25/06/2008

Arrivée à Lombok

Le passage sur le bac prend un certain temps. Nous avons eu la chance d’avoir, sur les dizaines de bateaux qui font l’aller retour, de Bali à Lombok et de Lombok à Bali, l’un des plus grands et des plus modernes navires qui soient. Le trajet dure trois heures, sur une mer d’huile.

 

Ces derniers temps, j’ai de la chance, quand on parle de traversée.

 

Mais bon, sous le soleil de plomb, on finit par s’ennuyer. Certains des voyageurs ont trouvé un siège dans la salle fermée, climatisée, pendant que les autres restent tranquilles sur le pont, à regarder les indonésiens qui passent.

 

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al1Mes co-voyageurs sont allé se rafraîchir dans l’espèce de salon climatisé, dans lequel on peut trouver de quoi boire. Il y a, en tant qu’étrangers, une Hollandaise avec une chevelure de couleur suspecte, et moi.

 

En tant que Balinais, il y a aussi un groupe de sectateurs d’une obscure religion hindouiste, d’une secte balinaise, qui bientôt nous quittent - enfin, quittent la plage centrale du pont supérieur - pour se diriger vers le côté du navire.

 

al2Quand on voit des hindouistes qui partent en groupe, hommes et femmes mêlés, pour vaquer à leurs affaires, c’est usuellement pour aller faire une petite cérémonie religieuse qui peut valoir le coup d’œil. De plus, ils partent avec une cage, dans laquelle un oiseau piaille son indignation d’avoir été emprisonné ainsi depuis le début du voyage.

 

Ma Hollandaise me regarde d’un air interrogateur, et je lui fais un signe universellement compris : un doigt passant d’un côté à l’autre de la gorge. Les filles étant cruelles par nature, celle-ci me retourne un immense sourire, me fait le même signe de retour, et se lève afin de courir après les sacrificateurs. J’imagine qu’il vaut mieux qu’elle passe sa bouderie en regardant un zoziau se faire tuer pour plaire aux divinités de la mer, qu’en recevant son petit ami, pour l’instant en train de picoler au salon.

 

Et effectivement, je vois dans la distance, sur le côté de notre bateau, le groupe s’installer, leur gourou au milieu du demi cercle des fidèles qui fait face à la mer. Les prières commencent, avec un petit coup de gong pour rythmer tout cela, et avec la demoiselle Hollandaise aux cheveux auburn, qui a sorti son appareil photo et qui, discrètement, rôde autour du groupe, dans l’espoir d’assister au sacrifice du volatile.

 

Bah, ne boudons pas notre plaisir, j’approche aussi, pour voir la scène.

 

Quelques psalmodies plus tard, une première platée de fleurs, de riz et un œuf s’envolent du pont, pour tomber dans l’eau. C’est le hors d’œuvre des idoles et, accessoirement, des poissons.

 

Parlant de ces derniers, dans la distance, on peut justement voir des poissons volants qui rasent les vaguelettes, sur des dizaines de mètres.

 

al3Pendant ce temps là, sur le pont, pendant que tout le monde marmonne une vague prière, le prêtre prend l’oiseau, dont les pépiements se pressent, vu qu’il doit bien se dire que ce qui se passe depuis ce matin n’est pas tout à fait normal et ne présage rien de bon pour l’avenir.

 

Deux secondes plus tard, son avenir est derrière lui, vu qu’il est, le cou brusquement cassé, en train de suivre l’offrande envoyée une minute plus tôt dans les flots bleus. Tout le monde se lève, y compris la hollandaise déçue, qui a raté l’assassinat, vu que ça s’est passé trop vite. Nous voilà retournant sur le deck, sous le soleil qui écrase le pont.

 

La Hollandaise disparaît au salon où elle rejoint son jeune camarade. Ce dernier est assez bien entamé, vu qu’il faisait soif, à son opinion, et que la Bintang indonésienne est fort bonne. Elle est, de plus, nettement moins chère que n’importe quelle bibine européenne. Sans aller jusqu’à dire qu’il y a un aspect pousse-au-crime, dans la différence de prix entre Indonésie et Europe, il est certain que les fumeurs et les buveurs venus d’Occident sont ici au paradis.

 

al8al4Enfin, au bout d’une heure encore, la côte qui apparaît dans la distance est la bonne. Nous approchons, peu à peu, jusqu’au moment où nous pouvons entrer dans le petit port et nous amarrer. On se croirait à Pearl Harbour, juste après le passage de l’aviation japonaise.

 

Quelques manœuvres, l’avant du bateau s’abaisse, les camions sortent, puis les voitures, puis nous. Les affréteurs du bateau pour Komodo se sont réunis ; un bonhomme nous attend à la sortie du bac.

 

C’est nous ?

 

Oui, c’est nous.

 

Nous montons, à sa suite, dans un minibus qui nous conduira à Mataram, charmante bourgade dont les grandes avenues sont noyées sous les manguiers centenaires, puis à Sengigi, le Kuta à la balinaise local, où nous pouvons trouver tous les hôtels du monde.

 

A Mataram, ce ne serait pas mal si l’administration municipale essayait de réparer les trottoirs, littéralement démolis par les racines des manguiers. Il n’y a, en réalité, le long des avenues ornées de manguiers, plus de trottoirs, ni d’égouts. Le manguier nourrit son homme, mais c’est la plaie de l’administration communale incompétente car, en dix ans, par sa simple pousse, il prouve de la manière la plus évidente que rien n’est fait pour garder la voierie en état.

 

Enfin, cela n’empêche probablement pas l’équipe des édiles municipaux d’être reconduite, élection après élection, avec un savant mélange de copinage, de fraudes et de paresse de l’électeur.

 

A Mataram, nous avons récupéré deux Suédoises qu’on décrirait plutôt comme des percheronnes que comme des actrices dans des films olé olé, une énorme Hollandaise souriante, et un Anglais qui, comme tout anglais, est braillard, chauve et ventripotent : voici notre équipe complète. Le minibus redémarre pour Sengigi, où nous dormirons ce soir. J’ai le souvenir d’un hôtel correct et pas cher, qui se trouve à deux pas de l’arrêt de bus central du village : on verra bien si rien n’a changé. En attendant, nous roulons par monts et par vaux, avec la mer à notre gauche, et la montagne à notre droite.

 

Parfois, une déchirure dans la montagne, et nous avons un bout de rivière avec, des deux côtés, une cascade de maisons accrochées comme elles le peuvent à un terrain dont la déclivité défie toute construction.

 

al6Bientôt, nous arrivons à Sengigi. Sengigi, c’est une rue, bordée de bars et de restaurants, du côté de la plage ; d’hôtels, de l’autre côté. Il y a aussi quelques karaokés, deux mosquées, un temple hindou, des changeurs, un certain nombre d’officines de massages et quelques cybercafés.

 

L’hôtel dont je me souvenais est toujours là, à deux pas de l’arrêt de notre minibus. Le propriétaire est justement là, à nous attendre, probablement prévenu par notre conducteur, et nous propose des chambres pour un prix qu’il est difficile de refuser.

 

al7Tope la mon brave : nous emménageons donc, les Suédoises ensemble, les Américains aussi, les autres, chacun dans son coin. Puis, une douche, une promenade vers le centre de la bourgade ou sur la plage, dépendant des intérêts. Les vendeurs de colifichets vous courent après et vous sautent dessus comme la misère sur le pauvre monde. Il y a des t-shirts, bien entendu, de marque, bien entendu… Il y a aussi – c’est la spécialité de l’Océanie – des vendeurs de perles, en colliers de toutes sortes, en pièces uniques, en boucles d’oreilles, en bracelets. Ca va du genre le plus lourdement vulgaire, avec triple collier orné de pierres brillantes, à des créations parfois charmantes, mais invariablement fragiles.

 

Les malheureux vendeurs, qui semblent n’avoir pas vu d’acheteurs depuis des siècles, vous jettent colliers et bracelets à la figure, pour des prix qui vous semblent ridicules. Certains se laissent tenter, mais les filles discutent les prix âprement, amenant des cris et des expressions désespérées auprès de nos vendeurs qui, finalement, parce qu’ils nous grugent, ou parce qu’ils sont dans le besoin le plus profond, acceptent de se séparer de leurs joyaux pour des clopinettes.

 

Tiens, à propos, Vicky, je te signale que j’ai un truc pour toi… J

 

La soirée se passe dans l’un des restaurants du village, avec orchestre. Nous parlons à des gens revenus tout juste d’un séjour aux Gilli : apparemment, la faune sous-marine y est extraordinaire. Un verre, un autre, nous voilà bientôt, repas achevé, à aller chacun vaquer à nos occupations. Les deux Suédoises, levées par l’Anglais, décident d’aller avec lui dans ce qui fait office de boite de nuit, pendant que les autres vont, qui dormir, qui boire un dernier verre dans un autre bistrot.

 

Pour moi, c’est dormir, vu que la journée a été longue. Sur la route vers l’hôtel, je suis accosté par d’accortes demoiselles qui m’assurent qu’elles sont instantanément tombées amoureuses de moi et qu’elles seraient très heureuses de poursuivre la conversation, en tête à tête, dans une chambre, pour deux francs trois sous.

 

La civilisation est arrivée jusqu’ici.

 

Ca la fout mal, avec le couple américain qui m’accompagne…

20:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/06/2008

Les temples de Bali

Deux jours plus tard, après avoir tourné dans les temples balinais, me voilà dans un minibus pour l’Est de l’île, direction Lombok.

 

Le minibus est presque vide, quand nous quittons Kuta, vers les cinq heure du matin. Avec moi, il y a une fille qui est arrivée avec un sac aussi volumineux qu’elle et qui s’est écroulée dans l’un des sièges du minibus, où elle ronfle, depuis. Quand elle se penche en arrière, la bouche ouverte, son doux ronronnement féminin couvre les grondements du moteur, sauf quand nous dépassons l’un ou l’autre cycliste. Alors, c’est le moteur qui couvre le doux ronronnement de la belle enfant – car, ronflements mis à part, elle est mignonne : une brune mince avec autant de poitrine que moi, mais un derrière que j’ai entraperçu, quand elle montait dans le minibus, et qui avait une forme juste comme il faut.

 

Bientôt nous arrivons à Ubud, où, après un arrêt rapide, nous nous dirigerons vers l’Est. Ubud, c’est le paradis des touristes culturels : il n’y a pas de plages, pas de surf, pas d’Australiens… Il y a, par contre, un nombre incalculable d’échoppes d’artisans, enfin, d’ « artisans »,  qui produisent des horreurs dignes de Jogja’, ou de Kuta – mais dans un autre genre, c’est vrai. A la différence de Kuta, je ne vois pas de zizis en bois à usage d’ouvre bouteille ou de tire-bouchon et, à la différence de Jogja, je ne vois pas de batik.

 

Ah, si, finalement, je vois des batiks.

 

Et des sarongs.

 

Alors que le minibus ralentit, s’arrête, mademoiselle la ronfleuse ouvre un œil, puis l’autre. Nous descendons bientôt du minibus qui s’est arrêté, pendant que d’autres voyageurs embarquent, parmi eux, deux Américain et un Estonien, qui font partie du groupe qui a affrété un bateau dans le but d’aller jusqu’à Komodo.

 

Il y a un café / épicerie, juste devant nous, à quelques mètres de notre arrêt. La ronfleuse clopine jusqu’à l’épicerie pour y chercher une bouteille de coca. Nous faisons la queue, elle avec son coca, moi avec une glace.

 

De là, après avoir embarqué nos co-affréteurs, nous roulons jusqu’au port de Padangbai.

 

Là, nous prendrons un bac, pour aller jusqu’à Lombok, où nous sommes attendus. Un autre minibus nous prendra jusqu’à Sengigi, où nous passerons la soirée, puis demain matin, on embarquera sur notre bugis, direction Komodo.

 

Les derniers jours, à Bali, ont été plaisants, puisque nous avons, mes petits camarades javanais et moi-même, vu tout ce qui devait être vu. « Tout », bal4bal8dans le sens où nous avons vu les différents genres des temples qui pourraient être vus ici. A dire en défaveur de Bali, il n’y a pas de variété dans l’architecture religieuse. Systématiquement, il y a un saint des saints, fermé à tous les roumis, territoire carré au milieu duquel on peut voir, surgies au milieu de la nature, des tours d’offrandes dont la hauteur indique la modernité.

