17/06/2008

Comme quoi, les volcans, ça peut être dangereux

Il y a, tout à fait à l’Est de Java, un autre volcan, le Kawa Ijen, que l’on peut aussi aller voir. J’y ai grimpé il y a quelques années. Là, vu qu’il est un peu plus calme que le Bromo, on peut littéralement descendre au plus profond de son cratère – enfin, jusqu’au bord d’un lac aux eaux turquoises, dont la surface est crevée, de temps à autre, par des bulles de gaz.

 

Alors qu’on y descend, au fond de ce cratère, on croise des malheureux porteurs de soufre, avec, sur le dos, des charges d’une belle couleur d’un jaune maladif, qui font trois fois leur volume.

 

Le volume des porteurs, je veux dire.

 

Ces charges volumineuses ne pèsent, m’a-t-on dit, qu’une cinquantaine de kilos. Rien, comparé à ce qu’on demanderait à un baudet. Mais un baudet accepterait-il d’aller jusqu’au fond du cratère grondant, puant les vapeurs sulfureuses ?

 

Baudet, pas fou. Homme, si.

 

Bro4Devoir monter et redescendre cette charge, du bas du cratère au pied du volcan, la journée durant, dans des vapeurs délétères, ce n’est pas tout à fait idéal pour la santé. Les portefaix, quand ils vous croisent, vous proposent la photo, et se font payer en cigarettes – en kreteks, préférablement. Sans doute pour offrir à leurs poumons un petit peu de la douceur de notre civilisation, après ce passage dans la brutalité naturelle.

 

Vous marchez sur un sol inégal, caillouteux, râpé de son soufre qu’il faut aller chercher de plus en plus bas. Un foulard ou un sarong vous couvre la bouche et le nez, en pure perte, bien entendu, si vous recevez soudain une bouffée de fumée de soufre. Là, il faut se coucher au sol quelques instants ; attendre que le nuage passe. Jamais il ne touche le sol, voyez-vous…

 

Puis, on se redresse et on continue à descendre, là où il fait de plus en plus sombre, de plus en plus puant, où l’on trouve de plus en plus de blocs de soufre, ou bien, on se dit qu’on en a assez vu, que rien ne vaut la santé, et on remonte.

 

Le Bromo sera probablement tel que le Kawa Ijen, le jour où les secousses telluriques auront diminué, le jour où le volcan ne crachera plus une telle quantité de fumée, le jour où il sera possible aux malheureux indonésiens d’aller y chercher les blocs soufre qui doivent abonder dans ses profondeurs.

 

En attendant, perchés au bord du cratère, selon le gré du vent, on reçoit un coup de vapeurs de soufre qui vous feraient vous évanouir si vous ne reteniez votre respiration.

 

Appuyé à la rambarde qui domine le cratère, j’ai vu venir le coup et ai retenu la mienne. Ma jolie voisine, non. Les yeux mi-fermés, je l’entends suffoquer, puis la vois tomber dans les pommes. Je parviens à la retenir, amortissant la chute. Une fois le nuage de vapeur passé, je me penche, la laisse revenir à elle, puis l’aide à redescendre l’escalier, accroché à la pente tremblante du volcan. Son pas n’est pas trop assuré. Arrivés au pied du volcan, je lui suggère de prendre un cheval, pour se faire reconduire à son guesthouse. L’idée lui semble tout à fait acceptable. Le premier cavalier qui nous aborde est le bon. On fixe le prix, Mademoiselle, poussée et tirée, est mise sur l’animal, me remercie d’une voix mourante, avec un gentil sourire, et part, effondrée sur un cheval gris conduit par son vieux propriétaire.

 

Encore une qui se souviendra de sa promenade : ce genre d’incident doit arriver tous les jours.

 

Quant à moi, je marche à travers la plaine lunaire, pour retourner jusqu’à l’endroit où mon guide m’attend. La poussière vole et colle jusque dans les cheveux. Il fait chaud, maintenant. Il doit être pas loin de neuf heures ; le soleil tape et la réverbération, sur la plaine blanchâtre, est puissante. Les gouttelettes de transpiration creusent des lignes noirâtres sur mon visage gris, puis, quand je passe la manche de ma chemisette sur ce plâtras collant, ça donne un maquillage particulièrement original.

 

Au bout d’une demie heure, j’arrive au pied du cratère : il me reste à remonter jusqu’au rebord : une bonne centaine de mètres de dénivellation à pratiquer sur des sentiers poudreux, où un alpenstock se révèlerait utile. Hm, j’en rajoute un peu, quand même… Mais ce n’est cependant qu’une vingtaine de minutes plus tard que j’arrive au sommet de la crête, en nage et transformé en nègre.

 

Mon guide m’attend sans impatience particulière, vu qu’il dort, étendu dans l’herbe grise.

 

Suivant l’usage, je fais un peu de bruit, alors que je m’approche de la moto et de son conducteur. Il ouvre un œil, l’autre, me sourit en se redressant, me demande si tout s’est bien passé.

 

Oui, merci. Très beau.

 

On y va alors ?

 

On y va.

 

Monsieur le guide remet la moto dans le bon sens, se plante son casque sur la tête, me tend le mien. Nous redémarrons, à petite vitesse, jusqu’au moment où nous rejoindrons la route bétonnée par laquelle nous pourrons redescendre jusqu’au bas des montagnes volcaniques.

 

Bye bye, Bromo.

 

Il fait tiède, maintenant, et je redescend, assis derrière mon cicérone, la veste ouverte, dans la lumière glorieuse du matin, à regarder curieusement autour de moi, les riches villages disséminés sur les pentes de la montagne et que nous traversons parfois.

 

bro1Bro3Je rêve d’une bonne douche, d’un récurage en profondeur. J’ai déjà réservé mon train, ce soir, pour Bali. Nous arriverons à Probolingo alors qu’il ne sera pas encore onze heures : j’aurai encore tout le temps de me promener à nouveau,  à travers la bourgade, avant de devoir aller à la gare.

 

Sur la rue, tous les cinq mètres, que vous soyez au marché ou que vous vous intéressiez à une échoppe, on vous hèle d’un joyeux Hello MisterRr ! et vous faites le bonheur de tous, en retournant les salutations, avec le sourire.

Bro2

17:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Merci pour ton passage sur mon blog! Berlin... Quelle énergie. en lisant ton article, je me dis que l'Asie me tente pas mal aussi. Le tout est de trouver le financement mais un projet de tour du monde me hante. J'espère pouvoir le concrétiser un jour!

Écrit par : Caroline | 17/06/2008

si c'est si dangereux, pourquoi les "touristes" veulent absolument y aller?! les autochtones en ont besoin pour survivres mais les autres...
bon samariatain, je te souhaite une bonne suite dans ton entreprise a+

Écrit par : philippe | 18/06/2008

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