25/06/2007

Le cheval qui rit

Repas terminé, nous allons repartir, non sans passer par le petit coin, une nacelle faite en vannerie, qui tremble sous mon pas léger. Je ne veux pas imaginer ce qui se passera quand les suivants – mes deux grands Italiens, par exemple – décideront de passer au même endroit. Il y a un orifice là où il faut, une petite lucarne droit devant, qui donne sur un merveilleux paysage à l’horizon infini et, si on se tient bien coi, et qu’on vise bien, tout va comme cela devrait aller. Nous sommes, en fait, sur un terrain particulièrement ondulé et – dans le cas de notre restaurant – juste au bord d’une falaise d’une bonne quarantaine de mètres de dénivelés.

 

Revenu dans la salle où se trouve notre table, je signale à mes honorables compagnons qu’il pourrait être dangereux d’aller faire pipi, si on fait plus de soixante kilos. Bien entendu, la simple mention du risque fait bondir mes deux Italiens qui se ruent, l’un après l’autre, aux toilettes. Le premier revenu, et amusé par l’endroit, le deuxième, le plus gros, se rue au petit coin, glisse entre deux branches qui tiennent la vannerie ensemble (c’est du moins ce qu’il nous expliquera par la suite), voit sa jambe droite ainsi glisser jusqu’à mi-cuisse, les longues feuilles qui tiennent le tout ensemble lui occasionnant de belles écorchures. Ah, oui, bien entendu, il porte des shorts.

 

Quand nous entendons des hurlements de porc qu’on égorge, hurlements poussés avec un fort accent italien, en provenance des toilettes, nous nous empressons d’aller voir ce qui se passe, tirons sur la porte des commodités qui n’est pas vraiment fermée, et tirons sur les bras de notre camarade, devenu soudain demi-cul de jatte. On le sort d’affaire et tout le monde rit beaucoup, en observant le trou impromptu, sauf notre Italien, qui regarde sa jambe griffée du mollet à la cuisse, d’un air lamentable.

 

Bon, le malheureux propriétaire de l’établissement pourra réparer les dégats, et il lui est difficile de les imputer à notre Italien rondouillard. Nous payons notre dû et démarrons dans la somptueuse limousine que nous avons louée, avec un conducteur qui se trouve entre le marteau et l’enclume, et qui n’ose pas vraiment nous reprocher quoique ce soit. Après tout, vu le salaire horaire local, le travail de réparation ne reviendra pas à grand-chose. Donc, en toute logique, dans son esprit, mieux vaut l’écraser. De notre côté, on fait semblant de ne pas s’intéresser à son dilemme cornélien.

 

bridgeLa route reste poussiéreuse, cahotante, et nous arrivons bientôt au deuxième site « ville morte » prévu dans notre location de taxi : celui d’une deuxième ville bâtie sur une île que l’on rejoint par un pont de bois. La ville en question est connue comme le loup blanc par la terre entière, mais son nom, une fois encore, m’échappe. Je devrais me souvenir, pourtant, puisque ce n’est pas la première fois que je viens. Rien n’a changé depuis.

 

Notre taxi s’arrête à une cinquantaine de mètres avant le pont de bois. Nous convenons d’un rendez-vous, dans une heure, et partons en goguette, traversant d’abord le terre plein sur lequel sont installés quelques bistrots, pour arriver à l’entrée du pont devant lequel, comme devant toute entrée d’un endroit sacré, se trouvent des vendeurs de lotus, de bâtonnets d’encens et – cela est particulier à la Birmanie – de chouettes naines, inquiètes de leur sort.

 

L’endroit est un but de promenade pour toute la ville, et nous ne sommes certainement pas seuls. Le pont de bois est parcouru par des centaines de personnes, qui tous nous sourient, nous crient hello, sont ravis quand on leur répond de retour. Le pont fait pas loin d’un mile anglais, ce qui permet d’assez nombreux échanges de hello, accompagnés de gloussements systématiques, de la part des fillettes et des garçonnets, quand nous répondons de retour et que, finalement, le plus grand des Italiens, qui doit être employé comme boute-en-train à l’occasion des noces et des banquets, salue chaque enfant d’un hello cérémonieux, accompagné d’une courbette.  Les enfants en rient dix ou quinze mètres à l’avance, se pressant pour être le prochain à le saluer de retour.

 

HorseArrivés sur l’île, nous faisons, à pieds, cette fois ci, le tour de l’île et de ses pagodes les plus fameuses : le petit peuple y court, afin de prier des idoles presque millénaires, et de gagner au loto. On y trouve d’anciens Bouddha couchés, assis, debout ou marchant, on y trouve les divinités qui font le bonheur des superstitieux et des chevaux qui rient.

 

On y voit passer des bœufs qui nous regardent d’un air indifférent, des buffles qui nous montrent du mufle à leurs copains de vadrouille. On y trouve des serpents qui se sauvent, quand nous marchons en faisant du bruit, à travers l’herbe, notre Italien continuant à se lamenter en clopinant, soutenu par son copain rigolard.

 

 

 

 

On y trouve, enfin, une mauvaise copie du rocher d’or.

 

fake

 

Après une petite heure de promenade sur des pistes de terre poussiéreuse, nous retournons vers la terre ferme. Notre chauffeur, dans le but d’économiser l’essence, nous propose d’aller voir un autre temple qui se trouve à deux pas et qui est, c’est exact, une petite merveille. Depuis la dernière fois, il a changé : les Bouddha sont maintenant protégés sous des auvents et un monastère s’y est installé, avec une école. Les gosses jouent au foot. Ils ont relevé leur soutane et galopent, pieds nus, après un ballon. Ils ont bien raison.

 

Retour aux bistrots en bord de lac, où nous prenons un verre. Nous sommes pris d’assaut par des gosses qui nous offrent, pour une somme modique, des colliers de jade. Ah, il y aura bien une petite fille dont je pourrais faire le bonheur, avec ce genre de bijoux, quand je retournerai à la civilisation… J’en achète deux.

 

sculptorDe là, nous démarrons vers le centre ville, et nous arrêtons dans le ghetto des marbriers. Toute la rue fait, à coup de scies électriques, dans la sculpture religieuse, et semble exporter à travers le monde entier. De huit heures du matin jusqu’au soir, tout un monde de jeunes gens, de jeunes filles, de garçons et de fillettes, s’occupe de sculpter, ou de finir, des statues d’idoles qui sont ensuite empaquetées pour être envoyées au Nord, au Sud, au Pakistan, en Inde ou encore en Indonésie. Chaque fois, assez curieusement, le sculpteur adopte le style du pays vers lequel il exportera sa pièce. Une poussière de marbre flotte dans l’air, rendant l’atmosphère brillante, sous le soleil rasant.

 

En fin de journée, quand les ponceuses se calment, et que les jeunes filles décident que la journée est finie, elles secouent leur chevelure quotidiennement blanchie, ainsi que leurs vêtements, et rentrent à la maison où elles prendront certainement une douche - un bain, si elles habitent à côté de la rivière. Nous même, après guères plus d’une heure dans la rue des marbriers, nous sommes couverts de poussière et nos cheveux sont rêches de particules microscopiques de marbre. Le blessé s’inquiète de savoir si ses plaies ne vont pas mal tourner, nous lui assurons que non mais, pour le rassurer, nous décidons quand même de rentrer au guesthouse : les sulfamides l’attendent, au kilo, dans sa chambre, et son copain l’assure de sa connaissance de la médecine.

 

 

00:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, promenade |  Facebook |

22/06/2007

La première des villes mortes

Or donc, nous quittons l’hôtel, une fois que les trois voyageurs se sont installés dans la - euh… appellerons-nous cela « la cabine des passagers » ? Va pour la cabine des passagers… - dans la cabine des ourtaxipassagers, et le chauffeur devant son volant : deux virages à gauche, puis nous voilà sur la grand rue qui se termine par une côte pas bien méchante, mais trop difficile pour le véhicule lourdement chargé de quatre personnes. Le plus grand d’entre nous, qui doit bien peser dans les soixante-dix kilos, saute d’un bond sur la route, avant que la voiture dont le moteur essaie de tourner à plein régime commence à reculer, et la pousse. La perte des soixante-dix kilos, et la poussée supplémentaire font la différence : nous redémarrons vers l’avant. Arrivés au haut de la côte, voiture et passagers se remettent dans leur position traditionnelle, la voiture avançant toute seule, à faible vitesse, et le passager dans l’habitacle.

 

On met une tête dehors, de temps à autre, en évitant les moments où la poussière vole, quand ce n’est plus de la route, mais de la piste, pendant que le taxi s’éloigne du centre ville. Au bout de quelques dizaines de minutes de chemin cahotant, nous arrivons au pied d’une pagode qu’il nous faudra rejoindre en prenant une volée d’escalier dont le nombre de marches est infini. Deux serpents à sept têtes, en fin de balustrade, nous regardent d’un air féroce.

 

Allons-y.

 

pagodaPagoda2Vingt minutes plus tard, les jambes fatiguées et suant abondamment, nous sommes au sommet de la colline sur laquelle se trouve une immense pagode, effectivement à la fois belle et impressionnante. Nous tournons quelques minutes, admirant aussi bien le paysage meublé de stupas proches, de stupas éloignés, de pagodes partout, que d’émouvantes merveilles religieuses et animales qui ornent la pagode – hm, les pagodes, plutôt. Il est probable que je me répète, mais le nombre et la richesse de décoration des constructions religieuses, anciennes et modernes, dont bénéficie le Myanmar sont tout simplement inconcevables. Si l’on peut comparer, dans ce domaine, le Myanmar est à Rome ce que Rome est à la Lune. Les édifices religieux sont, littéralement, innombrables, riches, aussi parfaitement entretenus qu’il est possible. Je prends en photo un adorable lapin doré, en souvenir de Chipie. Puis nous redescendons.

rabbit

 

vendeursoiseauxPour une fois, Mandalay étant, je le répète, une ville peu fréquentée par les touristes, pas de gosses qui nous chassent avec l’espoir de nous vendre des babioles, et notre taxi a choisi pour nous une destination ravissante, mais manifestement peu courue. Un peu de petit commerce au sommet, bien entendu, mais rien de plus que quelques vendeuses d’eau, pour la soif, de sodas, pour la soif aussi, de limonades, pour la soif encore, d’encens et de fleurs, pour les idoles. Ah, à tout hasard, quand même, quelques cartes postales, pour le touriste. Et puis, des vendeurs d’oiseaux à libérer, bien évidemment. Mais les vendeuses ne vous courent pas après, ne vous hèlent même pas. On n’est pas à Bagan.

 

Retour à la voiture, soigneusement garée, tenue par une cale en bois, devant un café où notre chauffeur prend un rafraîchissement, tout en bavardant avec des connaissances probablement établies de longue date, chaque fois qu’il s’arrête ici, en charge de deux ou trois promeneurs. A peine nous voit-il qu’il bondit sur ses pieds et nous rejoint. Hop là, nous y allons, maintenant pour les villes anciennes, qualifiées de mortes, ou de royales, et qui sont d’admirables musées vivants. C’est aussi là que les premiers préposés chargés de vérifier que nous avons un billet officiel se trouveront. Il est temps de sortir notre billet de dix dollars.

 

Ah, non, ce sera douze. En effet, en plus du billet qui nous permet de visiter les sites les plus protégés et raisonnablement remis en état, l’Etat ponctionne deux dollars par étranger qui entre sur le site de certaines des villes mortes, vu qu’on utilise la route. Impossible d’y échapper, vu la surveillance qui se fait encore, ici : en fait, chaque dollar gagné est – en ces temps de tourisme bien peu actif – doublement perdu, du fait qu’il faut payer tous ces surveillants de l’entrée des dollars, et du fait que le voyageur grugé regarde ses sous en décidant de ne pas donner davantage qu’il se l’était planifié le matin. A un certain moment, devant l’attitude de vautour du régime, en effet, nous devenons tous des juifs écossais, dont le modèle de vie est Oncle Picsou.

 

Les chefs de la junte oublieront ces mesquines attitudes de gagne petits, quand ils se rendront compte qu’il y a davantage d’argent à faire, à la sado maoïste, quand on laisse tomber les petits gains, pour viser plus gros, via l’industrie qui rapportera autrement davantage. Ils ont déjà commencé à lâcher les plus impopulaires de leurs gabelles, mais la fascination du dollar arraché au voyageur étranger est difficile à oublier.

 

Enfin, nous voilà donc à, tout d’abord, arrêtés sur la route qui conduit à l’une des villes mortes - elle a un nom; je l'oublie - devoir payer nos deux dollars par personne. Nous nous exécutons en maugréant, qui en italien, qui en français, puis nous repartons et arrivons à un gué, traversable en bac. Le taxi nous attendra de ce côté ci, et nous traverserons, pour une somme modique, une rivière large, tout au plus, de cinquante mètres. De l’autre côté nous attendent des chariots tirés par des chevaux. La promenade n’est pas immense, mais, arrêts à divers temples compris, nous occupera presque jusqu’à midi. Deux mille kyats – moins de deux dollars – pour notre chariot, tiré par une paire de canassons étiques. On ne peut vraiment pas dire que c’est du vol.

 

kidsLe premier arrêt est devant une merveilleuse pagode de bois – c’est une spécialité de la région de Mandalay – dans un coin de laquelle des enfants étudient, sous la supervision d’un bonze assoupi. Nous passons en tapinois, afin de ne les pas déranger au milieu de leur calme studieux, et nous intéressons aux merveilles sculptées au milieu desquelles nous nous promenons. Penser que, avec le climat local, ces immenses bâtiments de bois ont tenu plus de deux siècles… Lentement, cependant, les structures pourrissent, usées par le temps, le soleil et la pluie.

 

wood

 

Les termites, parfois, aussi ? Non, pas les termites. Soit il n’y en a pas, par ici, soit les bonzes ont trouvé des moyens dignes des empoisonneurs de la Renaissance pour les empêcher d’agir. Mais en fait, c’est vrai, je ne verrai aucun de ces stalagmites, dans la campagne, qui signalent le danger.

 

Devant le temple, quand nous revenons à notre carriole, notre équipage a été rejoint par un autre, dont descend une ravissante brune aux cheveux courts, aux shorts à peine plus long, bardée d’appareils photos et qui se pète la figure alors qu’elle regardait d’un œil appuyé l’un des deux Italiens. Bien fait pour elle. Comme elle n’a, de toute évidence, pas su intéresser, par sa chute malheureuse, notre Roméo, nous repartons – non, quand même, l’avoir aidée à se redresser. Nous la reverrons, plus loin, l’œil noir et le vêtement poussiéreux.

 

J’oubliais de dire que c’est ici que nous avons acheté notre pass de dix dollars. La survivance miraculeuse de ce temple est sans doute la meilleure manière de nous faire oublier l’achat du billet. Il est grand comme un billet de banque de l’époque de la Grande Inflation des années vingt, en Allemagne et, à chaque arrêt, nous aurons droit au cachet de la pagode que nous visitons, ce qui amènera le billet des visites à ressembler, à la fin, à la page d’un passeport bien utilisé.

 

En attendant, nous continuons nos pérégrinations, de temple en temple. Ils mériteraient tous un long arrêt, mais bon, nous n’avons pas le temps, ou bien nous ne nous le donnons pas. La pulpeuse flamande poussiéreuse nous dépasse finalement, et nous ne la reverrons plus. Tout est beau, sous un soleil lourd, avec nos chevaux qui avancent paisiblement, d’autant plus heureux qu’on leur laisse quand même du temps, d’une pagode l’autre, a parcourir le minimum de ce qui doit l’être. Quand nous terminons ce tour de ce que comprends finalement être une île, il est midi passé. Nous bondissons dans une barque de retour. De l’autre côté, il y a notre taxi qui nous conduit à un restaurant qu’il nous conseille vivement. Son meilleur copain, probablement. Bah, nous y aurons un repas convenable, accompagné de thé, pour un gros dollar. Oui, c’est visiblement un prix gonflé, un prix pour touriste, mais bon… c’est un si petit vol, et ils sont si pauvres…

23:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tourisme |  Facebook |

20/06/2007

Taxi, peinture et croix gammée

TaxiLe taxi arrive avec quelques minutes d’avance, alors que je viens de descendre dans le minuscule hall de notre guesthouse : une bonne affaire, ça ne se laisse pas échapper et, pour le chauffeur, une journée entière de location, c’est le paradis. La voiture est l’habituelle et minuscule Mazda avec ridelles, que je connais depuis toujours, ici. Les pneus sont usés jusqu’à la corde ; le moteur doit faire aux alentours de cinq cents centimètres cubes et pollue presque autant que feu les Trabant, qui ornaient, de leur carrosserie faite de papier mâché, les rues de l’ancienne Allemagne de l’Est. Tout comme les Trabant, aussi, on a pas trop le choix des couleurs : dans le cas des Mazda, c’est soit bleu ciel, soit brun clair.

 

A la différence des Trabant cependant, comme leur revêtement est fait de métal, et qu’il fait toujours humide ici – chaud, certes, mais humide - les Mazda en sont toutes à divers stades de pourriture. La rouille domine et perce les couleurs et les vernis avec lesquels chacun essaie, soigneusement, à force de couches, de couvrir sa vergogne.

 

Taxi2De ce fait, le propriétaire, outre le fait qu’il est usuellement un mécanicien émérite, use de trucs et de moyens à la limite de l’honnête pour cacher l’état de décadence dans lequel sa voiture se trouve. Ainsi, l’usage d’autocollants qui permettent de boucher des trous, de recouvrir des boursouflures lépreuses. Parfois, le choix des autocollants peut surprendre: on a, pour le moment, à Mandalay, une mode qui peut faire sourire, ou qui peut choquer : la croix gammée est partout. Qui diable a lancé le produit ? En tout cas, on la trouve sur toutes les voitures, sur tous les casques moto. Le côté positif, c'est qu'on remarque que chacun, à moto, met un casque - à croix gammée ou non. C'est déjà ça...

 

 

Swas

 

Quant au fait que les pneus usés jusqu’à la corde sont remplacés, quand ils rendent l’âme, par de « nouveaux » pneus tout aussi usés, si d’un côté, on peut se demander d’où vient le stock – j’imagine que le réparateur de pneus est encore un métier florissant ici, et qu’un pneu qui a crevé est réparé, encore et toujours – on ne doit, par ailleurs, pas trop s’inquiéter quand on voit l’état desdits pneus, sur un taxi Mazda : vu sa vitesse…

 

Monsieur le conducteur nous attend donc devant la porte, alors que les Italiens descendent de la terrasse où ils ont déjeuné. Nous nous présentons et montons à l’arrière : vu nos tailles respectives – et pourtant je ne suis pas si grand que ça… - il est heureux que nous soyons trois, et pas davantage. Après de rapides salamalecs, et le détail de ce que nous ferons aujourd’hui, le taxi démarre. Dès la première côte, le plus grand – et gros - des deux Italiens descend de la voiture et pousse, le temps d’une dizaine de mètres, afin que nous puissions sortir de cette mauvaise passe. La dernière fois que j’ai lu quelque chose qui rappelait cela, c’était dans un récit de voyage du dix-septième siècle, quand tous les voyageurs descendaient du carrosse, afin d’aider les chevaux, dans les Alpes… Enfin bref, ça redémarre, et nous allons jusqu’à notre premier but : une pagode qui se trouve à quelque kilomètres de Mandalay – oh, je vous rassure : guère plus de quatre ou cinq - sur une colline.

 

Pour se faciliter la vie, il faut, lors de la première visite que l’on fait dans un endroit payant, à Mandalay, acheter le billet collectif qui vous coûte dix dollars et vous permet de tout voir dans la région – sauf suppléments toujours possible. On sait bien que cet argent en dollars, donné à un préposé de l’office du tourisme, arrivera directement dans l’escarcelle des généraux, mais bon, il n’est pas possible d’éviter de donner à la junte. Cette dernière a découvert la malignité du capitalisme chinois, et sait maintenant comment ne pas tout voler, afin de toucher un max.

 

Nous connaissons tous l’histoire des deux taureaux, un jeune et un vieux. Le jeune, voyant des vaches, dans le pré d’à côté, dit à son camarade : galopons jusqu’au pré voisin et tapons nous une vache. Le vieux, plus expérimenté, répond au jeune : non, marchons jusqu’au pré voisin et sautons toutes les vaches.

 

Le régime en place a découvert que le gouvernement sado-maoïste chinois voisin, malin comme pas deux, avait trouvé une bonne méthode pour rester en place et se faire son beurre. Il lui avait suffit de casser toute opposition intérieure, de ne plus voler jusqu’au dernier sous d’un peuple affamé, et de profiter de son enrichissement. C’est exactement ce que la junte birmane fait aujourd’hui. Plutôt que de voler le touriste dès l’arrivée, et de le forcer à passer – volens nolens – sous les fourches caudines de sa pompe à phynance, elle a décidé de laisser de plus en plus tout le domaine touristique au petit peuple. Ce petit peuple, de ce fait, s’enrichit – peu, mais quand même. Alors, quand il a de quoi se nourrir, se loger, s’habiller, il se retourne vers des magasins dans lesquels se trouve de l’eau potable – manufacturée dans une limonaderie appartenant au régime. Il achète de la nourriture préparée et empaquetée dans une fabrique appartenant à un général. Il choisit des vêtements faits de tissus – le tailleur reste la norme – tissé dans une usine possédée par le gouvernement. In fine, tout revient à l’Etat qui n’a simplement pas eu à faire l’effort de surveillance auquel il se livrait précédemment, pour tout obtenir.

 

Le boycott infligé par les bonnes âmes contre la Birmanie est du pain béni pour le régime en place : il possède tout ce qui existe, en terme industriel, et contrôle tout ce qui est importé. Bravo, bonnes âmes : continuez…

 

Enfin bref, foin de développements oiseux qui concerneraient la malignité des dirigeants du pays. Ici, nous devons donner nos dix dollars, afin de pouvoir visiter tout ce qui peut l’être. La seule chose à faire, c’est de rentabiliser notre don involontaire. Il y a bien des choses à voir à Mandalay, allons y.

23:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/06/2007

Les fleurs en billets de banque

Le crépuscule du matin commence à nous cligner de l’œil, alors que nous sommes tous agonisants, dans le bus secoué depuis des heures. La lumière apparaît à l’Est et bientôt l’état de la route, bien cahotante ces dernières heures, s’améliore. D’une route à deux bandes, nous passons à quatre. Les maisons de bois, sur pilotis, en bord de route, se font plus nombreuses. Des épiceries, des cafés sont déjà ouverts. Des dames et des messieurs, en longyis, marchent ou cyclent le long de la route, vaquant à leurs affaires. L’électricité semble marcher par ici : ça et là, on peut voir une lampe qui brûle dans une chambre aux volets ouverts, où des enfants baillent. Un pont encore, nous ralentissons et les lumières du plafonnier du bus s’allument, signe d’un arrêt prochain.

 

restPour l’arrivée à Mandalay – pardon, à la gare routière de Mandalay – nous sommes un peu en avance : il n’est pas encore tout à fait six heures du matin. Nous n’avons eu aucun pépin sur la route ; aucun pont n’a été difficile à franchir, nous nous sommes arrêtés ici et là, aux étapes-pipi-boisson prévues et nous sommes repartis chaque fois quand il le fallait. Voyage sans histoire. C'est une longue nuit, c'est tout.

