16/06/2008

Dans le ventre du volcan (ou presque)

Bro4Nous partons, presque droit, à travers la plaine lunaire. La poussière vole à hauteur des cuisses, au moindre souffle. Le cheval cligne les yeux et mon guide tire son cheval qui renâcle. Comme ça va ; encore un soubresaut, et je tomberai. Après quelques cris particulièrement suggestifs, poussés par son patron en baha indonsiade, il se calme un peu.

 

Au bout de quelques centaines de mètres, nous longeons un petit temple indien, à moitié enfoui sous les cendres, puis continuons vers le nouveau cratère central, qui crache des vapeurs parfois irrespirables. Pour l’instant, les fumées sortant du volcan s’élèvent en une colonne qui s’incline sur la droite, loin de nous. Tant mieux : la puanteur sulfureuse reste, mais pas au point de nous faire tousser.

 

Sauf que le cheval semble la trouver saumâtre et avance beaucoup plus nerveusement, alors que les grondements du volcan se font plus forts. Le guide se tourne vers moi et m’assure, avec un grand sourire plein de dents noires et jaunes, que le volcan est particulièrement bruyant, depuis quelques jours.

 

Ah, c’est bien, c’est juste ce que je voulais. J’avais toujours rêvé de finir comme Pline l’ancien…

 

Encore deux cents mètres, et nous entrons dans un dédale de dunes, faites de cendres durcies, pour enfin arriver au pied de la bouche de feu.

 

Au pied du Bromo – enfin, du Bromo intérieur et actif - il y a là un escalier bâti à la va-vite, qui permet d’arriver jusqu’au rebord de la gueule du volcan.

 

Je le prends.

 

bro1Bro2Les marches sont raides, et il y a une main courante. Cette main courante a une bonne raison d’être - aujourd’hui, en tout cas : tout tremble. Les secousses sont parfois légères, parfois brutales.

 

Ca me rappelle les petits tremblements de terre qu’on a, presque quotidiennement, à Sumatra. Quand c’est pendant la nuit, je ne me réveille même pas, et découvre, le matin suivant, que mon lit, la commode et la table de chevet ont bougé. Le jour où ce sera un tremblement de terre particulièrement féroce, j’arriverai devant la porte de chez Saint Pierre, en disant que je n’ai rien remarqué…

 

Ici, parfois ça tremble fort, parfois pas. Pour le moment, c’est suffisamment léger pour que j’y aille. Mais qu’il est difficile de lever la jambe, quand on est passé deux mille mètres, et qu’on marche, depuis cinq heures du matin… On respire… du vide. Du moins, on a l’impression que les poumons, que l’on remplit comme on peut, n’ont droit à rien. Tous mes souvenirs du Transvaal – quoique moi, je m’y étais habitué.

 

Je respire profondément, je marche lentement.

 

Avec un arrêt au milieu.

 

Le cheval, en bas, devient de plus en plus petit, et Monsieur, que j’ai remercié et payé après mon premier trajet, lui assurant que je ferai le Bro3trajet de retour tout seul, décide finalement de repartir vers une autre source de voyageurs possible. Un parking lointain sur lequel, chaque jour, vers dix heures, des Japonais arrivent.

 

Arrivés au bord du cratère, on a une vue parfaite sur les profondeurs du volcan. On entend des grondements qui viennent du plus loin, la fumée sort en colonne épaisse et, les dieux en soient remerciés, va de l’autre côté du cratère. Je regarde jusqu’au plus profond des entrailles grondantes

 

A mes côtés une jeune femme, jolie, pâle et épuisée, qui s’est lancée dans la marche une heure avant moi. Nous bavardons un instant : elle a dormi ici la nuit dernière, et ne se remet pas du manque d’air. Je joue au faraud, mais si je devais être honnête, je lui avouerais que, hors la descente à pieds, j’ai fait le reste du trajet à cheval... Bon, il est sans doute préférable de me taire.

22:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

hallucinant de pouvoir aller si près... j'ai un jour été sur l'Etna et j'ai dû me contenter des explosions de lave d'assez loin, avec raison sans doute...
bonne continuation

Écrit par : philippe | 17/06/2008

Salut Pascal,
Jeremy Sicklemore m'a retrouve avec facebook et il m'a envoye ton blog. Belles aventures.. Il serait sympa de prendre une biere ensemble...si tu passais par hasard par Atlanta.

Écrit par : jean frolet | 29/07/2008

bof c nul les pays chinois c mieu l'inde

Écrit par : shan | 12/08/2009

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