 

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bal1 Au milieu de ce saint des saints, on peut voir des singes, des rats, et quelques prêtres, si on a de la chance.

 

Si on a encore davantage de chance, on arrive le jour d’une cérémonie particulièrement publique et… quoique l’on ne soit pas hindoustani, on passe, en toute discrétion, au milieu d’une foule en liesse. Cela permet de voir à quoi les tours d’offrandes ressemblent: ce sont... des tours d'offrande, et c'est tout. Cela permet probablement de relativiser tous les fantasmes que nous pouvons avoir sur les religions exotiques..

 

bal10bal5A dire vrai, c’est sans intérêt : on a, au pied d’une tour de bois, qui monte dans le goût balinais, une petite chapelle dans laquelle on fourre des assiettes faites de vanneries et bourrées de riz, orné d’une fleur, avec parfois un peu de sauce piquante sur le côté.

 

 

 

 

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bal6bal3L’offrande, dans les grandes circonstances, est bénie, avant d’être donnée aux dieux, aux rats et aux corbeaux, mais le spectacle est, finalement, sans intérêt particulier. Amusant, certes, mais rien de plus.

 

 

 

 

 

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bal18bal13Par contre, si on arrive devant un temple à l’occasion d’une fête particulière, qu’il s’agisse d’un mariage entre deux familles ou d’un championnat entre deux villages à qui danse le mieux, ou à qui décore le temple avec le plus de richesse - pour le pas dire, avec le kitch le plus brutal - le spectacle peut être admirable. Il peut aussi, tout simplement, faire sourire le spectateur.

 

Il peut y avoir aussi, cependant, l'oeillade délicieuse d'une danseuse qui vous croise et vous foudroie.

 

 

 

 

bal21bal17Nous avons, sur ce plan là, eu de la chance, tombant, dans un cas, sur un mariage, sur une alliance qui devait avoir lieu avec ce que Bali comptait de plus puissant, puis sur une fête-compétition entre deux villages, avec danses, spectacles, et parfums de cuisine dans la distance.

 

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bal24bal20Il n’est de bonne compagnie qui ne se sépare, et mes étudiants Javanais sont partis hier soir, de retour vers Jakarta, pendant que les trois sœurs éplorées avec leur frère – je parle de mes voisins de droite – m’ont présenté avant notre coucher leurs salutations, m’ont donné leurs numéros de téléphone, et m’ont fait jurer que je ne quitterais pas l’Indonésie sans être repassé à Surabaya, afin de venir dire bonjour à la famille… J’ai promis.

 

Et me voici, ce matin, terminant de bailler, dans un minibus avec une Suissesse chargée comme une baudette, deux Américains et un Estonien, sur notre route vers la côte, le bac, et Lombok - car il faut bien commencer quelque part.

22:54 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/06/2008

Visite aux temples de la mer

Les dieux en soient remerciés, à Kuta, il y a aussi de petits oratoires, parfois charmants, mais peu variés, dans l’ensemble. Chaque maison a le sien, Bali3parfois imposant, car il est essentiel de paraître ; chaque quartier s’est cotisé pour en avoir un collectif, idéalement, plus chic que celui du quartier voisin.

 

Dans chacun d’entre eux, on trouve quelques idoles vêtues d’un drap de couleur – chacun la sienne. Il y a des paniers d’offrandes, ressemblant à ceux que les Balinais distribuent généreusement aux quatre coins de la maison et, in fine, aux rats qui abondent. On trouve aussi des chats qui viennent se restaurer, avant que les rats passent.

 

Et puis, hors les temples de quartiers, il y a de grands temples extérieurs à la ville. Ce sont ces temples que nous allons voir demain.

 

Bali4Le petit déjeuner expédié, nous nous retrouvons devant le guesthouse où le minibus de Monsieur notre guide nous attend. Hop là, nous montons, et le chauffeur démarre avec prudence, d’abord sur la petit route de notre hôtel, et qui n’est que plaies et bosses – bosses, surtout… - puis sur une ruelle tordue qui conduit à une autre, puis à une autre encore, jusqu’au moment où nous débouchons sur ce qu’on appellerait ici une rue principale. De là, on commence à y voir plus clair. Le chauffeur, en tout cas.

 

Nous passons quelques carrefours, puis enfin des indications : pour Denpasar, aller par ici, pour Ubud, aller par là, pour l’aéroport, encore une troisième route.

 

Nous tournons résolument sur une quatrième et nous enfonçons dans le trafic. Le chauffeur sait où il va, il roule avec prudence. Nous ne nous inquiétons pas, nous contentant d’admirer le paysage de rizières en terrasses qui se déroule devant nous.

 

Après avoir vu des journées durant, de Thailande du nord au Vietnam, en passant par la Birmanie et Java, des kilomètres de rizières, on ne peut pas dire que je suis particulièrement ébloui par celles qu’on peut voir ici, mais le spectacle reste toujours délicieux. Le vert tendre des rizières indique qu’on vient tout juste de plantier, ou de repiquer, les pousses. Les grenouilles doivent se multiplier, et les canards, que l’on voit se dandiner partout, doivent être à la fête.

 

Bientôt, le chauffeur nous annonce que nous allons arriver à un premier bali1temple. C’est l’un des temples les plus sacrés de l’île – l’île est, en fait, couverte de temples particulièrement sacrés… - et il est bâti en bord de mer. Le spectacle, me disent mes compagnons frétillants d’impatience, est fantastique. Nous arrivons ; allons y voir…

 

Nous passons l’entrée – payante, oeuf corse – puis un tournant, une porte de temple raide et sculptée, telles que les Balinais les font toujours.

 

 

BAli7Bali6Soudain, le temple, dans la distance : effectivement, le spectacle est splendide.

 

L’eau et la religion hindoustani, c’est une longue histoire. Le plaisir de bâtir un temple à deux pas du rivage, vers l’intérieur ou vers l’extérieur, n’est manifestement pas épuisé pour eux : ici, le temple est à moitié sur un rocher – ce sont les tours d’offrandes aux divinités – à moitié sous le rocher, dans des grottes qui sont presque toujours immergées. Patauger dans l’eau est un bonheur qu’on a de la plus petite enfance jusqu’à un age avancé. Les gosses … pardon : les BAli8prêtres sont dans l’eau jusqu’aux mollets, à bénir l’un, puis l’autre, puis un troisième.

 

Une fleur sur l’oreille, un peu de poudre rouge écrasée sur le front, une prière murmurée devant une pierre grossièrement taillée, représentant une idole multiséculaire, quelques billets déposés dans un panier, à côté de la divinité. Derrière nous, la queue des fidèles serpente patiemment.

 

Puis, sur un dernier échange de saluts, nous repartons vers le rivage, en essayant de ne pas nous casser la figure sur les rochers glissants. Histoire de gagner quelques sous, des acolytes des prêtres prennent les dames par le bras, afin de les aider à passer les endroits les plus dangereux.

 

Ce n’est pas qu’il y a des requins avec des dents partout, ou des crocodiles affamés, mais il est vrai que les filles la trouvent toujours saumâtre, quand elles tombent tout habillées dans l’eau, et qu’elles n’ont pas de vêtement de rechange. Nous pourrions aider, bien entendu, nous, les compagnons, mais il est évident que c’est la seule manière de certains pour gagner les quelques sous qui les nourrissent…

 

Nous ne pouvons pas aller visiter les offertoires du temple, offertoires Bali2Bali5exclusivement réservés aux membres de l’ordre religieux qui s’occupe du temple, et devons nous contenter d’admirer les tours de loin.

 

Une promenade, le long du rivage, à admirer d’autres temples tout aussi interdits aux profanes, puis nous retournons vers le minibus, où notre conducteur nous attend. Prochaine étape, le temple aux singes.

 

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17:42 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/06/2008

Kuta et ses échoppes

Ma chambre, c’est une maisonnette partagée en deux – une semi detached house, diraient les rossebiffes ; un chalet, disent les locaux, un bungalow, pour nous – avec une salle de douche dont la douche fonctionne particulièrement bien en fin d’après midi, quand la tuyauterie a été chauffée au soleil la journée entière.

 

Bali1Mes voisins, ce sont deux australiens, venus perfectionner leur surf : il y a monsieur, qui doit être un champion en la matière déjà, mais qui s’entraîne, et sa jeune fiancée, qui ne sait pas trop comment tenir sur une planche, mais qui essaie. Elle est souriante et rondelette. En sa défaveur, elle a un tatouage au bas du dos. En sa faveur, elle boit chaque soir une Bintang, sur la terrasse de sa chambre, tout en bavardant avec moi, pendant que son jeune camarade prépare le matériel pour le lendemain matin, avant de venir prendre sa bière vespérale avec nous, qui en entamons alors une deuxième.

 

Devant notre bungalow, il y a le chalet d’un vieil Allemand qui, apparemment, vient chaque année passer deux mois à Bali, avec l’intention d’épuiser tout ce que l’île compte de prostitution mâle. Et, effectivement, quand on le voit marcher, il est clair qu’il fait partie de la secte de la jaquette flottante – comme le disait le regretté Frédéric Dard.

 

Je n’aime pas trop le regard gourmand qu’il me porte, quand nous nous croisons.

 

Je sais le détail de ses chasses grâce à son voisin : ce voisin, c’est un vieux Suisse qui le surveille depuis quelques années. Il vient ici, chaque fois qu’il a des vacances, avec sa compagne balinaise, épousée il y a dix ans, contre l’avis de la famille. Quand ils viennent à Bali, vu que Madame éprouve le besoin régulier de revenir à la mère patrie, c’est en toute discrétion, afin que la tribu de la jeune épousée, maintenant vieillissante, ne sache où envoyer deux Yougoslaves aux chaussures bicolores, à la cravate à ramages, et à la Kalachnikov guillerette.

 

Quand ils ne surveillent pas l’entrée de l’hôtel d’un œil attentif, rapport aux Yougoslaves, mes deux tourtereaux helvétiques observent, effarés, séjour après séjour, le passage de jeunes messieurs aux yeux maquillés qui arrivent le soir, en compagnie du Teuton pervers, et qui repartent seuls le lendemain matin, le rimmel coulé, l’air satisfait et la poche remplie, pour ne jamais revenir.

 

Selon Daniel, Monsieur le Suisse, le vieux prédateur Allemand doit avoir eu un contact intime avec, au bas mot, deux mille jeunots de la région… Madame confirme, indignée, avec un accent du Valais qui fait sourire. Daniel et son épouse surveillent ainsi les déplacements du consommateur de chair fraîche, la main sur le portable, prêts à téléphoner aux flics, à la moindre suspicion de jeunesse trop jeune qui entrerait dans le bungalow germanique.

 

De vrais Suisses, quoi.

 

A dire vrai, il serait difficile de leur donner entièrement tort.

 

Bali7A ma droite, il y a trois demoiselles indonésiennes et leur frère, qui viennent de Surabaya, ayant abandonné l’échoppe familiale pour passer une semaine de vacances en fratrie. C’est, du moins, ainsi que les demoiselles se présentent, vu qu’elles parlent un peu l’anglais.

 

Selon Daniel, qui croit devoir me protéger contre tous les dangers de l’Indonésie, en général, et de Bali, en particulier, ce sont des demoiselles de mauvaise vie, qui souhaitent embarquer des étrangers innocents, en général, et les messieurs seuls, en particulier dans des relations pour le moins louches.

 

Je n’en crois pas le premier mot, mais ne le lui dis pas : après tout, ses intentions sont louables. Quant à mes voisins de droite, ils m’ont l’air on ne peut plus braves. Quand nous allons sur la plage, les trois soeurs courent les tourist babies, qu’elles trouvent on ne peut plus mignons, et le frère fume une kretek, un peu en retrait, les regardant faire.

 

Un peu plus loin, dispersés sur deux chambres, il y a deux étudiants de Jakarta, leurs deux sœurs et une amie, qui sont venus passer une semaine à Bali eux aussi. Le matin, levé avant six heures, je cours sur la plage une dizaine de kilomètres, aller retour, avec mes quatre touristes prétendument suspects – enfin, avec deux des trois sœurs non fumeuses, laissant les deux autres loin derrière - mais avec mes étudiants de Jakarta, j’admets que j’ai quelque chose à partager.

