11/06/2008

Dolly by night

(Pas de photos pour ce billet. Désolé, mais à Dolly, on ne se promène pas avec un appareil photo...)

 

Dès qu’on a passé l’entrée de Dolly, marquée probablement de manière invisible, mais très sûre, et où mon taxi m’a lâché, on se trouve soudain au milieu d’une rue dont chaque maison est une vitrine.

 

Chaque vitrine donne vue sur une pièce profonde, brillamment éclairée, dans laquelle se trouvent, confortablement installées sur un divan imitation cuir rouge, devant une télé qui tonitrue un feuilleton local, dix, vingt jeunes femmes court vêtues, montrant complaisamment une cuisse appétissante et un début de poitrine intéressant – quoique, en Indonésie, les jeunes filles n’ont que rarement de la poitrine.

 

Parfois, elle jettent un coup d’œil distrait vers la rue, pour voir passer les chalands, puis retournent au programme qu’elles regardent, avec les copines.

 

Dans une autre salle … d’attente, dirons nous, quelques jeunes femmes entourent un vendeur de colifichets, venu proposer ses bijoux de fantaisie, des peignes, des produits de maquillage, ou encore des tissus. Les filles intéressées palpent, chipotent, discutent les prix avec le vendeur, pendant que les autres, une cigarette à la main, bavardent, regardent le sempiternel poste de télévision, jettent un sourire au passant qui s’attarde devant la vitrine.

 

Parfois un monsieur rentre, se dirige vers le fond de la salle, où il y a un comptoir où trônent les propriétaires de l’endroit, je suppose, ou le gestionnaire du personnel, disons. Il indique du doigt, ou d’un geste du menton, la fille qu’il a choisi, qui se lève, docile, même si c’est le moment le plus palpitant de son programme. Tous deux disparaissent dans l’ombre, pour aller vers les chambres dont ils ressortiront une heure plus tard, monsieur considérablement allégé de ses angoisses existentielles et d’une somme modique ; mademoiselle prête à en revenir au nouveau feuilleton qui passe à la télé.

 

Devant chaque porte de ces salons, il y a un groupe de rabatteurs qui vous font signe et qui, dans un baha indonesia volubile, ou avec leur pauvre anglais, essaient de vous faire rentrer dans leur établissement, car les filles sont tellement jolies, chez eux. Coup d’œil : c’est vrai, à ce que j’ai vu, qu’elles sont usuellement ravissantes.

 

Et à quel prix peut-on s’offrir les amours tarifiées ? Un rapide calcul mental, alors qu’on me jette des sommes en roupies indonésiennes à la tête… tout juste dix dollars américains…

 

Et encore, dix dollars américains, c’est pour le tout venant – c’est le prix demandé pour celles que je trouvais ravissantes. On m’assure, un sourire gourmand en plus, que si je suis prêt à monter jusqu’à douze dollars, je posséderai des créatures éblouissantes, gardées au frais, dans des salons privés.

 

Je ne doute aucunement de la véracité des promesses, quand je vois l’effarante quantité de jeunes femmes à vendre, et espère seulement que les créatures dites de qualité supérieure, ce ne sont pas des enfants.

 

De la rue principale – on pourrait y circuler à quatre de front, à tout casser… - sur laquelle je marche, il y a de dix mètres en dix mètres, à gauche comme à droite, une espèce de saignée : ce sont des ruelles qui semblent sans fin, quand j’y jette un coup d’œil. Les lumières s’y succèdent jusqu’à un coude après lequel c’est l’inconnu.

 

Par curiosité, passées une dizaine de ces ruelles, et au lieu de continuer tout le long de ce que j’ai appris être Dolly Street, je m’engage alors dans la ruelle suivante, pour retrouver les même bordels, avec parfois un bar à la musique tapageuse et aux entraîneuses souriantes, qui hèlent le chaland. Après vingt minutes de marche au hasard, il fait soif. Je me laisse convaincre d’entrer dans un bar où quatre jeunes filles essaient de me faire la conversation en indonésien. Il ne leur faut pas trop longtemps pour se rendre compte que je ne serai pas le client idéal, et elles m’abandonnent.

 

Celle qui parle un peu anglais prend ma commande : une Bintang bien fraîche. Merci. Le problème est que, quand je vois arriver la Bintang bien fraîche, c’est avec deux verres à bière, l’un plein de vide, et destiné à y verser le contenu de la bouteille, l’autre, plein d’échardes et de blocs irréguliers de glace, cassés à coups de martelet, et destinés à être mis, au fur et à mesure du passage du temps, dans l’autre verre, afin de rafraîchir ma bière qui est, bien évidemment, tiède.

 

L’électricité il y a – témoins les lumignons qui éclairent la salle tant bien que mal, l’orchestre qui fait un bruit de tonnerre, et sa chanteuse qui s’égosille dans un micro. L’électricité, il y a ; mais pas de réfrigérateur.

