15/04/2008

Un trek en Papouasie

Mon baluchon laissé à l’hôtel, sous la sainte garde du propriétaire de l’établissement, je démarre avec Samuel. D’abord, nous marchons de concert, dans la rue principale de Sentani, lui devant, moi derrière. Bien vite, nous prenons un chemin perpendiculaire, qui se dirige vers la montagne contre laquelle Sentani s’adosse. Après une centaine de mètres, nous arrivons à la fin de la ruelle, devenue déjà étroite : un papo7chemin s’enfonce, entre deux buissons luxuriants, la dernière maison du village tout juste passée.

 

Après la maison, c’est la nature, la vraie… le revêtement de ciment laisse place à de la terre battue, caillouteuse, semée de touffes d’herbes et de flaques d’eau. Après avoir salué les copains qui sont là, à préparer leur journée de travail, Samuel se retourne vers moi, m’observe d’un œil critique, regarde une dernière fois mes chaussures de marche – bien légères, comparées aux siennes, qui rappellent fâcheusement des chars d’assaut soviétiques  – et nous y allons.

 

Ah, oui, les chaussures de marche… J’ai été habitué, en Asie du Sud Est, à voir mes guides se promener en flip flops, et s’en trouver bien. Là où tous les falangs chutaient lourdement, quoiqu’équipés de tout ce qui devait aider à la promenade, les guides en flip flops passaient aisément. J’ai donc pris, avec les années, l’habitude de faire mes promenades dans la forêt vierge sans m’équiper outre mesure. Sauf ici, en Papouasie, vu tout le mal qu’on a pu me dire de la nature locale.

 

L’avantage de la Papouasie, c’est qu’il y fait nuageux. Les journées sont lourdes, il fait chaud, mais pas mourant. Et puis, il pleut, dès que la température monte.

 

Ca, c’est bien, quand on est, en fin d’après midi, sous un toit, ne serait-ce qu’une toile de tente.

 

Par contre, c’est moins drôle, quand on est sous la pluie, sans la moindre protection, vu que quand ça pisse, ça pisse dru.

 

apa2L’hypothèse selon laquelle, dès qu’on est dans la montagne, on peut éviter la pluie en dépassant les nuages, se révèle complètement fausse. Nous avons marché toute la journée, de plus en plus haut, jusqu’au moment où nous traversons les nuages, ce qui vous trempe jusqu’aux os. De plus, les sentiers deviennent particulièrement humides, et je commence à comprendre les chaussures dignes de l’Himalaya que porte Samuel.

 

Au départ, je le regardais avec un certain amusement ; maintenant, je sais que s’il a d’énormes chaussures de montagnard, ce n’est pas juste pour faire joli. Mes chaussures à moi, malgré un dessin raisonnable, qui ferait d’elles de bonnes chaussures de randonnée en Corse, ne parviennent pas à m’aider à tenir sur le chemin sans glisser dangereusement, avec régularité.

 

Heureusement, Samuel me rattrape d’une main sûre.

 

Heureusement aussi, pour mon petit orgueil, Samuel glisse parfois aussi. Moins souvent que moi, certes, mais quand même.

 

Peut-être, pour mon petit orgueil, le fait-il exprès ?

 

Une fois arrivés aux nuages, nous continuons à marcher, dans une humidité qui vous perce, et dont il semble impossible de se défaire. Je ne sortirai jamais mon appareil photo de toute la promenade, soit que nous descendions sous les nuages, et recevions quelques gouttes, toujours néfastes à l’électronique, soit que nous nous trouvions au milieu des nuages, dans une humidité qui doit vous préparer des rhumatismes particulièrement croquignolets, vingt ans à l’avance.

 

Que dire, au bout d’une semaine de promenade dans les montagnes de Papouasie ?

 

S’il fallait dire une chose seulement ? Alors, ce serait celle-ci : la Papouasie est probablement l’antichambre de l’enfer.

 

On va en Papouasie, et on y reste, en tant que promeneur, pour prouver quelque chose, pour se le prouver à soi-même, ou pour le prouver à quelqu’un.

 

Je suis en Papouasie pour Alix, pour Samantha, pour Marie, peut-être, certainement pour Antoine, et peut-être même pour moi.  Pour prouver quelque chose à l’égard de mon passé, pour me prouver quelque chose.

 

Il me fallait, pour Alix et en son souvenir, réaliser le rêve que nous caressions, les soirs d’hiver parfois, quand nous étions deux étudiants désargentés vivotant à Lille, et traînailler jusqu’à cet endroit où Corto traînaillait.

 

Il m’a fallu venir jusqu’en Papouasie, et je devrai aller jusqu’en Nouvelle Bretagne, pour Samantha, en souvenir d’une soirée au cours de laquelle nous avons imaginé aller vivre, seuls, en amoureux, sur une île passée Rabaul, dans l’Archipel Bismarck.

 

Il me faut marcher dans la jungle d’une île perdue, à la vague recherche d’oiseaux du paradis, d’émeus et de kangourous, à éviter des plantes venimeuses, pour peut-être, un jour, susciter l’intérêt d’un petit garçon, devenu grand, qui me demandera, méprisant, amusé, ou horrifié, si j’ai vraiment été faire ces promenades de fou.

 

Je suis ici pour Marie, encore, et peut-être, comme je le disais, pour moi-même, afin de voir si je suis capable de réaliser mes folies les plus folles ; si je peux, devenu prétendument adulte, continuer mes jeux adolescents.

 

Oui, la réponse est oui : au championnat de celui qui fera les plus grosses conneries, je suis, pour le moins, nominé ; j’aurai peut-être même bien droit à l’Oscar. Mais je râle. De toute évidence, à ce que je vois, je suis conscient de ma sottise, et je ne cherche pas le suicide. Ce n’est pas plus mal.

 

La Papouasie est extraordinairement montagneuse. Quand nous ne montons pas, nous descendons. Tout est raide, et les sentiers sont glissants. Parfois, on peut se tenir à une liane, que ce soit pour monter, ou pour descendre, parfois non – avec ou sans liane, c’est de toute façon bien casse-gueule.

 

Samuel, parfait dans son rôle de guide, parvient à m’éviter le pire, prévenant chacun de mes gestes malheureux, quand je vais m’appuyer sur un tronc qui se révèle couvert d’insectes dont la seule intention est de me faire du mal. Il m’indique du doigt l’une ou l’autre plante à la fois carnivore et empoisonnée, ce qui permet un arrêt, une courte observation, et un redémarrage d’un petit Papou en sueur, accompagné d’un petit blanc en nage. Chaque jour, nous marchons cinq ou six heures, avant, pour moi, de tomber de fatigue sur une toile de tente placée à deux pas d’une rivière courante, pendant que Samuel prépare du thé, et un repas spartiate pour lequel je le remercie d’une voix mourante.

 

Quant à lui, toujours frais, toujours gai, il n’y a pas à dire, il mérite son salaire.

 

Chaque fin d’après midi, donc, nous arrivons près d’une rivière courante, dans laquelle je vais tremper mes pieds – rarement plus – dans laquelle je rince mon visage, avant de retourner, trébuchant de fatigue, jusqu’à la toile de tente sur laquelle Samuel vient de dresser un chapiteau sous lequel nous dormirons.

 

apa3Un petit feu crépite – je ne peux même pas imaginer comment il a fait pour l’allumer – et bientôt je reçois une tasse de thé sucré qui me remet d’aplomb. Quand j’ai l’air d’être remis, Samuel m’abandonne une petite heure, pour vaquer à l’une ou l’autre chose. Comment peut-il encore marcher, après le trajet que nous venons de faire ? Il revient, prépare le repas, me dit tout le détail de la région, de ce que nous avons vu et de ce que nous verrons. Puis, il s’installe sur un rocher et dessine.

 

Chaque jour, nous voyons, en coup de vent, un animal extraordinaire, ou un autre : des oiseaux aux couleurs chatoyantes, des insectes d’une taille désagréable, des singes qui restent dans la distance, curieux, mais méfiants.

 

Il n’y a pas, en Papouasie, d’orang-outang amitieux et prêt à vous sauter dans les bras.

 

Deux ou trois fois chaque jour, lors de notre périple, Samuel s’arrête devant une branche brisée, une herbe écrasée, et m’annonce, soucieux qu’un animal au nom papou imprononçable, mais un animal dangereux, en tout cas, vient de passer. Je ne sais trop si Samuel me bourre le mou, mais ce qu’il a pu me montrer de manière certaine, quand on est passé devant des plantes carnivores, me fait penser qu’il ne se moque pas de moi.

 

Les plantes carnivores, ce ne sont pas les monstres nés de l’imagination du dessinateur de Bob et Bobette, qui vous attrapent un héro de bande dessinée juste comme ça et que seul Jérôme peut stopper net dans leurs intentions meurtrières. Ce sont, usuellement des plantes d’une taille modeste, dont une feuille vous caresse le mollet, au passage. La feuille est couverte d’une crème poisseuse et délétère, qui vous tue une petite bête qui lui resterait attachée, ou qui vous colle une infection douloureuse dont il vous faudra plusieurs jours pour vous remettre.

 

Trempé de sueur, je remonte mes chaussettes.

 

Au bout d’une semaine, donc, je n’aurais pas vu d’oiseaux du paradis, ni de kangourous sauvages.

 

J’aurais vu quelques papous qui vivent à l’age du silex et de l’appareil photo digital réunis, avec, comme lien entre les deux, les paquets de cigarettes que l’on est supposé offrir pour prendre une photo. Je n’ai pas trop envie d’exhiber les dépouilles d’un peuple génocidé culturellement et physiquement, d’un peuple devenu mendiant, et je n’ai donc pas pris de paquets de cigarettes avec moi.

 

apa1J’aurai vécu dans une nature luxuriante et dure ; serai arrivé au bout de ma force, chaque soir. Je rentre à Sentani, le septième jour, en fin de matinée, en remerciant les dieux d’être encore vivant, sale comme un cochon fraîchement sorti de la soue. Je remercie Samuel qui a toujours l’air raisonnablement frais, lui ; m’assois immédiatement dans le premier fauteuil en skaï ; savoure la douce assise sur laquelle mon derrière est posé ; reçois mon baluchon de la part du patron et vais d’un pas lourd jusqu’à la chambre qui m’a été réservée, après avoir remercié une dernière fois Samuel pour l’intéressant périple qu’il m’avait préparé.

 

Sur mon chemin, je sème de la boue, des morceaux de feuillages. Le fils de la maison tient mon sac jusqu’à ma chambre, devant laquelle il m’abandonne. A peine rentré, je me déshabille, sors de ma coque toute de transpiration et de crasse, jette tous mes vêtement usagés dans un coin, et vais me laver, de la tête aux pieds, avant de tomber sur mon lit.

 

Bientôt, je me redresse, vérifie les dégâts, les écorchures : pas grand-chose. Juste un mal aux pieds, aux genoux, aux mollets, aux cuisses, aux articulations des hanches.

 

Guillaumet, nous voici…

 

Une couche de baume du tigre, partout où ça fait mal. Je me rhabille de frais, de ce que j’ai prudemment gardé à l’hôtel dans ma valisette à roues. Puis je redescends, en flip flops, enfin, avec un tas de loques puantes que je tiens à bout de bras, et que je donne à Mlle au comptoir, pour une lessive bien méritée.

 

Samuel repassera au cours de la journée pour récupérer le sac à dos qu’il m’avait prêté.

 

Ensuite, je sors d’un pas faible et hèle un moto-taxi, pour aller jusqu’au prochain coiffeur chic du coin : un vrai et bon champoing, avec de l’eau chaude, et un rasage : c’est tout ce dont je rêve. Une fois cela obtenu, je rentre à l’hôtel et tombe dans mon lit grinçant pour une bonne sieste. Il est midi à peine passé; je me réveillerai alors que sept heures sonnent – façon de parler – avec une faim de loup.

18:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/04/2008

Jayapura

pa1pa3Jayapura même est tristounette et moche.

 

Jayapura, c’est la capitale… Ce sont deux rues parallèles, avec des trous en forme de nids de poules, tout le long, des trottoirs qui rappellent les tranchées de la première guerre mondiale, après une préparation d’artillerie, des poubelles jamais ramassées, mais souvent fouillées, qui ornementent les tranchées indiquées avant.

 

papo2papo3Entre les deux grand’ rues, il y a quelques ruelles étroites, glissantes, puantes d’ordures, avec un ruisseau au milieu, qui transporte ce qu’il peut jusqu’à un trou, ou une petite mare qui fait le côté de la ruelle. Des chiens squelettiques, couverts de gale, et des chats qui ne valent pas mieux, à la queue soit écourtée, soit cassée, soit encore tordue, et qui tiennent absolument à venir se frotter à vos mollets. Ca les distraits de rats qui se promènent, tranquilles, d’un tas d’ordures à l’autre, à fouiller paisiblement le garde manger à ciel ouvert qui leur est proposé.

 

Une rivière – non, plusieurs ruisseaux, qui se joignent quelques dizaines de mètres avant l’entrée dans la bourgade – coule à travers Jayapura, passant comme elle le peut à travers des amas de carton pourrissant, de plastique qui grisaillent tout doucement. Les gosses jouent au milieu de ce qui n’est rien d’autre qu’une décharge publique.

 

papo4La ville se termine après une centaine de mètres, et des banlieues bâties à la comme on peut, qui rappellent fâcheusement les favelas brésiliennes, grimpent sur le flanc de collines aux pentes abruptes. On peut y monter, à coup de chemins tracés entre les bicoques, et cimentés ainsi que, quand il pleut, une rivière grise traverse le quartier sans emporter les maisons. Dans chaque maison, ou presque, bruisse la télévision, dont le bavardage inane est presque couvert par le chant des oiseaux en cage.

 

Les petits Papous jouent nus, ou parfois vêtus d’une harde à trous, dans la rue, ou dans la rivière, usuellement entre eux, parfois avec les petits immigrants, tout aussi misérables qu’eux.

 

papo10C’est pauvre et pittoresque ; c’est moche et, cependant, le sourire des gosses, quand vous passez, rend tout joyeux. Je prends, parfois, une photo, pour la leur montrer. Ils sont ravis.

 

On quitte vite Jayapura, pour aller voir les campagnes. D’abord, parce qu’il n’y a rien dans les villes, ensuite, parce que Jayapura, ce sont trois hôtels prétendant au trois étoiles – standard indonésien – et vous proposant, dès lors, une chambre médiocre pour un prix effrayant. Il faut donc aller loger à l’extérieur, aux frontières de l’inconnu, afin d’être à deux pas de la jungle, et de pouvoir trouver un guide à un prix civilisé. Ceux qui vous ont harponné, à la sortie du bateau, vous offrent des promenades d’une semaine, dans la jungle, à des prix pharaoniques.

 

Alors que je quitte le terminal de Jayapura, je prends donc un pick up qui va, par petites étapes, jusqu’à Sentani. Sentani, c’est la première étape de mon périple ; c’est une minuscule bourgade avec quelques hôtels, aussi, vu que l’aéroport est à deux pas.

 

Mon premier pick up me conduit jusqu’au centre ville – enfin, centre ville – de Jayapura. Là, je dois quitter celui-ci pour prendre un microbus, avec mon baluchon, pour aller de Jayapura à Entrop – une petite bourgade située à un bon quart d’heure de Jayapura. Là, je devrai encore changer, une, non, deux fois, avant d’arriver à Sentani, dix kilomètres plus loin, à tout casser.

 

Eeeeh beh…

 

papo9papo8A dire en faveur du système, c’est que, comme on paie chaque section de manière séparée, on a le sentiment que rien ne coûte cher. Mille roupies ici, cinq cents là… On ne dépense rien. J’arrive, après trois – non, quatre – trajets différents, à Sentani. La grand’ route n’est que plaies et bosses, avec des gravillons noyés dans une terre humide sur les côtés. Il pleuvra bientôt, ou il vient de pleuvoir.

 

Quand j’arrive à Sentani, monsieur le conducteur me fait signe de rester dans le véhicule. Il m’abandonne un peu plus loin, me signalant, du geste, qu’il y a, à gauche, à droite, partout, des hôtels.

 

Après un petit tour, force m’est de constater qu’il ne m’a pas menti.

 

C’est jusque que les hôtels locaux rappellent fâcheusement ceux que l’on décrit dans les récits de voyage du seizième siècle.

 

Celui sur lequel je jette finalement mon dévolu me propose, pour dix dollars, ce qui est cher, pour l’Indonésie, une chambre avec un mandi inclus - mais quel mandi… : un coin raisonnablement propre, je dois l’admettre, que je dois partager, sans enthousiasme, avec une colonie de cancrelats – et dans laquelle, je le remarquerai au milieu de la nuit, les rats courent, à la recherche d’un petit quelque chose à manger.

 

papo6Heureusement, c’est pour une nuit seulement : dès mon arrivée à Sentani, devant le comptoir d’arrivée de mon hôtel, j’ai été abordé par un Papou souriant, aux mollets musculeux, parlant bien l’anglais, et qui m’a proposé, pour un prix honnête, une promenade d’une semaine dans la montagne. Ca me reviendra, après discussion, tout inclus, un million de roupies. Une fortune ici, mais bah, je suis venu pour cela, donc allons-y.

 

A dire en faveur de mon guide, il ne me dore pas la pilule : si je veux voir des oiseaux de paradis, je suis dans la mauvaise région. Les chances d’en voir sont infimes, dans le Nord du pays. Il me faudrait affréter un avion, à Sentani, afin d’aller dans le sud. Or, non seulement affréter un avion vous coûte une fortune, mais il n’y en a pas toujours à portée de main. Les avions qui parcourent la Papouasie sont, pour la plupart, de petits monomoteurs quatre places, pilotés par les curés qui tentent de répandre la bonne parole, contre les animistes, les confrères de sectes concurrentes, les musulmans et les termites qui bouffent tout.

 

Bref, ce ne sont pas des marrants et ils font feu de tout bois pour gagner quelques sous, dans le but de pouvoir commander l’un ou l’autre gadget, destiné à attirer le papou agnostique ou – horresco referens - apostat.

 

Tout ça pour dire que le siège d’avion, quand on le trouve, est cher.

 

Je visiterai donc, en Papouasie indonésienne, ce qui peut l’être. La nature est sauvage, dangereuse, belle et, si je ne vois pas d’oiseau du paradis, ni ne les entends, je devrais par contre apercevoir des kangourous.

 

Le lendemain matin, lesté d’un médiocre petit déjeuner, avec beaucoup de thé, j’attends, mal reposé, Samuel, mon guide. Il arrive à l’heure dite, avec un sac à dos plein de tout ce qu’il en terme de nourriture et de matériel de couchage. Il a un deuxième sac pour moi – je suis toujours, dois-je le rappeler J avec ma valisette à roulettes, bien utile partout… sauf dans la jungle – dans lequel je fourre chaussettes, caleçons, t-shirts, deux paires de shorts et quelques affaires de toilette.

 

A la fin de mon chargement, je dois avoir, dans mon sac, à tout casser, six ou sept kilos. L’expérience me rappelle que lors d’une promenade dans la nature équatoriale, on apprend vite à mûrir dans son jus : tout sauf s’embarrasser de superflu.

09:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

09/04/2008

Le Blues des Papous

L’histoire de la Papouasie indonésienne, c’est l’histoire bien noire d’une colonisation parmi les plus  brutales qui aient jamais été, d’un ethnocide qui fait mal au coeur, d’un pillage intense qui dure depuis plus de quarante ans.

 

Tout commence avec ce que l’on appelle aujourd’hui la transmigrasi. Les Hollandais, qui occupent, commercialement, les Indes de l’Est, comme ils les appellent, se rendent compte qu’il y a des îles de leur propriété, sur lesquelles il n’y a pas grand monde, quand d’autres îles sont surpeuplées. Sur certaines îles, dont le sol semblait bien fertile, il n’y avait pas de bras, sur d’autres, où il fallait nourrir tout le monde… Il y avait trop de bouches à nourrir, trop quant aux objectifs d’exportation fixés par le pouvoir central. Le riz mangé à Jogja était du riz qui ne partait pas, vendu pour trois fois rien, en Hollande, pour être revendu, pour très, très cher, ailleurs…

 

Or donc, voilà les Hollandais qui se mettent à organiser le déplacement des surplus de population, de Java à Bornéo, ou de Sumatra à Sulawesi – d’où, dans ce dernier cas, les petits ennuis subis par le babiroussa, au début du dix neuvième siècle – vers Timor, vers Flores ou, encore, vers la Papouasie – mais là, c’est en dernier ressort. ; la transmigrasi, puisque c’est le nom qu’on lui donne, vers la Papouasie, en ces temps là, est infime.

 

Le résultat, c’est davantage de production agricole exportable, davantage de sous dans l’escarcelle hollandaise – c’était l’intention première, n’est-ce pas … - et une misère non négligeable, du moins, lors de la première génération, des malheureux envoyés ici ou là, pour vivre une meilleure vie, avec de la terre rien qu’à eux.

 

Et puis, la presque disparition du babiroussa, bien entendu, répétons-le.