 

Il en va différemment quand on roule vers le lac Inlay : pour parcourir une distance sensiblement inférieure – cinq cent kilomètres, à tout casser - le bus met deux fois plus de temps que pour aller de Rangoon à Mandalay, passant sur des routes infernales, dignes des coins les plus paumés de Sumatra, crevant un ou deux pneus sur le trajet, passant des gués parfois difficiles. Sur la route principale, entre Yangon et Mandalay, le passage du gué n’est plus qu’un souvenir. Sur la route du lac Inlay, par contre… On sort du voyage moulu, mort de fatigue, prêt à tomber – d’autant plus si on n’a pas pris l’habitude de compter le temps à la birmane, c'est-à-dire, à l’oublier.

 

A la gare routière qui dessert la région d’Inlay, quand vous sortez du bus, couvert de poussière et avec des articulations qui grincent, des rabatteurs vous sautent dessus, et il y aura encore une dizaine de kilomètres à faire, dans des conditions encore moins confortables qu’avant, pour enfin échouer à son hôtel, en bord de lac. Après un voyage à Inlay il y a cinq ans, et entendant chaque fois que je suis revenu ici le récit des voyageurs qui ont fait l’effort d’aller là, franchement, je préfère aller au lac Toba.

 

Un dernier virage pris par le bus, et nous entrons dans la gare, sur la sempiternelle plaine de terre battue, plus ou moins égalisée, aux ornières plus ou moins boueuse, entourée de petites bâtisses d’un étage. La cour centrale de la gare est flanquée d’un marché déjà en pleine activité. Il y a même deux petits hôtels dans la distance. Leur extérieur n’inspire pas la confiance, cependant.

 

Devant le bus qui manœuvre pour se garer, une petite foule nous attend de pied ferme. Il y a les parents et les amis des voyageurs ; il y a aussi quelques rabatteurs, quelques agitateurs de pancartes, sur lesquelles sont inscrits les noms d’un guesthouse ou d’un autre, des vendeurs de tout et de rien. Parmi eux, je vois une pancarte portant le nom de mon habituel AD1, qui existe donc toujours. Ca tombe bien, j’y suis habitué et je l’aime bien. Les chambres sont quelconques, mais propres, et la vue que l’on a de la terrasse du dernier étage, sur laquelle on prend le petit déjeuner dès potron-minet, quand les toits des pagodes commencent à briller aux rayons du soleil, est fantastique. Va pour l’AD1, donc. Je veux courir à mon bonhomme à la pancarte, une fois dehors mais, comme je suis sorti parmi les derniers, la foule s’est dispersée, y compris les rabatteurs. Heureusement, il reste, jusqu’au dernier passager, les chauffeurs de motos taxis. Un des taxis me retrouve mon rabatteur auquel je demande confirmation qu’il y a de la place à mon guesthouse : yes, plenty. Bon, très bien.

 

Monsieur le moto-taxi et moi-même nous arrangeons, sous l’œil ému du rabatteur, et nous démarrons. Au bout d’une centaine de mètres, nous quittons le champ de patates qui fait office de tarmac, à la gare, et arrivons sur la grand’ route de Mandalay. Le taxi serre mon baluchon à roulettes entre les cuisses, alors que je porte mon sac à ordi sur le dos. La journée sera belle, mais le soleil ne s’est pas encore vraiment levé. Heureusement que je suis derrière : avec le vent de la course, il fait presque froid. Nous dépassons des bicyclettes et des vélomoteurs, avec des conducteurs emmitouflés. Pour eux, ce froid du matin, c’est notre équivalent de la Sibérie. Bientôt, nous arrivons en ville, longeons les remparts de l’ancienne cité interdite, prenons les petites rues faites de terre battue, et me voici devant chez AD1.

 

Bank2bankL’hôtel AD1 se trouve dans une ruelle qui, étonnamment, est asphaltée – enfin, il y a un souvenir d’asphalte. Au bout de la ruelle, il y a l’une des plus grandes pagodes de la ville. De ce fait, l’hôtel est entouré d’échoppes d’articles religieux : bougies, bâtonnets d’encens, fleurs de papier, fleurs réelles et fleurs faites en billets de banque – de petite dénomination. Pour ces derniers bibelots, adorés des clients, les magasins abondent. Il y en a un juste devant la porte de l’hôtel. La dernière fois que je suis passé ici, j’avais engagé la conversation avec un aimable vendeur qui se trouvait sur le pas de la porte, une cigarette à la main, à se changer les idées. La fabrication de ces fleurs, c’est un travail de bénédictins, qui prendrait trois jours à n’importe quel ignorant dans mon genre. Monsieur le fleuriste, qui me montrait fièrement ses réalisations, m’expliquait aussi que, l’expérience aidant, il ne lui fallait pas plus d’une demi-heure pour terminer la fleur-billet-de-banque qu’il tenait en main.

 

Nombreuses sont, en réalité, les pagodes, à Mandalay. Il suffit d’aller sur la terrasse de l’hôtel pour s’en rendre compte : les stupas pointent partout. La pagode que nous avons, à côté de mon guesthouse, est énorme, pour une pagode du centre de la ville, mais son énormité est due au fait qu’elle fait aussi office d’école religieuse. Les moinillons abondent. Il y a aussi des nonettes de douze ou treize ans, qui vous regardent avec un œil profond et un sourire angélique.

 

Pour le reste, une pagode particulièrement sacrée se trouve au nord du centre ville, d’autres ici, d’autres là… toutes splendides. Mandalay souffre de sa réputation de ville détruite pendant la guerre. S’il est vrai que le centre ville a été reconstruit n’importe comment, ou plutôt, de manière moderne, sans plus tenir compte de l’antiquité de la ville, elle a de beaux restes. Les pagodes du centre, bien entendu, la cité interdite, malgré tout.

 

Il y a aussi de merveilleuses pagodes dans la proche banlieue, et les extraordinaires cités impériales mortes, qui n’ont parfois de mortes que le qualificatif. Il s’agit, finalement, d’anciennes capitales abandonnées, dans lesquelles de splendides… mais oui, de splendides pagodes, bien évidemment, montrent ce qu’on était capable de faire dans la région, il y a cinq, six ou sept siècles. Au milieu de ces cités vidées, autour de ces pagodes, de petits villages se sont parfois installés. Fourmille, en tout cas, tout un petit peuple de vendeurs de pacotille, de chauffeurs de chars à bœufs ou à cheval, de restaurants, qui ne vivent que des maigres revenus du tourisme, bien peu actif dans la région.

 

A peine installé dans ma chambre, je prends une longue douche tiède, fais quelques mouvements d’assouplissement, me rase de frais, reprends une douche, pour éliminer la transpiration due à mes mouvements d’assouplissement et à la lourdeur du temps, me rhabille et me prépare à sortir. A peine en bas, je suis bien entendu en nage. Sept heures sont à peine passées, mais il fait déjà chaud et lourd.

 

Au comptoir de l’entrée, il y a une offre de deux italiens qui cherchent une troisième personne pour partager un taxi pour la journée, afin de voyager à Mandalay et de faire le tour de ce qui doit être vu en taxi. Tiens, bonne idée : je me joins à eux. Le bonhomme de la réception m’informe que ce sera pour ce matin même ; le taxi est attendu à huit heures, dans un peu plus de trente minutes. Bingo.

 

En attendant, je vais sur la terrasse, me prendre un petit déjeuner avec beaucoup de thé, histoire de me remettre du voyage.

21:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : douche |  Facebook |

18/06/2007

Sur la route de Mandalay

Le nom de Mandalay est magique. Au premier regard, la ville l’est moins. A la différence de Rangoon, elle a bien souffert de l’occupation japonaise, aussi courte qu’elle ait été, et de bombardements intenses que les alliés lui avaient infligés, un peu à tort et à travers, avec l’espoir de détruire ici une usine de cartouches, là une fabrique de rails. Comme tous les bombardements, le choix des cibles effectué par le Haut Commandement était rarement judicieux et les bombes tombaient, de toute façon, au hasard.

 

MandLes Anglo-américains sont ainsi parvenu à détruire le centre-ville et à faire brûler le splendide palais de bois, une espèce de petite cité interdite, dans lequel le dernier roi de Birmanie avait régné. Aujourd’hui, on l’a rebâti, à la lego, ce qui donne une idée de la disposition, de l’extraordinaire ensemble des bâtiments, mais on n’y trouve plus aucun meuble, plus le moindre bibelot, pas un tableau.

 

C’est dommage.

 

Avant d’arriver à Mandalay, il faut quitter Rangoon. Un beau jour, quand on pense avoir épuisé, pour le moment, les plaisirs de la capitale, on prend un taxi brinqueballant et, pour quatre dollars, on roule sur une mauvaise route jusqu’à la nouvelle gare routière, installée à une quinzaine de kilomètres de la ville, à deux pas de l’aéroport.

 

Les cours centrales de la gare routière sont d’immenses fondrières quand il pleut, des terrains vagues à la surface irrégulière, entrecoupée de mares, quand il ne pleut pas. Même si le gouvernement n’a pas fait grand-chose pour faire de la gare un endroit désirable, il faut remarquer qu’elle est gigantesque et raisonnablement bien conçue. Le contraire aurait été malheureux… Il est préférable, pour les longs voyages que l’on souhaite faire en bus VIP, de réserver sa place un peu à l’avance : le jour même est, cependant, bien suffisant, car tous les bus partent en fin de journée. Usuellement, je fais confiance à mon guesthouse, pour ce genre de choses : ça doit me coûter un demi-dollar de commission, et il faut bien que tout le monde vive. J’achète ainsi mon billet en matinée, vide la chambre et laisse mes affaires à la réception. J’ai encore le temps de baguenauder en ville, d’aller prendre un doughnut à l’endroit in, où la jet-set locale se réunit : c’est le Doughnut Tokyo. L’établissement essaie, de toute évidence, de copier quelque chose vu à l’étranger ; mais on ne peut pas dire que c’est parfaitement réussi. En tout cas, on y trouve des doughnuts, des jus de fruits et du thé.

 

Ce qui fait ici l’endroit à la mode, pour étudiants et artistes, ferait sourire si on ne se rendait compte que c’est tout ce qu’il y a et qu’avec rien, ou du moins, pas grand-chose – de pauvres plastiques multicolores, des chaises et des tables dignes tout juste de chez Mac Do, des luminaires blafards, une décoration qu’on a vu disparaître chez nous à la fin des années cinquante - de petits bonshommes essaient de créer une entreprise, et y réussissent finalement.

 

Dans mon bistrot à la mode, ainsi, chaque fois qu’une chanteuse du cru fait un vidéoclip, d’une chanson qui, immanquablement, raconte une histoire d’amour qui se termine bien, il y a un rendez-vous au Doughnut Tokyo. C’est le deuxième rendez-vous, celui qui a lieu juste après une première rencontre à la pagode. A la fin de la chanson, ils retournent ensemble à la pagode, Monsieur en Longyi, Madame en tenue décente, pour y déposer une offrande, afin de s’attirer la bienveillance des dieux. Le mariage et les enfants ne sont pas loin.

 

Quand ce sont les chanteurs qui font un vidéoclip, c’est pour illustrer une chanson d’amour qui, immanquablement, se termine mal. Les mecs, c’est comme ça, ici. Ils ont toujours un air de chien battu quand ils commencent leur chanson noire. Quand ils la terminent, c’est usuellement le visage couvert de larmes. Et on voit, dans le vidéoclip, Mademoiselle qui s’éloigne dans la distance, juste après être sortie du Doughnut Tokyo. On pourrait imaginer qu’ils sont romantiques et désespérés ; je crois plutôt qu’il s’agit d’un piège à filles, d’une manière de rappeler à toutes les groupies du chanteur qu’il est libre. Les fans de l’un ou de l’autre traînent le soir au café in, avec l’espoir parfois récompensé d’y voir entrer la vedette qu’ils idolâtrent. Alors, une double haie se crée, de demoiselles et de messieurs tout occupés à faire des wa au chanteur ou à la chanteuse, dans un silence religieux. Ce dernier, ou cette dernière, peut alors passer son temps à faire des rafales de wa de retour. Ca l’occupe.

 

Passé les quatorze heures, je retourne à ma guesthouse et je prends mes affaires. Un taxi arrangé le matin m’attend ; nous démarrons. En moins d’une demi-heure, je suis arrivé.

 

La gare routière, donc… c’est de là que démarrera mon autobus VIP, vippour aller à Mandalay. Le voyage est long. Parti à quatre heures de l’après midi, nous arriverons vers les six heures du matin. Et on ne peut pas dire que le trajet est immense : il doit y avoir six cents kilomètres, à tout casser. C’est simplement que les routes ne sont pas fameuses, et que les bus ne sont pas tout neufs. En effet, le terme de bus VIP cache, au Myanmar, un faux-ami : on imagine un bus à la thaïlandaise, ou à la malaisienne. Rien n’est plus faux: dans le pays, il n’y a pas un bus qui a moins de trente ans, et les sièges, défoncés, ont beaucoup servi. J’ai une place de fenêtre et la vitre sur laquelle j’appuie le visage est fêlée.

 

Au Myanmar, le seul avantage des VIP est qu’on ne les bourre pas. Il y a un certain nombre de sièges ; ils sont tous occupés, certes, mais on ne verra pas ce qu’on voit dans les bus normaux : une foule debout dans le couloir. Ici, dans mon VIP, je note qu’il y a des strapontins en skaï qui seront dépliés alors que le bus sera prêt à partir, quand s’installeront les derniers passagers. Rien d’autre.

 

Pour justifier le qualificatif flatteur qu’il octroie à son bus, le propriétaire vous offre, au départ, une bouteille d’eau potable. On vous la tend un peu avant le départ, avant que les strapontins soient dépliés.

 

chickTout autour du grand terrain vague de forme carrée, qui fait office de terminal, il y a des bâtisses à un étage, dans lesquelles sont sis les bureaux des voyagistes. Devant chaque bus, les derniers billets sont vendus par de vieilles dames assises sur un banc d’école en bois, armées d’un crayon, d’un plan de bus et d’une caisse métallique dans laquelle elles rangent l’argent. Avec le crayon, elle notent les places prises, marquent les places maintenant achetées. C’est, tout autour, la cour des miracles – non, je mens : rien qui soit louche ici. Des petits commerçants qui vendent des canards, des briquets, de l’eau, des sodas, des jouets, des poulets, des cigarettes, des fruits, des œufs, des bonbons pour le voyage. Quelques mendiants, deux ou trois moines et Monkmoinillons. Tous ceux qui sont capables de prononcer quelques mots d’anglais m’abordent, pour le plaisir d’échanger quelques mots avec l’étranger qui prend le bus avec eux, ou qui, tout simplement, se trouve là où ils sont eux même.

 

Et puis, ça permet de mousser auprès de la fiancée ou des copains.

 

Le bus démarre enfin, après que nous nous soyons tous bien assis, dans l’ordre voulu et que le couloir central ait été à son tour utilisé par les derniers voyageurs. Nous cahotons jusqu’à la sortie de la gare routière, puis nous lançons sur la route. Il y en aura pour treize ou quatorze heures, dépendant de l’état des ponts. Nous aurons un arrêt, pendant la nuit, à une aire de repos qui ne rappelle en rien ce qu’on peut trouver dans les pays modernes. Là, on peut se restaurer, si on y tient vraiment, et prendre un thé.

 

rest2

 

Tout le long de la route, à chaque instant, les birmans font des wa, une fois à gauche, une fois à droite, chaque fois que l’on passe devant une pagode. Les dieux savent combien les pagodes sont nombreuses en Birmanie.

23:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : promenade |  Facebook |

15/06/2007

Le bateau volant

Dans les pagodes birmanes, il y a un détail curieux, amusant même, que je n’ai jamais vu ailleurs : dans le monde asiatique, nombreux sont les temples où l’on trouve, attaché au grand stupa central, un câble auquel est accroché une sorte de bateau mystique. En Thaïlande, par exemple, ce bateau mystique ressemble aux barges royales que l’on peut admirer à Bangkok, tout près du Chao Praya, avec une tête de dragon à la proue, sa queue à la poupe, et trente mètres entre les deux.

 

Le coup des trente mètres de la proue à la poupe, c’est dans le cas de la barge royale.

 

Pour les bateaux mystiques que l’on voit, attachés à un câble, ils doivent faire une vingtaine de centimètres, trente, tout au plus, sont dorés sur plusieurs épaisseurs, comme tout ce qui est sacré, chez les bouddhistes, et ont un réceptacle en leur milieu.

 

Ces bateaux montent et descendent le long du câble pour aller jusqu’à une niche située bien haut sur le stupa, et dans laquelle se trouve une petite statue du Bouddha, petite statue particulièrement vénérée dans la région ou, tout simplement, dans le temple où la statuette se trouve. Une ou plusieurs fois par jour, un bonze fait monter le bateau, chargé en son milieu d’eau lustrale, le long du câble auquel il est attaché. Quand il est arrivé au bout de son périple, le bateau se renverse grâce à un ingénieux mécanisme et asperge la statue du Bouddha de l’eau dont on l’avait chargé, en manière de bénédiction. Il redescend alors. Ensuite, cérémonie de gratification de la statue terminée, la personne qui demandait l’honneur d’offrir une bénédiction de la statue reçoit, du bonze attitré, une bénédiction de retour, qui lui accorde certainement quelques mérites supplémentaires grâce auxquels il gagnera plus facilement à la loterie. Enfin, tout le monde se sépare enchanté l’un de l’autre.

 

En Birmanie, c’est différent – du moins, à la Shwedagon. Dans le domaine de la religion, on n’aime pas faire les choses à moitié, ici. De ce fait, si le petit bateau est doré comme ailleurs, si le câble ressemble à tout câble digne de ce nom et si ce dernier est bien accroché au stupa, les choses changent ensuite.

 

Au sommet du stupa utilisé à cet effet – ce n’est pas le stupa central, gigantesque et inaccessible – il y a, c’est exact, une petite niche. Elle est, cependant, plus grande que les niches que l’on peut voir ailleurs car, la journée durant, outre la statuette vénérée, il y a deux bonzes qui y sont tapis, attendant l’arrivée régulière du navire. En effet, à la Shwedagon, on fait la queue devant ce bateau, car chacun veut y aller de son offrande.

Shw14

 

Dans le bateau, dont on a retiré le toit, on pose un verre d’eau lustrale, quelques fleurs, un billet de banque – le montant importe peu ; j’ai vu des gens manifestement pauvres y mettre cinq cents kyats ; même pas un demi-dollar – et une lettre au Bouddha et aux dieux du panthéon populaire, mélangeant prières, compliments et requètes. On prie le généreux donateur de ne pas écrire plus d’une page : il y a des gens qui attendent derrière lui…

 

Une fois eau, fleurs, billet et message empilés dans le bateau, on lui ré-emboite son toit et le préposé souque de toutes ses forces pour faire grimper le bateau le long du câble, alors que le bonze le bénit dans son voyage lointain et que les donataires le suivent d’un œil inquiet. Bientôt, accompagné des prières de tous, il arrive à auteur de la niche. Une main sort, attachée à un bras, et aide le navire sur les derniers centimètres.

 

Dans cette niche, où il fait une chaleur suffocante, à chaque arrivée du bateau, c’est maintenant au tour des bonzes qui se trouvent là d’agir : ils déboîtent le toit, dans le petit bateau, prennent le verre d’eau, le boivent… Non, je plaisante : ils le versent sur la statuette, avec les prières d’usage. Ils prennent ensuite les fleurs qu’ils empilent sur celles qui se trouvent déjà devant la même statuette ; ils prennent l’argent qui est empilé dans une musette. Celui qui est le plus près de la lumière prend la lettre, la lit mezzo voce à l’idole, puis les deux bonzes accompagnent les souhaits du donateur de leur prière à eux, et rangent la lettre dans une deuxième musette. Quand c’est fini, ils font signe ; le bateau peut redescendre et bientôt faire un nouveau voyage. Le donataire est heureux, il donne la pièce au tireur de bateau, afin de le remercier de ses efforts, il s’incline bien bas devant le bonze chargé du départ, et ce dernier le bénit une dernière fois, alors qu’il va s’éloigner. Un nouveau donataire se détache de la queue et entame les préparatifs de son offrande.

 

Il y a toujours une queue, pour cette offrande bien spéciale, au cours de laquelle le donataire voit littéralement ses prières monter au ciel. Pour éviter que les deux bonzes tapis en haut meurent d’inanition, on les change deux fois sur la journée, et ils montent avec une réserve d’eau.

 

19:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/06/2007

La plus belle pagode du monde

Aller à la Shwedagon, c’est facile. On sort du guesthouse, on remercie les taxis pour leur aimable offre, ou on l’accepte et ça vous coûte deux mille kyats. Si on a dit qu’on marchait, on marche, donc, le long de la rue Aniwratha qui va d’Est en Ouest. Une fois le Aung San market passé, bien endormi, à cette heure, on tourne à droite dans une avenue  qui s’appelle justement la Shwadagon Pagoda Road, ce qui aide à se situer. C’est une route, en fait, le long de laquelle sont installés des bâtiments parfois officiels, parfois privés, décatis mais toujours majestueux, au vu de leur taille et de leur style, usuellement façon vieux colonial. Des voitures vous dépassent, à leur vitesse. Comme il n’y a pas de trottoir, on se range soigneusement, à tout hasard, vu la manière parfois étonnante dont la ligne droite est respectée par le conducteur asiatique. Le problème est que, dans le coteau herbeux qui borde la route, il y a parfois des serpents.

 

nun2On arrive à un gros rond-point, auquel on tourne à droite (on aurait pu tourner tout droit, mais c’est plus joli par là), on prend encore une petite rue sur la gauche, qui sinue bien tranquillement, en vous reconduisant vers le nord, et soudain, à la fin d’un dernier tournant du chemin, devant vos yeux éblouis, apparaît, dans la distance, l’énorme stupa doré de la Shwedagon, précédé de deux lions blancs à la crinière dorée qui la protègent, de toute la hauteur de leurs quinze-vingt mètres et de leurs crocs soigneusement soulignés de blanc pepsodent, qui encadrent une langue rose et pointue.

 

Shw1

 

 

Ah oui, en Birmanie, il faut aimer la couleur.

 

Avant d’arriver à la grande pagode, on peut encore remarquer, et visiter, sur la droite, une annexe avec un stupa doré, lui aussi, et des lions aussi, moins impressionnants que ceux de la Shwedagon, mais quand même. On peut s’y promener et y nourrir des poissons qui n’attendent que vous. Des dames sont là, avec la nourriture idoine, vendue pour une somme dérisoire.

 

Ca amuse les enfants, pourquoi les priver…

 

Quand je décide de m’y arrêter, j’achète deux sachets, les gosses s’attroupent autour de moi, pour voir les poissons, et je leur refile les deux sachets, que je parviens à plus ou moins également répartir dans les petites mains avides qui m’entourent. J’ai droit à d’immenses sourires et à des thank you plus ou moins bien prononcés, mais venant du fond du cœur.

