaisie. Les rats se poursuivent dans les coursives, sans faire attention à nous. Au moins, s’ils n’ont pas quitté le navire, c’est que la traversée se fera sans naufrage… Une heure de navigation, arrivée à Bali, dans le noir encore. Les locaux sont priés d’aller montrer leurs papiers au poste de police – ah, oui, j’oubliais de dire que l’Indonésie a des frontières intérieures qu’il n’est pas autorisé, pour les Indonésiens, de franchir sans permis. Pour les étrangers, il y a une règle du même tonneau, quand ils vont en Irian Jaya – la section de la Papouasie que les Indonésiens ont occupés avec la douce complicité des Nations Unies, il n’y a guère, et où ils terminent de génocider les populations autochtones.

 

Redémarrage dans la lumière de l’aurore qui, peu à peu, nous laisse admirer l’extraordinaire luxuriance de la végétation et l’incroyable densité de la population : nous ne pouvons pas rouler cinq minutes sans passer un village et sa forêt de temples. BalitA gauche, à droite, traversant la route, déboulent des cochons noirs, des poules, des gens. Le chauffeur, sentant l’écurie, n’en ralentit pas pour autant et use de son avertisseur avec pétulance, afin d’éviter le plus gros et de pouvoir, si, pour sa malchance, une vache, une mobylette ou un gosse lui passait sous les roues, déclarer l’œil doucereux et la bouche en cœur, à la maréchaussée : «et j’avais pourtant klaxonné»…

14:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Sortie de Borobudur

Mais revenons-en à Bobobudur, quoique je ne sois pas ici à écrire un guide. Au détour du chemin, quand on voit soudain ce gigantesque bloc, hérissé de clochetons, on est touché. On ne sait trop si Borobudur est beau ; Borobudur est, en tout cas, marquant.

 

Borob1La multitude des stupas, des niches à Bouddha, des Bouddha, des scènes sculptées à chaque niveau, le long du chemin de pèlerinage, tout cela, dans son dérisoire espoir de se gagner des mérites pour un prochain avatar qui sera préférable à celui dans lequel le sculpteur qui sculptait, l’esclave qui portait, le commerçant qui finançait tout cela, vit à cet instant, tout cela est émouvant.

 

Etre athée ne veut pas dire qu’on en a moins de compassion pour le pauvre hère. Et quand on connaît – ne serait-ce qu’un peu – son Histoire, on sait combien notre vie quotidienne est, aujourd’hui, miraculeusement facile, quand on la compare ne serait-ce qu’à celle de nos grands-parents. Nous oublions, dans notre quotidien sans anicroche, la chance extraordinaire qui nous a permis de ne pas revivre de guerre en Europe ; qui nous permet d’aller un soir de notre choix chez un médecin, parce qu’il y a une petite cochonnerie qui nous cause du souci ; de soigner une maladie, dont nous apprenons qu’elle est grave, en deux coups d’antibiotiques - une maladie qui tuait à coup sûr, il n’y a pas cinquante ans.

 

Et qui tue encore quotidiennement, dans des pays où l’on ne sait pas encore trop bien ce que sont les antibiotiques.

 

Tout cela nous éloigne de Borobudur, c’est vrai. Et ces malheureux qui ont fait Borobudur vivaient une vie autrement plus dure que celle que l’on pourrait imaginer : de l’age de la pierre jusqu’au dix-neuvième siècle, pour les frères humains qui avant nous vivaient, la terre est une vallée de larme ; le passage sur terre est un cauchemar qu’on souhaite voir finir, avatar après avatar, quand on aura enfin le bonheur de devenir Bouddha.

 

Il n’y a pas grand monde ce matin, à Borobudur, quand la mousson semble s’éterniser, que les tremblements de terre refont parler d’eux, que les volcans grondent, que les attentats terroristes musulmans tuent avec une régularité inquiétante. En réalité, ce n’est guère plus noir aujourd’hui qu’il y a quelques années ; c’est simplement qu’aujourd’hui, on en parle. Et puis, Bali, qui n’est pas loin, Bali, la grande métropole touristique vers laquelle tous les Australiens se tournaient, a eu droit à un deuxième attentat particulièrement meurtrier l’an dernier. Ca a marqué les Australiens. Aujourd’hui, Bali est vide ; Java est bien tranquille.

 

A Borobudur, en ce jour de grande affluence, nous devons être, à tout casser, une dizaine de visiteurs.

 

Et pourtant, la mousson n’est pas bien gênante, quand elle est sur sa fin.

 

En sortant du bloc central, de la zone protégée par l’armée et la police, et vide de petits vendeurs de tout et de n’importe quoi, vous êtes immédiatement abordé par les colporteurs qui vous proposent des éventails de bois, de fausses antiquités, des glaces, des parachutes, des jouets mécaniques, des boissons fraîches, des batiks. Ignorant la double haie des importuns, vous avancez dans des jardins méticuleusement tenus, avec ici et là un bâtiment à intention musaïque, dans lesquels vous pouvez observer des diaporamas illustrant la vie des indigènes, au bon vieux temps du néolithique, ou une expédition de type Kon Tiki, faite il y a peut être vingt ans, qui a amené un bateau, fait à l’ancienne, de Java jusqu’aux côtes de l’Afrique de l’Ouest, en vue desquelles il a coulé.

 

C’est parfaitement inintéressant.

 

Vous sortez bientôt, par le chemin obligé et indiqué d’un EXIT marqué en rouge, sur la place qui borde le parc et où vous attendent de pied ferme une bonne centaine de boutiques et de boutiquiers. Un trajet a été habilement tracé de telle manière que vous devez passer devant chaque échoppe. Chacun vous hèle. Si vous parvenez à sortir du dédale sans avoir rien acheté, vous devez vraiment avoir un cœur de pierre. Ou alors, une volonté de fer.

 

Bientôt, vous voilà, prenant le chemin tranquille qui y mène, à la gare routière – un long bâtiment irrégulier, couvert d’un toit de tôle ondulée. La plus grande partie de l’espace protégé de la pluie par ce toit est prise par des cantines de rue, et leurs tables maintenant installées à demeure. Le bus est en retard, ou bien il est annulé. On a le temps de prendre un morceau, en attendant le prochain départ.

13:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : antiquite, art |  Facebook |

01/05/2007

Les Bouddha sous cloches

Borob3Ah, oui, et les Bouddha sous cloche ou non, vous demanderez-vous, c’est quoi, cette affaire ? En fait, tout en haut, au septième et dernier niveau, tous les Bouddha étaient sous cloche, à l’origine. Pourquoi ? Pas la moindre idée, mais c’était ainsi. Et, en y réfléchissant, c’est tellement étrange et semble tellement éloigné de la liberté que le bouddhisme, en tant que philosophie, semble offrir…

 

Puis, fondations faiblissantes – au bout de quatre ou cinq siècles, il est difficile de reprocher quoique ce soit au maître de chantier – et tremblements de terre, guerres, destructions, pillages et vols, les cloches se Acephalesont effondrées quand on ne les a pas un petit peu éventrées à coups de pics ou de pieds de biche. Les Bouddha ont usuellement, dans la foulée, perdu la tête et la main droite – c'est ce qui se vendait le mieux, dans un certain monde de marchands d’art et de trafiquants d’objets religieux. Une petite ordure maintenant décédée, qui a un temps été ministre de la culture en France, pourrait en parler avec abondance et sans vergogne.

 

Aujourd’hui, on a reconstruit la plupart des cloches, quitte à y cacher un Borob4Bouddha acéphale. Deux cloches, d’abord reconstruites avec les autres, ont été soigneusement défaites afin de montrer aux croyants deux Bouddha entiers, tels qu’ils sont, ou devraient être. Ca rassure ceux qui ne vont pas regarder dans les cloches et qui se contentent d’enfoncer la main dans l’un des nids d’abeille, de tendre le bras et de toucher le corps, en confiance. Ils se fendent alors d’une courte prière et s’en vont, la visite terminée, le cœur en paix.

 

Toucher un Bouddha de Borobudur, apparemment, ça porte chance.

 

Il est incroyable de noter comme le bouddhisme, dans sa pratique quotidienne, est pure superstition épicière, aujourd’hui comme hier. Il y a Templechinoisainsi, à Bangkok, devant l’une des plus grandes cliniques universitaires du pays, fondé par la communauté chinoise, le bâtiment vraiment principal : un temple dédié à la Sainte Rita du cru. Les parents du malade chinois et hospitalisé s’y précipitent en troupe serrée, y brûlent de l’encens à en asphyxier tout le quartier, y font de riches offrandes pour bien disposer les dieux quant à la santé du cher souffrant.

 

Je serais médecin, travaillant dans cet hôpital, je la trouverais saumâtre.

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30/04/2007

Borobudur et ses quatre cents Bouddha

Etape suivante de l’exploration de la région : Borobudur. Pourquoi pas Prambanan ? Parce que Prambanan est un temple de type indien, que j’en ai vu des dizaines, que les temples angkoriens sont plus chouettes et que voilà.

 

Chacun ses goûts, c’est vrai, quoi...

 

Et puis, le nom de Borobudur me rappelle Phosphore Noloc, même si ce dernier n’est jamais venu par ici.

 

Borobudur, donc… C’est un endroit qui peut décevoir, pour ceux qui venaient avec l’idée de trouver un site gigantesque, semblable à celui d’Angkor. Borobudur, c’est un bloc de pierre seulement – un bloc incroyablement travaillé, mais un bloc seulement.

 

Oui, oui, oui… Il y a, c’est exact, deux petits temples annexes, situés à un ou deux kilomètres,  de part et d’autre du monument de Borobudur. Mais il faut avouer qu’ils n’ont pas grand intérêt, même si les guides s’échinent à nous persuader du contraire, nous tirant par la manche pour nous y conduire, avec l’espoir de gagner une pièce supplémentaire.

 

L’intérêt de Borobudur n’est pas un quelconque caractère kolossal, dans son aspect monumental. Là, en effet, Borobudur décevrait, comparé à certains des monstres d’Angkor. Borobudur, cependant, est ce qu’on a fait de plus énorme dans l’édition, puisqu’il s’agit d’un livre de plus de quatre-vingts mètres sur quatre-vingts, à sa base, et qui nous fait quand même sept paliers et une trentaine de mètres de hauteur.  

Borob

Sur le dernier palier, c’est vrai, pas de bas reliefs sculptés :il n’y a que des Bouddha sous cloche – à l’exception de deux d’entre deux qu’on a laissé à l’air libre.

 

Roi des singesBorobudur est aussi ce qu’on a fait de plus complet, dans les textes sacrés bouddhisto-brahmaniques. Tout y est illustré: l’Histoire, la Petite Histoire, le détail du quotidien, les Textes Sacrés ; tout y est, en forme de… bande dessinée. C’est l’intégrale d’Alix, dans son principe, conçu par un Jacques Martin de l’époque ; construit et sculpté par des milliers d’anonymes.

 

Physiquement, ça ressemble à un gâteau de mariage à étages – petits personnages tout en haut compris. L’ingénieur responsable a utilisé le sommet d’une colline comme si c’était une dent qu’on allait recouvrir d’une couronne. Le plus gros du travail en a certainement été facilité. Sauf qu’il a fallu monter les pierres au sommet de la colline, bien entendu. L’idée maîtresse du chef de chantier – si on pouvait l’appeler ainsi – devait plutôt être d’en foutre plein la vue au visiteur non averti qui allait débarquer prochainement, que d’épargner la peine du pauvre petit esclave souffreteux.

 

Une fois le principe de la couronne dentaire lancé, on a construit un bâtiment qui rappelle, en beaucoup plus gros, les mastabas égyptiennes de la plus haute antiquité – à cela près que chaque palier est couvert de bas-reliefs sculptés, représentant des scènes de la vie de Bouddha, de celles des rois, de celles du petit peuple, des préceptes de vie. Chaque étage a sa spécialité et d’un niveau l’autre, on se dirige vers la perfection. Au dernier niveau, il n’y a plus que le Bouddha, sous cloche.

 

Borob5Ce n’est pas dire qu’il n’y a de Bouddha qu’au sommet de cette pyramide : en réalité, les représentations du Bouddha sont nombreuses. Il n’est pas un recoin où, au fond d’une niche ou à l’air libre, le Bouddha n’observe le monde de pierre qui l’entoure. Il doit y en avoir trois ou quatre cents.

 

Le temple n’a pas été épargné par les injures du temps. La qualité des fondations, même si elle avait été parfaite, n’aurait quand même pas traversé mille ans sans qu’on puisse noter une petite fissure ici ou là. La qualité des fondations n’avait, bien entendu, pas été parfaite. La pierre de Borobudur est, par ailleurs, de la « pierre d’Angkor », comme on l’appelle, facile à travailler, tendre au ciseau, tendre aux éléments. Il y a eu – nous sommes à Java, ne l’oublions pas – quelques tremblements de terre et, enfin, il y a eu des voleurs.

 

Nous sommes à Java, ne l’oublions pas, je disais…

 

De ce qui précède, on ne sera pas surpris d’apprendre qu’au début du siècle précédent, et après quelques centaines d’années de négligence, d’abandon, d’oubli, Borobudur présentait l’aspect de Berlin après les bombardements de la deuxième guerre mondiale : ce n’était, ni plus ni moins, qu’un tas de gravas sur lequel on pouvait deviner quelques beaux restes.

 

En une quarantaine d’années, Hollandais, d’abord, un peu tout le monde, ensuite, a remis à neuf la bibliothèque qu’est Borobudur. Disons le temple de Borobudur, si Borobudur est un temple. Le sujet reste ouvert à la controverse. On a donc rétabli les perpendiculaires ; les chemins de pèlerinage des niveaux ont été remis en état ; les murs prêts de s’effondrer ont été stabilisés, ceux qui s’étaient effondrés ont été redressés ; les statues ont été retrouvées et remises à leur place, et les trous fâcheux dans les bas-reliefs ont été comblés. On a récupéré, dans les musées nationaux et étrangers, ainsi que dans les collections d’amateurs d’art peu scrupuleux, quant à l’origine des trésors qu’ils obtenaient, les statues du Bouddha protégées, les bas-reliefs sculptés et voyageurs, les têtes de Bouddha volées. On a recollé ensemble ce qui pouvait l’être. Un travail de bénédictin tout simplement admirable, accompli sur un chantier énorme.

Borob2

 

09:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : archeologie, art |  Facebook |

29/04/2007

Promenade autour du volcan

Mais quand on vient à Yogja sans savoir ce que vaut la ville, on y vient alors pour des curiosités qui lui sont extérieures : le Mérapi, pour les suicidaires ; Borobudur et Prambanan, pour les amateurs de vieille pierre.

 

On y découvre aussi le plaisir de flâner sur la rue routarde, Sosrowijayan, qui offre de bons hôtels, de bons guesthouses, des restaurants et des bistrots, avec de la bonne musique et des happy hour. Pendant ces happy hour qui courent, usuellement, de midi jusqu’au milieu de la soirée, la bière est pour trois fois rien. Pour ce qui est de la nourriture, je m’empiffre de salades d’avocats sur lesquelles, dans le coin, outre le filet de citron, le cuistot ajoute du… fromage râpé. Ma foi, pourquoi pas. Le soir, ce sont toutes les recettes de Java. Royalement, le saté – de porc, de poulet, de bœuf… - s’impose. Les sauces d’accompagnement sont excellentes.

 

Dans les ruelles qui donnent sur Sosrowijayan, on trouve aussi d’autres guesthouses, d’autres restaurants à la cuisine délectable. Une ruelle enfin, longue comme un jour sans pain, qui n’était que losmen, ces logements spartiates qui ont, jusqu’il y a quatre ou cinq ans, formé les bataillons serrés de l’offre hôtelière à destination des routards, s’est reconvertie dans la location des chambres pour les masseuses.

 

Pas une des masseuses de la ruelle en question ne pratique le noble art du massage, bien entendu. Il existe quelque chose que l’on appelle le plus vieux métier du monde, je crois.

 

Sortir de Yogja’ n’est pas trop compliqué, et la demoiselle de la réception est extraordinairement claire dans ses explications. Qu’elle soit trois fois bénie. Ce matin, je me décide à aller voir le Mérapi d’aussi près qu’il est possible de le voir. A la suite de plusieurs accidents mortels, ces dernières semaines, la maréchaussée a décidé de protéger les idiots contre eux-même, et a bloqué tout ce qui ressemble à une route, un chemin ou un sentier, et qui pourrait conduire jusqu’à l’une des bouches à feu du volcan.

 

Les coins où ça fume sont strictement interdits aussi.

 

Pour éviter tout geste malheureux de la part d’un promeneur distrait, ou profondément déprimé, chacun des barrages qui était, jusqu’à présent, surveillé uniquement par lui-même et sa pancarte sur laquelle, en multilingue, était signalé qu’aller plus loin était à la fois interdit et dangereux, est maintenant tenu par un préposé en uniforme.

 

Sachant tout cela, Mademoiselle la réceptionniste me conseille vivement d’aller sur la colline d’à côté. Elle se trouve, à tout casser, à un demi kilomètre du volcan. A son sommet, je devrais avoir une vue intéressante. Elle me précise quel bus, quelle fréquence, quels changements, où le prendre, où l’abandonner. Me voilà donc parti.

 

BusJe suis à peine arrivé à l’endroit où mon premier bus devrait arriver… qu’il arrive, effectivement. Veine. Un gros truc jaune, brinqueballant, au double pare-brise comme des yeux d’abeille. Il traverse la ville de part en part, pour arriver à un terminal où je devrais trouver mon bonheur : le bus pour le Mérapi.

 

Effectivement, le voilà. Je saute dedans, et nous démarrons bientôt, le bus plein comme un œuf. Nous sortons bientôt de la ville, à un rythme paresseux, traversons des villages de plus en plus reculés – ce qu’on aurait pu croire être, de haut, la banlieue de Yogja’ – jusqu’au moment où le bus, après un dernier petit village, prend décidément une route de montagne.

 

Une bonne demi heure plus tard, je suis au pied d’un petit chemin, dans un parc national. Au bout du chemin, il y a un point de vue : c’est le Mérapi. Je prends donc le chemin qui, très vite, se dégrade pour ne plus être qu’un sentier bosselé de cailloux. Parfois passent des vagues d’odeurs sulfureuses qui rappellent qu’un volcan n’est pas loin.

 

Quand on arrive au sommet, la vue est presque tout aussi bouchée que de Yogja’, mais on distingue cependant les cheminées de fumerolles prometteuses d’activité souterraine. Les flancs du volcan sont d’une couleur brunâtre, lunaire. Rien ne pousse. Visiblement, les vapeurs brûlantes qui sortent de partout sont néfastes à la verdure.

 

Parlant de verdure, je note, de mon point de vue, que des bosquets d’arbres s’agitent régulièrement, ici ou là, dans mon entourage immédiat. Des singes ? Non, m’expliquera-t-on plus tard : de petites secousses sismiques, dues au volcan.

 

Au bout d’une heure à observer les pentes du volcan, parcourues de nuages qui montent et qui descendent, je me décide à revenir à mon point de départ. Jamais je ne pourrai obtenir une bonne photo d’ici. Le seul moyen, c’est un avion lent, ou un hélicoptère, loué à cet usage. Tant pis, ce ne sera donc jamais pour mes photos de volcans qu’on me verra dans le National Geographic.