 

Arrive la triste affaire de la deuxième guerre mondiale, et le passage des Japonais. Ils sont d’abord accueillis en libérateurs par les indépendantistes indonésiens, qui comprennent vite que l’unique intention des Japonais est de les utiliser comme main d’œuvre servile. La parenthèse collaborationniste ne dure pas longtemps ; cest une parenthèse que les indépendantistes tentent usuellement de passer sous silence, vu qu’on ne peut trop être bien fier d’avoir aidé les Japonais lors de la guerre. Leur réputation, méritée, semble-t-il, est détestable et rappelle, de manière embarrassante, celle que nos amis Allemands ont traîné à travers toute l’Europe Centrale, la Hollande et, bien entendu, Israël.

 

Or donc, nous voilà en 1945. Les Japonais partent, et bientôt les Hollandais, pressés par les indépendantistes. Nous voilà en 1949, époque à laquelle toute l’Indonésie se libère du joug hollandais et de la cuisine batave. Toute ? Non, une dernière demi-île reste hollandaise ; il s’agit de la Papouasie dite « de l’ouest ». L’autre, celle qui deviendra un jour la PNG, reste pour le moment, bien prudemment, colonie sous mandat de l’Australie.

 

Les Australiens ne sont peut-être pas des maîtres absolument parfaits, mais dans les temps de trouble, mieux vaut ne pas jouer dans la cour des va-t-en-guerre ; mieux vaut rester sous la coupe d’une puissance prestigieuse, qui peut faire reculer les fous dingues d’Indonésie, et le Royaume Uni, qui est encore un empire, a très exactement ce rôle.

 

En 1962, la Hollande, à force de pressions internationales, doit renoncer à garder sa Papouasie à elle. L’intention est de la laisser à elle-même – sous contrôle de l’ONU, à l’extrême rigueur. Ce sera à elle de décider, un jour, de son propre sort. Les Papous penchent pour une unification avec l’Est de l’île, vu qu’avoir une immense île, presque un continent, appelé Papouasie, ça en jette et, surtout, surtout, surtout, les cultures papoues qui n’ont déjà pas grand-chose de commun, n’ont absolument rien à voir avec ce qui les entoure. La Papouasie, c’est Mars.

 

Donc, si on peut choisir, monsieur le chef, on aimerait autant se retrouver ensemble. Sans compter qu’il semblerait, à première vue, qu’il y ait ici et là des gisement d’or, de pierres précieuses, de trucs et de machins qui pourraient nous faire vivre en en fichant pas une rame – ce qui est le souhait de tout un chacun.

 

Indépendance et unité de la Papouasie, donc. C’est sans compter sur les Indonésiens, qui sont assez bien intéressés, eux aussi, par l’annonce de la présence de gisements d’or. Ils envahissent donc la Papouasie de l’Ouest, font front contre l’ONU dont l’impuissance est déjà un fait deviné, si pas connu… Puisque le fait accompli est accompli, l’ONU, effectivement, se contente de déplorer l’invasion et organise le recul en bon ordre des droits les plus élémentaires à l’autodétermination des Papous.

 

L’ONU arrange donc un règlement pacifique de l’affaire, selon laquelle l’Indonésie est autorisée à garder la Papouasie qu’elle vient d’envahir – nous sommes dans les années soixante, à l’époque où l’anticolonialisme bat son plein… - pour autant que, dans dix ans, un référendum soit établi en Papouasie, afin de voir si les habitants sont contents de l’occupation de leur pays par les Indonésiens.

 

Les Indonésiens signent le traité, l’ONU signe le traité, tout le monde est content, sauf les Papous.

 

En effet, en plus du fait que l’armée indonésienne est là et que, sur le champ, l’Indonésie se met à piller la Papouasie autant que faire se peut, le gouvernement indonésien se lance dans une belle campagne génocidaire envers les Papous, met en place une politique de transmigrasi massive, dont l’intention avouée est de gagner, le jour venu, le référendum.

 

Des dizaines et des dizaines de milliers de javanais, tirés et poussés par les autorités indonésiennes, arrivent en Papouasie, où ils vont très vite croupir dans une misère noire, puisque, rien n’a été organisé pour leur accueil, avec leur religion – l’islam -  leurs habitudes et dans ignorance crasse des réalités du terrain.

 

Ils tombent comme des mouches, mais de nouveaux remplacent les morts pour, à leur tour, crever de maladies inconnues et se demander ce qu’ils font là.

 

De ce fait, les dirigeants indonésiens se trouvent à une croisée des chemins. Soit ils décident de gérer intelligemment une transmigrasi dont on sait parfaitement le but : ça leur coûtera des sous, mais ça leur rapportera un pactole – et quand j’écris leur, je pense, bien entendu, non pas aux Indonésiens, mais aux dirigeants indonésiens ; l’Indonésie indépendante n’a, encore aujourd’hui, rien à envier à la dictature mobutiste et sa corruption est devenue légendaire.

 

Revenons-en à nos moutons. Soit, disais-je, les dirigeants Indonésiens pap3gèrent la transmigrasi avec un tant soit peu d’intelligence et quelques efforts, soit ils ne gèrent pas la transmigrasi, continuent néanmoins à piller le pays dans un but exclusivement personnel, et changent les règles du jeu, en ce qui concerne ce petit détail embarrassant du référendum.

 

On change donc les règles. Le référendum est annulé, avec l’aval de l’ONU, et remplacé par un référendum des sages, de quelques personnalités choisies, par le gouvernement indonésien, afin de décider de la volonté de rester, ou non, dans l’union indonésienne. Esst-il nécessaire de dire le résultat…

 

La Papouasie devenue province de l’Indonésie, elle est découpée en deux départements, disons-le ainsi, afin de lui faire perdre toute unité ; on continue à joyeusement massacrer les Papous ; on continue à la piller. Les indépendantistes Papous, qui vous chuchotent, en fin de soirée, ce qu’ils n’osent jamais crier, rapport à l’armée,  tendent à vous dire que l’Indonésie s’est invitée à un grand festin, en envahissant la Papouasie, et que le jour où le garde manger aura été ratissé, ils quitteront la table vide.

 

Et ce que l’on voit, effectivement, c’est une misère désolante, dans les villes ; des routes – si peu, si peu… - dans un état lamentable ; une pauvreté omniprésente ; quelques Papous qui se cachent ; quelques Papous qui se montrent, rapport aux photos qu’un occasionnel voyageur pourra prendre, contre un paquet de cigarettes ;  des Papous qui traînent leur misère et leur ivrognerie en ville ; fraternellement mêlés à de frais arrivés qui n’ont pas su y faire et qui se saoulent la gueule avec eux ; des mosquées qui insultent les églises protestantes qui, elles même, sont une injure à la tradition papoue ; des mémères qui circulent en sac à patates avec grillage en option, ou déguisée en tortues-ninjas, elles aussi entourée de gosses en guenilles ou nus, qui jouent sous la pluie.

 

Dans l’intérieur de l’île, usuellement protégées par l’armée, il y a des zones minières où l’or, l’argent, le platine et le reste sont extraits, où des bois précieux sont traités et enrichissent quelques pontes extérieurs à l’île.

 

Heureusement, pour le passant que je suis, il y a la nature.

21:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/04/2008

Arrivée en Papouasie

boatagboagboatbDépart, enfin, de Makassar. Je rentre dans un bateau bondé, où une place m’attend entre deux gros dont je sens qu’ils vont ronfler, et une famille dont les gosses m’observent avec attention. Le quai est bondé de familles éplorées. Les vendeurs à la sauvette sortent du ferry ; l’escalier roulant s’éloigne bientôt ; la sirène du navire pousse quelques cris déchirants ; nous nous éloignons, tirés par des thugs qui font ce qu'ils peuvent, puis nous les abandonnons sur un dernier coup de sirène de brume.

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Trois fois dormir dans le bateau plus tard, je suis enfin à Jayapura, sous un ciel gris et une bruine qui hésite entre tomber et remonter dans les nuages. Il fait chaud et lourd. Heureusement, j’ai eu tort, en ce qui concernait les ronflements de mes voisins, ou alors, comme ils venaient se coucher après moi, j’ai ronflé plus fort qu’eux.

 

Une nuit, je me suis réveillé avec l’un de mes voisins-enfants ayant envahi mon lit, dans son sommeil, et je l’ai redéposé dans son espace à lui, sur son petit frère. Rien d’autre à signaler, sinon répéter que le ferry est archi plein. Des gens dorment sur les ponts. Ce ne sont plus les surpopulations du bon vieux temps – les flics commencent quand même à veiller – mais entre le nombre maximum de passagers autorisés, et le nombre maximum de passagers réellement autorisés, il y a un monde…

 

Jayapura, donc. Le spectacle, au terminal, est peu engageant. Le port est minuscule, un escalier roulant, tout comme à Makassar, est poussé le long de la coque, et nous descendons, après avoir été poursuivis par les sempiternels porteurs, tous à la recherche de quelques sous.

 

En quelques pas, on entre dans le terminal, dont on sort suivi par une grappe de guides, qui ont tous à vous proposer une connaissance intime du pays, afin que vous évitiez la mort qui vous attend à chaque coin d’arbre.

 

Bon, pour le moment, je suis en ville…

 

pap1Hors du terminal, vous attendent des petites camionnettes, des pick ups et des minibus, tous vous conduisant à un endroit ou un autre, aussi loin que les routes existent, quand on sort de Jayapura – ça veut dire, pas loin. Je crois que la dernière route, je veux dire, la plus longue, se termine en piste inaccessible à autre chose qu’aux véhicules tous terrains à, tout au plus, quarante kilomètres de la capitale.

 

Ou alors, il faut passer la frontière, et arriver en PNG, l’effrayante Papouasie Nouvelle Guinée, dont la réputation sulfureuse n’est plus à faire.

 

La Papouasie Nouvelle Guinée, c’est un demi continent, dans lequel il y a des routes, dans lequel on a pas génocidé les Papous, et dont l’état de sécurité semble rappeler Chicago à la grande époque de feu Al’ Capone.

 

Mais on en parlera plus tard ; pour le moment, je suis du côté de la misère, du côté de la colonie, du côté de l’Irian Jaya et de la Papua. Il s’agit d’une île – enfin, d’une demi-île – presque vierge, tachetée ici et là de villages minuscules et de quelques bourgades. On va d’une bourgade à l’autre à coup d’avion, et on peut quitter la bourgade en voiture, pour autant qu’on n’aie pas dans ses intention d’aller loin : invariablement, la route se termine en piste, puis en sente, après une dizaine de kilomètres tout au plus.

 

Dans les tristes bourgades du centre de l’île – guère plus qu’un croisement de deux routes de latérite, sur lequel sont perchées quelques maisons de bois, et deux ou trois bâtiments en dur - on tombe, ébahi, sur des véhicules. Ce sont, une fois encore, les sempiternels minibus et quelques pick ups, dont on ne peut que se demander comment ils sont arrivés ici.

 

MonsieuraaQue nous soyons dans la Grand ville, ou que nous soyons dans ces bourgades du centre de l’île, c’est la même misère, la même crasse désespérée. Au carrefour traînent quelques Papous qui ont découvert les joies de la civilisation, et qui mendient leur alcool quotidien.

08:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/04/2008

Les Célèbes et leurs bus pourris

Quelques jours en pays Toraja ne me permettent certainement pas d’avoir tout vu, mais je n’oublie pas mon but ultime : la Papouasie... ou les deux Papouasies, puis qu’il y en a une indépendante, et l’autre pas.

 

Ensuite, il y aura les îles, peut-être, et encore une fois l’influence délétère de Corto, quand j’irai à travers l’Archipel Bismark. Après, je ne vois pas trop. Bon, on verra venir, comme on dit.

 

Il me faut donc repartir vers… vers quoi donc, au fait ? Vers Makassar, bien entendu, d’abord, Makassar où un ferry m’attend : une nuit de navigation ; arrivée aux Moluques, puis redépart vers l’Irian Jaya

 

Dommage pour le reste des Célèbes, que je ne verrai donc pas cette fois ci. Tout l’Est, vide de routes, est certainement intéressant,  plus intéressant que le Nord, devenu, tout doucement, touristique – enfin, touristique comme on peut comprendre le mot dans les Célèbes, aujourd’hui… Peut-être déciderai-je de m’y arrêter au retour.

 

En attendant, un beau soir, je reprends un bus dont l’intention est de quitter Rantepao à huit heures et d’arriver vers les cinq heures du matin au terminal de bus de la capitale. J’ai pris le premier billet venu, le jour précédent, et son prix m’a bien fait savoir que je ne prenais pas un VIP. Bah, on verra bien.

 

Un bus, aux Célèbes, quand c’est un VIP, ce n’est déjà pas un paquebot tels qu’on les voit en Europe. Le modèle entre-deux-classes n’est pas à pleurer, mais rappelle assez bien ce que j’ai pu connaître, plus d’une fois, en Birmanie. L’Indonésie est une éponge de pétrole, un pays riche. Du moins, certains sont riches. On ne rencontre pas ces certains dans les Célèbes.

 

Dans la grand rue de Rantepao, le soir, ça balance pas mal. Il y a des lampes qui clignotent ici et là, pour indiquer les deux bistrots à la page qui se trouvent devant le terminal de bus. Dans le bureau de mon transporteur, nous sommes assis, à une douzaine, avec nos bagages, puis des gens passent, viennent chercher leur billet. Le bus arrive à l’heure.

 

C’est ensuite que le monde que nous connaissons montre ses limites. L’heure avance, on n’appelle pas les voyageurs, le bus ne démarre pas. Une grosse dispute éclate entre le conducteur et quelqu’un qui se révèle, finalement, être le chef de station – Rantepao, je veux dire. Vu mon excellent baha indonesia, je vais vite aux renseignements auprès de mon voisin : le conducteur n’est pas trop satisfait de son véhicule, dont il craint que le changement de vitesse casse dans les kilomètres à venir.

 

Woaw, juste ce qu’on souhaite, quand on s’engage dans un trajet qui fait dix heures de route…

 

Après une longue discussion entre divers acteurs de l’entreprise, on monte dans le bus. Avant même que nous démarrions, histoire de nous montrer comme on nous aime, Mademoiselle l’hôtesse vient nous donner à chacun une bouteille d’eau filtrée, afin qu’on puisse boire un coup, sur la route, sans nécessairement devoir galoper jusqu’aux chiottes. A ses côtés, un jeune homme nous compte et nous recompte, jusqu’au moment où il a l’air satisfait et descend de notre carriole, après avoir donné au chauffeur un morceau de papier sur lequel il a griffonné quelque chose. Un chiffre, je suppose. En avant.

 

Dans un grand bruit d’embrayage martyrisé et pas d’accord du tout, le bus démarre. Le chauffeur fait tourner le moteur à haut régime, ce qui lui permet de passer les vitesses. Nous voilà, après deux ou trois carrefours sur la route de Makassar. En voiture Germaine. Nous pouvons maintenant nous endormir, et espérer pour le mieux.

 

Notre retard au départ m’arrange, à dire vrai, puisque nous arriverons plus que probablement avec une bonne heure de retard aussi, vu l’ état des routes… et que, du terminal de Makassar à mon hôtel, j’arriverai vers les six heures du matin, quand un préposé s’installe à l’entrée.

 

J’aime autant attendre en roulant, tranquille, dans le bus, qu’attendre dans la rue.

 

Deux, trois bonnes heures se passent dans le noir. Nous traversons de petits villages aux loupiotes clignotantes, jusqu’à notre premier arrêt, là où il nous faut déposer un passager. Il descend, attendu par sa famille – vu le nombre, on pourrait même dire par sa tribu… et le bus est coincé.

 

Y a pus embrayage, embrayage y en a être kaputt.

 

Grosse discussion entre le conducteur et le mécanicien – car, tout comme dans les machines d’avant guerre, les bus locaux circulent avec un mécanicien à bord. Tentative de réparation. On tire, on pousse, on donne des coups de marteau, dans un sens, puis dans l’autre à la lueur blafarde d’une lampe torche.

 

Une fois, une deuxième fois, une fois encore… La boite de vitesse accepte finalement les nouvelles sollicitations qui lui sont faites ; on repart à l’assaut de la route, et chaque changement de vitesse s’apparente à un acte héroïque, autant pour le moteur, que pour le conducteur, que pour l’embrayage… Mais bon, il n’y a pas à dire, ça avance. Pas vite, mais ça avance quand même.

 

L’un après l’autre, tous les autres bus, qui ont quitté Rantepao après nous nous dépassent, et même les camions, pourtant chargés comme des baudets, mais nous avançons, on ne peut pas le nier. Rassuré sur ce dernier point, je me rendors.

 

Finalement, une vague lueur à l’est nous réveille. Il est bientôt six heures et nous approchons de Madassar. Après quelques manœuvres et un feu rouge brûlé – rapport à l’embrayage qui n’accepterait pas le moindre changement de vitesse, nous arrivonsn et nous nous arrêtons, devant le terminal que j’ai quitté il y a quelques jours.

 

Hop là, sortie, mouvements d’assouplissement, pendant qu’on vide la soute à bagage et qu’un nuage de taxi me saute dessus. On m’offre le trajet pour tel prix, j’accepte, me voilà bientôt, avec mon baluchon, dans le chariot d’une moto taxi, et en route pour mon hôtel, où j’arrive sans incidents. Oui, il y a une chambre pour moi, j’y passerai une nuit avant de prendre le bateau qui part demain pour Ambon, puis pour Jayapura. Hop là, douche et hop là, le lit.

20:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/04/2008

Les Tau-Tau

Rantep23Rantep24Revenons en à nos cérémonies de funérailles. Pendant que l’on trucide les cochons et que l’on égorge les buffles, les gosses jouent aux alentours, courent à l’étranger, et appellent la photo de leurs vœux.

 

Les bonbons aussi, si par hasard il y en a, bien évidemment.

 

Je prends dès lors quelques photos qui les distraient des égorgements, auxquels ils sont tellement habitués, de toute manière, qu’ils ne les regardent même plus. Mon appareil photo, par contre, c’est quelque chose de rare et d’amusant.

 

rantep5Rantep10Après un certain temps, quand même, écoeurés de sucreries, peut-être, et attirés par de nouveaux plaisirs – l’égorgement particulièrement spectaculaire d’un cochon, usuellement – ils m’abandonnent sur un dernier bye bye et un salut de la main. Je peux faire mon tour du hameau, admirer les façades les plus spectaculaires, couvertes de gravures, de dessins au détail délicat et de sculptures de tête de  buffles.

 

 

De leurs cornes, aussi.

 

Rantep14J’imagine que, lorsque je vois une façade littéralement couverte de cornes, c’est pour rappeler au passant le souvenir d’une fête d’enterrement particulièrement réussie.

 

Ou alors, c’est un procédé particulièrement m’as-tu-vu, utilisé par les familles riches, pour faire savoir au passant qu’au fur et à mesure des années qui passent, les buffles y sont passés, eux aussi ?

 

Probablement.

 

 

Finalement, je m’éloigne en toute discrétion, pendant que la famille éplorée du cher défunt continue à se goberger. Ca mange, ça boit, le parfum de la viande grillée forme un nuage épais, tout autour de la scène de ripailles. Allons plus loin, voir le pays.

 

cim12cimLe monde des morts, en pays Toraja, est fascinant. Une fois que la famille s’est réunie, et a pris le pot de l’amitié, on peut enfin se débarrasser du défunt. Le pauvre qui avait traînaillé au village, jusqu’à présent bien tranquille dans son cercueil, est alors transporté jusqu’à un cimetière suspendu, situé dans les collines avoisinantes. A l’entrée d’une grotte, son cercueil est placé cote à cote avec celui d’un mort moins récent, à quelques mètres de haut, sur une espèce d’espalier fait de deux solives plantées dans le rocher.

 

Là, il repose ou, selon l’idée qu’on se fait de la mort et des morts, médite sur les inconvénients qu’il y a d’être né et de mourir.

 

Un beau jour, un petit siècle plus cim4cim5cim13tard, si on en croit les observateurs du cru, les solives commencent à pourrir,

faiblissent et craquent. Les cercueils qu’elles supportent sont précipités au sol, éclatent à l’arrivée, et les squelettes se disloquent, les os volent dans toutes les directions.

 

Cela fait un beau spectacle, bien macabre, quand, le matin suivant, les vieilles passent et nettoient le bordel. Pieusement, dans le plus grand respect du culte des ancêtres, les survivants viennent ranger ce qui peut l’être – crânes d’un côté, vertèbres de l’autre, cubitus empilés sur un troisième tas…

 cim1

cim2cim3Devant des crânes anonymes, les habitants du village viennent encore déposer des présents. L’implacable égalité devant la mort, et dans la mort, apparaît sans doute plus vite ici que dans d’autres civilisations, ou les monuments funéraires sont destinés à défier les siècles.

 

 

Ici, tout est de bois – et de bois non traité : tout pourrit vite… Seuls les tau-tau, bien mieux protégés que les cercueils, tiennent la route. Du moins, un peu plus longtemps.

 

cim7Les statues et statuettes représentant les chers disparus, dépendant de l’état des finances de ceux qui restent, et le montant du pactole dont ils héritent, peuvent être d’une tout autre qualité que les cercueils, plus ou moins bien protégés de la pluie, ou de l’humidité suintante – et plutôt moins que plus.