 

Usuellement, tout comme à Shwedagon, un aimable cicérone risque de vous sauter sur le poil à l’entrée, et vous présenter l’endroit. Si vous acceptez sa présence, ça vous en coûtera un millier de kyats et, ma foi, ça les vaut. En effet, monsieur vous fera ouvrir les portes qui restent usuellement fermées quand ce n’est pas l’heure, et que vous êtes arrivé à la mauvaise heure, ou qui restent usuellement fermées si on ne parle pas birman.

 

Ensuite, quelques pas plus loin, il y a donc l’immense Shwedagon. On ne sait pas, de l’extérieur, sur quel monstre on tombe. Vue de dehors, quand Shw2on arrive aux grilles, les deux lions qui protègent la pagode pourraient laisser imaginer que l’intérieur sera gigantesque, digne des dessins de Piranèse, mais il faut pour cela beaucoup d’imagination. D’abord une majestueuse volée d’escaliers, bordés, des deux côtés, d’échoppes saint sulpiciennes – si j’ose dire. Tout le monde s’y arrête, des nonnes et des moinillons, pour y acheter des œuvres pies alors qu’ils sortent de la pagode, aux fidèles venus se ravitailler en bâtonnets d’encens et autres offrandes, alors qu’ils y arrivent.

 

Les propriétaires sont assis, à attendre le chaland, sur de petits sièges en plastique qui rappellent les tabourets d’enfants. Assez curieusement, ce sont ces même tabourets qui sont utilisés dans les bistrots de jour, en pleine ville. J’imagine que la tradition faisait que l’on se réunissait, ou que l’on déjeunait, dans le bon vieux temps, accroupis. De ce fait, le confort apporté par les tabourets n’éloigne pas des bonnes vieilles habitudes.

Restaurant

 

 

NunsQuoiqu’il en soit, alors qu’on monte, la première fois, cette bonne cent cinquantaine de mètre de galerie commerciale – il faut appeler les choses par leur nom – longée de ses deux côtés de statuettes de Bouddha, de magasins de fleurs, de débitants d’encens, de casseurs de billets, de fabricants de fleurs d’argent, de libraires religieux – qui vendent aussi, il est vrai, des guides de conversation birman-anglais – ou de vendeurs de boisson, on ne peut imaginer le choc qui va être le notre, quand , après avoir été arrêté par les préposés qui harponnent les étrangers, pour leur faire payer cinq dollars, et après avoir payé ces fameux cinq dollars, on sortira à la lumière, qu’on contournera la chapelle qui bloque la vue et qu’on se trouvera alors devant une forêt de clochetons dorés, dominés par un immense stupa.

 

Les colons Anglais, quand ils visitaient le pays, disaient, en allongeant le nez, qu’il y avait davantage d’or sur le stupa de la Shwedagon que dans les coffres de la banque d’Angleterre. C’était sans doute un tantinet exagéré. Cela nous montre simplement l’avarice bien connue de nos amis Anglais qui n’hésitaient jamais à piller quand ils le pouvaient. Dans ce cas, aller racler l’or sur le stupa de la Shwedagon, c’était la certitude d’une explosion de tout le Sud Est Asiatique, et les Anglais avaient donc du, avec bien des regrets, dominer leur esprit de rapine et regarder ailleurs.

 

Shw13Il est vrai que, quand on arrive un jour ensoleillé sur l’immense anneau qui entoure le cœur de la pagode – immense anneau lui-même encadré de temples, de chapelles, de clochetons, de salles de prière, on est assommé. Jamais on aurait pu imaginer qu’un jour on verrait une telle débauche d’or, de richesse et de couleurs. On est écrasé sous les statues, les lambris, les cloches sacrées et les stupas blancs et dorés. Des tours et des bâtiments de tout style – c’est ici birman, là indien, là encore, cambodgien, ou chinois – attirent l’œil. On ne sait plus où donner de l’œil. Chaque fois que je vais à la Shwedagon, j’y passe la journée, pour tout y voir, tout y admirer, tout y savourer. Les diseurs de bonne aventure, tôt ou tard, remarquent ce farang qui fait trois, quatre fois le tour, toujours l’œil émerveillé et m’adressent parfois la parole – cette fois, pas pour essayer de me vendre mon horoscope.

 

MaidenLa Shwedagon, c’est aussi l’endroit où, le dimanche, tout le monde vient passer la journée, en famille, avec un pique nique, ou passer une heure entre copains. Les gens vous adressent facilement la parole, quand ils ont remarqué que vous n’étiez pas pressé, et que le contact, avec vous, était possible. Les parents vous demandent de prendre une photo de la petite, pour la distraire et pour se faire plaisir eux même. Des étudiants qui se photographient les uns les autres vous demandent de faire partie de la photo de groupe, pour montrer aux copains qu’ils ont causé avec un étranger. Je photographie de retour, bien entendu, quand l'étudiante qui m'a prié de poser, afin de prendre une photo qui fera bisquer les copines, est jolie.

 

Rencontrer un étranger et avoir l’occasion de lui causer, c’est encore, ici, au Myanmar, quelque chose d’inhabituel. Même à Rangoon. Certainement moins dans les pagodes, et surtout dans la Shedagon, quand même...

 

Et puis, enfin, les yeux fatigués d’avoir tant mangé de lumière et d’images, je vais vers la sortie et me laisse harponner par un taxi. Oui, à mon hôtel. Je discute le prix avec le sourire, et hop là, on y va.

18:53 Écrit par PGå dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

12/06/2007

Passage devant la maison de celle dont on ne peut dire le nom

Le soir au guesthouse, il y a des tables en terrasse, et des moustiques qui vont avec. On se couvre de répulsif et on va prendre une bière, à une table qu’il faut partager avec les autres clients de l’hôtel.

 

Je me trouve ainsi avec des Italiens qui se plaignent de tout. Arrivés depuis deux jours à Rangoon, ils sont horrifiés de la misère, de l’électricité Pavementqui marche ou qui ne marche pas, des taches qui maculent les trottoirs, rapport aux crachats de bétel, des trottoirs, de la nourriture locale, des taxis vieillots, des moustiques, de la clim’ bruyante de leur chambre, de la bière locale, des gens qui ne parlent pas tous l’italien. Il faut dire qu’avec leur anglais, ils sont mal barrés… Heureusement, ils partent vite se réfugier dans leur sordide galetas, vu qu’un moustique vise tout particulièrement la demoiselle au long nez, pendant qu’un autre semblerait s’occuper avec dilection de son camarade à la barbe irrégulièrement plantée, et destinée probablement à cacher son acné. Ils sont remplacés par un couple de Serbes. Monsieur doit faire catcheur, comme métier, et Madame rappelle les barriques de Bourgogne. Avec davantage de poils. Enfin, ils ne sont pas méchants et bavardent tranquillement ensemble après s’être aimablement présentés.

 

Bien entendu, c'est vrai, quand j'y pense, que les trottoirs sont dans un état épouvantable. Mais, en tant que bruxellois d'origine, j'y suis habitué.

 

J’ai bientôt fini de siroter ma bière et décide que l’heure passée à la terrasse de l’hôtel est déjà une heure de trop. J’étais rentré alors que la pénombre tombait, le temps de prendre une douche, c’était la terrasse, par paresse. Le temps de finir la bière, je retourne vers le Myanmar et abandonne résolument l’international.

 

Les bistrots de Rangoon sont tous équipés de télé, pour les bistrots satellites, et de musique bruyante, pour les bistrots centraux, pas trop éloignés de la Sule, mais assez quand même pour qu’on ait pas à entendre le sempiternel récitant de la pagode, qui parle donc de manière ininterrompue, de quatre heures du matin jusque vers minuit. Les deux ont leur charme mais, le soir, vu que les rues de la ville ne sont pas exactement inondées de lumière, pour aller jusqu’au centre, il est préférable de prendre le taxi. Sinon, il y a les bistrots périphériques - satellites, disais-je – où la télévision, invariablement branchée sur les chaînes de sport, nous montre des matchs de fouteballe entre équipes italiennes, anglaises ou allemandes.

 

La télé étrangère… Ca aussi, c’est un gros changement par rapport au bon vieux temps. Jusqu’il y a deux ans – date de mon dernier passage à Rangoon, et dans les villes avec électricité, télévision et eau courante – il y avait trois chaînes nationales. La première était dirigée par le ministère de l’intérieur ; la deuxième était tenue par l’armée ; la troisième était celle de la police. Elles ne montraient que les nouvelles, des matchs de foot entre équipe locales, et des émissions de chansons populaires et traditionnelles locales. Pour les nouvelles, ça pouvait durer. Ainsi, l’inauguration d’un pont ou d’un gué en présence d’un responsable de la junte – évènement presque quotidien – donnait lieu à une émission spéciale de deux bonnes heures avec zoom et travellings sur le pont, ou sur la manière dont les voitures passaient le gué sans risque, zoom et travellings sur le drapeau, sur les officiels, sur les saluts militaires, sur le défilé de la troupe, le tout entrecoupé de l’hymne national aux premières notes duquel chacun, dans la pièce, devait se lever. La visite d’un général à une réunion d’éleveurs de poulets, ou le discours d’un colonel à des étudiantes infirmières produisait le même genre de programme.

 

C’était, pour tout dire, assez ennuyeux, mais comme c’était ça ou rien, les Birmans souffraient leur mal en patience, avec l’espoir de voir finalement un match de foot un peu agréable, entre le FC Mandalay et le SC Yangon. Pour le niveau du foot, ça devait rappeler les diables rouges.

 

AntennasCes trois chaînes existent toujours et sont les seules autorisées à présenter les nouvelles. En effet, si les bâtiments d’habitation sont couverts d’une forêt d’antennes paraboliques, ces antennes sont aptes à recevoir exclusivement des chaînes sportives. Quant aux trois chaînes d’état, elles sont toujours les seules à pouvoir présenter les nouvelles, d’une manière qui n’a guère changé.

 

Il me semble qu’à Yangon, on ne les regarde plus.

 

PooobCe soir, je n’ai pas trop envie de me déplacer. Les bistrots du coin sont sympathiques. Ils feront très bien l’affaire. J’arrive devant l’un deux, m’affale sur une chaise en plastique, regarde d’un œil distrait le match qui est l’objet de toutes les attentions en ce moment : Milan contre je ne sais qui. Monsieur le serveur vient et je lui demande une bière. A côté de la terrasse se trouve une cantine de rue, avec des choses qui ne sentent pas trop mauvais. Le Myanmar est parfait en tout, sauf dans sa cuisine. C’est le seul pays du Sud Est Asiatique où je n’ai jamais bien mangé. Il m’est arrivé, certes, de sortir de table sans avoir eu le sentiment d’avoir été empoisonné, mais jamais, jamais, jamais je n’y eu ces éblouissement culinaires qu’on peut avoir en Inde, au Bangladesh, en Thaïlande, au Laos ou en Chine – tous cinq, frontaliers au Myanmar.

 

Comprends pas.

 

Enfin, quoiqu’il en soit, la journée a été longue, et j’ai un creux. Mon habitude est de faire local, je prendrai donc local. Les parfums qui se dégagent de la popote, sans être transcendants, me font espérer que je pourrai me nourrir sans danger. Hop là, je commande le curry de Madame. Elle me sourit de toutes ses dents, rougies par le bétel, et me sert une platée de son frichti. Je m’y aventure et comme, au tout dernier instant, j’ai reconnu dans l’une des  casseroles dans lesquelles elle va chercher un petit quelque chose pour composer son assiette, l’infâme épinard qu’on laisse surir jusqu’au moment où son parfum rappelle celui du crottin de cheval, je l’arrête du geste avant qu’elle commette l’irréparable. Pour le goût, c’est infect, mais je ne puis le comparer à celui du crottin, car je n’en ai – à mon souvenir, du moins – jamais mangé.

 

Du crottin de cheval, je veux dire.

 

Quoiqu’il en soit, on ne mange pas deux fois volontairement de l’épinard birman macéré. Là, l’ayant vu à temps, je parviens à le bannir de mon assiette, ce qui rendra le repas certainement plus acceptable. Et, en effet, l’ensemble est comestible.

 

Alors que je suis en train de m’escrimer avec fourchette et cuillère, mon regard effleure le sol, entre la terrasse et le bar : passent un rat, puis un autre. Ca, ça reste la plaie du coin. Les locaux, captivés par le match, ne les remarquent même plus.

 

Passent aussi les moinillons.

 

Monk

 

Aujourd’hui, j’ai bien marché à travers la ville, puis me suis, au cours de l’aprème, offert un trajet en taxi, pour passer dans une rue quelconque, dans laquelle se trouve la maison d’une dame que j’aime bien, prénommée Suu Kyi, qui a été une achtement mignonne poupousse, qui vieillit plutôt bien, à en croire les rares photos que l’on peut obtenir d’elle à ce jour, et qui est pour l’instant assignée à résidence. Le taxi sait parfaitement de qui je parle et où il doit aller, quand je lui demande, mezzo voce, à passer par là. Comme je pourrais être un agent provocateur, nous n’échangerons pas un mot et il ne ralentira pas devant la maison entourée en partie de murs, en partie d’une haie, elle-même protégée par du fil aux barbelés rouillés. Je ne lui ai d’ailleurs rien demandé. Mais je remarque une chose : quand nous nous quitterons, de retour dans le centre, une fois ses trois mille kyats payés, il me serrera la main avant de se retourner brusquement et de rentrer dans sa voiture.

 

Le quartier dans lequel nous arrivons est bourgeois. La rue est quelconque, mal entretenue, comme partout ici, et verte. A ses deux extrémités, il y a un petit poste de police, avec des gens qui font attention à l’endroit où vous vous arrêtez, mais qui ne se font pas d’illusion, quant au trafic qui passe dans la rue en question. Tant qu’on ne fait rien qui soit d’une hostilité trop évidente envers le régime, genre arrêter la voiture et déposer des fleurs devant la grille fermée de la maison qu’on doit faire semblant de ne pas remarquer, ils ferment l’œil.

 

StrawberriesLa journée a été  longue, à trotter sur le pavé yangonien, à admirer les échoppes de tout et de rien. Temps d’aller me coucher, une fois mon repas fini et ma bière terminée. Je paie, remercie et rentre dormir. Demain, ce sera le stop tout simplement obligatoire à la Shwedagon. C’est une marche agréable – sauf sous la pluie, bien entendu – de deux ou trois kilomètres, dans la ville d’abord puis le dernier kilomètre dans un début de quartier vert qui est celui de l’université. Au retour, je prendrai probablement un taxi. Il faut faire marcher le petit commerce…

20:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : promenade |  Facebook |

11/06/2007

Des pagodes de Rangoon

Sule2L’arrivée à la Sule est rendue difficile du fait qu’elle fait le centre d’un rond-point occupé. Bien entendu, le trafic à la sauce Rangoon diminue les risques. Et puis, comme toujours à Rangoon aux endroits où le Grand Planificateur colonial avait prévu des embouteillages, il y a les fameuses passerelles qui permettent de survoler le trafic. Arrivé au bord du rond point, je remercie les vendeurs de mérites, décline leurs offres et monte sur une passerelle, afin d’aller jusqu’à la pagode. A l’entrée, deux gamines m’attendent, l’une pour me vendre un espace pour mes chaussures, qu’elle surveillera pendant ma visite, pendant que l’autre veut absolument me faire acheter des cartes postales. Un petit garçon a des boutons de lotus et des bâtonnets d’encens à me fourguer. Ca, c’est une bonne idée ; va pour les boutons de lotus et les bâtonnets d’encens.

 

J’accepte aussi l’espace surveillé pour mes flips flops, non pas que j’en aie tant besoin que cela, puisque j’ai mon sac. Mais, ma foi, il faut bien aider le petit commerce. Et puis, les flips flops, ici, quand elles viennent de l’étranger, c’est un produit recherché, d’une qualité autrement meilleure que les chaussures issues des usines d’Etat. C’est vrai qu’elles tiendront le mois entier de mon séjour. Je dois quand même, pour tout dire, admettre que, quand je ferai le pèlerinage de Kyaik Hti Yo, je mettrai, pour faire la dizaine de kilomètres sur un sentier qui rappelle davantage les ravines d’un torrent qu’autre chose, les ruines de chaussures de marche que j’ai gardées depuis la promenade chez les Orang-outang, à Sumatra.

 

Et pour tout dire, ce ne sera pas une si bonne idée que cela, tant mon pied s’est habitué à la liberté : au bout de quelques kilomètres, les premières cloches feront leur désagréable apparition. Rien ne vaut, finalement, la flip flop, sauf, peut-être, en Europe, au cours de l’hiver.

 

StupaSuleEnsuite, c’est la promenade habituelle dans la Sule, qui peut être vue comme préparatoire à la Shwedagon. Elle est, comme toute pagode digne de ce nom au Myanmar, pleine de fidèles, du matin au soir. Je n’ai jamais vu un pays aussi densément construit, pour les pagodes. Une fois que nous étions à nous promener, dans une région littéralement déserte, pour aller voir Aye Aye, je ne pouvais compter moins de cinq pagodes par collines. Et il y a des gens pour toutes les fréquenter car, en effet, vous pouvez rentrer dans la pagode la plus solitaire, bâtie dans un endroit où il vous semble qu’il n’y a pas une âme à vingt kilomètres à la ronde : pas une seule n’est laissée à l’abandon.

 

 

 

 

 

 

JeudiIci, devant chacun des dieux représentant votre jour de naissance, il y a des gens qui arrosent leur dieu du jour, et qui lui font une petite offrande. Avant, ils tapent d’un solide coup de maillet sur la cloche placée au côté de la statue à honorer, afin d’attirer son attention.

 

La pratique religieuse bouddhiste est, comme toujours, chez le petit peuple, teintée d’un esprit épicier : je donne quelque chose aux dieux, ils me donnent quelque chose en retour. C’est ainsi que, en Thaïlande, j’ai vu, plus d’une fois, deux pas derrière des gens qui à s’acquérir des mérites, à coup d’offre de bâtonnets d’encens et de fruits frais devant la statue d’un démon on ne peut plus sympathique, une vendeuse de billets de loterie. Puisque ces gens avaient gagnés des mérites, ils avaient aussi gagné la bienveillance des dieux, la chance était avec eux et, sans le moindre doute, ils en profiteraient pour s’acheter un billet de loterie. Le calcul de la vendeuse se révélait usuellement judicieux et, effectivement, à peine les prières terminées, les membres de la famille se redressaient, se retournaient et se précipitaient sur le tableau des billets de loterie, certains d’avoir la main heureuse et de gagner le gros lot.

 

BellIci, donc, les prières sont destinées à obtenir la certitude d’une bonne santé, d’un boulot qui nourrira la famille, de brillants résultats aux examens, que sais-je… A côté de leurs parents, les enfants accomplissent les simagrées sacrées, faisant sourire les adultes.

 

 

Aussi, il y a des cérémonies du don, avec un bonze qui surveille les offrandes pendant qu’un séide les prend des mains des fidèles. Il les donationsprésente devant le bonze qui les bénit, puis bénit le présent qui est ensuite placé quelque part sur l’idole, ou à ses côtés. Un deuxième séide, équipé d’un micro et d’un haut parleur, décrit les présents, remercie à haute voix les généreux donateurs, tape un bon coup sur une cymbale pour attirer l’attention de la divinité. Le soir, on débarrasse l’idole des billets de banque dont elle est couverte, on reprend les fruits qui seront donnés aux pauvres, on place les fleurs autour du stupa.

 

 

 

Bouddha birmanEnsuite, c’est le tour habituel – normalement, dans le sens des aiguilles d’une montre, mais les birmans ne sont pas chiens et laissent faire dans les deux sens – afin d’admirer les dorures et les fioritures qui font l’art religieux birman. Ici et là, des statues du Bouddha, des têtes ovoïdes de Dieu sait qui, les petites faïences des divinités quotidiennes, dominées par un haut stupa recouvert d’or. Une cérémonie a lieu, avec des nonnes qui, ici, sont habillées de voiles rose et pêche du plus bel effet.

 

 

nuns3

 

Il y a ainsi quelques jolies pagodes, dans Rangoon, dont une autre à deux pas du port, qui sont des mises en bouche à Shwedagon. Pour certaines, on un préposé vous demande un dollar ou deux ; pour d’autres, comme celle de Sule, c’est gratuit.

 

Sauf le pillage organisé par les fillettes qui ont toutes quelque chose d’essentiel à vous proposer, bien entendu.

 

A dire en faveur des pagodes payantes, le préposé est toujours prêt à rendre service et, pour les deux dollars qu’il est supposé vous prendre, contre un reçu qui l’empêche de faire son beurre à lui, il se coupe en quatre pour vous aider. Il vous gardera vos chaussures dans sa petite cahute, votre sac, si vous voulez, tout cela pour vous demander à la fin si vous voulez bien le prendre en photo. Quand vous êtes vraiment sympa, vous repassez un peu plus tard, après avoir fait imprimer la photo sur laquelle il se trouve, fièrement redressé devant son bureau. Vous vous serez fait un ami pour la vie.

 

Sule est, finalement, adorable, mais il faut disposer de munitions à l’entrée : j’ai acheté à l’entrée mes bâtonnets d’encens et mes fleurs de lotus, ce qui m’a permis d’avoir un peu de petite monnaie – ou, plus précisément, de petits billets, que je pourrai distribuer dans les nombreuses boites de donation qui se trouvent devant chaque idole. Il existe des magasins de change dans lesquels vous allez avec vos billets de mille kyats, et où on vous en rend neuf cents, en coupures minuscules de cinquante, de vingt, de dix kyats, qui vous permettent, avec l’équivalent d’un dollar, de faire un don chaque fois qu’une boite se trouve devant vous. Ainsi, vous multipliez les mérites.

23:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

Vers la Sule

Il faut vraiment arriver au centre de la ville pour que l’atmosphère provinciale de Rangoon change, que des voitures étouffent littéralement les rues et que les hello joyeux des gosses, des grands, des petits, des messieurs en longyi et des dames en tenue modeste se transforment en hello intéressés – mais exclusivement d’hommes en longyi. Alors que je suis à deux blocs de la Sula, et que le chant monotone d’un bonze qui récite je ne sais quel texte religieux commence à se faire entendre, j’ai mes premiers messieurs qui me saluent, me demandent d’où je viens, quand je réponds, et me proposent aussitôt, leur question posée, de me changer des sous à un tarif on ne peut plus avantageux. On dit oui, ou on dit non.

 

Si on a besoin de changer des sous, on peut dire oui, bien entendu, tant que le taux de change reste dans la logique. Si on se met à vous offrir nettement mieux que d’habitude, vous pouvez être certain que l’endroit où vous aurez à changer vos sous ne sera pas dans la boutique juste en face, au vu et au su de tous, mais dans un endroit qui se trouve loin et où vous pourriez rentrer avec des dollars, votre appareil photo et une paire de lunettes à la mode, et ressortir en caleçons, avec une belle bosse sur l'occiput.