 

VersmerapiRetour en ville, avec un autre bus, qu'on attend à plusieurs, dont une petite fille qui ne m'a pas à la bonne, changement en cours de trajet, quand le bus casse son embrayage et arrivée en cours d’après midi sur le Mailboro, à temps pour profiter des happy hours des bistrots de la Sosrowijayan. Ca tombe bien, il faisait soif.

 

12:40 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vulcanologie, nature |  Facebook |

23/04/2007

Yogjakarta, son charme et ses horreurs

Dire que Jogjakarta est belle serait presque un mensonge. C’est une ville provinciale, faite à l’indonésienne, avec ses bâtiments décrépis et ses rues défoncées. Une gare de type terminus, sise en plein milieu de la ville, avec deux voies qui la quittent et qui passent un instant sur l’une des rues principales avant de disparaître dans la nature. La gare est plutôt jolie. Quand aux bâtiments qui longent les rues, il y a de tout.

 

L’arrivée en avion est spectaculaire. Pour des raisons qui m’échappent, le vol fait un 8 au dessus de la ville, ce qui permet d’observer son étendue à loisir. Jogja’, comme on l’appelle, repose au milieu d’une plaine, encadrée par des collines uniformément boisées, au relief parfois bien suspect, avec comme un creux à leur sommet. La plus grande de ces collines offre, quant à elle, un véritable paysage lunaire, cataclysmique : c’est le volcan Mérapi, encadré par ses deux acolytes. Tout ce petit monde est toujours en activité. Jogja vit sur un volcan – enfin, juste à côté ; la banlieue grignote sur les premiers contreforts du volcan, pendant que le centre de la ville doit en être éloigné de quatre ou cinq kilomètres.

 

Quoiqu’il en soit, le jour où le Mérapi fera boum, les indigènes le sentiront passer.

 

BataviaSon aéroport est curieusement actif, pour ce qui n’est qu’une bourgade, guère éloignée de la capitale – une heure de vol – qui plus est. On peut compter trois avions au terminal, et un quatrième en attente de décollage, alors qu’on atterrit finalement avec le cinquième. Entré dans le terminal, au son des gamelans joués sans discontinuer par un orchestre, de l’ouverture à la fermeture de l’aéroport, nous allons au carrousel et récupérons bientôt nos bagages. Toujours l’inévitable employé de la compagnie, qui vérifie qui prend quoi. Pas plus mal, je le répète. Une meute de taxis vous saute à la gorge, alors que vous quittez le bâtiment. De l’aéroport à la ville, il doit y avoir, à tout casser, une demi-douzaine de kilomètres et un feu rouge.

 

KaruniaMon hôtel – son nom est le Karunia, le cadeau des dieux  - se trouve dans la rue des hôtels, au centre. Il s’agit d’une grosse maison bourgeoise, qu’on a bien aménagé pour en faire un hôtel tout à fait acceptable. La réception est charmante, le service, efficace et courtois. L’école d’hôtellerie de Java se trouve à Jogja et même les guesthouses les plus rudimentaires ont un personnel qui ferait rêver. La rue, c’est le Kaoh San local, mais autrement plus agréable que celui de Jakarta. Jogja est une ville universitaire. De ce fait, cette bourgade qui a tout pour être un trou perdu est une vraie ville, vivante, où l’on s’amuse, où le contact avec la population est facile, et souvent intéressant – à deux exceptions près : les vendeurs de batik et les masseuses.

 

Jogja est la capitale du batik. On vous en vend partout. Quand vous avancez pour la première fois sur la Mailboro (non, ce n’est pas une faute de frappe – il s’agit d’un mail, d’une promenade, à l’origine, avant qu’on la recouvre de béton, créée en l’honneur du comte de Marlboro, lors de la courte occupation anglaise de Java), vous êtes encadré de vendeurs de tout et de n’importe quoi, qui vous hèlent en espérant vous fourguer les objets les plus invraisemblablement éloignés de vos intérêts. Vous êtes un homme ? On vous prend par le bras aussi bien pour vous faire admirer des cravates ou des porte-cigarettes que des strings coquets en dentelle et des batiks. Vous êtes une femme ? On vous jette des photos de diva à la tête, on vous propose des tatouages dignes des rockeurs les plus épais, on vous propose quand même aussi les strings signalés plus haut. Et des batiks aussi, bien entendu.

 

A chaque instant, vous êtes abordé par un monsieur aimable qui vous assure qu’il vous a déjà vu hier, la semaine dernière, le mois dernier, ou bien c’était votre frère ou votre sœur, et qu’il faut absolument aller voir son exposition de batiks qui ne sont pas des produits touristiques du tout (bin voyons) mais des pièces d’une valeur artistique inestimable, etc, etc, etc... Bah, la première fois, j’y vais toujours. Ca fait plaisir au rabatteur et ça donne un espoir au vendeur. Il s’agit de peinture sur soie, selon des motifs traditionnels ou non, et que, si vous l’achetez, vous pendrez à votre mur, ou vous rangerez bien soigneusement dans un placard, pour offrir à quelqu’un que vous n’aimez pas tant que ça, à Noël. En attendant, sous la chaleur de plomb qui assomme la rue pendant l’après midi, le passage chez le vendeur de batik est une halte bienvenue, lors de laquelle, de plus, on se voit offrir un thé.

 

Les batiks, c’est franchement pas terrible.

 

Enfin bon, chacun son goût.

 

merrygoroundA part les rabatteurs de batiks, sur la Mailboro, donc, que trouve t-on de beau à faire en ville ? Toujours sur la même artère, il y a les revendeurs de tout et n’importe quoi. Il y a des musées – à éviter. Il y a des cantines de rue, il y a une foire permanente que les enfants et leurs parents fréquentent beaucoup.

 

 

 

 

 

taxiIl y a des vélos-taxis dont les conducteurs vous hèlent à chaque pas, vous proposant des prix démentiels pour vous transporter sur deux cents mètres. Il y a d’autres conducteurs un peu plus réalistes, qui vous proposent ce qu’ils appellent eux même « le prix indonésien », par opposition au prix touriste.

 

 

 

 

 

Pas de tuk-tuk comme à Jakarta. Dommage, les modèles sportifs de Jakarta sont amusants. Dangereux, mais amusants.

tuktukjak

 

 

Il y a des mendiants, qui exhibent des plaies et des difformités à vous faire vomir.

 

beggars

 

Il y a aussi le palais du sultan. L’état de Jogja est le seul état indonésien encore gouverné en partenariat entre le pouvoir central et le sultan. Apparemment, ledit Sultan – ou, plus probablement, Monsieur son papa – avait été particulièrement admirable lors des dernières années de l’occupation hollandaise et le petit peuple de Java entier garde une dévotion particulière pour l’institution. On peut visiter le palais, sorte de cité interdite protégée par de vieux gardes, armés de kriss.

Kriss

 

 

birdmarketIl y a le palais des eaux. C’est là qu’il faut aller, tôt le matin, pour prendre une photo du Mérapi, avant qu’il soit noyé dans la brume qui semble souvent le cacher à la ville. Autour du palais, dont seule une double arche a survécu au dernier tremblement de terre, un marché aux oiseaux, une piscine pour le sultan et ses épouses, une mosquée secrète, quelques bâtiments que l’on s’évertue à réparer, entre deux tremblements de terre qui les aplatissent à nouveau.

13:54 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tourisme |  Facebook |

22/04/2007

Art socialiste

Jakarta, c’est Bétonville, entrecoupé d’autoroutes. C’est aéré, respirable, mais c’est ennuyeux, quelconque. C’est aussi le centre de l’art socialiste en Océanie.

 

Horreur1Sukarno, le Fidel Castro local, avait trouvé nécessaire de faire comme tous les dirigeants socialistes dont l’Histoire nous a gratifié: de l’art national et prolétaire. C’est toujours stérile ; c’est toujours vilain. Au centre ville – enfin, à ce qui devait devenir le centre-ville, et qui ne l’est pas devenu, vu qu’il n’y a pas de centre-ville à proprement parler – il y a une espèce de grand obélisque à la gloire de l’indépendance. On l’a planté au milieu d’un parc dans lequel terminent de vieillir en paix quelques cerfs et quelques biches, en semi-liberté. Il est entouré de carrioles à cheval, histoire de faire rire les enfants, le temps d’une promenade, et de marchands de barbe à papa.

 

Les gosses y défilent par cars scolaires entiers. Ca les occupe une matinée, et les instituteurs n’ont pas de classe à préparer ce jour là : le matin, visite, l’aprème, le cours préparé par le ministère, depuis toujours, à la gloire de l’indépendance, des combattants de l’indépendance et du Camarade Sukarno. Ou cours de la matinée, et visite l’aprème. C’est encore mieux, quand on vient de la province, bien entendu.

 

Pour le cours d’instruction civique qui va avec, on tait le rôle des Japonais, je suppose.

 

horreur2Un peu partout en ville, des statues en pied d’un solide gaillard ; ou de sa nom moins solide copine ; ou des deux, bras dessus, bras dessous, sensés représenter la jeunesse indonésienne, l’armée indonésienne, la femme indonésienne, la vache indonésienne, le pompier indonésien, la chèvre indonésienne, le prolétaire indonésien, le politicien indonésien ou la paysannerie indonésienne. J’en oublie certainement. Le vrai type de l’Indonésien moyen, représenté par ces statues, a un vaste poitrail – pour les hommes - et des mains surdimensionnées, tout comme les pieds, pour faire plus peur à l’envahisseur chinois, ou hollandais, qui rode.

 

Quand les mots art et socialisme sont accolés, ça donne toujours le même résultat : c’est moche. L’art stalinien du socialisme scientifique, c’est à vomir. L’art national socialiste, c’est à pleurer. L’art socialiste agricole, mieux connu sous le nom de sado-maoïste, c’est à se flinguer. L’art de la troisième voie, qu’elle soit titiste, castriste, ou sukarniste, vaut ses frères socialistes : c’est nul.

 

Au bout d’une journée de promenade en ville, d’une statue à la gloire de l’Indonésie, à une autre statue à la gloire de l’Indonésie, je décide que le musée de l’indépendance ne méritera certainement pas le détour. Le musée indonésien, quel qu’il soit, n’a qu’un rôle : renforcer le sentiment national chez les chères têtes blondes à coups de chromos. Vous rentrez dans un musée annoncé comme étant celui du batik, de la fabrication du biniou, de la science agricole ou des volcans, on y est immanquablement confronté à une exposition à la gloire du régime.

 

Je ne suis pas indonésien, je fais donc l’impasse. Trop, c’est trop. Les gosses du coins, conduits dans les musées sous la houlette de leurs éducateurs, n’ont pas l’air chaud non plus, ai-je remarqué.

 

Points BlancsDans la rue, je me contente d’admirer les bus antiques qui transportent les locaux, ou une pub pour Bioré, la marque bien connue de sparadraps attrapeurs de points noir. Que n’invente-t-on pas… Un nouveau progrès, dans le domaine des sparadraps attrapeurs de points noirs, est illustré par une jeune femme qui serait tout simplement ravissante, si elle n’était couverte de points noirs qu’elle montre fièrement à la foule en délire : dorénavant, les sparadraps attrapeurs de points noirs sont eux même de couleur noire. Le résultat est que nous pouvons voir de nos yeux à nous que les points noirs sont blancs. Enfin, mieux vaut voir ça qu’être aveugle. Ou alors, c’est le coup d’un logiciel de retouche d’image ?

 

Après deux jours de promenade paresseuse, parfois à pied, parfois sur une moto-taxi, à ne pas voir grand-chose d’intéressant, ras le bol, de Jakarta et de Jalan Jaksa. Hop, internet et un billet pour Jogjakarta. L’avion encore. En fait, le nom de Batavia Airways m’avait tapé dans l’œil, et j’ai décidé de faire la courte distance qui sépare les deux villes en avion, pour le coup d’œil sur le Mérapi, et pour le nom de la compagnie aérienne.

 

SatéC’est pour demain matin. Pour ce soir, comme chaque soir, une petite orgie de satés dans la rue parallèle à la Jaksa : il doit bien y avoir là une centaine de cantines de rue, toutes vendant des satés, chacun des cuistots avec sa recette à lui qu’elle est bonne, avec sa sauce aux cacahuètes unique. C’est délicieux ; je prends chaque fois la portion minimum, qui me permet de m’empiffrer, sur la soirée, à quatre cantines différentes. Chaque fois, c’est un repas de roi. Les rats sont d’accords, qui galopent d’un tas de détritus à l’autre, entre les cantines de saté et les vendeurs de films piratés.

 

Les satés… pour cela, Jakarta, c’est bien. Il devait y avoir quelque chose de positif à dire sur la ville, si on cherchait assez longtemps.

13:53 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, socialisme, cuisine |  Facebook |

21/04/2007

Borneo Guesthouse, et ses rats

JakJalan Jaksa, c’est moche. On ne peut pas dire que Jakarta attire les voyageurs, en général, et les backpackers en particulier. Jakarta, c’est une ville laide, un amas de béton qui pèle et qui n’a rien de bien intéressant à offrir.

 

De ce fait, Jalan Jaksa, ce sont quelques hôtels dignes de l’Inde, trois bars de nuit ; deux bars de jour, dont un bar allemand, avec Knödels, Schnitzels et Sauerkraut ; un bar de vingt-quatre heures sur vingt quatre. Dans ce dernier bar, on peut prendre son petit déjeuner à des heures inimaginables, mais il faut bien savoir qu’on aura à se protéger de vols de bouteilles de bière lancées par de joyeux fêtards de la nuit d’avant, accompagnés par des dames qui sont toujours prêtes à faire connaissance avec l’un ou l’autre petit nouveau, contre monnaie sonnante et trébuchante. L’un des deux problèmes est que, au petit matin, elles sont usuellement fatiguées, bourrées et, de ce fait, bien peu attirantes, avec leur rimmel qui coule.

 

Le deuxième problème est que, au petit matin, la barbe commence à percer le fond de teint et fait désordre.

 

Les hôtels de Jalan Jaksa, le Kaoh San indonésien, donc, sont également accueillants pour les voyageurs et pour les rats. Je me souviens, la première et dernière fois que je suis arrivé à Borneo Guesthouse, avoir vu descendre un rat de l’étage, pendant qu’un deuxième me filait entre les pieds pour aller se cacher dans un endroit discret, au fond à gauche.

 

Il est vrai qu’il était six heures du matin et que personne, ou presque, n’était debout. Le patron, encore endormi quand j’avais passé la porte d’entrée, avait ouvert un œil, puis le deuxième, s’était levé pour aller me chercher une clé de chambre qu’il n’a jamais eu à me donner, vu que je ne souhaitais plus dormir dans son établissement.

 

J’ai donc, depuis, choisi d’aller planter ma tente dans un autre Guesthouse, dans lequel je n’ai, à ce jour, lors de mes passages, jamais vu ni rats, ni cancrelats, ni rien de moche de ce genre.

 

Oui, je sais, on me l’a dit : ce n’est qu’une affaire de temps. Eh bien, étant du type optimiste, je n’en suis pas certain.

 

Me voilà donc devant mon Guesthouse habituel. Malgré l’heure tardive, il fourmille d’activité. Le patron a décidé de rénover un peu : quelques travaux de peinture, qui ne font pas de mal, je dois dire, et remplacement de quelques fils électriques datant de Mathusalem. Il était temps. L’endroit fait nettement plus coquet, même alors qu’il est encore en chantier. Je suis reçu comme le fils de la maison, à ma grande surprise : c’est que les travaux, les taches de plâtre, l’odeur entêtante de la peinture, ont chassé les clients potentiels, alors que nous ne sommes pas encore vraiment en saison : la queue de la mousson traîne encore. Bref, je suis seul pensionnaire ce soir.

 

Du coup, j’ai droit à l’une des rares chambres où le matelas peut vraiment être appelé matelas. Dans la plupart des chambres, ce sont des paillasses, enfin, plutôt des cotonasses, dignes des pages les plus noires d’un Zola contemporain.

 

Mais il n’y a ni rat, ni cancrelats dans les chambres.

 

Ni puces dans la literie.

 

Une fois les travaux de peinture terminés, m’explique le patron, alors  que j’ai déposé mes affaires dans ma chambre, et que je suis descendu remplir les formulaires de police, il envisage de remplacer les lits les plus amochés. Bonne idée. J’espère qu’il en fera de même pour les draps, usés jusqu’à la trame, et souvent troués.

 

Jakarta, disais-je, est une ville laide. Outre les bâtiments futuristes qui font le Jakarta moderne, et qui vieillissent avec la mode, il y a un quartier chinois littéralement démoli, lors des dernières émeutes d’il y a bientôt dix ans : maisons brûlées, façades défigurées, magasins pillés, plusieurs centaines de morts. Les morts ont été enterrés à la sauvette, le quartier a été rafistolé plutôt que remis en état, dans l’attente angoissée du prochain orage.

 

Le musulman moyen n’est pas extraordinairement travailleur ; l’immigré chinois, si. Le musulman moyen est donc pauvre, quand le chinois est riche – ou, du moins, peut voir venir. Résultat : émeutes antichinoises, vu que ces chiens de capitalistes apatrides à la religion douteuse sucent le sang du noble prolétaire musulman et Indonésien.

 

Vingt ans plus tôt encore, les musulmans se lançaient dans une tentative de génocide des chinois indonésiens, vu que ces derniers étaient communistes.

 

Quand on en veut à quelqu’un, ou à son coffre fort, on trouve toujours une bonne raison pour lui taper dessus et le dépouiller. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère...

 

Chinatown est encore aujourd’hui un quartier moche, avec des traces de gnons partout. Le risque de ratonnade n’est certainement pas exclu, et les chinois se font discrets, tout en continuant – les pauvres, que peuvent-ils faire d’autre – à travailler et, horresco referens, à gagner des sous. J’imagine qu’il y a, en dessous de toute cette activité, le vague rêve de retourner un jour à la Mère Patrie, quittée par leurs ancêtres il y a au moins deux siècles. Pour y retrouver quoi ? C’est le fantasme des juifs d’avant guerre, qui ont bien déchanté, le jour où il devenait possible d’aller l’an prochain à Jérusalem.

 

Hors Chinatown, il y a Batavia – c’est l’ancien nom de Jakarta, et c’est aussi le nom donné au vieux quartier hollandais de Jakarta. C’est remis en état, ce n’est pas vilain, mais ça ne vaut certainement pas les jolis quartiers de Malacca et leur mélange portugais, hollandais et chinois. Vive la Malaisie.

 

Vraiment, hors deux ou trois rues qui visent le tourisme gros comme une maison, et qui n’arrivent même pas au niveau des quartiers shopping à thème de Singapour, Jakarta est laide ; il n’y a rien de plus à en dire.

