07/06/2008

De la Papouasie à la Malaisie, et retour en Indonésie

Quatre jours plus tard, je suis à Jogjakarta, sur l’île de Java, après avoir fait un rapide aller-retour, entre l’Indonésie et la Malaisie, de Jayapura à Kuala Lumpur, puis de Kuala Lumpur à Jakarta.

 

Jogja’, comme on l’appelle ici, est une plaisante petite bourgade, qui peut se targuer d’avoir un joli petit volcan en activité dans sa banlieue – il s’appelle le Mérapi - et deux temples merveilleux dans le voisinage. Jogja’, j’y passe, à l’occasion, pour aller revoir Borobudur, qui reste une étape délicieuse et dont les paisibles et souriantes quatre cents représentations du Bouddha, sont une recette à la relaxation, bien nécessaire quand on quitte le site et qu’on est assailli par les vendeurs de colifichets.

 

A Jayapura, quatre jours plus tôt, je suis arrivé à l’aéroport, avec Mademoiselle la Norvégienne, afin de voir ce qui pouvait se trouver comme billet, à un prix honnête, pour sortir du pays. La meilleure possibilité s’est révélée être un Lion Air qui quitterait la ville en fin de matinée, le jour suivant, pour me conduire à Jakarta pour un prix à peu près honnête – achetant un billet dans l’urgence, j’avais évidemment raté les meilleures offres.

 

De Jakarta, je devais quitter l’Indonésie dans l’urgence, sur mon dernier jour de visa : une rapide visite sur le site de Air Asia m’avait permis de trouver un billet aller – retour pour la Malaisie, pour un prix tout à fait honnête. J’arriverais à Kuala Lumpur en fin de matinée, pour reprendre l’avion deux heures plus tard, afin de revenir à Jakarta…

 

pap4L’arrivée à l’aéroport de Jayapura est amusante. De mon hôtel, je suis parti à pied, pour faire deux cents mètres, tout au plus, afin d’arriver devant le bâtiment du terminal des vols nationaux et … mais tous les vols sont nationaux, à partir de Jayapura : on peut tout simplement faire une différence entre les vols qui se font sur l’île, côté ouest, et les autres, qui vous font quitter la Papouasie pour Java, pour les Moluques, ou pour les Célèbes... Ah, bien entendu, il y a, une fois par semaine, un vol international, entre la Papouasie et la PNG ; mais appeler cela un vol international ? Hm, difficile…

 

Les vols internationaux réguliers, c’étaient, dans le temps, un vol de la Airlines PNG, dans lequel il n’y avait jamais de place, et un vol de la Merapi. Il semblerait que, pour le moment, les vols internationaux soient suspendus, car si on m’a d’abord dit qu’il y avait un vol hebdomadaire, personne n’est fichu de me dire quel jour de la semaine.

 

pap1papo6Or donc, en deux cents mètres, on arrive de mon taudis jusqu’à l’aéroport. A droite, l’aéroport local, avec des avions qui vont du biplace jusqu’à des monstres dans lesquels ont peut mettre une dizaine de passagers, tout au plus. Ce qu’on appelle des compagnies régionales. Parmi ces dernières, des compagnies qui ne sont représentées que par de petits Piper Cubs datant d’Hérode, et qui sont les avions privés de telle ou telle secte protestante, avec lesquels les missionnaires apportent à leur mission, et à leurs ouailles, des opuscules religieux, des capotes anglaises, des sacs de riz et des cd piratés.

 

merpatiDevant les bâtiments de ce qu’on appellera pompeusement le terminal, il y a les gros porteurs qui vous conduisent à Ambon, Makassar ou Jakarta. Derrière – au bout de la route en boucle par laquelle vous arrivez au terminal – il y a quelques bureaux de vente des différentes compagnies aériennes qui desservent Jayapura : Merpati, Garuda, Lion et Batavia – chacune son jour.

 

Pour aujourd’hui, c’est trop tard. Le vol de Batavia est parti vers les six heures du matin. Pour demain, j’ai la chance car c’est le jour faste des trois vols gros porteurs vers Jakarta : il y a de la place. Mon affaire est vite arrangée, puis je vais à l’internet, pour trouver mon billet de sortie, pour Kuala Lumpur et retour. Enfin, je fais mes adieux à la Papouasie.