 

Pour l’instant je n’ai besoin de rien, donc je décline avec le sourire. Bientôt, je suis au grand carrefour au bout duquel la Sule se dresse. La récitation des textes sacrés couvre presque le bruit du trafic. Paresseusement, je fais le tour, baguenaudant, allant plus loin que nécessaire, déclinant encore et toujours les offres de services en ce qui concerne du change – et, cela est nouveau, des propositions pour des filles. Quoique, à mon opinion, même le visage couvert de tanaka, les jeunes filles birmanes puissent être d’une rare beauté, je décline.

fairmaiden

 A dire en faveur de Rangoon, et du  reste du Myanmar, je n’aurai en tout et pour tout, au cours de ce séjour, que deux ouvertures dans ce domaine, qu’on se contentera de me proposer des filles, qu’on insistera pas et que, les dieux en soient remerciés, on n’essaiera pas de me refiler, une fois que j’ai dit non aux jolies grandes jeunes filles qu’on me proposait, des petites filles ou des petits garçons. Ca nous change agréablement de Hat Yai.

 

SideParti cinq ou six blocs trop loin, je tourne et me promène par les petites rues – encore très monumentales, héritières des planificateurs coloniaux de l’avant guerre – pour aller jusqu’à la prochaine avenue, afin d’aller enfin jusqu’à la Sule.

 

J’arrive ainsi à l’un de ces grands carrefours, équipés de passerelles qui permettent de traverser les rues sans devoir jouer au poulet sur la route. Les ingénieurs qui prévoyaient la ville, dans les années trente, imaginaient visiblement que Rangoon deviendrait un centre trépidant. Il l’est, en un sens, et le trafic y est dense. Les voitures et les bus y sont, simplement, antédiluviens et leurs accélérations sont risibles : aucun danger de se faire tuer par une voiture, dans le centre ville. Sauf pour un paralysé, peut-être. Enfin, tout le monde passe dans la rue entre les voitures qui se traînent et qui parfois klaxonnent, et le trop plein passe sur les passerelles. Les côtés des escaliers sont utilisés comme étals. Enfin, sur les côtés des escaliers, il y a des mouchoirs sur lesquels des marchandises sont présentée à la convoitise du chaland. On y vend des babioles qui vont de la cigarette débitée à la pièce à des briquets, des chouine-gommes  ou des babioles destinées à vous protéger du mauvais sort. Entre les étals, des mendiants qui ne tendent pas la main, mais plutôt laissent devant eux un petit pot Beteldans lequel on laisse tomber un billet, histoire de s’acquérir des mérites. Ces mendiants aux petits pots, ces étals fait d’un mouchoir au sol ou, quand le vendeur est riche, d’une table sur laquelle on a étalé un bout de tissu pour faire joli, on les retrouve le long de toutes les rues. Les vendeurs, les mendiants attendent, tout en crachant leur salive qu’ils polluent à mâcher du bétel.

 

Près des pagodes, on trouve des petits métiers particuliers : on a des vendeuses de graines pour les oiseaux, ou des offreurs de liberté pour zoziaux. J’ai ainsi vu, un jour, à Mandalay, devant un temple quelconque, une dame qui vous vendait – pour les libérer, bien entendu – de minuscule chouettes. Les pauvrettes vous regardaient, de leurs grands yeux inquiets et ronds. Ca faisait mal mais, un beau jour, quand vous voyagez dans les pays où les gens sont pauvres et attendent de votre part la solution financière à leurs problèmes, votre cœur doit se fermer, même pour les chouettes naines.

 

MonkEnfin, je monte sur la passerelle et prends, dans la distance, une photo de la pagode Sule, puis redescend à la suite d’un bonze qui se protège du soleil avec son éventail, et m’en vais vers elle. Sur ma gauche, c’est le quartier des imprimeurs. Le long de la rue, accrochés à leur table de bois, il y a de petits rabatteurs qui vous proposent, pour une somme ridicule, des cachets.

 

 

 

phoneEt puis, ici et là, des vendeuses de coups de téléphones. En effet, même si, tout comme l’internet, le gouvernement a autorisé récemment les portables sous sa haute surveillance, dans un système national qui n’autorise pas les appels à l’extérieur, il faut remarquer que le téléphone au Myanmar ne marche pas trop bien. Le système de communication date de la fin de la colonie, et s’il marche encore, il commence à boiter. Dans le temps, j’étais allé en Allemagne de l’Est, peu avant la fin des années noires. Le système téléphonique du pays datait de la fin de la guerre et téléphoner de Leipzig à Dresde était une gageure. Il en est de même ici, en plus du fait que la tiède lourdeur ambiante dévore les câbles avec autrement davantage d’agressivité que la fraîcheur grisâtre du climat de l’Europe de l’Est.

 

Et puis, il y a les rats qui donnent souvent un coup de dent, pour savoir si ça se mange, dans les fils, ce qui n’aide pas vraiment le téléphone à bien marcher. Ca tombe bien : le gouvernement n’est jamais trop chaud pour faciliter la communication intérieure. Quant à la communication internationale, les appels doivent être enregistrés. Pour l’internet, il ne connaît pas l’adsl, et ne le connaîtra sans doute pas de longtemps.

10:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : promenade en ville |  Facebook |

09/06/2007

Rangoon, premiers pas

Une chose me surprend aussi, à y repenser. Le guichet des FEC a disparu – et aussi disparues, les trois demoiselles qui offraient de changer des dollars en FEC, ou de leur graisser la patte. Et pourtant, par la suite, je verrai encore des FEC. Etrange…

 

La camionnette arrive, bringuebalante et, avant de la prendre, je pense soudain à demander quel est le nom de l’hôtel qui nous offre ainsi une somptueuse limousine pour la ville. C’est le Motherland Inn, m’est-il répondu. Ah, oui, je me souviens d’un Motherland Inn qui se trouvait à deux pas de la pagode centrale, la Sule Pagoda. De la pagode en question sortent, de six heure du matin jusque vers minuit, un flot de bénédictions électriquement améliorées, qui permettent à chacun de sentir le karma positif du bouddha historique et, à ceux qui auraient aimé dormir, dans leur chambrette, les dangers de la religion.

 

Maintenant, monsieur le rabatteur nous a assuré que si nous n’aimions pas, nous pouvions aller ailleurs, mais je lui demande quand même si le Motherland Inn est bien le Motherland Inn de mes souvenirs. Non ; il y en a un deuxième – c’est celui où nous allons – appelé Motherland Inn II, situé à deux bons kilomètres du centre, vers l’Ouest. Bon, alors, ça devrait aller. C’est un coin de Rangoon que je ne connais aucunement, et on verra bien.

 

Dès que nous quittons l’aéroport – nous sommes quatre étrangers dans le minibus – le Myanmar redevient ce qu’il a toujours été, dans mon souvenir : la route qui conduit vers la ville n’est que bosses et que trous, et nous roulons vers Rangoon, dans une circulation fluide, entourés de voitures dont aucune n’a moins de vingt ans. Pour notre plaisir, le conducteur fait un détour qui lui permet de passer le long de la Schwedagon, puis du lac sur lequel se trouve un restaurant flottant inoubliable. Mes co-voiturés bavent d’émerveillement. Même si je peux jouer au blasé qui connaît tout cela, il m’est difficile de leur donner tort.

 

Quelques minutes plus tard, nous sommes au Motherland Inn numéro 2, celui qui n’est pas à portée de hurlements des microphones de la pagode Sule. Quatre jeunes filles délicieuses, souriantes au possible  et plâtrées de tanaka nous reçoivent avec une amabilité qui fait chaud au cœur, pendant que deux jeunots destinés au service sortent nos bagages de la camionnette. Les papiers sont rapidement remplis à la réception, La chambre qu’on me propose est parfaite, climatisée, équipée d’une salle de douche qui ferait pleurer d’émotion tant elle est propre, si ce n’est que j’y trouve… une ceinture bourrée d’argent, oubliée par le client précédent. Manifestement, le nettoyage entre deux personnes ne s’intéresse pas au détail. Il faut dire que la ceinture en question était pendue en hauteur.

 

Je redescends de ma chambre jusqu’à la réception, la ceinture à la main, pour signaler l’affaire. Les quatre demoiselles pépient ensemble de manière paniquarde, avant d’en arriver à la conclusion que le client qui m’a précédé est parti ce matin vers le Nord, sans donner d’adresse particulière. Tout ce qu’elles peuvent faire, c’est garder bien précieusement la ceinture, avec l’espoir que Môssieur reviendra prochainement.

 

Cette affaire terminée, je retourne dans ma chambre et prends une douche rapide, le temps étant lourd par ici, avant de sortir pour aller vers le centre ville, revoir la Sule. Quelques taxis m’attendent devant le guesthouse. Non, merci messieurs, j’aime marcher.

Taxi

 

Rangoon a une population incroyablement attachante. Tous ces gens aiment établir le contact avec l’étranger, tant cela leur est interdit, et le sourire qui vous accueille est réel, littéralement affectueux, vrai. Sur cent mètres que vous ferez, vous serez dix fois abordé d’un hello, d’un where are you from, qui ne demande comme réponse qu’un sourire de votre part, idéalement accompagné d’un hello de retour. Bien entendu, quand vous arrivez dans le centre ville, l’intention devient plus commerciale, puisque vous êtes nécessairement le propriétaire de dollars que chaque commerçant est prêt à vous changer à un taux avantageux.

 

Mais, d’abord et avant tout, les birmans recherchent le plaisir d’une communication extérieure, qui leur permet de croire qu’ils échappent à la lourde censure intérieure. On voit ainsi, d’une manière naïve peut-être, les journaux écrits en birman, en pâli, comme on dit, et dont le titre est nécessairement écrit en anglais, histoire d’imaginer que ça se passe ailleurs.

News

 

HousesToute la ville est délabrée et, pour pallier au manque de sonnettes aux portes des immeubles d’habitations, il y a des fils auxquels sont accrochées des clochettes ainsi que de petits paniers en plastique. Le matin, le laitier passe et dépose une bouteille dans les paniers en question. Ensuite, il secoue la cordelette à laquelle le panier est accroché. Au quatrième étage, une sonnerie retentit, une tête sort par-dessus la terrasse, le panier monte et redescend avec la somme attendue.

 

Quand ce n’est pas le laitier, c’est un gosse en uniforme qui secoue d’un geste mâle la cordelette, afin d’appeler un ami à le joindre sur le chemin de l’école.

 

Une autre chose extraordinaire, alors que je marche le long de l’avenue, vers le centre ville : il y a maintenant des cybercafés. Depuis quelques mois, le gouvernement a autorisé l’internet.

23:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

08/06/2007

Vous atterrissez à Rangoon, veuillez retarder votre montre de cinquante ans...

Deux heures plus tard, nous nous posons sur la piste de l’aéroport national de Yangon. A mon dernier voyage, encore, l’avion s’arrêtait devant un bâtiment qui rappelait les aéroports d’avant guerre, dans les pays reculés, ou encore les gentilhommières qui faisaient l’ornement des états du Sud des Etats Unis : une bâtisse bourgeoise au toit de tôle ondulée rouge imitant la tuile, avec deux ailes – c’était bien vu, pour un aéroport – bien suffisante pour les trois ou quatre avions qui passaient chaque jour, venant de l’étranger et y retournant. L’une des deux ailes était réservée au trafic international, l’autre, au trafic national. Là aussi, on parlait de trois ou quatre vols par jour, à tout casser.

 

L’aéroport avait été inauguré en 1958 et rien n’y avait été modifié depuis, hormis le minuscule tableau des départs, placé au dessus des deux guichets du check in, tableau aux points luminescents qui faisaient moderne. Le tableau indiquait tous les vols de la journée, nationaux et internationaux, ce qui ne permettait pas de le remplir totalement. Le style de la décoration intérieure rappelait, de manière troublante, tout ce qui a fait le modern-style de l’après guerre. De ce fait, à l’atterrissage, en venant de Bangkok, on devait non seulement retarder sa montre d’une demi-heure pour s’adapter à l’heure locale mais, de plus, dans sa tête, on devait retourner cinquante ans en arrière.

 

On sortait de l’avion, une fois qu’un escalier roulant, poussé par quatre ouvriers sous la direction d’un chef d’équipe, avait été disposé devant la porte idoine. Au bout d’une petite cinquantaine de mètres, on entrait dans la villa au toit rouge et on était reçu par une équipe médicale qui vérifiait si on était pas malade, puis on passait le contrôle des passeports, puis celui des bagages pour, enfin, se retrouver devant le comptoir de change officiel.

 

Là, trois jeunes femmes vous recevaient, le sourire aux lèvres, et changeaient la somme de deux cents dollars américains en FEC, en Foreign Exchange Certificates – une monnaie qui rappelait les billets de monopoly, et qui pouvait être utilisée pour payer les hôtels, les divers magasins d’état, les sites touristiques. C’était, surtout, une manne certaine destinée à remplir la bourse des militaires qui dirigent le pays.

 

Si on tombait bien, on pouvait s’arranger avec les filles et leur graisser la patte. On glissait vingt dollars dans la main de celle qui parlait pour les deux autres, et on passait, avec le grisant plaisir d’avoir volé les généraux voleurs.

 

Ensuite, on entrait dans la salle des arrivées, où une foule silencieuse de messieurs en longues jupes, qu’on appelle des longyis, attendait le chaland – pour un hôtel déjà réservé, ou pour vous offrir une chambre dans leur hôtel à eux. A peine aviez-vous passé la barrière que quelques personnes vous entretenaient à mi-voix de l’agrément que vous auriez si vous veniez à tel ou tel hôtel, par l’entremise de leur taxi. Ou alors, vous voyiez votre nom écrit sur une pancarte avec deux messieurs tristes qui vous attendaient.

 

Dans la nuit – tous les avions que j’avais pris jusqu’à présent arrivaient immanquablement le soir – vous montiez alors dans un taxi bringuebalant, qui prenait une route cahoteuse, éclairée de temps à autre, jusqu’à une maison dont une lanterne qui irradiait une douce lumière jaune, entourée de moustiques – sauf quand il pleuvait - indiquait qu’elle avait l’électricité. On vous y accueillait dans la pénombre, et vous y trouviez une chambre sise juste à côté du temple de la maison. Dans la salle de bain les cancrelats passaient la nuit et se sauvaient le matin, de toute la vitesse de leurs petites pattes, quand on allait faire pipi. Dans la ville qui semblait déjà endormie, vous alliez vite au lit, et la découverte commençait vraiment le lendemain quand, dans votre rue, vous héliez un taxi, afin d’aller chez un trafiquant de devise, pour y changer vos dollars.

 

L’avion, arrivé pile poil à l’heure, s’arrête devant un bâtiment nouveau, cubique, qui est le terminal ultramoderne de l’aéroport de Yangon. Il a été ouvert la semaine précédente, me dit l’hôtesse à laquelle je pose la question, en mettant le pied sur l’escalier qui nous est arrivé, comme avant, poussé par quatre ouvriers, sous supervision d’un chef d’équipe. Et, effectivement, quand on rentre dans le bâtiment, il sent encore le gyproc frais. La poussière de plâtre flotte dans l’air et rend le sol glissant. Nous arrivons devant les bureaux des passeports qui viennent de s’ouvrir, rapport à notre avion qui a atterri, et le passage est plus rapide qu’avant. Il y a, maintenant, des ordinateurs devant chaque employé et il faut croire que ces ordinateurs marchent. Le Myanmar a bien changé, en deux ans.

 

Me voilà bientôt devant le carrousel aux bagages. Jusqu’à présent, les bagages étaient apportés par le personnel jusque dans la salle ad hoc. Un carrousel… et qui tourne dès le premier instant, et sur lequel nos bagages apparaissent bientôt.

 

Alors que nous attendons, un monsieur en longyi vient à moi et me demande si j’ai déjà réservé mon hôtel. Tel n’est pas le cas, vu que, selon la règle immortelle du routard, quand on arrive dans une ville avant midi, on trouve un lit sans difficulté. Oui, ça tombe bien, il a une chambre à me proposer, ainsi qu’à tous les passagers qui souhaiteraient une chambre dans un petit hôtel fort bien, à deux pas du centre ville, pour sept dollars la nuit. Il m’y transportera même, avec la camionnette de l’hôtel.

 

Tope-la.

 

Pendant que nous attendons la camionnette, un vieux monsieur va de l’un à l’autre, pour proposer du change au tarif officieux, sans même faire attention à la possible présence de militaires, ou de policiers. Ca aussi, c’est un solide changement, depuis avant. Je lui donne cent dollars, il me donne une bonne grosse liasse, d'un total de cent vingt mille kyats. Me voilà riche…

 

kyats

23:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/06/2007

Air Asia, de Bangkok à Yangon

A l’étage des départs, de cent mètres en cent mètres, il y a une porte, la A, puis la B, puis la C, puis d’autres encore… devant laquelle on voit de nombreux placards, reprenant le noms des différentes compagnies aériennes qui desservent Bangkok. A chaque porte, ses compagnies. Air Asia, c’est la porte C. A peine descendu du minibus qui nous a déposé à peu près devant la porte, je file vers l’entrée, afin de voir à quoi ressemble le monstre. Et puis, comme j’ai seulement une heure trois quarts d’avance par rapport au vol, je me presse quand même. La première fois, c’est toujours un peu émouvant.

 

La salle de l’enregistrement est tout simplement gigantesque. Comme je n’ai pas envie d’errer à l’aventure, je demande au premier bonhomme en uniforme et casquette où je trouverai le comptoir d’enregistrement de mon vol. La réponse est courtoise, rapide et exacte. Ca, c’est la bouddha attitude. J’ai une petite cinquantaine de mètres supplémentaires à faire pour arriver devant le comptoir où, effectivement, deux bureaux sont ouverts, avec l’indication d’un départ Air Asia vers Rangoon – devenue aujourd’hui, Yangon.

 

Inutile de préciser que je suis grassement en avance et que ce n’est même pas intéressant d’arriver aussi tôt vu que, lors des enregistrements des vols Air Asia, on ne vous donne pas de numéro de place. C’est au dernier instant que, dépendant de la manière dont les passagers se ruent sur la porte d’entrée de l’avion, on trouve la place de ses rêves ou non.

 

Bon, la queue va vite, puisque je suis le seul qui la fait. J’ai toujours eu le vif plaisir de voler vers Rangoon dans des avions à moitié pleins, tout au plus. Mais la dernière fois, Air Asia – ligne low cost, ne volait pas encore vers la Birmanie. Par ailleurs, je n’oublie pas qu’entrer au Myanmar, puisque c’est son nom officiel, n’est pas si facile que cela, et que les visas sont délivrés au compte goutte.

 

Bon, on verra bien.

 

En attendant, je passe à travers les magasins free tax qui sont l’ornement principal de l’aéroport. Ils sont ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre, sept jours par semaine. Les vendeuses et les vendeurs vous lancent des sourires aguicheurs ou des œillades assassines mais, à la différence de la ville, ne vous hèlent pas de l’entrée du magasin. Ca, c’est la classe de l’endroit au caractère international.

 

Toutes les grandes marques du monde sont représentées ici, d’Hermès à Sony, de Lanvin à Longine, de Rolex à Montblanc, ainsi que les grandes marques locales, qui imitent les grands noms sans les imiter – évitant ainsi de tomber sous le coup des règlements qui s’intéressent au droits de la propriété intellectuelle et pourfendent les copies. J’avoue, pour m’habiller en  grandes marques thaïlandaises depuis des années, que la qualité est au rendez-vous, quitte à ce que le choix soit parfois plus difficile – sauf si on aime les couleurs parfois un peu vives. Enfin, je ne suis pas, ce matin, à chercher une affaire, mais plutôt à faire le tour du propriétaire.

 

Subarnabhumi est, je dois l’admettre, bien fait. Même les toilettes, que je cherche dès le premier instant et que, dès que trouvées, je visite rapidement, sont parfaitement correctes, pour ne pas dire luxueuses, et manifestement en quantité adéquates. Le rattrapage a été fait. Bon, je garde mon vague à l’âme, quant au fait que Dong Muang, ce sont tous mes souvenirs, mais je n’ai rien de déplaisant à dire sur son remplaçant. On verra, au retour, dans un mois.

 

Toilette et magasins parcourus, je peux tranquillement me diriger vers la porte devant laquelle un avion flambant neuf, peint de blanc et de rouge, attend les quelques passagers qui vont partir sur Rangoon. Quand j’arrive devant la porte, le check in est commencé, ce qui veut dire qu’après avoir été autorisé à entrer dans l’aéroport, je serai maintenant autorisé à entrer dans la salle d’attente de mon vol. Ah, on peut dire que la sécurité, aussi discrète qu’elle se fasse, est en réalité remarquablement bien faite. Je donne donc mon document de vol, accompagné de mon passeport orné du visa idoine, à deux jeunes filles souriantes qui me gratifient d’un wa, une fois la vérification terminée, et que je prends les escaliers qui me mènent jusqu’aux sièges flambants neufs où j’aurai à traîner une demi-heure encore. Nous sommes un demi avion à attendre, ce qui me semble déjà énorme.

 

Dans le bon vieux temps - jusqu’à il y a deux ans, en fait – il y avait, tout d’abord, trois vols par jour, de Bangkok à Rangoon et, de plus, chacun de ces vols devait transporter, tout au plus, un quart de passagers. Les choses semblent changer. Et de fait, en arrivant à Rangoon, je me rendrai compte que les quatre à cinq rotations internationales d’avant se sont transformées en une bonne dizaine d’arrivées et autant de départs.

 

Quand, donc, le ding dong qui nous appelle a prendre l’avion se fait entendre, je bondis sur mes pieds, suis le premier dans la file, descends le tuyau qui conduit à l’avion, une fois mon ticket montré, salue bien bas les deux gentilles hôtesses vêtues de rouge qui m’attendent à la porte de notre aéronef et file m’installer à la place de mes rêves : l’avant, bien devant l’attaque de l’aile, afin d’avoir la belle vue de l’arrivée à Rangoon – ah, non, à Yangon.

22:44 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/06/2007

D'abord, à Suvarnabhumi

Le nouvel aéroport de Bangkok s’appelle Suvarnabhumi – ce qui est nettement moins facile à retenir, ou à prononcer, que Dong Muang – et, sur photo, est fait tout de ferraille et de béton genre bâtisse ultramoderne et pas terminée.

 

Si on aime le béton, la ferraille et le look pas terminé, c’est pas mal. Sinon, on regrette l’abandon du vieil aéroport de Dong Muang. Je fais partie de ceux qui regrettent Dong Muang, qui a été, il y a cinq ou six ans, ma première porte asiatique.

 

Quand Subarnabhumi a ouvert, il y a quelques mois, je lisais avec amusement, dans les journaux thaïlandais en ligne, la rage des passagers et des utilisateurs de l’aéroport, dans lequel on avait oublié de… placer des toilettes.

 

Enfin bon, je mens un peu. Il y avait des toilettes, mais juste assez pour dire qu’il y en avait. Dans l’immense salle de l’enregistrement des passagers, il y avait un bloc de six trônes pour les hommes, et un bloc de six trônes pour les femmes. Chaque doigt du terminal possédait, lui aussi, ses toilettes – mais on avait fait à l’avare, puisque chacun des doigts, donc, avait un bloc et un seul, une fois pour les hommes, une fois pour les femmes. Enfin, aux arrivées, on avait encore deux blocs comme aux départs. Pour un aéroport destiné à accueillir plus de cinquante millions de passagers annuel, c’était maigre. L’armée est arrivée le jour même de l’inauguration de l’aéroport, avec des camions sur lesquels étaient empilées des toilettes de campagne.

