25/06/2008

Arrivée à Lombok

Le passage sur le bac prend un certain temps. Nous avons eu la chance d’avoir, sur les dizaines de bateaux qui font l’aller retour, de Bali à Lombok et de Lombok à Bali, l’un des plus grands et des plus modernes navires qui soient. Le trajet dure trois heures, sur une mer d’huile.

 

Ces derniers temps, j’ai de la chance, quand on parle de traversée.

 

Mais bon, sous le soleil de plomb, on finit par s’ennuyer. Certains des voyageurs ont trouvé un siège dans la salle fermée, climatisée, pendant que les autres restent tranquilles sur le pont, à regarder les indonésiens qui passent.

 

 al5

al1Mes co-voyageurs sont allé se rafraîchir dans l’espèce de salon climatisé, dans lequel on peut trouver de quoi boire. Il y a, en tant qu’étrangers, une Hollandaise avec une chevelure de couleur suspecte, et moi.

 

En tant que Balinais, il y a aussi un groupe de sectateurs d’une obscure religion hindouiste, d’une secte balinaise, qui bientôt nous quittent - enfin, quittent la plage centrale du pont supérieur - pour se diriger vers le côté du navire.

 

al2Quand on voit des hindouistes qui partent en groupe, hommes et femmes mêlés, pour vaquer à leurs affaires, c’est usuellement pour aller faire une petite cérémonie religieuse qui peut valoir le coup d’œil. De plus, ils partent avec une cage, dans laquelle un oiseau piaille son indignation d’avoir été emprisonné ainsi depuis le début du voyage.

 

Ma Hollandaise me regarde d’un air interrogateur, et je lui fais un signe universellement compris : un doigt passant d’un côté à l’autre de la gorge. Les filles étant cruelles par nature, celle-ci me retourne un immense sourire, me fait le même signe de retour, et se lève afin de courir après les sacrificateurs. J’imagine qu’il vaut mieux qu’elle passe sa bouderie en regardant un zoziau se faire tuer pour plaire aux divinités de la mer, qu’en recevant son petit ami, pour l’instant en train de picoler au salon.

 

Et effectivement, je vois dans la distance, sur le côté de notre bateau, le groupe s’installer, leur gourou au milieu du demi cercle des fidèles qui fait face à la mer. Les prières commencent, avec un petit coup de gong pour rythmer tout cela, et avec la demoiselle Hollandaise aux cheveux auburn, qui a sorti son appareil photo et qui, discrètement, rôde autour du groupe, dans l’espoir d’assister au sacrifice du volatile.

 

Bah, ne boudons pas notre plaisir, j’approche aussi, pour voir la scène.

 

Quelques psalmodies plus tard, une première platée de fleurs, de riz et un œuf s’envolent du pont, pour tomber dans l’eau. C’est le hors d’œuvre des idoles et, accessoirement, des poissons.

 

Parlant de ces derniers, dans la distance, on peut justement voir des poissons volants qui rasent les vaguelettes, sur des dizaines de mètres.

 

al3Pendant ce temps là, sur le pont, pendant que tout le monde marmonne une vague prière, le prêtre prend l’oiseau, dont les pépiements se pressent, vu qu’il doit bien se dire que ce qui se passe depuis ce matin n’est pas tout à fait normal et ne présage rien de bon pour l’avenir.

 

Deux secondes plus tard, son avenir est derrière lui, vu qu’il est, le cou brusquement cassé, en train de suivre l’offrande envoyée une minute plus tôt dans les flots bleus. Tout le monde se lève, y compris la hollandaise déçue, qui a raté l’assassinat, vu que ça s’est passé trop vite. Nous voilà retournant sur le deck, sous le soleil qui écrase le pont.

 

La Hollandaise disparaît au salon où elle rejoint son jeune camarade. Ce dernier est assez bien entamé, vu qu’il faisait soif, à son opinion, et que la Bintang indonésienne est fort bonne. Elle est, de plus, nettement moins chère que n’importe quelle bibine européenne. Sans aller jusqu’à dire qu’il y a un aspect pousse-au-crime, dans la différence de prix entre Indonésie et Europe, il est certain que les fumeurs et les buveurs venus d’Occident sont ici au paradis.

 

al8al4Enfin, au bout d’une heure encore, la côte qui apparaît dans la distance est la bonne. Nous approchons, peu à peu, jusqu’au moment où nous pouvons entrer dans le petit port et nous amarrer. On se croirait à Pearl Harbour, juste après le passage de l’aviation japonaise.

 

Quelques manœuvres, l’avant du bateau s’abaisse, les camions sortent, puis les voitures, puis nous. Les affréteurs du bateau pour Komodo se sont réunis ; un bonhomme nous attend à la sortie du bac.

 

C’est nous ?

 

Oui, c’est nous.

 

Nous montons, à sa suite, dans un minibus qui nous conduira à Mataram, charmante bourgade dont les grandes avenues sont noyées sous les manguiers centenaires, puis à Sengigi, le Kuta à la balinaise local, où nous pouvons trouver tous les hôtels du monde.