11:39 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animaux |  Facebook |

20/04/2007

Arrivée à Jakarta, dans un avion qui ne s'écrase pas

Me voici à Medan, en fin de matinée, fraîchement arrivé de Parapat, et je file à l’aéroport, à califourchon sur une mobylette, ma valoche fermement tenue entre les jambes du conducteur, mon ordi sur le dos, me chercher un billet pour Jakarta. L’Indonésie est sans doute le seul pays où je fais entorse à mes principes : j’y prends quelquefois l’avion. Sinon, sur certains trajets, c’est vraiment trop long. De toute manière, avec trois avions plantés en deux semaines, le dernier, c’était hier, je suppose que la statistique me protège dorénavant.

 

La descente vers Jakarta, en bus, prend officiellement deux jours. C’est l’horaire annoncé. Dans un bus dit VIP, mais c’est un gros mensonge, il faut descendre tout Sumatra, et les routes ne sont pas toujours dans un état satisfaisant. Je n’ai jamais entendu dire que l’horaire avait été respecté. La fois où j’ai fait la route vers Jakarta, il nous a fallu trois jours. Si je dois en croire des promeneurs qui viennent de faire le trajet en sens inverse, et que j’ai rencontré à Parapat ce matin, avec mes trois jours, j’avais encore eu de la chance, à l’époque.

 

Quand vous voyez le bus arriver à la gare routière, vous pouvez deviner que vous vous lancez dans une équipée qui va bientôt se révéler épique : sur la galerie – car le bus VIP a une galerie… c’est déjà un signe… - il n’y a pas moins de cinq pneus de secours. Lors de ma descente, ils avaient suffit – mais tout juste. Lors de la remontée des deux Hollandais rencontré ce matin, il a fallu un sixième pneu, non prévu, qui a entraîné un retard supplémentaire d’une demi-journée : quatre jours de trajet… Il avait fallu attendre, venant de Dieu sait où, un pneu de secours finalement obtenu d’un autre bus qui descendait et n’avait pas encore épuisé son quota de pneus de secours.

 

Bref, avions dangereux ou non, ce ne peut pas être plus grave que les routes, et ma décision est prise : ce sera l’avion. J’éviterai juste Adam Air, qui semble être, pour le moment, la tête à claques du Destin.

 

CFCArrivé à l’aéroport de Medan, qui possède – ma Doué ! – un terminal international. En effet, il y a un vol quotidien vers Penang, et un autre vers Kuala Lumpur. L’aéroport possède aussi un restaurant prestigieux : le California Fried Chicken, l’ennemi intime d’une certaine compagnie du Kentucky…

 

Je me dirige vers les comptoirs des compagnies aériennes intérieures : Garuda (qui s’est planté la semaine dernière à Jogja ; aucun survivant), Adam Air (qui s’est planté deux fois dans les quinze jours précédents ; une fois dans les Célèbes, une fois en mer ; aucun survivant non plus), Batavia, Wings Air, Lion Air, d’autres encore… Quand on regarde attentivement leurs publicités, on remarque que tous les avions sont neufs. A force de s’écraser, bien entendu… faut bien remplacer le matériel. Il n’y a pas de queue devant les guichets Lion air, c’est donc là que je vais. Rapide conversation avec la préposée à l’anglais parfait. Si j’attends deux heures, il y a un avion Lion Air pour Jakarta dont les dernières places sont proposées à des prix tout à fait sympathiques : à peine le prix que j’aurais payé pour le bus. Et le trajet – si on ne s’écrase pas, bien entendu, sera fait en deux heures au lieu de Dieu sait combien.

 

Je prends mon billet, paie, m’offre un verre chez California. Les parfums en provenance de la cuisine ne sont pas très ragoûtants. La cuisine industrielle, ça vous change de la cuisine locale. Et pourtant, je l’ai toujours remarqué à travers l’Asie entière : dans les usines à bouffe planétaire, on s’écrase. Quelques touristes, bien entendu, mais une masse de familles du cru, avec un grand nombre de gosses. Les enfants aiment-ils vraiment les poulets frits et les hamburgers, ou bien la publicité a-t-elle une telle puissance de persuasion vis-à-vis des tous petits ? Et puis, pas mal d’ados, qui se réunissent dans les Mac Do’, de Chiang Mai à Denpasar. Le prestige de… de quoi ?

 

Il est bientôt l’heure d’entrer dans la salle d’attente. A chaque vol, on doit payer un petit quelque chose pour avoir usé de l’aéroport. Deux dollars, dans le cas de vols nationaux. Une paille, c’est vrai, mais il est agaçant, à travers toute l’Asie du Sud Est, de devoir aller, à chaque instant, dans sa poche, pour payer une sottise ici, une bêtise là bas. Pourquoi diable ne vend-on pas un billet au prix tout inclus.

 

WingsAppel, queue, démarrage en rangs par deux jusqu’au pied de l’avion. Tiens, finalement, c’et un Wings. Cet avion dans lequel je rentre ne correspond pas tout à fait aux publicités du bureau de vente de l’aéroport, mais il serait mensonger de le décrire comme un vieux clou. En le voyant, on n’éprouve pas le besoin de donner un coup de pied dans les pneus, pour voir si ça tient. Un avion pareil, ça ne peut que voler correctement. L’intérieur vaut l’extérieur. Ce n’est plus tout neuf, mais c’est encore dans un état qui inspire la confiance. En plus, les hôtesses sont jolies – du moins, celle qui s’occupe de la section dans laquelle je suis assis. Si les dieux ne sont pas contre moi aujourd’hui, nous arriverons à l’heure, et en un seul morceau à l’aéroport de Jakarta. Et s’ils m’aiment vraiment, je dînerai avec la belle Iluh – c’est son nom, écrit sur son blazer d’uniforme.

 

Bien entendu, nous partons en retard, à la suite d’une ânerie quelconque et non expliquée, et arriverons en retard.

 

Et Iluh ne veut pas aller dîner avec moi.

 

Alors que nous commençons à descendre vers Jakarta, dans la pénombre d’une fin d’après midi, sur ma droite, par le hublot, je peux apercevoir le Krakatoa. Ce monstre dont l’explosion, en 1883, reste la plus violente que le monde ait jamais connu, s’est ensuite affaissé, vu qu’il s’était, pour sa plus grande partie, évaporé en chaleur et lumière.

 

Il n’est plus, aujourd’hui, qu’une île pas bien grande, aux contours irréguliers, à la surface tourmentée. Il ne produit plus la moindre fumerolle mais, vu son passé, on se méfie. On pourrait le confondre avec d’autres îlots qui l’entourent et je ne suis certain de ne pas confondre que parce que l’hôtesse, penchée sur mon épaule, me montre de l’index, bien nettement, quelle île est feu le Krakatoa. Grandeur et décadence…

 

La nuit arrive, et nous atterrissons enfin à Jakarta. Nous volons de plus en plus bas au dessus de la ville illuminée, puis par-dessus le port, pour enfin entendre le train d’atterrissage qui sort, et sentir le choc léger au contact du sol. Welcome to Jakarta International Airport. We were happy to fly you from Medan to Jakarta; please board again.

 

La sortie de l’avion et l’arrivée jusqu’à la salle où l’on retrouve nos bagages se font avec une rapidité qui me stupéfie : nos bagages tournent sur le carrousel avant même que nous soyons arrivés jusqu’à lui. L’aéroport est extrêmement bien conçu et tout fonctionne d’une manière admirable. Devant chaque carrousel, un employé de la compagnie vérifie, alors que vous partez, vos bagages en main, que ce que vous avez pris à l’arrivée correspond bien à ce que vous aviez donné au départ. La confiance règne, et ce n’est pas plus mal. Au moins, ici, on ne vous volera pas.

 

Devant l’aéroport, il y a les bus qui vont en ville et, singulièrement, au quartier des routards, au Kaoh San local, qui s’appelle ici Jalan Jaksa. Hop dans le bus, démarrage dans la sombre moiteur vespérale.

10:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jakarta |  Facebook |

19/04/2007

Le Paradis, oui, mais pas trop longtemps, merci...

Le Paradis est, comme tous les paradis, ennuyeux, à terme. Chaque matin Verstuktukje me lève et regarde par la fenêtre le lac, immuablement calme, sur lequel passe, parfois, un bateau-taxi. Chaque jour, je pars à vélo, puis à mobylette, faire le tour du propriétaire. Chaque midi, je trouve une étape où j’engouffre une salade merveilleuse dont les avocats font la meilleure part. J’arrose le tout du jus d’un citron, arraché de l’arbre, avec encore un peu de sel et de poivre concassé. A boire, de l’eau claire. C’est divin. Repas terminé, je traînaille pendant une bonne heure, le temps de digérer, à jouer avec les gosses de la maison, puis reprends mon vélo, ma mob’, et vais voir plus loin ce qui mérite le coup d’œil.

 

MusIl y a ainsi un musée du batik, dans lequel on ne trouve pas le moindre batik, mais qui illustre à merveille la vie d’autrefois, pour certains, d’aujourd’hui encore, pour d’autres. L’espace, dans les maisons traditionnelles, est immense et… nécessaire. Papa et Maman se sont rarement contentés de fabriquer un petit chéri et un seul. De plus, autant, dans des pays plus secs, la maison privée est minuscule et précédée d’une immense terrasse où l’on vit, autant ici, vu les pluies diluviennes de la mousson qui dure quelques mois, l’intérieur devient important.

 

La maison est bâtie sur pilotis, comme toujours, possède un jardin potager Maisonsà l’arrière, et la vie sociale a lieu sur la terre battue du hameau, ou du village. Les gosses galopent d’un coin à l’autre, en uniforme scolaire ou en haillons, terrorisant les poules. Les mères, une fois les tâches d’intérieur accomplies, se réfugient à l’ombre du toit de la maison, et bavardent, ou cousent de concert. Je passe à travers tout cela, essayant de me rendre invisible.

 

En fin d’après midi, les employés de l’hôtel envahissent un coin du jardin transformé en terrain de volley-ball. Les équipes sont réduites à deux de chaque côté. C’est sportif… J’admire le spectacle. Entre deux manches, les joueurs chiquent du bétel, ou grillent une cigarette. Ici, ce n’est que rarement du tabac, que l’on fume, mais plutôt du trèfle. Ce n’est probablement pas meilleur pour les poumons.

 

Le soir, je quitte le Carolina, afin de tâter de la cuisine locale, dans telle cantine ou dans telle autre. Le champignon magique est ici légal, dirait-on, et abondamment distribué.

 

MMLes champignons magiques, comme on les appelle ici, ce sont, comme le lecteur l’aura certainement deviné, des champignons hallucinogènes. Quand on en prend, on se retrouve à avoir des visions, des angoisses, des fous rires. On devient Bernadette Soubirou, ou Jeanne d’Arc. Saint Michel vous apparaît, et on se retrouve à devoir libérer la France de l’Anglois. Ou des voix vous suggèrent, avec insistance, d’égorger votre voisin – ou de vous suicider. On devient oiseau, poisson, deux pas jusqu’à la terrasse et on peut s’envoler ; deux pas de plus, jusqu’au bord de l’eau, et on nage… Vu que je dors seul, et que je n’éprouve aucune envie de faire de grosses bêtises, j’évite prudemment le produit en question, à la déception de l’hôtelier qui comptait bien sur moi pour terminer son stock.

 

Au Carolina, nous devons être une vingtaine de voyageurs, dont pas même un tiers d’Européens. Sur toute l’île, guères plus ; ce n’est pas encore la saison. J’ai les routes pour moi et les vendeuses de babioles me pourchassent, à chaque arrêt.

 

Le soir, après mon repas arrosé d’une Bintang, je reste à lire sur la terrasse de ma chambre, sans avoir peur d’allumer une lampe : les génocidaires qui passent une fois la semaine font du bon travail. Toujours dans Michelet, mais je suis passé de la Révolution au Moyen-Age. Oui, bon, l’ordre n’y est pas : les hasards de l’achat.

 

Tôt ou tard, il faut partir. J’ai traîné déjà une semaine ici. La nuit dernière, il y a encore eu un gros tremblement de terre, cent kilomètres vers le sud. On parle d’une centaine de morts, de glissements de terrains, de pluies diluviennes qui ont suivi l’onde de choc.

 

Rien ici, bien entendu.

 

En tout cas, j’ai dormi à travers et j’ai appris la nouvelle à la téloche : une accumulation d’images ignobles, de flaques de sang délayé par la pluie, de corps disloqués récupérés morceaux par morceaux, sous l’œil impavide de la caméra, de familles angoissées, attendant devant la porte d’un dispensaire anonyme, de torrents de boue et de maisons détruites.

 

A mes questions, le personnel souriant m’a juré ses grands dieux que non, ici, rien n’avait été senti. Il n’y a, c’est vrai, pas la moindre fissure sur quelque mur que ce soit, à l’hôtel dont je fais le tour, avec une certaine curiosité. La région de Toba est toujours épargnée. Juste l’internet qui ne fonctionne pas – mais ça, à Tuk Tuk, c’est plutôt la règle que l’exception. Le Paradis se doit d’être isolé, n’est ce pas.

06:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paradis |  Facebook |

18/04/2007

Chanson sans paroles (ou presque)

... sans texte, vraiment: l'île est adorable, et les photos se passent parfois de commentaires - ou si peu, si peu...

 

Ici, sur la route, entre deux villages, alors que je suis encore, héroiquement, sur un vélo.

Buffalo

Les tombes bourges.

Grave
et ici, une église de village
Church

Et voici un gosse, parmi des dizaines d'autres, tous aussi adorables.

Kid

 

13:24 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le Lac Toba

L’arrivée à Parapat est spectaculaire. Le minibus arrive au sommet d’une colline, tourne d’un grand geste large sur la gauche et, sur la droite, on a une vue plongeante sur un lac au milieu duquel trône une île : c’est le lac Toba.

 

ParapatParapat, que l’on voit là bas, sur le coté, est une charmante bourgade qui, une fois qu’on s’en est approchée, n’a pour elle que son pittoresque. Quand on en a fait le tour à pied, en moins de dix minutes, on note qu’elle n’a pas grand-chose de plus à offrir, sinon le paysage de rêves de l’île qui lui fait face. Deux ou trois hôtels dits deluks - ce qui serait comparable à un deux étoiles de charme, si on était en France - où les touristes qui ont peur de l’eau iront loger, quelques bouis-bouis sur la grand’ place, une mosquée, une école, un commissariat de police devant lequel, pieds nus, les flics font la sieste et… et c’est tout.

 

TaxiQuant à ceux qui n’ont pas peur de l’eau, ils prendront l’un des nombreux bateaux-taxis qui traversent le lac, vers telle ou telle destination, et iront s’installer dans l’un des hôtels d’en face – c'est-à-dire, de l’île. L’agrégat de huttes et de guesthouses qui se trouve pile poil devant Parapat est un hameau du nom de Tuk Tuk.

 

Malgré ma dernière expérience aquatique – je veux dire, le rafting de la planète des singes – je reste stoïque devant les vaguelettes du lac et prend un bateau-taxi. En dix minutes, je suis rendu devant un hôtel, choisi au hasard. Il est ouvert, il s’appelle Carolina, et au bout de quelques instants, je me rends compte que je suis entré par accident au Paradis – d’autant plus que la région est catholique.

 

Pourvu que ni Saint Pierre, ni d’autres cruels gardiens ne s’en rendent compte et ne me chassent.

 

CarolinarecUne réception digne des palaces du siècle dernier, du temps de la colonie : une gentille Indonésienne m’a vu descendre du bateau taxi sur la jetée de l’hôtel. Elle a dû se précipiter en cuisine et, souriante que c’en est émouvant, alors que j’arrive à la réception, me tend, sur un plateau recouvert d’une serviette blanche, un verre de sirop d’orgeat glacé.

 

Alors que je savoure mon verre de sirop, sa comparse commence à me détailler les possibilités de la maison, et j’apprends que les chambres chics vous reviennent à moins de cinq Euros. Bon, d’accord, le petit déjeuner – un Euro de plus… - n’est pas inclus.

 

ChambrescarolinaJe remplis les documents de police ; me voici installé pour une semaine. Un groom arrive, prend ma valise et la monte à mon bungalow. Je le suis avec mon sac à ordinateur, le pose la porte franchie, remercie Monsieur qui disparaît, alors que la demoiselle qui m’a reçu vient à la porte et me propose de faire le tour des lieux, dès que je me serai rafraîchi. Elle est à ma disposition, au bureau de la réception. Je prends une douche séance tenante, me change, descends bientôt à l’entrée de l’hôtel où, effectivement, toujours aussi souriante, Mademoiselle m’attend.

 

Il y a une jetée, des chambres, une salle de télévision, un bureau où l’on peut essayer sa chance avec la connexion internet, des jardins d’autant plus paradisiaques qu’un personnel nombreux et empressé balaie les feuilles tombées la nuit, dès potron-minet, et qu’une équipe spécialisée passe, une fois par semaine, pour gazer les insectes mordeurs et piqueurs.

 

Nous devons être une dizaine de voyageurs, tout au plus, dans un domaine fait pour bien davantage : les nombreux tremblements de terre qui sévissent dans la région, l’état des routes, la réputation islamiste de Sumatra et les volcans qui, de temps à autre, trouvent amusant d’exploser, ne font rien pour aider le tourisme par ici… Toba, cependant, est chrétienne. Quand on s’y promène, on y trouve des églises, des églises, des églises et, parfois, c’est vrai, une mosquée.

 

Toba, comme dans le cas de tous les paradis, on a pas grand-chose à y faire : promenades à moto ou à bicyclette. Vu que la région est extrêmement montagneuse, on abandonne vite le vélo pour la moto.

 

royalgraveA portée de vélo, il y a deux villages dans lesquels on trouve des tombes curieuses, où l’influence chrétienne est évidente. Passés les villages, la route se met à monter au flanc de la montagne, à serpenter, tout en se réduisant, de la bande et demie de largeur qu’elle faisait, à une petite bande mal macadamisée : une étape de montagne du Tour de France, avec col de catégorie supérieure. Tout autour de soi, on voit les vaches, les buffles, de la nature luxuriante. Si on reste en plaine, et qu’on va d’un village à l’autre, ce seront des rizières d’un vert tendre, parsemées de bouts de plastiques bougeant au gré du vent, et faisant office d’épouvantails.

 

ricepaddy

Le reste de l’île ? Ce sont des vaches, des buffles, une nature luxuriante, entrecoupée de hameaux de montagne, de minuscules villages serrés autour d’une église, et de rizières étagées, comme on peut les voir aussi en Chine, ou à Bali.

 

LoversDes gosses à chaque arrêt, viennent vous flairer, faire les sots et demander que vous les preniez en photos. Le plaisir qu’ils éprouvent quand ils se voient dans la boite est touchant. Alors, pourquoi pas...

13:14 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sumatra |  Facebook |

15/04/2007

La descente de la mort (pas de noyés, cette fois ci)

Lors de mon premier voyage en Thaïlande, il y a quelques années, j’avais joué à fond, et sans regret, le jeu du touriste.

 

A Bangkok, on va ainsi voir, en troupeaux dominés par les Coréens et les Japonais photographes, les marchés flottants où seuls les touristes, aujourd’hui, passent. On y vend des trucs et des machins que pas un Thaï n’achèterait pour son usage personnel et que pas un touriste possédant plus de deux neurones en état de fonctionnement ne devrait acheter non plus.