 

Vu les longues queues de dames paniquées qui envahissaient même les toilettes des messieurs, l’urgence était au rendez-vous, en effet. La télévision Indonésienne, toujours pleine de pensées inavouables, de voyeurisme béat et… d’une certaine jalousie envers un pays qui marche sans grand problème, usuellement, s’était fait une joie de montrer, aux nouvelles, des heures de reportage durant, des dames accroupies derrière chaque arbrisseau, chaque buisson fraîchement planté sur les immenses parterres fleuris de l’aéroport, afin de soulager un besoin pressant. Il y avait quelques messieurs aussi, mais c’étaient surtout des dames, derrière les buissons et les arbrisseaux. Les messieurs étaient, quant à eux, attrapés par la caméra du journaliste alors qu’ils étaient, usuellement, en train de faire pipi contre un mur tout neuf du splendide aéroport tout neuf, tout de ferraille et de béton, et au look pas terminé.

 

Dès l’aprème du premier jour d’ouverture, donc, de longues théories de chiottes militaires étaient plantés devant les entrées de deux niveaux de l’aéroport, égayant de bleu pervenche et de jaune canari les irisements argentés et modernistes du bâtiment. Les caméras des journalistes étaient devant les toilettes en question, filmant longuement les queues de passagers – si j’ose dire – qui attendait d’enfin pouvoir aller se soulager. Le film avait été une fois de plus acheté par la télévision indonésienne, afin de pouvoir se moquer du riche voisin du nord. Mais bon, les plaisanteries les meilleures sont les plus courtes, et le public indonésien ne suivait plus trop.

 

A dire en faveur de Subarnabhumi, des politiciens et des ouvriers Thaïlandais, il n’avait pas fallu plus de deux jours supplémentaires pour que la décision soit prise, et mise en œuvre, de bâtir quelques toilettes supplémentaires dans l’aéroport. Les derniers soubresauts indonésiens, concernant le scandale pipi-caca, avait été de montrer, avec des tas de commentaires dédaigneux sur la bande son, je présume, des équipes de maçons en train de rattraper les erreurs de conceptions qu’on collait généreusement sur le dos de l’équipe gouvernementale précédente.

 

Bien entendu, on ne prête qu’aux riches mais, à dire vrai, l’ex premier ministre qui venait de quitter le pouvoir, un peu aidé par les militaires, eux-même téléguidés par le Roi ; l’ex premier ministre, donc, avait assez bien de trucs à se reprocher pour que cette affaire puisse lui être imputée sans qu’on ait l’impression d’une mauvaise foi crasse de la part de la nouvelle équipe.

 

Tout ça pour dire que, quand ce matin là, je me lève aux toutes petites heures, afin de prendre un minibus qui me conduira à Subarnabhumi, je fais attention, à tout hasard, de bien faire pipi, et le reste, pour ne pas me trouver le bec dans l’eau, si j’éprouvais un besoin quelconque à l’aéroport.

 

Je suis arrivé deux jours plus tôt à Bangkok, par les petites routes, et les petites stations de villégiatures. A peine arrivé, je suis passé dans une agence de Kaoh San pour m’arranger un visa pour le Myanmar, me suis ensuite acheté sur internet un billet pour Rangoon. Le vol démarre à huit heures du matin et… il faut être à l’aéroport, idéalement, deux heures plus tôt. Comptons une petite heure pour aller du centre de Bangkok à l’aéroport – c’est ce que tout le monde m’a dit – et une autre petite heure pour me lever, me réveiller, me doucher, faire un double passage sur le trône, rapport à l’aéroport dont je ne sais rien depuis les émissions spécial chiottes vues en Indonésie : debout à cinq heures, donc.  Mon minibus m’attendra sur Kaoh San à cinq heures trente ; à cette heure, le trafic doit être mort : j’arriverai à l’aéroport en trente minutes à tout casser. De plus, quand on demande d’arriver deux heures avant le départ, j’ai tendance à supposer que c’est à l’intention de voyageurs exagérément panicards et d’un transporteur épouvantablement précautionneux. Oh, et puis, vogue la galère.

 

Quand je me lève à cinq heures du matin, donc, après deux ou trois rappels de mon réveil, je file sous la douche, me fais beau et m’habille de frais. A cette heure du jour – ou dirais-je de la nuit ? – il ne fait pas trop lourd et on peut s’habiller sans immédiatement se retrouver en nage.

 

La cuisine de mon guesthouse est fermée. Pas de petit déjeuner à cette heure, je devrai faire sans. Bah, il y aura bien un snack ouvert quand on arrivera à l’aéroport... Je referme ma valisette, remballe mon ordi et descend à pas de loup, sauf les flip-flops que je porte aux pieds et qui claquent sur les marches de l’escalier, jusqu’au rez de chaussée. Le gardien, étendu sur une lit de camp disposé dans la salle à manger, ouvre un œil comateux, se lève, baille, tire une grande clé de sa poche et l’utilise pour défaire le cadenas qui bloque une porte de fer. Elle grince sur ses gonds ; me voilà dehors, dans la ruelle de mon hôtel, chichement éclairée par des réverbères qui pendent de loin en loin.

 

En quelques minutes, je suis à Kaoh San. Il est cinq heures et demie et nous nous retrouvons à trois, attendant le minibus. Il arrive avec un bon quart d’heure de retard, ce qui angoisse profondément mes co-passagers, dont l’avion décolle, tout comme le mien, à huit heures. Je les laisse s’angoisser. Nous démarrons immédiatement. La route est effectivement vide, les feux nous font la grâce de passer au vert alors que nous en approchons et le conducteur nous fait la grâce de traverser les feux rouges, quand il n’y a personne qui arrive. Bref, nous sommes à Subarnabhumi en trente minutes, comme prévu. L’aéroport est toute lumière. Il faut dire que, dans l’aube à peine montante, il a fière allure.

 

http://www.bangkokairportonline.com/

23:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aeroport |  Facebook |

01/06/2007

De retour à Penang

hotelD’Ipoh, où j’ai passé une nuit, dans un guesthouse chinois, situé au dessus d’un restaurant chinois – on irait jusqu’à imaginer que les deux sont en rapport -, je me décide à partir à Georgetown, pour y traîner un jour ou deux, avant de prendre un bus pour la Thaïlande.

 

Ipoh n’avait pas grand-chose à offrir. C’est l’équivalent malais de Marandellas, la ville des collèges et des pensionnats, du bon vieux temps de la Rhodésie. Hors du centre-ville, dans des banlieues vertes, une dizaine d’institutions religieuses, datant de la colonie, proposent aux enfants des élites du pays une formation digne des collèges jésuites de notre enfance. Autours de bâtiments de style néo-classique, usuellement, des jardins immaculés et des terrains de rugby, de fouteballe, de croquet ou de volley, dépendant du sexe éduqué dans l’établissement en question. On voit parfois des gosses qui courent, en tenue de gym, et s’égaillent sur les terrains, sous la direction du professeur idoine.

 

Dans des rues d’un calme olympien, d’un Saint John College à un Sacred Heart Convent, en passant par toutes les possibilités du panthéon chrétien, des façades pompeuses le long desquelles, parfois, une banderole court. Sur cette banderole, l’annonce des derniers résultats nationaux du collège, du couvent, au palmarès du baccalauréat malais, ou bien le nombre de places encore libres, pour la rentrée prochaine. Ou encore, sur toute la largeur de la façade, une devise gravée, en anglais ou en latin, qui chante la gloire de la maison, et pour faire savoir au chaland que c’est ici que les enfants trouveront la réussite sportive et académique. On y entre à dix ou onze ans ; on en sort bachelier, qu’on l’ait voulu ou non, à dix-huit. Ensuite, le monde vous engloutit.

 

birdsLe centre-ville d’Ipoh est, quant à lui, banal et bétonné, usuellement gris et bancal. Partout - nous sommes en terre de culture chinoise - des cages à oiseaux. Les murs des chambres de mon guesthouse étaient badigeonnés de blanc, avec un filet de rouge chinois. C’était sale et charmant. En ville, accolé à la gare, il y a un hôtel chic, du genre quatre étoiles, devant lequel un panneau indique une offre spéciale pour des chambres de jour. Si vous ne passez que quatre heures dans votre chambre, pendant la journée, le prix sera en rapport.

 

Etrange.

offer 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a, ici et là, de belles choses à voir, à Ipoh, ainsi que des boutiques dont l’intitulé vous laisse rêveur. Quelques officines de massage aussi, qui puent le bordel. De très vieilles dames, cigarette au bec et toutes vêtues d’un chemisier léger et de shorts qui leur vont comme un tablier à une vache, hèlent le passant qui se sauve.

 

La gare routière est centrale à la ville, ce qui m’arrange bien quand, après avoir tourné un peu dans le centre, hier soir et ce matin, j’ai décidé qu’il était temps de partir. Pour Butterworth, il y a un bus l’heure, ce qui est bien pratique, et il est climatisé. Je suis seul sur ma banquette. D’Ipoh, le bus va directement à Butterworth, sans étape.

 

Du moins, cette annonce du sans étape, c’est la théorie. Dans la réalité, le bus s’arrête quand même de ci, de là, afin d’embarquer des passagers qui réservent par téléphone, et qui attendent à des points désignés. C’est finalement bien fait.

 

GeorgetownLe terminus du trajet est au port de Butterworth. La gare routière s’y trouve aussi. De là, on va à pied jusqu’au terminal des bacs – une cinquantaine de mètres, à tout casser - pour aller à Georgetown. Du port de Georgetown, ensuite, il faut faire, à tout casser, deux cents mètres pour arriver à mon guesthouse habituel. J’y trouve la chambre qu’il me fallait et je m’installe, les jambes croisées, sur mon lit, à tripoter mon ordinateur, après une bonne douche qui m’a un peu changé les idées. D’ici un jour ou deux, je partirai à Hat Yai. J’ai envie, d’abord, de repasser dans les temples chinois de la ville.

 

Après Hat Yai et son immense Bouddha couché, ce sera Bangkok, puis ailleurs.

21:55 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Photo d'adieu

kina

 

19:20 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/05/2007

Vers Ipoh

Quand le hors-bord à double moteur descend le nez, rapport à la vitesse qui diminue puisque nous entrons dans le port, je peux enfin arrêter de faire le gros dos. J’étais du mauvais côté, celui des rouleaux, bien à l’arrière du bateau et je suis trempé. C’est toujours le problème, quand on est pris comme bon dernier, sur le bateau taxi, et qu’on ne choisit pas sa place.

 

Le bateau manœuvre pour se mettre à quai, les filins sont accrochés, les moteurs s’arrêtent. Nous descendons sur le quai – rectification : nous montons à quai, le navire étant minuscule – et nos bagages nous suivent. Je reprends ma valisette à roulettes et, accompagné des deux Suédoises du Blue Lagoon, suis le petit groupe qui va vers les taxis.

 

Le trajet de Kota Bahru à Kuala Besut était raisonnablement facile et balisé, puisqu’il avait un horaire de bus, et des bus aussi. Le trajet de retour implique une patience d’ange pour qui décide de prendre les bus, aux horaires fantaisistes. Cela explique la présence d’une véritable flotte de taxis devant la jetée.

 

Les deux Suédoises grillées, avec lesquelles j’accomplis le voyage me proposent d’affréter un tacot à trois, ce qui me semble une bonne idée : ça coûte à peine plus cher que le bus, et ça filera comme le vent. Un conducteur, tout fier de sa vieille Toyota multicolore, s’offre à nous conduire à Kota Bahru. Nous convenons du prix, et hop là. Les filles me mettent devant, à la place du mort, se planquent prudemment derrière, une fois les sacs et autres baluchons empilés dans le coffre et vogue la galère.

 

La route n’a pas changé depuis trois jours, toujours droite, longée de buffles mâles tenus à la corde et qui regardent les voitures passer. Le conducteur, tout content de sa course, roule tranquille comme Baptiste, tout en m’expliquant dans son anglais à lui les curiosités de la route.

 

Quelques minutes après la découverte des œufs de tortue, et notre retour à table, afin d’achever notre déjeuner, un petit bateau était arrivé, plein de matériel de plongée et de joyeux lurons. Kina était partie avec eux. Retour annoncé, par le moniteur en charge, vers les quatre heures.  

 

C’est toujours après l’accident que les informations s’empilent et qu’on apprend les choses qu’on savait peut-être avant, mais qu’on ne savait pas vraiment. Ainsi, c’est ce soir là, après qu’un flic bien embêté soit venu nous annoncer la mort de Kina, que j’ai appris les dangers des Pérhentiennes. Les quatre îlots du nord-ouest sont un paradis pour les poissons, mais c’est aussi une autoroute à filets abandonnés. Les chalutiers de pèche, régulièrement, perdent des filets qui s’accrochent dans les fonds, aux rochers. Par ici, la mer de Chine n’est guère profonde, et ses fonds sont extrêmement heurtés, irréguliers. De monstrueux champignons coraliens poussent partout et peuvent tout autant coincer les filets que déchirer les coques. Pour les pécheurs, pas d’autre solution, alors, quand le filet est accroché, que de l’abandonner en sectionnant les câbles qui le rattachent au bateau.

 

Ensuite, laissé à l’abandon, le filet reste en place, bien droit sur une trentaine ou une quarantaine de mètres de profondeur, détruisant des mois durant la faune locale. Chaque poisson, chaque tortue qui passe est prise, se débat, se libère parfois, meurt usuellement.

 

Après un certain temps, certaines cordes usées par le frottement incessant des rochers, le filet se libère tout seul et suit le courant, passant au large, à quelques centaines de mètres, parfois davantage, parfois moins, des îlots où les plongeurs se délectent du spectacle marin pour lequel ils sont venus.

 

Parfois encore, le bas des filets se bloque à nouveau là, sur de nouveaux hauts fonds et les guides marins tombent dessus. C’est alors une bonne heure de travail au poignard, à deux ou trois, pour détruire entièrement le filet, non sans avoir d’abord délivré les plongeurs moins expérimentés, qui s’étaient déjà empêtrés dans ses mailles.

 

Parfois enfin, le filet suit le courant et, soudain, une ombre passe à côté de vous : on voit partir un plongeur en arrière, pris dans le filet qui a failli vous surprendre et qu’on ne parvient parfois pas à suivre. Pour ce plongeur, c’est fini. Kina a été prise dans un tel filet, avec deux autres plongeurs. Selon les flics, elle réapparaîtra – ils réapparaîtront - probablement sur le rivage de l’île de Redang, dans quelques jours. Je n’ai pas envie de savoir, je ne veux pas voir.

 

Pour les flics, pour les déclarations, pour les futilités administratives, il nous a fallu deux jours. J’ai du fouiller dans les affaires de Kina, jusqu’à la moindre poche, à la recherche de son passeport, de ses papiers, d’adresse de parents, peut-être. Puis j’ai appelé l’ambassade Canadienne, pour informer un préposé, qui a été sympa au téléphone, de la mort de Kina. Puis j’ai donné le sac de Kina, soigneusement remballé et refermé, aux flics, à charge pour eux de le donner à un officiel canadien qui viendra prochainement. J’ai bien soigneusement remis dans le fond du sac un truc qui ressemblait furieusement, quand je l’ai ouvert à sa première page, à un dear diary, et que je n’ai pas voulu lire. J’ai juste gardé le Tshirt usé qu’elle portait le soir précédent, et dans le tissu duquel je retrouve encore son parfum - pour combien de temps… Dans quelques jours, je le jetterai.

 

Nous arrivons à Kota Bahru. Pour les filles, elles s’arrêtent ici. Pour moi, la gare routière. Je ne souhaite pas passer une nuit ici. A la gare, il y a un bus qui partira dans quelques minutes pour Ipoh. Va pour Ipoh. Je n’y ai jamais été. Il faut voir. Ma place, dans le bus, est à côté d’une dame d’un certain age, ravie de pratiquer son anglais et qui me demande immédiatement – c’est la question traditionnelle ici - si je suis seul. Il me pleut dans les yeux.

23:57 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/05/2007

Ponte nocturne

De la véranda de la salle de restaurant, nous regardons, dans le lointain, les lumières de petits bateaux de pèche balancés par la houle. En réalité, vu la distance, ce n’est pas que nous voyions le balancement des bateaux ; mais nous avons vu comme la mer était agitée, dès que le vent se lève, et nous sentons la brise légère qui nous libère des moustiques, sur la véranda : pour nous, c’est idéal – sauf si on aime les moustiques, bien entendu. Pour les pécheurs, ce doit être moins drôle.

 

varOn mange bien, au Blue Lagoon. Le cuistot, une fois qu’il s’est occupé des varans qui nous offrent un spectacle digne du cirque, retourne aux fourneaux d’où viennent, commande après commande, des plats délectables entourés d’un parfum qui l’est tout autant. Avant cela, donc, il joue, avec ses petits camarades, les employés du guesthouse, à enrager les varans, en leur collant de la nourriture à des endroits impossibles. Les pauvres en sont littéralement à grimper aux arbres, dans le but d’attraper des bouts de nourriture qui les narguent – façon de parler – entre deux branches.

 

fanLa gégène est mise en marche dès que le soleil tombe et nous avons de l’électricité de six heures à minuit. Après cela, le réseau s’arrête et les ventilateurs aussi. Heureusement, au bord de la mer, même au plus haut de la saison chaude, il ne fait pas mourant de chaud car, en fin de journée, il y a alors un bel orage qui casse la chaleur lourde et ramène le frais. L’année dernière, dans une autre chambre d’un autre guesthouse, il pleuvait si fort que, finalement, en fin de nuit, le toit a cédé, arrosant les occupants de six chambres qui se trouvaient côte à côte. J’occupais l’une des six chambres en question et je garde un mauvais souvenir de ce réveil en forme de douche.

 

A dire en faveur du propriétaire, le toit a été réparé en quelques heures et il ne nous a pas fait payer pour la nuit interrompue. Le seul problème est qu’il n’avait plus assez de lits pour le jour suivant, et que j’ai donc dû déménager pour… justement, pour le Blue Lagoon. Ainsi que le disait Susie Derkins à Calvin: « when life gives you a lemon, make of it a lemonade ».

 

Je cite de mémoire, mais ça m’a marqué.

 

Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il fait glacial mais la brise de la mer nous donne une petite fraîcheur. Après le repas, pour la première fois depuis des mois, je mets une petite laine, alors que Kina se couvre les épaules avec le sarong que j’ai été lui rechercher dans notre chambre. Nos voisins de la table à côté engagent la conversation avec nous. Ils partent demain, après avoir passé une semaine ici, à faire de la plongée. Ils sont ébahis par ce qu’ils ont vu. Curieux de noter comme la côte Est de la Malaisie est tout simplement extraordinaire, sur le plan du spectacle maritime, comparée aux îles thaïlandaises, aujourd’hui détruites par le tourisme de masse.

 

En fait, la Thaïlande a encore énormément à offrir, mais il faut, pour cela, quitter les centres touristiques. Il y a, bien évidemment, les horreurs de Pattaya, dont on préfère ne pas parler, voire, oublier l’existence. Il y a aussi, dans une mesure infiniment moindre, la cage à touristes qu’on appelle Kao San – où l’on trouvera autant de vrais voyageurs que d’anglaises grassouillettes déambulant en maillot de bain, une bière à la main, exhibant fièrement un tatouage qui, pour leurs péchés, n’est pas temporaire… Enfin, il y a quelques îles destinées à terminer de pourrir sous la masse de touristes qui se croient cool parcequ’ils se saoulent la gueule les soirs de pleine lune, en compagnie d’adolescents boutonneux qui viennent, d’Allemagne, d’Angleterre ou d’Italie, passer quinze jours ici à manger des pad thai.

 

Quoiqu’il en soit, nos voisins chantent encore les délices de la plongée sous-marine des Pérenthiennes. Lors de leurs descentes, ils ont vu ceci, ils ont vu cela. Kina écoute de toutes ses oreilles, pendant que je me dis qu’ils n’ont rien vu de plus que ce que nous avons pu voir cette aprème… Bah, si Kina aime la plongée, qui suis-je pour lui dire qu’écouter Dalida, c’est mieux ? Qu’elle fasse ce qu’elle aime. Elle reviendra dans l’après midi, et nous irons par les sentiers, main dans la main, sur notre plage des amoureux. Elle sera heureuse d’avoir vu ce qu’elle voulait voir, et je serai heureux de lui tenir la main.

 

La soirée avance et il est bientôt possible de suggérer que nous retournions dans notre chambre, sans passer pour un ignoble pervers dont la seule intention est de faire l’amour comme une bête, toute la nuit durant. A dire en sa faveur, Kina accepte ma proposition, chuchotée à l’oreille, sans un seul later, dear. C’est plutôt le genre sourire rosissant, regard par en dessous, tête penchée pour cacher un deuxième sourire dont je ne veux rien savoir et nous retournons dans nos pénates.

 

Brossage de dents, pipi – il faut aller dans la salle commune ad hoc sise au bout du couloir, car, ici, c’est la brousse : il n’y a pas de chambres de luxe et nous partageons tout – et nous nous étendons, serrés l’un contre l’autre, après avoir laissé retomber la moustiquaire autour du lit, à tout hasard, nous murmurant des sottises, à nous offrir tout l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre.

 

ccLe lendemain, pendant le petit déjeuner pris à l’aube, nous apprenons que des tortues ont pondu sur la plage. Les quatre nids sont cachés, presque côte à côte, auprès d’un cocotier tordu. Nous abandonnons notre thé pour aller y voir. Kina me prend la main, alors que nous approchons des nids, devant lesquels nous restons plantés quelques instants. Puis, sa main se crispe dans la mienne. Elle s’appuie sur moi, en tournant la tête.

 

A son regard trouble, quand elle me regarde alors, j’ai comme dans l’idée que notre couple pourrait durer.

 

20:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuits de chine |  Facebook |

29/05/2007

Tortues marines

Autour du Blue Lagoon, il y a trois plages : celle qui se trouve devant le guesthouse, qui le prolonge et sur laquelle deux suédoises se prélassent depuis quelque jour, à laisser le soleil leur griller la peau de manière terminale ; deux autres auxquelles on accède en quelques minutes, par de petits sentiers qui traversent l’île. On n’y voit jamais personne. L’une s’appelle la Turtle Beach, l’autre, la Lovers Beach. Toutes deux ont de bonnes raisons de nous tenter : sur la première, il y a parfois, le soir, des tortues qui viennent pondre leurs œufs avant de retourner à la mer. Pour la deuxième, tout aussi solitaire que la première, il y a un nom qui est pour nous évocateur.

 

Quant à celle qui s’étale devant le guesthouse, nous la laissons aux Suédoises.

