08/06/2008

Vers Jogjakarta, une fois encore

Tout doux, tout doux, l’avion Air Asia descend jusqu’au moment où nous rasons les toits de bidonvilles, juste avant la piste d’atterrissage. Les bidonvilles de Jakarta sont quand même plus vivables que ceux de Bombay ou de Calcutta, vu ainsi du ciel, à dix mètres d’altitude : chaque cahute est entourée d’un petit jardin dans lequel le pauvre peut faire pousser une partie de sa nourriture. On voit même courir des poules.

 

Je parle bien des gallinacés.

 

Nous nous posons enfin, les flaps s’ouvrent tout grands, les moteurs rugissent à l’envers, l’avion ralentit, ralentit encore, s’arrête, hésite, tourne une fois à gauche, une fois à droite, se dirige finalement vers un avale-passagers devant lequel il se gare. Quelques minutes plus tard, nous quittons le navire glacé, pour nous lancer à travers un tuyau dans lequel l’atmosphère est lourde et pue la cigarette.

 

Après une cinquantaine de mètres, c’est l’aéroport climatisé, dans lequel nous entrons. Ici et là, des kiosques pour les fumeurs, dans lesquels on peut voir des fumeurs. Vu que l’Indonésien moyen respecte la loi avec le plus grand scrupule, on peut voir des fumeurs autour des kiosques aussi.

 

Assez loin autour des kiosques…

 

Le carrousel aux bagages, mon baluchon apparaît entre deux valises. Je l’attrape au vol et me dirige vers la sortie. Deux messieurs en uniforme vérifient ce que j’ai pris. Sortie, me voilà dehors, devant une meute de chauffeurs de taxi, avec le damri dans la distance, pour aller à Jakarta si je le souhaite.

 

Fatigue, fatigue… J’ai, après tout, quitté Jayapura ce matin, à dix heures de là bas, de huit heures d’ici, et me suis levé à six heures du matin papou… Bon, la décision est vite prise : je vais d’abord devant le bureau de vente d’Adam Air, me prends un billet pour Jogja’.

 

Demain, il y a trois vols ; je m’inscris pour le premier. Ca me coûtera moins de dix dollars… Sept heures du matin, et je me souviens que le premier damri de Jalan Jalksa part à cinq heures. Je suis parti pour me lever tôt, mais je me coucherai tôt aussi. Une fois mon billet pris, je file dans le damri de l’aéroport. Veine : il démarre aussitôt que je suis dedans, et s’enfonce dans un trafic fluide.

 

Le trafic fluide à l’indonésienne reste quand même assez anarchique, mais ça roule, tant qu’il ne pleut pas. Il ne pleut pas. Moins d’une heure plus tard, je suis à la gare de Gambir, et suis assaillis par les conducteurs de bajaj, le tuk tuk local : bah, la fatigue, et l’euphorie d’avoir échappé aux cerbères de la frontière : j’en prends un en discutant à peine son offre prohibitive de deux dollars pour la course. Quelques minutes plus tard, je suis devant mon gueshouse habituel. Une chambre m’y attend. Je m’y installe, m’y déshabille, en sors, prends une longue douche – froide – en sors pour aller me replonger dans mon lit.

 

Mon réveil est mis, à tout hasard, sur quatre heures du matin, mais j’espère bien me réveiller en fin d’aprème, afin d’aller dîner dans la rue à côté, le Satay Boulevard… et c’est bien ce qui m’arrive. Il n’est pas sept heures du soir que j’ouvre un œil, puis le deuxième. Je me renippe afin d’aller dîner.

 

Sur Satay Boulevard, on s’installe sur un banc, à n’importe quelle échoppe de rue, afin de dévorer des satays, accompagnés d’une délectable sauce aux cacahuètes et de riz. Puis, en rentrant, on se prend une bière dans l’un des bars de nuit de Jalan Jaksa et, si on est pressé d’aller dormir, on file ensuite au lit.

 

Vu que je dois me réveiller à quatre heures du matin, c’est mon cas, et je me contente, une fois mes satays engouffrés, d’une Bintang glacée. La main gauche pour chasser les mouches et les moustiques, la main droite pour chasser les filles qui viennent m’offrir de l’affection.

 

Pour boire ma bière, c’est moins facile, mais j’y parviens.

 

Bientôt, le lit, endormissement immédiat, ding dong avant les coqs et alors qu’un muezzin commence à hurler ses convictions musulmanes.

 

Emballé dans un drap de bain, je vais jusqu’à la douche.

 

Douche, froide. Rasage, brossage de dents.

 

Je sors du guesthouse, vaguement endormi encore, et tombe sur le premier bar de jour et de nuit de Jalan Jaksa, dans lequel je peux me trouver un petit déjeuner, que j’expédie en dix minutes, entouré des dernières putes et des derniers fêtards. Ca boit encore de la bière, ça s’engueule. Une fille pleure et un mec boude. Je paie, retourne à mon gueshouse, prends ma valisette déjà refermée, afin de retourner sur Jalan Jaksa, de tourner sur ma droite, et d’aller jusqu’à Gambir.

 

J’ai dix, quinze minutes avant le départ de mon bus. Pas de bajaj à l’horizon. Je marche donc, pour arriver bien à temps à la gare, où le bus m’attend : démarrage, peu de temps après, dans un bus plein de gens et de moustiques. Mon voisin a l’œil vif et la main leste. Rien ne passe, ce qui m’arrange pas mal.

 

Nous nous arrêtons ici et là, au gré de la fantaisie du conducteur, et d’arrêts bien déterminés, au cours desquels des vendeurs de trucs et de machins parcourent vite vite notre bus, avec l’espoir de nous refiler un journal, de l’eau, un truc à manger…

 

Au bout de quarante minutes, nous nous arrêtons au terminus, qui est aussi le terminal domestique de l’aéroport. Ca tombe bien, je suis à deux pas de l’entrée du check in spécialement réservé à Adam Air. Je descends donc, tout en regardant à ma droite et à ma gauche, afin d’éviter les moustiques du bus.

 

Adam

 

Course à travers l’aéroport, du check in à la sécurité, puis au service de paiement de la taxe d’aéroport, puis à la porte où l’on appelle les retardataires, dont je fais déjà partie… Je descends la rampe, pour courir jusqu’à l’avion dont les réacteurs commencent déjà à ronronner. Chers passagers... consignes de sécurité... ceinture... Allah akhbar... dix minutes d'attente.

 

Dix minutes plus tard, une petite secousse nous fait savoir que nous quittons le sol, destination : Jogja’.

Jogja airport

 

 

 

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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