19/06/2008

Kuta et ses échoppes

Ma chambre, c’est une maisonnette partagée en deux – une semi detached house, diraient les rossebiffes ; un chalet, disent les locaux, un bungalow, pour nous – avec une salle de douche dont la douche fonctionne particulièrement bien en fin d’après midi, quand la tuyauterie a été chauffée au soleil la journée entière.

 

Bali1Mes voisins, ce sont deux australiens, venus perfectionner leur surf : il y a monsieur, qui doit être un champion en la matière déjà, mais qui s’entraîne, et sa jeune fiancée, qui ne sait pas trop comment tenir sur une planche, mais qui essaie. Elle est souriante et rondelette. En sa défaveur, elle a un tatouage au bas du dos. En sa faveur, elle boit chaque soir une Bintang, sur la terrasse de sa chambre, tout en bavardant avec moi, pendant que son jeune camarade prépare le matériel pour le lendemain matin, avant de venir prendre sa bière vespérale avec nous, qui en entamons alors une deuxième.

 

Devant notre bungalow, il y a le chalet d’un vieil Allemand qui, apparemment, vient chaque année passer deux mois à Bali, avec l’intention d’épuiser tout ce que l’île compte de prostitution mâle. Et, effectivement, quand on le voit marcher, il est clair qu’il fait partie de la secte de la jaquette flottante – comme le disait le regretté Frédéric Dard.

 

Je n’aime pas trop le regard gourmand qu’il me porte, quand nous nous croisons.

 

Je sais le détail de ses chasses grâce à son voisin : ce voisin, c’est un vieux Suisse qui le surveille depuis quelques années. Il vient ici, chaque fois qu’il a des vacances, avec sa compagne balinaise, épousée il y a dix ans, contre l’avis de la famille. Quand ils viennent à Bali, vu que Madame éprouve le besoin régulier de revenir à la mère patrie, c’est en toute discrétion, afin que la tribu de la jeune épousée, maintenant vieillissante, ne sache où envoyer deux Yougoslaves aux chaussures bicolores, à la cravate à ramages, et à la Kalachnikov guillerette.

 

Quand ils ne surveillent pas l’entrée de l’hôtel d’un œil attentif, rapport aux Yougoslaves, mes deux tourtereaux helvétiques observent, effarés, séjour après séjour, le passage de jeunes messieurs aux yeux maquillés qui arrivent le soir, en compagnie du Teuton pervers, et qui repartent seuls le lendemain matin, le rimmel coulé, l’air satisfait et la poche remplie, pour ne jamais revenir.

 

Selon Daniel, Monsieur le Suisse, le vieux prédateur Allemand doit avoir eu un contact intime avec, au bas mot, deux mille jeunots de la région… Madame confirme, indignée, avec un accent du Valais qui fait sourire. Daniel et son épouse surveillent ainsi les déplacements du consommateur de chair fraîche, la main sur le portable, prêts à téléphoner aux flics, à la moindre suspicion de jeunesse trop jeune qui entrerait dans le bungalow germanique.

 

De vrais Suisses, quoi.

 

A dire vrai, il serait difficile de leur donner entièrement tort.

 

Bali7A ma droite, il y a trois demoiselles indonésiennes et leur frère, qui viennent de Surabaya, ayant abandonné l’échoppe familiale pour passer une semaine de vacances en fratrie. C’est, du moins, ainsi que les demoiselles se présentent, vu qu’elles parlent un peu l’anglais.

 

Selon Daniel, qui croit devoir me protéger contre tous les dangers de l’Indonésie, en général, et de Bali, en particulier, ce sont des demoiselles de mauvaise vie, qui souhaitent embarquer des étrangers innocents, en général, et les messieurs seuls, en particulier dans des relations pour le moins louches.

 

Je n’en crois pas le premier mot, mais ne le lui dis pas : après tout, ses intentions sont louables. Quant à mes voisins de droite, ils m’ont l’air on ne peut plus braves. Quand nous allons sur la plage, les trois soeurs courent les tourist babies, qu’elles trouvent on ne peut plus mignons, et le frère fume une kretek, un peu en retrait, les regardant faire.

 

Un peu plus loin, dispersés sur deux chambres, il y a deux étudiants de Jakarta, leurs deux sœurs et une amie, qui sont venus passer une semaine à Bali eux aussi. Le matin, levé avant six heures, je cours sur la plage une dizaine de kilomètres, aller retour, avec mes quatre touristes prétendument suspects – enfin, avec deux des trois sœurs non fumeuses, laissant les deux autres loin derrière - mais avec mes étudiants de Jakarta, j’admets que j’ai quelque chose à partager.

 

Chaque matin, une fois le jogging terminé, chacun retourne dans sa chambre, et file sous sa douche à lui. Douche prise, je sors de chez moi et arrive sur la terrasse où les petits déjeuners sont servis : les étudiants sont là. Très vite, nous avons engagé la conversation, de table à table.

 

Le deuxième petit déjeuner que nous partageons, nous nous installons ensemble et, à la fin du repas, décidons d’affréter, à nous six, un minibus pour faire un tour de Bali.

 

Sitôt décidé, sitôt fait. On appelle le propriétaire de notre guesthouse, qui a un copain qui fait juste ce genre de chose. Le copain arrive dans les secondes qui suivent ; un trajet est proposé, approuvé. Ce sera pour demain.

 

Bali2Bali4Aujourd’hui, promenade à Kuta, qui n’a pas grand-chose à offrir pour le promeneur que je suis : des magasins en pagaille, la vente d’objets touristiques d’un goût très sûr, qui vous rappellera Benidorm ou Torremolinos, celle de disques piratés, de fausses montres, de flip flops de marque, de sarongs et de substances illicites qui vous sont proposées mezzo voce, dans la rue.

 

Bib1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

bali6On vous propose aussi la malbouffe de chez McDonald’s, bien entendu, avec, pour vous attirer, un Ronald McDonald’s qui fait du surf.

 

Ah et, bien entendu aussi, on vous offre des filles ou des garçons, ou encore des lunettes de soleil, des chemisettes de marque aux origines douteuses, des t-shirts à la gloire de Bali et de diverses marques sportives, quelques diseurs de bonne aventure et des salons de soins esthétiques, des planches de surf, des couvertures de planche de surf, des officines de tatouage.

 

Finalement, je cède quand même à la fièvre consumériste, et m’offre une montre Bulgari pour cinq dollars, après d’âpres négociations qui me font toujours rire. Je trouverai la même, plus tard, au Tax Free de l’aéroport de Dubai, pour plus de trois mille dollars. Il n’y a pas à dire, ma mienne à moi, offerte depuis à un gosse en Birmanie, c’est une bonne affaire. Je me demande combien de temps elle tiendra.

12:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

je me répète sans doute, mai j'aime tes récits style carnets de voyage, tu décris les gens de rencontre avec tant de justes mots qu'on a l'impression de les connaître aussi
la rigueur suisse c'est bien, même si des fois ;-)
c'est marrant que tu me parles de surfeur, car l'Irlande est pour eux égalment un coin où les rouleux sont extraordinaires, pourquoi c'est la seuel comparaison entre ses 2 pays :-)))
bonne continuation a+

Écrit par : philippe | 23/06/2008

Cela est bien écrit ,mais cela fait dormir .
Il faudrait faire un film ,je regarderais un épisode chaque soir
Bises
A bientôt

Birgit

Écrit par : Marlaud birgit | 17/09/2009

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