 

Bien sûr, bien sûr, ainsi qu’on nous le rappelle chaque jour, il ne faut jamais dire jamais… mais je ne crois pas que je reviendrai ici : le spectacle de la misère et d’un morose désespoir n’est pas fait pour attirer, quand on a la certitude qu’on ne peut rien faire pour changer la situation. Or, ici, que voit-on, sinon des ogres militaires qui bouffent tout, devant un peuple résigné, qui s’enfonce dans un alcoolisme grâce auquel il peut oublier le génocide qu’il subit.

 

papdep2merpati4Le lendemain, retour au minuscule aéroport de Sentani. Huit avions partent coup sur coup, histoire de faire croire au touriste innocent que nous sommes à Heathrow… Comme les autres vols sont destinés à embarquer de quatre à dix passagers, l’innocente ruse des autorités fait long feu. On passe le check in, puis la sécurité, puis on paie sa taxe de transport, et on arrive dans la salle d’attente hexagonale, où l’on doit attendre l’annonce des départs. C’est alors qu’on apprend aussi à quelle porte on devra se rassembler.

 

 

merpati3En attendant, on peut aller acheter un journal au kiosque à journaux, qui fait aussi office de bar-tabac et de vendeur de chocolat. C’est la cohue.

 

 

 

 

 

 

papdeppapdep4Bientôt, c’est mon vol qui est annoncé, et presque tous les passagers se lèvent, pour aller jusqu’à la porte désignée. Hop là, dans l’avion Lion Air, garé entre deux ruines utilisées par les dieux savent quels trafiquants d’or, de diamants, d’armes ou de cobalt. Bonjour Mesdames et Messieurs ; veuillez prêter attention aux consignes de sécurité ; Allah Akbar ; vroum, enfin, on quitte la place de parking, pendant que les hôtesses font une dernière fois le tour de l’avion, afin de voir si nous avons tous bouclé notre ceinture de sécurité. En bout de piste, devant nous un petit bimoteur, puis c’est nous. Les réacteurs s’emballent, on démarre, on roule de plus en plus vite, on décolle, on rase les collines merpati2noyées de pluies, qui entourent Sentani, puis on s’élève lentement sur un spectacle de forêts vides, bientôt obscurcies par d’autres nuées. Au bout d’une heure, les nuages s’effilochent. Dix kilomètres plus bas, on voit Fakfak, puis on quitte l’île pour voler par-dessus les Moluques, puis c’est Ambon, tout en bas ; puis l’avion commence à descendre, et c’est bientôt Makassar.

 

L’aéroport de Makassar est une véritable fourmilière, comparé à celui de Jayapura. Nous descendons de notre avion pour traînailler dans la salle de transit, pour être rappelés quinze minutes plus tard, afin de monter dans un autre avion, plus gros, de Lion Air. Notre petit Boeing s’envolera bientôt vers Ambon. A côté de moi, une jeune femme qui m’observe et me demande si je n’étais pas dans le bateau vers la Papouasie, il y a plus ou moins un mois…

 

Arrivée à Jakarta, deux heures plus tard. Je salue bien bas ma voisine qui reste ici, et file à travers l’immense aéroport, vers la sortie ; de la sortie vers le check in d’Air Asia ; du check in vers la sécurité ; de la sécurité au paiement de la taxe d’aéroport ; du service de paiement de la taxe d’aéroport au contrôle des frontières où une préposée, déçue, remarque que je suis encore, mais tout juste, tout juste, dans les temps : pas d’amende juteuse à me faire payer… Elle me lâche donc et je file hors de ses griffes – fort jolies par ailleurs, ma foi – pour arriver hors d’haleine devant la queue des passagers de mon avion, qui sont en train d’embarquer. Ouf.

 

Vol sans histoire, pendant lequel je dors. Arrivée à Kuala Lumpur. Je prends la sortie, passe la douane, le contrôle des frontières, passe à l’entrée, fais la queue au check in, passe le contrôle des frontières, où le douanier regarde d’un œil surpris, puis suspicieux, mon passeport, puis comprend soudain : visa run… Trois heures et demie plus tard, mon avion commence à descendre vers Java. Sur ma gauche, Jakarta ; sur la droite, une mer polluée au possible. Je m’en fiche : ce soir, j’aurais quitté Jakarta pour Jogja’.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.