 

Chaque matin, une fois le jogging terminé, chacun retourne dans sa chambre, et file sous sa douche à lui. Douche prise, je sors de chez moi et arrive sur la terrasse où les petits déjeuners sont servis : les étudiants sont là. Très vite, nous avons engagé la conversation, de table à table.

 

Le deuxième petit déjeuner que nous partageons, nous nous installons ensemble et, à la fin du repas, décidons d’affréter, à nous six, un minibus pour faire un tour de Bali.

 

Sitôt décidé, sitôt fait. On appelle le propriétaire de notre guesthouse, qui a un copain qui fait juste ce genre de chose. Le copain arrive dans les secondes qui suivent ; un trajet est proposé, approuvé. Ce sera pour demain.

 

Bali2Bali4Aujourd’hui, promenade à Kuta, qui n’a pas grand-chose à offrir pour le promeneur que je suis : des magasins en pagaille, la vente d’objets touristiques d’un goût très sûr, qui vous rappellera Benidorm ou Torremolinos, celle de disques piratés, de fausses montres, de flip flops de marque, de sarongs et de substances illicites qui vous sont proposées mezzo voce, dans la rue.

 

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bali6On vous propose aussi la malbouffe de chez McDonald’s, bien entendu, avec, pour vous attirer, un Ronald McDonald’s qui fait du surf.

 

Ah et, bien entendu aussi, on vous offre des filles ou des garçons, ou encore des lunettes de soleil, des chemisettes de marque aux origines douteuses, des t-shirts à la gloire de Bali et de diverses marques sportives, quelques diseurs de bonne aventure et des salons de soins esthétiques, des planches de surf, des couvertures de planche de surf, des officines de tatouage.

 

Finalement, je cède quand même à la fièvre consumériste, et m’offre une montre Bulgari pour cinq dollars, après d’âpres négociations qui me font toujours rire. Je trouverai la même, plus tard, au Tax Free de l’aéroport de Dubai, pour plus de trois mille dollars. Il n’y a pas à dire, ma mienne à moi, offerte depuis à un gosse en Birmanie, c’est une bonne affaire. Je me demande combien de temps elle tiendra.

12:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

18/06/2008

Retour à Bali

Il doit être, à tout casser, cinq heures du matin, quand nous arrivons à Banyuwangi, devant laquelle se profile la côte de Bali. Le train s’arrête en gare. Il nous faut sauter au sol, car ce n’est pas tout le train qui a eu droit à la courte dalle de béton qui fait office de quai… Ensuite, nous traversons une petite gare de rien du tout. Nous sommes peut être une trentaine – des indonésiens, et moi.

 

Nous nous encaquons dans un bus antédiluvien qui nous attendait devant la gare et qui pousse, une fois que nous sommes tous dedans, quelques grognements affreux. Puis, il démarre et vogue la galère, vers un petit port où nous allons trouver les bacs qui font l’aller retour entre Java et Bali.

 

De l’autre côté, à Banyubiru, ce sera un bus, puisqu’il n’y a pas de chemins de fer sur l’île.

 

Bali2Quand nous voilà arrivés devant le petit port, on est dirigés vers un bac qui va bientôt démarrer. Mais il arrive seulement. Nous avons le temps, avant son départ, et je vais un peu à l’aventure sur le quai. Il y a des boutiques, avec d’accortes boutiquières, qui vendent de quoi manger et boire. Un coca, à cinq heures du matin, c’est très exactement ce que je ne veux pas, et je me rabats sur une nouille minute, qui reste une nourriture roborative, suivie, puisque j’ai le temps, alors que le bac est en train de manœuvrer pour s’amarrer, d’un excellent café façon CoffeeMix birman.

 

C’est infect, mais ça réveille.

 

Puis un coup de corne de brume. Nous devons aller au bac sur lequel nous embarquons, avec des vélos, des motos, des poules et des chèvres, quelques voitures et même un camion, pendant que la sirène appelle et appelle encore tous les voyageurs. Tout va bien, encore un peu et son deviendra sourds.

 

Le bac pousse un dernier hurlement déchirant, puis remonte sa proue, par laquelle nous sommes entrés. Les moteurs hurlent à plein régime, le bateau tremble, nous quittons peu à peu le quai. Une heure, et nous serons de l’autre côté. Dans la distance, on voit déjà les lumières tremblantes du port où nous devrons aborder.

 

Pendant le trajet, parfois on dort, quand c’est en pleine nuit que l’on passe, parfois on bavarde avec les voisins, quand on est presque éveillé. Ici, on est en début de matinée, et ça favorise le contact, ainsi que les petits enfants qui pleurent, ou qui demandent à leurs parents, de manière insistante, qui une glace, qui une bouteille de lait, qui une paire de lunettes de soleil.

 

Presque invariablement, la mer est calme. Les rats montent et descendent les escaliers de la coursive avec toute la discrétion dont ils sont capables. Les toilettes, devant lesquelles je suis passé, par curiosité, sont raisonnablement propres.

 

Bientôt le bac arrive en vue de son quai, à Banyubiru. Nous faisons la queue, puisqu’un autre bac termine d’embarquer son chargement de messieurs dames, et de véhicules qui vont avec, avant de partir vers Java. Bientôt il démarre et nous pouvons accoster. Ici, comme à Java, il fait lourd.

 

Devant la rampe sur laquelle la proue termine de se déposer, un homme dirige la manœuvre et un autre, une fois que les voitures, les vélos et les motos sont sorties, appelle les voyageurs du train de telle heure, en provenance de Surabaya et Probolingo, dont la destination est Denpasar.

 

J’en fais partie.

 

Ils nous regroupe – nous sommes encore une douzaine – et nous envoie jusqu’à un bus pas trop neuf et déjà à moitié rempli de passagers venant d’un bac précédent, d’un train arrivé à Banyuwangi quatre heures plus tôt. Ils doivent nous bénir.

 

On ne rigole pas et on entre dans le bus sans faire de chichis. Le dernier passager embarqué, le bus démarre, pour s’arrêter cent mètres plus loin : vérification des papiers à la frontière intérieure. Depuis le coup des bombes de Kuta, à Bali, on entre plus sur l’île comme ça, quand on fait du transport de surface : tous les indonésiens qui pourraient être malfaisants – lire, musulmans – sont priés de montrer patte blanche, et d’expliquer les raisons pour lesquelles ils souhaitent venir séjourner à Bali.

 

Vingt bonnes minutes plus tard, nous sommes à nouveau tous dans le bus. Quant à moi, en tant qu’étranger, on n’a pas jugé nécessaire de m’interroger, ni même de me convoquer dans la salle de transit. Le flic qui surveille les bus m’a fait signe de rester assis. Pendant les vérifications, j’ai pu commencer à m’endormir.

 

Puis tout le monde est revenu, et fini de dormir. Le bus est plein et particulièrement inconfortable.

 

Le trajet jusqu’à Denpasar dure un temps fou ; la route est lente  et étroite. Les balinais conduisent comme des singes.

 

Et encore, je me sens un peu coupable, quand je fais cette comparaison : l’expérience me dit que les singes conduisent nettement mieux.

 

Il est dix heures quand nous arrivons à la gare routière de Denpasar. Des hordes de taxis, moto taxis, conducteur de bemos, nous sautent dessus, tous avec une offre difficile à refuser. Je suis moulu et prends le premier qui peut me conduire à Kuta.

 

Tous le peuvent, bien entendu.

 

Le plus hardi m’offre littéralement sa mère et sa sœur si je lui fais la grâce de m’intéresser à ses services. Ah, pour une mère et une sœur, que ne ferait-on pas…

 

Quelques minutes plus tard, je suis devant mon hôtel habituel, auquel j’ai téléphoné hier, et dont une chambre m’attend, trépignante d’impatience.

Bali1

 

18:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

17/06/2008

Comme quoi, les volcans, ça peut être dangereux

Il y a, tout à fait à l’Est de Java, un autre volcan, le Kawa Ijen, que l’on peut aussi aller voir. J’y ai grimpé il y a quelques années. Là, vu qu’il est un peu plus calme que le Bromo, on peut littéralement descendre au plus profond de son cratère – enfin, jusqu’au bord d’un lac aux eaux turquoises, dont la surface est crevée, de temps à autre, par des bulles de gaz.

 

Alors qu’on y descend, au fond de ce cratère, on croise des malheureux porteurs de soufre, avec, sur le dos, des charges d’une belle couleur d’un jaune maladif, qui font trois fois leur volume.

 

Le volume des porteurs, je veux dire.

 

Ces charges volumineuses ne pèsent, m’a-t-on dit, qu’une cinquantaine de kilos. Rien, comparé à ce qu’on demanderait à un baudet. Mais un baudet accepterait-il d’aller jusqu’au fond du cratère grondant, puant les vapeurs sulfureuses ?

 

Baudet, pas fou. Homme, si.

 

Bro4Devoir monter et redescendre cette charge, du bas du cratère au pied du volcan, la journée durant, dans des vapeurs délétères, ce n’est pas tout à fait idéal pour la santé. Les portefaix, quand ils vous croisent, vous proposent la photo, et se font payer en cigarettes – en kreteks, préférablement. Sans doute pour offrir à leurs poumons un petit peu de la douceur de notre civilisation, après ce passage dans la brutalité naturelle.

 

Vous marchez sur un sol inégal, caillouteux, râpé de son soufre qu’il faut aller chercher de plus en plus bas. Un foulard ou un sarong vous couvre la bouche et le nez, en pure perte, bien entendu, si vous recevez soudain une bouffée de fumée de soufre. Là, il faut se coucher au sol quelques instants ; attendre que le nuage passe. Jamais il ne touche le sol, voyez-vous…

 

Puis, on se redresse et on continue à descendre, là où il fait de plus en plus sombre, de plus en plus puant, où l’on trouve de plus en plus de blocs de soufre, ou bien, on se dit qu’on en a assez vu, que rien ne vaut la santé, et on remonte.

 

Le Bromo sera probablement tel que le Kawa Ijen, le jour où les secousses telluriques auront diminué, le jour où le volcan ne crachera plus une telle quantité de fumée, le jour où il sera possible aux malheureux indonésiens d’aller y chercher les blocs soufre qui doivent abonder dans ses profondeurs.

 

En attendant, perchés au bord du cratère, selon le gré du vent, on reçoit un coup de vapeurs de soufre qui vous feraient vous évanouir si vous ne reteniez votre respiration.

 

Appuyé à la rambarde qui domine le cratère, j’ai vu venir le coup et ai retenu la mienne. Ma jolie voisine, non. Les yeux mi-fermés, je l’entends suffoquer, puis la vois tomber dans les pommes. Je parviens à la retenir, amortissant la chute. Une fois le nuage de vapeur passé, je me penche, la laisse revenir à elle, puis l’aide à redescendre l’escalier, accroché à la pente tremblante du volcan. Son pas n’est pas trop assuré. Arrivés au pied du volcan, je lui suggère de prendre un cheval, pour se faire reconduire à son guesthouse. L’idée lui semble tout à fait acceptable. Le premier cavalier qui nous aborde est le bon. On fixe le prix, Mademoiselle, poussée et tirée, est mise sur l’animal, me remercie d’une voix mourante, avec un gentil sourire, et part, effondrée sur un cheval gris conduit par son vieux propriétaire.

 

Encore une qui se souviendra de sa promenade : ce genre d’incident doit arriver tous les jours.

 

Quant à moi, je marche à travers la plaine lunaire, pour retourner jusqu’à l’endroit où mon guide m’attend. La poussière vole et colle jusque dans les cheveux. Il fait chaud, maintenant. Il doit être pas loin de neuf heures ; le soleil tape et la réverbération, sur la plaine blanchâtre, est puissante. Les gouttelettes de transpiration creusent des lignes noirâtres sur mon visage gris, puis, quand je passe la manche de ma chemisette sur ce plâtras collant, ça donne un maquillage particulièrement original.