 

De toute évidence, les voyages en groupe neutralisent le deuxième neurone : les marchands thaïlandais parviennent à débiter des chapeaux, des arcs et des flèches, des objets destinés à attraper la poussière dans votre grenier – à moins que, avec un malin plaisir, vous achetiez ces horreurs pour en faire cadeau à un voisin que vous n’aimez pas tant que ça.

 

A Ayuttaya – pour continuer dans le périple touristique obligatoire - il y a des splendeurs architecturales à visiter ; il y a aussi la promenade obligée à dos d’éléphant. Quand il a fallu sortir les éléphants de Bangkok, où leur travail – enfin, où leur présence – créait des embouteillages dantesques, on a cherché à leur garder un statut : les promenades de touristes, ça les nourrit, et ça les occupe. En plus, ils sont généreusement récompensés par tous ceux qui, promenade terminée, bondissent sur des régimes de bananes, vendus pour trois fois rien, et les leurs distribuent.

 

Ainsi encore, il y a, tôt ou tard, quand on remonte vers le nord du pays, le trek bien pépère tel qu’on vous le propose par là bas, avec une promenade à dos d’éléphant – ce sont probablement les cousins de ceux qui parcourent Ayuttaya - deux jours de marche tranquille dans la forêt, l’arrivée, le soir, dans un campement raisonnablement équipé, avec frigo et bières fraîches, prises électriques et gosses traînant dans vos pieds, afin de vous vendre des babioles. Enfin, le dernier jour du trek pépère en question, il y a une descente en radeau.

 

La descente en radeau est parfois pompeusement appelée « rafting ». Il s’agit cependant bien, en réalité, d’un assemblage de bambous flottant tout juste, mais capables de vous transporter de manière adéquate, entre deux eaux, d’un point à un autre, suivant une rivière somme toute bien tranquille. Avant de partir, on met ses affaires – appareils photos, papiers… - dans le pick up qui nous reprendra quelques kilomètres plus bas. Tout le long du trajet, d’un radeau à l’autre, on s’arrose, on essaie de se renverser : quand on tombe du radeau, on se relève dans l’eau qui vous va jusqu’à la mi-mollet – jusqu’au genou, dans le plus profond des cas.

 

A l’arrivée, on rit bien, on se sèche comme on peut, on monte dans le pick up qui vous conduira de retour à l’hôtel que vous avez quitté, deux ou trois jours plus tôt, à Chiang Rai, ou Chiang Mai ; à l’hôtel où vous prendrez une bonne douche et d’où vous consulterez votre messagerie électronique, avant d’écrire vos cartes postales, et voilà.

 

Ici, le torrent bien paisible que nous devions aborder est devenu, à la suite des deux orages des deux nuits précédentes, un solide gaillard dont l’unique intention est de noyer les faibles et de secouer les autres. Ca va ressembler à la pub pour je ne sais plus quel ouisequi qu’on boit à la bouteille, pour se remonter, à la fin d’une descente effrayante. Ou était-ce pour une bière, ou pour des cigarettes ? Je ne sais plus. Quoiqu’il en soit, les héros qui consommeraient à la fin du clip publicitaire, et qui nous inciteraient à consommer, je m’en souviens, étaient équipés comme pour partir à la guerre en Irak, avec casques, vestes, énorme rond de plastique destiné à tenir jusqu’au jugement dernier. On sentait l’obsession sécuritaire telle que les américains la pratiquent.

 

Foin de tout cela, en Indonésie… Nous avons nos cinq baudruches constellées de rustines, nous sommes en maillot de bain, et Allah aux Enzymes nous protège des varans, peut-être, s’il n’a rien de mieux à faire. On n’est pas depuis deux mètres à suivre le torrent qu’on a compris notre malheur. On le soupçonnait déjà… Pipo rit, mais surveille. Au bout de moins de cinq minutes à travers des rapides particulièrement violents, je m’envole de ma bouée et me retrouve deux mètres derrière l’assemblage de chambres à air, heureusement avec assez d’eau pour pouvoir suivre et me précipiter, tout flottant, à la chasse au raft, pendant que Pipo parvient à retarder ce dernier, aidé des autres. Quelques secondes plus tard, je suis accroché à ma chambre à air et, après quelques essais malheureux, je remonte à ma place. Nous avons repris de la vitesse.

 

A peine suis-je réinstallé que c’est … Pipo qui est jeté à l’eau par un remous vicieux. Là encore, nous faisons ce que nous pouvons pour retarder la nef, pendant que ce sont Pipo, puis le Hollandais jeté à son tour bas, qui nous rattrapent alors que nous avons la bonne fortune de nous bloquer contre un rocher. Tout le monde descend, de l’eau jusqu’à la poitrine, tire et pousse le raft, reprend sa place après que nous nous soyons décoincés : la descente continue, toujours aussi heurtée, hoquetante, arrêtée quand nous devons repêcher l’un ou l’autre. Parfois, ça se passe en un instant, parfois, nous craignons de perdre un compagnon pour de bon. Pipo ne rit plus.

 

Quand nous terminons enfin les rapides, après plus d’une heure, et que le torrent devient rivière, si nous n’étions pas trempés par nos plongeons répétés et involontaires dans le torrent, et par les éclaboussures des rapides, nous serions en nage. Nous en avons encore pour une heure, reposante, de descente, avant d’arriver à la case départ, quand la rivière passe devant les gueshouses de Bukitlawang. Nous échouons le raft et mettons les sacs, soigneusement enveloppés, au préalable, de sacs plastiques, à terre. Retour, après serrements de mains et adieux, à nos guesthouses respectives où chacun vit sa vie. Je suis reçu à la mienne, reprend ma chambre, me douche, me change, reviens à la grange pour une bière méritée et pour annoncer mon départ demain. Il n’est de bonne compagnie…

07:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rafting |  Facebook |

13/04/2007

Les varans gourmands

Une fois la douche imitation Ushuaïa prise, nous retournons vers le campement où quelque chose se prépare, qui sent bon. Admirable : le cuistot est en train de nous préparer, des… crêpes, dans lesquelles on emballera un curry déjà prêt.  

 

Dans le Gault et Millaud, notre cuistot serait titulaire de deux toques, pour le moins.

 

Les varans pensent bien la même chose, puisque nous en voyons au moins trois, qui guettent dans la distance – enfin, quand j’écris dans la distance, ils sont littéralement à portée de main… Etape suivante : dressés sur les pattes de derrière, ils mendieront au pied de la table. Enfin, il n’y a pas de table, mais on se comprend.

 

On pose la question à Pipo de savoir si ce sont des varans connus, familiers. Non, il n’en est rien. Plus encore : l’endroit où nous campons, ce soir, est utilisé pour la première fois depuis des mois. C’est juste que les varans sont comme ça, assez goulaffes. Jamais je n’avais imaginé les varans aussi gourmands, prêts littéralement, nous semble-t-il, à tout pour venir chiper un bout.

 

La lumière fuit, la nuit tombe, nous dînons, sous la surveillance rapprochée des varans, et le repas est délicieux. Madame est quand même un peu inquiète, en ce qui concerne les varans, mais Pipo lui jure sur tout ce qu’il a de plus sacré qu’ils ne sont pas dangereux pour l’homme. Le repas fini, ils se dispersent d’ailleurs, l’œil déçu, et on en entend plus parler. Il est probable que le cuistot va leur jeter, un peu plus loin, quelques miettes. Ma foi, il faut bien que tout le monde ait le bonheur d’apprécier la bonne cuisine…

 

Jeux de cartes du soir, à la lumière de la bougie, fin de soirée. Nous partons, l’un après l’autre, nous brosser les dents, puis nous nous étalons côte à côte, dans le même ordre qu’hier, avec, tout comme hier, un orage qui menace. Quant à moi, ça ne m’empêchera pas de dormir.

 

Un hurlement affreux me réveille brutalement à une heure indéterminée : c’est madame qui, après, semble-t-il avoir roulé sur son mari, arrive en plein sur moi, toujours hurlante, me rebondit dessus et disparaît, crevant la toile de tente, dehors, usant de tous les membres pour se sauver. Grosse panique de tout le monde. Pipo trouve les allumettes, les bougies, nous avons de la lumière et retrouvons Madame à quelques pas, sous la pluie battante, tremblante encore, dans les bras de Monsieur qui la calme. Chapeau à Monsieur et à sa rapidité à rattraper son épouse : on n’a pas eu le temps de le voir courir après elle. Je jette un coup d’œil autour de moi, dans la tente : rien de suspect. Un mauvais rêve ? Un insecte qui aurait causé une frayeur ? Un coup de tonnerre qui aurait réveillé la pauvre en sursaut ? Un serpent ?

 

C’est Pipo qui trouvera la clé du mystère, la fille étant trop choquée pour parler, et ne sachant probablement pas exactement ce qui lui est arrivé : ce que je n’avais pas noté, c’est que son baluchon est ouvert et que, dans ce baluchon ouvert, il y a un paquet de biscuits, éventré d’un coup de dents impatient.

 

Un varan, pendant notre sommeil, s’est glissé entre Madame et Monsieur, a fouillé de la pointe du nez dans le baluchon d’où s’échappait un parfum intéressant, et a entamé les biscuits trouvés. Le seul problème est que, de toute évidence, la tête de Madame reposait sur le baluchon et les chocs l’ont réveillée. Elle a tourné la tête et a vu, dans son demi-éveil, à quelques centimètres d’elle, la gueule d’un varan que Pipo déterminera, un peu plus tard, comme faisant dans les deux  mètres. Un solide gaillard avec une gueule en proportion. Et on s’étonne qu’elle ait eu peur…

 

Qui aurait imaginé que les varans avaient un si bon flair. Mais qui aurait imaginé que leur gourmandise les conduit à prendre de tels risques. En tout cas, il a bien dû avoir la trouille, lui aussi.

 

Plus personne ne dormira vraiment, pendant les dernières heures de la nuit. Monsieur s’évertue à calmer madame qui a du se changer, tant elle a eu peur. On lui assure tout qu’elle n’en est pas ridicule pour autant et que si c’était nous qui nous étions réveillé nez à mufle avec le fauve, dardant à tout instant, qui plus est, sa langue bifide biraisin, on n’aurait pas été particulièrement farauds non plus.

 

Heureusement, l’orage finit de s’éloigner, et avec lui, la pluie ; l’obscurité ne s’éternise pas et il est bientôt possible de se lever en ayant une vue d’ensemble sur le camp.

 

A petite distance, il y a un varan…

 

Les garçons – Pipo, le cuistot, le mari et moi-même – prennent chacun un quart du périmètre et chassent les varans. Le simple fait de se montrer et d’avancer vers eux suffit. Madame, rassurée, est ensuite conduite à la cascade par Pipo et le mari. Sous leur protection, elle peut se rafraîchir pendant que le cuistot fait chauffer le petit déjeuner, et que je garde les affaires d’un air martial. Quand elle revient, entourée de ses gardes du corps, elle va déjà mieux. L’aventure n’est plus qu’un souvenir qui sera, certainement, enjolivé, une fois qu’il aura voyagé de Sumatra jusqu’à la Hollande.

 

Petit déjeuner délectable, comme d’habitude. Nous nous relevons deux fois pour écarter les varans importuns. Rapide tour d’horizon avec le chef : la promenade du matin est peut-être rendue moins facile, du fait que certains ont très mal dormi, que les affamés traînent autour, que cela inquiète assez naturellement la pauvre Hollandaise. Nous suggérons, pour le bien de Madame, évidemment, de traîner ici, ce matin, avant de faire la descente en radeau prévue.

 

C’est assez faux-cul de notre part, à dire vrai, cette proposition de ne pas bouger pour le bien de Madame: on est tout simplement crevés.

 

Nous nous faisons aussi la réflexion suivante, selon laquelle, après deux gros orages successifs, la rivière est grosse ; la descente sera certainement plus secouée que d’habitude ; nous aurons besoin de toutes nos forces.

 

Ca, par contre, c’est vrai, et Pipo en est parfaitement conscient. Un cri dans la distance, réponse lointaine du rabatteur qui nous rejoint bientôt, rapide explication entre eux : la sauterie de la matinée est annulée.

 

Quartiers libres pour Madame, qui se repose un peu, pendant que les garçons continuent à veiller au grain. Des varans montent et descendent la rivière, nageant comme je n’imaginais passer devant nous, dans la rivière. Pas la peine d’en parler à Madame. Pour les autres, ceux qui approchent du camp, quand on en voit un, on se lève d’un air menaçant ; on fait deux ou trois pas dans la direction de l’intrus ; il se sauve.

 

Pendant ce temps, aussi, le cuistot-factotum a préparé le radeau : il s’agit de cinq chambres à air en caoutchouc noir, de taille conséquente: ce sont des chambres à air de pneus d’autobus, ou de camions. Ca m’a l’air bien faible, pour descendre un torrent presque mugissant, mais Pipo me jure que c’est la meilleure méthode pour descendre une rivière rocailleuse et qu’il n’y a jamais eu d’accident. Les nombreuses rustines qui parsèment les pneus me font penser le contraire, mais qui suis-je pour jouer au trouble-fête…

 

Repas de midi, toujours aussi délicieux, déshabillage et rhabillage en tenue de natation, emballage de nos affaires – appareils photos compris – dans des sacs en plastiques. On monte à nous cinq sur les chambres à air mises à l’eau et à la grâce de Dieu.

 

05:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, cuisine, rafting |  Facebook |

12/04/2007

Coup de gueule contre les douches sous les cascades glacées

BigboyNotre périple dans les bois continue encore deux heures, avec encore quelques interruptions, chaque fois que les orangs-outangs passent. Avec eux, jamais de mauvaise surprise – sauf l’occasionnel coup des pipis arboricoles, et sauf dans le cas de Mina, bien entendu : normalement, ils approchent, peu à peu, curieux de nous voir, nous flairent de plus ou moins loin, jouent souvent les stars et posent devant l’appareil photo, se laissent parfois approcher au point qu’on peut les toucher, mais nous n’auront plus ce contact littéralement intime que nous avons eu avec Trikit. Une fois leur curiosité satisfaite, ils remontent dans les arbres, pour les dames, accompagnées ou non d’enfants, ou reprennent leur chemin, pour les messieurs, d’un pas traînaillant, se retournant parfois une dernière fois - par curiosité ? Par inquiétude soudaine ? Je ne sais.

 

On verra des gibbons aussi, moins caressants, plus méfiants. Nous nous observerons mutuellement, dans la distance.

 

Nous arrivons enfin au camp qui est, comme hier, sis sur la rive d’un torrent et où, comme hier, notre factotum nous attend, l’abri dressé, un petit feu qui flambe entre trois pierres et une bouilloire dans laquelle l’eau frémit.

 

On croirait qu’il nous attendait à cette minute même – et c’est probablement le cas : vu le vacarme que nous faisons en marchant, nous devons être audibles à près d’un kilomètre. Cela laisse tout le temps à notre cuistot de préparer le thé pour qu’il soit prêt à l’instant même où nous mettons le pied dans l’enceinte du camp. Il a l’expérience pour cela…

 

Nous nous laissons donc tomber devant le feu, pendant que le cuistot nous sert le thé qu’il vient d’infuser. Luxe suprême, il a ouvert une boite de sweet milk, de lait condensé et sucré que les asiatiques utilisent jusqu’à l’écoeurement, pour préparer thé, café, et riz aux mangues, remplissant la tasse d’un bon quart de ce lait avant d’y mettre le thé ou le café. C’est comme cela qu’ils aiment leur boisson chaude. Et, il faut l’avouer, il n’est pas particulièrement difficile de se plier à cette habitude. En fait, ainsi préparé, le thé, ou le café rappelle des souvenirs d’enfance, quand il n’y avait jamais assez de sucre sur nos céréales, dans notre porridge, ou dans notre lait chaud. Ah, souvenirs, souvenirs…

 

Nous avalons deux tasses de thé, avant de nous retourner vers Pipo qui vient, d’un pas léger –mais comment fait-il ??? - nous suggérer la sempiternelle cascade glacée, située à deux pas et sous laquelle nous pourrons nous rafraîchir. Nous passons dans la tente, vite fait, à grands gestes courbaturés, pour remettre nos maillots, et le suivons, cognant nos pieds dans chaque caillou, dans chaque irrégularité du sentier, les jambes maladroites de fatigue.

 

Le coup de la cascade sous laquelle on se laisse doucher, dans le but de se remettre, je me demande parfois si ce n’est quand même une sottise imposée par les média et la publicité.

 

Dans je ne sais combien de courts métrages faits à la gloire d’Ushuaïa, de Dove, de Nivéa ou de n’importe quelle autre marque de savon liquide pour douche, nous avons de ravissantes créatures genre Tahitiennes avec fleurs dans les cheveux, entourées de blondes pulpeuses et de brunes, de noires, de rousses encore plus pulpeuses, de quelques métisses et autres asiatiques, pour faire franchement harem. Elles sont sous une cascade, habillées, tout au plus, d’un troublant monoquini et se nettoient mutuellement à grand coup de Dove, de Nivéa ou d’Ushuaïa, sur une musique joyeuse, genre lambada.

 

Apparaissent trois ou quatre bellâtres au sourire stupide et au menton bleu, qui dénote, comme chacun le sait, une virilité sans faille. En Inde, ils porteraient la moustache. Tout ce troupeau de joyeux lurons de se doucher sous la même cascade que les demoiselles, cascade à la location imprécise, mais certainement située dans les îles. Lesquelles ? Mystère et boule de gomme. Ce sont les îles, celles où on trouve des filles faites pour l’amour, et qui se douchent sous une cascade, en se caressant l’une l’autre le dos. C’est tout. Enfin, non, ce n’est pas tout : outre les filles en grand nombre, on trouve, en petit nombre, les messieurs avec le menton bleu qui vont bien rigoler après le tournage de la douche. Ah, oui, en plus, il y a des verres genre « long drink » pleins de liquides qui ont l’air bien appétissants.

 

Vu que l’endroit où cette cascade se trouve, c’est dans un studio surchauffé, et que les pauvres acteurs cuisent sous les spots de lumière, les liquides en question sont bien nécessaires, entre les prises de vue.

 

Ainsi, scénariste du clip publicitaire à la gloire du savon liquide de douche a fait le tour des arguments de vente : nettoyage et fraîcheur, pour les ménagères qui font les courses ; vacances exotiques, bibine et filles à foison, à tendance un peu voile et vapeur, pour les messieurs qui, parfois, font les courses à la place de Madame. Dans tous les cas, les promesses subliminales de la publicité font que personne n’oubliera d’acheter le savon liquide pour douche.

 

Maintenant, quand vous vous trouvez vraiment sous une cascade, après une longue journée de randonnée, vous recevez d’abord une claque mouillée de plusieurs kilotonnes, et pensez d’abord vous effondrer sous la puissance de la chute d’eau. Jamais la cascade ne correspond à une espèce de douche délicate et vibromasseuse juste comme le modèle high-tech que vous avez dans votre salle de bain, ou son équivalent naturel que l’on voit dans la pub pour savon liquide.

 

Quant à la température de l’eau des cascades destinées à nous revigorer, parlons-en : je sais bien qu’on est à la recherche d’un peu de fraîcheur, après la journée infernale passée dans cette espèce de bain de vapeur, parfois peuplé de moustiques, qui plus est, mais l’eau de la cascade, c’est un plein sac de glaçons qui vous tombe dessus et vous enferme.