 

A la différence des cercueils, donc, les tau-tau bourgeois, taillés dans un bois d’une qualité respectable sont, eux, systématiquement, protégés au fond de la grotte qui sert de cimetière municipal.

 

cim14Quant aux tau-tau prolétaires, nabots taillés dans un tronc de palmier et recouverts d’une guenille quelconque, ils ont droit, pour le moins, à un petit recoin peinard, dans lequel ils pourriront, certes, mais toujours moins vite que les cercueils.

 

 

 

 

 

cim8Riches ou pauvres, les tau-tau sont assis, bien pépères, dans l’ombre, avec leurs grands yeux ouverts, surveillant les veuves larmoyantes qui viennent entretenir les cercueils de feu leur époux chéri ; les veufs tout aussi tristes, qui viennent avec un pack de bière dans la carnassière, et un bouquet de fleurs cueillies le long du chemin ; tous les villageois qui, pour une raison ou une autre, passent au cimetière suspendu.

 

 

 

 

cim10Puis, un matin gris, un œil tombe, une perruque glisse, une poupée s’affaisse, ses vêtements tombent en lambeau, les termites trouvent une source de nourriture juste comme elles l’aiment… et si ce ne sont pas les termites, ce sont les champignons.

 

Le spectacle est impressionnant, que celui des cadavres de tau-tau en décomposition, leurs vêtements marinant dans un bouillonnement d’animalcules qui font peu à peu disparaître la splendeur des temps passés, illustrant le sort des corps qu’ils représentent.

 

C’est Brel qui disait quelque chose du genre : « Mourir, cela n’est rien, mais pourrir, pourrir »…

19:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/04/2008

La vie lamentable du pauvre petit babiroussa

babParlant des pauvres petits cochons, et puisque nous sommes dans les Célèbes, tournons nous maintenant vers le cochon sauvage du cru, une brave petite bête qui a subi bien des malheurs : on l’appelle ici le babiroussa.

 

Au tout début, quand on parle de babi devant vous, dans la région, avec les babines dégoulinantes de salive pendant qu’on vous fait le geste d’un doigt passant vite sous la gorge, symbole universel d’égorgement, vous imaginez que vous êtes arrivé à l’endroit que vous vouliez éviter à tout prix : un nid de cannibales rigolards et affamés, en état d’ébriété ; et comme, quand le sujet de conversation tombe, vous êtes usuellement dans un minibus, encaqués à vingt là où il faudrait être douze, sans la moindre possibilité de sortir discrètement, vous babpâlissez pendant que les cannibales chantent, roulant vers la fête où le pauvre babi passera l’arme à gauche.

 

Mais bon, puisqu’on parle seulement d’égorger des bébés, le danger n’est pas immédiat.

 

Avant vous, il y aura un ou plusieurs bébés, donc, puis les jeunes vierges, puis les grandes jeunes filles, puis les demoiselles, puis les dames, et encore les adolescents graciles, avant qu’on s’intéresse aux vieilles carnes comme vous ou moi.

 

Après un certain temps, et des recherches fiévreuses dans votre guide français-baha indonesia, vous apprenez que babi, ça veut dire cochon, et vous vous sentez nettement moins mal.

 

Cela nous ramène à notre sujet : le babiroussa, qui n’est donc pas un bébé aux cheveux roux, comme on aurait pu d’abord l’imaginer, mais un babcochon sauvage.

 

Or donc, vers la fin du dix huitième siècle, le babiroussa avait subi des revers sérieux, dans sa poursuite d’une vie peinarde et tranquille, à croître et à se multiplier en paix.

 

Depuis le néolithique ou, du moins, depuis les premières vagues de peuplement des Célèbes, les hominidés avaient découvert que le babiroussa est tout ce qu’il y a de bon à manger, que ce soit en sauce, ou grillé avec une pointe d’ail. Je ne dis pas qu’on a trouvé, entourant les colonies de peuplement éparses de l’homme de Java, des piles d’os de babiroussa – je mentirais. Mais il est évident qu’un animal à la fois sauvage et familier, naïf et gourmand, c’est un animal qui allait tôt ou tard – et plutôt tôt que tard – attirer les convoitises gustatives.

 

Le cochon domestique existe vite, dans l’histoire de l’humanité. Et le cochon domestique appartient à quelqu’un ; ce quelqu’un thésaurise son babcochon comme Onc’ Picsou sa fortune ; ce cochon, c’est sa poire pour la soif ; c’est son bas de laine ; donc, on n’y touche pas.

 

En tant que cochon sauvage, par contre, le babiroussa est mal parti. Il est ce que l’on appelle, en anglais, fair game ; tout le monde peut le chasser, le piéger, l’abattre et, bien entendu, le manger.

 

Le deuxième problème historique du babiroussa, c’est qu’un beau matin, le délicat équilibre qui existait entre ses chasseurs et son système reproductif est fracassé. L’arrivée des marins, l’établissement des Hollandais, puis la trop fameuse transmigrasi – on en reparlera plus tard – font que les affamés se mettent à être trop nombreux pour que les repas sur patte parviennent à se reproduire à temps et à heure.

 

Ne l’oublions pas, le babiroussa est un animal d’une rare stupidité – pas très cochon, sur ce plan – qui bondit les quatre fers en avant dans tous les pièges qui lui sont tendus. On empile quelques fruits ? Le babiroussa, végétarien et pas plus malin que le végétarien moyen, saute sur la pile de babfruits placés comme piège, et se fait égorger la gueule plongée jusqu’au poitrail dans la bonne soupe , sans avoir remarqué même qu’un horrible saligaud approchait, le couteau en avant.

 

Le babiroussa est bien brave, mais il est bête. Il rappelle assez bien les politiciens socialistes de Charleroi. Bref, on les abat comme on veut. Chasser le babiroussa, c’est comme tirer des baleines dans une baignoire.

 

Nous sommes donc au début du vingtième siècle, et le babiroussa disparaît peu à peu, au point où l’on craint un jour de lui voir partager le sort du dronte, du fameux dodo qui, il fut un temps, peuplait l’île Maurice, et qui est maintenant disparu.

 

Heureusement pour les amoureux des animaux stupides, les Hollandais, d’abord, les Indonésiens, ensuite, ont placé l’animal sur la liste des animaux à protéger.

 

Pour autant qu’une loi soit respectée en Indonésie, bien entendu…

 

Et quant la loi est promulguée, est-il nécessaire de préciser que, de toute manière, l’impression générale est que le malheureux babiroussa a disparu ? Mais le Hollandais aime bien, cela, de vous coller une bonne petite loi bien inapplicable, quand ça donne le sentiment de ne pas manger de pain ?

 

La chose extraordinaire, avec les miracles, c’est qu’ils arrivent. Et il y avait babencore quelques babiroussas vivants quand la loi a été promulguée. Miracle supplémentaire, ils étaient suffisamment bien cachés pour que rien ne leur arrive de mal, pendant des décennies, jusqu’au beau matin où…

 

Jusqu’au matin où on l’a vu repasser, se tenant d’un air embarrassé sur ses quatre pattes, avec toute la stabilité d’un ivrogne, et allant de ci de là, à la recherche de nourriture.

 

La pauvre bête était aveugle.

 

Le babiroussa a deux dents, qui lui poussent à l’envers et qui ne cessent babde pousser. Au fur et à mesure des années, elles s’allongent et elles s’allongent, jusqu'au moment où elles arrivent jusqu’à ses yeux qu’elles crèvent.

 

Sauf s’il est mort avant, bien entendu.

 

Mais voilà, le babiroussa est maintenant protégé, et plus personne ne le tue, sous peine d’amende.

 

La pauvre bête, sans exactement pulluler, est de nos jours raisonnablement présente dans les campagnes des Célèbes, en général, du pays Toraja en particulier. La loi est ainsi faite que le babiroussa peut espérer, plus souvent que dans le bon vieux temps, une longue vie sans une abrupte fin due au couteau du chasseur. La situation n’en est pas plus amusante pour autant.

 

Borgne d’abord, aveugle ensuite, les yeux suppurant avec deux dents qui s’enfoncent peu à peu dans les orbites, le babiroussa traîne alors sa misère dans la campagne, à la recherche de nourriture pour se remonter le moral. Devenu aveugle, et même s’il a un bon nez et une bonne oreille, il est évident qu’il éprouve des difficultés sans nombre à se déplacer et à se babnourrir…

 

Un paysan qui lui tombe dessus par hasard l’achève alors, miséricordieusement, en toute discrétion, rapport aux lois qui interdisent formellement de trucider les babiroussas, pour le libérer de son sort.

 

Une fois qu’il est mort, on le mange, bien entendu.

 

 

 

babLe babiroussa reste, pour le touriste, un animal connu seulement par ses dépouilles, revendues sous le manteau, que l’on trouve à Rantepao, dans une boutique cachée au plus profond de la bourgade. Là, quelques crânes permettent à tous de comprendre les difficultés biologiques de la fin de vie de ce malheureux animal, dont tout le bonheur est basé sur un délicat équilibre : vivre aussi longtemps qu’il est possible, avant qu’il se rende, de par lui-même, l’existence misérable.

 

Comme quoi la chasse a du bon…

21:14 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/04/2008

L'assassinat des pauvres buffles et des pauvres petits cochons

Si on va se promener dans le pays Toraja, c’est pour admirer ses richesses architecturales ; c’est aussi pour assister aux fêtes qui entourent les funérailles de l’un ou de l’autre. Tradition, tradition…

 

On meurt beaucoup, en pays Toraja. Du moins, c’est l’impression qu’on en a, alors qu’on se promène d’un village à l’autre, du pas tranquille d’un promeneur qui a le temps.

 

Bien entendu, nous sommes d’abord dans une région où l’on naît beaucoup ; il n’est pas irraisonnable de supposer que la naissance annonce la mort. C’est un humoriste qui disait que la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible. Il n’avait pas tort.

 

C’est donc ce grand nombre de naissance qui explique, probablement, les innombrables cérémonies religieuses, et les fêtes qui vont avec, accompagnant la liturgie des funérailles de l’un ou de l’autre défunt.

 

Mourir, en pays Toraja, n’est pas plus amusant qu’ailleurs, pour le mort. C’est par contre une occasion de bombance pour les survivants. Dès qu’un malade devient très malade, puis très très malade, on commence les préparatifs – loin de ses yeux, je l’espère. On invite la famille la plus éloignée, car tous doivent être là, pour fêter dignement le départ dans l’au-delà de celui qui va défunter. Entre le moment des premiers préparatifs, puis de l’invitation à la suite du décès, et l’arrivée des invités, peuvent se passer plusieurs mois.

 

Le cadavre, pendant ce temps là, mûrit dans son cercueil, tranquille comme Baptiste, à l’intérieur de l’un des greniers du village.

 

Il faut obtenir la présence de tous les membres de la famille, de la tribu ; il faut aussi trouver les sous pour la fête. Dépendant du monde invité, et qui va venir, il faut deux, trois, quatre buffles, quelques cochons, des moutons aussi, et un peu de bibine. Pas trop, mais de quoi célébrer dignement la disparition de l’ancêtre, ou du père, ou de la belle doche – quoique pour elle, je crois qu’on ne fait rien de particulier.

 

Quand la famille est grande, chacun vient avec un petit quelque chose – des sous, en quantité variant selon l’état des finances du généreux donataire ; un quadrupède bon à manger, ou une caisse de Bintang ou de ouisequi.

 

Pour les familles les plus riches, ce sont des buffles qui arrivent, en quantité, offerts par les ceusses qui ont des devoirs envers la personne décédée, et une fête à tout casser lors de laquelle on redistribue la viande des animaux abattus.

 

Alors que vous marchez, le long des routes, il y a toujours une brave dame, dans l’une des épiceries du bord de route, qui vous vend votre eau et vous explique, à force de gestes et de quelques mots d’anglais, que si vous allez par ici, ou par là, vous allez voir un génocide porcin ou bovin pas piqué des hannetons.

 

Ces scènes de massacre, dignes des pires moments de la décadence de l’Empire Romain, dans l’Arène, ça vaut toujours le coup d’œil. Donc on remercie abondamment Madame l’épicière et on va à l’aventure, histoire de se baigner dans les fleuves de sang des sacrifices au cher disparu. Ou, pour le moins, d’assister à un spectacle intéressant.

 

De toute manière, dès qu’on apparaît devant le groupe de maisons où le festin funéraire a lieu, on vous fait signe et on vous entraîne. Bienvenue dans la famille éplorée – enfin, je dis éplorée mais, quand vous arrivez, vu les visages hilares des survivants, vous vous rendez compte que la bibine a coulé à flot.

 

fun1fun2Dans ces toutes grandes fêtes, avant de tuer le cochon, ou le buffle, on commence d’abord par des activités qui rappellent assez bien ce qui devait se passer, du temps des cirques romains – ce n’est pas pour rien que je parlais de l’Empire Romain, juste avant. Chaque propriétaire de buffle de la région vient avec son bestiau le plus impressionnant, un grand, un gros, avec des cornes comme ça, et un sale caractère. Ils s’agit non pas de viande de boucherie, mais de buffles de combat.

 

On met face à face les bestioles ; ils approchent l’un de l’autre, un coup de corne, tête contre tête, ou une belle estafilade, les combats ne durent jamais longtemps et l’un des deux buffles se sauve, sous les huées de l’assemblée. Après un certain temps, les buffles de combat quittent le terrain ; restent leurs petits camarades qui ne vont pas la faire longue.

 

L’assassinat des animaux se passe de manière variable, dépendant de l’animal.

 

fun6fun3fun4fun5Quand c’est un buffle, c’est simple. Le buffle est là, debout dans le pré carré autour duquel la foule attend. Il est là, à coté de son tueur qui tient négligemment un coutelas long comme le bras et aiguisé que je ne vous dis que ça. Pendant que le buffle, parfaitement inconscient de la situation, regarde distraitement à gauche un papillon qui passe, le tueur, d'un geste large, égorge le buffle d'un coup, d'un seul.

 

La tête tombe d'un côté, le corps de l'autre. Deux trois soubresauts; c'est fini. La pauvre bestiole n’a pas souffert, ne sait même pas ce qui lui est arrivée, les affamés sont contents. Tout est mal qui finit bien.

 

 

 

A côté du pré carré, dans une espèce de petit enclos recouvert d’un toit, d’une petite cahute, s’il on veut, au sol couvert d’une épaisse couche de boue, il y a les cochons qui vont y passer.

 

Pour le cochon, donc, la fin, c'est moins sympa que pour les buffles. On met en effet une troupe de cochons dans un enclos et on les tue au fur et à mesure qu'on en a besoin, sur le grill.

 

fun7

La troupe diminuante des porcidés, voyant partir ses membres un à un, dans une tempête de cris affreux, sent bien que l'ambiance n'est pas au beau fixe. Ils sont là, ces pauvres cochons, serrés dans un coin de l’enclos, à regarder d'un air méfiant le monde qui les entoure. Un homme approche un immense couteau à la main, avise un animal et lui donne un coup qui traverse les poumons de part en part. La lame rougie sort de plusieurs centimètres du côté opposé à celui de l’entrée et, avec elle, des débris de poumons.

 

L’assassin vise peut-être le coeur, mais il le rate toujours.

 

Donc, le couteau entre à gauche et sort à droite (ou vice versa) d’un cochon donné. Disons le rose, là, au fond à droite. Le cochon pousse un grand cri de surprise (ou un grand cri indigné), puis reste là, avec les copains, debout, l'air soupçonneux, ses petits yeux enfoncés regardant ici et là le danger qui pourrait approcher, semblant n’avoir pas compris qu’il venait d’être frappé à mort.

 

Au bout de cinq minutes, le tueur, impatienté, revient donner un coup de couteau au même cochon avec, usuellement, le même résultat: à nouveau un cri indigné, ou surpris, et l'animal qui s'éloigne de quelques pas, avec ses copains. Usuellement, la blessure suinte, des deux côtés de la pauvre bestiole. Parfois, il se met à baver un peu de sang, dans les meilleurs cas, il se met, toujours bravement debout sur ses quatre pattes, à trembler.

 

Finalement, les bouchers arrivent, tirant l'animal, pas du tout d'accord, mais considérablement affaibli par son hémorragie interne qui doit être colossale, qui par une patte, qui par l'oreille, qui par la queue, et l'égorgent, le vident devant ses petits camarades atterrés, le portent, maintenant vidé, jusqu’à une fosse dans laquelle un feux de braise l’attend, le grillent et, bientôt, la foule le mange.

 

Bon, d’accord, on dira que c’est leur karma, mais le spectacle des pauvres petites bêtes survivantes qui attendent leur tour, dans l’enclos, est pitoyable.

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01/04/2008

Les maisons sur pilotis

Rantep15Alors, bien entendu, la question qui tue… Pourquoi ces maisons et ces greniers ? Pourquoi des toits en forme de croissants de lune, pourquoi les bâtiments tous, ou presque, sur des pilotis ?

 

Le coup des pilotis, pour le garde manger tout le monde pourra le deviner : c’est à cause des rats. Les rats, ça aime manger ce qui se trouve dans votre garde manger, et ça aime croquer les oreilles des nouveaux nés.

 

Donc, pour le garde manger, ou le grenier, la meilleure solution, c’est de le garder fermé. Histoire de sécuriser tout cela, on essaie aussi de trouver une méthode pour rendre difficile le trajet entre le dehors du garde manger, et le dedans.

 

La meilleure méthode connue et éprouvée, c’est la hauteur. La deuxième, c’est la création de l’obstacle.

 

Ainsi, on voit les cuisines, dans les tableaux des peintres flamands, où sont pendus, haut, les jambons, les mottes de beurre, les paniers de pain, tout ce qui se mange. Ainsi, encore, on a un jour inventé les tables avec un ornement – ce que l’on croit être un ornement – sous forme d’une boule qui casse le galbe du pied. Une seule raison raisonnable à l’existence de cette boule : le rat n’est pas capable de franchir l’obstacle.

 

Indo3Rantep2Rantep18Dans la région de Rantepao, nous pouvons noter de petites maisons sur pilotis, et de grandes maisons sur pilotis.

 

Les petites, ce ne sont pas des maisons : ce sont des gardes mangers. Elles sont perchées à deux mètres de hauteur, sur des troncs d’arbres qui rappellent les colonnes égyptiennes des plus anciennes dynasties, avec, usuellement, un plateau à mi hauteur, sur lequel les petits enfants traînaillent, avec les vieilles qui préparent le repas du soir. Des échelles sont appuyées aux arbres, à proximité, afin d’être mises en position quand cela se révèle nécessaire, pour aller chercher du riz.

 

Quant aux légumes, on va les chercher dans le jardin, ou au bord de la route, quand ils sont nécessaires.

 

Rantep7Quand il faut aller dans le garde manger, deux ou trois vieillards, ou plutôt, vieillardes, aidées de quelques gosses, remettent une échelle en place, un gosse monte, ouvre le guichet du grenier et, guidé par les cris et les conseils des petites vieilles, redescend avec le produit attendu. Sinon, il remonte, retourne ce qu’il avait pris là où il l’avait pris, et se sert dans le bon tonneau, du produit qu’il devait aller chercher. Puis, il redescend, non sans avoir remis en place la plaque de bois qui ferme l’entrée du garde manger.

 

Une fois qu’il est en bas, on retire l’échelle, rapport aux rats et autres rongeurs, qui pourraient facilement sauter d’une marche à l’autre, et tenter leur chance devant la porte mal fermée du garde manger, et les vieux retournent au travail, pendant que les gosses retournent à leurs jeux.

 

Quant aux maisons, elles sont en hauteur, elles aussi, pour protéger les oreilles des nourrissons de la dent vorace du rat, bien entendu, mais aussi biscotte l’humidité.

 

Quand je parlais exclusivement du rat, par ailleurs, dans le cas des garde manger, je disais une sottise ou, pour le moins, je négligeais une autre bonne raison pour tout mettre en hauteur : l’humidité. En effet, nous sommes, faut-il le rappeler, à peu près sous l’équateur, et les pluies lourdes sont presque quotidiennes, oscillant de bonne pluie du soir à pluie diluvienne du soir, tout cela dépendant de la saison.

 

Du coup, les rigoles, les ruisseaux et les rivières montent assez facilement, inondent les rizières (ça, c’est bien) et parfois, quand un soudain blocage a lieu pour une raison ou pour une autre, le long d’une rivière, inondent les villages.

 

Ca, bien évidemment, c’est moins bien.

 

Avant qu’on trouve la source de l’inondation – enfin, je dis source, c’est quand même habituellement en aval que le problème se pose… - il faut avoir sauvé l’essentiel : nourriture, vêtements, biens… Et voilà donc le rôle des pilotis.

 

Les maisons sont donc, elles aussi, en hauteur. Ca permet, certes, d’éviter l’entrée ininterrompue de rats distraits et d’insectes affamés, ça permet aussi d’utiliser le dessous de la maison pour stocker des trucs et des machins.

 

En Asie du Sud Est, les pilotis sont plus élevés encore, et on fait dormir le cochon sous la maison.