 

Ici, nous avons loué nos masques, tubas et palmes, et nous allons sur Turtle beach, d’abord. Il faut, pour y arriver, traverser la jungle du nord de l’île, en allant, l’un derrière l’autre, sur un petit sentier que parcourent les fourmis et divers insectes teigneux. A gauche et à droite, il y a des petits varans qui se sauvent au dernier instant, littéralement quand nous allons poser le pied sur eux. La première fois, ça vous fait comme un choc, quand un truc qu’on voit soudain apparaître du coin de l’œil, et qui fait penser à un petit crocodile, déboule sous vos pieds. Comme  on vit ce départ de sprint deux fois par minute, on y est vite habitué.

 

varanLe soir, on voit les moins farouches des varans venir mendier devant les cuisines. Les affamés, les familiers, ce sont de solides gaillards de plus d’un mètre de long, qui courent après les cuistots auxquels ils sont habitués. Les cuistots leur tendent de la bidoche ; ils se redressent sur leurs pattes de derrière et leur mangent dans la main. Ma Hollandaise de Sumatra serait ravie, ici…

 

Arrivés sur la plage, nous laissons nos sarongs à pendre sur la racine volante d’un banian, mettons notre équipement et partons nager. Le maillot de Kina est délicieusement conservateur, allant, pour le bas de la ceinture – qu’elle a parfaite - à mi cuisses – qu’elle a splendides – et, pour le haut, des épaules – qu’elles a parfaites - à mi-ventre – qu’elle a ravissant, par ailleurs.

 

Les palmes ne sont certainement pas inutiles, car il y a un courant qui vient du nord et qui pourrait nous conduire loin. On peut aller sans danger réel, quand on est équipé de palmes, à une cinquantaine de mètres du rivage. D’immenses champignonnières de coraux apparaissent alors, faisant ainsi remonter le fond presque jusqu’à nous. Ce sont de véritables aquariums, paradis de poissons de toutes couleurs, de toutes formes et de toutes races. Je vois des clowns ou des napoléons qui font jusqu’à près d’un demi-mètre de long et qui grignotent avec avidité le fond de la mer. Kina, dont les connaissances aquatiques sont infiniment plus grandes que les miennes, m’expliquera ensuite qu’ils se nourrissent de coraux frais, râpant les excroissances vivantes qui font leurs délices. Ensuite, ils les digèrent, les … chient, et le sable blanc qui nous permet de nous extasier sur la pureté des plages coralines, c’est le résultat de leurs déjections.

 

Quand on sait cela, on regarde d’un autre œil les plages de cartes postales.

 

Il y a aussi, effectivement, au large de Turtle Beach, des tortues qui nagent entre deux eaux, passent entre nous, nous ignorant superbement, allant de ci, de là pour on ne sait quel but de promenade. Ce ne sont pas mes premières tortues marines mais nous jouons de chance, me semble-t-il : elles sont énormes. Ce sont les leatherback, les plus grosses des tortues marines, qui font jusqu’à des deux mètres de longueur, quand on tombe sur des monstres. Celles qui s’ébattent autour de nous doivent faire un bon mètre de long, une largeur en proportion. La nuit, parfois, elles pondent sur la plage et, chaque matin, l’un des employés du guesthouse vient faire le tour, afin de protéger les œufs pondus, dont les tortues pondeuses ne se soucient plus et dont les prédateurs adorent faire leur ordinaire.

 

C’est ainsi que, dans un coin protégé de la plage du guesthouse, il y a des dizaines de nids refaits par cet employé et dont, chaque trimestre, des centaines de petites tortues sortent. Elles descendent alors vers le rivage, de toute la vitesse de leurs petites pattes, et partent vivre leur vie.

 

Pour la plupart, elles mourront en s’empiffrant de sacs plastiques flottant à la surface de la mer, sacs plastiques qu’elles prennent pour des méduses dont elles raffolent, qu’elles ne peuvent avaler qu’à moitié avant qu’ils les étouffent.

 

Après une bonne heure de snorkelling, à contempler tout ce qui nage quelques mètres sous nous, nous revenons à la plage. Il est grand temps de se sécher et de se couvrir. La mer devenait tout doucement plus agitée, la marée descendait et les creux devenaient dangereux car nous étions toujours à quelques centimètres de nous griffer aux coraux. Se griffer aux coraux, ça peut souvent se conclure en s’éventrer sur les coraux… Il était temps de quitter les eaux de Turtle Beach, qui devenaient mauvaises. Après avoir traînaillé sur le sable corallien, tout en faisant des commentaires aigres-doux sur les poissons qui génèrent ce sable, après nous être laissé sécher, nous repartons dans la forêt vierge, le long d’un sentier à peine marqué, pour aller voir Lovers Beach, où nous nous étendons, à l’ombre, bavardant paresseusement, nous occupant l’un de l’autre, jusqu’au moment où la lumière change, nous signalant qu’il est temps de retourner au guesthouse.

 

Demain, Kina ira faire de la plongée sous-marine, pendant que je lirai.

21:52 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : natation |  Facebook |

28/05/2007

Arrivée aux Pérhentiennes

Quand le bus que nous avons pris à Kota Bahru s’arrête d’un coup de frein piaulant, au centre de Kuala Besut, j’éprouve quelque peine à réveiller Kina qui dort, depuis le début du périple. Nous avons eu la chance de prendre l’un des deux bus qui font le trajet direct à Kuala Besut, d’où nous devrons prendre un bateau pour aller aux îles. Les bancs étaient raisonnablement confortables et Kina a commencé par piquer du nez, puis a mis la tête sur mon épaule et a enfin terminé, étendue de tout son long sur la banquette, les pieds dépassant dans le couloir, la nuque cassée sur mes genoux.

 

De tout son long n’est peut être pas la manière la plus réaliste de décrire la position de fœtus dans laquelle elle doit rester, pour ne pas dépasser de trop la banquette, faite pour accueillir  trois petits malais, ou deux petits européens maigrichons, en position assise.

 

Le trajet était, à vrai dire, sans grand intérêt : c’est, de Kota Bahru jusqu'à la mer, une route presque droite, qui traverse de la plaine avec des rizières pour l’instant en friche. La saison de la plantation approche, mais les pluies ne sont pas encore là, les paddy fields sont encore trop secs. Ici et là, au bord du chemin, devant une maison de bois plantée sur des pilotis, un buffle mâle attaché à sa corde, et qui regarde le trafic de la route, faute de trains.

 

Parfois, aussi, un troupeau de buffles, surveillés par un cow-boy ou une cow-girl, afin qu’ils ne s’égarent pas. Usuellement, dès que les buffles ont trouvé une mare bien boueuse, ils ne s’en éloignent plus et s’y vautrent la journée entière, n’en sortant que pour une rapide séance de ravitaillement, au plus proche de la mare en question.

 

Quoi qu’il en soit, Kina a dormi comme un ange, les deux heures que le trajet a duré et je regrette d’avoir à lui toucher l’épaule pour autre chose que pour une caresse. Mais bon, notre chauffeur m’a fait signe pour me faire savoir que nous allions bientôt devoir bondir hors du bus. Kina, réveille-toi. Elle ouvre les yeux, se redresse, en cachant, de ses deux mains, un bâillement. Oui, nous arrivons ; oui, elle a bien dormi ; oui, à en croire l’heure, nous devrions avoir un bateau très prochainement.

 

Cette fois ci, c’est notre arrêt. Les freins poussent un cri de martyr, le bus s’arrête. Devant la porte du bus, un monsieur l’air très affairé s’approprie immédiatement le sac de Kina et s’éloigne, nous invitant du geste, pour aller vers la jetée. C’est sur le trajet qu’il nous questionne et apprend que nous avons déjà notre billet de bateau. Du coup, il lache le sac de Kina et nous abandonne à notre sort. Bonne chose. Kina et moi, trouvons vite le bureau où nous devons nous présenter pour l’embarquement. Ah, le prochain bateau sera dans une vingtaine de minutes.

 

Nous laissons nos bagages à l’agence après avoir indiqué le nom du guesthouse que nous souhaitions avoir. La préposée a immédiatement téléphoné : il y a de la place et notre chambre est réservée. Ah, une chambre double pour deux personnes, ça commence à faire couple établi. Kina sourit en baissant la tête.

 

Le village est sans grand intérêt, sinon pour son côté shopping, avec une spécialisation bien logique dans le marin. Dans le bloc de maisonnettes qui se trouve devant la jetée, se suivent quelaues échoppes de vendeurs de billets pour aller en bateau aux Pérenthiennes, quelques magasins qui débitent des maillots de bain ; du matériel de plongée ; des masques, des tubas, des palmes. Il y a enfin deux supérettes qui vous proposent les produits qui seront vendus deux fois le prix sur les îles : alcool, alcool et alcool. Kina et moi avons nos maillots, et nous décidons de faire l’impasse sur les boissons alcoolisées.

 

Les vingt minutes passées, nous revenons tranquillement jusque chez notre agent de voyage où nous sommes attendus – sans impatience ni trépignement : en Malaisie, tout le monde a le temps. Le prochain bateau va partir. Nous reprenons nos affaires et, en quelques pas, arrivons sur la jetée. Un hors-bord bimoteur, qui doit pouvoir contenir une dizaine de personnes tout au plus, et qui en prend une quinzaine, est effectivement à l’attente, ses moteurs ronronnants. Nous prenons place, empilant nos sacs dans un cagibi arrangé à l’avant, dans l’étrave, puis nous glissant comme deux sardines supplémentaires dans une boite. Le bateau démarre.

 

Le trajet dure une petite heure et doit bien faire une trentaine de kilomètres en pleine mer de Chine. Le hors bord file comme le vent, afin d’éviter aux pirates, nombreux par ici, toute mauvaise tentation. Dans ce même but, il n’y a aucun temps laissé à la manœuvre : nous n’essayons pas un instant de virer ou de ralentir, quand les rouleaux de la mer se font latéraux, ou un peu plus violents. Nous sommes vite arrosés et on comprend la raison pour laquelle – indépendamment du fait qu’ainsi, le pilote gagne de la place pour des passagers supplémentaires – les bagages ont été mis à l’écart.

 

Cette fois ci, nous sommes du bon côté du bateau et ce sont nos vis-à-vis qui sont abondamment aspergés – ce qui ne veut pas dire que nous sommes indemnes…

 

Enfin, les Perenthiennes apparaissent à l’horizon. Un groupe de quatre îlots qui est un paradis de la plongée sous-marine, et puis les deux  îles – une grande et une petite – sur lesquelles il y a quelques guesthouses et même un vrai hôtel chic. Le bateau ralentit, arrive devant le hameau à partir duquel les passagers commencent à descendre.

 

Ici, c’est encore la jetée.

 

BL2A partir de l’arrêt suivant, notre bateau s’arrête à bonne distance du rivage ; une pirogue arrive, en provenance de l’un ou l’autre guesthouse, et vient chercher ses clients. Kina et moi sommes les deux derniers, et quand nous découvrons la baie dans laquelle notre guesthouse est tapis, c’est l’émerveillement. Enfin, je sais ce que sont les paradis, et je sais que, pour moi, ils n’ont qu’un temps, mais il est impossible de ne pas partager le plaisir de Kina, dont les yeux brillent alors qu’elle regarde tout autour d’elle. Bah, on tiendra bien une semaine avec elle… Notre bateau taxi attend, balloté sur la mer de Chine, alors que, tout doucement, sur la plage, quelqu’un met une barque à l’eau pour venir nous chercher.

BL

 

12:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : iles |  Facebook |

24/05/2007

Les Wanita et les Lelaki

Nous nous réveillons un vendredi, tôt, vu que, dans la distance, les habituels hurlements de porc qu’on égorge rappellent que le Croyant est prié d’aller saluer son chef dans le bâtiment ad hoc. Kina fait semblant de dormir pour pouvoir se serrer un peu plus contre moi. Je me laisse faire. Vu la lumière, ce sont les premiers hurlements du jour, que nous avons entendu : il doit être cinq heures, à tout casser, et traîner une heure de plus au lit, peau à peau avec Kina, ce sera un très beau début de journée. Elle a trouvé le moyen, pendant la nuit et alors que je dormais, de chiper un bout de drap, afin de couvrir sa modestie, mais ce bout de drap glisse vite, quand d’une caresse l’autre, nous nous retrouvons à faire l’amour.

 

Il n’est pas loin de sept heures quand l’un et l’autre, nous prenons notre douche, ensemble. Partager une douche en tant que couple amoureux, à mon expérience, ce n’est pas écologique du tout : ça double la quantité d’eau utilisée, et ça quadruple la quantité de savon. Heureusement que nous avons une salle de bain rien qu’à nous…

 

Ensuite, Kina disparaît dans sa chambre pour se rhabiller de frais, je reste chez moi pour faire la même chose.  Grattement à ma porte, je sors, tout sourire et nous nous retrouvons sur le palier, devant une volée d’escaliers que nous dévalons après un dernier baiser, main dans la main, pour aller prendre notre petit déjeuner. Ce dernier se prend dans le jardin arrière, sous une pergola percée qui ne protège qu’à moitié des trombes de pluies qui tombent parfois, au petit matin. A côté de la pergola, il y a un énorme tonneau qui contient d’énormes tortues pour lesquelles je crains le pire. Des lapins libres vous courent entre les jambes et font caca un peu partout. Kina et moi déjeunons, les yeux dans les yeux, nos mains s’effleurant à chaque moment, avant de partir nous promener à l’aventure, dans la ville.

 

Une tasse de thé à la main, nous avons décidé que ce n’est que demain que nous irons aux Pérenthiennes. En effet, même si Kota Bahru n’est pas exactement Tokyo, c’est quand même une petite bourgade qui mérite la promenade. Faisons la promenade, donc.

 

Il y a un tour à faire, des palais de bois du sultan. Dans l’un d’entre eux, on duala non seulement une illustration de ce qu’est le passé de la province, mais aussi des photos de la famille royale. Le papa donne l’impression d’être un demeuré, et la maman est mignonne. Ca me rappelle quelque chose, en tant que Belge… Dans ces musées, on nous refait le coup du dual pricing. Les gosses de la région y sont envoyés en troupe serrées, afin de parfaire leur culture. Ils tapent sur des instruments de musique en bois, mis ici à la disposition des visiteurs, et gloussent en nous voyant, Kina et moi, qui nous prenons parfois la main, et qui nous chuchotons des fadaises tout en nous frôlant sans cesse.

 

Mais avant d’avoir eu l’occasion de visiter les musées et autre palais de ouaillesbois, nous sommes tombé, le matin, sur le cours du vendredi -cours ou prêche, comme vous voudrez le voir - donné par un mollah quelconque, et auquel la population entière est convoquée car rien n’est plus important qu’écouter la parole du grand Lala le miséricordieux. Une foule serrée, messieurs d’un côté, dames de l’autre, chacun sous sa tente respective, au cas où il pleuvrait, écoute donc respectueusement le mollah parlant de choses et d’autres. Cette fois ci, vu la répétition de mots modernes compris dans toutes les langues, je le soupçonne d’expliquer à ses ouailles le danger des appareils photos qui conduisent à la pornographie. Oui, c’est bien connu, l’appareil photo conduit tout naturellement à la photo cochon, puis à l’enfer. Je traduis mes conclusions à Kina, qui penche la tête et cache son sourire sous une masse de cheveux blonds et bouclés. Je l’adore.

 

Les messieurs, sous une première tente, ont tous coiffé leur petit bonnet qui prouve qu’ils font attention aux commandements de l’islam. Certains – ceux qui ne souhaitent pas acheter d’appareil photographique, je suppose - écoutent monsieur le Mollah, entouré de gardes du corps farouches et moustachus avec attention, pendant que d’autres lisent le journal en attendant que les choses se passent, et que les plus jeunes reluquent dans la direction des dames.

 

ouailles3Les dames, sous une autre tente, s’assoupissent serrées les unes aux autres, pendant que les plus jeunes prennent des notes. Faut-il être conne… J’imagine que c’est dans cette tourbe adolescente que les extrémistes trouvent leurs futures martyres suicidaires, celles qui se font sauter pour le bien d’on ne sait pas trop quoi, d’on ne sait pas trop qui, mais certainement pas pour le leur. Pauvres dindes.

 

 

Kina et moi passons discrètement derrière les messieurs qui l’observent – allahses jambes, surtout - pour aller jusque derrière les dames endormies. C’est, pour elle, plus sécurisant. Dingue, quand j’y pense : elle est habillée avec la plus grande modestie, et ce n’est pas encore assez. Des grands placards, en ville, rappellent quelle doit être la tenue qu’une femme doit porter : seul le sac à patates trouve grâce aux yeux du créateur de ces placards. Toutes les dames que nous croisons, ou presque, sont pécheresses, alors. Tant pis pour elles.

 

Ding dong, il doit être temps d’aller déjeuner ; Kina a une faim de loup, moi aussi. Repas fini, nous quittons le restaurant et nous continuons à wanitacourir la ville. Le supermarché nous amuse, avec – c’est de toute évidence, un règlement municipal, des caisses réservées aux dames, et d’autres aux messieurs, des Kaunter pour Wanita, et d’autres Kaunter pour Lelaki. Je prends la photo et les wanita caissières du supermarché sont ravies de figurer dessus. Elles iront en enfer… Et puis, je remarque, rares sont les lelaki et les wanita qui font attention aux indications sexuées des caisses.

 

A vrai dire, on remarque vite que les courses à la musulmane n’impliquent en rien des queues mixtes : Monsieur le Lelaki se promène dans les rayons du supermarché, avec fiston et fifille, à picorer ce qui lui plait sur les étagères et à le déposer entre les mains de sa Wanita, qui suit en poussant le trolley. Madame la Wanita s’empresse d’empiler le produit de leur rapine avec le reste des courses de la famille. Ensuite, l’ennui gagnant le Lelaki et ses petits anges, il prend les enfants, et va prendre l’air avec eux, dehors, et leur fourre une glace en bouche, pendant que la Wanita fait la  queue.

 

Après une journée de promenades et de visites, nous revoilà dans ma chambre. Nous avons réservé notre bateau, pour demain matin, et une chambre dans un petit guesthouse caché au nord de la plus petite des deux îles : le Blue Lagoon. Le nom est magique, l’endroit l’est aussi.

19:42 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wanita, lelaki |  Facebook |

23/05/2007

Kota Bahru, ses chinois et ses tortues

Notre taxi klaxonne à l’arrivée, histoire de se signaler aux propriétaires de l’établissement, comme étant celui qui mérite et attend sa commission. Nous sommes accueillis, les bras ouverts, par le vieux patron, sa fille et son fils. Par les deux chats aussi, ainsi que par une troupe serrée de lapins qui vont de ci, de là, dans le jardin. Oui, il y a de la place.

 

Depuis la dernière fois que j’y suis passé, mon guesthouse s’est équipé d’un système wireless, qui me permet, pour quelques Ringgits, de chipoter l’internet de ma chambre, autant que je le veux, et de répondre à des dizaines de messages arrivés depuis trois jours. Il y a principalement des spams, bien entendu, mais aussi des choses intéressantes.

 

Kina est dans la chambre à côté, à prendre d‘abord une douche et à se faire belle. Ca, ça ne prend pas trop longtemps, vu qu’elle est, dès le départ, ravissante : une boule de cheveux blonds et bouclés, surmontant deux yeux espiègles d’un bleu clair, un nez droit et une bouche pleine, facilement souriante. Le reste, de ce que j’ai pu en deviner, n’est pas mal non plus.

 

Quand elle en a fini avec sa toilette, elle vient frapper à ma porte et je lui refile mon portable sur lequel elle s’escrime, à son tour, pendant que, à mon tour, je file me doucher. Un dernier coup d’œil en arrière, alors que je quitte la pièce : Kina est vraiment délicieuse. J’ai adoré, pendant le trajet, sa manière de masquer son demi-sourire, penchant la tête vers le sol et imaginant que la masse de ses cheveux bouclés allait cacher son plaisir, chaque fois qu’un commentaire échappé de nos conversations lui plaisait. Elle penchait souvent la tête. J’ai beaucoup aimé sa franchise ; elle semblait apprécier mes rosseries.

 

Là, assise sur mon lit, les jambes modestement repliées, vêtue d’un chemisier blanc à manches courtes et d’une jupe en corolle qui ne me laisse rien ignorer de ses mollets, l’ordinateur devant elle, elle lève les yeux à l’instant où j’allais sortir, le regard en arrière et nous nous surprenons, mutuellement, à nous observer et nos regards s’échappent, embarrassés. Cela ne dure qu’une fraction de seconde mais nous savons instantanément, tous les deux que, ce soir, nous ferons l’amour ensemble. Kina baisse la tête, cachant un sourire sous la masse de ses cheveux blonds et bouclés. Je pars me doucher.

 

Vingt minutes plus tard, nous sommes de sortie, vers le centre de la bourgade que je connais vaguement et trouvons un boui-boui à dominantes indiennes, aux murs verdâtres et salis où nous dînons merveilleusement bien. Au plafond, il y a des ventilateurs. Il n’y a pas de bougie sur les tables, et la télévision fonctionne bruyamment vers le fond, à montrer un programme éducatif dans le domaine religieux. Une dame bien emballée vient nous servir. Il y a une carte bilingue, en malais et en thai.

 

Vâââchement utile…

 

Bon, pour les boissons, le mot thé est compris dans toutes les langues du monde, dirait-on et, pour la nourriture, on passe devant le présentoir et on indique du doigt. C’est délicieux. Pendant le temps du repas, Kina me raconte son passé, son présent, son futur. Elle vient d’une famille extraordinairement conservatrice, pratiquant une obscure tradition religieuse qu’on ne trouve plus qu’en Ontario et en Pennsylvanie, enseigne l’anglais à Séoul, espère y rester encore deux ou trois ans, puis rentournera à Toronto, où elle a fait ses premières études et où elle essaiera de retourner à l’université, si Dieu lui prête vie et une bourse d’études conséquente. Ensuite… on verra bien.

 

Repas terminé, nous rentrons par le chemin des écoliers. Il doit être, tout au plus, neuf heures, et la ville, illuminée a giorno, est morte. Nous parcourons tranquillement les avenues monumentales, tout en nous dirigeant vers le guesthouse, tapi au fond d’une ruelle tranquille. Parfois, nous nous arrêtons devant une vitrine brillamment illuminée. Nous déchirons la mode locale à belles dents. Soit c’est le goût chinois, qui fait dans le pousse-au-viol, soit c’est la mode musulmane, qui fait dans le Belphégor. J’avoue un penchant pour le style chinois.

 

Quand nous rentrons dans nos pénates, la vieille propriétaire chinoise est encore sur sa chaise longue, à côté d’un aquarium de tortues marines, à les nourrir et à les observer, pendant qu’elles courent sur les petits bouts de nourriture qu’elle leur jette, s’escaladant l’une l’autre pour être la première à bâfrer. Dire que les tortues d’eau sont des animaux agiles serait un gros mensonge ; elles sont cependant infiniment plus rapides qu’on ne pourrait l’imaginer.