 

Au moins, quand, en Finlande, on va se rouler dans la neige, en hiver, en sortant du sauna, on sort vraiment du sauna : ça veut dire qu’on vient de passer quelques minutes dans une étuve à cent degrés, dont on sort soudain comme un diable de sa boite, et qu’on ne se rend même pas compte que la neige est froide, pendant les premières secondes… Ensuite, on s’en rend compte : ça mord, c’est un sentiment qui n’est pas désagréable, d’ailleurs. Alors, on se relève et on file de nouveau à l’intérieur du sauna. Dès que le sauna redevient insupportable, on refile dehors, on se reroule dans la neige, et ainsi de suite, pendant une demi-heure, après laquelle on prend une douche tiède et finale – avec du savon liquide Nivéa, si on y tient – on se sèche, on se rhabille et on se prend une bonne bière.

 

Ici, pour la bière, que dalle.

 

Quand, surpris par la pesée brutale de l’eau, et sa température, vous faites un geste brusque pour vous éloigner, vous êtes déséquilibré et vous glissez invariablement sur un rocher glissant, pour tomber sur un caillou pointu. Vous vous pétez donc la figure, vous vous faites mal à la semelle du pied – des deux, si vous êtes chanceux et, si vous avez gagné le gros lot, vous en profitez pour vous faire quelques profondes écorchures aux coudes et aux genoux.

 

Bien entendu, vous tombez dans l’eau glacée que vous tentiez d’éviter et vous trouvez à deux doigts de l’infar’.

 

Ne comptez pas, de toute manière, utiliser votre savon liquide Ushuaïa ou autre : d’abord, vous ne l’avez pas pris avec vous pour la randonnée et si, par hasard, vous l’aviez pris, le guide vous priera de ne pas polluer stupidement (il ne le dira pas ainsi, mais il le pensera très fort, et très justement) la cascade. Dans une cascade de la forêt vierge, on ne se lave pas : on se rafraîchit et on se rince. Bref, le coup des îles sur lesquelles on prend des douches tièdes et joyeuses, en groupe, au son d’une musique genre brésilien, avec du Dove dans une main et un coquetaille dans l’autre, je peux déjà dire que ce n’est pas l’île de Sumatra. Pour avoir expérimenté, précédemment, Bornéo, je peux ajouter que ce n’est pas Bornéo non plus.

 

Quant aux jolies filles très ouvertes sur le plan sexuel, et en proportion de six par mec, n’y comptez pas. Quand vous êtes en randonnée avec d’autres personnes, dans le meilleur des cas, il y aura une mignonne poupousse, mais son fiancé jaloux et boxeur est là aussi. Dans le pire des cas, vous êtes juste entre garçons et l’un d’entre eux est un champion pour les flatulences. Les nuits sont gaies. Cas intermédiaires : autant de garçons que de filles, mais ce sont les rousses vulgaires d’Ange le maque, des walkytruies teutoniques, une ou plusieurs pimbêche(s) de nationalités variées. Bref, rien de bien fameux.

 

J’imagine que l’arrêt-cascade est un élément obligatoire d’une randonnée, que le guide n’oserait pas faire l’impasse sur les cascades qui rafraîchissent, pendant que les randonneurs n’oseraient pas refuser les cascades en question. C’est un peu comme quand on prend des asperges : il faut les manger avec les couverts qui vont avec. C’est infernal, mais c’est ainsi.

 

A ce propos, je me demande quel est le taré qui a inventé le service à asperge. Il mériterait une statue, qu’on placerait dans une cage à pigeons.

 

Bon, maintenant, ce n’est pas dire que l’arrêt cascade est totalement déplaisant mais, à y penser, ce serait quand même mieux d’être à l’hôtel, en fin d’aprème, à prendre une douche qui, grâce à la tuyauterie invariablement exposée au soleil, serait tiède. Et puis, il y aurait du savon, du shampoing, et on se sentirait vraiment propre à la fin.

09:40 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

07/04/2007

Quand une Orang-Outang tombe amoureuse de vous...

Encore deux heures de chemin. Grâce aux litres d’adrénaline qui nous sont entrés, d’un coup, dans le corps, lors du passage des macaques, on ne sent plus la fatigue. Mais bon, tout doucement, on oublie les macaques, on voit, dans la distance, des oiseaux pas méchants, on attrape un instant, à fin d’observation, des insectes gigantesques et nous les relachons, puis… on arrive à la pause déjeuner. Enfin !

 

Nous tombons littéralement au sol, non sans avoir d’abord, de l’oeil, vérifié qu’il ne grouillait pas d’insectes piqueurs, mordeurs et venimeux. Les garçons, comme d’habitude, trouvent une flaque de soleil devant laquelle ils pendent leur chemisette dégoulinante de transpiration.

 

Repas… boisson, beaucoup, beaucoup, beaucoup… Après une heure, avant que nous nous refroidissions, nous redémarrons.

 

C’est alors que le moment magique, pour moi, de cette randonnée aura lieu. Le rabatteur crie, dans la distance, et c’est pour annoncer, nous dit Pipo, l’arrivée d’un groupe d’orangs-outangs. Nous attendons, sans inquiétude. Selon Pipo, qui dit présence d’orangs-outangs, dit aussi absence de macaques… Tant mieux.

 

Arrive d’abord une femelle, le bébé sur la hanche : méfiante, elle reste d’abord à quelques mètres du sol, accrochée à un jet de bambou. Elle lache bientôt son bébé qui s’aventure de branches en branche, descendant un peu le long d’un tronc, pour nous voir de près, puis remontant jusqu’aux branchages, pendant qu’elle marque le territoire en faisant pipi.

 

Vu que ce n’était pas prévu, ça arrive au milieu de notre groupe, droit sur le Hollandais qui s’écarte en poussant un hurlement indigné, éclaboussant les autres. Nous deviendrons d’une prudence de sioux, par la suite, chaque fois que nous verrons un orang-outang dans un arbre. Il paraît, nous dira Pipo, que c’est leur spécialité, le coup du pipi, quand ils voient des animaux étrangers – des Hollandais, par exemple… J’imagine qu’ils trouvent ça drôle.

 

Le cri indigné du Hollandais, accompagné de deux bruyants « Oooh Shit ! » de la part de sa douce moitié et de la mienne, et de son équivalent, dans un obscur dialecte indonésien, de la part de Pipo, interrompt un instant Madame la pisseuse et fait s’envoler dans les arbres, littéralement, le jeunot, ou la jeunotte. Maman termine son pipi, rappelle sa progéniture et continue son chemin, indignée, ou surprise, par nos cris, pendant que le pauvre Hollandais arrache sa chemisette, s’essuie comme il peut et, suprême insulte, ne pouvant jeter la chemisette polluée comme ça, au milieu de la forêt, dois la transporter avec lui jusqu’à ce soir… Pipo lui fait une fleur, en l’emballant dans un sachet de plastique dont son baluchon est plein, avant de le lui rendre… Et c’est alors, pour nous réconcilier avec la gens simiesque, qu’arrive Tikrit.

 

Comme les autres orangs-outangs, on la voit arriver de loin. La cime d’un arbre remue, puis une autre. Peu à peu, les arbres qui bougent se rapprochent. Finalement, on voit une boule rousse qui va, paresseusement, d’un arbre à l’autre, dans notre direction. Nous sommes certainement repérés depuis longtemps et, nous le savons, les orangs-outangs sont curieux de nous. Mais elle prend son temps. Finalement, arrivée à un dernier arbre, elle descend lentement, pour nous voir de plus près. Monsieur le Hollandais se cache derrière le tronc d’un arbre, rapport au risque d’arrosage.

 

Tikrit est connue par Pipo. C’est, du point de vue simiesque, une adolescente. Elle doit avoir dix ans, vit seule depuis quelques temps déjà. Elle aura, tôt ou tard, un fiancé – on verra bientôt une grosse brute lui tourner autour – et est extraordinairement affectueuse, fleur bleue, toute prête à découvrir l’amour.

 

TikritElle descend, reste accrochée à une basse branche, nous laisse approcher, pas à pas. Bientôt, elle accepte, prudemment, bien sûr, toutes les caresses. Je lui gratouille le dos, ce qu’elle semble apprécier. Je continue donc. D’une main, puis d’une autre, elle me prend le poignet, puis le bras, me serre de plus en plus près, puis saute tout naturellement dans mes bras, ce qui fait rire tout le monde.

 

Visiblement, elle m’aime bien. Oh, c’est mignon, et je la garde donc, comme on le ferait d’une grosse peluche, ou d’un gosse de deux ou trois ans… C’est mignon, mais c’est encombrant quand même : je parie qu’elle doit faire dans les dix kilos. Elle niche sa tête dans le creux de mon épaule, et je sens, dans mon cou, son souffle tiède. On fondrait de tendresse, si on ne fondait de chaleur.

 

Le problème est que, quand Pipo suggère que nous y allions, elle est tout à fait d’accord pour partir avec nous, dans mes bras. Plutôt crever que me lacher… Pipo essaie, puis demande l’aide du rabatteur ; à eux deux, ils détachent délicatement une main, puis une autre. Pendant qu’ils s’occupent des troisième et quatrième main, Tikrit me ré-agrippe tout aussi fermement des deux premières. Rien à faire. De guerre lasse, Pipo suggère que nous y allions : il y aura bien un moment où ma jeune fiancée m’abandonnera : souvent femme varie, écrivait déjà François Ier, et il semble que Pipo est bien de son avis.

 

A juste titre, d’ailleurs car c’est exactement ce qui se passe, près d’une heure plus tard. Elle devient un peu agitée ; plutôt qu’avoir sa tête reposant sur mon épaule, elle se met à regarder à gauche, à droite, en haut… Enfin, à mon grand soulagement, elle décide de descendre de ma hanche, à regret, dirais-je, mais elle descend quand même, d’abord pour nous suivre, encore peut-être pendant deux ou trois cent mètres, et enfin, nous abandonnant et remontant dans un arbre pour encore continuer à nous observer : je n’étais plus qu’une fontaine de transpiration. Essayez, par plus de trente degrés, dans la chaleur lourde de la jungle, de vous promener une boule tiède de poils sur le bras, qui vous souffle dans le cou, et vous m’en direz des nouvelles.

Bien entendu, elle était lourde et encombrante ; je n’allais pas la prendre avec moi, pour m’accompagner dans mes pérégrinations océaniques ; je n’allais certainement pas la ramener en Belgique, pour la loger dans un appartement banal de la région bruxelloise… C’est cependant avec un pincement au cœur que je l’abandonne, au sommet de son arbre, et que nous nous perdons de vue, après un tournant.

 

Au revoir, Trikit, tu me manques déjà.

15:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour, singes |  Facebook |

06/04/2007

Les macaques attaquent

C’est triste, je vieillis : tout est dur aux fesses et au dos, ce soir. Nous avons dîné d’un délicieux riz au poulet dont, à nous cinq, nous n’avons rien laissé. Du thé par seaux entiers. Il fait noir, c’est une nuit sans lune, ou pas grand-chose de lune, et j’irais bien – nous irions bien – dormir… Il doit être, tout au plus, sept heures du soir… Mais bon, Pipo sort les cartes et nous jouons un peu, y prenant un réel plaisir, passons le temps, pendant deux bonnes heures avant de finalement nous effondrer sur nos tapis de gym. Je suis bêtement en T-shirt et caleçon, à moitié emballé dans un sarong. Cela suffira amplement ; je ferme les yeux, ça y est, je dors.

 

Je me réveille le lendemain, endolori et courbaturé, alors que l’aube pointe et que les autres ouvrent un œil qui a l’air bien comateux.

 

Si je dois en croire mes petits camarades de voyage, il semble que la nuit a été un peu agitée : il y a eu un bel orage avec des cataractes d’eau qui sont tombées sur la toile de tente, heureusement bien isolée de dessus comme de dessous, des éclairs gros comme Dehaene, des coups de tonnerre à faire croire à un concert de Genesis, et je n’ai absolument rien entendu. Par contre, une fois levé, je jette un coup d’œil sur le torrent qui témoigne bien de la véracité du récit. Il a, à la suite de l’orage de la nuit dernière, pris assez bien de volume et son eau, hier presque cristalline, est trouble.

 

Bon, le voyage se terminera par une descente en rafting promise : heureusement que ce n’est pas pour aujourd’hui : d’ici demain, on a le temps de voir venir.

 

Les chemins, eux, semblent ne pas souffrir de ce genre de pluies. Les sentes sont, naturellement, spongieuses. Quant aux rives du torrent, elles sont simples amas de cailloux, et ce n’est pas une pluie qui changera leur texture.

 

Petit-déjeuner roboratif, sous l’œil vigilant d’un varan qui espère des miettes, remballage de nos petites affaires, remplissage de nos gourdes avec de l’eau bouillie. Nous nous brossons les dents, mais ne cherchons pas à faire des efforts démesurés pour la toilette. On doit être plutôt moches mais, les dieux en soient remerciés, personne n’a de miroir pour se faire peur.

 

Démarrage.

 

Aujourd’hui, dit Pipo, nous pouvons espérer d’autres orangs-outangs, qui seront moins habitués aux passants, mais qui devraient être tout aussi familiers. L’orang-outang est une bestiole pétrie de curiosité, généralement affable – tout à l’opposé des singes, en général – et il serait surprenant qu’ils ne viennent pas jusqu’à nous, si nous les rencontrons.

 

Le démarrage est lent, d’abord parce que nous devons grimper une côte particulièrement pentue. Le sol est gras, et ça nous aide plutôt, car nous pouvons facilement accrocher chaque défaut du sentier, de la semelle. Nous avons, de plus, une kyrielle de lianes pour nous aider. Mais bon Dieu, que nos jambes sont lourdes. Après un peu d’échauffement, ça ira mieux, mais je remarquerai, toute la journée, que nous multiplions les fautes, marchons mal, tombons – ou risquons la chute - plus facilement qu’hier, du simple fait de la fatigue. Pas assez d’entraînement. Nous regardons moins bien autour de nous, posons la main sans vérifier sur des insectes piqueurs ou mordeurs, et faisons moins attention à l’endroit où nous devons poser le pied. Les fourmis, qui couvrent le sol, se retrouvent plus facilement sur nos mollets.

 

Bientôt, nous arrivons au sommet d’une colline où nous nous arrêtons un instant, faisant honneur, à grandes lampées, à nos bouteilles d’eau bouillie. Alors que nous allons repartir, un lointain appel de notre rabatteur, des cris d’oiseau, Pipo nous presse de reprendre notre sac « à l’envers », sur le ventre et nous voilà soudain entourés d’une bande de macaques – ils sont vingt, trente - qui, heureusement, restent pour la plupart en hauteur, dans les branchages, tournoyant avec l’œil toujours aux aguets et l’espoir de nous chaparder quelque chose, pendant que les mâles les plus gros s’approchent et nous distraient en nous montrant les dents.

 

Nous mettons Madame, qui pâlit, au milieu et chacun des trois garçons fait face, dos à dos, son sac sur le ventre, suivant l’impulsion de Pipo qui nous guide sur le sentier, afin que nous nous éloignions de ces sales bêtes. Elles ne voient pas la faille et, surtout, elles ne voient rien à voler qui serait tentant. Rien de brillant – nos appareils photos sont, les dieux en soient remerciés, dans leur housse - ; pas de bouffe… Elles nous abandonnent donc vite et reprennent leur chemin. Pfew, les macaques, ça, c’est de la sale bête. Nous repartons, considérablement soulagés mais le cœur battant encore la chamade.

 

Quand j’étais ado, j’ai vu à plus d’une reprise le résultat de profondes morsures, infligées par des babouins, dans le Transvaal aussi bien qu’en Rhodésie. C’était spectaculaire, inoubliable. Je ne détaille pas, en racontant cela à mes petits camarades, afin de ne pas les terroriser : après tout, nous sommes encore dans la barque pour plus d’une journée, et on ne sait pas ce qui nous attend… Je ne dis donc pas que, régulièrement, nous relevions des morts, dans la campagne ; des indigènes littéralement saignés à blanc.

 

Bon, au moins, c'était une mort hallal.

09:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : randonnee, singes |  Facebook |

05/04/2007

La rivière aux dragons

Quand nous redescendons de la piscine naturelle qui s’est, milliers d’années après milliers d’années, creusée sous la cascade, on ne peut pas dire que nous sommes frais comme des roses – loin de là – mais ça va mieux. Il doit faire trente bons degrés, et l’humidité usuelle à la forêt vierge en sus, mais nous sommes gelés, et nous avons toujours les hanches douloureuses, les genoux faibles, les pieds délicats. Je me sens moins sale ; c’est toujours ça… A côté de la tente, le factotum, qui était à l’oeuvre quand nous sommes arrivés, pose un grand pot de thé, accompagné d’un paquet de cookies chinois.

 

Où vont se nicher les petites attentions.

 

Le thé, d’abord, que nous buvons au litre, avant de prendre un de ces petits gâteaux salés disposés sur une assiette, encore dans leur plastique, pour éviter d’attirer les fourmis.

 

Des deux dernières heures de jour, nous passons la première à laisser nos jambes se remettre. Ensuite, nous commençons à explorer les alentours. Mme la Hollandaise nous prie de la laisser partir dans la distance, pour qu’elle puisse se laisser aller à ses besoins naturels. Pipo lui montre la direction générale qu’il suggèrerait, en remontant la rivière, vu que le premier méandre n’est qu’à une cinquantaine de mètres et qu’elle sera alors en paix. Obéissant au conseil, elle remonte pour revenir très vite et prier son mari de l’aider dans ces moments difficiles : passé le méandre, il y a un énorme varan, un vrai dragon

 

J’accompagne à la chasse, bien entendu, toutes douleurs oubliées, promettant à Mme que, dès que nous aurons fait fuir le monstre, je retournerai à la tente et la laisserai à ses besoins naturels, en compagnie de son mari. Madame sait rire des situations un peu difficile et accepte la proposition : trois chasseurs, dont deux hommes mal rasés, ça vaut toujours mieux, contre un dinosaure de trente mètres de long, avec des dents comme des touches de piano.

 

varanQuand nous arrivons à l’endroit dangereux, juste passé le méandre, nous tombons en effet sur un varan. Il doit faire, tout au plus, deux mètres. Pfff, les filles, petites natures… Sans compter que le pauvre varan, dès qu’il nous voit, prend ses pattes à son cou et file dans la jungle.

 

Madame jure que ce n’était pas le même.

 

Je retourne à la tente et explique, rigolard, la situation à Pipo. A son opinion, Madame dit probablement vrai, quand elle parle d’un deuxième varan - le coup des trente mètres de long, par contre, il n’y croit pas trop. En effet, le bord du torrent fourmille de varans. Ils remontent et descendent à la nage, attaquent tout ce qui ressemble à un poisson, à un petit mammifère, à un gros insecte ou à une tortue d’eau. Ils se bouffent entre eux, aussi.