 

Au bout d’une demie heure, j’arrive au pied du cratère : il me reste à remonter jusqu’au rebord : une bonne centaine de mètres de dénivellation à pratiquer sur des sentiers poudreux, où un alpenstock se révèlerait utile. Hm, j’en rajoute un peu, quand même… Mais ce n’est cependant qu’une vingtaine de minutes plus tard que j’arrive au sommet de la crête, en nage et transformé en nègre.

 

Mon guide m’attend sans impatience particulière, vu qu’il dort, étendu dans l’herbe grise.

 

Suivant l’usage, je fais un peu de bruit, alors que je m’approche de la moto et de son conducteur. Il ouvre un œil, l’autre, me sourit en se redressant, me demande si tout s’est bien passé.

 

Oui, merci. Très beau.

 

On y va alors ?

 

On y va.

 

Monsieur le guide remet la moto dans le bon sens, se plante son casque sur la tête, me tend le mien. Nous redémarrons, à petite vitesse, jusqu’au moment où nous rejoindrons la route bétonnée par laquelle nous pourrons redescendre jusqu’au bas des montagnes volcaniques.

 

Bye bye, Bromo.

 

Il fait tiède, maintenant, et je redescend, assis derrière mon cicérone, la veste ouverte, dans la lumière glorieuse du matin, à regarder curieusement autour de moi, les riches villages disséminés sur les pentes de la montagne et que nous traversons parfois.

 

bro1Bro3Je rêve d’une bonne douche, d’un récurage en profondeur. J’ai déjà réservé mon train, ce soir, pour Bali. Nous arriverons à Probolingo alors qu’il ne sera pas encore onze heures : j’aurai encore tout le temps de me promener à nouveau,  à travers la bourgade, avant de devoir aller à la gare.

 

Sur la rue, tous les cinq mètres, que vous soyez au marché ou que vous vous intéressiez à une échoppe, on vous hèle d’un joyeux Hello MisterRr ! et vous faites le bonheur de tous, en retournant les salutations, avec le sourire.

Bro2

17:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/06/2008

Dans le ventre du volcan (ou presque)

Bro4Nous partons, presque droit, à travers la plaine lunaire. La poussière vole à hauteur des cuisses, au moindre souffle. Le cheval cligne les yeux et mon guide tire son cheval qui renâcle. Comme ça va ; encore un soubresaut, et je tomberai. Après quelques cris particulièrement suggestifs, poussés par son patron en baha indonsiade, il se calme un peu.

 

Au bout de quelques centaines de mètres, nous longeons un petit temple indien, à moitié enfoui sous les cendres, puis continuons vers le nouveau cratère central, qui crache des vapeurs parfois irrespirables. Pour l’instant, les fumées sortant du volcan s’élèvent en une colonne qui s’incline sur la droite, loin de nous. Tant mieux : la puanteur sulfureuse reste, mais pas au point de nous faire tousser.

 

Sauf que le cheval semble la trouver saumâtre et avance beaucoup plus nerveusement, alors que les grondements du volcan se font plus forts. Le guide se tourne vers moi et m’assure, avec un grand sourire plein de dents noires et jaunes, que le volcan est particulièrement bruyant, depuis quelques jours.

 

Ah, c’est bien, c’est juste ce que je voulais. J’avais toujours rêvé de finir comme Pline l’ancien…

 

Encore deux cents mètres, et nous entrons dans un dédale de dunes, faites de cendres durcies, pour enfin arriver au pied de la bouche de feu.

 

Au pied du Bromo – enfin, du Bromo intérieur et actif - il y a là un escalier bâti à la va-vite, qui permet d’arriver jusqu’au rebord de la gueule du volcan.

 

Je le prends.

 

bro1Bro2Les marches sont raides, et il y a une main courante. Cette main courante a une bonne raison d’être - aujourd’hui, en tout cas : tout tremble. Les secousses sont parfois légères, parfois brutales.

 

Ca me rappelle les petits tremblements de terre qu’on a, presque quotidiennement, à Sumatra. Quand c’est pendant la nuit, je ne me réveille même pas, et découvre, le matin suivant, que mon lit, la commode et la table de chevet ont bougé. Le jour où ce sera un tremblement de terre particulièrement féroce, j’arriverai devant la porte de chez Saint Pierre, en disant que je n’ai rien remarqué…

 

Ici, parfois ça tremble fort, parfois pas. Pour le moment, c’est suffisamment léger pour que j’y aille. Mais qu’il est difficile de lever la jambe, quand on est passé deux mille mètres, et qu’on marche, depuis cinq heures du matin… On respire… du vide. Du moins, on a l’impression que les poumons, que l’on remplit comme on peut, n’ont droit à rien. Tous mes souvenirs du Transvaal – quoique moi, je m’y étais habitué.

 

Je respire profondément, je marche lentement.

 

Avec un arrêt au milieu.

 

Le cheval, en bas, devient de plus en plus petit, et Monsieur, que j’ai remercié et payé après mon premier trajet, lui assurant que je ferai le Bro3trajet de retour tout seul, décide finalement de repartir vers une autre source de voyageurs possible. Un parking lointain sur lequel, chaque jour, vers dix heures, des Japonais arrivent.

 

Arrivés au bord du cratère, on a une vue parfaite sur les profondeurs du volcan. On entend des grondements qui viennent du plus loin, la fumée sort en colonne épaisse et, les dieux en soient remerciés, va de l’autre côté du cratère. Je regarde jusqu’au plus profond des entrailles grondantes

 

A mes côtés une jeune femme, jolie, pâle et épuisée, qui s’est lancée dans la marche une heure avant moi. Nous bavardons un instant : elle a dormi ici la nuit dernière, et ne se remet pas du manque d’air. Je joue au faraud, mais si je devais être honnête, je lui avouerais que, hors la descente à pieds, j’ai fait le reste du trajet à cheval... Bon, il est sans doute préférable de me taire.

22:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

13/06/2008

Dans le cratère du volcan

A trois heures du matin, mon petit réveil sonne. Je me lève comme je peux, pas trop frais, et vais jusqu’à la salle de douche. Pipi, le reste, une douche rafraîchissante, brossage de dents, puis je m’habille.

 

A Probolingo, l’altitude doit frôler les mille mètres et, s’il fait chaud, il fait, aussi, plus sec. La moiteur est, pour une fois, oubliée. Le matin, vers les trois heures et demi, il fait tiède, mais rien d’insupportable. Là où je vais, il doit faire aux alentours de 4 à 5 degrés, au petit matin. C’est ce qu’on m’a dit, et les guides, quand ils disent quelque chose, il vaut mieux les écouter.

 

Je mets donc mes shorts, puisque c’est tout ce que j’ai, et un polo. J’ai expressément gardé mes vieilles chaussures de marche jusqu’à aujourd’hui, pour un cas pareil. De nos jours, je dois avoir une fois par trimestre les pieds dans des chaussures fermées, mais il y a des fois où ça se justifie…

 

Vu leur état, de toute manière, c’est probablement leur dernière sortie.

 

Hier aprème, au marché, j’ai acheté une veste militaire doublée, pour deux francs trois sous. Une fois l’expédition terminée, je laisserai la verte en question à l’hôtel, avec mes chaussures de marche de qualité indonésienne – donc, infectes. Ca fera un heureux, dans le personnel de nettoyage…

 

Quatre heures : le guide arrive, sur sa mobylette. C’est avec cela que nous allons monter jusqu’au volcan. Il y en a pour près d’une heure de trajet, sur des routes pentues à y utiliser un alpenstock.

 

En effet, j’ai finalement été persuadé par Mlle la vendeuse du tour de rester à Probolingo, ce qui me permet de passer la journée en ville, plutôt que de traîner dans un hôtel en bord de volcan, où rien ne se passe. Après tout, c’est vrai. Et, à dire en faveur de Mademoiselle, elle n’a pas essayé de me bourrer le mou avec des histoires à la mords moi les fesses, selon lesquelles tous les hôtels seraient pleins, etc…

 

Si j’avais décidé de démarrer hier aprème, après deux heures de bemos, le bus local, je serais arrivé au bord du volcan dans la grisaille de la fin de journée, n’aurais rien pu faire sinon aller manger un bout au restaurant de l’hôtel, puis dormir sous d’épaisses couvertures à la propreté douteuse.

 

Ici, à Probolingo, j’ai eu le plaisir de faire le tour de la ville qui est charmante et – miracle en Indonésie – propre.

 

C’est bien simple, deux jours plus tard, arrivé à Kuta, sur l’île de Bali, j’enverrai un courriel à l’administration municipale de Probolingo pour les féliciter.

 

bromABromBBref, tour de la ville, arrêt au cybercafé du coin, promenade sur le marché, achat d’une veste à caractère militaire, avec une doublure qui me protègera un peu du froid, là haut. Puis, dîner au restaurant, chez le seul et unique chinois resté dans le coin, après les dernières émeutes. Chez lui, on sert, outre une nourriture délectable, de la Bintang bien fraîche.

 

Couché à huit heures, vu que la nuit sera courte…

 

BromDEt me voilà donc, à quatre heures, devant la porte de l’hôtel, alors que la mob’ de mon guide s’arrête devant moi.

 

Serrements de main. Il me tend un casque en plastique léger, dont le caractère et davantage cosmétique que sécuritaire. Je le mets. Hop sur la moto et nous partons. Il est, lui-même, bien couvert, rapport au froid auquel on pourra s’attendre, un peu plus haut. Vu qu’il est aussi mon pare-vent, je n’ai pas à me plaindre pour le moment. C’en est au point où ma veste doublée est ouverte, sinon, j’aurais trop chaud.

 

Quelques kilomètres de terrain plat, de routes droites, puis, l’indication Bromo, sur la gauche, et nous obliquons. Le chemin devient raide, plus raide encore. Mon bonhomme roule vaillamment, le vent tournoie, bientôt, je me redresse un peu, afin de fermer ma veste.

 

Mon sarong, qui sert à tout ici, qui vous fait office de drap, quand vous dormez, ou d’essuie, quand vous sortez d’un mandi sans commodités ; qui vous emballe quand il faut aller nu d’une pièce à l’autre, ou qui devient une serviette de plage, quand vous êtes sur les îles, mon sarong, donc, est maintenant bien disposé autour de mon cou, histoire de couper le vent coulis qui glace mes jambes. Mais bon, à la guerre comme à la guerre.

 

Au bout d’une heure, nous voici arrivés au pied du volcan. Finie, la moto. Il faut maintenant marcher, grimper, plutôt, un bon kilomètre pour que nous puissions nous trouver au point de vue idéal, celui à partir duquel on verra les explosions nocturnes du volcan, d’un côté ; le soleil se lever, de l’autre, et sa lumière raser un paysage qui change avec la qualité de l’illumination.

 

On y va donc, sur un chemin fait de racines traîtresses et de cailloux toujours prêts à rouler sous vos semelles. Il y a mon guide, moi, un autre guide, et deux demoiselles allemandes qui soufflent comme des otaries au paroxysme de l’orgasme. Il est vrai que nous sommes à plus de deux mille mètres, soudain, et qu’on ne respire pas de la même manière, à deux mille mètres passés, qu’au bord de la mer.

 

Et puis, je noterai pas la suite qu’elles sont fumeuses. Ca en plus, il est évident que ça n’aide pas.

 

Au bout de vingt minutes, nous arrivons enfin au point de vue. Mon guide est encore frétillant et joyeux ; je suis en nage, malgré le froid. Voilà longtemps – depuis mes études à Jo’bourg, en fait – que je n’avais plus été aussi haut. Je le sens dans mes jambes, dans mes poumons qui avaient l’impression d’inhaler du vide.

 

Time flies, Tempus fugit… A Jo’bourg, je galopais de Braamfontein à Hillbrow, et retour, sans même sentir l’effort.

 

Il faut dire que j’y avais vécu trois ans consécutifs.

 

Oublions le passé et revenons en au mont Bromo. Cinq minutes après notre arrivée à nous, mon guide et moi, les deux filles arrivent, et s’effondrent littéralement au sol. Sorties de leur agonie, un peu plus tard, elles en profitent pour se remonter en en grillant une, bien évidemment.

