13/06/2008

Dans le cratère du volcan

A trois heures du matin, mon petit réveil sonne. Je me lève comme je peux, pas trop frais, et vais jusqu’à la salle de douche. Pipi, le reste, une douche rafraîchissante, brossage de dents, puis je m’habille.

 

A Probolingo, l’altitude doit frôler les mille mètres et, s’il fait chaud, il fait, aussi, plus sec. La moiteur est, pour une fois, oubliée. Le matin, vers les trois heures et demi, il fait tiède, mais rien d’insupportable. Là où je vais, il doit faire aux alentours de 4 à 5 degrés, au petit matin. C’est ce qu’on m’a dit, et les guides, quand ils disent quelque chose, il vaut mieux les écouter.

 

Je mets donc mes shorts, puisque c’est tout ce que j’ai, et un polo. J’ai expressément gardé mes vieilles chaussures de marche jusqu’à aujourd’hui, pour un cas pareil. De nos jours, je dois avoir une fois par trimestre les pieds dans des chaussures fermées, mais il y a des fois où ça se justifie…

 

Vu leur état, de toute manière, c’est probablement leur dernière sortie.

 

Hier aprème, au marché, j’ai acheté une veste militaire doublée, pour deux francs trois sous. Une fois l’expédition terminée, je laisserai la verte en question à l’hôtel, avec mes chaussures de marche de qualité indonésienne – donc, infectes. Ca fera un heureux, dans le personnel de nettoyage…

 

Quatre heures : le guide arrive, sur sa mobylette. C’est avec cela que nous allons monter jusqu’au volcan. Il y en a pour près d’une heure de trajet, sur des routes pentues à y utiliser un alpenstock.

 

En effet, j’ai finalement été persuadé par Mlle la vendeuse du tour de rester à Probolingo, ce qui me permet de passer la journée en ville, plutôt que de traîner dans un hôtel en bord de volcan, où rien ne se passe. Après tout, c’est vrai. Et, à dire en faveur de Mademoiselle, elle n’a pas essayé de me bourrer le mou avec des histoires à la mords moi les fesses, selon lesquelles tous les hôtels seraient pleins, etc…

 

Si j’avais décidé de démarrer hier aprème, après deux heures de bemos, le bus local, je serais arrivé au bord du volcan dans la grisaille de la fin de journée, n’aurais rien pu faire sinon aller manger un bout au restaurant de l’hôtel, puis dormir sous d’épaisses couvertures à la propreté douteuse.

 

Ici, à Probolingo, j’ai eu le plaisir de faire le tour de la ville qui est charmante et – miracle en Indonésie – propre.

 

C’est bien simple, deux jours plus tard, arrivé à Kuta, sur l’île de Bali, j’enverrai un courriel à l’administration municipale de Probolingo pour les féliciter.

 

bromABromBBref, tour de la ville, arrêt au cybercafé du coin, promenade sur le marché, achat d’une veste à caractère militaire, avec une doublure qui me protègera un peu du froid, là haut. Puis, dîner au restaurant, chez le seul et unique chinois resté dans le coin, après les dernières émeutes. Chez lui, on sert, outre une nourriture délectable, de la Bintang bien fraîche.

 

Couché à huit heures, vu que la nuit sera courte…

 

BromDEt me voilà donc, à quatre heures, devant la porte de l’hôtel, alors que la mob’ de mon guide s’arrête devant moi.

 

Serrements de main. Il me tend un casque en plastique léger, dont le caractère et davantage cosmétique que sécuritaire. Je le mets. Hop sur la moto et nous partons. Il est, lui-même, bien couvert, rapport au froid auquel on pourra s’attendre, un peu plus haut. Vu qu’il est aussi mon pare-vent, je n’ai pas à me plaindre pour le moment. C’en est au point où ma veste doublée est ouverte, sinon, j’aurais trop chaud.

 

Quelques kilomètres de terrain plat, de routes droites, puis, l’indication Bromo, sur la gauche, et nous obliquons. Le chemin devient raide, plus raide encore. Mon bonhomme roule vaillamment, le vent tournoie, bientôt, je me redresse un peu, afin de fermer ma veste.

 

Mon sarong, qui sert à tout ici, qui vous fait office de drap, quand vous dormez, ou d’essuie, quand vous sortez d’un mandi sans commodités ; qui vous emballe quand il faut aller nu d’une pièce à l’autre, ou qui devient une serviette de plage, quand vous êtes sur les îles, mon sarong, donc, est maintenant bien disposé autour de mon cou, histoire de couper le vent coulis qui glace mes jambes. Mais bon, à la guerre comme à la guerre.