 

Puis nous montons, clés en main et, quand nous arrivons, sur le palier, devant les portes de nos chambres respectives,  Kina me saisit, distraitement croirait-on, l’annulaire, de son petit doigt. Je me retourne, me penche vers elle, l’embrasse sur une joue, puis sur l’autre, et nos lèvres s’effleurent, puis se rejoignent. Après quelques secondes, Kina abandonne ma bouche, penche la tête pour cacher un sourire, se sépare de moi, prend ma clé et l’introduit d’une main dans la serrure de la porte qui s’ouvre. Nous rentrons, main dans la main, sans allumer la lumière. Je sais que l’ordinateur est bien rangé, sur la table de nuit et, quand Kina m’enlace, je nous laisse tomber sur le lit. Nous nous embrassons, ses mains partent à l’aventure ; elle caresse du doigt, l’arête de mon nez, puis mon visage, et je caresse le sien, l’arcade de son sourcil, sa pommette, puis son épaule, puis davantage. J’embrasse sa nuque, son dos, son ventre, la courbe de ses hanches, pendant que ses mains se crispent sur mon bras.

 

Une heure se passe, peut-être, et nous faisons l’amour. A un moment, elle chuchote mon nom alors que le sien résonne dans ma tête, puis nous nous caressons encore l’un l’autre, puis nous nous endormons, l’un serré à l’autre, par-dessus les draps chiffonnés ; Kina a posé la tête sur mon épaule et sa cuisse droite me chevauche à moitié. Sa main me tient fermement le bras, puis la pression se relâche, au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans le sommeil.

 

De temps à autre, elle pousse un soupir de satisfaction qui me fait sourire.

 

Le ventilateur brasse inlassablement l’air moite. La brise qu’il crée éloigne les moustiques. Kina, toute pudeur oubliée, dort nue cette nuit. Je veille et effleure de mes lèvres, de temps à autre, ses cheveux bouclés, collés par la transpiration. Puis, enfin, je m’endors, serrant entre mes bras mon amour, ma toute douce, mon adorée, ma petite Amish.

19:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour |  Facebook |

22/05/2007

Le train de la jungle

Deux jours plus tard, je suis à Kuala Lipis, ravissante petite bourgade pour laquelle les chinois ont beaucoup fait. La rue principale, en tout cas, rappelle le quartier chinois de Malacca, avec, curieusement, d’avantage d’indiens, tel celui qui tient mon guesthouse – crasseux, est-il besoin de le préciser. Mais la présence chinoise reste impossible à ignorer.

 

Kuala Lipis, c’est une rue principale, avec, sur le côté qui dégringole vers la rivière, deux autres rues en étagères. De la première à la troisième, une galerie sombre, dans laquelle sont cachés tous les restaurants de la communauté.

 

Dans ces rues parallèle qui, à chaque niveau, descendent vers la rivière brune de limon, qui glisse dans le plus grand silence, entre les rives, on trouve des marchands d’animaux – de poissons rouges, tout particulièrement – et des blanchisseries. Au bout de la grand rue, un temple chinois, moderne, couronné de son dragon – le Tianlong, protecteur de la religion. Il montre une langue flamboyante, des crocs sanguinaires et de nombreuses pattes armées de griffes.

 

ODNKuala Lipis est un îlot de civilisation asiatique, au milieu d’une campagne musulmane. Ici, un seul journal : le Oriental Daily News dont seul le titre est en caractères romains. Dès qu’on s’éloigne du centre-ville, l’islam, très présent dans ces campagnes reculées, reprend ses droits. Les mosquées poussent et la vente d’alcool est interdite aux musulmans.

 

Du moins, sur papier.

 

BeerLe règlement oblige le détaillant de toute épicerie à rappeler, en grosse écriture, cette loi islamique, sévère mais juste, selon laquelle seuls les clients non-musulmans ont le droit d’acheter de la bibine. Dans le quotidien, il faut supposer que le musulman assoiffé rentre dans le magasin après avoir caché les preuves de son attachement indéfectible à la religion du prophète, avant de se diriger d’un pas ferme et décidé vers le réfrigérateur qui contient les boissons litigieuses.

 

Il y a quelques années, alors que je traînaillais en Jordanie, je me souviens avoir trouvé, caché derrière un coin, un débit d’alcool autorisé. On en voyait sortir des Jordaniens en uniforme de jordaniens, avec un long suaire de couleur sable sur le dos et une serpillière sur la tête, portant un petit sac de papier kraft double épaisseur en main. En sortant, l’air coupable et le regard torve, ils regardaient soigneusement dans la distance, à droite et à gauche. Rassurés quant au risque de mauvaises rencontres qu’ils pourraient courir, ils se décidaient à quitter l’ombre propice de l’entrée du magasin, et vaquaient leur chemin. Quand ils trébuchaient sur le trottoir irrégulièrement pavé, on entendait le bruit cristallin de bouteilles qui s’entrechoquaient.

 

Bien sûr, il s’agissait peut-être de bouteilles de jus de pomme, mais j’avais mes doutes.

 

Ici, de même, il est probable qu’outre les chrétiens, les athées et les bouddhistes, le 7/11 local compte des musulmans pêcheurs parmi ses clients. Dans un tel petit village, il faut compter sur la collaboration active du commerçant ; mais quel est le commerçant qui vous empêchera d’acheter sa camelote ? Soyons sérieux. Ou alors, le commerçant est chinois, ou indien.

 

HotelKuala Lipis, donc… C’est une bourgade composée d’une rue principale qui doit bien faire trois cents mètres de long, et sur laquelle on ne trouve pas à chaque coup une place pour garer sa voiture. Enfin, je suis un peu noir en disant cela. Il suffit d’aller jusqu’au bout de la rue pour trouver une grande aire de parking sur la droite, ou un terrain vague sur la gauche. Ensuite, bien entendu, cela signifie qu’il faudra marcher une bonne centaine de mètres jusqu’au magasin que l’on voulait voir, mais bon… Dans les deux autres rues, pas de problème avec le parking – d’abord, parce que la première rue n’est qu’une ruelle dans laquelle aucune voiture ne passe. La deuxième est toujours accueillante aux voitures, avec ses jolis parcmètres devant lesquels une troupe de policières attend, avec l’espoir de coller un papillon à un conducteur qui serait suffisamment distrait pour oublier, alors qu’il a une fliquette bavant d’espoir sous le nez, son carnet à souches à la main, de mettre la pièce qu’il faut dans le mange fric.

 

Le grand parking de la fin de la rue fait aussi office de gare routière. C’est là que je suis descendu, avant-hier, dans le but de voir si, à partir d’ici, il n’y avait pas une intéressante promenade à faire, dans la jungle – car nous sommes, ici, au beau milieu de la jungle, en effet. Il y avait bien un guide qui était prêt à me proposer la promenade en question, une promenade de trois jours, mais il lui fallait quatre promeneurs au moins. Au bout de deux jours, toujours rien… j’avais épuisé les charmes de la ville et, ne voyant rien venir, avais décidé de continuer mon chemin.

 

Ce grand parking qui fait office de gare routière fait office, aussi, de mealmarché de nuit. En fait, non : sur le côté, il y a un marché de jour, couru par tous et flanqué de deux ou trois restaurants. Le soir, le marché ferme et de nouveaux restaurants ouvrent. On peut y manger merveilleusement bien et y boire une bière. L’obscurité est propice au péché et il n’est pas inhabituel de voir des messieurs qui ne sont, manifestement, ni chrétiens, ni bouddhistes, ni hindoustanis, partager une Tiger, le soir, à table, après un dîner partagé entre amis, ou en famille. Dans ce dernier cas, l’épouse fait semblant de ne rien remarquer. Le midi, on se contente d’arroser son déjeuner d’un thé parfait.

 

Train2KLTrainDe l’autre côté de la grand rue, si l’on prend une ruelle qui s’élargit soudain sur une placette capable tout juste d’accueillir deux voitures l’une à côté de l’autre, ou une camionnette, il y a la gare. C’est là que l’on peut prendre un train qui traverse la jungle sur une voie ferrée en parfait état, mais qui, parce qu’elle n’a qu’une seule voie, ne peut être prise à grande vitesse. Ici et là, un arrêt pour laisser passer un train dans l’autre sens. Pour aller jusqu’au terminus de Kota Bahru, il y a un train de nuit et un train de jour. Il faut prendre le train de jour, qui part en fin de matinée. Tout le long du trajet, la vue est splendide et changeante. A la fin d’une petite huitaine d’heures de voyage, on sort soudain de la forêt vierge, et on arrive à la gare de Kota Bahru, un bâtiment délabré d’où l’on sort en baissant la tête, rapport aux chauves-souris qui volettent autour de vous. Devant la gare, on vous harponne.

 

La gare est elle-même à une dizaine de kilomètres de la ville et les taxis, le soir, se font du beurre à attraper tous ceux que la famille n’attendait pas. Bah, ce n’est jamais vraiment une fortune et, dans le train, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance d’une jeune femme qui allait un peu à l’aventure, qui n’avait pas d’hôtel – j’en ai un – et qui songe à aller aux îles Pérenthiennes. Tiens, quelle bonne idée.

 

En attendant, vu que les Pérenthiennes, ce ne peut être avant demain, nous affrétons un taxi de concert et démarrons ensemble pour mon guesthouse où il devrait bien y avoir de la place.

23:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chemin de fer, nature |  Facebook |

15/05/2007

Le pont dans le ciel

De retour à Kuala Lumpur, après un vol de deux heures, sans histoire, à partir de Jakarta. L’aéroport Soekarno est fait avec intelligence, et c’est un plaisir d’aller y prendre un avion. Ce plaisir, vous le paierez un modeste cent mille roupies, en taxes d'aéroport, ce qui ne fait pas grand-chose, mais je continue à estimer que ces deux francs ici, ces trois sous là bas, qu’il faut acquiter chaque fois auprès d’un nouveau préposé, ce n’est pas une solution judicieuse au paiement des frais et taxes diverses. Ne serait-il pas plus intelligent de tout grouper ?

 

Jolis nuages, descente sans coups ni bosses. Nous atterrissons dans un autre aéroport idéal : Il fait chaud et pas trop lourd. Je saute dans le bus climatisé qui me conduira au centre ville et, de là, je fais quelques centaines de mètres jusqu’à mon guesthouse. Il est tôt et ils ont de la place. Ca, c’est la rêgle en or, dans les guesthouses des grandes villes : arriver raisonnablement tôt – je dirais, avant midi : ainsi, il y a toujours une chambre pour vous. Passé dix-huit heures, c’est plus aléatoire. Ou alors, un coup de téléphone ou un courriel, bien entendu.

 

PetronasJe ne traînerai pas longtemps à KL, mais j’aimerais, cette fois-ci, aller au sommet des tours Petronas. Pour cela, il faut être un peu courageux et se lever dès potron-minet, prendre le métro pour aller à la station KLCC, trouver le chemin vers les sous-sols des tours et, plus que probablement, faire la queue pour obtenir un billet, le sésame qui vous permettra de monter, non pas au sommet des tours, mais sur ce qu’on appelle ici the skybridge, qu’on pourrait traduire par le pont dans le ciel.

 

Levé, donc, dès potron-minet, je me douche, m’habille et prends le métro, dont une station se trouve à, tout au plus, cent mètres de Chinatown, où j’ai établi mes quartiers. Le métro est rapide et climatisé. Ici, ce n’est pas vraiment un luxe. Arrêt KLCC, sortie, marche le long des couloirs avec les courageux qui vont au bureau. Entrée dans l’immense shopping mall des tours, et descente, par bien des détours, jusqu’au sous-sol où les cartes autorisant la visite sont distribuées. Quand j’arrive, veine, la queue ne fait pas quarante mètres. Il faut dire qu’il y a un nombre limite de visiteurs quotidiens, pour des raisons évidentes de sécurité, et que l’offre ne couvre pas entièrement la demande. Ainsi, je suis arrivé pour faire la queue alors qu’il était sept heures tout juste, et que le comptoir n’ouvre qu’à huit. La queue, derrière moi, s’allonge rapidement. On peut compter qu’une fois la billetterie ouverte, quand il sera neuf heures, tous les billets de la journée auront été distribués.

 

Avec ma place, et sachant qu’on monte groupe par groupe, j’ai une bonne chance d’avoir une place pour dix heures, à tout casser. Les derniers qui recevront un billet seront autorisés à monter à dix-huit heures…

 

En attendant, je fais la causette avec mon voisin, un chauffeur de taxi du coin qui, comme service, offre d’aller chercher les billets de Petronas aux clients qu’il conduira la journée entière. Pour aujourd’hui, il s’occupe d’un couple de vieux Canadiens retraités et charmants.

 

Plus loin devant nous, des familles européennes, américaines, malaises, des touristes jeunes et vieux. Derrière nous, la queue s’allonge, serpente ; quand la billetterie ouvre, elle doit faire, au bas mot, cent mètres. Dix minutes plus tard, j’ai mon billet et, comme j’ai eu la chance d’avoir, devant moi, des chipoteurs qui venaient pour des billets d’aprème, je suis dans le deuxième groupe qui peut monter. On vous montre d’abord un petit film à la gloire de la société Petronas, des tours Petronas, de la Malaisie et de son pétrole. Vous regardez cela avec ces lunettes bicolores qui vous permettent de voir les images en trois dimensions, mais désagréablement floues. Ensuite, on vous enfourne dans un ascenseur dont la vitesse est telle que vous vous trouvez au centième étage (ou est-ce plus haut encore ? Je n’ai pas fait attention) en une dizaine de secondes. Ensuite, c’est la promenade, limitée à un quart d’heure, sur le pont dans le ciel.

Petro1

 

Petro2
 

Petro4

 

Petro5

 

Oui, c’est vrai, monter sur le pont dans le ciel, c’est très touristique, très badaud et très bateau, comme on dit, mais il faut avouer que c’est on ne peut plus impressionnant. Ces tours, c’est de la toute belle ouvrage – et comment qualifier la vue, d’un centième étage…

 

Le tour est cependant vite fait, et je bavarde un peu avec la guide qui nous a conduit ici, pour parler du sujet qui fâche : le terrorisme… Y a-t-il jamais eu le moindre accroc, dans les tours ? Non, quelques fausses alertes à la bombe, et c’est tout. Visiblement, la sécurité est rodée. Tant mieux.

 

Redescente vers les limbes du sous-sol. Quand on sort de l’ascenseur, c’est pour passer à travers un petit musée de la technologie et de Petronas associés, puis on reprend un escalier en colimaçon et on se retrouve dans l’immense shopping mall où l’on remarque que, depuis notre arrivée à sept heures du matin, tout s’est ouvert, que les bistrots dégagent des arômes de café tout à fait sympathiques, que les magasins de vêtement proposent tous des soldes, pour célébrer l’arrivée de l’an neuf, pour célébrer la fin du nouvel an chinois, pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance, pour célébrer le décès de la belle doche du patron.

 

Visiblement, les habitudes singapouriennes s’exportent bien.

02:59 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : architecture |  Facebook |

14/05/2007

Les pov' petites chauves-souris

Sur le marché, dans leur cage gardée dans l'ombre, les chauves-souris attendent, pas trop rassurées, le couteau du pharmacien. J'imagine qu'elles ne sont pas conscientes du fait qu'elles vont bientôt être trucidées, mais elles ont comme un soupçon du fait que le futur n'est pas rose pour elles.

bat

 

Pauvres petites bêtes, tiens. Je vais aller prendre un verre à leur santé.
 
Ca tombe bien, les happy hours viennent de commencer.
 
happy

 

Ce qui est chouette, à Yogja', c'est que les happy hours, ça dure longtemps.

03:51 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rafraichissement, animaux |  Facebook |

13/05/2007

Le marché aux oiseaux

A Yogja’, devant les ruines du palais des eaux, il y a un marché aux oiseaux. Tous les cicérones de la ville vous recommandent chaudement sa visite. En ces temps de grippe aviaire, rien de plus sain qu'une visite d'un marché aux oiseaux, bien entendu. Les cicérones, ce sont les vélotaxis qui, une fois qu’ils vous ont convaincu d’aller à l’endroit proposé, vous y véhiculent. Ensuite, ils essaient de se faire un petit extra en vous guidant, soit dans les ruines du palais, soit dans les ruelles du marché.

 

Ah, et puis, bien évidemment, en route, ils vous arrêtent devant une boutique de produits artistiques du cru – en d’autres mots, des batiks.

 

Si, pour la visite du palais des eaux, l’usage du cicérone est évident, car il faut s’y retrouver, dans ces ruelles tortueuses de l’ancienne vieille ville, désertée depuis que les touristes, à force de bombes antipathiques et musulmanes, ne viennent plus acheter de batik, il faut signaler qu’il n’est pas sans utilité, pour la visite de l’animalerie à ciel ouvert qu’est le marché aux oiseaux.

 

Sans être immense, le marché est grand, et divisé en quartiers : il y a celui des pigeons – les Javanais sont de toute évidence d’ardents colombophiles. Il y a celui de la nourriture pour animaux, en général, et pour oiseaux en particulier. Il  y a celui des autres oiseaux, incluant les poules vives, mais destinées au couteau du boucher, celui des lapins nains, celui des chauves-souris, celui de tout ce qui est saurien. Au milieu de tout cela, dans une odeur suffocante de merde et la fumée des kreteks, avec des plumettes qui volent jusque dans vos narines, il y a deux restaurants où clients et commerçants viennent se rafraîchir, ou prendre un morceau sur le pouce.

 

J’oubliais de signaler qu’avant même le marché, il y a un certain nombre d’échoppes qui vous vendent des cages – faites main, de toute évidence. Elles sont jolies, c’est vrai.

cage

 

Les pigeons, donc. C’est près d’un tiers du marché qui leur est dévolu. Dans deux ou trois ruelles un peu plus larges que les autres, on les entraîne au vol, à partir et revenir. Pour cela, rien de plus simple : dès que les mâles sont devenus de grands garçons, on a collé dans leur cage une femelle pigeonau tempérament de feu. Ils ont donc découvert les joies de l’amour avec ladite femelle et, quand on les lâche, on garde la femelle sous clé, bien entendu. En fait, une fois le pigeon lâché, monsieur l’entraîneur, usuellement, tient la femelle en main, et l’agite bien haut, pour que le pigeon sache où est sa jeune camarade. Il revient à la vitesse de l’éclair, en faisant des piqués qui rappellent assez bien les Stukas. Bizarrement, en effet, on leur colle à la queue un sifflet dont je ne vois pas très bien l’usage.

 

Ensuite, il s’installe sur la cage où Madame a été ré-enfermée et lui roucoule des fadaises, jusqu’au moment où on le relance dans les airs, qu’il repart faire un tour, et qu’il revient en piqué pour embrasser sa dulcinée. De plus, à chaque retour, on lui offre un petit quelque chose de bon à manger, ce qui l’amène vite à associer retour et avantages en nature.

 

Au bout de quelques jours, l’habitude est prise, et le pigeon revient sans qu’on ait besoin de lui agiter quoi que ce soit de loin, ou de le gaver de bonnes choses à manger.

 

insectsDu côté de la nourriture, pour y venir, c’est tout ce que nous connaissons, dans nos animaleries européennes, je suppose, avec un extra : des insectes attrapés je ne sais comment, qui se vendent pour une bouchée de pain – façon de parler, bien entendu – et dont les oiseaux de tout plumage et de tout ramage raffolent. Selon l'expression traditionnelle, ils vendraient leur vieille mère malade pour avoir l'un de ces insectes dans leur bec.

 

Ce sont les autres sections qui sont étranges : il y a des hordes de lapins, nains ou pas, dont je me demande bien ce qu’on peut faire – on ne rabbitmange pas de lapin dans le pays, et je ne vois que rarement quelqu’un acheter un mignon petit pinpin pour sa fifille ou son fiston. Tranquilles, ils sont là, sur des caisses en bois qui leur font office de cages, quand on les transporte ; à monter l’un sur l’autre ; à grignoter, côte à côte, une carotte ou une feuille de chou, tout en taillant une bavette, je suppose ; à regarder avec curiosité le monde qui les entoure.

 

Il y a les incontournables chiots. Que serait un marché aux animaux sans chiots, sans chatons… Ah, tiens, assez curieusement, pas de chatons ici.

 

Il y a de minuscules anguilles. Je crains bien qu’elles ne soient ici que pour servir de nourriture à l’un ou l’autre des animaux du marché.

ang

 

eagleIl y a des aiglons qui vous regardent d’un air hargneux. Il y a des chouettes minuscules, effarées, qui se demandent ce qu’elles font là. Il y en a de plus grandes, qui n’ont pas de réponse à la question non plus. Il y a des chauves-souris ; il y a des varans – des petits – et encore des salamandres de toutes races, de toutes couleurs, de toutes tailles.

 

Alors, les varans, vous expliquera votre cicérone, on les mange : c’est bon pour les douleurs musculaires et leur sang refait de vous un homme avec une érection comme les acteurs de films cochons.

 

Effectivement, j’ai déjà entendu ces billevesées en Thaïlande – à Hat Yai, plus précisément – mais c’était avec des serpents. Avouons une grosse saleté : j’avais même essayé, une fois pour voir, un alcool au sang de serpent, afin de voir si le résultat valait les promesses. Entre nous, ça ne fait pas plus d’effet que cela.

 

salamRevenons-en donc à notre petite cuisine médicale. Les salamandres… dépendant de leur race, on les utilise dans des préparations médicinales qui soignent des maladies de vieux : les rhumatismes, l’arthrite, les lumbagos, les intestins paresseux. Quant aux chauves-souris, elles passent elles aussi à la casserole du rebouteux : c’est bon pour la gorge.

 

Du temps que j’étais gosse, on faisait encore, dans les campagnes reculées, du sirop pour la toux à coups de limaces. Inutile de préciser que j’ai toujours fermement refusé d’en avaler la moindre cuillerée. Les hivers à la montagne, je ne prenais pas froid, et voilà. Et si je prenais froid, je réclamais haut et fort un rendez-vous chez le médecin.

 

Bouffer des limaces…

16:29 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : medecine |  Facebook |

12/05/2007

 De Bali à Java

Le gesthouse tout entier est intéressé par mon cas. Il est, dirait-on, rare de voir un voyageur décider de faire les îles en utilisant les ferries locaux. Alors que j’arrive, après avoir payé mon mototaxi, une Allemande, grande comme une tour, est la première à m’accueillir – le ouistiti dort – en m’annonçant qu’elle est bien contente de me voir revenir : s’inquiétant pour moi, elle avait été regarder sur internet les prévisions météos, et elles n’étaient pas réjouissantes : pluies violentes en route vers ici. Il va être midi et d’autres clients du guesthouse apparaissent, en partance pour leur leçon de surf, pour aller déjeuner, entre deux tours de mobylette à travers l’île, pour venir se ravitailler en crème de protection contre le soleil. Tous me saluent d’un Hello again ! dont l’intention humoristique n’est pas supposée m’échapper.

 

En fait, l’année est atypique, avec une mousson qui n’en finit pas, mêlée à de violents orages et à des demi-journées de temps absolument splendides, se terminant de manière étouffante, jusqu’au moment où un orage bienvenu, mais apocalyptique, nous débarrasse des degrés superflus. La mousson elle-même, étant à sa fin, ne serait pas trop dangereuse, mais les orages en plus…

 

C’est ensuite Madame la directrice qui me reçoit avec un grand éclat de rire, et me donne la clé de ma chambre… habituelle.  Ouai, bon. J’imagine qu’elle n’a pas de raison particulière de fondre en larmes pour faire semblant de compatir à ma peine. Et puis, soyons courageux : je dois avouer, au plus profond de moi-même, un certain soulagement. Depuis l’instant où j’ai vu le vapeur destiné à nous transporter jusqu’aux Célèbes, je n’étais plus absolument certain de vouloir faire ce trajet.