 

brom1Nous en avons pour quelques minutes, sous un vent qui vous les caille solide, avant que le noir de la nuit se mette à grisailler, à l’Est. En attendant, le volcan nous a fait un peu de spectacle, en projetant en l’air un peu de lave en fusion, tombée à une bonne centaine de mètres de l’endroit où nous sommes et déclenchant immédiatement un feu de forêt.

 

Puis le soleil se lève, ce qui reste, à chaque fois, un spectacle qui vous gonfle le cœur. La musique d’Ainsi Parlait Zarathoustra manque ici, mais brom2ça ferait probablement artificiel, si des hauts parleurs se mettaient à cracher un tel hymne à la lumière. Nous regardons les changements du paysage, le Bromo qui fume, d’autres volcans qui grondent et qui tremblent. Le froid recule et bientôt, je peux rouvrir ma veste, malgré le vent, desserrer le sarong qui m’entoure le cou.

 

Un coup d’œil à mon guide. Tout est vu ? OK ? Oui, OK, tout est vu. Il n’y a plus rien à faire ici. Abandonnant les trois autres, nous redescendons vers le bord du vieux cratère, dans lequel se trouve un petit volcan en activité, brom3vers lequel mon guide m’enverra, tout en restant, bien tranquille, à roupiller près de sa moto.

 

Pour le chemin, à partir du rebord du cratère, c’est facile : je dois descendre, marcher tout droit jusqu’à un escalier que l’on voit dans la distance, monter le long du volcan et retour quand je le veux. Je démarre donc, pour très vite me trouver à fouler une épaisse couche de poussière volcanique, légère comme de la cendre – ce doit en être, d’ailleurs - qui m’arrive jusqu’aux chevilles. En moins d’une minute, je dois ressembler à un bonhomme gris, tant il est impossible de ne pas faire s’envoler cette cendre jusqu’aux cheveux.

 

brom5brom6Sur la descente, je suis dépassé par un vieil homme et son cheval. Il m’attend en bas, avec l’espoir que je louerai ses services, pour aller jusqu’au pied du volcan intérieur. Bonne idée. On discute du prix. Comme je suis seul dans le coin, et que les dieux seuls savent quand un autre touriste viendra, il n’essaie pas trop de me gruger. Je suis bon prince, et je n’essaie pas trop de l’écorcher. Nous nous entendons vite et me voilà bientôt à dos de cheval.

 

Brom4Tout autour de moi, c’est une scène de désastre. D’où que vienne le vent, ça pue le soufre et le brûlé.

23:30 Écrit par PGå dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12/06/2008

Probolingo et le pays des volcans

Départ tôt le matin, pour aller prendre le train, direction le pays des volcans. C’est à quatre ou cinq heures de Surabaya, d’un trajet paisible en classe Bisnis.

 

Depuis que j’ai découvert les trains indonésiens, j’ai laissé tomber, quand cela est possible, tout ce qui ressemble à du transport routier. D’abord, parce parceque la circulation javanaise est terrorisante, que les bus locaux roulent comme des tarés et qu’après tout, je tiens à ma peau ; ensuite, parce que c’est plus confortable.

 

Hier soir, en rentrant de Dolly, je me suis donc arrangé un rendez-vous et le prix de la course avec mon vélo taxi. Monsieur le cycliste connaît même les horaires de train… si bien que je sais exactement à quelle heure démarrer, entre les dix minutes qu’il faut pour aller à la gare, et les dix minutes nécessaires pour obtenir mon billet. Ca, c’est un service ! Du coup, je n’ai pas été trop féroce pour discuter le prix de mon trajet avec lui – je ne l’ai, à vrai dire, pas discuté du tout. Monsieur, quant à lui, depuis que je suis devenu un client régulier, n’a pas cherché à m’assassiner et son prix m’a l’air tout à fait correct.

 

C’est ainsi qu’après une bonne nuit sans rêve, passée à l’hôtel Paviljon, au retour de ma ballade à Dolly, je me lève alors qu’il doit être sept heures. Hop là, hors du lit. Je prends une douche froide bienvenue, vu la chaleur humide qui écrase Surabaya.

 

Mais quand je dis Surabaya, je devrais dire, l’Indonésie. Depuis que je suis ici, je dors exactement, et chaque nuit, en face d’un ventilateur dont les pales m’envoient, avec plus ou moins de paresse, de l’air remué qui donne un vague sentiment de fraîcheur et qui éloigne les moustiques. Même en Papouasie, les chambres étaient dotées de ventilateurs. Parfois même d’air conditionné, si on était prêt à y mettre le prix.

 

Devant ma porte, alors que je me douchais, les fées du service des chambres ont déposé un plateau, avec un pot de thé fumant et une madeleine, le petit déjeuner spartiate que m’offre mon hôtel. J’ouvre la porte, emballé dans ma serviette de bain, me penche, prends le plateau pour l’apporter dans ma chambre et le pose sur la petite table qui se trouve devant la fenêtre… une première tasse de thé noir… une deuxième. On se sent mieux.

 

Vingt minutes plus tard, gai comme un pinson et rasé de frais, j’arrive devant le bureau de l’hôtel. Un vieux chinois se penche sur les écritures et, après une profonde réflexion, m’annonce que je dois telle somme. Je paie. Nous nous remercions mutuellement et nous séparons, fort satisfaits l’un de l’autre.

 

Devant la porte, mon taxi m’attend. Nous nous saluons comme deux vieux amis. Il prend ma valisette et la pose bien soigneusement dans la nacelle, pendant que je m’assois et nous démarrons, par les rues et les chemins, les ponts et les sens interdits. Bien vite, nous arrivons, je le paie et nous nous quittons sur des adieux déchirants.

 

OK, là, j’en rajoute un peu. Disons que Monsieur me rappelle que je serai toujours le bienvenu, et qu’il est absolument nécessaire que je ne l’oublie pas, afin que, quand je reviens, je le prenne, lui, pour aller passer une soirée encore à Dolly. J’opine du bonnet avec conviction, ajoutant Yes, for sure, et il part, enchanté, sur ces bonnes promesses.

 

Dans la gare, effectivement, il ne me faut pas dix minutes pour avoir mon billet. Elle est propre, tout est bien indiqué, le service est parfait. Le temps de retourner sur le quai, on annonce l’arrivée du train qui arrive pile-poil à l’heure. Bien évidemment, selon l’inéluctable loi de la vexation universelle, celle qui fait qu’une tartine tombe immanquablement sur le côté où se trouve la confiture, mon wagon est un wagon de tête, qui passe devant moi et que je dois rejoindre. Bah, après tout, on ne peut dire que je suis chargé comme un âne, et les cinquante mètres que je dois faire ne correspondent pas exactement à un chemin de croix. Je reprends donc ma valisette à roue, fais les quelques pas nécessaires pour me retrouver devant mon wagon dans lequel je monte. Un siège numéroté me tend les bras. J’y plonge. Le train démarre.

 

Dix minutes plus tard, il s’arrête, et une foule de vendeurs se précipite dans le couloir, avec la ferme intention de nous fourguer un maximum de marchandise. Après tout… une bouteille d’eau ne fait jamais de mal, et je m’offre, en sus, un bol de pâtes qui ne peuvent pas faire de mal.

 

Redémarrage. Ah, une visite au petit coin s’impose. Sauf que, dans les trains indonésiens, les toilettes sont fabriquées, tout comme dans les bus, selon le principe des mandis – un trou à côté duquel il y a un tonneau d’eau. Dans le train qui file droit, cela ne pose pas problème. On fait son business, on use ensuite de mouchoirs ou d’un rouleau de papier toilette introduit subrepticement avec vous au petit coin – oui, oui, j’avoue, je triche – et l’affaire est faite.

 

Une fois, une seule, j’ai voulu faire ma petite affaire dans un mandi de bus.

 

J’en suis sorti trempé de la tête aux pieds.

 

Enfin, ici, pas de problème. Je fais donc ce que j’ai à faire, retourne à mon siège, sur lequel je m’endors, jusqu’au moment où mon voisin me secoue le bras, et m’annonce : Probolingo !

 

Merci, c’est gentil.

 

Un bâillement, je me lève, alors que les freins poussent des cris martyrisés, vu que le conducteur fait son possible pour ralentir. Nous voilà arrivant à la gare. Je salue mon compagnon de voyage, qui a dû supporter mes ronflements ininterrompus, et saute sur le quai, direction la sortie de la gare.

 

A la porte de la gare, précisément, un aimable cicérone me saute dessus, et me demande si je viens pour le Bromo.

 

Oui, bien entendu.

 

Alors, il a un hôtel pour moi, vu que tous les hôtels autour du volcan sont pleins.

 

Ca, ça m’a l’air gros. Je passe donc monsieur en le remerciant abondamment, et continue mon chemin jusqu’à la sortie, où le frère jumeau de monsieur me demande si je viens pour le Bromo.

 

Œuf corse.

 

aaprob1Bon, il y un vélo taxi à me proposer, afin d’aller jusqu’à la gare des minibus, où je pourrai trouver un moyen de transport jusqu’au volcan.

 

Ca, ça m’arrange mieux.

 

Me voilà donc parti, à un train de sénateur, à travers une bourgade endormie absolument délicieuse, propre comme une ville hollandaise. L’endroit est charmant. Bientôt, nous arrivons devant la gare routière, et il y a plusieurs agences de tourisme, toutes offrant la promenade à la fine pointe de l’aube, jusqu’au mont Bromo.

 

Je le sens venir gros comme une maison… oui… nous nous arrêtons devant une agence. Une demoiselle souriante m’attend juste devant. Bon, après tout, que ce soit l’une ou l’autre, il semble nécessaire de faire la marche de nuit avec un guide, de passer par une agence… Voyons ce que celle-ci peut m’offrir.

18:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

11/06/2008

Dolly by night

(Pas de photos pour ce billet. Désolé, mais à Dolly, on ne se promène pas avec un appareil photo...)

 

Dès qu’on a passé l’entrée de Dolly, marquée probablement de manière invisible, mais très sûre, et où mon taxi m’a lâché, on se trouve soudain au milieu d’une rue dont chaque maison est une vitrine.

 

Chaque vitrine donne vue sur une pièce profonde, brillamment éclairée, dans laquelle se trouvent, confortablement installées sur un divan imitation cuir rouge, devant une télé qui tonitrue un feuilleton local, dix, vingt jeunes femmes court vêtues, montrant complaisamment une cuisse appétissante et un début de poitrine intéressant – quoique, en Indonésie, les jeunes filles n’ont que rarement de la poitrine.

 

Parfois, elle jettent un coup d’œil distrait vers la rue, pour voir passer les chalands, puis retournent au programme qu’elles regardent, avec les copines.

 

Dans une autre salle … d’attente, dirons nous, quelques jeunes femmes entourent un vendeur de colifichets, venu proposer ses bijoux de fantaisie, des peignes, des produits de maquillage, ou encore des tissus. Les filles intéressées palpent, chipotent, discutent les prix avec le vendeur, pendant que les autres, une cigarette à la main, bavardent, regardent le sempiternel poste de télévision, jettent un sourire au passant qui s’attarde devant la vitrine.

 

Parfois un monsieur rentre, se dirige vers le fond de la salle, où il y a un comptoir où trônent les propriétaires de l’endroit, je suppose, ou le gestionnaire du personnel, disons. Il indique du doigt, ou d’un geste du menton, la fille qu’il a choisi, qui se lève, docile, même si c’est le moment le plus palpitant de son programme. Tous deux disparaissent dans l’ombre, pour aller vers les chambres dont ils ressortiront une heure plus tard, monsieur considérablement allégé de ses angoisses existentielles et d’une somme modique ; mademoiselle prête à en revenir au nouveau feuilleton qui passe à la télé.

 

Devant chaque porte de ces salons, il y a un groupe de rabatteurs qui vous font signe et qui, dans un baha indonesia volubile, ou avec leur pauvre anglais, essaient de vous faire rentrer dans leur établissement, car les filles sont tellement jolies, chez eux. Coup d’œil : c’est vrai, à ce que j’ai vu, qu’elles sont usuellement ravissantes.