 

A Mataram, ce ne serait pas mal si l’administration municipale essayait de réparer les trottoirs, littéralement démolis par les racines des manguiers. Il n’y a, en réalité, le long des avenues ornées de manguiers, plus de trottoirs, ni d’égouts. Le manguier nourrit son homme, mais c’est la plaie de l’administration communale incompétente car, en dix ans, par sa simple pousse, il prouve de la manière la plus évidente que rien n’est fait pour garder la voierie en état.

 

Enfin, cela n’empêche probablement pas l’équipe des édiles municipaux d’être reconduite, élection après élection, avec un savant mélange de copinage, de fraudes et de paresse de l’électeur.

 

A Mataram, nous avons récupéré deux Suédoises qu’on décrirait plutôt comme des percheronnes que comme des actrices dans des films olé olé, une énorme Hollandaise souriante, et un Anglais qui, comme tout anglais, est braillard, chauve et ventripotent : voici notre équipe complète. Le minibus redémarre pour Sengigi, où nous dormirons ce soir. J’ai le souvenir d’un hôtel correct et pas cher, qui se trouve à deux pas de l’arrêt de bus central du village : on verra bien si rien n’a changé. En attendant, nous roulons par monts et par vaux, avec la mer à notre gauche, et la montagne à notre droite.

 

Parfois, une déchirure dans la montagne, et nous avons un bout de rivière avec, des deux côtés, une cascade de maisons accrochées comme elles le peuvent à un terrain dont la déclivité défie toute construction.

 

al6Bientôt, nous arrivons à Sengigi. Sengigi, c’est une rue, bordée de bars et de restaurants, du côté de la plage ; d’hôtels, de l’autre côté. Il y a aussi quelques karaokés, deux mosquées, un temple hindou, des changeurs, un certain nombre d’officines de massages et quelques cybercafés.

 

L’hôtel dont je me souvenais est toujours là, à deux pas de l’arrêt de notre minibus. Le propriétaire est justement là, à nous attendre, probablement prévenu par notre conducteur, et nous propose des chambres pour un prix qu’il est difficile de refuser.

 

al7Tope la mon brave : nous emménageons donc, les Suédoises ensemble, les Américains aussi, les autres, chacun dans son coin. Puis, une douche, une promenade vers le centre de la bourgade ou sur la plage, dépendant des intérêts. Les vendeurs de colifichets vous courent après et vous sautent dessus comme la misère sur le pauvre monde. Il y a des t-shirts, bien entendu, de marque, bien entendu… Il y a aussi – c’est la spécialité de l’Océanie – des vendeurs de perles, en colliers de toutes sortes, en pièces uniques, en boucles d’oreilles, en bracelets. Ca va du genre le plus lourdement vulgaire, avec triple collier orné de pierres brillantes, à des créations parfois charmantes, mais invariablement fragiles.

 

Les malheureux vendeurs, qui semblent n’avoir pas vu d’acheteurs depuis des siècles, vous jettent colliers et bracelets à la figure, pour des prix qui vous semblent ridicules. Certains se laissent tenter, mais les filles discutent les prix âprement, amenant des cris et des expressions désespérées auprès de nos vendeurs qui, finalement, parce qu’ils nous grugent, ou parce qu’ils sont dans le besoin le plus profond, acceptent de se séparer de leurs joyaux pour des clopinettes.

 

Tiens, à propos, Vicky, je te signale que j’ai un truc pour toi… J

 

La soirée se passe dans l’un des restaurants du village, avec orchestre. Nous parlons à des gens revenus tout juste d’un séjour aux Gilli : apparemment, la faune sous-marine y est extraordinaire. Un verre, un autre, nous voilà bientôt, repas achevé, à aller chacun vaquer à nos occupations. Les deux Suédoises, levées par l’Anglais, décident d’aller avec lui dans ce qui fait office de boite de nuit, pendant que les autres vont, qui dormir, qui boire un dernier verre dans un autre bistrot.

 

Pour moi, c’est dormir, vu que la journée a été longue. Sur la route vers l’hôtel, je suis accosté par d’accortes demoiselles qui m’assurent qu’elles sont instantanément tombées amoureuses de moi et qu’elles seraient très heureuses de poursuivre la conversation, en tête à tête, dans une chambre, pour deux francs trois sous.

 

La civilisation est arrivée jusqu’ici.

 

Ca la fout mal, avec le couple américain qui m’accompagne…

20:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

apparemment, la séance d'offrande a eu du bon, puisque et la traversée et l'hôtel furent à la hauteur
quant aux personnes qui t'accompagnent, on ne choisit pas toujours ses compagnons de route...
comme tu dis, la civilisation arrive même dans les trous perdus
bonne route
le cheveux oranges c'est peut-être parce qu'elle est supportrice de l'équipe hollandaise, de oranje...

Écrit par : philippe | 26/06/2008

Les commentaires sont fermés.