 

Bah, je suis en Indonésie depuis suffisamment longtemps pour prendre le risque de mettre de la glace dans ma bière. Mademoiselle, devant mon hochement de tête approbateur, renverse la moitié du boc à glaçons dans le boc à bière, puis verse la bière. Je la remercie, et me désintéresse d’elle. Vu que son anglais est hésitant, elle décide de me laisser tomber. Ce serait trop difficile de me faire la conversation. Je peux prendre ma bière tranquille.

 

Trois chansons plus tard, littéralement assourdi par les piaillements de la chanteuse et par son accompagnement musical, je quitte la salle et ses quelques clients, après avoir payé ma bière, et essaie de retrouver mon vélo taxi.

 

A chaque pas, je suis harponné par des rabatteurs pleins d’espoir, me promettant mille délices dans leur établissement, avec des créatures de rêve. Si je ne suis pas voyeur, j’ai des yeux quand même et, c’est vrai, je jette un coup d’œil sur les créatures qui me sont proposées – invariablement fort jolies.

 

Bon, pas toujours mon goût, c’est vrai, mais je peux sans peine imaginer que celles qui ne me plaisent pas au premier coup d’œil pourraient fort bien plaire à un autre.

 

Enfin, non, quand même : parfois, ce sont de vieilles dames de trente ans passés, qui ont visiblement beaucoup vécu – le métier doit être dur – ou encore, parfois aussi, des jeunes messieurs, qui m’intéressent assez peu.

 

Un peu perdu, je continue, arrive à la fin de la ruelle, pour me rendre bientôt compte qu’en sortant du bistrot, j’avais pris dans le mauvais sens. Je suis maintenant dans une rue tout aussi bruyante et commerçante que Dolly street, mais ce n’est pas elle. Après quelques tâtonnements, une vingtaine de bordels plus loin, je prends une gang, une ruelle, qui me reconduit à Dolly.

 

Sur le trajet, une fois encore, je dois passer mon temps à remercier l’un ou l’autre rabatteur, et lui assurer que demain peut-être, mais pas maintenant, merci.

 

Une fois arrivé à Dolly, j’avoue, la curiosité me prend : mais quelle est exactement la taille de ce quartier ? J’aurais cru, au départ, que ma soirée à Dolly, ce serait une promenade de, à tout casser, une petite heure, arrêt bistrot compris… Or, si je le voulais, j’ai le sentiment que je pourrais marcher ici des heures durant. Dolly même doit faire, à elle toute seule, la taille d’une petite ville : trois grandes rues, chacune sur une longueur d’un petit kilomètre, et entre les trois rues en question, des dizaines de gangs.

 

Partout, partout, partout, des bordels. Il y a aussi quelques bistrots pour l’ambiance et la musique, et quelques massages dont il paraît, assez curieusement, qu’ils sont corrects.

 

Oui, après tout, vu le nombre de bordels qui bordent les rues et les gangs, il n’y a aucune raison de cacher sa raison sociale ici. Si on annonce « massage » sur la porte, c’est que ce doit être un massage.

 

Les filles qui attendent, devant les portes des établissements de massage, sont d’ailleurs habillées d’un uniforme destiné à montrer au client que ce sont des dames respectables.

 

Quoiqu’il en soit, mon chauffeur, auquel je pose la question, alors que nous rentrons, lui derrière à pédaler, moi devant dans la nacelle, mon chauffeur me dit qu’à son idée, il doit y avoir un peu plus de dix milles prostituées, chaque soir, à Dolly, et plus de mille bordels…

 

Il y a peut être, sur terre, un plus grand quartier de tolérance que celui de Surabaya, mais je ne vois pas où.

 

Bon, c’est vrai aussi, ce n’est pas que je passe mon temps à les chercher dans le but de comparer, ou d’écrire les dieux savent quel catalogue…

 

Demain, je partirai à Probolingo.

23:12 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

merci de ta venue sur mon blog qui est bien loin de tes balades exotiques, c'est vrai qu'étalée ainsi la "viande" doit en tenter plus d'un, quoique ce n'est pas ma manière de visiter... je dois t'avouer que j'ai connu des choses semblables dans certains quartier de Mexico...
c'est bien d'être loin des préoccupations de la civilisation, alors qu'ici, il "douche" en plus :-/
bonne continuation

Écrit par : philippe | 12/06/2008

Reisebilder Schönheit liegt im Auge des Betrachters, sagt man. Die Schönheiten Deiner Reisebilder öffnen den Blick auf das, was Du gesehen hast und auf das, wie Du siehst. Das ist spannend.

Écrit par : Karin | 10/07/2008

Dolly J'adore ton article sur surabaya, je fais un stage ici j ai envie d'y aller prochainement. On dis que c le plus grand d asie c impossible ca peut pas etre plus grd que pattaya en asie, n'est ce pas?

Écrit par : Benali | 28/09/2009

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