 

Ecologie, pacifisme, solidarité…

 

Enfin bref, on devrait voir plus d’un varan dans le coin et, effectivement, alors qu’il parle, j’en voit passer un, qui se laisse aller à vau l’eau – je suppose qu’il s’agit du monstre qui menaçait précédemment Madame la Hollandaise. Je le suis distraitement du regard. A ce moment, Pipo m’indique du doigt un autre varan, derrière moi. Je me retourne : il est à, tout au plus, deux mètres de notre popote, un grand gaillard laid comme le péché, attiré par l’odeur délectable du riz au poulet qui est en train de cuire sur le petit feu de bois.

 

Môssieur est fin gourmet.

 

Môssier est fin gourmet, certes, mais il n’est pas plus courageux que cela, et se contente d’observer, dans la distance, vu qu’il nous voit tout aussi bien que nous le voyons. Un claquement de mains et il s’éloigne. Ca vaut mieux aussi, vu que les Hollandais reviennent et que c’est probablement une bonne idée d’éviter ce genre de spectacle à Madame, qu’elle puisse croire un instant qu’elle est, à côté du feu, dans un endroit protégé.

 

Elle s’écrase sur une grande pierre plate, dont elle offre la moitié à son mari. Moi-même, je m’assois sur une autre, sirotant une nouvelle tasse de thé – ma troisième en un quart d’heure. Je crève de soif ; les autres aussi.

04:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dinosaures pleins de dents |  Facebook |

03/04/2007

La chasse au tigre

Il sera bientôt midi, et nous sommes crevés. La lourdeur du temps, ainsi que le fait que nous avons – hors les arrêts – sans cesse monté, sur des sentes particulièrement glissantes et souvent encombrées. Un petit arrêt repas ne sera pas de refus… Nous y voilà. Les garçons retirent leur chemisette dégoulinante de transpiration, et trouvent une flaque de soleil devant laquelle lesdites chemisettes peuvent être pendues à sécher. Madame la Hollandaise est naturellement plus modeste.

 

Pendant que nous dévorons notre repas et buvons comme des trous, Pipo nous raconte diverses aventures arrivées à d’autres guides et à d’autres voyageurs, ces dernières années, avec Mina. Pour enfoncer les copains, il est champion – quoique ses récits soient parfaitement plausibles, pire, vraisemblables. Le rabatteur opine du bonnet, pendant qu’il dévore son casse-croûte lui aussi, tout en écoutant Pipo.

 

Certains guides viennent moins souvent que lui, sur ce territoire, et connaissent moins bien, du coup, le cheptel animal qui rôde dans la région. Résultat : la rencontre des promeneurs avec Mina ne se passe pas toujours sans anicroche. Quand, de plus, le guide n’est pas trop courageux… ainsi, il y a deux semaines, un guide novice s’est retrouvé face à Mina. Il avait trois Australiennes avec lui, qui se sont tout naturellement approchées de Mina, comme elles s’étaient déjà approchées de plusieurs autres orangs-outangs. Minai était au sol et n’a pas apprécié du tout le fait qu’on venait sur elle : elle a mordu profondément les trois filles, lors d’une poursuite qui a duré pas loin d’un kilomètre, pendant que le guide s’enfuyait le premier en criant, « c’est Mina, sauve qui peut ! ».

 

Inutile de dire que la randonnée a été interrompue, et que tout le monde est rentré au camp de base – les filles pour se faire soigner, suturer, piquer à tout hasard contre le tétanos, la rage, contre tout ce que la jungle compte de rigolo ; le guide pour, une fois les trois malheureuses livrées au dispensaire local, disparaître prudemment de la région pour quelques jours, le temps que ses trois grandes blessées plient bagage. Mieux vaut qu’on ait entendu l’histoire après avoir vu Mina, qu’avant.

 

Mina est le grand méchant loup de la région – elle et quelques serpents pas bien méchants envers l’homme, mais d’une taille impressionnante, au point de faire peur aux filles.

 

Repas fini, eau bue, chemisettes presque sèches, nous pouvons redémarrer. Nous sommes à flanc de colline et, selon Pipo, nous aurons encore trois heures de marche. Il a pris la mesure du groupe : nous sommes dans une forme physique raisonnable, nous avons de bonnes chaussures, nous pouvons donc faire un périple un peu plus dur que celui qu’il proposerait normalement. Nous continuons donc dans la montagne, vers le haut.

 

 Là où on a un espoir infime de voir des tigres.

 

Les tigres de Sumatra, il doit en rester une douzaine, et ils sont, à ce qu’on sait, dans la région que nous parcourons. Il n’y a aucun risque à les rencontrer, si on les rencontre : une longue expérience leur a permis de conclure que les hommes, c’est rien que des méchants et, quand ils entendent le bruit d’un pas qui approche, ils filent à la vitesse de l’éclair. Ceux qui, parfois les voient, ont le pied léger, sont de vrais chasseurs -  ne serait-ce que des chasseurs d’images. Pour nous, la possibilité d’une observation vive est ridiculement mince. Au mieux, on aura droit à des traces fraîches, ce qui serait déjà pas mal.

 

Quatre heures de marche plus tard, alors que nous finissons de redescendre à flanc de montagne, vers un torrent que l’on entend mugir dans la distance, tout ce que nous avons vu, en fait de tigre, ce sont des fumées, comme on appelle cela. Je laisse aux chasseurs le soin de traduire. Heureusement, nous sommes tombés aussi, outre une paire de macaques volant littéralement d’arbres en arbres, et nous regardant de loin, sur deux colonies de papillons, et sur des insectes d’une taille impressionnante.

 

Nous arrivons enfin sur la berge du torrent, tellement fatigué que, par prudence, Pipo prendra nos baluchons – minuscules pourtant - pour faire tout passer en sécurité, sans que nous perdions, par une chute malencontreuse dans l’eau, nos appareils photos. Je crois être en bonne forme, naturellement, mais je ne sens plus mes genoux, mes hanches. Les deux autres sont dans un état pire encore. Pipo, après avoir donc fait un premier aller-retour avec nos baluchons, doit revenir pour nous aider à passer. Il faut dire que la nuit d’hier, il a plu, un de ces gros orages qu’on peut avoir dans la région, et que le courant du torrent est fort.

 

Ajoutons à cela – oui, je sais, excuses, excuses… - ajoutons à cela, disais-je, que Pipo nous a conseillé de passer en maillot de bain, sans chaussures. Ca, c’était une mauvaise idée. Le fond du torrent est tapissé de cailloux petits et pointus, durs à la semelle, qui font qu’on ne peut faire trois pas sans tomber. Il me semble que, si j’avais eu mes chaussures aux pieds, je serais parvenu, finalement, à l’agonie, à passer le torrent tout seul.

 

Nous restons étalés sur la rive, dans un état d’abattement peu descriptible, jusqu’au moment où Pipo vient nous proposer d’aller jusqu’à une cascade qui se trouve à quelques pas. Il s’agit d’une petite rivière qui alimente le torrent, une fois la cascade passée. Nous nous redressons héroïquement et remontons péniblement les dix ou quinze mètres d’un chemin particulièrement cabossé, qui nous conduit jusqu’à la cascade.

 

Elle est glacée, mais que cela fait du bien…

12:26 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

02/04/2007

Mina la Mordeuse

Mina est la teigneuse du coin. Une rousse vraie de vrai ; une de celles qui justifie celle plaisanterie selon laquelle, quand on trouve un ordinateur avec des coups de marteau dans l’écran, c’est qu’une rousse l’a utilisé alors que Windows se plantait.

 

L’histoire de Mina est bien triste : il y a quatre ou cinq ans, elle était, comme tous les orangs-outangs depuis que le monde est monde, bien lambine, plutôt affectueuse et, comme toutes les créatures du beau sexe, curieuse, toujours prête à venir voir de près ces gros patauds d’humains qui se traînaient sur le sol, à ramper en regardant, la nuque cassée, vers les cîmes. C’était encore une vraie jeune fille, toute prête, qui plus était, à donner son amour au premier qui lui offrait un peu d’affection.

 

Depuis, les choses ont changé - et quant au fait de donner son amour à tout le monde et à n’importe qui, sans la moindre discrimination, et quant à son statut de vraie jeune fille : elle a rencontré un gros mâle plein de poils, dont il faut croire qu’elle a du tomber amoureuse, car on la trouve toujours dans ses parages. Dame, elle a maintenant plus de onze ans. Ce n’est plus une gamine ; c’est une femme.

 

Bigboy3Elle partage ainsi sa vie, aujourd’hui, avec Rocky – c’est le nom donné au mâle – et une autre femelle qui bénéficie elle aussi des ardeurs amoureuses de Rocky. Quand on aime, on ne compte pas.

 

Pour en revenir à Mina, voilà qu’un jour, deux touristes accompagnés d’un guide passent en dessous d’elle. Elle les suit et, d’arbre où elle se perchait en arbre où elle se perchait encore, mais moins haut. Elle descend et s’approche, comme à son habitude, afin de voir les bipèdes de près. Les bipèdes en question sont deux grosses brutes en provenance d’Europe Centrale, de toute évidence peu au fait des us et coutumes orangoutesques.

 

Jusque là, on ne peut pas vraiment leur en vouloir.

 

Là où ils deviennent franchement stupides, c’est maintenant : Mina arrive à deux pas, au sol, et approche. Plutôt que de supposer que, si le guide ne s’enfuit pas en poussant des grands cris, c’est que le danger est nul, le fiancé – ou le mari – de Madame la touriste n’écoutant que son courage, hurle à sa dulcinée quelque chose comme « Achtung, meine Chôlie Gretchen! Eloigne-toi té zette kadrupète félue, ké ché la rosse à koups du pâton ke che tiens chuztément tans mes krosses mains kalleuzes! ». Ce n’était peut-être pas tout à fait cela que le grand crétin a gueulé à sa vache, mais le sens général y était.

 

Gretchen obéit donc au doigt et à l’œil à son Seigneur et Maître. Elle s’écarte d’un pas vif de Mina qui se disposait à la toucher pour voir si c’était doux, ce truc, et se met à pousser des barrissements dignes d’une éléphante au milieu des douleurs de l’accouchement. La pauvre petite Mina, six ans à l’époque, et qui devait faire ses douze kilos à tout casser, regarde la scène d’un œil surpris, voit arriver Helmut (supposons qu’il s’appelait Helmut, mais, si vous préférez, on peut l’appeler Horst, ou Wolfgang), voit arriver Helmut, disais-je – ou plutôt, si j’en crois le récit du guide, ne le voit pas arriver vu qu’il venait de par derrière - le bâton à la main.

 

Helmut, profitant donc de l’avantage d’attaquer une pauvre petite guenon par derrière, s’empresse de coller un coup de bâton à Mina qui, bien que naturellement lambine, dans un cas pareil, réagit assez bien vite, se retourne avant que le deuxième coup ait été porté, bondit sur monsieur qu’elle mord profondément, une fois à la cuisse, une fois au ventre et, pendant que Monsieur pousse à son tour des cris lamentables et craint le pire pour sa descendance, rebondit dans les arbres d’où, depuis, elle ne redescend qu’avec précaution.

 

Crétins de boches : une fois, ce sont les juifs, une autre fois, les orangs-outangs. Dieu seul sait ce qu’ils trouveront la prochaine fois.

 

MinaQuand on tombe sur Mina, lors d’une promenade dans la jungle, il vaut mieux, aujourd’hui, faire comme si on ne la voyait pas, l’éviter en prenant un autre chemin et la laisser passer sans essayer d’attirer son attention. Elle a vite le sentiment d’être pourchassée, et les nombreuses dents de sa forte mâchoire sont tout à fait aptes à montrer avec la plus grande clarté, au sot qui l’avait hélée, photographiée – bref, qui l’avait sortie de son splendide isolement – qu’on ne doit pas embêter ceux qui ne demandent rien.

 

L’utilité d’un bon guide, c’est qu’il connaît la population de la forêt. Quand Pipo voit Mina, marchant au sol, à quelques mètres de son Rocky adoré et alors que l’autre femelle est, quant à elle, à cheminer dans les arbres, Pipo, donc, sait tout de suite à qui il a affaire. Il nous entraîne dans les sentes parallèles au sentier pris par Mina, afin de ne pas se trouver nez à muffle avec elle, afin de ne pas la provoquer. Mina nous a, bien évidemment, parfaitement repéré, mais nos gestes de bonne volonté doivent lui paraître suffisants, car elle ne nous attaque pas.

 

Elle continue donc son chemin, tranquille, pendant que son petit chéri de Rocky joue les coquettes avec nous.

Bigboy2

 

13:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

01/04/2007

La jungle de Sumatra et les Orangs Outangs

C'est pour Vicky, cette fois ci, je crois...

 

Ce qui est bien, quand on est au milieu de nulle part, dans un endroit oublié où l’électricité ne fonctionne pas avant le début de soirée, quand il y en a, c’est que les braillements d’un muezzin semblent être un phénomène inconnu. Il est bien possible que, dans mon demi-sommeil d’avant l’aube, j’entende, dans le lointain, dans la direction du village, comme les cris d’un cochon qu’on égorge, mais je n’en suis aucunement certain.

 

Il ne doit pas être loin de sept heures, quand je me réveille pour de bon, avec la lumière de l’aurore qui, peu à peu, a envahi ma chambre. Hop là dans la salle de bain. J’en chasse deux geckos effarouchés, qui ont fait un boulot du tonnerre pendant la nuit : pas la moindre piqûre de moustique. Douche, séchage, je file à la grange qui fait office de restaurant. Petit déjeuner digne de l’Amérique, avec thé sucré jusqu’à l’écoeurement, œufs, riz frit et poulet mélangés. Je ne devrais plus avoir faim avant l’année prochaine. Je retourne à ma chambre, termine de ranger ma trousse de toilette et ferme mon baluchon qui restera ici, avec mon ordinateur, aux bons soins de Madame la directrice de l’établissement. Tout est déposé chez elle, dans son « bureau » - en fait, dans un recoin sombre du couloir qui va de la salle à la cuisine. J’attends maintenant Pipo.

 

Il arrive bientôt flanqué des deux Hollandais qui sont Monsieur et Madame. Ils se révèleront charmants, par ailleurs. Ils sont originaires d’un trou perdu, et viennent en Asie pour un congé bien mérité de deux semaines, qu’ils passent entièrement dans le coin. Par rapport aux villes surpeuplées des Pays Bas et, surtout, de la mégalopole dans laquelle ils résident usuellement, c’est évidemment comme un dépaysement.

 

Pipo nous fait quelques dernières recommandations, dresse en deux mots le plan de la journée, et en voiture Simone. Enfin, non, pas en voiture, mais à pied. En moins de cinq minutes, nous sommes à la lisière de la forêt vierge, après avoir longé une plantation d’hévéas, et y entrons.

 

C’est, alors que nous sommes à marcher dans la forêt profonde, qu’on se rend compte que, sous des dehors qui peuvent sembler assez bordéliques, l’organisation de la randonnée est bien faite : ainsi, il n’y a pas un guide, Pipo, mais un guide et son rabatteur. Les deux sont là pour éviter les mauvaises surprises, pour – marchant à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre – trouver tout ce qui pourrait être intéressant, pour faire, en bref, de cette randonnée un bon souvenir pour leurs clients, et non pas un entrefilet, section chiens écrasés, dans les journaux du coin.

 

Or, pour cela, il n’en faudrait pas beaucoup : la jungle est un endroit qui grouille de bestioles désagréables qui, c’est vrai, ne font jamais que se défendre contre l’envahisseur que nous sommes, mais c’est bien embêtant quand même. Dans la pénombre qui règne au sol et à hauteur de corps, le nombre d’insectes venimeux, que l’on remarque au dernier instant, est tout simplement hallucinant. Pipo nous arrête, l’un ou l’autre, régulièrement juste avant que nous posions la main sur un arbre couvert de fourmis rouges à l’appétit féroce, ou que nous marchions dans un complexe de toiles d’araignées au milieu duquel trône une bête grande comme une assiette et poilue comme une Portugaise. Venimeuse, aussi.

 

Pipo nous montre comment choisir les bonnes lianes, celles qui sont vives – sans pour autant être des serpents mangeurs d’hommes, de vingt mètres de long - et auxquelles ont peut se tenir, pour traverser un ruisseau, ou pour assurer notre pas, lors de descentes particulièrement vertigineuses, ou de montées décourageantes qui nous feraient pleurer pour un alpenstock.

 

Nous nous rendrons compte, le soir, qu’il y a, de plus, dans l’organigramme Pipo, un factotum-cuisinier qui, ma foi, remplit très bien les obligations de ses deux emplois : les repas seront préparés sur un petit feu de bois caché entre trois pierres et, chaque soir, nous mangerons de manière plus que satisfaisante et variée. Les petits déjeuners seront roboratifs, le thé, parfait. Nous serons munis, chaque matin, avant de repartir à l’aventure, d’un repas enveloppé dans une feuille épaisse et bien isotherme – le repas sera encore tiède, quand nous le prendrons en milieu de journée.

 

Chaque fin d’aprème, le camp sera établi à la perfection quand nous arrivons à un point donné. Il ne s’agira, c’est vrai, que d’une toile de tente, tendue sur une armature de bambous, une feuille de plastique au sol, pour éviter le pire, et des « matelas » qui rappellent, en plus abîmés, les fins tapis d’exercice de couleurs vives qu’on utilisait, pendant les cours de gym de notre enfance, pour faire les abdos au sol. Rien d’extraordinaire, on le voit, mais tout est adéquat. Pour les ablutions, une cascade glacée à deux pas, où les varans viennent boire. Mais ce sont des animaux timides, qui filent dès que nous nous manifestons.

 

En plus, pour en revenir à notre factotum, il se débrouille en anglais – pas en néerlandais, à la déception de mes compagnons. Visiblement, l’influence culturelle des Pays Bas a beaucoup décliné dans la région, depuis la fin des colonies… Le soir, repas terminé, vaisselle faite, le factotum vient jouer aux cartes avec Pipo et nous. Il faut dire que, dans la jungle, les distractions sont peu nombreuses. Les jeux innocents auxquels nous passons le temps semblent vraiment le mettre en joie, qu’il gagne ou qu’il perde. Heureux les simples en esprit.

 

Quant au rabatteur, chaque soir, il disparaît pour aller fouiner dans les alentours ce qui pourrait être intéressant pour le lendemain. J’imagine qu’il dort, la nuit, entre deux racines, au creux d’un arbre…

 

Les orangs-outangs sont des animaux d’habitude - voyageurs, mais à l’intérieur d’un espace défini. Ils se déplacent tout le temps, mais sont casaniers. Arrivés à un endroit qui leur plaît, près d’une source de nourriture facile et abondante, ils s’installent et font un nid. L’endroit visité et cessant de leur plaire, ils partent quelques centaines de mètres plus loin et s’installent à nouveau, fabriquant alors un nouveau nid. En moyenne, on estime que les orangs-outangs déménagent entre quatre et cinq fois par… jour. Autant dire que l’on trouve de nombreux nids, dans le plus haut des arbres, et que le travail du chasseur est de déterminer si le nid est ancien, ou récent.

 

Bientôt un appel du rabatteur : Pipo s’arrête et nous fait signe. Dans la distance, un arbre remue, puis un autre : une ombre, qui vient vers nous, s’approche et s’approche encore, se penche et nous observe, avec curiosité…

Orang1

J’ai ainsi, à Sumatra, vu mon premier orang-outang en liberté : une femelle, avec son bébé accroché à la hanche.

