09/06/2008

Surabaya, ses musulmans et ses chinois

Surabaya est une ville qui a dû souffrir de pas mal de choses, genre tremblements de terre, incendies et bombardements : rien n’y est vraiment ancien.

 

On trouve, à l’ouest de la ville, de nombreux ronds-points, décorés de délicieux bibelots en forme d’avions de guerre : tout ce que feu l’Union Soviétique, le Japon, l’Amérique, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, l’Indonésie même, ont pu fabriquer de coucous militaires, tout est disposé, ici et là, fièrement, perché à deux ou trois mètres de hauteur, au sommet d’une tige de béton, à faire comme si ça volait encore.

 

Tout cela au milieu d’un trafic dense et indifférent, circulant dans des avenues grises et banales.

 

Quand on se rapproche du centre, les bâtiments prennent quelques étages, mais le béton, tout comme à Jakarta, pèle et suinte la misère architecturale des villes qui bordent l’équateur.

 

diapetDans ce qui fait office de centre-ville, il y a quelques somptueux centres de shoppings, dont les marbres et les plastiques rutilants détonnent sur la déglingue qui les entoure. Les magasins y regorgent d’or et de vêtements de marque. Assez curieusement, on y trouve des clients du cru. Entre ces shopping malls, de petites boutiques vendant de tout : des pièces détachées d’occasion pour bicyclettes, ou des spécialités médicales. Tout.

 

Au nord, il y a le quartier d’Ampel, le quartier arabe, resserré autour d’une mosquée majestueuse, toujours pleine. Les gosses se pressent, rieurs, autour de vous, tous à vous crier Hello MisteRRR ! histoire de montrer aux copains qu’ils osent causer avec le visiteur étranger.

 

Les gens viennent vous toucher deux mots, pour vous expliquer ce qui doit être vu, ce que vous pouvez voir, pour vous demander d’où vous venez, histoire de frimer devant les copains ou la famille, avec leur pauvre anglais.

 

De toute manière, il n’est pas possible à un non-musulman d’entrer dans la mosquée.

 

Les filles, plus ou moins emballées dans un sac à patates, le niveau d’emballage dépendant du niveau de conservatisme de papa et de maman, vous sourient, vous crient, elles aussi, un Hello MisteRRR ! et se sauvent en groupe, en gloussant très fort.

 

Il y a, autour de la mosquée, des jardins dans lesquels l’un ou l’autre imam prêche la bonne parole devant des gosses qui regardent en coin l’étranger qui passe, et des vieux qui s’endorment. Un imam pour les dames, un autre pour les messieurs, ce qui nous donne deux groupes séparés, chacun dans son jardin.

 

Il y a aussi un petit cimetière dans lequel on peut visiter les tombes de Saints Hommes devant lesquelles, dévotement, de très jeunes enfants passent, poussés par leurs parents. Puis, sur le chemin de la sortie, les gosses me regardent, me hèlent, ou se cachent dans les jupes de leur mère qui me sourit. Entre les jambes d’un adulte, soudain, je vois passer un œil inquiet qui m’observe, préparant la fuite au cas où les parents vendraient le gosse au mystérieux étranger qui, bien évidemment, le mangerait alors tout cru.

 

Pour autant qu’on ne sorte pas l’appareil photo, dans Ampel, l’ambiance est à la fois festive et accueillante. Vous marchez le long des ruelles où chaque porte est celle d’une échoppe. Les vendeurs vous hèlent ; vous vous arrêtez. Un Hello MisteRRR, suivi d’un How are you ?

 

On salue de retour, on assure qu’on ne s’est jamais mieux porté, et vous-même mon cher monsieur ? Les enfants rient, les adultes sourient. Certains, capables de parler l’anglais, vous demandent d’où vous venez et vous expliquent qu’ils viennent de Sumatra, d’Aceh, d’ici, de là…

 

C’est alors que, parfois, on vous demande timidement de tirer une photo.

 

Vous vous exécutez, montrez la photo au candidat modèle, qui sourit, puis vous rangez votre appareil.

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Ensuite, on quitte le quartier arabe pour le quartier chinois, fait de grandes avenues banales et dans lequel on peut trouver, bien caché dans une ruelle, un temple extraordinaire, sombre et très antique.

 

Miraculeusement, lors des dernières émeutes anti-chinoises, il n’a pas été pillé et brûlé.

 

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surab5surab6Les statues des idoles sont pluri centenaires, noires de la suie des bougies, de la fumée des huiles brûlées et des vapeurs d’encens, témoignent d’un style classique tout simplement  splendide.

 

On les découvre, ces statues, au fur et à mesure de la visite des salles du temple – car, par extraordinaire, ce n’est pas un temple chinois usuel : il est fait, sur un plan charmant et biscornu, de plusieurs pièces disposées de la manière la plus étrange, jamais en enfilade.

23:56 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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