08/06/2008

Le train vers Surabaya

Surabaya est une ville pourrie jusqu’à la moëlle : deuxième plus grosse ville d’Indonésie, c’est aussi un aéroport, un port et Dolly : le plus gigantesque bordel de la planète.

 

J’ai quitté, hier, Jogja’ où je n’avais plus grand-chose à faire, une fois revisitées les merveilles lapidaires de Borobudur. Un train de nuit circule, de Jogja’ à Surabaya.

 

train1train2Les trains longue distance, en Indonésie… Tout un programme… On peut choisir de voyager entre les classes Eksekutif, Bisnis et Ekonomi. Inutile de traduire, je suppose… Il s’agit, dans les trois cas, de wagons équipés de sièges : dans la classe Eksekutif, les sièges en question sont couverts de cuir, inclinables jusqu’à pas loin de l’horizontale.

 

Une clim’ d’enfer vous gratifie d’un froid sibérien, que vous combattez avec une ou deux couvertures, louées à Monsieur le préposé à casquette dont le boulot est de louer des couvertures, et vous rendez le tout encore plus confortable en louant un oreiller à un autre Monsieur le préposé à casquette dont l’emploi est – vous l’avez deviné – de louer des oreillers. Le total de la location vous revient à un bon gros dollar.

 

Comme vous êtes en Eksekutif, on vous offre, en plus de votre siège et de la clim’, une bouteille d’eau minérale fermée, et un repas composé de riz et d’une tête d’un poisson au regard peu amène.

 

La classe Bisnis offre un éventail moins large de facilités. Par exemple, dans les wagons Bisnis, il n’y a pas de climatisation. La nuit, il ne vous est donc pas nécessaire de vous emballer dans de multiples couches de couvertures, afin de survivre la température glaciaire imposée par le chef de train, convaincu que si on a de la clim’, c’est pour s’en servir… En cela, l’Inde et l’Indonésie se ressemblent bien.

 

A dire, cependant, en faveur des trains indonésiens, la classe climatisée, la Eksekutif, donc, n’est pas du quart de la moitié aussi crade que son équivalent indien. En effet, en Inde, les voyageurs jettent toutes leurs ordures sans jamais chercher une poubelle. Dans les wagons aux fenêtres ouvrables, tout se jette par les fenêtres ouvertes. Dans les wagons de première classe, climatisés, aux fenêtres soigneusement scellées… tout se jette par terre, sous les couchettes.

 

Le nettoyage à l’indienne étant ce qu’il est, les wagons climatisés répandent une odeur douçâtre de pourriture avancée, on ne peut plus attirante à la truffe des rats, parfaitement désagréable au nez des voyageurs étrangers, mais qui ne semble aucunement déranger les locaux.

 

Rien de ce genre en Indonésie. Les trains y sont raisonnablement propres – même en classe Eksekutif.

 

Mais revenons en à la classe Bisnis : pas de clim, donc, les dieux en soient remerciés. Des sièges confortables, recouverts d’un velour rapé, et que l’on peut incliner très exactement comme ceux de la classe supérieure. La classe Bisnis, ce sont tous les avantages de l’Eksekutif, sans ses inconvénients : pas de clim’ surgelante ; pas de repas infect, avec une malheureuse tête de poisson plantée au milieu d’un riz pâteux. Bon, pas de bouteille d’eau minérale non plus, c’est exact, mais celle dernière, je peux l’acheter à tout moment, pour une somme modique, auprès des vendeurs qui, à chaque arrêt parcourent les wagons, en offrant des boissons et des repas aux parfums délectables.

 

Quant à a classe Ekonomi, elle doit rappeler la troisième classe d’avant guerre : banquettes de bois serrées juste assez pour laisser s’asseoir de petits Indonésiens, mais pas de grands européens, pas de toilettes dans les wagons, et les trains Ekonomi sont tirés par des motrices plus lentes que les trains Eksekutif / Bisnis.

 

Pour un trajet de deux ou trois heures, le train Ekonomi, ça va. Pour une nuit entière ; il faut savoir ce à quoi on s’engage – surtout pour les filles, rapport aux toilettes : à chaque arrêt, une nuée de filles rieuses descendent au galop les marches du wagon, sautent sur le rebord de la voie, s’enfoncent de quelques pas dans la demi-obscurité, se cachent derrière un buisson encore éclairé des lumières des wagons, chacune son buisson - font leur petit besoin, ou davantage, et remontent, l’affaire faite, dans le wagon, aidées par une mère, une copine ou un autre passager compatissant, tout en continuant à bavarder entre elles, ou avec une absente, par l’intermédiaire d’un téléphone portable.

 

Si toutes les filles du monde vont au petit coin en cortège, et confondent les toilettes avec le dernier salon où l’on cause, ce ne sont pas toutes les occidentales qui sont prêtes à de telles cabrioles, et à un dénudement presque public.

 

surab1surab2Quoiqu’il en soit, le long voyage commencé à Jogja’ en soirée, si vous étiez dans un train de luxe, ou en cours d’après midi, si vous étiez dans un train économique, se termine invariablement dans la délicieuse petite gare de Surabaya, le lendemain matin.

 

Là, sur les quais de marbre, attendent les passagers qui vont ailleurs, et les porteurs qui vous conduiront jusqu’à un taxi, avec vos bagages. Quant à moi, ce sera un vélo taxi jusqu’à mon guesthouse, qui se trouve à moins d’un kilomètre.

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19:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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