09:50 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : singes |  Facebook |

30/03/2007

Fin de la piste, début de la jungle

Après bien des cahots, le bus arrive à Bukitlawang. Nous avons à peine le temps d’entrer dans la gare routière qu’un bonhomme se précipite dans le bus, puis vers moi, et se présente : il s’appelle Pipo, il est guide et il serait ravi de me diriger dans la jungle, à la recherche des orangs-outangs.

 

Il ne me serait pas venu à l’idée, de toute façon, d’aller explorer la jungle tout seul, et la manière dont le guide me saute dessus témoigne, sinon de bons sentiments de sa part et d’une sollicitude réelle pour ma petite santé, pour le moins du fait que les affaires sont calmes et qu’on cherche le client.

 

bridge2Pipo – ma foi, pourquoi pas lui plutôt qu’un autre ; il m’a l’air bien brave - me conduit jusqu’à mon guesthouse : une charmante  champignonnière de bicoques qui entourent une grange aux murs ouverts. La grange c’est, tout à la fois la réception, le restaurant, le bar et le bureau de tourisme à partir duquel les guides viennent vous chercher. Les bicoques qui entourent la grange, ce sont les chambres, groupées trois par trois, dans de petites barres devant lesquelles le torrent, parfois rivière, coule à grand bruit, dans un lit dix fois trop grand pour lui, parfois, au pied de la terrasse.

 

L’accueil est souriant, courtois, charmant : une fois mon bagage mis dans une chambre parfaitement propre, avec douche – froide, bien entendu – et électricité à partir de six heures du soir (l’extinction des feux a lieu à dix heures, c’est Byzance), je suis de retour au bar où Pipo m’attend de pied ferme, afin de discuter bizenesse et gros sous.

 

BintangVu la chaleur, je me prends une bière. En Indonésie, pays islamiste de type modéré, comme chacun le sait, on trouve deux très bonnes bières : la nationale, qui s’appelle la Bintang, et une bière locale, de Bali, appelé la Bali Hai.

 

A Sumatra, dans le nord musulman, bien entendu, on ne trouvera pas de Bali Hai.

 

La raison donnée par le commerçant, quand on s’enquiert, est que Bali étant la terre de tous les péchés, il est peu raisonnable de distribuer les produits des pécheurs en terre presque sainte. Toutes les excuses sont bonnes… Dans le bon vieux temps, on appelait cela l’esprit de clocher. Enfin : la Bintang est excellente, est débitée en bouteilles de soixante centilitres, coûte deux fois rien et je ne vais pas jouer le désagréable. Tout en savourant donc ma Bintang, j’écoute Pipo qui m’explique avoir trouvé un couple de Hollandais qui serait prêt à faire un tour de trois jours en forêt. Suis-je prêt à partir avec eux ? Oui, bon, pourquoi pas. On discute horaires, plan de promenade, ce qu’il faut emporter, gros sous. L’affaire conclue, nous topons là et Pipo, auquel j’ai donné son argent, file faire les démarches nécessaires à la promenade.

 

S’il faut en croire Pipo, une paire de flips-flops, trois chemisettes, une paire de shorts, un maillot de bain et une brosse à dents devraient être suffisants pour le périple : ça ne fera pas grand-chose à porter, car sont inclus, dans cette longue liste, ce qu’on portera sur soi. Bien entendu, il faut encore prévoir deux litres d’eau par jour, mais l’idée est que, le soir, on peut faire bouillir de l’eau ; on a donc besoin que du liquide du premier jour, et des contenants dudit liquide pour les jours suivants – en bref, deux bouteilles de plastique, pouvant prendre un litre chacune.

 

Le coup de la paire de flips-flops, on me l’a déjà faite, et je néglige donc ce bon conseil de Pipo, pour m’armer, plutôt, de chaussures de marche. Ce n’est pas que nous prendrons les chemins les plus ardus, mais il est évident que les sentiers de jungle, ça glisse, c’est bosselé, c’est couvert de bestioles qui ne demandent qu’à vous piquer et à vous mordre. Un minimum de protection me semble nécessaire. Après avoir adapté la liste à ma façon, je me retrouve avec un sac à dos aimablement prêté par la guesthouse, et qui doit peser, bouteilles d’eau et savonnette comprises, quatre kilos à tout casser.

 

J’ai encore une fin d’aprème à tuer ; laisser une lessive à la préposée, à l’hôtel, un peu remonter le torrent, un peu le descendre, faire semblant de hotelne pas voir les filles en sarong, en train de jacasser et de prendre leur bain en groupe, passer les ponts suspendus, voir à gauche et à droite ce qu’il y a à voir. Un spectacle toujours tristounet est celui de l’hôtel chic, construit à grand frais il y a quelques années, dans le but de faire venir le tourisme fortuné, porteur de devises qui font du bien à … - à qui, au fait ? - et qui a flambé dans les tous premiers mois de son ouverture, avec trois cents personnes à l’intérieur. Ca, plus deux ou trois inondations imprévues du torrent qui a emporté quelques guesthouses ces derniers mois, et une série de tremblements de terre particulièrement brutaux ici – les craquelures dans les bâtiments « en dur » le prouvent – tout cela n’a pas été des plus positifs pour l’économie de la région.

 

Les orangs-outangs s’en fichent, eux : ils ont la paix.

 

Le soir, avec un garçon du bar de ma guesthouse, je vais à un bistrot, un peu plus haut, prendre une bière avec les locaux. L’ambiance est joyeuse. Ca chante en cœur sur des chansons de Britney Spears, ça fume des cigarettes locales puantes à souhait – on appelle cela des kreteks - ça joue au billard et ça grignote des chips durs comme des planches de bois. D’une pointe de flip flop paresseuse, ça chasse aussi les crapauds qui, pour des raisons connues d’eux seuls, décident soudain de nous envahir.

 

Au moins, pas de rats.

 

Après une partie de billard perdue en équipe, au milieu des cris de joie de nos adversaires, je retourne dans l’obscurité qui tombe, toujours avec mon garçon, à notre hôtel où il doit commencer son service. Il fait bientôt noir et nous avançons un peu à la devinette. Les cris d’animaux ne sont pas les même le jour et la nuit. Enfin, nous arrivons en vue de notre pont, que nous passons prudemment, en nous tenant aux cordages qui pendent un peu partout.

 

Mon bonhomme file à son service, je retourne à ma chambre, me laver les mains, avant de m’installer à la salle de restaurant où je dévore un délicieux nasi kekchose. Non, merci, pas de bière. Trois sur la journée, je crois que ça m’aura suffit… Après le repas, je paie et décide de ne pas la faire longue : profitant du miracle de la fée électrique, je file dans ma chambre, prends un livre, vais sur ma terrasse, m’étale sur l’un des sièges, lis un peu – miraculeusement, pas de moustiques - puis dodo. Demain sera une longue journée.

09:47 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : soiree campagnarde |  Facebook |

28/03/2007

Fin de la route, début de la piste

Les hurlements du muezzin, le lendemain matin, sont bien ceux dont j’avais le souvenir. Ce doit être un vieillard asthmatique, incapable de prononcer une phrase d’un trait, surtout quand il doit, de plus, la moduler avec des fioritures pires que la Castafiore. Résultat, vers les quatre heures et demie du matin, le quartier entier compte les moutons pendant plus de dix minutes, dans l’attente du retour au silence du crétin braillard.

 

On entend les hurlement d’autres muezzins, dans la distance, qui commencent, l’un un peu plus tôt, l’autre, un peu plus tard : les montres ne sont pas accordées.

 

J’essaie d’attraper ma montre, sur la table de chevet, et me rends compte que, pendant la nuit, ladite table a bougé assez loin du lit : un tremblement de terre, probablement, mais je n’ai rien remarqué, plongé dans le plus profond sommeil. A Sumatra, il doit y avoir un tremblement de terre par semaine dont un sérieux, avec glissements de terrain, effondrements de bâtiments et morts d’hommes, par mois. Si, d’un côté, je peux dire que j’ai eu de la chance, de l’autre, je regrette que le tremblement de terre de cette nuit n’ait pas, au minimum, abattu les hauts parleurs de la mosquée toute proche. Jamais content… Bah, pour les hauts parleurs, ce sera pour une autre fois, inch Allah, comme on dit par ici.

 

Parfois, après les bêlements matutinaux, on se rendort ; parfois pas. Quant à moi, je me retourne sur mon matelas et, ne pouvant retrouver le sommeil, je décide qu’il est temps de se lever et d’aller voir où on peut se trouver un petit quelque chose à boire et à manger. Le riz du matin -que j’avais tendance à laisser tomber quand j’étais petit, au profit d’un bol de lait puis, plus tard, d’une tasse de café - est devenu sacré pour moi.

 

Douche, rasage devant un éclat de miroir, habillage vite fait sur le gaz et je descends dans la rue, à la recherche d’un restaurant ouvert, qu’il soit de rue ou qu’il soit en dur. Il y a, c’est juste, un McDo à deux pas, mais je ne suis pas certain d’être venu en Indonésie pour goûter aux délices de la grande cuisine internationale. De plus, il est fermé à cette heure. Au coin de la rue, je trouve une échoppe où l’on me propose un potage aux nouilles et au poulet, avec du sambal comme s’il en pleuvait : ça fera mon bonheur.

 

condomsDe retour vers l’hôtel, pour fermer mon baluchon avant de partir, je remarque que, dans le cimetière qui entoure la mosquée endormie, certaines tombes sont décorées d’une étrange façon : les stèles funéraires sont parfois couronnées d’un torchon, soigneusement ficelé sur leur sommet. On croirait une capote anglaise en tissu, accrochée de la manière la plus irrévérencieuse qui soit. Drôle d’idée…

 

Et une autre chose qui est marquante, en Indonésie, que ce soit dans les cimetières chrétiens ou musulmans : l’incroyable propension qu’ont les survivants du cher disparu, de lui faire une tombe en carrelage de salle de bain.

 

Ca ne fait vraiment pas chic du tout, du tout, du tout.

 

Les hindouistes ont prudemment réglé ce problème à leur manière : la crémation des défunts, suivie de la dispersion de leurs cendres.

 

Valisette refermée, je descends de ma chambre. Plusieurs moto-taxis attendent le client de pied ferme : on s’arrange sur le prix, puis on démarre. Le trajet, long et biscornu, me fait passer, d’un croisement l’autre, où l’on file à gauche, puis à droite, à travers les banlieues résidentes de la ville : elles ont un aspect autrement plus vert et agréable que le centre gris de béton poussiéreux.

 

Nous arrivons enfin à la station où je trouve mon bus. J’ai une petite demi-heure d’avance, ce qui me permet de mettre mon bagage dans le bus, Busdrivsous la sourcilleuse protection du chauffeur, et d’aller me promener dans la gare routière, où les minibus sont souvent pittoresquement colorés. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un étranger ici, et surtout avec un appareil photo en main. Tous me hèlent et demandent à être photographiés. Bah, pourquoi pas, si ça fait plaisir…

 

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Bientôt, le conducteur m’avertit, par un coup de klaxon, qu’il est temps de songer à monter dans le bus. J’obtempère. Nous voilà en route et, immédiatement, à l’arrêt. Le long trajet omnibus commence. Pour un peu plus de cent kilomètres, il nous faudra près de cinq heures : d’abord, il y aura la mauvaise route qui mène jusqu’à un dernier village avant Bukitlawang, puis, il y aura les derniers vingt kilomètres, sur une piste qui rappelle davantage le lit d’un torrent qu’une route proprement dite, et qui serpente entre, d’un côté, d’immenses plantations de sisal, et de l’autre, la forêt vierge qui vient mourir ici.

 

Sur les premiers quatre-vingts kilomètres, le conducteur, quand il n’est pas à l’arrêt aux stops obligés, où à rouler au pas, à la maraude, dans les villages, file comme un taré. Enfin, disons qu’il va à une vitesse peu adaptée à l’état de son engin, à celui de la route, et au fait qu’il y a des voitures sur la route : nous évitons de peu, quatre ou cinq fois, une collision frontale. La preuve que la conduite est dangereuse dans la région, nous la voyons deux fois sur le trajet : un attroupement couronné d’un flic, sur le bord de la route, qui entoure un cadavre tout neuf, un bout de tissu couvrant le visage, mais pas le filet de sang qui lui suinte encore du corps et sa mobylette dans le fossé ; un passant cassé en deux, renversé par une voiture, par une moto, par un camion, par un autobus… Le spectacle fait ralentir un instant le conducteur – curiosité oblige – mais, de là à dire que ça lui fait prendre le danger un peu plus en considération…

 

L’Indonésie, pays où les avions tombent comme des mouches et où les routes sont malsaines. On en parle moins internationalement, c’est tout, car, au contraire de l’accident d’avion, l’accident de bus ne fait pas vendre : pas assez de morts, je suppose.

 

Ici, par contre, la télévision et les téléspectateurs font leurs délices du spectacle détaillé de la mort : chaque soir, aux informations locales, le présentateur ne manque pas de nous informer abondamment des crimes de sang et des accidents mortels qui ont pu avoir lieu, dans la région, en illustrant les nouvelles autant qu’il est possible, par des zooms bien ciblés sur des corps sans tête, auxquels les flics prennent les empreintes, sur des brûlés, grands et petits, sur des bras arrachés, des égorgés d’une oreille à l’autre, des pendus, des noyés, des corps laissés au milieu d’une mare de sang, qui vous mettent le cœur au bord des lèvres.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sumatra, bus |  Facebook |

21/03/2007

Sumatra, ses flics, ses mosquées, ses muezzins, ses routes...

L’une des grandes joies du passage des frontières, dans les pays corrompus, c’est quand on n’a pas son passeport en ordre, ou qu’il faut prendre son visa à l’arrivée, et que le visa se paie en liquide d’origine étrangère – le dollar américain, par exemple. C’est le cas ici.

 

Les deux personnes qui n’ont pas de visa sont stoppées dès la sortie du bateau par un douanier plein de sollicitude, qui s’inquiète de savoir qui a son visa, ou non. Pendant que les malheureux « en ordre » commencent à faire la queue, un peu plus loin, devant les deux bureaux ouverts à leur intention, un Cambodgien et moi-même, pas en ordre, sommes menés à un troisième bureau où nous remplissons un petit formulaire, donnons nos vingt cinq dollars, recevons notre visa et sommes sur le trottoir, devant le terminal, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

 

Les premiers des deux queues légales ne sont pas encore sortis.

 

Alors, je n’irai pas dire que les sous donnés pour les visas n’arriveront pas là où ils doivent arriver – dans la poche du ministre des Affaires Intérieures, par exemple – mais admettons le franchement : il n’est pas absolument certain qu’une fraction de la somme ne se perdra pas.

 

Bon, il faut dire que si les flics sont corrompus, c’est aussi qu’ils sont tellement mal payés qu’il faut bien qu’ils trouvent des sources de financement parallèle…

 

J’attends tranquillement devant mon bus, bientôt en partance pour Medan, tout en reluquant le spectacle. Les trois siècles de présence hollandaise, en Indonésie, se remarquent dès le premier regard : il est notables que les filles ont, plus souvent qu’à leur tour, un derrière de percheronne, et parfois les yeux bleus. Elles s’adressent facilement à vous - en indonésien, ce qui ne facilite pas le contact.

 

Une heure se passe pendant que les malheureux coincés dans la file sortent, l’un après l’autre. Notre bus peut enfin démarrer : c’est un bus du genre moderne, presque correct – plus rien ne peut impressionner le voyageur qui a roulé en bus VIP en Thaïlande, ou en Malaisie… La clim’ ne fonctionne pas – s’il y en a jamais eu une – et les fenêtres sont largement ouvertes ; les sièges sont parfois défoncés, parfois pas. J’ai eu amplement le temps de choisir le fauteuil de mes rêves, et je m’y prélasse, pendant que le moteur fait ce qu’il peut pour nous entraîner du port jusqu’à la ville. Pour ce trajet d’une demi-heure, à très petite vitesse, un contrôleur des billets nous a réclamé la modique somme de un dollar.

 

Bientôt arrivé à mon hôtel, dont je remarque la décapilotade, depuis mon dernier passage. M’étant renseigné, j’apprendrai que le proprio est mort et que son épouse fait ce qu’elle peut, mais elle peut peu, de toute évidence. La propreté est passée du statut d’un peu douteux à franchement crade, et la tuyauterie semble bien ne pas suivre, dans les salles de bain.

 

Cela couplé au fait que l’hôtel a le désavantage de se trouver près de la plus grande mosquée de la ville, celle qui a les haut-parleurs les plus puissants, et le muezzin le plus lent, ou le plus fignoleur, qui débite ses hurlement, avec des vibratos qui feraient croire à une crise d’épilepsie ovine, en l’espace de dix minutes au lieu de cinq, font que la décision est vite prise de ne passer qu’une nuit ici, avant de filer, sans avoir rien préparé, à Bukitlawang, là où c’est-y que les orangs-outangs attendent le visiteur.

 

Mon bagage donc déposé dans l’une des mes chambres habituelles – ce sont toujours la quatorze ou la quinze, à l’étage supérieur, là où il n’y a pas (trop) de moustiques – je file me renseigner quant à l’emplacement de la gare routière. On parlait, dans le temps, de la déplacer à une date prochaine dans le Nord de la ville. De toute évidence, la date prochaine a été reportée et il y a toujours deux gares routières : une pour le nord, une pour le sud. Je me renseigne aussi en ce qui concerne l’état des routes, et les dangers éventuels.

 

Dans le temps, jamais on aurait osé rouler, par exemple, du Nord au Sud de l’île : indépendamment du fait que les routes étaient infectes et permettaient, à tout casser, une moyenne de trente à l’heure, on se faisait tirer dessus par une guérilla qui usait d’oripeaux idéologiques pour se remplir les poches.

 

Et tant pis pour les voyageurs qui passaient par là.

 

Les choses ont peut-être changé ? Oui, m’assure-t-on : il n’y a plus de bandes armées qui tirailleraient sur les bus – du moins, plus sur les grands axes -  et la route vers Bukitlawang est sûre.

 

Dans un état à faire peur, comme toujours, mais sûre.

 

Bon, on y ira donc demain matin. En attendant, je vais changer des sous, afin de pouvoir vivre ici: avec une centaine de dollars, on a de quoi voir venir.

sous

 

10:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finances |  Facebook |

20/03/2007

La traversée de la mort, suite - et vivant à la fin

Comme on pouvait s’y attendre, effectivement, il suffit que je me sois installé devant la table bancale, pompeusement décrite comme étant le bureau des départs, avec ses trois sièges en plastique défraîchi et le lambeau d’indienne qui le couvre, pour que la troupe serrée des voyageurs et de leurs accompagnateurs essaient de me voler la première place. Je me défend comme je peux, en donnant la part du diable – en l’occurrence, une mémère d’au moins cent ans d’age, accompagnée de ses deux arrières petits fils, deux petits morveux qui piaillent comme ce ne devrait pas être permis, mis en avant pour la circonstance. Je laisse volontiers la place à la vieille et à ses rejetons : ils vont faire tout le travail pour moi et rejeter à l’arrière, derrière moi, tous les autres passagers.