 

En fait, l’Indonésie, c’est gigantesque et c’est plutôt mal desservi par les transports en communs, d’une île l’autre, sinon les plus populaires : on peut aller assez vite de Java à Bali, de Bali à Java… et c’est tout. Un voyage routier de Jakarta vers le nord de Sumatra, je l’ai dit, c’est trois jours. Un voyage maritime vers les Célèbes, vers le Timor ou vers les Moluques, c’est… c’est à la grâce de Dieu. Le visa minimum, pour quelqu’un qui voudrait visiter un peu sérieusement le pays, ce doit être le visa de deux mois. Ou alors, on prend l’avion, pour aller d’un coin à l’autre. Mais on rate tant de choses, alors…

 

Bon, du coup, après avoir déjeuné avec la tour allemande, et lui avoir raconté sur le ton de la moquerie mes derniers déboires, je retourne chez mon amie la demoiselle de l’agence de voyage, me fais rembourser mon billet de paquebot et le remplace par un billet de bus pour Yogja. J’ai une journée, je la passe à me promener à nouveau dans Bali, à voir les temples domestiques et les bouteilles d’essence.

 

templeLes temples domestiques, je l’ai dit, sont infiniment plus nombreux ici que dans les pays bouddhistes traditionnels. Là où, chez les bouddhistes, un simple petit oratoire domestique fait l’affaire, pour honorer les ancêtres aussi bien que les esprits, ici, il faut des temples à tous les coins de la maison, et plusieurs dans le jardin. Ceux de la maison ne sont, usuellement, de des plates-formes en bois, placée aux endroits idoines, et sur lesquelles on pose donc l’offrande du moment. Dehors, par contre, ce sont de véritables monuments, et il y en a plusieurs, chaque dieu réclamant son oratoire à lui. Ca encombre.

 

Quant à l’essence en bouteille, ce n’est pas pour faire des cocktails Molotov, mais tout simplement parce que l’essence coûte cher, pour les malheureux Indonésiens. De ce fait, des petits malins l’achètent en contrebande, sans taxes, accises et imports divers, en grosse quantité, et la débitent à la bouteille d’un litre, dans l’arrière-cour ou sur la rue. Les flics ne remarquent rien.

 

PetrolLa vente des produits fraudés est basée sur la confiance de l’acheteur. Pour que tout le monde ait confiance, il y a quelques bouteilles standard, en ville, qui font que l’on sait, à la goutte près, ce qu’on achète et ce qu’on vend. C’est ainsi que les bouteilles de vodka Absolut ont une deuxième vie, à Bali. Placée côte à côte sur une étagère en bois, dans la rue le plus souvent, remplies uniformément du liquide idoine, elles ne restent pas longtemps sur l’étagère et le - pourrait-on dire, pompiste ? Disons le pompiste – le pompiste a fort à faire. Bonne publicité pour la Suède, en général, et pour Ikea en particulier.

 

A chaque instant, une mobylette s’arrête devant l’un ou l’autre magasin débitant de l’essence au litre, une jeune et frêle demoiselle descend de son vaillant coursier, fouille dans son sac. Quelques billets sont échangés, le contenu d’une bouteille de vodka Absolut est versé dans le réservoir, la jeune demoiselle enfourche sa noble monture et la mob’ repart en roulant droit, sans hoquet, sans rien.

 

J’ai posé la question à de multiples reprises, autour de moi, et si je dois en croire les réponses, il semble qu’il n’y a eu, à ce jour, aucun accident, aucune explosion, aucun incendie dans ces débits d’essence. Et le carburant débité doit être de qualité standard, car il n’y a pas de plaintes.

 

Il faut croire que nos mesures de sécurité à l’occidentale sont bien exagérées.

 

Retour en fin de journée au guesthouse, doudouces infinies au singe qui en couine de bonheur, douche, puis redémarrage dans l’une des gargottes où un cuistot de génie débite une nourriture bénie des dieux. Je me prends une bière ou deux, ou trois, et rentre tard me coucher. Le ouistiti ronfle légèrement. Avec presque une heure de caresses de ma part, la journée a été bonne pour lui. Espérons qu’un prochain voyageur me remplacera prochainement auprès de lui.

 

Je mets mon ordinateur en marche, pour m’écouter, en sourdine, un petit Momo. Exultate, Jubilate. Momo fini, je m’endors. Assez curieusement, parmi les Balinais, jamais personne ne s’est plaint du fait que je passais de la musique classique. Peut-être parce que, comme en Chine, le vacarme discordant qu’on appelle ici musique traditionnelle est tellement infernal que les Balinais n’osent pas râler, quand on leur fait entendre autre chose.

 

morningofferingLe lendemain, mon dernier jour, enfin, j’espère, à Bali, je me lève avec l’aube. A peine debout, douché et habillé, je vais me promener sur la plage, pour assister aux offrandes matinales aux dieux et aux démons de la mer. Il y a toujours une plagiste déléguée par ses petites camarades, qui se lèvent plus tard, pour faire le boulot essentiel : apaiser la fringale et la jalousie des dieux.

 

Puis petit déjeuner – il n’y a pas que les dieux qui ont faim - et préparation de mon baluchon, pour prendre le bus de nuit qui me conduira à Yogja. J’ai, maintenant, quatre jours avant de devoir quitter l’Indonésie, et me suis réservé un billet d’avion pour Kuala Lumpur, à partir de Jakarta. Aucune raison de traîner à Jakarta, qui est moche, et par contre, tout le plaisir de passer trois jours de plus à Yogja.

 

Le dernier jour, je prendrai un bus de nuit, je dormirai, pour ne pas voir les acrobaties du chauffeur, arriverai à la fine pointe de l’aube à Jakarta, sauterai dans le premier bus pour l’aéroport, où je prendrai mon petit déjeuner, et serai dans mon avion vers les dix heures. Arrivée à KL pour midi.

 

En attendant, me voici, dans le petit matin gris, à Yogja’, où le Mérapi continue à gronder sourdement.

 

Le bus était à moitié vide, j’ai pu dormir à peu près correctement. Un mototaxi me hèle et je le hèle de retour. Hmmm, redisons les choses : un mototaxi me harponne alors que je descends du bus, et je le laisse faire. Nous nous entendons sur une destination, le Karunia, et sur un prix. En voiture Simone.

15:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : java |  Facebook |

11/05/2007

Arrêt au port

Pendant la soirée, c’est exact, il y a un orage. Rien qui me semble bien sérieux mais, c’est exact aussi, la nuit, je dors – et j’ai même tendance à dormir profondément. Donc, le matin, après une grasse matinée tout à fait méritée, je me lève, me douche, m’habille, vais à la salle de restaurant dans le but de nourrir ce grand bête corps qui crie famine et là,  innocemment, la bouche pleine, pendant que Madame distribue les offrandes divines et diaboliques par ci, par là, je m’enquiers de savoir s’il y a eu une tempête la nuit dernière.

 

Madame m’assure qu’aux infos, le monsieur de la météo a bien parlé de pluies diluviennes (elle ne connaît pas le mot, mais c’est ainsi que j’interprète son loooooooots of rains). Qui plus est, dans le journal local, en première page, s’étalent les photos de noyés, retrouvés sur la plage de Sanur. On n’a que le bien que l’on se donne, et le voyeurisme morbide est certainement, si je ne l’ai pas déjà dit, le péché mignon des Indonésiens.

 

Dans ce cas, Madame traduisant la légende qui se trouve sous les photos, ce sont des victimes de la dernière tempête, et non de celle de la nuit précédente. Il n’empêche : la vue d’une pile de cadavres, dans la position grenouille typique des noyés, c’est quelque chose qui vous refroidit. Il est certain que je regarderai le bateau qui nous transportera d’un autre œil, et les nuages qui passent itou. Mon voyage précédent en Indonésie date d’une époque bénie au cours de laquelle il ne pleuvait pas, au cours de laquelle le soleil tapait autant qu’il le pouvait, où je sortais une main prudente, de dessous la tente dressée sur la barcasse, pour la tremper paresseusement dans l’eau et faire un sillage parallèle au bateau. C’était enfantin, mais c’était rafraîchissant aussi.

 

J’ai vite appris que cela était extrêmement dangereux, par ailleurs. Mais cela, c’est une autre histoire.

 

Retour vers ma chambre avec un arrêt doudouces auprès du ouistiti. Quand il vous a, il ne vous abandonne plus. Ainsi, après une dizaine de minutes dans mon cou, pris d’un besoin pressant, il descend au sol et, me tenant fermement par l’orteil, pour que je ne m’échappe pas, il fait son petit pipi avant de remonter le long de ma jambe, jusqu’à mon épaule. Le mot de la fin appartient à un autre client de l’hôtel qui, en partance, nous voit ensemble, qui a vécu la relation que je vis maintenant avec le ouistiti, et qui dit l’évidence : he is so lonely ; il est tellement seul. Comment peut-on faire vivre une vie pareille à un animal. Il me faut l’abandonner, et ça ne va pas sans difficultés.

 

Retour avec mon mototaxi habituel jusqu’à la jetée où le bateau nous attend toujours – un peu penché, me semble-t-il. La flotte qui envahit les cales, je suppose…

 

Le nombre de passagers me semble avoir augmenté. Bien entendu, il est difficile de savoir qui est quoi, dans la foule, puisque chaque passager est, selon la coutume, accompagné d’une foule de parents et de parentes, destinées, quant à ces dernières, à jouer les pleureuses lors du départ. Mais il ne serait pas surprenant que le nombre de passagers ait augmenté. Chaque jour amène son nombre de voyageurs et si un bateau traîne au quai… Instantanément, cela me fait penser à ces reportages concernant les bateaux qui coulent en Indonésie : il y a toujours un manifeste sur lequel on voit bien que le capitaine a accepté deux fois plus de passagers que la sécurité du navire ne l’autorisait. Le nombre de noyés, quant à lui, prouve que le manifeste, c’est de la daube et qu’il y avait, au bas mot, quatre fois plus de passagers que de normale.

 

Passagers, cela veut dire, cargo, poids, déséquilibre.  

 

En attendant, j’ai retrouvé ma famille composée d’un voyageur et de six éplorés. Je leur reconfie mon baluchon et repars me promener. Si ça bouge, ça fera tellement de bruit que j’aurai tout le temps de revenir avant qu’on embarque. Maintenant, je me promène sur le quai, plus loin, jusqu’à un énorme hangar autour duquel l’activité ne cesse pas. C’est du travail à la chinoise, avec des centaines de portefaix qui se suivent à la queue leu leu. Parmi eux, de très vieilles dames qu’on ne s’attendait pas à voir ici.

working

 

L’Indonésie est l’un des plus gros producteurs de pétrole du monde. Visiblement, l’argent du pétrole ne va pas dans toutes les poches. 

 

Partout, en Asie, en Océanie, on voit des enfants travailler avec leurs parents, et des vieillards remplir leur tâche tant qu’ils en sont capables. Les Européens ne savent pas leur bonheur.

 

Il doit être pas loin de seize heures quand j’entends une rumeur sur le quai. Bien évidemment, je m’empresse d’aller y voir. Une annonce vient d’être placardée : à la suite de problèmes techniques

 

Bon, c’est cuit. Je ne saurai pas si c’est la faute au temps, ou la faute aux pirates, ou la faute à la machinerie du vapeur qui devait nous transporter. Retour à la guesthouse – ça fera bien rire Madame ; le ouistiti sera ravi – et préparation de mon retour vers Jakarta.

12:59 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marine, travail |  Facebook |

10/05/2007

Mer, Pirates, Tempêtes, tout ça...

Quatre jours plus tard, je suis dans un bus de nuit – enfin, de nuit – qui roule ver Yogja’. Encore à ruminer l’échec de mon essai de voyage vers la Papouasie. Enfin, bon, n’en rajoutons pas. C’est un peu vexant, mais demain sera un autre jour et si ce n’est pas ce coup ci, ce sera la prochaine fois.

 

Quoiqu’il en soit, pourtant, à l’agence, ça n’avait pas trop mal commencé. Le trajet que nous avons médité avec Mademoiselle semblait jouable et je m’étais donné deux jours de battement, vu que l’Indonésie… Les problèmes avaient commencé, cependant, dès les premiers coups de téléphone, dans le but de réserver une place, pour passer de Peninda à Barat. Le premier segment, comme on dit dans le monde du voyage, avait pû être réservé sans problème, mais ensuite, toujours la même réponse : «pas de bateaux, à cause des pirates ». Et puis, miracle, un bateau en partance vers Makassar. Rien ensuite, rien que l’on puisse savoir. Bon, m’étais-je dit, je prends toujours le billet pour Makassar ; on verra sur place.

 

Au désespoir de ma vendeuse, j’avais donc alors arrêté les frais, avais réservé mon premier voyage seulement, et n’avais pas pris en considération le billet d’avion qu’elle s’évertuait à me placer, pour faire plus simple. De toute manière, c’était, pour arriver en PNG, un périple assez biscornu aussi, et pas exactement gratosse. Ou alors, c’était voler de Denpasar à Jakarta, puis de Jakarta à Jayapura. Moins cher, mais tellement banal…

 

Le départ pour les Célèbes était annoncé pour le début de l’après-midi. Connaissant mes bestiaux, j’aimais autant être au terminal à l’heure… Les départs en retard, on peut attendre, mais les départs en avance, on ne peut pas nager, vu les requins ; on ne peut pas suivre dans une barcasse, avec l’espoir de rattraper le ferry, vu les pirates ; on reste tout bête, sur la jetée, à voir la fumée qui s’échappe, dans le lointain, de ce qu’on devine être la cheminée du tas de ferraille rouillée qui s’éloigne. Et ça, je n’y tenais pas. Départ donc, sur la mer de Java, et j’allais en être.

 

Voyage retardé. Je me promène sur la jetée qui n’est pas fort intéressante, après avoir confié mes bagages à une famille éplorée dont un membre est de la partie. Au bout de deux heures d’attentes et de promenades sur la jetée, voyage annulé. Voyage annulé à cause de … à cause de quoi, au fait ? On parle d’abord d’un incident technique. Vu l’état du ferry, ce ne serait pas particulièrement étonnant. Le bateau doit avoir été construit après la première guerre mondiale, mais tout juste, tout juste. C’est bien simple, son étrave est droite. Vu son grand age, je lui suppose une chaudière plutôt qu’un moteur, et je ne serais pas particulièrement surpris si la chaudière, donc, était fichue.

 

Puis, on en revient au sujet lancinant, dans les mers de Chine, de Java, dans toutes les mers qui entourent les îles indonésiennes : les pirates. Il faut dire que le sujet doit mériter qu’on l’aborde sur radio-trottoir, puisque même les média locaux acceptent, du bout de lèvres, certes, mais quand même, d’en parler. Il n’est pas une semaine sans qu’on publie un petit article relatant la disparition d’un bateau en bon état (très important, cela) lors d’une journée de mer étale, ou l’apparition, sur la côte, de quelques morts tués par balles et qu’on ne puisse accuser que les pirates. Bien entendu, on ne prête qu’aux riches mais, dans ce cas, il semble bien que les pirates ont tout fait pour se rendre populaires dans la région. Finalement, je comprends les familles éplorées qui entourent les voyageurs, comme si elles les conduisaient à l’échafaud. Rester dans cette ambiance une journée entière, et je commence moi-même à regarder la mer d’un air inquiet.

 

Enfin, un message officiel : le bateau ne partira que demain, vu qu’il y a une tempête qui approche et qui doit passer sur Bali, et sur les mers avoisinantes, pendant la nuit. Dans le brouhaha qui succède à l’annonce, je bavarde avec mes voisins. Bon, une tempète, soit, je veux bien, mais les tempêtes que j’ai vues jusqu’à présent, ici, c’étaient tout simplement des hallebardes qui tombaient ; c’est ça qui fait peur au capitaine ? Ah, oui, me répond-on, mais c’est que je n’ai connu, pendant la mousson, que la terre. Ca, c’est exact. La mer, précise-t-on, devient agitée au possible, quand il y a tempète et est-ce que j’ai vraiment envie de me trouver sur une mer agitée avec ça ? Ca, c’est le tas de rouille qui est supposé nous transporter à Makassar. A dire vrai… Vu le nombre de passagers, la taille du navire et le peu de centimètres qu’il y a entre la rambarde et l’eau… j’aime autant que la mer soit calme, c’est vrai.

 

Bon, retour à la guesthouse, sous des nuages qui sont devenus particulièrement menaçants, et départ prévu pour le lendemain, midi. Le petit ouistiti défaille de bonheur, en me voyant revenir.

13:12 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/05/2007

Les offrandes aux dieux et aux diables

J’ai sept jours devant moi : d’abord, départ vers les Célèbes. De là, j’aurai une possibilité de trouver un rafiot quelconque, qui me conduira au Moluques et, de là, jusqu’à Port Moresby.

 

Quand on veut aller sur les Célèbes, c’est un bac qui part, tous les jours, du port de Sanur, jusqu’à celui de Toyapakeh, sur l’île de Peninda. De là, on se trouve une barcasse qui peut aller jusqu’à l’île de Barat et, de Barat, on traverse, d’île en île, l’archipel de Barat jusqu’au moment où on oblique soit vers les Célèbes, soit vers Komodo. Ensuite, Maluku, puis l’Irian Jaria, et j’essaie de passer dans les temps la frontière de la PNG, à Jayapura. Il y a, bien entendu, toujours la possibilité aérienne, mais ce serait trop facile.

 

Quoique.

 

Si je me souviens bien, la dernière série noire de catastrophes aériennes qui a marquée l’Indonésie a commencé, il y a deux mois, avec un Adam Air qui s’est aplati dans les collines qui bordent l’aéroport de Makassar – qui serait ma première grosse étape.

 

Mais aussi, mon intention est de faire un voyage intéressant, pas de disparaître en chaleur et lumière, avec cent cinquante autre passagers d’un avion anonyme.

 

ChambreDécision prise, je dors comme un bébé. Le lendemain alors qu’une tornade nocturne s’éloigne, je quitte ma chambre pour un petit déjeuner roboratif à la terrasse du guesthouse. Ma chambre – et je suis logé, cependant, dans un hôtel modeste – est une pièce immense qui fait la moitié d’un bungalow, lui-même situé au milieu d’un jardin fleuri de tout ce que Bali peur offrir en terme de fleurs. Les orchidées abondent et, devant chaque chambre, sur la terrasse, il y a un petit temple portatif.

 

morningoffering3A la différence des liturgies domestiques bouddhistes à la Birmane, la Thaïlandaise, la Laotienne ou la Cambodgienne, qui ne réclament, pour le culte des ancêtres et l’appel à la bonne volonté des esprits, qu’un petit temple dont il faut s’occuper une fois par jour, en y posant une mangue, un verre d’eau, quelques bâtonnets d’encens, tout cela accompagné d’une courte prière, le culte hindoustani exige des offres partout où il est humainement possible d’en déposer. Les dieux et les démons sont légions ; tous veulent leur petit cadeau du matin, leur petit cadeau du midi, leur petit cadeau du soir. Je me suis demandé s’il n’y avait pas une requête pour un petit cadeau de la nuit, mais je n’ai jamais osé demander.

 

morningoffering2Il y a, ainsi, dans les bureaux, dans les hôtels, dans toutes les collectivités, une personne en charge de la distribution des offrandes dans le bâtiment. A l’heure dite, elle fait une petite prière devant le temple domestique fait pour ça, met une ceinture qui la fait reconnaître, aux diables et aux bons dieux, comme étant la mère dispensatrice des offrandes (oui, c’est toujours une femme), fait le tour des chapelles et des endroits désignés – portes, fenêtres, dessus de meubles ou dessous de bureau - y déposant, dans un ordre précis, des fleurs, une bouchée de riz, trois bâtonnets d’encens. Elle asperge le tout de quelques gouttes d’un parfum bon marché. Un prêtre est passé, ou un spécialiste, qui a déterminé tous les endroits où dieux et démons attendent le déport de la provende.

Offering

 

Si l’affaire périclite, si l’hôtel n’a pas de client, c’est qu’on a oublié de nourrir l’un ou l’autre dieu ou démon. Soit, c’est négligence de la personne en charge de la distribution – si tel est le cas, elle est chassée sans pitié – soit c’est que le premier spécialiste n’avait pas fait son travail de recherche correctement. On commence en chassant le distributeur – après tout, si la boite va mal, il y a des gens en trop, n’est-ce pas… Après un certain nombre de chassés, si les affaires ne vont pas mieux, on rappelle un prêtre. Sur les pas de son prédécesseur, il refait le tour du propriétaire, découvre ou ne découvre pas le démon oublié auquel il faudra offrir dorénavant son dû, ou l’endroit oublié, où il faudra dorénavant déposer un petit quelque chose aussi.

 

S’il le découvre, et qu’on suit scrupuleusement ses recommandations, les affaires reprennent, les clients viennent, la vie est belle. S’il ne trouve rien… mais est-il jamais arrivé qu’il ne trouve pas un endroit oublié ? J’en doute.

 

Ce que je ne sais pas, c’est comment l’histoire se termine, avec le premier spécialiste qui avait oublié un dieu ou un démon, ou un endroit, menant l’entreprise à sa ruine. On lui fait un procès ? On lui envoie des mafiosi Siciliens, avec revolvers chargés, chapeaux mous, chaussures bicolores et cravates à ramages ?

 

Tout ça pour dire que ce matin, alors que j’arrive à la cantine, Madame est en train de terminer la distribution des cadeaux. Pendant ce temps, un chat glisse sur le toit, tombe de l’étage droit dans un aquarium dont il bondit comme un diable de sa boite et, l’air indigné, file se cacher. On ne le reverra plus de sitôt. Les chats et l’eau… comme c’est l’un des chats de la maison, il est difficile d’imaginer qu’un dieu vient de chasser un esprit néfaste, pour remercier Madame de ses dons quotidiens, mais il est toujours possible que le chat ait été saisi par un démon maléfique. En tout cas, les poissons rouges ont dû avoir un choc.

 

HOtelIl y a bien un singe, dans un coin, mais il est gentil, lui. C’est un adorable ouistiti, enchainé par la propriétaire du guesthouse et visiblement en manque d’affection. Chaque voyageur qui s’arrête à lui faire des doudouces devient son ami pour la vie. Il s’y accroche, le tient de ses quatre mains, pose sa tête sur son épaule, lui fait des papouilles, des baisers dans le cou, gémit en se tordant les bras, quand on l’abandonne. Une fois que vous l’avez quitté pour de bon, il sèche ses larmes et se rabat sur un bout de banane, pour se remonter le moral. Mais la banane, c’est vraiment un pis aller.

 

Petit déjeuner, départ pour l’agence de voyage du coin, dans le but d’arranger mon départ pour les Célèbes – Sulawesi, qu’on dit, ici.

13:07 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, animaux |  Facebook |