 

Et à quel prix peut-on s’offrir les amours tarifiées ? Un rapide calcul mental, alors qu’on me jette des sommes en roupies indonésiennes à la tête… tout juste dix dollars américains…

 

Et encore, dix dollars américains, c’est pour le tout venant – c’est le prix demandé pour celles que je trouvais ravissantes. On m’assure, un sourire gourmand en plus, que si je suis prêt à monter jusqu’à douze dollars, je posséderai des créatures éblouissantes, gardées au frais, dans des salons privés.

 

Je ne doute aucunement de la véracité des promesses, quand je vois l’effarante quantité de jeunes femmes à vendre, et espère seulement que les créatures dites de qualité supérieure, ce ne sont pas des enfants.

 

De la rue principale – on pourrait y circuler à quatre de front, à tout casser… - sur laquelle je marche, il y a de dix mètres en dix mètres, à gauche comme à droite, une espèce de saignée : ce sont des ruelles qui semblent sans fin, quand j’y jette un coup d’œil. Les lumières s’y succèdent jusqu’à un coude après lequel c’est l’inconnu.

 

Par curiosité, passées une dizaine de ces ruelles, et au lieu de continuer tout le long de ce que j’ai appris être Dolly Street, je m’engage alors dans la ruelle suivante, pour retrouver les même bordels, avec parfois un bar à la musique tapageuse et aux entraîneuses souriantes, qui hèlent le chaland. Après vingt minutes de marche au hasard, il fait soif. Je me laisse convaincre d’entrer dans un bar où quatre jeunes filles essaient de me faire la conversation en indonésien. Il ne leur faut pas trop longtemps pour se rendre compte que je ne serai pas le client idéal, et elles m’abandonnent.

 

Celle qui parle un peu anglais prend ma commande : une Bintang bien fraîche. Merci. Le problème est que, quand je vois arriver la Bintang bien fraîche, c’est avec deux verres à bière, l’un plein de vide, et destiné à y verser le contenu de la bouteille, l’autre, plein d’échardes et de blocs irréguliers de glace, cassés à coups de martelet, et destinés à être mis, au fur et à mesure du passage du temps, dans l’autre verre, afin de rafraîchir ma bière qui est, bien évidemment, tiède.

 

L’électricité il y a – témoins les lumignons qui éclairent la salle tant bien que mal, l’orchestre qui fait un bruit de tonnerre, et sa chanteuse qui s’égosille dans un micro. L’électricité, il y a ; mais pas de réfrigérateur.

 

Bah, je suis en Indonésie depuis suffisamment longtemps pour prendre le risque de mettre de la glace dans ma bière. Mademoiselle, devant mon hochement de tête approbateur, renverse la moitié du boc à glaçons dans le boc à bière, puis verse la bière. Je la remercie, et me désintéresse d’elle. Vu que son anglais est hésitant, elle décide de me laisser tomber. Ce serait trop difficile de me faire la conversation. Je peux prendre ma bière tranquille.

 

Trois chansons plus tard, littéralement assourdi par les piaillements de la chanteuse et par son accompagnement musical, je quitte la salle et ses quelques clients, après avoir payé ma bière, et essaie de retrouver mon vélo taxi.

 

A chaque pas, je suis harponné par des rabatteurs pleins d’espoir, me promettant mille délices dans leur établissement, avec des créatures de rêve. Si je ne suis pas voyeur, j’ai des yeux quand même et, c’est vrai, je jette un coup d’œil sur les créatures qui me sont proposées – invariablement fort jolies.

 

Bon, pas toujours mon goût, c’est vrai, mais je peux sans peine imaginer que celles qui ne me plaisent pas au premier coup d’œil pourraient fort bien plaire à un autre.

 

Enfin, non, quand même : parfois, ce sont de vieilles dames de trente ans passés, qui ont visiblement beaucoup vécu – le métier doit être dur – ou encore, parfois aussi, des jeunes messieurs, qui m’intéressent assez peu.

 

Un peu perdu, je continue, arrive à la fin de la ruelle, pour me rendre bientôt compte qu’en sortant du bistrot, j’avais pris dans le mauvais sens. Je suis maintenant dans une rue tout aussi bruyante et commerçante que Dolly street, mais ce n’est pas elle. Après quelques tâtonnements, une vingtaine de bordels plus loin, je prends une gang, une ruelle, qui me reconduit à Dolly.

 

Sur le trajet, une fois encore, je dois passer mon temps à remercier l’un ou l’autre rabatteur, et lui assurer que demain peut-être, mais pas maintenant, merci.

 

Une fois arrivé à Dolly, j’avoue, la curiosité me prend : mais quelle est exactement la taille de ce quartier ? J’aurais cru, au départ, que ma soirée à Dolly, ce serait une promenade de, à tout casser, une petite heure, arrêt bistrot compris… Or, si je le voulais, j’ai le sentiment que je pourrais marcher ici des heures durant. Dolly même doit faire, à elle toute seule, la taille d’une petite ville : trois grandes rues, chacune sur une longueur d’un petit kilomètre, et entre les trois rues en question, des dizaines de gangs.

 

Partout, partout, partout, des bordels. Il y a aussi quelques bistrots pour l’ambiance et la musique, et quelques massages dont il paraît, assez curieusement, qu’ils sont corrects.

 

Oui, après tout, vu le nombre de bordels qui bordent les rues et les gangs, il n’y a aucune raison de cacher sa raison sociale ici. Si on annonce « massage » sur la porte, c’est que ce doit être un massage.

 

Les filles qui attendent, devant les portes des établissements de massage, sont d’ailleurs habillées d’un uniforme destiné à montrer au client que ce sont des dames respectables.

 

Quoiqu’il en soit, mon chauffeur, auquel je pose la question, alors que nous rentrons, lui derrière à pédaler, moi devant dans la nacelle, mon chauffeur me dit qu’à son idée, il doit y avoir un peu plus de dix milles prostituées, chaque soir, à Dolly, et plus de mille bordels…

 

Il y a peut être, sur terre, un plus grand quartier de tolérance que celui de Surabaya, mais je ne vois pas où.

 

Bon, c’est vrai aussi, ce n’est pas que je passe mon temps à les chercher dans le but de comparer, ou d’écrire les dieux savent quel catalogue…

 

Demain, je partirai à Probolingo.

23:12 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

10/06/2008

Départ à Dolly

Le soir, à Surabaya, il y a, pour le touriste, deux activités possibles : soit aller faire le tour des centres de shopping, ouverts jusqu’à huit heures, et puis retourner à leur hôtel, y manger un bout, et dormir avant le lendemain matin, quand ils partiront vers Probolingo, afin d’y admirer le volcan Bromo.

 

L’autre activité vous est jetée à la tête par tous les chauffeurs de taxi ou de vélo-taxi, dès six heures du soir : Dolly ? Dolly ? Djigidjig ?  Dolly, Dolly ? Dolly, c’est le plus grand bordel du monde, et c’est ici, à Surabaya. Dgigijdig, c’est la forme indonésienne de notre Hop Hop belge, du Zizi Panpan français, du Boum Boum thailandais, du Zig Zig congolais.  Djigidjig, c’est l’acte sexuel.

 

Un vendeur de rue, qui vous offre des dvd piratés et qui vous parle de djigidjig, c’est un vendeur de films cochons. Les vélos-taxis qui me sautent dessus, à  la sortie de mon guest-house, et me parlent mezzo voce, ou d’une voix claironnante, de Dolly et de djigidjig, ce n’est pas pour me proposer d’aller à la messe.

 

Dolly, c’est un gigantesque lupanar ; c’est aussi tout ce que la ville compte comme distraction – invariablement tournée vers les filles vénales, et quelques bordels homosexuels aussi, je crois.

 

Bah, il est sept heures et j’ai dîné. Allons voir Dolly. Après tout, outre les endroits de mauvaise vie, il y a quand même – il doit quand même y avoir – des bars presque normaux, où il suffira que je dise non merci pour que je puisse savourer ma bière tranquille.

 

Ou, pour le moins, à peu près aussi tranquille que dans Jalan Jaksa…

 

Bon, allons y donc. Je discute le coup avec un vieux vélo taxi, qui me propose un aller retour pour deux dollars, avec attente pour le retour aussi longtemps qu’il le faudra. Là, je crains que le malheureux se fasse un peu des illusions à mon égard.

 

Quoique, si, comme je le suppose, j’aurai épuisé les joies de Dolly en une demi-heure de promenade, à tout casser, ce sera du pain béni pour lui : il pourra rentrer à la maison tôt et dormir en famille.

 

surab3Nous voilà donc partis, lui derrière, pédalant, moi devant, pâlissant de terreur dans le trafic du centre, puis prenant peu à peu confiance : après tout, mon bonhomme est visiblement à son affaire et s’il est âgé, c’est qu’il a su se débrouiller dans le trafic, jusqu’à ce jour. Son expérience témoigne de la sécurité qu’il me donne…

 

Bon, je commence à pouvoir regarder autour de moi autre chose que les calandres rutilantes ou rouillées qui nous dépassent à gauche et à droite. Bientôt, mon chauffeur tourne à gauche et, après quelques centaines de mètres, l’avenue devient vivante. Les restaurants se multiplient, ainsi que les cantines de rue et des hôtels qui font assez logement à rats.

 

La nuit est tombée, et tous les magasins sont ouverts. Certains vendent de l’électronique, d’autres des pneus d’occasion. Tous, ou presque, ont un petit comptoir « communications » où ils essaient de vous fourguer des téléphones portables ou, à défaut, des cartes sim.

 

Deux cents mètres encore. L’avenue est de plus en plus densément peuplée et les vélos taxis sont maintenant garés en double, voire triple, file. Les familles marchent sur les trottoirs défoncés, en débordent quand il est impossible d’y marcher – rapport aux bosses et aux trous, ou aux cantines installées là où elles ne devraient pas l’être, sauf que, comment faire ? Devraient-elles aller au centre de la rue ?

 

Les gosses courent partout. Les voitures roulent lentement, maintenant, et le trafic est devenu presque exclusivement cycliste.

 

Nous tournons maintenant sur la droite, puis sur la gauche, pour prendre une ruelle dans laquelle tout le monde semble se précipiter. Dolly, je suppose. Nous sommes à deux cyclos de front, mêlés à des piétons et des motos, à avancer lentement sur une pente raide – en tout cas, raide pour un vieux taxi dont le vélo ne possède pas de vitesses. Trop respectueux des usages, je reste bien tranquillement dans ma nacelle pendant que le taxi met pied à terre et pousse son vélo, et moi dedans.

 

Si je descendais, ce serait lui faire perdre la face, car ce serait vouloir dire qu’il n’est pas capable de me transporter, voyez vous…

 

A ma gauche comme à ma droite, les sempiternels magasins de vidéo, d’électronique bon marché, de télévisions de marques inconnues et de frigos chinois. Des coiffeurs et des esthéticiennes aussi.

 

Je me retourne vers mon pousseur qui ahane. Dolly ? Oui oui oui, bientôt. Et, effectivement, après une bonne centaine de mètres encore, on s’arrête. Monsieur me montre d’un geste large la rue qui continue, ainsi que les ruelles qui coupent, à gauche et à droite. C’est Dolly.

 

Rapide arrangement. Il m’explique qu’il va maintenant se garer derrière cette petite échoppe, où il y a un espace qui semble l’attendre. Quand j’en aurai fini, je n’ai qu’à le retrouver là. Dans l’attente, il dormira, tranquille comme Baptiste, dans la lumière et le vacarme de la rue, étalé sur la banquette de la nacelle. Eeeeh beh…

 

Et je pars donc à l’aventure, dans Dolly, à la recherche, pour le moins, d’un bistrot dans lequel je pourrai me trouver une Bintang fraîche.

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09/06/2008

Surabaya, ses musulmans et ses chinois

Surabaya est une ville qui a dû souffrir de pas mal de choses, genre tremblements de terre, incendies et bombardements : rien n’y est vraiment ancien.

 

On trouve, à l’ouest de la ville, de nombreux ronds-points, décorés de délicieux bibelots en forme d’avions de guerre : tout ce que feu l’Union Soviétique, le Japon, l’Amérique, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, l’Indonésie même, ont pu fabriquer de coucous militaires, tout est disposé, ici et là, fièrement, perché à deux ou trois mètres de hauteur, au sommet d’une tige de béton, à faire comme si ça volait encore.