 

Après quelques minutes, l’espèce de horde informe qui s’attroupait devant la table commence à ressembler à une queue et les combats sanglants se calment. Les préposés, assis depuis quelques minutes, se mettent au travail, compulsent les billets, les passeports, arrachent la section aller des premiers, estampillent les autres. Me voici sortant du hangar « salle des départs » et marchant, sous un soleil déjà de plomb – il doit être, tout au plus, sept heures et une plume.

 

Le bateau est à quai. C’est celui que j’ai déjà pris, il y a trois ans : un petit machin de peut-être vingt cinq mètres de long – dame, c’est un fast boat ; un rapide… On s’y retrouvera avec, à tout casser, une cinquantaine de passagers, à filer aussi vite que possible, vu les pirates.

 

Une fois passée la porte d’entrée, je donne ma valisette au préposé qui la range dans le coin bagage. Je sais qu’elle sera couverte des autres bagages, ce qui m’arrange parfaitement ; elle devient involable – sauf acte de piraterie, bien entendu. Mais dans ce cas là, les bagages partiront, ainsi que nos vies. Bon, prions les dieux…

 

speedboatDe la queue infinie qui serpentait devant le bureau de la douane ne restent, finalement, au bout d’une demi-heure, qu’une grosse trentaine de passagers qui s’installent sur les sièges les moins inconfortables. Ils font donc le tour des fauteuils et s’installent, l’un après l’autre, sur ceux qui sont les moins défoncés – et, idéalement, avec vue sur la télé. Personne ne cherche tout particulièrement à s’installer aux fenêtres, maintenant tellement rayées qu’on ne peut littéralement plus rien voir à travers. Les portes sont fermées, le moteur gronde, le bateau commence à bouger ; la moitié des passagers se lève et monte sur le pont – qui pour fumer, qui pour profiter du paysage. A côté de moi, une jeune fille encombrée d’un ours en peluche presque aussi grand qu’elle – un cadeau d’amoureux, de toute évidence – qui essaie d’entamer la conversation jusqu’au moment où elle est forcée de comprendre que mon malais est à peu près inexistant. Je me lève à mon tour et file sur le pont.

 

Entre mon dernier voyage et celui-ci, il y a eu du changement, de toute évidence – non pas dans la disposition intérieure, ou dans le confort, du speed boat, mais dans l’atmosphère du voyage. La dernière fois, on pouvait, par exemple, encore voir à travers les fenêtres de la cabine et tous les passagers, Malais et Indonésiens, guettaient, par les hublots, la possible arrivée des pirates, responsables de plusieurs arraisonnements de navires, de ferry, de malles, et de la mort de centaines de passagers – témoins gênants. Les marines conjuguées des deux pays ont enfin mis le holà à cet état de fait et les pirates se sont déplacés vers le sud, vers le détroit de Malacca, devenu à ce jour à peu près intraversable. D’ici quelques temps, les marines conjuguées des deux pays se décideront enfin à nettoyer cette engeance…

 

speed2Ici, vers le Nord, c’est plus calme et si les gens montent sur le pont du bateau, aujourd’hui, c’est, pour certains, pour admirer le panorama ; pour d’autres, pour s’en griller une ; pour d’autres, enfin, pour respirer le bon air. Des ados sont là, à se photographier à coup de téléphone cellulaire dernier cri. De toute évidence, l’inquiétude palpable d’il y a quelques années n’est plus de saison. Tant mieux. Nous avons le vent et le courant contre nous, le moteur du bateau rage et le pilote zigzague, afin d’avancer. Bientôt la côte malaise disparaît. On se sent peu de choses, au milieu d’une mer qui n’est pas tout à fait démontée, mais qui secoue assez bien quand même… Nous croisons la vedette rapide qui va dans l’autre sens, puis quelques bateaux de pèche, puis voyons, dans la distance, des bateaux en attente de place au port de Medan dont nous nous approchons. Dans le brouillard, la côte apparaît enfin.

10:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pirates, indonesie |  Facebook |

19/03/2007

La traversée de la mort (préparatifs)

Réveil à cinq heures du matin, douche rapide, départ vers le port qui est à deux pas, ma musette, mon sac contenant mon portable, ma valoche à roulettes et moi-même. Nous voici bientôt devant le terminal où une petite foule attend l’ouverture des portes. Il doit être six heures et des miettes et, comme on pouvait s’y attendre, tout le processus d’embarquement est en retard – encore davantage que je ne pouvais le concevoir. Ca m’arrange et j’ai donc amplement le temps de m’asseoir à la terrasse d’un café volant, pour y prendre les nouilles du matin, avec du thé.

 

Nouilles et thé terminés, on peut entendre comme une rumeur de l’autre côté des portes de fer qui préviennent toute entrée dans les locaux du terminal. Les portes, finalement, grincent en s’ouvrant et deux ou trois cents personnes se pressent, se marchent l’une sur l’autre, jouent des coudes, se battent littéralement pour être les premières à entrer. Je reste bien tranquillement sur ma terrasse, une nouvelle tasse de thé à la main, à admirer le pugilat. Une fois la bataille finie, et les deux ou trois cents enragés entrés dans le bâtiment, je vais jeter un coup d’œil, en laissant ma valoche aux bons soins de mon hôte. Comme je le supposais, depuis trois ans, rien n’a changé dans le bâtiment du terminal : on trouve une rangée de chaises en plastique, en trop mauvais état, pour la plupart, pour pouvoir prendre le risque de s’y asseoir.

 

Les anciens combattants et les anciens cons battus sont donc presque tous debout, à causer joyeusement en groupe, la bagarre récente déjà oubliée, sinon pour quelques vêtements froissés, un pied écrasé, l’une ou l’autre manche déchirée, un fichu de travers, un chapeau piétiné… Le bureau de l’embarquement n’est pas encore ouvert et un placard annonce que, d’abord, quand il ouvrira, ce sera pour traiter les passagers d’un autre bateau que celui qui va à Sumatra.

 

C’est le bordel habituel.

 

Je retourne donc à ma terrasse où je reprends un thé et laisse passer une petite demi-heure. Ensuite de quoi, il me semble temps d’abandonner le thé et de rentrer dans la salle des embarquements, histoire de surveiller le déroulement des opérations.

 

Les passagers du premier bateau – un bateau de plaisance, qui fait une journée de croisière – sont en file, à donner leur billet et à passer, l’un après l’autre, la douane. On remarque, à cette occasion, le sens de la famille, ou de l’amitié, touchant des Malais, qui accompagnent à cinq – au bas mot – chaque voyageur jusqu’à la porte par laquelle seulement les plaisanciers peuvent passer, afin de lui souhaiter une agréable journée de croisière. Devant la porte, il doit ainsi y avoir une vingtaine de personnes qui multiplient les adieux, s’embrassent, se serrent, pleurent, dans le cas des vieilles dames. On pourrait croire à un départ sans retour pour Mars.

 

Derrière ces désespérés, une autre cinquantaine de passagers et leurs accompagnateurs attendent patiemment leur tour pour faire leur propre théâtre, une fois qu’ils seront exactement devant la porte. Puisqu’ils en auront bientôt l’occasion, pas de raison de ne pas embêter ceux qui les suivent…

 

Enfin, la foule des accompagnateurs se disperse, les plaisanciers étant parvenus à tous se glisser, en donnant probablement un dernier coup à leurs concurrents qui ont le toupet de prendre le même bateau qu’eux, à travers la porte du départ. Restent les voyageurs pour Sumatra.

 

Le terminal se remplit une fois encore, d’autres voyageurs qui connaissent les horaires réels, et de leurs accompagnateurs, parfois déjà sanglotant. Le bureau ouvre maintenant pour le speedboat à destination de Medan.

 

Profitant des exercices préparatoires des accompagnateurs – premiers soupirs, cris étouffés, larmes écrasées, premières embrassades – je file d’un trait jusqu’au bureau, enfin, jusqu'au « bureau », où je prends fermement la première place. Ca n’empêchera pas deux ou trois gros bœufs de me presser pour passer devant moi, mais au moins, j’aurai la certitude de faire partie des premiers à monter sur le bateau, à choisir une place pour garder mon bagage en sécurité et à me trouver un siège moins défoncé que les autres. Si c’est le bateau que je connais, son moteur est bon, mais ses sièges mériteraient un petit entretien.

12:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voyage maritime |  Facebook |

17/03/2007

Chinois et magiciens

Si Singapour est propre et que la loi y est respectée, on épuise cependant vite les charmes de la ville : quelques quartiers anciens n’ont pas été détruits et sont devenus des shopping mall à thème. Disneyland grandeur nature. On trouve tout ce qui est mangeable, selon toutes les cuisines du monde qui se respectent, et on y mange, de ce fait, souvent très bien. Un bémol : la Tiger, la bière nationale de Singapour, y est chère : dans sa grande sollicitude à l’égard de la petite santé des habitants, l’Etat taxe l’alcool et la cigarette d’une manière effrayante.

 

Comme dans toute la péninsule du sud-est asiatique, la présence chinoise est notable, ici, par l’existence d’échoppes de géomanciens, ayant pignon sur rue, et serrées les unes contre les autres. Les géomanciens vous promettent tout et n’importe quoi, la clientèle se presse littéralement à leur pas de porte. Il est curieux de voir comment des gens aussi matérialistes que les chinois, des gens aussi orientés vers le bizenesse, peuvent être aussi superstitieux, se précipitant comme des lemmings sur tout ce qui est aide magique – aussi peu crédible qu’elle soit. Vieux et jeunes, hommes ou femmes, couples, tous courent chez le géomancien pour prendre ses conseils pour toute décision à prendre.

 

Geomancy

 

Geom

 

 

Master Lew

 

Bien entendu, en Europe aussi, ce genre de chose existe : on a tous entendu parler de présidents de la République, de fondés de pouvoir d’entreprises multinationales ou de premiers ministres du Royaume, qui avaient leur propre diseur de bonne aventure. On explique même le scandale de la commission Santer de par la présence d’un mage, officiellement dentiste et spécialiste de la santé, payé – cher - par le contribuable européen pour désenvoûter quotidiennement Mme Cresson.

 

Ca ne lui a pas trop bien réussi, à cette pauvre Mme Cresson.

 

Mais, enfin, il faut quand même remarquer une différence : nos mages à nous, c’est tellement ridicule que le client – surtout quand il est en position de pouvoir, comme Mme Cresson l’était – tend à cacher son vice.

 

Que dire d’autre… On peut acheter, à Singapour, tout ce qu’il est concevable de vendre, sauf la drogue, les films cochons et les chouinegommes. En tant que promeneur, amateur de choses un peu inhabituelles, on s’y ennuie vite, sauf si l’on avait besoin de refaire sa garde robe – aux prix de l’Europe, sauf lors des soldes, qui sont nombreuses, rappelons-le – ou si l’on rêvait de s’acheter quelques ordinateurs portables tout neufs, quelques téléphones cellulaires dernier cri, un lecteur de MP3 avec tellement de bytes qu’on ne sait plus où les mettre, et un appareil photo digne de Nadar. Pour moi, il est donc vite temps de partir, sans compter qu’il pleut, ces derniers jours, entre les bâtiments dont la taille est soigneusement gardée à moins de deux cents mètres, afin de permettre aux avions d’atterrir et de décoller à l’aéroport tout proche sans se faire de bosses, et sans en faire aux gratte-ciels. Prochaine étape : l’Indonésie.

 

Vu la mousson qui traîne, cela vaut-il la peine de descendre directement vers Borobudur, ou bien vais-je d’abord remonter à Sumatra, puis descendre par les petites routes, au bout de quinze jours dans la forêt vierge, à rendre visite aux orangs-outangs et à me prélasser au soleil, sur le lac Toba ?

 

Poser la question, c’est y répondre. Un beau matin, je quitte Singapour pour Kuala Lumpur, laissant derrière moi les tours de Singapour, puis celles de Johor Bahru. De Kuala Lumpur, ou nous arrivons par miracle avec un peu d’avance, je prends une correspondance une dizaine de minutes plus tard pour remonter à Penang. De Johor Bahru à Kuala Lumpur, nous roulons sous la grisaille, il pluvine même parfois, dans un décor montagneux ravissant, sur une autoroute proprette où l’on s’arrête, régulièrement, à des aires de repos dont la propreté et l’intelligente disposition rendraient jaloux n’importe quel pays européen.

 

Arrivée à Butterworth, puis à Georgetown. Je file à mon auberge habituelle, y trouve une chambre. Il fera bientôt nuit ; je vais me restaurer à l’un de mes vieux favoris. Vu que les célébrations du nouvel an sont bien terminées, maintenant, on peut trouver facilement les restaurants chinois ouverts. Ca grouille, même. Je me précipite donc, l’estomac dans les talons et … me fais bien avoir en commandant deux repas. Une fois des vapeurs, délicieuses, commandées après une demie heure d’attente de ma première commande visiblement oubliée ; puis je vois arriver un plat en sauce, délicieux, mais que je ne puis qu’à peine toucher. Pas grave : je le paierai entièrement. Le service des restaurants chinois est aléatoire, mais c’est invariablement le client qui est le dindon de la farce. Comme, au fond, même un prix doublé ne correspond qu’à pas grand-chose…

 

Le lendemain, à la chasse au billet de bateau rapide pour Sumatra. Quant au visa, pas d’inquiétude : l’Indonésie a découvert, depuis belle lurette, les joies du VOA (visa on arrival) et il est parfaitement inutile de prendre en considération la fausse sollicitude des voyagistes qui vous proposent, pour une somme modique correspondant à deux fois le prix du visa, de vous arranger un visa pour l’Indonésie à partir de la Malaisie, pour pouvoir faire votre voyage, la paix dans l’âme.

 

Depuis la dernière fois, les prix ont plus que doublé : ils commencent à plus de deux cents Ringgits et, quand j’arrive au port, je suis quand même descendu à cent cinquante. J’achète donc au port, pour partir demain matin, à six heures. C’est le seul bateau qui lie Georgetown et Medan, donc pas de choix possible, et je dois m’estimer heureux d’avoir trouvé un billet aussi bon marché. Visiblement, la défense du consommateur contre les monopoles, ce n’est pas une priorité, en Malaisie.

07:28 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : magie |  Facebook |

16/03/2007

La ville des amendes

Singapour, ville assiégée, mais aussi ville des amendes. C’est aussi une chose qui frappe dès le premier instant. Si les affichettes montrant un soldat qui arrête un promeneur distrait, ou un terroriste le couteau entre les dents, sont celles qui vous sautent à l’œil, de prime abord, il y a aussi ces nombreux panneaux qui promettent des amendes effrayantes à tous ceux qui auraient l’idée saugrenue de prendre telle bande routière plutôt que telle autre, ou de rouler plus vite que la loi ne l’autorise. A la frontière, déjà, on vous a confisqué vos chouinegommes, si vous en aviez.

 

Si le douanier, maladroit ou distrait, les a ratés à cette occasion, ou que vous les aviez habilement cachés et que vous vous enfournez un, en ville, vous avez toutes les chances de vous faire arrêter par un policier en civil, et de vous retrouver avec un papillon, payable immédiatement, contre reçu, de … deux mille dollars singapouriens. Ne connaissant que trop bien le sans-gêne du machouilleur de chouinegomme, les autorités ont décidé de ne pas plaisanter avec la propreté des trottoirs… et des semelles.

 

Fumer est passible d’amende. Non pas qu’il soit interdit de fumer, mais la satisfaction du vice passe par de nombreuses règles qu’il vaut mieux ne pas négliger, si l’on ne souhaite pas se retrouver avec un trou de mille dollars singapouriens dans son portefeuille : si on décide de fumer dans la rue (la cigarette est interdite dans les bureaux), il faut fumer à des endroits bien déterminés, devant une poubelle munie d’un cendrier, il faut jeter les cendres dans le cendrier en question, et faire bien attention à ne pas souffler la fumée de telle manière qu’elle pourrait voler dans le visage d’un voisin. Sinon…

 

Traverser au rouge, ou traverser hors des passages cloutés, vous coûtera un modeste deux cent cinquante dollars de Singapour, et entrer avec votre parapluie dégoulinant dans un espace fermé – genre bureau de la ville, shopping mall, ou poste – vous reviendra à quatre cents dollars. Il faut préciser qu’à chaque entrée d’un centre d’achat ou d’une poste, etc… il y a un petit étal vous proposant un sachet de plastique pour y mettre votre parapluie – ce qui est bien pratique, quand il pleut. Donc, aucune excuse.

 

Le trafic de drogue est puni de mort, à Singapour. Suivant en cela respectueusement les lois qui concernent le sujet, le juge a tendance à confondre trafic et possession de drogue. Il y a très peu de drogués ici, et beaucoup de flics pour faire respecter le règlement.

 

Un T-Shirt d’un goût douteux illustre bien cette rage amendière des autorités de Singapour: on ne prête qu’aux riches, et après avoir illustré diverses situations qui, ici, conduisent réellement aux amendes, ou qui conduisent l’amende jusqu’au délinquant, le concepteur du T-Shirt en rajoute un peu, avec des « faire pipi dans un ascenseur, 1000 SG$ d’amende » etc… Peu crédible. Enfin, je veux dire : si, effectivement, faire pipi dans un ascenseur pourrait bien vous valoir une amende, je me demande dans quel pays – hors l’Inde, bien entendu – il ne serait pas normal de coller une contredanse, et davantage, à un imbécile qui irait pisser dans l’ascenseur.

 

Si tout, ou presque, est interdit, à Singapour, que peut-on donc y faire ? Les deux activités pour lesquelles l’homme est fait, du point de vue des autorités singapouriennes : l’homme, envoyé ici en mission par sa compagnie sise aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou en Belgique, travaille dans un bureau et y gagne beaucoup de sous ; l’épouse de l’expatrié élève les enfants du couple et dépense les sous gagnés en question dans les boutiques. Elle doit, à la fin du séjour singapourien commandité par la firme de Monsieur, avoir une garde robe rappelant celle de Mme Marcos : deux ou trois cents paires de chaussures, et autant de paires de pantalons, de jupe, de robes, de blouses, de boléros, de bibis, de bas, de chaussettes, de dessous, de dessus, de ceci et de cela. Idem pour les enfants qui seront, de plus, les heureux propriétaires de tout ce que la civilisation technologique compte de nouveau. L’expression Shop Till You Drop a dû être inventée pour Singapour.

 

De plus, pour assurer le roulement des stocks, les grands magasins passent leur temps à faire des soldes : il y a des soldes pour fêter l’arrivée de Noël, et d’autres pour fêter celle du nouvel an, de Pâques, de la Trinité, de l’Ascension, ou de la fête nationale péruvienne; il y a des soldes pour préparer le nouvel an chinois, pour le fêter, et enfin pour saluer son passage. Il y a des soldes pour célébrer l’anniversaire du président, celui du patron, celui de la femme du patron, celui du chef de service et pour le départ à la retraite du facteur qui faisait la rue. Toute occasion est bonne pour proposer au public des réductions pharamineuses qui permettront à tous d’acheter.

09:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shopping |  Facebook |