10/06/2008

Départ à Dolly

Le soir, à Surabaya, il y a, pour le touriste, deux activités possibles : soit aller faire le tour des centres de shopping, ouverts jusqu’à huit heures, et puis retourner à leur hôtel, y manger un bout, et dormir avant le lendemain matin, quand ils partiront vers Probolingo, afin d’y admirer le volcan Bromo.

 

L’autre activité vous est jetée à la tête par tous les chauffeurs de taxi ou de vélo-taxi, dès six heures du soir : Dolly ? Dolly ? Djigidjig ?  Dolly, Dolly ? Dolly, c’est le plus grand bordel du monde, et c’est ici, à Surabaya. Dgigijdig, c’est la forme indonésienne de notre Hop Hop belge, du Zizi Panpan français, du Boum Boum thailandais, du Zig Zig congolais.  Djigidjig, c’est l’acte sexuel.

 

Un vendeur de rue, qui vous offre des dvd piratés et qui vous parle de djigidjig, c’est un vendeur de films cochons. Les vélos-taxis qui me sautent dessus, à  la sortie de mon guest-house, et me parlent mezzo voce, ou d’une voix claironnante, de Dolly et de djigidjig, ce n’est pas pour me proposer d’aller à la messe.

 

Dolly, c’est un gigantesque lupanar ; c’est aussi tout ce que la ville compte comme distraction – invariablement tournée vers les filles vénales, et quelques bordels homosexuels aussi, je crois.

 

Bah, il est sept heures et j’ai dîné. Allons voir Dolly. Après tout, outre les endroits de mauvaise vie, il y a quand même – il doit quand même y avoir – des bars presque normaux, où il suffira que je dise non merci pour que je puisse savourer ma bière tranquille.

 

Ou, pour le moins, à peu près aussi tranquille que dans Jalan Jaksa…

 

Bon, allons y donc. Je discute le coup avec un vieux vélo taxi, qui me propose un aller retour pour deux dollars, avec attente pour le retour aussi longtemps qu’il le faudra. Là, je crains que le malheureux se fasse un peu des illusions à mon égard.

 

Quoique, si, comme je le suppose, j’aurai épuisé les joies de Dolly en une demi-heure de promenade, à tout casser, ce sera du pain béni pour lui : il pourra rentrer à la maison tôt et dormir en famille.

 

surab3Nous voilà donc partis, lui derrière, pédalant, moi devant, pâlissant de terreur dans le trafic du centre, puis prenant peu à peu confiance : après tout, mon bonhomme est visiblement à son affaire et s’il est âgé, c’est qu’il a su se débrouiller dans le trafic, jusqu’à ce jour. Son expérience témoigne de la sécurité qu’il me donne…

 

Bon, je commence à pouvoir regarder autour de moi autre chose que les calandres rutilantes ou rouillées qui nous dépassent à gauche et à droite. Bientôt, mon chauffeur tourne à gauche et, après quelques centaines de mètres, l’avenue devient vivante. Les restaurants se multiplient, ainsi que les cantines de rue et des hôtels qui font assez logement à rats.

 

La nuit est tombée, et tous les magasins sont ouverts. Certains vendent de l’électronique, d’autres des pneus d’occasion. Tous, ou presque, ont un petit comptoir « communications » où ils essaient de vous fourguer des téléphones portables ou, à défaut, des cartes sim.

 

Deux cents mètres encore. L’avenue est de plus en plus densément peuplée et les vélos taxis sont maintenant garés en double, voire triple, file. Les familles marchent sur les trottoirs défoncés, en débordent quand il est impossible d’y marcher – rapport aux bosses et aux trous, ou aux cantines installées là où elles ne devraient pas l’être, sauf que, comment faire ? Devraient-elles aller au centre de la rue ?

 

Les gosses courent partout. Les voitures roulent lentement, maintenant, et le trafic est devenu presque exclusivement cycliste.

 

Nous tournons maintenant sur la droite, puis sur la gauche, pour prendre une ruelle dans laquelle tout le monde semble se précipiter. Dolly, je suppose. Nous sommes à deux cyclos de front, mêlés à des piétons et des motos, à avancer lentement sur une pente raide – en tout cas, raide pour un vieux taxi dont le vélo ne possède pas de vitesses. Trop respectueux des usages, je reste bien tranquillement dans ma nacelle pendant que le taxi met pied à terre et pousse son vélo, et moi dedans.

 

Si je descendais, ce serait lui faire perdre la face, car ce serait vouloir dire qu’il n’est pas capable de me transporter, voyez vous…

 

A ma gauche comme à ma droite, les sempiternels magasins de vidéo, d’électronique bon marché, de télévisions de marques inconnues et de frigos chinois. Des coiffeurs et des esthéticiennes aussi.

 

Je me retourne vers mon pousseur qui ahane. Dolly ? Oui oui oui, bientôt. Et, effectivement, après une bonne centaine de mètres encore, on s’arrête. Monsieur me montre d’un geste large la rue qui continue, ainsi que les ruelles qui coupent, à gauche et à droite. C’est Dolly.

 

Rapide arrangement. Il m’explique qu’il va maintenant se garer derrière cette petite échoppe, où il y a un espace qui semble l’attendre. Quand j’en aurai fini, je n’ai qu’à le retrouver là. Dans l’attente, il dormira, tranquille comme Baptiste, dans la lumière et le vacarme de la rue, étalé sur la banquette de la nacelle. Eeeeh beh…

 

Et je pars donc à l’aventure, dans Dolly, à la recherche, pour le moins, d’un bistrot dans lequel je pourrai me trouver une Bintang fraîche.

00:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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