 

Au bout d’une heure, nous voici arrivés au pied du volcan. Finie, la moto. Il faut maintenant marcher, grimper, plutôt, un bon kilomètre pour que nous puissions nous trouver au point de vue idéal, celui à partir duquel on verra les explosions nocturnes du volcan, d’un côté ; le soleil se lever, de l’autre, et sa lumière raser un paysage qui change avec la qualité de l’illumination.

 

On y va donc, sur un chemin fait de racines traîtresses et de cailloux toujours prêts à rouler sous vos semelles. Il y a mon guide, moi, un autre guide, et deux demoiselles allemandes qui soufflent comme des otaries au paroxysme de l’orgasme. Il est vrai que nous sommes à plus de deux mille mètres, soudain, et qu’on ne respire pas de la même manière, à deux mille mètres passés, qu’au bord de la mer.

 

Et puis, je noterai pas la suite qu’elles sont fumeuses. Ca en plus, il est évident que ça n’aide pas.

 

Au bout de vingt minutes, nous arrivons enfin au point de vue. Mon guide est encore frétillant et joyeux ; je suis en nage, malgré le froid. Voilà longtemps – depuis mes études à Jo’bourg, en fait – que je n’avais plus été aussi haut. Je le sens dans mes jambes, dans mes poumons qui avaient l’impression d’inhaler du vide.

 

Time flies, Tempus fugit… A Jo’bourg, je galopais de Braamfontein à Hillbrow, et retour, sans même sentir l’effort.

 

Il faut dire que j’y avais vécu trois ans consécutifs.

 

Oublions le passé et revenons en au mont Bromo. Cinq minutes après notre arrivée à nous, mon guide et moi, les deux filles arrivent, et s’effondrent littéralement au sol. Sorties de leur agonie, un peu plus tard, elles en profitent pour se remonter en en grillant une, bien évidemment.

 

brom1Nous en avons pour quelques minutes, sous un vent qui vous les caille solide, avant que le noir de la nuit se mette à grisailler, à l’Est. En attendant, le volcan nous a fait un peu de spectacle, en projetant en l’air un peu de lave en fusion, tombée à une bonne centaine de mètres de l’endroit où nous sommes et déclenchant immédiatement un feu de forêt.

 

Puis le soleil se lève, ce qui reste, à chaque fois, un spectacle qui vous gonfle le cœur. La musique d’Ainsi Parlait Zarathoustra manque ici, mais brom2ça ferait probablement artificiel, si des hauts parleurs se mettaient à cracher un tel hymne à la lumière. Nous regardons les changements du paysage, le Bromo qui fume, d’autres volcans qui grondent et qui tremblent. Le froid recule et bientôt, je peux rouvrir ma veste, malgré le vent, desserrer le sarong qui m’entoure le cou.

 

Un coup d’œil à mon guide. Tout est vu ? OK ? Oui, OK, tout est vu. Il n’y a plus rien à faire ici. Abandonnant les trois autres, nous redescendons vers le bord du vieux cratère, dans lequel se trouve un petit volcan en activité, brom3vers lequel mon guide m’enverra, tout en restant, bien tranquille, à roupiller près de sa moto.

 

Pour le chemin, à partir du rebord du cratère, c’est facile : je dois descendre, marcher tout droit jusqu’à un escalier que l’on voit dans la distance, monter le long du volcan et retour quand je le veux. Je démarre donc, pour très vite me trouver à fouler une épaisse couche de poussière volcanique, légère comme de la cendre – ce doit en être, d’ailleurs - qui m’arrive jusqu’aux chevilles. En moins d’une minute, je dois ressembler à un bonhomme gris, tant il est impossible de ne pas faire s’envoler cette cendre jusqu’aux cheveux.

 

brom5brom6Sur la descente, je suis dépassé par un vieil homme et son cheval. Il m’attend en bas, avec l’espoir que je louerai ses services, pour aller jusqu’au pied du volcan intérieur. Bonne idée. On discute du prix. Comme je suis seul dans le coin, et que les dieux seuls savent quand un autre touriste viendra, il n’essaie pas trop de me gruger. Je suis bon prince, et je n’essaie pas trop de l’écorcher. Nous nous entendons vite et me voilà bientôt à dos de cheval.

 

Brom4Tout autour de moi, c’est une scène de désastre. D’où que vienne le vent, ça pue le soufre et le brûlé.

23:30 Écrit par PGå dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

tâches de ne pas trop t'encrasser les poumons, tu n'es pas encore au bout de ton trip
sympa les vues depuis le haut, j'ai pensé à 2001 l'odyssée comme toi en voyant celle du milieu :-)
bonne continuation a+

Écrit par : philippe | 14/06/2008

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