08/07/2008

Flores, ou le cul de sac

Une fois Komodo quittée, nous sommes supposés naviguer jusqu’à Flores. Nous avons appareillé vers les deux heures, après un lunch rapide, et après que l’Anglais se soit fait réparer par une des deux Suédoises, qui semble l’avoir à la bonne, la profonde écorchure qu’il a au mollet.

 

Et puis, les filles, ce sont des infirmières nées, comme nous le savons tous...

 

Rapide calcul : nous avons passé un peu plus de cinq heures à marcher à travers l’île, sous le soleil qui tapait. Même si nous avions pris avec nous, comme selon le bon conseil de notre capitaine, une bouteille d’eau, c’est juste la déshydratation qui menaçait. A peine arrivés sur le bugis, on se rue sur tout ce qui peut se boire et on se l’enfile. Ensuite, repas, rangement et appareillage.

 

Arrêt, en cours d’aprème, dans l’une de ces petites baies dont le capitaine a le secret : plongeon au milieu de nuages de poissons, dans une eau qu’on ne pourrait décrire que comme cristalline. Sur le fond, les incontournables étoiles de mer d’un bleu cobalt, qui m’intriguent toujours autant et, ici et là, des buissons de coraux multicolores.

 

flo1afl3Enfin, nous redémarrons et, dans la distance, nous voyons le port de Flores, couronné de montagnes et de volcans plus lointains, dont des fumerolles s’échappent.

  

  

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afl2afl19La baie de Lenteng rappelle, au premier regard, un enclos de ferrailleur. Alors que nous approchons de notre quai – enfin, de notre ponton, c’est l’habituel entassement de barques, certaines à moitié coulées, d’autres pas, de tas de planches pourries ici, de collines de débris là bas.

 

De l’autre côté du port, ce sont les bugis qui font le cabotage régional, serrés comme un troupeau de mouton. C’est la fin de l’après midi, et nous en avons encore pour trois heures de lumière à tout casser : le temps afl5afl7de visiter Lenteng – bourgade assoupie composée de deux rues boueuses, le long desquelles on peut trouver un marché, une boutique de souvenir, quelques agences de voyage pour aller aux dragons, et deux guesthouses qui rappellent fâcheusement, à leur niveau de confort et de propreté, celles que j’ai eu l’occasion de voir en Papouasie.

 

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Il y a aussi deux bars restaurants, avec électricité et réfrigérateurs, une base militaire et un magasin général.

 

Ensuite, c’est la fin de la rue. Des sentiers cahotants s’enfoncent dans la jungle, vers les dieux savent où. Les transports doivent être croquignolets, sur l’île.

 

afl8afl11Un endroit amusant, c’est le marché. Il est minuscule mais ce n’est pas le marché comme nous le connaissons, nous, en Europe. Il me semble que, par ailleurs, même pour les Indonésiens des grandes villes telles que Jakarta, ce doit être un marché un peu inhabituel.

  

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D’abord, on  y trouve un boucher, avec un étal de bois bancal, poisseux de sang, sur lequel on peut choisir entre quelques morceaux de chèvres mal découpés. Il y a aussi quelques poulets saignés, auxquels il reste dès lors tête, pattes et plumes. Des essaims de mouches vrombissent tout aux alentours. Je ne dis pas que les règles de l’hygiène ne sont pas respectées – du moins, les règles indonésiennes, mais il est évident que nous parlons d’une toute autre présentation de la bidoche à celle à laquelle nous sommes habitués, dans nos supermarchés d’Europe.

 

Et dans les supermarchés de Jakarta.

 

 

afl13A côté de cela, des étals de poissonnerie, là encore présentant tout à fait différemment de chez nous. Tout comme sur tous les marchés d’Asie du Sud Est, les poissons sont présentés dans des seaux remplis d’eau. Leur état de fraîcheur ne fait aucun doute, mais, à la différence de l’Asie du Sud Est, ils sont morts.

 

Ensuite, à la différence de partout dans le monde, ce sont des poissons comme nous n’en avons jamais mangé : des perroquets, des napoléons, des poissons qu’on a l’habitude d’imaginer comme étant des poissons d’agréments, de ceux que nous avons, en plus petits, dans nos aquariums. Il n’empêche : ce soir là, notre chef coq s’étant ravitaillé sur ce marché, ce sont bien des poissons de ce genre que nous mangerons et il faut bien admettre que leur chair est aussi plaisante que celle des poissons « de chez nous », auxquels nous sommes habitués.

 

afl16afl17Sur le marché, les dames essaient de nous vendre ce qu’elles ont, sans grand espoir, mais avec le sourire. Les joies de la promenade épuisées, je descends sur le wharf, faire le tour des reposoirs à filets, sortes de pontons sur pilotis, solidement enfoncés dans la vase du rivage. C’est la foule des petits métiers, de la mer et du bois.  Chacun vous salue et s’efforce, avec sans doute davantage de savoir faire que celui des gosses des îles, de paraître sur la photo que je ne manquerai pas de faire, puisque je tiens mon appareil à la main…

 

afl18Et puis, une fois le tour du wharf terminé, un Bye Bye général à tous ceux qui m’avaient accueillis d’un geste de la main, ou de la voix, je remonte dans la rue principale. Là, un bar m’accueille, La terrasse est à l’arrière, et donne sur la baie. Le spectacle est délicieux, avec les bugis amarrés irrégulièrement, qui tachent l’eau alors que le soleil se couche.

 

Dans la distance, j’entends les bruits du quotidien ; des coups de marteau enfonçant un clou ; les braves gens qui se hèlent ; les gosses qui se afl20poursuivent, qui tombent, qui pleurent, qui reçoivent une claque d’une mère excédée et qui pleurent encore plus fort ; les pépiements excités d’un groupe de demoiselles qui échangent les derniers ragots de l’école ; le bruit d’une radio ou d’un poste de télévision ; un cochon qui grogne, en contrebas.

 

On me sert enfin ma Bintang glacée alors que le crépuscule du soir jette tous ses feux. C’est splendide.

 

Enfin, le spectacle terminé, et la bière finie, je regarde l’heure sur l’horloge de la terrasse : il est temps de descendre au ponton : je suppose que nous devrions dîner bientôt.

17:32 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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