 

Tout cela au milieu d’un trafic dense et indifférent, circulant dans des avenues grises et banales.

 

Quand on se rapproche du centre, les bâtiments prennent quelques étages, mais le béton, tout comme à Jakarta, pèle et suinte la misère architecturale des villes qui bordent l’équateur.

 

diapetDans ce qui fait office de centre-ville, il y a quelques somptueux centres de shoppings, dont les marbres et les plastiques rutilants détonnent sur la déglingue qui les entoure. Les magasins y regorgent d’or et de vêtements de marque. Assez curieusement, on y trouve des clients du cru. Entre ces shopping malls, de petites boutiques vendant de tout : des pièces détachées d’occasion pour bicyclettes, ou des spécialités médicales. Tout.

 

Au nord, il y a le quartier d’Ampel, le quartier arabe, resserré autour d’une mosquée majestueuse, toujours pleine. Les gosses se pressent, rieurs, autour de vous, tous à vous crier Hello MisteRRR ! histoire de montrer aux copains qu’ils osent causer avec le visiteur étranger.

 

Les gens viennent vous toucher deux mots, pour vous expliquer ce qui doit être vu, ce que vous pouvez voir, pour vous demander d’où vous venez, histoire de frimer devant les copains ou la famille, avec leur pauvre anglais.

 

De toute manière, il n’est pas possible à un non-musulman d’entrer dans la mosquée.

 

Les filles, plus ou moins emballées dans un sac à patates, le niveau d’emballage dépendant du niveau de conservatisme de papa et de maman, vous sourient, vous crient, elles aussi, un Hello MisteRRR ! et se sauvent en groupe, en gloussant très fort.

 

Il y a, autour de la mosquée, des jardins dans lesquels l’un ou l’autre imam prêche la bonne parole devant des gosses qui regardent en coin l’étranger qui passe, et des vieux qui s’endorment. Un imam pour les dames, un autre pour les messieurs, ce qui nous donne deux groupes séparés, chacun dans son jardin.

 

Il y a aussi un petit cimetière dans lequel on peut visiter les tombes de Saints Hommes devant lesquelles, dévotement, de très jeunes enfants passent, poussés par leurs parents. Puis, sur le chemin de la sortie, les gosses me regardent, me hèlent, ou se cachent dans les jupes de leur mère qui me sourit. Entre les jambes d’un adulte, soudain, je vois passer un œil inquiet qui m’observe, préparant la fuite au cas où les parents vendraient le gosse au mystérieux étranger qui, bien évidemment, le mangerait alors tout cru.

 

Pour autant qu’on ne sorte pas l’appareil photo, dans Ampel, l’ambiance est à la fois festive et accueillante. Vous marchez le long des ruelles où chaque porte est celle d’une échoppe. Les vendeurs vous hèlent ; vous vous arrêtez. Un Hello MisteRRR, suivi d’un How are you ?

 

On salue de retour, on assure qu’on ne s’est jamais mieux porté, et vous-même mon cher monsieur ? Les enfants rient, les adultes sourient. Certains, capables de parler l’anglais, vous demandent d’où vous venez et vous expliquent qu’ils viennent de Sumatra, d’Aceh, d’ici, de là…

 

C’est alors que, parfois, on vous demande timidement de tirer une photo.

 

Vous vous exécutez, montrez la photo au candidat modèle, qui sourit, puis vous rangez votre appareil.

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Ensuite, on quitte le quartier arabe pour le quartier chinois, fait de grandes avenues banales et dans lequel on peut trouver, bien caché dans une ruelle, un temple extraordinaire, sombre et très antique.

 

Miraculeusement, lors des dernières émeutes anti-chinoises, il n’a pas été pillé et brûlé.

 

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surab5surab6Les statues des idoles sont pluri centenaires, noires de la suie des bougies, de la fumée des huiles brûlées et des vapeurs d’encens, témoignent d’un style classique tout simplement  splendide.

 

On les découvre, ces statues, au fur et à mesure de la visite des salles du temple – car, par extraordinaire, ce n’est pas un temple chinois usuel : il est fait, sur un plan charmant et biscornu, de plusieurs pièces disposées de la manière la plus étrange, jamais en enfilade.

23:56 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/06/2008

Le train vers Surabaya

Surabaya est une ville pourrie jusqu’à la moëlle : deuxième plus grosse ville d’Indonésie, c’est aussi un aéroport, un port et Dolly : le plus gigantesque bordel de la planète.

 

J’ai quitté, hier, Jogja’ où je n’avais plus grand-chose à faire, une fois revisitées les merveilles lapidaires de Borobudur. Un train de nuit circule, de Jogja’ à Surabaya.

 

train1train2Les trains longue distance, en Indonésie… Tout un programme… On peut choisir de voyager entre les classes Eksekutif, Bisnis et Ekonomi. Inutile de traduire, je suppose… Il s’agit, dans les trois cas, de wagons équipés de sièges : dans la classe Eksekutif, les sièges en question sont couverts de cuir, inclinables jusqu’à pas loin de l’horizontale.

 

Une clim’ d’enfer vous gratifie d’un froid sibérien, que vous combattez avec une ou deux couvertures, louées à Monsieur le préposé à casquette dont le boulot est de louer des couvertures, et vous rendez le tout encore plus confortable en louant un oreiller à un autre Monsieur le préposé à casquette dont l’emploi est – vous l’avez deviné – de louer des oreillers. Le total de la location vous revient à un bon gros dollar.

 

Comme vous êtes en Eksekutif, on vous offre, en plus de votre siège et de la clim’, une bouteille d’eau minérale fermée, et un repas composé de riz et d’une tête d’un poisson au regard peu amène.

 

La classe Bisnis offre un éventail moins large de facilités. Par exemple, dans les wagons Bisnis, il n’y a pas de climatisation. La nuit, il ne vous est donc pas nécessaire de vous emballer dans de multiples couches de couvertures, afin de survivre la température glaciaire imposée par le chef de train, convaincu que si on a de la clim’, c’est pour s’en servir… En cela, l’Inde et l’Indonésie se ressemblent bien.

 

A dire, cependant, en faveur des trains indonésiens, la classe climatisée, la Eksekutif, donc, n’est pas du quart de la moitié aussi crade que son équivalent indien. En effet, en Inde, les voyageurs jettent toutes leurs ordures sans jamais chercher une poubelle. Dans les wagons aux fenêtres ouvrables, tout se jette par les fenêtres ouvertes. Dans les wagons de première classe, climatisés, aux fenêtres soigneusement scellées… tout se jette par terre, sous les couchettes.

 

Le nettoyage à l’indienne étant ce qu’il est, les wagons climatisés répandent une odeur douçâtre de pourriture avancée, on ne peut plus attirante à la truffe des rats, parfaitement désagréable au nez des voyageurs étrangers, mais qui ne semble aucunement déranger les locaux.

 

Rien de ce genre en Indonésie. Les trains y sont raisonnablement propres – même en classe Eksekutif.

 

Mais revenons en à la classe Bisnis : pas de clim, donc, les dieux en soient remerciés. Des sièges confortables, recouverts d’un velour rapé, et que l’on peut incliner très exactement comme ceux de la classe supérieure. La classe Bisnis, ce sont tous les avantages de l’Eksekutif, sans ses inconvénients : pas de clim’ surgelante ; pas de repas infect, avec une malheureuse tête de poisson plantée au milieu d’un riz pâteux. Bon, pas de bouteille d’eau minérale non plus, c’est exact, mais celle dernière, je peux l’acheter à tout moment, pour une somme modique, auprès des vendeurs qui, à chaque arrêt parcourent les wagons, en offrant des boissons et des repas aux parfums délectables.

 

Quant à a classe Ekonomi, elle doit rappeler la troisième classe d’avant guerre : banquettes de bois serrées juste assez pour laisser s’asseoir de petits Indonésiens, mais pas de grands européens, pas de toilettes dans les wagons, et les trains Ekonomi sont tirés par des motrices plus lentes que les trains Eksekutif / Bisnis.

 

Pour un trajet de deux ou trois heures, le train Ekonomi, ça va. Pour une nuit entière ; il faut savoir ce à quoi on s’engage – surtout pour les filles, rapport aux toilettes : à chaque arrêt, une nuée de filles rieuses descendent au galop les marches du wagon, sautent sur le rebord de la voie, s’enfoncent de quelques pas dans la demi-obscurité, se cachent derrière un buisson encore éclairé des lumières des wagons, chacune son buisson - font leur petit besoin, ou davantage, et remontent, l’affaire faite, dans le wagon, aidées par une mère, une copine ou un autre passager compatissant, tout en continuant à bavarder entre elles, ou avec une absente, par l’intermédiaire d’un téléphone portable.

 

Si toutes les filles du monde vont au petit coin en cortège, et confondent les toilettes avec le dernier salon où l’on cause, ce ne sont pas toutes les occidentales qui sont prêtes à de telles cabrioles, et à un dénudement presque public.

 

surab1surab2Quoiqu’il en soit, le long voyage commencé à Jogja’ en soirée, si vous étiez dans un train de luxe, ou en cours d’après midi, si vous étiez dans un train économique, se termine invariablement dans la délicieuse petite gare de Surabaya, le lendemain matin.

 

Là, sur les quais de marbre, attendent les passagers qui vont ailleurs, et les porteurs qui vous conduiront jusqu’à un taxi, avec vos bagages. Quant à moi, ce sera un vélo taxi jusqu’à mon guesthouse, qui se trouve à moins d’un kilomètre.

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19:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vers Jogjakarta, une fois encore

Tout doux, tout doux, l’avion Air Asia descend jusqu’au moment où nous rasons les toits de bidonvilles, juste avant la piste d’atterrissage. Les bidonvilles de Jakarta sont quand même plus vivables que ceux de Bombay ou de Calcutta, vu ainsi du ciel, à dix mètres d’altitude : chaque cahute est entourée d’un petit jardin dans lequel le pauvre peut faire pousser une partie de sa nourriture. On voit même courir des poules.

 

Je parle bien des gallinacés.

 

Nous nous posons enfin, les flaps s’ouvrent tout grands, les moteurs rugissent à l’envers, l’avion ralentit, ralentit encore, s’arrête, hésite, tourne une fois à gauche, une fois à droite, se dirige finalement vers un avale-passagers devant lequel il se gare. Quelques minutes plus tard, nous quittons le navire glacé, pour nous lancer à travers un tuyau dans lequel l’atmosphère est lourde et pue la cigarette.

 

Après une cinquantaine de mètres, c’est l’aéroport climatisé, dans lequel nous entrons. Ici et là, des kiosques pour les fumeurs, dans lesquels on peut voir des fumeurs. Vu que l’Indonésien moyen respecte la loi avec le plus grand scrupule, on peut voir des fumeurs autour des kiosques aussi.

 

Assez loin autour des kiosques…

 

Le carrousel aux bagages, mon baluchon apparaît entre deux valises. Je l’attrape au vol et me dirige vers la sortie. Deux messieurs en uniforme vérifient ce que j’ai pris. Sortie, me voilà dehors, devant une meute de chauffeurs de taxi, avec le damri dans la distance, pour aller à Jakarta si je le souhaite.

 

Fatigue, fatigue… J’ai, après tout, quitté Jayapura ce matin, à dix heures de là bas, de huit heures d’ici, et me suis levé à six heures du matin papou… Bon, la décision est vite prise : je vais d’abord devant le bureau de vente d’Adam Air, me prends un billet pour Jogja’.

 

Demain, il y a trois vols ; je m’inscris pour le premier. Ca me coûtera moins de dix dollars… Sept heures du matin, et je me souviens que le premier damri de Jalan Jalksa part à cinq heures. Je suis parti pour me lever tôt, mais je me coucherai tôt aussi. Une fois mon billet pris, je file dans le damri de l’aéroport. Veine : il démarre aussitôt que je suis dedans, et s’enfonce dans un trafic fluide.