 

Parlant de cochon… non, on y viendra plus tard.

 

Rantep13Voilà donc l’affaire des pilotis expliquée.

 

Mais pourquoi des toits en croissants de lune ? Par habitude, tout simplement. L’intention première était d’avoir des toits en pente raide, afin que la pluie glisse au plus vite sur le chaume, et n’estime pas nécessaire de pénétrer le toit, puis de goutter dans la pièce de vie. Aux origines architecturales de la région, aussi, Il y avait cette possibilité de planter, aux deux bouts de la maison, tronc d’arbre élevé, de mettre en travers un tronc plus léger, facile à placer, plus fin, qui pliait au fur et à mesure de la mise en place de la couverture du toit.

 

Résultat, ce joli toit courbé qui est tellement entré dans l’habitude qu’on continue à le faire aujourd’hui, même si les toits sont fait, maintenant, avec une charpente moderne, et recouverts de tôle ondulée.

21:58 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/03/2008

A travers les hameaux du pays Toraja

rantepa2Entre les rizières, il y a les petites routes que je prends, parcourues par le promeneur que je suis. Parfois, un cyclotaxi ou une mobylette me croise, ou me dépasse. Un Hello Mister ! How are you Mister sort automatiquement de la bouche des enfants, et des grands. Tout aussi automatiquement, je réponds que bonjour aussi, que je vais bien et vous-même. Le vélo s’éloigne dans une cascade de rires.  

 

 

 

 

rantepa1Passé midi, les gosses ont quitté l’école et circulent, en uniforme, pour rentrer à la maison. Les jeunes filles, quand elles croisent un étranger, sortent complaisamment leur téléphone portable, rien que pour montrer qu’elles en ont un, et en parlent avec emphase, avec les copines, ce qui permet d’attirer l’attention du passant – moi.

 

Un chemin à gauche, et plus loin un sentier à droite. Un sentier que l’on peut prendre, le long duquel d’autres rizières, d’autres hameaux, un gosse de temps à autre, qui pousse un cri pour avertir les copains, ou pour rappeler un buffle. Dans d’autres rizières, au loin, des enfants qui, cassés en deux, traînent des pieds dans l’eau boueuse, à la recherche de grenouilles.

 

Il faut nourrir la basse cour.

 

Rantepa3Il y a un vieux, ici ou là, qui garde le village, ou les cochons, ou les enfants. A moins que ce soient les enfants qui le surveillent. C’est en tout cas son plaisir de vous héler, vous, le passant, et de bavarder un instant avec vous, quand il peut parler l’anglais ou le hollandais. On a immanquablement affaire à un ancien instituteur, professeur, directeur d’école, à l’anglais devenu hésitant avec les années, mais j’aimerais vous y voir, en baha indonesia…

 

Le contact se termine chaque fois avec une photo de famille, où le vieux monsieur pose, au milieu de ses arrières petits enfants qui sourient ; par une distribution de bonbons auprès des petits petits, et du petit vieux ; par un échange de saluts – respectueux de mon côté, aimables du sien, mâchant son bonbon qui lui colle au dentier.

 

 Et puis je repars, de village en village, d’églises en églises, de hameau en hameau, le chemin qui n’est que trous et bosses, jusqu’au moment où la lumière baisse, où je soupçonne l’heure qui passe, et où je retrouve un plus grand chemin sur lequel, bientôt, je fais du stop ou, si le premier qui passe est un cyclo taxi, j’affrète, après avoir âprement discuté le prix.

 

Bah, à la fin, pour deux ou trois dollars, je fais les vingt kilomètres qui me séparent de Rantepao.

 

Si c’était un lift, j’offre à chaque transporteur un paquet de kretek, ce qui est la manière la plus délicate d’offrir un petit quelque chose à des gens pauvres qui ont le cœur sur la main. Tout le monde fume, ici, et les kretek sont leur péché mignon.

 

Quand j’arrive à Rantepao, les nuages se sont empilés, la pluie menace, c’est dans l’urgence que, usuellement, je parcours les dernières dizaines de mètres, afin d’aller jusqu’à ma chambre, prendre une douche, me rincer – à la longue, j’ai enfin compris comment manier la douche sans danger majeur – me changer et me reposer un instant. Je m’installe alors confortablement, dans l’un des fauteuils graisseux placés devant ma chambre, sur la coursive, et regarde la pluie qui commence à tomber.

 

Après une heure de pluie, et une bonne Bintang, je pars dans l’un des restaurants de la grand rue, sous la protection d’un immense parapluie que la vieille patronne de la Wisma m’a confié. Il y a une cuisine locale du pays Toraja ; comme je suis un garçon plein de bonne volonté, je l’essaie, soir après soir – les trois premiers soirs ; je l’abandonnerai ensuite à son triste sort.

 

J’ai connu meilleurs, et les épices rappellent davantage la saumure qu’autre chose.

 

Dans le restaurant que j’ai choisi pour le repas, nous sommes deux, trois, quatre tables… Pas grand monde. L’Indonésie n’est pas une destination désirable – sinon Bali, pour le surf ; et encore, depuis les bombes…

 

Je prends mon repas de spécialités locales, puis je rentre, protégé sous mon grand parapluie, alors que tombe une pluie diluvienne, pour retourner à l’hôtel. Là, je regarde ce que j’ai pris comme photos, j’efface ce qui est moche, ou raté, et je garde ce qui me semble bon. Dans le tas, de nombreuses photos des maisonnettes de la région Toraja.

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21:42 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/03/2008

Le pays Toraja

Et le lendemain, il ne pleut pas.

 

Ainsi que je l’écrivais plus tôt, nous sommes maintenant à deux pas de l’équateur, et la pluie du soir est une constante.

 

Parfois, quand c’est la saison sèche, on se contente d’une bonne petite pluie suivie de rien ; parfois, quand c’est la saison des pluies, on a droit à davantage. Mais la règle inflexible semble être que rien ne commence avant cinq ou six heure de l’aprème.

 

Il n’est pas six heures du matin alors que j’ouvre l’oeil. La lumière traverse le rideau ; un coq chante ; une poule passe pas très loin, un étage en dessous, dans le jardin, je suppose, et appelle ses poussins qui pioupioutent et s’égosillent.

 

Dans la distance, des gens se hèlent et se saluent. Je suppose que c’est le long de la rivière dont le doux grondement se fait entendre. Il y a des bruits d’eau qui me font craindre qu’il pluvine encore, ou alors, ce sont les dernières gouttes qui glissent du toit, fait de tôle ondulée.

 

rantep6Ou alors, ce sont des bruits de tuyau ? Après écoute plus attentive, j’en arrive à cette conclusion qui m’arrange bien… et décide d’enfin me lever, afin d’être fixé. Il fait gris, mais il est tôt, et les bruits que d’entendais se révèlent finalement être un mélange d’arrosage du jardin central et de la rivière, plus proche que je ne l’imaginais. Sur la petite table qui se trouve devant la fenêtre de ma chambre, dans le couloir  ouvert sur jardin, je fois un pot de thé qui fume, et deux rôties qui ne seront pas chaudes longtemps.

 

Bon, il est temps de prendre ma douche, et puis on verra ce qui se passe. Comme hier soir, mais avec un peu plus d’habileté, me m’ébouillante, puis me rince suffisamment vite pour éviter les glaçons de la fin du chauffe eau. Vite se sécher dans un essuie encore vaguement humide ; s’habiller de caleçons propres, d’un short sec, d’un polo. Voilà, j’ouvre la porte ; le thé est encore tiède. Il y a un petit pot de beurre qui tourne liquide et une cuillerée de confiture rouge qui va avec. Les toasts sont racornis, maintenant.

 

Vala, je sais comment ça fonctionne ici. La prochaine fois, dès que j’entendrai le bruit du frottement des pieds de la fille qui pose, devant chaque chambre occupée, le plateau du petit déjeuner, je bondirai à la porte, pour avaler mon repas.

 

Bien entendu, je pourrais descendre et aller réclamer, mais je suis trop flemme… et puis les toasts avaient été si peu toastés que finalement, c’est tout à fait mangeable.

 

rantep8Descente, quelques minutes plus tard : il fait lourd, le ciel est clair cependant, sans nuage mais avec une buée dans l’air qui nous fait savoir où l’on est. Rapide causette avec le garçon que j’ai vu hier, qui tient la réception, quand on ne l’envoie pas ailleurs, et qui rêverait, m’expliquera-t-il plus tard, d’aller ouvrir son hôtel à Bali, et d’abandonner Rantepao.

 

Malheureusement pour lui, sa famille reste très attachée à ses racines locales.

 

Avant qu’il m’explique tout cela, il me donne les tuyaux nécessaires et un plan grossièrement dessiné, pour que je sache où aller me promener dans la région. Hop là, merci, merci, merci et me voilà parti, dans la rue qui termine de sécher sous un soleil déjà de plomb. J’ai mon sac habituel, avec des bonbons planqués dedans et un appareil photo.

 

Et un paquet de kreteks, au cas où je tomberais sur un adulte qui mérite sa cibiche.

 

rantep9Sur les côtés des deux ou trois rues qui font Rantepao, il y a des cyclotaxis recouverts, rapport aux pluies diluviennes du soir. Pour l’instant – nous sommes tôt le matin – tous les gens se reposent. Le travail viendra dans quelques heures, quand de grosses et vieilles dames décideront d’aller au marché, puis d’en revenir, avec des paquets encombrants et une petite fille collée aux basques.

 

Par les routes et les chemins, je vais marcher pendant trois jours, à travers le pays Toraja. L’architecture en est originale – quoique partagée avec la région du lac Toba, à Sumatra - et encore traditionnelle.

Rantep1Rantep2Rantep3 

Village après village, les gosses vous accueillent à grand cris, viennent vous saluer d’un hello Mister ! tonitruant, quel que soit votre sexe, et vous regardent ensuite, groupés, un immense sourire sur le visage, jusqu’au moment où ils éclatent de rire, du simple fait de votre présence.

 

Rantep20Rantep21Rantep22Ils posent, pour l’appareil photo, adorent voir la photo qui apparaît ensuite sur l’écran. Leurs parents se pressent aussi, pour commenter.

 

Chaque jour, je rentrerai à la Wisma Imanuel, juste avant la pluie, après avoir marché une vingtaine de kilomètres, entre les rizières et les buffles qui me regardent d’un air parfois méfiant, parfois apeuré.

 

Ils ont leurs raisons, comme on le verra ensuite.

 

En attendant, de village en hameau, d’église en église, j’avance, sur mes flip flops, une bouteille d’eau régulièrement remplacée, dans l’une de ces épiceries de village où je trouve de quoi boire, et des bonbons avec lesquels je sème des caries et du bonheur.

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16:37 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/03/2008

Wisma Imanuel

Après plus de onze heures de route tranquille et raisonnablement cabossée, nous arrivons, dans la nuit noire et sous une pluie battante, au centre de Rantepao. Au plus on approche de l’équateur, au plus l’humidité devient pesante, et au plus régulièrement la pluie tombe, passé six heures.

 

Rantepao est une petite ville ; une bourgade, à vrai dire. Tout le monde, ou presque, est abandonné au terminal qui se trouve dans la grand rue, elle-même devenue une rivière boueuse, et le bus redémarre immédiatement, avec un passager encore, moi, pour me lâcher devant mon wisma – ça sert, d’avoir été copain avec la fille du conducteur J.

 

Deux minutes plus tard, je suis à l’endroit voulu, sous la même pluie battante, et arrive en deux pas à la porte de mon wisma, de mon hôtel.

 

Fermé.

 

Bon, quand je dis que c’était mon hôtel, c’est juste qu’un mec, croisé à Makassar et rencontré au cybecafé, venait de redescendre de Rantepao, avait dormi ici et m’avait conseillé l’endroit.

 

Bon, faudra trouver ailleurs, donc… mais sous une pluie battante, l’urgence devient autre chose. Je crois bien me souvenir qu’il y a un autre hôtel à deux pas, mais la rue est noire comme la conscience d’un politicien véreux, avec des nids de poule, ou d’oie, c’est selon, et un lampadaire tous les cent mètres. Ca et là, une ampoule de couleur signale au passant que l’habitant de la masure possède l’électricité, une barre de néon fait savoir qu’il y a là un commerce.

 

Quant à mon hôtel…

 

Deux jeunots m’arrivent dessus et claironnent le sempiternel Hello Mister ! destiné à montrer à la rue entière qu’ils sont capables de parler anglais. Je réponds bonjour aussi, et continue en demandant s’ils savent où se trouve le prochain hôtel. Ca, c’est de l’anglais moins facile et il faut un moment pour s’entendre. Puis, conversation entre les deux, en indonésien, un grand sourire, le premier prend ma valisette pendant que le deuxième me guide.

 

Cinquante mètres plus loin, effectivement, discrètement tapis au fond d’un jardin dont j’admirerai, demain matin, la luxuriance, il y a Wisma Imanuel, un petit hôtel tout à fait raisonnable, avec eau chaude dans les chambres.

 

Vu le nom de l’établissement, je suppose que nous sommes en région chrétienne.

 

A l’entrée, quelques membres d’une famille chinoise m’attendent : trois vieilles tantes et un jeune homme. La pièce est immense et carrelée de blanc, je n’ose y entrer, tant la rue boueuse et le jardin pas mieux me collent aux flip flops et aux pieds.

 

L’un de mes guides pose ma valise sur la véranda, devant moi, pendant que le deuxième m’introduit – tout cela fait pour le plaisir d’aider. Ils sont ravis, certes, mais avant tout surpris, quand je sors, du fond de mon sac, un paquet de kreteks, comme cadeau, afin de les remercier pour leur aide.

 

Ils repartent alors, après m’avoir abondamment remercié, sous la pluie de plus en plus serrée, mais tiède, tout heureux de leur bonne fortune, pendant que je dégouline devant l’entrée de l’hôtel de mes chinois, moitié bouddhistes, rapport aux statues de dieux lares qui occupent le petit temple de l’entrée, moitié chrétiens, rapport aux croix qui ornent les murs.

 

Il faut savoir manger à tous les râteliers, prier à toutes les églises. Quand un dieu est distrait, ou hostile, on peut toujours aller quémander des faveurs chez un autre.

 

Monsieur vient à  moi et m’invite, m’invitant à abandonner mes flip flops à l’entrée et m’assurant que les traces de boues que je laisserai sont sans importance. Il est vrai que le personnel de nettoyage est pour rien, ici… Il se saisit de mon sac, je le suis, prend un escalier étroit, et me trouve dans une chambre dont la qualité principale est qu’elle donne sur le jardin central et la rivière – invisible à cette heure de la nuit. Je l’entends gronder, plus bas.

 

Il y a aussi un système infiniment compliqué pour obtenir de l’eau chaude. Mon cicérone passe près de cinq minutes à m’expliquer la manière dont l’appareil fonctionne, ce qui me permettra, quelques minutes plus tard, tentant d’appliquer ses bons conseils, de m’ébouillanter d’abord, avant de me rincer à l’eau fraîche, et bientôt glacée.

 

Les murs de la chambre sont lépreux, le rideau bouffé de mites. C’est le standard local, et je ne me plains pas. Au moins, les draps sont propres, même s’ils sont élimés. Au dessus de toute cela, une couverture râpée, bien inutile, et un ventilateur accroché au plafond, et qui marche, chassant les moustiques.

 

Allons dormir ; demain sera un autre jour. J’essaie donc de me doucher, n’y réussit qu’à moitié, découvre qu’il n’y a pas de serviette, vais à la fouille dans mon sac, pour y trouver mon vieux sarong, me sèche comme je le peux, et tombe dans mon lit. Il ne doit pas être loin de onze heures. Demain, debout à l’aube, et promenade, s’il ne pleut pas.

23:34 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/03/2008

Vers Rantepao

Deux jours après, ayant épuisé les beautés de Makassar – je parle de ses beautés architecturales - je prends un bus pour Rantepao. Le soir précédent, je me suis arrangé avec un vélo taxi qui traîne devant l’hôtel, pour qu’il me conduise à la gare des bus, tôt le lendemain matin.

 

Ce sera debout à six heures ; douche, petit déjeuner composé de thé et d’une crêpe dévoré en hâte ; devant la porte de l’hôtel à sept ; arrivée à la gare routière vingt minutes après, à la suite d’une tranquille promenade à travers les routes de la ville, jusqu’à un champ, fermé d’une clôture, sur lequel on voit deux ou trois autocars dans des états de décrépitude variée.

 

Derrière vous, le cycliste souffle d’autant plus que, comme tous les vélos taxis d’Indonésie, votre conducteur aux mollets d’acier est un gros fumeur.

 

Idiot.

 

Arrivé devant le champ fermé aux grilles ouvertes, vous descendez de votre somptueux cabriolet, retirez votre valisette et payez votre dû. Devant vous, il y a une cahute partagée entre la billetterie et un café-épicerie, dans lequel vous trouverez tout ce dont vous aurez besoin pour le trajet : de l’eau fraîche, des nouilles en bol plastique, des bonbons et des cigarettes, des biscuits au chocolat, de la bière glacée. Ah, oui, tôt le matin, rien ne vaut une bonne bière de deux tiers de litre…

 

A partir de Makassar, on ne réserve pas les places. Ca, c’est une surprise. Il faut donc arriver à la gare routière bien à temps, pour trouver un bus VIP, comme ils disent, afin d’y obtenir une place. Heureusement, il y a plusieurs bus, plus ou moins VIP.

 

C’est vivable.

 

Le bus partira à huit heures, et arrive à Rantepao… quand il le peut. Usuellement, douze heures plus tard. La queue devant la petite guérite, section billetterie, ne s’est pas encore formée. Il faut dire que le préposé s’est contenté de rabattre le volet et qu’il bavarde tranquillement avec son copain. Quand je descend de mon vélo taxi, il me hèle et me demande si c’est pour Rantepao.

 

Oui, c’est.

 

Bon, le devoir l’appelle : il interrompt donc sa causette et rentre dans le bureau. Six dollars plus léger, enfin, soixante mille roupies, plus précisément, je suis aussi informé du fait que j’aurais pu, en ville, trouver mon billet, et gagner un quart d’heure de sommeil. C’est juste que je suis tombé, par extraordinaire, sur un commerçant qui voulait fermer.

 

Bah, ce n’est pas plus mal, puisque j’ai ainsi obtenu une place en or que Monsieur m’a choisie sur ma bonne mine. Je suis donc à la fenêtre, au premier rang, ce qui me donne une belle vue dans tous les sens et de la place pour mes jambes. Que veut le peuple…

 

En attendant, mon sac rangé dans la soute du camion, et mon baluchon laissé sur le siège qui m’est réservé, je sors de la cabine et fais le tour du terminal des bus.

 

bl3Le tour est vite fait, vu que ce n’est pas gigantesque. Il me reste le temps d’aller à l’épicerie, acheter une bouteille d’eau, de regarder le camp militaire en face du terminal, avec ses canons et ses missiles dignes de Jo et Zette (et Jocko), de prendre une photo de la fille du conducteur...

 

 

 

 

 

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Un couple d’américains est arrivé, et quelques habitants du Nord, qui commencent leur long périple, avec un arrêt à Rantepao ; sinon, c’est mortel.

 

Un premier coup de clackson, assourdissant, nous convoque à l’intérieur du bus, dont le moteur gronde. Un deuxième pour presser le mouvement. A côté de moi, personne. Quand nous sommes tous installés, monsieur le bras droit du préposé au billet – et qui est le fils de madame la propriétaire de l’épicerie qui jouxte la billetterie, ai-je appris quand nous causions, elle et moi – monsieur le bras droit du préposé au billet, donc, fait le tour du bus, pour bien vérifier que tout le monde a son billet.  Une fois son inspection terminée, il adresse deux mots au conducteur, lui tend un cahier d’écolier où on a soigneusement calligraphié le nom de chacun des passagers

 

Pour mon nom, ça leur a pris deux lignes, à cause des corrections.

 

Ensuite, il quitte le navire et aide l’aide chauffeur à fermer la porte, vu que le circuit pneumatique a quelques fuites.

 

Nous voilà partis. Monsieur le conducteur met la musique en marche mais, heureusement, le système musical du bus ne fonctionne plus trop bien, et la musique se contente de lui hurler dans les oreilles, couvrant les grincements inquiétants du changement de vitesse.

 

Ca tombe bien, la cassette qu’il a mise dans son appareil reprend les chansons d’un artiste local dont la voix me déplait souverainement.

19:53 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/03/2008

Fort Rotterdam; demandes en mariage

Makassar a peu à offrir, au visiteur amateur de vieille pierre, sinon un assez joli camp retranché, aujourd’hui devenu musée et centre culturel, qui fut un temps le centre névralgique de l’administration hollandaise de l’île.

 

On l’appelle Fort Rotterdam.

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maka1maka2Son état a longtemps été similaire à celui de Batavia, tournant peu à peu à rien, puis à un tas de ruine, jusqu’au jour où les responsables de Makassar, mettant un et un ensemble, en sont arrivé à la conclusion que s’ils voulaient attirer le voyageur et ses devises, ce serait peut-être une bonne idée de lui proposer quelque chose de joli à voir, plutôt que juste des tas informes de cailloux pourrissant sous la mousse.

 

 

 

maka3maka4Or donc, on a remis Fort Rotterdam en état. Il y a maintenant un petit musée dedans, ainsi qu’une dizaine de guides des deux sexes, capables de parler le néerlandais, l’anglais ou le japonais et qui, pour deux francs trois sous, comme on disait quand j’étais enfant, vous font faire le tour en vous expliquant le pourquoi et le comment de la cité administrative de Fort Rotterdam, ainsi que l’historique de la colo.

 

Chose amusante, de très vieux Indonésiens, devenus Hollandais, les Harkis de l’armée Néerlandaise, reviennent depuis une dizaine d’années, depuis que tout s’est calmé, afin de revoir les lieux de leur jeunesse. Ils sont riches comme crésus, parlent encore l’indonésien, et font baver d’envie tous les jeunes qui les entourent, quand ils décrivent leur vie européenne.

 

C’est ainsi qu’on se retrouve, nous, les promeneurs européens, entourés de jolies demoiselles souriantes qui vous proposent le mariage, pour autant que vous puissiez, en contrepartie, leur promettre une vie, qui en Hollande, qui en Angleterre.

 

Les Etats-Unis font bon effet aussi.

 

Cette fascination pour l’étranger, de la part de jeunes femmes usuellement éduquées, diplômées, titulaires d’un emploi, prêtes pour la plupart à s’expatrier et à faire un mariage on ne peut plus sérieux, pour pouvoir échapper à l’Indonésie, en général, et à l’île de Sulawesi, en particulier, est notable, en Océanie, dans la région où je suis pour le moment.

 

De Rabaul à Mandalay, j’ai, bien entendu, eu droit à toutes les offres commerciales possibles et imaginables, en tant que voyageur solitaire de sexe masculin. Mais quelle était la profession des filles qui faisaient ce genre de proposition… on peut l’imaginer sans difficulté.

 

En Indonésie, j’ai au droit, à Java d’abord, à des tombereaux d’offres de mariage, faites par les mamans musulmanes de jeunes vierges rosissantes qui regardaient le sol pendant que la maman faisait l’article.

 

Quand nous nous séparions avec, de ma part, promesse d’y réfléchir, j’imagine qu’il y avait comme un règlement de compte entre maman et fifille.

 

Quoique.

 

Il est, à la réflexion, bien évidemment possible que Madame Mère ait été envoyée en ambassadeur, par une demoiselle qui faisait discret, mais qui savait ce qu’elle voulait.

 

Dans les Célèbes, ce sont les demoiselles elles-mêmes qui, bonnes catholiques ou scrupuleuses protestantes, venaient se proposer dans le but louable de nous conduire devant l’autel, dans le but de sanctifier une possible union.

 

Et quand j’essayais de convaincre telle jeune femme de la folie de cette proposition, lui faisant remarquer que j’avais l’age d’être son père, ou davantage, par exemple, j’obtenais systématiquement ces réponses qui me semblaient folles, ou bien si sages, selon lesquelles elle avait besoin d’un peu de maturité dans le couple ; que si les Indonésiens de mon age étaient des croulants, j’étais de toute évidence dans une forme olympique ; que je ne fumais pas et buvais peu ; que j’étais donc destiné à devenir centenaire ; que, vu mon tempérament de feu, je serais certainement heureux d’avoir des enfants avec elle, tôt ou tard ; que j’étais gentil ; et que zut et rezut, en finale, elles voulaient aller en Europe, et pourquoi pas avec moi…

 

Que répondre à cela.

 

Je réponds donc, usuellement, que je dois y penser. Et qu’on verra plus tard. Pas folles, les filles rient de ma volonté de temporiser et se disent que c’est peut être qu’elles ne sont pas mon genre… Elles laissent donc la place à une autre, qui peut alors tenter sa chance.

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24/03/2008

Makassar, le samedi soir

Les ports, en Indonésie comme partout ailleurs, ce sont des endroits pas toujours tout à fait catholiques. Ici, je me rendrai vite compte que, malgré le fait que Makassar est tout juste une grosse bourgade, il y a du commerce de fesse comme pour deux millions de personnes, dans des établissement bien glauques, comme toujours dans ces cas là, je suppose.

 

Heureusement, passé l’avenue qui conduit de Chinatown au port, ou du port à Chinatown et passés quelques avenues et rues du ghetto chinois, on arrive dans une ville normale : quelques rues exclusivement consacrées aux bijouteries – hé, les chinois sont là… - et une digue avec quelques bistrots et une plage au début.

 

Mak1La plage est digne d’une plage indienne d’Inde. D’une saleté repoussante avec au moins trois couches de sachets en plastique, pleins de trucs et de machins dont on ne veut rien savoir et, comme c’est une fin de baie, toute les poubelles des bateaux y arrivent, en surface ou entre deux eaux. Des barques s’arrêtent à une vingtaine de mètres du rivage et les passagers, en provenance de l’une des petites îles que l’on voit dans la distance, peuvent marcher avec de l’eau huileuse jusqu’à mi-cuisses, jusqu’au moment où ils arrivent sur la plage et remettent leurs chaussures ou leurs flip-flops.

 

Oui, bon : leurs flip-flops.

 

 

 

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Les gosses, complètement mithridatisés, parviennent encore à patauger dans l’eau. On irait jouer avec eux qu’on ressortirait de la mer avec toutes les maladies de peau qui existent, plus la lèpre, le choléra, une otite comme dans les livres, la peste et une chiasse du tonnerre de feu.

 

La digue est cahotante, quand on y arrive par vélo taxi.  De tout son long, il y a des groupes de jeunes qui prennent l’air, le soir, bavardent ensemble, regardent passer les gens et les vélos taxis, vous sourient ou vous hèlent quand vous passez et s’amusent de peu.

 

La vie est chère, pour les jeunes Indonésiens… Une Bintang, dans un  bar de la croisette locale, c’est tout de suite dix mille roupies, soit un dollar américain, soit … beaucoup trop pour leur budget – sans compter que certains sont de bons musulmans. Bien entendu, les jeunes Indonésiens qui sont bons musulmans pourraient prendre une glace. Sauf qu’une glace, c’est le prix d’une bière… Ce n’est pas rien.

 

Cela explique la foule des jeunes rieurs, désoeuvrés et jacassant que l’on peut voir tout au long de la digue.

 

Au moins, pour la plupart, ils ont un téléphone portable.

 

Quoique, vu ce que coûte la minute d’appel téléphonique, par ici, l’usage qu’ils en ont est probablement plus décoratif que communicationnel (woah, je l’ai placé, ce mot là ??? Ouai !)

 

Les terrasses de rue, à Makassar et, en général, en Indonésie, sont horriblement bruyantes et désagréables, du fait du passage de mobylettes pétaradantes et de voitures vomissant une fumée bleue digne du bon vieux temps de feu l’Union Soviétique. Cela explique la raison pour laquelle ici, au bord de la mer, les terrasses sont toutes … en terrasses. Les bâtiments qui longent la croisette font tous deux ou trois étages et quelques une font café sur le toit.

 

C’est chouette, et la vue est fantastique.

 

Mak4

 

  

Mak5Mak6D’abord, un étage bistrot-restaurant, couvert, juste au cas où il pleuvrait ; une volée d’escaliers plus haut, on se trouve sur le toit, avec des tables, une paire de serveurs portant les Bintangs commandées par tous et chacun. Quand il y a des filles, on les voit aussi transporter d’immenses glaces noyées sous du sirop aux cerises. Ca doit être pas mal, sur le plan calories, mais les filles sont minces.

 

Quoique.

 

 

Mak7

 

 

 

 

 

 

 

En fait, c’est une histoire – temporaire – de métabolisme. Dévorant des tas de trucs avec des tas de calories dedans, les filles du coin semblent digérer comme des chefs, jusqu’à la trentaine. Ensuite, un beau matin, ou un vilain, pour elles, un beau matin, donc, le métabolisme se dérègle et chaque bouchée devient un attrape cellulite qui leur fait, quand elles arrivent à la cinquantaine, un pneu Kronembourg peut élégant autour de la taille. Mais bon, ce que je vois autour de moi, sur le plan féminin, ce sont des jeunes femmes qui ont, tout au plus, une vingtaine d’années, parfois venues avec un ami, parfois venues entre copines.

 

Le coup d’œil n’est pas désagréable et les filles sont, qui plus est, souriantes envers l’étranger qui passe et dont la seule présence les intrigue.

19:50 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/03/2008

Makassar; premiers pas

L’arrivée à Makassar, c’est l’arrivée dans le petit port d’une vraie ville, capitale d’une petite île bien paisible. Enfin, je dis petite île ; elle doit faire la taille de deux fois la France… c’est juste qu’elle n’est pas peuplée avec la même densité.

 

Quoique. Faudrait voir.

 

Du port au centre ville, il y a cinq minutes de vélo-taxi, à tout casser. La mégalopole est estimée loger aux alentours de deux cent mille habitants, le long d’avenues de terre battue, parfois ornées de quelques mètres de ciment, ou d’asphalte.

 

Ce sont les petites rues, curieusement, dont le revêtement est le plus correct : de grosses plaques de ciment, de deux mètres sur deux, qui rappellent les autostrades allemandes de la grande époque de notre regretté Führer.

 

Alors que je descends sur la passerelle, mon baluchon à la main, je fais un dernier signe d’adieux aux gosses qui m’ont accompagné jusqu’à la porte de sortie du navire. Quant à eux, accompagnant papa et maman, ils continuent jusqu’à Ambon, aux Moluques, ou à Sorong, dans la province d’Irian Jaya, ou à Jayapura, l’une des mythiques capitales de la Papouasie.

 

De là, pour la plupart, ils partiront, en minibus ou en voiture, sur des routes de plus en plus cahotantes, jusqu’à des villages perdus dont ils sont originaires.

 

Les petites filles ont la larme à l’œil, et les garçons sourient en agitant la main.

 

Ils sont émouvants.

 

J’ai une demi-douzaine d’adresses et ai dû promettre, juré-craché, à toutes mes éplorées, ainsi qu’à deux petits garçons, que j’enverrais une carte postale, d’ailleurs, de Chine, de Thaïlande, de Bali, de France, d’Italie ou d’Amérique. Bref, d’un endroit lointain et exotique.

 

Descendu sur le quai, je suis abordé par des chauffeurs qui me proposent de me conduire à mon hôtel pour des cinq ou six dollars, ce qui me semble bien exagéré, vu que l’hôtel sur lequel j’ai jeté mon dévolu, selon le bon conseil d’un promeneur croisé il y a quelques jours à Jakarta, doit se trouver à, tout au plus, cinq minutes du port, à vélo. On peut noter, d’ailleurs, que chaque fois que j’abandonne l’un de ces vautours, il essaie de me retenir en divisant son prix par deux…

 

Comme je n’aime pas trop qu’on me prenne pour un crétin, je passe mon chemin jusqu’au moment où, à la sortie du terminal, un autre taxi m’aborde. Un vieux bonhomme avec des mollets qui indiquent bien sa profession : vélo-taxi. Il me demande deux dollar pour aller jusqu’à l’hôtel, ce qui est probablement encore trop, mais bon.

 

Il sait où c’est – du moins, il me le dit.

 

Nous voilà parti, donc, lui sur son vélo, moi dans la petite cabine qu’il traîne derrière, écrasé sous ma valisette et mon sac à ordi. Une avenue longe le port pendant deux ou trois cents mètres, avant que nous obliquions pour entrer, par une petite rue faite de trous et de bosses, dans Chinatown. De sous le rebord de ma cabine, j’ai bien noté que toute l’avenue, du port au tournant pour aller en ville, n’était qu’une succession de karaoké et de bars louches.

 

Bon, oui, nous sommes dans un port…

 

Les karaokés, si célèbres comme attraction professionnelle et familiale au Japon, prennent une toute autre dimension, une fois que nous arrivons en Asie du Sud Est, et en Océanie. Dans toute ma naïveté, il m’a fallu y entrer une fois, alors que j’en étais à mon deuxième ou troisième voyage par là bas, pour que je me rende compte qu’un karaoké thaïlandais, par exemple, c’est plutôt un endroit où la chanson a davantage un caractère d’excuse que de fin.

 

 On y va pour chanter, certes, une bière à la main, des chansons à la mode ; à sa gauche et à sa droite, on a vite de ravissantes créatures aux jupes courtes et au sourire aguicheur auxquelles vous offrez un verre, et qui vous proposent vite, tant elles sont admiratives envers vos capacités de chanteur, d’aller chanter dans le privé d’une pièce fermée où elles vous écouteront plus à l’aise.

 

Si, à ce stade, vous n’avez pas compris – là, j’avais quand même compris – ou si vous avez compris et que vous aimez justement assez bien chanter dans le privé, avec deux ou trois créatures nues folâtrant à vos côtés, ça vous coûtera une petite centaine de dollars mais ça devrait aussi vous laisser un souvenir inoubliable.

 

Le concert, je veux dire.

 

Enfin bref, il y a donc les karaokés qui passent, et quelques bistrots un peu louches. Ensuite, nous tournons à gauche, lui devant, moi derrière, puis encore à droite. Voilà un premier Wisma – c’est l’un des noms que l’on donne ici aux hôtels - devant lequel nous nous arrêtons. Ce n’est pas le mien. Mon cycliste, conscient de son erreur, court dans le Wisma en question pour aller se renseigner. Une courte explication, il revient, accompagné de Madame, dont le sourire illumine la rue entière. Nous faisons demi tour, reprenons la rue abandonnée un peu plus tôt et prenons une deuxième rue sur la droite.

 

Après quelques dizaines de mètres, je vois une nouvelle Wisma avec un nom qui est bien en rapport avec celui que je cherchais. Ca y est, nous y sommes.

 

En face, un bâtiment jaunâtre en train de tomber en ruine, avec, devant sa porte, un groupe d’autres vélos taxis qui attendent le chaland. Je remarquerai, un peu plus tard, qu’il y a trois hôtel, Wisma et guesthouse sis côte à côte, ce qui explique le groupe des cyclistes plein d’espoir. Je remarquerai aussi, encore plus tard, que le joli bâtiment qui se trouve en face de ma guesthouse est un bordel.

 

Un peu plus tard, vu les offres qui me seront faites, j’en arriverai à la conclusion que l’endroit en question est le bordel spécialisé, ici, pour les messieurs qui aiment les messieurs.

 

Juste mon truc…

00:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/03/2008

Vers les Célèbes

Parlant de manger, le repas de midi s’annonce, à peine avons-nous quitté le port de Surabaya, vers les quatorze heures. Une louche de riz parfumé et un œuf frit par-dessus – le tout servi, comme toujours, dans une petite assiette en plastique.

 

J’ai connu mieux.

 

Mais bon, j’ai faim, quand même et je me prends donc mon riz et mon œuf avec. Puis, je jette bien soigneusement mon assiette en plastique, et ma fourchette en plastique, dans un grand sachet en plastique que les marins remplacent deux fois par jour, une fois qu’ils sont presque à déborder. Puis je repars, toujours accompagné de mon groupe d’enfants, tout sourire et curiosité, à travers le bateau, histoire d’aller prendre l’air.

 

C’est fou comme on s’ennuie vite, sur un ferry indonésien, même quand il est grand.

 

J’ai pris des ferry précédemment : entre Calais et Douvres, il y a une grosse heure, et on a tout juste le temps de s’asseoir avant qu’il soit nécessaire de retourner à la voiture.

 

Entre Helsinki et Tallin, du temps où c’était le ferry, ça durait deux ou trois heures, mais il y avait des tas d’activités, ainsi que le spectacle fascinant et toujours renouvelé des soiffards finlandais qui se saoulaient la gueule, à l’aller comme au retour, et le bateau qui court d’une plaque de glace à une autre, les brisant au milieu de grands craquements.

 

En été, on prenait le bateau rapide et on ne voyait plus rien du spectacle de la mer… Il faut dire aussi qu’au bout d’une heure, avec ce fameux bateau rapide, on était au port de Tallinn, et on montait le long de la Pik, pour aller jusque sur la petite place centrale autour de laquelle Tallinn rayonne.

 

J’ai aussi, pour faire plus long, pris la malle qui va de Turku à Stockholm, en s’arrêtant à Marienham. On partait tôt le matin, pour arriver en fin d’aprème mais là aussi, d’abord, ce n’était qu’une journée et, ensuite, il y avait de l’espace, des choses à faire… et même l’internet.

 

Et ça date, pourtant.

 

On arrivait le soir au port de Stockholm, je reprenais ma voiture et m’enfonçais dans la nuit noire, vers Norrköping, Linköping, Jönköping, jusqu’à Malmö où j’arrivais au petit matin. Un dernier petit bac, maintenant remplacé par un pont, quelques kilomètres encore au Danemark, un autre bac pour aller jusqu’en Allemagne, puis faire la grande descente des autoroutes… Mais bon, je m’égare : revenons en à nos moutons – enfin, à nos papous.

 

Sur le ferry  indonésien, c’est long, et il n’y a rien à faire. Ma seule distraction, c’est… distraire les gosses, aller voir l’eau qui avance, répondre que tout va bien et vous-même aux dizaines de passagers qui m’abordent, l’un après l’autre, pour le demander comment je vais, manger à temps et à heure un peu de riz et un œuf frit, étendre le muezzin hurler son appel à tout moment – enfin, souvent.

 

Le bateau est propre et les poubelles nombreuses. A cela près que, deux ou trois fois par jour, les poubelles pleines sont jetées à la mer par l’un ou l’autre marin, flottant alors longuement sur l’eau, gros bubons de plastique qui dégorgent leurs contenu. Les sachets de plastique ressemblent, aux yeux myopes des tortues marines, à des méduses dont elles raffolent. Elles se précipitent dessus pour les manger, et meurent étouffées. Crétins de marins.

 

Parfois, quand, mourant d’ennui, je décide d’aller m’étendre et de faire comme si je ne remarquais pas le regard implorant des petits, vu le vacarme des télés, je ne puis même pas sommeiller. Et les enfants restent à portée de surveillance afin que, si je me relève, tous les copains soient avertis en deux cris, et que je me retrouve avec mes groupies.

 

Je lis un peu, j’ouvre mon ordinateur, et dix personnes, au moins, se regroupent derrière moi, pour voir à quoi ça ressemble, un lap top… Ce sont les parents, cette fois ci.  Quant aux gosses, leur intérêt vis-à-vis de l’électronique trouve vite ses limites, et ils filent jouer au ballon entre les rangées de lits. Seules quelques petites filles restent à observer le groupe des adultes, dans la distance, pour ne pas me perdre quand je me relèverai et passerai à autre chose.

 

Les parents, donc… Pour leur faire plaisir, je mets une fonction de diaporama et leur montre des photos de Thaïlande, ou de Birmanie, ou d’Inde. Les spectateurs sourient d’une oreille à l’autre, commentent avec enthousiasme les photos qui défilent… Du coup, je n’avance pas trop dans mes trucs à moi, mais c’est bien ma faute. Je n’avais qu’à jouer au cruel égoïste, mais cela m’est impossible : oui, bien entendu, mes voisins sont envahissants, mais leur curiosité est attachante, attendrissante. On a tout, sauf envie de leur servir une rebuffade. Ce que je suis, ce que je possède, ils en ont entendu parler, l’ont parfois vu à la télévision, mais je suis un martien richissime, pour eux, et le simple fait de voir l’objet-ordinateur, de le voir fonctionner, de le voir obéir à chaque commande pour montrer un petit film, jouer de la musique, cela est magique pour eux.

 

Puis-je leur refuser ce plaisir ?

 

Au bout de quelques heures, heureusement, la batterie tombe à plat et je dois recharger l’appareil – ce que je ne pourrai faire qu’à Makassar. Toutes les excuses sont bonnes et les plus gros mensonges passent quand on les dit avec un air innocent. Je peux donc remettre mon ordi dans son sac, pendant que les voyageurs se dispersent. Ordi remis dans le placard – toujours sous la surveillance de mes voisins – je repars en promenade sur les ponts, accompagné d’une troupe de gosses.

 

La soirée s’approche. Le muezzin appelle ses fidèles, puis le cuistot appelle les affamés. Riz et tête de poisson, cette fois ci. Je commence à ressentir, au plus profond de mes entrailles, comme un ras le bol de la part de mon organisme, face au rata militaire, et attends avec impatience l’arrivée à Makassar, annoncée pour demain, en fin de matinée.

18:48 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/03/2008

Arrêt à Surabaya

seaJe suis sur le pont, alors que nous approchons du port de Surabaya, en fin de matinée, dans la lumière vaporeuse et l’atmosphère troubles, provoquées par un soleil qui tape. D’abord, nous traversons comme une casse, un immense cimetière de bateaux, qui sont amarrés dans la distance, parfois solitaires, parfois en groupes, toujours à moitié coulés, penchés sur babord ou tribord, masses de rouille, sur lesquels plus rien ne vit.

 

 

 

Rust1

 

Un bon quart d’heure passe ainsi, pendant lequel notre ferry traverse, à petite vitesse, le cimetière marin. Sur les coques, on peut encore déchiffrer, si on a de bons yeux, les noms de compagnies maritimes disparues depuis longtemps, et celui des navires abandonnés. Ce naufrage collectif fait mal au cœur. Ca a navigué, ça a vécu, il y a eu des gens dessus… je ne sais même pas s’il y resterait un rat.

 

boatPuis, la nécropole dépassée, nous ralentissons encore, traversons une masse de bateaux cargos garés, si j’ose dire, dans tous les sens, attendant le départ, ou l’autorisation d’aller à quai, manoeuvrons en vue d’un chaos de ferraille qui se révèle bientôt être une rangée de grues et, plus loin, une file de navires de guerre. La marine indonésienne est, semble-t-il, toute entière là.

 

 

 

Entre les torpilleurs, les cuirassés, les contre-torpilleurs, les croiseurs et autres avisos, et l’empilage de grues, il y a une gigantesque statue représentant, de toute évidence, un officier de la marine du cru. Un amiral fameux, je suppose. Enfin, fameux en Indonésie. Il doit bien faire cinquante mètres de haut. Davantage, peut-être. Je prends dévotement une photo, pour lui assurer une place dans l’éternité…

Boat2

 

Le ferry accoste, la passerelle descend, un escalier roulant est poussé sur le boat1quai, par une troupe serrée de dockers, pour arriver juste à la porte du navire. Un groupe serré de porteurs monte, galope plutôt, le long de cet escalier. Chacun veut être le premier, en première classe ou en classe business, afin d’avoir des colis à descendre, en grande quantité, pour gagner sa croûte… On les voit s’engouffrer dans le navire et, presque immédiatement, ils galopent sur les ponts, filant dans l’un ou l’autre dortoir, chacun ayant sa cible. Bientôt, on les voit redescendre, chargés comme des mules, chacun avec deux ou trois caisses sur le dos, sous les bras, suivis d’une mémère méfiante, trois gosses aux bras, ou d’un gros patron qui les surveille, jusqu’au quai, puis, de là, jusqu’au terminal où ils disparaissent, suant à grosses gouttes sous leurs paquets.

 

C’est la vie. C’est dur, mais c’est leur vie.

 

Bientôt, le trafic à la descente se calme. Un instant d’indécision, puis le flot va dans l’autre sens, des passagers montent, accompagnés de nouveaux porteurs, ou des même, mais avec de nouveaux colis. La famille du passager grimpe avec, déjà à hurler son désespoir, sauf les enfants qui courent partout, curieux. Ensuite, ce sont aux mères de hurler pour essayer de récupérer les mômes qui se sont perdus, pendant que ces derniers braillent sur tous les ponts, du haut en bas du navire, à rechercher leurs parents.

 

Je vais jeter un œil, accompagné d’une demi-douzaine de gosses, dans mon dortoir où mon surveillant m’accueille, m’indiquant qu’il a l’oeil. J’ai perdu les deux voisins que j’avais, au départ de Jakarta, et les employés de la Pelni ont remplacé les draps de ces deux absents. Maintenant, chacun des lits du dortoir est occupé et j’ai cinq voisins : rien que des gros, dont un couple avec Madame déguisée en Belphégor. Bah, même si les gros sont envahissants, c’est toujours moins désagréable que les cancrelats. La nuit dernière, j’en ai chassé quelques uns qui se promenaient sur le mince sarong sous lequel je me protège, quand je dors.

 

Beurk.

 

Deux heures se passent, et les hurlements de la corne de brume recommencent, lamentables, annonçant le départ. Un, puis un autre. Les cris paniqués des mères qui recherchent leurs petits se font plus stridents. Les petits perdus crient aussi, se doutant bien que le vacarme de la sirène a un sens et croyant bien reconnaître la voix de leur maman chérie, dans les cris poussés ailleurs. Heureusement, tout ce petit monde parle baha ; des voyageurs s’y collent, attrapent les gosses, les reconduisent à l’entrée, comme selon la requête dix fois répétée par l’interphone du bateau. Les parents attendent le retour des petits anges à un endroit précis et, dépendant de leur état d’inquiétude et de leurs nerfs, refilent une claque au petit fugueur, ou le couvrent de baisers et de larmes, avant de remercier le sauveteur qui, s’il vient de la classe touriste prolétaire, compte bien sur un paquet de cigarettes, ou un truc quelconque destiné à lui signifier le plaisir qu’on a à retrouver, grâce à lui, le jeune héritier.

 

Les vendeuses sont là, elles aussi, essayant de vous refiler une dernière bouteille, un dernier paquet de chips, avant de devoir quitter le navire.

 

Enfin, elles descendent, et laissent un ferry maintenant plein. A partir d’ici, il n’y aura plus beaucoup de mouvement dans la masse des passagers. La classe prolétaire est bourrée de petits papous, il y en a aussi, peu, mais quand même, en classe business. La classe business, ce sont principalement des indonésiens, vivant aujourd’hui en Papouasie, mais qui y ont été envoyés il y a une vingtaine d’années, par le biais de la transmigrasi, pour faire basculer la Papouasie dans le bon camp : le leur.

 

Nous en parlerons plus tard.

 

papou1Le bateau repart, donc, traverse dans la brume de chaleur le cimetière marin, échappe enfin à la côte et s’enfonce droit à travers la mer. Nous arriverons en fin de matinée à Makassar. Il fait beau, la mer est étale, le soleil tape. Le muezzin appelle ses fidèles pendant que les Papous chrétiens organisent une danse, d'abord, une petite messe sur le deck arrière, ensuite, puis décident de manger un bout.

 

 

 

 

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20:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/03/2008

La croisière sur la mer de Java

Au bout de quelques minutes, c’est une petite fille qui s’installe devant moi, s’assoit à croupetons sur le bout de mon lit et m’observe intensément, un immense sourire qui lui illumine le visage, quand je lève la tête un instant, et lui fais un clin d’œil.

 

Puis une deuxième, une troisième, puis un petit garçon vêtu d’un splendide costume de fouteballiste.

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Ca, ce sont les ambassadeurs.

 

Bien vite, ce sont les familles qui suivent. Un étranger en classe business, c’est toujours intéressant, ça permet d’exercer son anglais, de se faire mousser devant l’épouse admirative et la belle famille. Ah, oui : par ici, on voyage en tribu.

 

Bah, après une petite heure, je dois bien céder à la pression des petits rires aigus qui se multiplient, au pied du lit, chaque fois que je tourne une page, que je note, d’un trait de crayon, un truc ou un autre ou que – avouons le – je jette un coup d’œil par-dessus le livre, pour voir jusqu'à quel point la foule de mes petits admirateurs augmente, et lui souris.

 

Je me redresse donc, dans un silence respectueux, replace mon livre dans une poche de mon baluchon, et sors l’instrument magique qui fait le bonheur de tous les petits enfants de par là bas : un appareil photo. Une espèce de râle de satisfaction sort d’une dizaine de gorges à la fois. De toute évidence, j’ai gratouillé là où ça fait plaisir.

 

Pas fort loin des gosses, il y a les papas et les mamans, les grands parents, avec lesquelles je prends langue tout d’abord, afin de me présenter : je suis un étranger, et c’est à moi de venir aux adultes, une fois qu’ils m’ont envoyé leurs ambassadeurs…

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A dire en leur faveur, des parents, on n’est pas dans un cadre de langue de bois, et personne ne cache son plaisir de me rencontrer, de bavarder avec moi, d’échanger quelques mots, de me donner de bons conseils, quand on le peut, sur ma destination. Le plaisir est pour moi, aussi.

 

Les gosses sont autour, à écouter de toutes leurs oreilles les grands qui parlent un sabir qui leur est incompréhensible mais qui les amuse bien.

 

Une fois mon premier tout fait, je peux maintenant, ma place et mes affaires étant surveillées par la salle entière, aller me promener comme je le veux, entouré d’un cortège de petiots qui m’accompagneront le voyage durant, à tout instant du jour et de la nuit.

 

Je me lève ? Ils se lèvent.

 

Je marche ? Ils me suivent.

 

Je m’arrête et admire un truc quelconque ? Ils s’installent à mes côtés et admirent aussi, jacassant avant un bel ensemble, afin d’analyser les beautés de l’objet ou du paysage que je regarde.

 

Je m’arrête devant un vendeur de trucs et de machins ? Ils me font l’article. Je termine, bien entendu, en achetant des bonbons que je leur refile.

 

Je m’assois ? Ils s’assoient, à ma gauche, à ma droite, droit devant moi et me sourient, tentant de lancer une conversation, qui en papou, qui en baha indonesia.

 

C’est pratique…

 

De retour à mon lit, je me couche ? Ils se dispersent, quand même, mais il y en a toujours un pour observer de loin ce que je fais, pour le décrire aux copains et pour les appeler, s’il me venait à l’idée de me relever.

 

Vers trois heures du matin, en effet, je me lève avec l’intention d’aller faire un petit pipi. En moins de cinq mètres, je suis entouré d’une dizaine de gosses qui me font, certes, la grâce de m’abandonner à la porte des toilettes et de me laisser faire mon bizenesse tout seul, mais j’ai vu le moment où, même pour cela – ou pire - je serais accompagné.

 

Le lendemain, vu qu’il y a les bêlements du muezzin appelant les fidèles à la prière, et que les bêlements en question sont radiodiffusés à travers tout le navire, je suis réveillé dès … dès très tôt. Quelques fidèles se lèvent, obéissant à l’injonction religieuse, mais la plupart des passagers se contente de se retourner en grognant un coup, et les ronflements reprennent de plus belle. Pour certains, la nuit est cassée. Puisque j’ai les yeux ouverts, les petits enfants dorment maintenant comme des anges.

 

Au bout d’un moment, je me lève et, sans porte-cierges m’entourant, je peux aller jusqu’à mon responsable à casquette qui me reçoit avec un grand sourire. Un peu en anglais, un peu en baha, un peu en langage de sourds-muets, nous parvenons à nous comprendre. A en croire monsieur, nous devrons arriver à Surabaya vers onze heures, avec deux ou trois heures de retard sur l’horaire prévu.

 

Il est vrai que, puisque le navire longe la côte, on ne va pas bien vite : les hauts fonds doivent être légion, ici. Et puis, ma foi, on a le temps, tout simplement…

 

Vers sept heures, un coup de trompe à travers le dortoir : le rata du matin est annoncé ; la queue se forme, pour obtenir une tasse de thé, qu’on peut remplir et re-remplir à volonté ; une louche de riz, et un œuf dur.

 

C’était déjà du riz et un œuf frit hier soir, du riz et un os de poulet – et encore, je suis certain que le cuistot m’a fait une fleur, me cherchant, dans sa marmite, un os particulièrement garni  – pour le déjeuner d’hier.

 

On verra quoi pour ce midi, mais la cuisine de bord ne me semble pas particulièrement excitante. Malgré tout, c’est vrai, le parfum du riz continue à me faire saliver. L’œuf, la tête de poisson ou le poulet, par contre…

20:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/03/2008

Depart sur la mer de Java

En attendant, alors que je déambule sur les ponts, la sirène pousse des hurlements lamentables. On se hâte lentement sur le quai, avec des portefaix qui montent, lourdement chargés, l’escalier flottant qui pendouille toujours le long de la coque, solidement accroché à une paire de cables, pendant que d’autres descendent les mains vides.

 

Quatre fois, cinq fois encore, la sirène nous assourdit. La passerelle remonte enfin, pendant qu’ouvriers et marins se hèlent pour détacher les câbles accrochés aux bites, tout au long du quai. D’un côté, les ouvriers, à quatre ou cinq, parviennent à tirer les lourdes cordes, à les relever, pendant qu’un système de poulies actionnées par un moteur enroule le câble à toute vitesse, avant que le nœud plonge dans l’eau sale.

 

Plouf, trop tard, c’est fait.

 

Des souffleurs, dirait-on, déplacent le navire de côté, et l’éloignent un peu du quai, donnant bientôt assez de place au pilote pour manœuvrer.  Nous voilà partis.

 

Boat1A petite vitesse, nous nous éloignons de notre terminal, où des familles restent encore à agiter la main. Les ponts sont couverts de voyageurs, certains penchés au bastingage, d’autre fumant une cigarette. Bientôt, on voit, dans la distance, les bras qui s’abaissent, les familles qui retournent au bâtiment du terminal, le quai qui se vide. Il est temps de rentrer, pour aller voir comment ça se passe, dans la somptueuse cabine  - enfin, le somptueux dortoir - que je partage avec cent trente neuf autres passagers.

 

A l’intérieur du bateau, des familles s’installent sur les paliers, avec des nattes.

 

Ce sont les surnuméraires, ceux dont la place n’a pas été réservée, mais qu’on a quand même fait monter sur le ferry - section "touriste", dans le parler local. Ce que nous appellerions "compartiment à bestiaux", chez nous.

 

Dans le bon vieux temps, en Indonésie, quand on allait d’une île l’autre, un ferry prévu pour un millier de personnes en prenait facilement deux ou trois mille, ce qui expliquait les naufrages génocidaires qui avaient lieu chaque semaine, ou presque. La situation a évolué et, aujourd’hui, même si on dépasse assez bien la quantité de passagers autorisée, le capitaine – ou ses employeurs – s’est calmé, et on fait un peu attention à la masse qui rentre.

 

Du moins, à la Pelni.

 

En effet, arrivé à Makassar, j’observerai, quelques jours plus tard, l’embarquement sur un navire concurrent, considérablement plus petit, plus âgé, plus rouillé et plus rempli.

 

Bon, sur un Pelni, je suis à peu près sauf, semble-t-il.

 

Je descends donc bien tranquille de trois ou quatre ponts, pour entrer dans mon deck. Mon monsieur à casquette, assailli pas une demi-douzaine de passagers qui lui posent des questions et des problèmes, prend encore le temps de m’accueillir d’un geste de la main, témoignant de son amabilité, du fait qu’il ne m’a pas oublié et de la certitude que je peux avoir de retrouver mes affaires toujours en place.

 

Le pas grand monde de tout à l’heure a bien changé. Certes, le dortoir n’est pas plein – pas encore – mais on ne peut plus dire que j’y suis seul ; et je me demande à quoi ressemblera la cabine après l’escale de Surabaya, que nous atteindrons demain en fin de matinée.

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Boat2

 

En attendant, je vais jusqu’à mon lit, salue aimablement mes voisins, laisse tomber mes flip flops à côté de ma valisette et vais chercher un bouquin dans mon sac, caché dans le petit placard qui se trouve sous mon lit.

 

Puis, un crayon à la main, je m’étale, la mince galette de l’oreiller pour me coincer le dos contre le chevet, ouvre mon bouquin et m’enfonce dans l’intarissable bavardage de la Marquise de Sévigné, réfugiée aux Rochers, et détaillant son quotidien pour le plus grand bénéfice de sa fille, installée au château de Grignan, aux côtés de son syphilitique de mari.

 

Sans que j’y fasse attention, les vautours commencent à m’entourer.

 

22:59 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/03/2008

Le bateau sans rats

Et le ferry ? me demanderez vous… Eh bien, vu de dehors, ça m’a l’air correct, et la ligne Pelni semble mériter sa réputation.  Le navire doit avoir, à tout casser, une quarantaine d’année, et n’a franchement pas l’air un tas de rouille, prêt à couler à la première vaguelette.

 

Ca nous change des concurrents.

 

Bon, j’en apprends davantage, une petite heure plus tard. A la suite d’un grand coup de sirène de brume, on peut se douter que les passagers sont conviés à embarquer. J’étais encore à rêvasser à ma table de petit déjeuner, regardant passer le chaland, et sortant parfois de ma rêverie pour essayer de tuer le plus grand nombre possible de mouches.

 

Ces sales bêtes sont malheureusement aussi rapides qu’elles sont gourmandes. J’ai pu les sortir du sucrier en leur faisant peur, d’abord, et en plaçant, ensuite, sur ledit sucrier, un carton de bière qui bloque l’entrée.

 

D’ailleurs, à ce propos, quand je vois la rage des mouches à bouffer du sucre et à sucer l’humidité des cartons de bière – humidité exclusivement donnée par le débordement des verres de bière, je suppose – comment se fait-il que les mouches ne crèvent pas toutes du diabète et de cirrhose ?

 

Bon, trêve de questions existentielles : répondons à l’appel martyrisé de la corne de brume, et embarquons.  Il y a près de deux cents mètres, de mon « bistrot » au terminal, et je les parcours à petits pas, sous un soleil de plomb. Il va être dix heures.

 

Quand j’arrive sur le quai, je note une foule amorphe qui s’est assemblée devant la passerelle qui, le long de la coque, monte jusqu’au deuxième pont, où une grande porte est ouverte. C’est là, faut-il croire. Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué… Je fais la queue – appelons cela une queue… - montre mon billet à un préposé sis au pied de la passerelle. Il me remercie, déchire mon billet en deux (il est composé de quatre ou cinq morceaux), me convie à monter et me sourit.

 

Ainsi prié, je monte, me tenant des deux mains, mon baluchon sur l’épaule et mon ordi’ dans son petit sac, sur le dos, suivant une vieille dame et ses nombreux enfants qui la poussent et la tirent, elle et ses bagages, le long de l’escalier volant qui flotte, littéralement, le long de la coque, et me retrouve dans un souk.

 

souksouk2En effet, tous ceux qui embarquent, pour ce long voyage vers les Célèbes, les Moluques ou la Papouasie, ont certainement oublié, lors de leur empaquètement de trucs et de machins, tous essentiels au voyage, d’abord, et à la survie dans ces pays durs et abandonnés de Dieu, d’Allah, de Bouddha et de diverses divinités supposées vous faciliter la vie, ensuite.

 

Du coup, il est impératif d’acheter un briquet, un paquet de cigarettes ou de chips, une bouteille d’eau, ou encore un sachet de bonbons qui seront bien nécessaires d’ici peu.

 

Bref, je passe la foule des vendeurs de trucs et de machins, montre mon billet amputé et, dirigé par un aimable officier à casquette blanche – ma mère-grand serait ravie – j’arrive à la classe business.

 

Là, monsieur le propriétaire de la casquette blanche me remet entre les mains de monsieur le déguisé en militaire qui se fait un plaisir d’ausculter mon titre de transport dans le moindre détail, puis de regarder sa liste, avec un air qui oscille entre le peiné et le concentré.

 

Après une courte conversation avec ses sous fifres, il décide finalement de me refiler un lit au bout d’une file, à côté d’un hublot. J’y suis conduit par le sous fifre en chef, celui qui sait dire « hello » et qui est donc bombardé, j’imagine, traducteur-interprète.

 

En fait, de Jakarta à Subaraya, qui sera la première étape du trajet et où nous arriverons demain matin, enfin, demain matin, le bateau ne sera pas trop rempli. Le dortoir de la classe bizenesse que j’ai l’honneur et l’avantage d’occuper, est pour l’instant presque vide.

 

Tant mieux. Je pourrai dormir en paix.

 

Le surveillant de dortoir – oui, c’est le rôle du militaire ou assimilé – vient voir si je suis satisfait de mon lit, me fait un sourire gentil et m’explique, avec deux mots d’anglais, l’aide de l’un de ses acolytes – celui qui est traducteur-interprète - et beaucoup de gestes, que les affaires sont en sûreté, dans le dortoir de la classe bizenesse, sous l’œil d’aigle de son équipe et que, si je le souhaite, je peux aller me promener.

 

Oui, disons même qu’il m’invite à aller me promener, pour me prouver qu’il est un bon gardien.

 

Pas de raison de ne pas faire confiance au surveillant qui a fait l’effort de m’indiquer son niveau de compétence et sa volonté de bien faire. Si j’avais maintenant des problèmes de vol, il perdrait la face d’une manière catastrophique. Il couvera mes affaires, j’en suis certain.

 

Je le remercie donc abondamment, tout d’abord.

 

biznis1Ensuite, ayant bien montré que je lui laissais tout – mon sac à ordi, dans le placard qui se trouve en dessous du lit que l’on m’a attribué, ma valisette, devant le lit – je pars donc à l’aventure, pendant que des marins sont en train de préparer des lits, quelque part vers le milieu du dortoir. De toute évidence, je passerai la nuit seul de ma petite rangée, avec quelques cancrelats pour seuls compagnons.

 

Et si la Pelni prête la plus grande attention aux petits détails, le nombre de cancrelats sera infiniment inférieur à celui que j’ai connu sur d’autres ferries, appartenant à d’autres lignes.

 

En tout cas, après dix minutes à me promener dans le bateau, dans lequel l’agitation se calme, je n’ai pas encore vu le moindre rat.

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07/03/2008

Le ferry qui part en Papouasie

Le surlendemain, c’est le départ, à la fine pointe de l’aube, pour le port de Jakarta. Le port des ferries. Je me suis levé, douché, rasé. Je prends mes précautions pour me faire beau, car les fois précédentes, quand j’ai pris un ferry, la situation n’était pas des plus roses. Oui, la Pelni a une bonne réputation, mais une bonne réputation indonésienne…

 

Une fois sorti du guesthouse, il faut d’abord – il est tout juste six heures du matin – trouver un taxi. Or, si les Indonésiens sont pauvres, ce n’est pas dire qu’ils cherchent fiévreusement à sortir de l’ornière.

 

En tout cas, pas les chauffeurs de taxi.

 

Résultat, je traînaille une bonne demi heure, et trouve l’occasion de me prendre un petit déjeuner rapide, avant qu’une moto taxi me fasse la grâce d’être d’accord pour me prendre jusqu’au port, à un prix civilisé. Hop là, je monde derrière monsieur le motard qui, avant tout, me refile un truc supposé être un casque et destiné non pas tant à me protéger en cas de chute, qu’à protéger monsieur le chauffeur en cas de rencontre avec la maréchaussée. Selon la Loi, en effet, le passager doit avoir un casque, censé le protéger d’une chute – bref, c’est tout comme en Europe ou en Amérique.

 

Le casque, à vrai dire, est fait d’une feuille de plastique mince, et  ne supporterait pas qu’on lui souffle dessus. Mais, c’est exact, ça ressemble suffisamment à un casque pour qu’on puisse y croire. Les flics n’auront donc rien à dire et mon chauffeur n’aura rien à payer, si lui, eux et moi nous rencontrons inopinément. Les formes sont sauves.

 

Tiens, ça me rappelle l’Allemagne, dans un autre domaine…

 

Enfin bref, j’ai donc trente bonnes minutes de retard, ce qui n’est probablement pas important. Je suppose bien qu’il y aura du monde et que, ma foi, si je ne suis pas le premier à monter à bord, ce ne sera pas bien grave. C’est ainsi, aussi, qu’on vous prie, de nos jours, pour un vol intercontinental, d’être là deux heures avant le départ.

 

Si vous arrivez deux heures avant le vol, comme selon la convocation expresse de l’Oberstrumpflabidrüllführer de la compagnie aérienne, vous êtes bon pour faire une queue de malade, avec une centaine de petits camarades aussi innocents – lire : sots – que vous, jusqu’au moment où vous pouvez enfin vous débarrasser de vos bagages et aller faire le tour de la section risiblement désignée comme free tax, où vous vous promènerez une heure durant, avant d’enfin allez vous amasser devant la porte où le vol sera invariablement en retard.

 

Vous aurez dépensé des sous de la manière la plus ridicule, à acheter une bouteille de ouisequi deux fois plus cher que dans votre supermarché favori – même Nicolas, dans le cas du ouisequi ; sans compter que la maison Nicolas a une variété autrement alléchante de bouteilles… - ou du parfum qui sera juste celui qu’il ne fallait pas prendre, ou une chemise dont la couleur déplaira à votre rombière, ou un chemisier que votre conjoint ne remarquera même pas et que vous aurez payé au poids de l’or.

 

Mieux vaut arriver juste, mais vraiment tout, tout, tout juste, à temps, une toute petite heure avant le vol, et tout se passe alors, pour vous, comme sur des roulettes. L’hôtesse de comptoir se rue sur vous pire que si vous étiez Rocco Siffredi, vous arrache votre bagage et l’envoie d’extrême urgence, avec un chouette autocollant sur lequel il est imprimé, en rouge, RUSH RUSH ; on vous accompagne jusqu’à la douane et même, parfois, jusqu’à la sécurité afin de vous faire dépasser tout le monde, et vous arrivez à la porte d’embarquement, relax et joyeux, alors que les derniers passagers sont en train d’entrer dans l’avion.

 

Il est courant, c’est exact, que le préposé qui vous accompagne, pour faire presser le mouvement, grommelle des choses dans sa moustache, alors qu’il marche à vos côtés, mais comme ce qu’il grommelle est en flamand, en allemand, dans un anglais dialectal, en espagnol ou en finnois, vous avez toutes les excuses pour ne rien comprendre et ne pas voir monter votre pression sanguine.

 

Le mot de la fin est le suivant : félicitations. Félicitations, en effet, car vous avez évité toutes les ennuis inhérents à un aéroport dans lequel vous ne faites que passer, vite, vite, avec l’aide probablement un peu involontaire de tous.

 

Pour le port de Jakarta, il y a de ça, sauf que, bien évidemment, les horaires sont nettement plus élastiques qu’en Europe ou en Amérique.  Quand j’arrive, avec un retard que l’on pourrait considérer comme énorme, par chez nous, je note une certaine agitation devant le terminal, où les familles sont réunies, en passe de séparer, et larmoyantes à cette seule idée. Par contre, passé le terminal, dans lequel non seulement je m’aventure, une fois mon taxi payé, mais que je vais jusqu’à traverser, je me trouve sur un quai désert.

 

Enfin, non, pas tout à fait désert. Devant la passerelle, il y a un bonhomme qui s’ennuie, et qui surveille l’entrée du bateau. Je m’approche de lui. Ravi d’exercer son anglais, il m’explique que le départ est un petit peu retardé, et que l’embarquement aura lieu vers les dix heures.

 

Bon, j’ai le temps d’aller m’offrir un deuxième petit déjeuner en face du terminal, laissant le malheureux gardien du navire tout seul, à s’ennuyer, assis sur sa bite…

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06/03/2008

Le marché aux animaux de Jakarta

En Indonésie, un marché aux oiseaux est un marché à tout ce qui vole et, de manière plus générale, un marché aux animaux. La dominante volante non pas à plumes, mais volante, est cependant manifeste. On y trouve des bestioles qui peuvent siffler, parler, sacrer, chanter. Elles sont de couleurs jaune, verte, rouge, bleue, et elles sont usuellement jolies – sinon, étonnantes à regarder.

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On y trouve aussi des chauves souris, dont on vous dira qu’elles ont un usage médicinal souverain contre diverses affections du corps humain, dont vous ne voudrez rien savoir. On y trouve aussi des insectes – vivants – dont l’un ou l’autre oiseau de prix raffole. Vu ce que ça coûte, l’oiseau de prix a intérêt à en valoir la peine.

 

birds1monkeyEnfin, la horde habituelle des lapins nains, des chats, des chiens, des salamandres, des singes, des varans, des poules décoratives, des rats – oui, même eux – qui parvient à remplir un espace énorme, fait de deux bâtiments qui n’étaient certainement pas destinés à ça, mais bon, tant que ça se loue, a dû se dire le propriétaire…

 

Entre les deux bâtiments, séparés l’un de l’autre d’une cinquantaine de mètres, à tout casser, on voit paître des vaches efflanquées. Quant à ces dernières, elles semblent ne pas faire partie du marché.

 

Des perroquets de Bornéo, ou du Gabon vous accueillent avec des cris lemuriandiscordants. Les vendeurs, qui espéraient d’abord vous refiler de la plume en pagaille, comprennent vite que vous êtes ici pour admirer le spectacle et vous laissent vite tranquille. Par contre, quand ils n’ont rien à faire, si vous les abordez, ils sont toujours prêts à vous montrer leurs trésors. Et c’est exact qu’il y a des merveilles de couleurs et de chants, sur ce marché. Donc, toujours répondre d’accord quand un vendeur vous fait signe de venir. On ne sait jamais quelle surprise peut vous tomber dessus – et je ne parle pas là de bandes armées de petits voleurs. En fait, malgré la réputation sulfureuse de Jakarta, je n’ai jamais vécu de mauvaises expériences, n’y ai jamais eu de mauvaise surprise.

 

Je suis donc les marchands qui me hèle, et admire ce qu’ils ont à me montrer. Seul bémol : après une bonne heure de promenades, je ne verrai pas d’oiseau du paradis sur le marché. Il est vrai que ce sont des animaux protégés, qu’on ne devrait pas trouver sur le marché, mais depuis quand les Indonésiens respecteraient-ils les lois ? Enfin, ce n’est pas bien grave : c’est en Papouasie que cet animal vit, et c’est justement en Papouasie que je pars. Ce n’est donc que partie remise.

 

Redépart vers la Jalan Jaksa. Comme je connais le trajet, maintenant, je marche d’un bon pas vers la rue des antiquaires, parvenant à éviter la passerelle funeste, ou du moins, qui me semble telle. C’est un trajet d’un quart d’heure, tout au plus, sous une chaleur impossible. Mais là, je ne connais pas le quartier et suis bien obligé de suivre les avenues prises par le bus.

 

Bientôt, me voilà en territoire connu. Je peux reprendre mes petits chemins et bientôt arriver, en nage, à Jalan Jaksa. Il n’est quand même pas loin de trois heures… Ca mérite une douche, puis une heure de pause.

 

Dans les bars de Jalan Jaksa, la période des happy hour (toujours indiquée au singulier, alors qu’elle dure du milieu de l’aprème jusqu’en fin de soirée) commence bientôt et je pense bien mériter ma Bintang.

 

Histoire de ne pas jouer à l’éponge alcoolique, j’ai quand même flingué, tout au long de mon trajet, trois bouteilles d’eau.

 

Ce soir, je ne la ferai pas trop longue. Je comptais deux jours, non, c’est trois. J’ai encore demain, pour aller voir le musée des antiquités et faire un peu le tour du reste de la ville.

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05/03/2008

Vers le marché aux animaux

Décidément, rien de bien intéressant dans la rue aux antiquaires – enfin, dans la rue aux faux antiquaires et aux vrais escrocs. Pour les esprits de la fertilité, monsieur le commerçant n’en démord pas : il en veut cinquante dollars pièce, ce qui me semble soit trois fois rien, si ce sont des vrais, soit dix fois trop, si ce sont des faux.

 

Bien entendu, le plus probable est que ce sont des faux et que l’intention de monsieur est de se faire un beurre tout à fait indu sur moi, en tablant sur mon innocence qu’il suppose crasse.

 

Je veux bien croire que j’ai l’air stupide, mais à ce point ? C’est vexant.

 

Il est donc temps de partir. Je me décide à continuer à baguenauder vers le sud, vers l’inconnu, vers le marché aux animaux, en général, et plus que probablement aux oiseaux.

 

Pour y arriver, il faut aller aux renseignements auprès de tout un chacun. Un piéton – espèce rare ! – ici, un balayeur là bas ; j’en arrive, peu à peu, à forces d’explications très manuelles, à me retrouver… dans un bus qui s’arrêtera devant le marché en question. Et, effectivement, moins de cinq minutes plus tard, après deux brusques tournants, alors que nous roulons sur une grande avenue, le bus s’arrête et le contrôleur vient à moi, me faisant signe de sortir.

 

Je m’exécute.

 

Il m’accompagne et, du doigt, me montre un grand bâtiment, en face. Quelques gestes supplémentaires, accompagnés de mots en baha indonesia : je crois comprendre qu’une fois que j’aurai traversé l’avenue, sur la passerelle rouillée prévue à cet effet, j’arriverai devant le bâtiment en question, qu’il me suffira de le longer, et que je trouverai alors mon bonheur.

 

Allons-y.

 

Les passerelles destinées à passer les grandes avenues, il y en a partout, à Jakarta. Et c’est tant mieux. Ce n’est pas tant que les conducteurs soient animés d’intentions meurtrières à votre égard, mais c’est qu’il y en a tant… Et, à traverser les rues, il n’y a pas que des champions du sprint. Les petites vieilles, par exemple, sont bien contentes de pouvoir traverser en utilisant les passerelles, ainsi que les jeunes demoiselles genre yuppies qui travaillent dans le centre ville, et qui portent des talons qui claquent.

 

L’avantage des passerelles du centre – enfin, de ce qui pourrait bien être le centre de Jakarta – c’est qu’elles sont équipées d’escaliers en bon état et d’une rampe qui permet aux petites vieilles, aux jambes et aux articulations usées, d’aller aussi lentement qu’elles le souhaitent pour atteindre l’autre côté de la rue.

 

La passerelle que je prends a du être le modèle Beta, du temps que les autorités commençaient à songer à faire mettre des passerelles. Et, une fois la décision prise de mettre des passerelles, mieux adaptées, partout en ville, on a oublié de mettre celle-ci aux nouvelles normes.

 

Je dirais même qu’on a tout simplement l’a oubliée, la modèle Beta. Elle meurt tout doucement, d’usure et d’oubli, et les petites vieilles qui essaient de la traverser meurent aussi.

 

Pas de rampe faite pour les petites vieilles, sur cette passerelle ; et un escalier particulièrement raide, qui nécessiterait bien l’aide d’un alpenstock. Certaines marches de l’escalier manquent, ainsi que des traverses, sur la passerelle elle-même. Les balustrades sont rouillées, branlantes. On les croirait prêtes à tomber. De ce fait, le passage au dessus l’avenue, à dix mètres de hauteur, s’apparente à la traversée d’une rivière, sans nul doute bourrée de crocodiles, sur un pont suspendu fait de liane, tout comme dans les films d’aventures avec Ursula Andress, que je voyais au cinoche quand j’étais petit.

 

Qu’est ce qu’elle était jolie…

 

Or donc, l’escalier de la passerelle modèle Beta, supposée vous faciliter la vie quand vous voulez traverser l’avenue : on grimpe comme on peut, faisant plus que probablement ressortir le derrière d’une manière presque obscène. Une fois arrivé sur la passerelle, on avance en tenant fermement le tube de ferraille qui fait office de garde fou (pas de filet en dessous), en craignant bien se choper le tétanos, vu les petites échardes qui vous griffent la paume de la main, et en espérant que la rambarde ne tombera pas – et nous avec elle – tout en faisant bien attention à l’endroit où on met les pieds.

 

J’aimerais les voir, les petites vieilles, sur cette passerelle.

 

Arrivé au bout de la passerelle, il faut descendre l’escalier, tout aussi raide d’un côté qu’il l’était de l’autre et, lui aussi, avec des marches manquantes.

 

Deux.

 

C’est là aussi qu’on se rend compte que les descentes sont usuellement plus difficiles que les montées.

 

Puis, enfin, on est rendu au sol. Les alentours sont couverts d’ordures, et l’entrée du bâtiment est à deux pas, avec des cages qui pendent, des aquariums empilés, avec des petits machins de couleurs variées qui s’agitent dedans, et des jappements de chiots qui se font entendre. Ce doit bien être là. Je me dirige en faisant attention aux endroits où je pose les pieds – rapport aux trous, aux bosses et aux ordures – vers un garde qui se tient à l’entrée et lui demande si je suis bien au marché. De l’index, monsieur m’indique qu’il me suffira de longer le bâtiment qu’il protége, et j’y serai.

 

Je fais comme il me le dis et, effectivement, après avoir longé le bâtiment le temps d’une cinquantaine de mètres, j’y suis.

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04/03/2008

Toc, moche et kitch

J’ai encore deux jours à tuer, avant de prendre mon bateau pour Makassar. Tout le temps pour aller voir vers le Sud de Jakarta, maintenant. Là, il y a un marché aux animaux, supposé être gigantesque, mais assez loin situé.

 

Au bout du monde, du point de vue des Indonésiens, qui ne marchent pas.

 

Personne n’est capable, au Bloemsteen, de m’indiquer la situation exacte du marché, mais sur plan, à ce qu’on peut deviner, ça doit faire cinq ou six kilomètres, à tout casser. Pour l’Indonésien moyen, qui n’aime pas user ses articulations, vu que les opérations pour mettre des prothèses à la hanche, ou aux genoux, c’est cher, cinq ou six kilomètres, c’est bien le bout du monde.

 

Peu avant le marché en question, une espèce de rassemblement d’antiquaires où j’ai déjà été, l’année précédente, dont je soupçonne les antiquités d’être plutôt des copies, mais il y a de jolies choses quand même, à des prix délirants, sujets à des négociations infinies.

 

Et même à la fin, l’achat effectué, on a encore le sentiment d’avoir été volé comme dans un bois.

 

Il doit être huit heures quand je démarre, après m’être avalé un petit déjeuner que l’on qualifie ici de continental : du thé, deux toasts, beurre et confiture et… l’incontournable œuf, une fois sous forme d’omelette, une fois sur le plat. Bonjour le cholestérol. La fille qui m’a servi ma pitance, sur une assiette douteuse et une tasse itou, en a profité pour me rappeler que ce soir, il y a special party au bar, et qu’elle serait ravie si je venais – tout cela avec un sourire aguicheur qui laisse à penser.

 

Huit heures, et il fait presque doux. La nuit a été bonne. Le muezzin n’a pas hurlé sur le coup des quatre heures, ce matin. Je suppose que tous les systèmes électriques des mosquées les plus proches ont été noyés sous l’orage d’hier soir, et que nous serons en paix pour la journée entière, voire d’avantage.

 

Sur mon plan simplifié, j’ai plus ou moins trouvé un trajet qui me permettra d’aller par les petites rues et d’éviter les autoroutes urbaines qui font le charme douteux de Jakarta.

 

Les petites rues, ce sera, du moins, jusqu’au coin des antiquaires car, plus loin, c’est terra incognita : personne ne semble jamais avoir été jusqu’au marché  aux animaux que je médite de visiter, et il me faudra me renseigner, au fur et à mesure de mon trajet.

 

L’avantage des petites rues, le jour, c’est que la pollution produite par les voitures, les bemos et autres motos y est infime. De plus, quand un bemos vous dépasse ou vous croise, il est invariablement en course, chargé de closedstreetpassagers et il n’y a donc pas à discuter le bout de gras avec un chauffeur qui pile pour s’arrêter et vous proposer ses services.

 

Sans être vides, les rues sont calmes. D’autant plus calmes que certaines des rues les plus résidentielles … ferment, usuellement le temps des ouiquindes et pour la nuit, au moyen d’une barrière actionnée par un vigile, créant ainsi, de fait, en pleine ville, des îlots de verdure et de paix qui rendraient Jakarta tolérable. Le vigile ne remonte la barrière qu’aux habitants de la rue, et à leurs invités.

 

Quant à savoir comment les habitants de telle ou telle rue sont parvenus à obtenir, de la part des autorités, la fermeture de leur rue au trafic importun, à part le bakchich, je ne vois pas. Pour le vigile, au vu de la manière dont il retire respectueusement sa casquette, au passage des voitures, de toute évidence, il est payé par les privilégiés de la rue en question.

 

jakD’un îlot à l’autre, on traverse de grandes avenues, sales et bruyantes où, côte à côte, roulent des vélos, des motos, des voitures et des carrioles tirées par des malheureux dont on ne peut qu’admirer le courage ; on longe des centres commerciaux ; on apprend que Marlboro fait un produit à fumer rien que pour le marché indonésien ; on voit que Delhaize est venu se positionner ici, tout comme Carrefour et les hôtels Formule 1. Le monde est un village.

 

 Delhaize

CarrefourJakarta1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, on arrive, d’îlots en îlots, jusqu’au marché des antiquaires : une bonne centaine d’échoppes serrées les unes contre les autres, et dans lesquelles on vous offre tout et n’importe quoi. Du vrai et moche – des lustres bourgeois hérités de Hollandais retournés à la mère patrie ; du toc et kitch – des tenues de scaphandrier trop polies pour être honnêtes.

 

Quelques services d’argenterie, dépareillés ; des soupières copiées sur celles qu’on trouve dans le musée de Batavia ; des horloges murales dont on ne voudrait même pas pour la belle doche ; divers objets de marine, toujours pratiques dans un petit appartement, pour ramasser la poussière. La casquette de Corto – tiens, lui encore. Quelques publicités du bon vieux temps, vantant des bicyclettes au nom oublié ; des affiches de cinéma ; des amas de cartes postales ; des instruments de cuisine rouillés.

 

Des ratons laveurs.

 

On vous propose des statuettes prétendument océaniennes, des pistolets à amorce tellement mal façonnés que c’en est embarrassant, quand le vendeur vous jure qu’il s’agit d’un vrai. Vrai quoi ? Vrai faux ? Il est vrai – aussi – que devant votre air dubitatif, il finit par sourire et, avant que vous ayez même entamé les négociations, divise son premier prix demandé par quatre…

 

AntiquaireAu moins, les statuettes soit disant venues de Bornéo, ou de Papouasie, sont rigolotes : il s’agit de divinités en érection censées représenter des esprits de la fécondité, en toute logique. Vu la taille de l’érection, la fécondité doit être particulièrement puissante, chez ces esprits. Il faut dire que nous sommes dans une région où le sol est fertile, où la pluie tombe à temps et à heure, où tout pousse.

 

Et puis, pour en revenir aux statuettes de nos esprits représentant la fécondité, c’est facile pour les transporter : ils se démontent en deux pièces : je vous laisse imaginer lesquelles.

 

Oui, vous avez bien deviné.

 

Si vous en achetez un, ou deux, l’avantage est que, convenablement emballés, ils ne se briseront pas lors du transport vers la maison et feront un effet bœuf, sur le meuble du hall d’entrée, la prochaine fois que vous laisserez des témoins de Jéhovah entrer chez vous.

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03/03/2008

Le naufrage de Batavia

Jak5Le reste de Batavia, quant à lui, rappelle davantage Pompéi, après la malheureuse éruption volcanique que l’on sait. Les rues sont, comme partout dans Jakarta, en partie goudronnées, en partie pas. Ce sont alors des chemins faits de trous et de bosses, de nids de vaches et de tas d’ordures.

 

Quant aux bâtiments, dès que l’on quitte la place centrale… c’est selon. C’est selon qu’une fine équipe commence à y travailler, et on comprends bien que, dans quelques années, l’endroit pourrait être beau, ou que rien n’est encore commencé, que rien n’annonce de prochains travaux et là, c’est le Berlin de 1946.

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C’est le Berlin de 1946, en plus moche et plus désespéré encore, car on pouvait compter sur le caractère industrieux des Européens d’Europe, après la guerre, quand on peut avoir des doutes sur celui des Indonésiens. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont flemmes, mais … disons le ainsi : les Indonésiens n’aiment pas les Chinois, ainsi qu’ils l’ont amplement démontré.

 

Jak3Une promenade dans Batavia, c’est donc relativement déprimant. Les façades se succèdent, parfois défendues par une clôture de grillage, derrière laquelle des piles de briques, une grosse machine à mortier, des sacs de sable, de plâtre ou de ciment, du matériel de construction sont protégés des voleurs. Cela devrait indiquer des travaux en cours, ou en préparation.

 

Le plus souvent, les murs noircis se fissurent, se lézardent, une racine Batav1apparaît et, si on regarde à travers des volets pourris, aux lattes manquantes, cachant tant bien que mal des fenêtres absentes, on aperçoit, au milieu d’une crasse indescriptible, des herbes qui poussent, des arbrisseaux qui grandissent avec le ciel pour seule limite, des tas de choses pourrissantes. On y voit aussi, parfois, une cahute faite de débris de bois, qu’un sans logis s’est construite au beau milieu de tout cela: Angkor en plein centre ville…

 

Une heure d’errance dans les quelques rues qui font Batavia – qui ont fait Batavia - suffisent amplement à se donner une image exacte de l’état de ruine de ce qui fut une capitale et, comme la journée avance, qu’on a beaucoup marché, que la pluie menace et qu’on a pas envie de repasser dans les sinistres avenues puantes de refoulements d’égouts et d’essence mal brûlée, on hèle un bemos pour rentrer à Jalan Jaksa. Ou bien, si on a l’esprit à l’aventure, on essaie de trouver le bus ou le taxi collectif qui pourrait bien aller à peu près dans la bonne direction.

 

Pour le taxi collectif, c’est simple : on donne au chauffeur le nom magique de Merkeda (il s’agit de la place de l’indépendance, à deux pas d’un Jalan Jaksa inconnu) et, dépendant du temps de réflexion que le conducteur se donne pour vous dire que oui, c’est justement presque son trajet, vous savez s’il vous ment un peu ou beaucoup.

 

Plus de trois secondes de réflexion ? Ne croyez pas un instant à la réponse, immanquablement positive, bien entendu, de votre interlocuteur. Jetez votre dévolu sur un autre taxi collectif, avec un autre numéro de route, et recommencez : Merkeda ?

 

Aujourd’hui, j’ai marché la journée entière et j’en ai plus qu’assez. Optons pour un bémos, c’est plus facile. Encore deux minutes à discuter le prix puis, avant que les premières gouttes ne tombent, je m’engouffre dans l’habitable et en voiture Simone.

 

Dès la première goutte de pluie, le trafic, déjà chargé, devient démentiel. jakIl ne faut pas cinq minutes pour que les rues se transforment en rivière dans lesquelles les passant pataugent jusqu’à mi mollet, voire jusqu’au genoux. Les voitures sont à l’arrêt et les conducteurs de moto se réfugient sur les trottoirs – immergés, eux aussi, mais sur lesquels l’eau fait rarement plus d’une cheville de profondeur. Les piétons sont donc rejetés sur la route dont ils bloquent une bande – celle où l’eau est la plus profonde - pendant que les conducteurs des voitures qui passent sur la deuxième bande se font un malin plaisir de les arroser jusqu’aux épaules.

 

Dans mon bémos, je suis un peu protégé, mais si peu… Quant au conducteur, il est boueux à l’arrivée. Ma foi, il a bien gagné ses deux dollars.

 

Il faudra près de trois quarts d’heure pour arriver à Bloemsteen où nous nous quittons. Paiement contre d’abondants remerciements que je lui retourne. Puis hop là, trempé, dans le guesthouse. Je laisse d’abord dégouliner le plus gros avant de me rendre dans ma chambre où je me déshabille, littéralement à la porte, avant de rentrer en slip, afin de ne pas faire de mon petit chez moi une piscine… Je pose mes vêtements trempés dans la poubelle, pique un sarong, prend mon savon, mon shampoing et file sous la  douche.

 

Une fois l’affaire faite, je peux enfin rentrer dans la chambre sans crainte de la saloper, je termine de m’y sécher, et m’étale sur le lit, le ventilateur à pleine puissance, en attendant non pas la fin de la cataracte, mais en attendant que les bouches d’égout aient absorbé la pluie.

 

A mon expérience, cela devrait prendre encore une petite demi-heure, plus autant de temps pour que la rue sèche à peu près.

 

Après cela, il sera temps de s’habiller et d’aller dîner.

 

La nuit est tombée ; après cette pluie torrentielle, il suffirait d’un rien pour que la chaleur poisseuse laisse place à une agréable tièdeur.

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02/03/2008

Batavia et Le Batavia

Une fois les changeurs laissés derrière vous, il ne faut plus bien longtemps Batav1avant d’arriver à Batavia. Cent ou deux cents mètres, à tout casser, d’une rue cahotante aux trottoirs inexistants. Enfin, l’avenue sinue, prend sur la gauche alors que vous prenez, tout droit, une rue barrée, que l’on commencer à repaver. Sur les côtés de la rue, les maisons sont à un étage, les façades ont été chaulées il y a longtemps. Au travers des fenêtre béantes aux volets manquants, vous pouvez noter les toits effondrés et voir des arbres pousser dans les salons.

 

Batavia, le quartier des ministères et du pouvoir central, des maisons de commerce et de la guilde hollandaise, la noble ville blanche, laissée pour compte de la fin de la guerre jusqu’il n’y a guères.

 

Batav3Quand on arrive sur la place centrale, et que le regard se porte autour de soi, le spectacle est, il faut le dire, effarant. Certes, le bâtiment central a, enfin, reçu un nouveau toit ; son intérieur a été restauré ; les escaliers qui s’étaient effondrés sont à nouveau utilisables ; les parquets, bouffés de termites, ont été remplacés. Il a fallu, de plus, renouveler les fenêtres, dont l’encadrement terminait de pourrir et qui n’avaient plus un carreau intact. Les chauves souris ont été chassées, ainsi que les pigeons et divers animaux qui n’avaient rien à faire dans la ruine.

 

Enfin, la place est en train d’être repavée.

 

Tout cela, grâce à l’aide du gouvernement des Pays Bas, comme c’est indiqué, en tout petit, sur l’affichette qui glorifie la municipalité pour son brillant travail de réfection.

 

De cet ancien siège du Gouvernement – enfin, du gouvernement de la Compagnie Hollandaise des Indes et de l’Est – on a fait un musée à la gloire de l’Indonésie, de ses présidents successifs et, au passage, un musée concernant Batavia

 

Voilà pour ce qui a été fait, à Batavia, par les officiels.

 

Heureusement, les privés sont maintenant, très récemment, entrés dans la danse. Au coin en face du musée, transpirant l’opulence, il y a l’établissement chic de Jakarta : un bar restaurant d’un luxe qui serait discret partout dans le monde mais qui, ici, au milieu de la misère qui l’entoure, fait tapageur.

Batav2

 

L’endroit s’appelle – oh, surprise - Batavia et il s’agit probablement du seul restaurant offrant de la cuisine hollandaise en dehors des Pays Bas. La façade est parfaitement restaurée, et l’intérieur a été remis en état avec un goût admirable. Le mur auquel s’appuie le Grand Escalier est recouvert de photos dédicacées par tout ce que le show business international et la politique mondiale comptent de grand, depuis les années quarante.

 

On y déjeune excessivement bien, pour très cher. L’intelligence du service y est admirable, la présentation de la table rendrait jaloux les trois toques de France, la décoration de la salle fait baver, la carte des vins y est digne des plus grands restaurants occidentaux. Le menu a l’intelligence de ne pas trop insister sur l’aspect cuisine hollandaise, et offre de remarquables plats indonésiens, tout particulièrement les fameuses tables de riz, dont on s’empiffre tant elles sont délicieuses.

 

La table de riz est un plat inventé, fait exclusivement pour le touriste étranger, et qui n’a jamais existé dans la tradition indonésienne. Mais l’invention est brillante, il n’y a pas à dire…

 

Le Batavia est aussi le seul endroit de Jakarta où le personnel s’occupant de la climatisation de la salle a parfaitement compris que le rafraîchissement de l’air ne doit pas nécessairement conduire à la surgélation des clients.

 

Le seul problème est qu’un bon petit Mâcon blanc à température, bu à loisir au cours d’un repas mémorable dans une salle splendide et agréablement fraîche, devient traître au possible quand vous sortez du Batavia et recevez le coup de massue de la chaleur humide. Sur le champ, vos deux ou trois verres de Mâcon semblent se transformer en deux litres de ouisequi faits dans votre baignoire, et vous chancelez jusqu’au prochain bemos, afin de rentrer dormir à l’hôtel.

 

Et je ne parle pas des suicidaires qui ont pris un vin rouge.

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01/03/2008

Les changeurs de Jakarta

Quittons Glodok et ses temples de la consommation. Peu après avoir repris l’immense avenue, maintenant un peu plus étroite, nous arrivons sur une place en pleins travaux, sur laquelle, entre les trous et les bosses, sont stationnés des dizaines de changeurs.

 

Le métier de changeur a un aspect bien particulier en Indonésie, qui n’implique aucunement le change d’une monnaie étrangère contre une autre, tel que nous l’imaginons.

 

Il faut savoir que le dollar s’échangeant à plus de neuf mille roupies indonésiennes, le billet de banque le plus courant, ici, est celui de dix mille roupies. Quant aux distributeurs bancaires, ils ne donnent que des billets de cinquante mille et de cent mille roupies. C’est fastoche, ensuite, d’aller casser son billet, dans une cantine de rue, ou le repas revient à cinq ou six milles roupies.

 

Or donc, on a toujours besoin de petite monnaie.

 

C’est là que les changeurs interviennent.

 

Sous le soleil tapant, ou sous une pluie battante, dans le vent qui transporte toute la poussière de Jakarta, au milieu d’un trafic parfois effrayant, ils sont là, debout, à agiter d’épaisses liasses de billets de cent, de cinq cents, de mille roupies. Le total des liasses soigneusement reconstituées atteint invariablement cent mille roupies, moins une somme qui varie de un à deux mille, dépendant de l’épaisseur de la liasse et, donc, du travail nécessaire à rassembler ces billets, et qui correspondent à la commission des changeurs. On vous prend deux mille roupies, pour les liasses de billets de cent ; mille cinq cents, ou mille roupies pour les plus grosses dénominations.

 

Toute peine mérite salaire et tout le monde le comprend bien ainsi.

 

Malgré leur nombre, le métier est bon : il serait exagéré de dire qu’on se Changepresse autour d’eux, mais on peut remarquer qu’à tout moment, un véhicule s’arrête à hauteur de l’un ou de l’autre, que des billets sont échangés en un instant, qu’un nouveau client s’arrête là où son prédécesseur vient de se servir. Les changeurs ne savent où donner de la tête, s’arrêtent parfois le temps de se désaltérer ou de se fumer une cigarette, histoire de rajouter un peu de nicotine à l’inhalation de matières diverses dont ils bénéficient la journée durant.

 

Puis, ils vous sourient et retournent à l’ouvrage, pendant que vous allez, à votre tour, plus loin.

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29/02/2008

Glodok, toujours

Hors les petites rues commerçantes et quelques temples, Glodok, c’est, je l’ai déjà dit, un certain nombre de centres d’achats, de mall, dirait-on, à cela près qu’il s’agit de petites échoppes empilées les unes sur les autres et vendant toutes la même chose.

 

Vous prenez telle rue qui longe le Glodok Mall ? Une centaine de magasins vous offrent, côte à côte, des systèmes de climatisation pour la maison, ainsi que des réfrigérateurs. Une autre rue croise la première, dans laquelle vous vous étiez engagé, et il n’y a rien d’autre, à perte de vue, que des vendeurs de pièces détachées pour vélos et mobylettes. Une autre rue encore, et c’est, de la nourriture, des bonbons, des bonbons et de la nourriture. Attention, quand j’écris nourriture, c’est du sec, du en boite, du à ne pas confondre avec le marché, sur lequel vous trouverez tout ce qui se mange en termes de produit frais.

 

Jak8

Vous allez maintenant dans Glodok Emporium ? Vous trouvez, sur sept ou huit étages, des vêtements, des vêtements et des vêtements encore, pour tous les mauvais goûts et tous les ages avec, pour diversifier un peu, une douzaine d’échoppes de massages chinois – les plus féroces – un demi étage de restaurants – les Chinois passent leurs temps à manger – et quelques officines de diseurs de bonne aventure.

 

Le Chinois est un être extraordinairement superstitieux, toujours à la recherche d’un coup de chance provoqué par des moyens artificiels et ce serait bien étonnant qu’il n’y ait pas quelque mages à la mords moi les fesses qui n’en profiterait pas.

 

Dans l’un des deux autres shopping center, celui qui a été aimablement offerts, manière, donc, de faire un geste de bonne volonté, par le gouvernement, après les dernières émeutes, c’est tout ce qui est électronique, incluant les appareils de climatisation et les réfrigérateurs, ainsi que tout ce qui est sonore et même bruyant, de marque ou de marque, avec, qui plus est, une quantité effarante de faux, de toc et de copie.

 

 Glodok est, en effet, plus que certainement, le centre mondial de la copie de CD, de DVD, de tout ce qui devrait faire la fortune des Majors, comme on les appelle, et donc Glodok consomme la ruine. Sur une surface d’un bon millier de mètres carrés, des centaines de petites mains besogneuses emballent soigneusement, dans un plastique marqué de la manière la plus simple par la reproduction d’une photo, les derniers blockbusters de Hollywood, qui sortent à peine depuis une semaine en salle, aux Etats-Unis. Je n’ai jamais pu savoir d’où arrivaient les boudins de CD que l’on emballe ici. Pas de loin, en tout cas, puisqu’ils arrivent à tout moment, par porteurs sur mobylette.

 

Pour trois dollars, vous pouvez vous payer l’intégrale de Harry Potter. Pour dix dollars, ce sera tout Woody Allen. Et pourtant, il en a fait, des films, ce bon vieux Woody Allen. Quarante, très précisément, avec Match Point…

 

Dix dollars, donc, sans discuter.

 

Tout est à l’avenant : les séries chinoises, les Jackie Chan, les Desperate Housewives, Friends, ceci, cela, tout Genesis, et tout Eagle, Mika et Briney Spears, même Paris Hilton, tout vous est jeté à la figure pour trois fois rien, par quelques vendeurs qui s’échinent à faire baisser les piles toujours plus hautes, que de petits emballeurs et de petites emballeuses – ils ont douze ou treize ans, à tout casser – s’échinent la journée durant à faire monter.

 

Et puis, quand les piles sont assez hautes, on remplit des cartons, qui repartent sur des motocyclettes, et qui seront redistribués à travers Jakarta, et plus loin, jusqu’à Bandoeng, Aceh, Surabaya, Jogjakarta et Bali.

 

Mais on n’a pas de droit de prendre de photos ; sinon, un grand solide gaillard s’empare de votre appareil, le vide des prises litigieuses et vous raccompagne, courtois mais ferme – la première fois, du moins – jusqu’à l’une des sorties de l’usine des faussaires. C’est arrivé à un Anglais, indigné, que j’ai rencontré un jour au Bloemsteen. Il planifiait de retourner, avec sa copine, prendre des photos – puisque c’était leur droit - et je les en ai vivement dissuadés. J’espère qu’ils ne se sont pas fourrés dans un gros pétrin après mon départ.

 

Et s’ils l’ont fait, ma foi, tant pis pour eux. Ils étaient prévenus.

 

Si vous n’avez pas l’air plus chaud que ça, pour acheter une série de films récents, on vous trouve des films anciens, ou, bien entendu, ce qui marche toujours bien : les pornos. On appelle cela, ici, les jigidjig movies. Jigidjig, en Indonésie, c’est notre hop hop à nous, ou le boum boum de Thailande ou du Cambodge.

 

En discutant, si vous avez envie d’acheter des quantités astronomiques de films ou de disques, enfin, dix ou vingt, vous pouvez encore baisser le prix, de un dollar la pièce à… moins. Je suppose que, si j’insistais un peu, j’aurais mon intégrale de Woody Allen pour huit dollars… Ce n’est pas flatteur pour lui.

 

Bon, bien entendu, si j’insistait aussi, j’aurais l’intégrale de je ne sais quelle actrice du porno pour pas beaucoup plus.

 

Oui, finalement, ce n’est pas flatteur pour Woody Allen.

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28/02/2008

Glodok, ses pogroms, son toc et ses copies

Première étape, pour qui en veut : Glodok, le ghetto chinois de Jakarta. Glodok est un centre commercial incontournable de la ville, et parfaitement moche, comme la ville. Glodok a, pour excuse, d’avoir reçu pas mal de gnons de la part de la population indonésienne, chaque fois que ladite population crevait trop de misère.

 

Quand le régime mafieux de Soekharno ou de Soeharto devait augmenter encore le prix de l’un ou l’autre produit basique, afin de se remplir les poches, on envoyait la population se défouler un coup contre les chinois. En Russie, en Ukraine ou en Biélorussie, on aurait appelé cela les pogromes, et ce seraient les juifs qui auraient payé.

 

De fait, nombreux sont ceux qui comparent chinois et juifs : les deux peuples sont travailleurs, industrieux, durs à la peine, veulent s’enrichir et… semblent ne pas être toujours capables de communiquer avec les peuples dans lesquels ils sont immergés.

 

Les deux, aussi, semblent éprouver une adoration pour l’or et les pierres précieuses, adoration qui va jusqu’au vulgaire, quand on voit la taille des bijoux dont les (vieilles) épouses de l’une et l’autre tribu se couvrent. Il y avait ainsi, dans le temps, en France, une journaliste du nom de Anne Sinclair, fort jolie à l’origine mais qui, avec les années, s’était empâtée de quelques kilos superflus et se couvrait d’or et de joyaux avec une telle profusion, avec un tel enthousiasme, que ça tournait au ridicule.

 

Glodok, donc…

 

Glodok, c’est un mélange de maisons dont on peut remarquer qu’elles ont grillé, ou qu’elles ont reçu des coups, et d’énormes centres d’achats. Le tout dernier en date, entièrement dédié à l’électronique et produits assimilés, a été bâti y a moins de cinq ans, en manière d’excuse du dernier gouvernement, qui avait laissé courir, sinon provoqué, une émeute antichinoise à travers le pays entier, au cours de laquelle des dizaines de chinois avaient été tués, des centaines de maisons brûlées, et milliers de magasins pillés et détruits.

 

Et encore, les chinois avaient été priés de faire leur autocritique, avant que le gouvernement, dans un geste généreux, de ceux qui vous mettent la larme à l’œil, consente à faire un petit quelque chose pour remonter le moral des chinois.

 

Pour continuer dans ma comparaison avec les juifs, on se souviendra que les Allemands avaient, après la nuit de cristal, condamné les autorités israélites à un bon gros milliard de Reichsmark, pour tapage nocturne et désordre sur la voie publique.

 

A dire en faveur des autorités indonésiennes, cependant, elles n’ont pas à l’idée de génocider les Chinois. Ces derniers sont bien trop utiles pour faire tourner l’économie indonésienne, et pour distraire le pauvre quand le gouvernement fait une boulette. Et je crois sincèrement que les Chinois n’ont en effet pas à craindre une Endlösung, une solution finale  à la teutonne.

 

Une bonne petite émeute de derrière les fagots, à l’occasion, par contre…

 

D’émeutes en émeutes, le quartier a perdu une bonne partie de son âme. Les autorités ont interdit, de la manière la plus officielle qui soit, les caractères de bienvenue, écrits en caractères chinois, bien évidemment, qui ornaient les façades des maisons privées et des échoppes. Pour jakchin1l’instant, il y a une tolérance et les commerçants réinstallent de petites plaques en bois, sur lesquelles sont gravées ces caractères.

 

Des petites plaques en bois, c’est facile à retirer, pour le jour où le gouvernement interdira à nouveau la sinisation du quartier.

 

Et puis, pour refaire de l’endroit un marché pimpant, dans les rues remises en état depuis les dernières émeutes, on a installé des lampions. Ca coûte pas derche, et c’est joli. Ca donne un air de fête ; c’est comme si nous n’étions pas à Jakarta.

 

jakchin2jakchin3Aussi, pour oublier Jakarta, il y a les temples. Ils ne sont guères nombreux ici, puisque la ville est terre d’islam et que les imams n’acceptent que difficilement la présence d’un lieu de culte qui ne serait pas musulman. Mais, en pleine Chinatown, il y a quand même un grand temple, toujours bourré de fidèles qui viennent se rappeler au bon souvenir des dieux, en leur offrant de l’encens et de faux billets de banque.

 

Quant à ce dernier point, si ça marche, il faut imaginer que dieux sont probablement un peu stupides.

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