 

Le trafic fluide à l’indonésienne reste quand même assez anarchique, mais ça roule, tant qu’il ne pleut pas. Il ne pleut pas. Moins d’une heure plus tard, je suis à la gare de Gambir, et suis assaillis par les conducteurs de bajaj, le tuk tuk local : bah, la fatigue, et l’euphorie d’avoir échappé aux cerbères de la frontière : j’en prends un en discutant à peine son offre prohibitive de deux dollars pour la course. Quelques minutes plus tard, je suis devant mon gueshouse habituel. Une chambre m’y attend. Je m’y installe, m’y déshabille, en sors, prends une longue douche – froide – en sors pour aller me replonger dans mon lit.

 

Mon réveil est mis, à tout hasard, sur quatre heures du matin, mais j’espère bien me réveiller en fin d’aprème, afin d’aller dîner dans la rue à côté, le Satay Boulevard… et c’est bien ce qui m’arrive. Il n’est pas sept heures du soir que j’ouvre un œil, puis le deuxième. Je me renippe afin d’aller dîner.

 

Sur Satay Boulevard, on s’installe sur un banc, à n’importe quelle échoppe de rue, afin de dévorer des satays, accompagnés d’une délectable sauce aux cacahuètes et de riz. Puis, en rentrant, on se prend une bière dans l’un des bars de nuit de Jalan Jaksa et, si on est pressé d’aller dormir, on file ensuite au lit.

 

Vu que je dois me réveiller à quatre heures du matin, c’est mon cas, et je me contente, une fois mes satays engouffrés, d’une Bintang glacée. La main gauche pour chasser les mouches et les moustiques, la main droite pour chasser les filles qui viennent m’offrir de l’affection.

 

Pour boire ma bière, c’est moins facile, mais j’y parviens.

 

Bientôt, le lit, endormissement immédiat, ding dong avant les coqs et alors qu’un muezzin commence à hurler ses convictions musulmanes.

 

Emballé dans un drap de bain, je vais jusqu’à la douche.

 

Douche, froide. Rasage, brossage de dents.

 

Je sors du guesthouse, vaguement endormi encore, et tombe sur le premier bar de jour et de nuit de Jalan Jaksa, dans lequel je peux me trouver un petit déjeuner, que j’expédie en dix minutes, entouré des dernières putes et des derniers fêtards. Ca boit encore de la bière, ça s’engueule. Une fille pleure et un mec boude. Je paie, retourne à mon gueshouse, prends ma valisette déjà refermée, afin de retourner sur Jalan Jaksa, de tourner sur ma droite, et d’aller jusqu’à Gambir.

 

J’ai dix, quinze minutes avant le départ de mon bus. Pas de bajaj à l’horizon. Je marche donc, pour arriver bien à temps à la gare, où le bus m’attend : démarrage, peu de temps après, dans un bus plein de gens et de moustiques. Mon voisin a l’œil vif et la main leste. Rien ne passe, ce qui m’arrange pas mal.

 

Nous nous arrêtons ici et là, au gré de la fantaisie du conducteur, et d’arrêts bien déterminés, au cours desquels des vendeurs de trucs et de machins parcourent vite vite notre bus, avec l’espoir de nous refiler un journal, de l’eau, un truc à manger…

 

Au bout de quarante minutes, nous nous arrêtons au terminus, qui est aussi le terminal domestique de l’aéroport. Ca tombe bien, je suis à deux pas de l’entrée du check in spécialement réservé à Adam Air. Je descends donc, tout en regardant à ma droite et à ma gauche, afin d’éviter les moustiques du bus.

 

Adam

 

Course à travers l’aéroport, du check in à la sécurité, puis au service de paiement de la taxe d’aéroport, puis à la porte où l’on appelle les retardataires, dont je fais déjà partie… Je descends la rampe, pour courir jusqu’à l’avion dont les réacteurs commencent déjà à ronronner. Chers passagers... consignes de sécurité... ceinture... Allah akhbar... dix minutes d'attente.

 

Dix minutes plus tard, une petite secousse nous fait savoir que nous quittons le sol, destination : Jogja’.

Jogja airport

 

 

 

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/06/2008

De la Papouasie à la Malaisie, et retour en Indonésie

Quatre jours plus tard, je suis à Jogjakarta, sur l’île de Java, après avoir fait un rapide aller-retour, entre l’Indonésie et la Malaisie, de Jayapura à Kuala Lumpur, puis de Kuala Lumpur à Jakarta.

 

Jogja’, comme on l’appelle ici, est une plaisante petite bourgade, qui peut se targuer d’avoir un joli petit volcan en activité dans sa banlieue – il s’appelle le Mérapi - et deux temples merveilleux dans le voisinage. Jogja’, j’y passe, à l’occasion, pour aller revoir Borobudur, qui reste une étape délicieuse et dont les paisibles et souriantes quatre cents représentations du Bouddha, sont une recette à la relaxation, bien nécessaire quand on quitte le site et qu’on est assailli par les vendeurs de colifichets.

 

A Jayapura, quatre jours plus tôt, je suis arrivé à l’aéroport, avec Mademoiselle la Norvégienne, afin de voir ce qui pouvait se trouver comme billet, à un prix honnête, pour sortir du pays. La meilleure possibilité s’est révélée être un Lion Air qui quitterait la ville en fin de matinée, le jour suivant, pour me conduire à Jakarta pour un prix à peu près honnête – achetant un billet dans l’urgence, j’avais évidemment raté les meilleures offres.

 

De Jakarta, je devais quitter l’Indonésie dans l’urgence, sur mon dernier jour de visa : une rapide visite sur le site de Air Asia m’avait permis de trouver un billet aller – retour pour la Malaisie, pour un prix tout à fait honnête. J’arriverais à Kuala Lumpur en fin de matinée, pour reprendre l’avion deux heures plus tard, afin de revenir à Jakarta…

 

pap4L’arrivée à l’aéroport de Jayapura est amusante. De mon hôtel, je suis parti à pied, pour faire deux cents mètres, tout au plus, afin d’arriver devant le bâtiment du terminal des vols nationaux et … mais tous les vols sont nationaux, à partir de Jayapura : on peut tout simplement faire une différence entre les vols qui se font sur l’île, côté ouest, et les autres, qui vous font quitter la Papouasie pour Java, pour les Moluques, ou pour les Célèbes... Ah, bien entendu, il y a, une fois par semaine, un vol international, entre la Papouasie et la PNG ; mais appeler cela un vol international ? Hm, difficile…

 

Les vols internationaux réguliers, c’étaient, dans le temps, un vol de la Airlines PNG, dans lequel il n’y avait jamais de place, et un vol de la Merapi. Il semblerait que, pour le moment, les vols internationaux soient suspendus, car si on m’a d’abord dit qu’il y avait un vol hebdomadaire, personne n’est fichu de me dire quel jour de la semaine.

 

pap1papo6Or donc, en deux cents mètres, on arrive de mon taudis jusqu’à l’aéroport. A droite, l’aéroport local, avec des avions qui vont du biplace jusqu’à des monstres dans lesquels ont peut mettre une dizaine de passagers, tout au plus. Ce qu’on appelle des compagnies régionales. Parmi ces dernières, des compagnies qui ne sont représentées que par de petits Piper Cubs datant d’Hérode, et qui sont les avions privés de telle ou telle secte protestante, avec lesquels les missionnaires apportent à leur mission, et à leurs ouailles, des opuscules religieux, des capotes anglaises, des sacs de riz et des cd piratés.

 

merpatiDevant les bâtiments de ce qu’on appellera pompeusement le terminal, il y a les gros porteurs qui vous conduisent à Ambon, Makassar ou Jakarta. Derrière – au bout de la route en boucle par laquelle vous arrivez au terminal – il y a quelques bureaux de vente des différentes compagnies aériennes qui desservent Jayapura : Merpati, Garuda, Lion et Batavia – chacune son jour.

 

Pour aujourd’hui, c’est trop tard. Le vol de Batavia est parti vers les six heures du matin. Pour demain, j’ai la chance car c’est le jour faste des trois vols gros porteurs vers Jakarta : il y a de la place. Mon affaire est vite arrangée, puis je vais à l’internet, pour trouver mon billet de sortie, pour Kuala Lumpur et retour. Enfin, je fais mes adieux à la Papouasie.

 

Bien sûr, bien sûr, ainsi qu’on nous le rappelle chaque jour, il ne faut jamais dire jamais… mais je ne crois pas que je reviendrai ici : le spectacle de la misère et d’un morose désespoir n’est pas fait pour attirer, quand on a la certitude qu’on ne peut rien faire pour changer la situation. Or, ici, que voit-on, sinon des ogres militaires qui bouffent tout, devant un peuple résigné, qui s’enfonce dans un alcoolisme grâce auquel il peut oublier le génocide qu’il subit.

 

papdep2merpati4Le lendemain, retour au minuscule aéroport de Sentani. Huit avions partent coup sur coup, histoire de faire croire au touriste innocent que nous sommes à Heathrow… Comme les autres vols sont destinés à embarquer de quatre à dix passagers, l’innocente ruse des autorités fait long feu. On passe le check in, puis la sécurité, puis on paie sa taxe de transport, et on arrive dans la salle d’attente hexagonale, où l’on doit attendre l’annonce des départs. C’est alors qu’on apprend aussi à quelle porte on devra se rassembler.

 

 

merpati3En attendant, on peut aller acheter un journal au kiosque à journaux, qui fait aussi office de bar-tabac et de vendeur de chocolat. C’est la cohue.

 

 

 

 

 

 

papdeppapdep4Bientôt, c’est mon vol qui est annoncé, et presque tous les passagers se lèvent, pour aller jusqu’à la porte désignée. Hop là, dans l’avion Lion Air, garé entre deux ruines utilisées par les dieux savent quels trafiquants d’or, de diamants, d’armes ou de cobalt. Bonjour Mesdames et Messieurs ; veuillez prêter attention aux consignes de sécurité ; Allah Akbar ; vroum, enfin, on quitte la place de parking, pendant que les hôtesses font une dernière fois le tour de l’avion, afin de voir si nous avons tous bouclé notre ceinture de sécurité. En bout de piste, devant nous un petit bimoteur, puis c’est nous. Les réacteurs s’emballent, on démarre, on roule de plus en plus vite, on décolle, on rase les collines merpati2noyées de pluies, qui entourent Sentani, puis on s’élève lentement sur un spectacle de forêts vides, bientôt obscurcies par d’autres nuées. Au bout d’une heure, les nuages s’effilochent. Dix kilomètres plus bas, on voit Fakfak, puis on quitte l’île pour voler par-dessus les Moluques, puis c’est Ambon, tout en bas ; puis l’avion commence à descendre, et c’est bientôt Makassar.

 

L’aéroport de Makassar est une véritable fourmilière, comparé à celui de Jayapura. Nous descendons de notre avion pour traînailler dans la salle de transit, pour être rappelés quinze minutes plus tard, afin de monter dans un autre avion, plus gros, de Lion Air. Notre petit Boeing s’envolera bientôt vers Ambon. A côté de moi, une jeune femme qui m’observe et me demande si je n’étais pas dans le bateau vers la Papouasie, il y a plus ou moins un mois…

 

Arrivée à Jakarta, deux heures plus tard. Je salue bien bas ma voisine qui reste ici, et file à travers l’immense aéroport, vers la sortie ; de la sortie vers le check in d’Air Asia ; du check in vers la sécurité ; de la sécurité au paiement de la taxe d’aéroport ; du service de paiement de la taxe d’aéroport au contrôle des frontières où une préposée, déçue, remarque que je suis encore, mais tout juste, tout juste, dans les temps : pas d’amende juteuse à me faire payer… Elle me lâche donc et je file hors de ses griffes – fort jolies par ailleurs, ma foi – pour arriver hors d’haleine devant la queue des passagers de mon avion, qui sont en train d’embarquer. Ouf.

 

Vol sans histoire, pendant lequel je dors. Arrivée à Kuala Lumpur. Je prends la sortie, passe la douane, le contrôle des frontières, passe à l’entrée, fais la queue au check in, passe le contrôle des frontières, où le douanier regarde d’un œil surpris, puis suspicieux, mon passeport, puis comprend soudain : visa run… Trois heures et demie plus tard, mon avion commence à descendre vers Java. Sur ma gauche, Jakarta ; sur la droite, une mer polluée au possible. Je m’en fiche : ce soir, j’aurais quitté Jakarta pour Jogja’.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |