27/05/2008

Le bloquage de la frontière

Le temps passe, l’agacement général croit, même si le Papou ne fait pas trop montre de son énervement, quand il l’éprouve. J’ai trois fois parcouru la queue, dans toute sa longueur, de l’endroit où j’ai déposé mon baluchon, sous la garde sourcilleuse d’un Papou auquel j’ai offert un paquet de cigarettes, m’en faisant ainsi un ami jusqu’à la mort, jusqu’à la chicane par laquelle on passe, quand la frontière est ouverte, pour arriver aux bureaux de la douane indonésienne.

 

La chicane est fermée et les voyageurs, philosophes, ont déjà déballé ce qui devait l’être pour prendre un petit repas avant la nuit. Aucun espoir de voir la porte s’ouvrir, selon toute apparence. Certains grognent ; d’autres font, contre mauvaise fortune, bon cœur.

 

Je fais partie des grognons, je dois l’avouer. Mon pisin serait meilleur qu’il y aurait des fois où j’exploserais en mihops.

 

papborder1papborder3papborder4Le long de la queue, il y a des vendeurs de trucs et de machins, qui ont placé leur petit étal, avec l’espoir de faire un peu de bizness. Mais rien n’a l’air particulièrement alléchant – surtout si on n’aime pas le bétel. Les Papous s’attroupent autour de ces petites échoppes et se font de jolies dents toutes rouges. Il faut aimer.

 

Bientôt cinq heures, et la lumière baisse, avec le soleil. Dans une heure il fera nuit et, de toute manière, la frontière n’ouvrira pas. Après une courte négociation avec mon Papou aux cigarettes, je m’arrange pour qu’il me garde ma place et je le reverrai demain matin, vers les dix heures – pas la peine de me presser, vu la longueur de la queue… - avec deux paquets de kretek.

 

Puis hop là, dans un minibus qui retourne vers Jayapura. Près d’une heure plus tard, j’y suis, et je cherche un autre minibus pour Sentani. Veine, il y en a un qui attend son dernier client. Ce sera moi. Hop là et en voiture Simone. Une heure de plus, j’arrive à Sentani, sous une pluie fine et dans la nuit noire. Au terminus, il y a quelques moto-taxis que j’intéresse énormément. Pour quelques roupies, on me reconduit à mon hôtel, où il y a de la place.

 

Mon ancienne chambre est occupée – ça ne me dérange pas particulièrement – et on m’en propose une autre qui coûte un énooorme dollar de plus que la précédente. Pour ce dollar, j’ai droit à une amélioration sensible du standard.

 

D’abord, je suis au premier étage, où les rats sont usuellement moins nombreux, les cancrelats, inexistants ; ensuite, je bénéficierai non pas de l’habituel mandi – le bac d’eau froide dans lequel je devrais plonger une louche afin de m’asperger pour me laver, me savonner, me rincer - mais d’une douche.

 

Une douche froide, bien entendu.

 

Tope la mon brave, l’affaire est faite : je prends la chambre.

 

Une fois ma valoche dans la chambre, je prends une douche, puis me rhabille et décide de descendre pour aller à cent mètres de là, me nourrir un coup. Avec un peu de chance, radio trottoir me fera savoir comment les choses se passent en PNG, en général ; à la frontière de la PNG, en particulier.

 

Dehors, le chemin est cahotant, et vu le peu de lumière, sinon celle qui vient des intérieurs, on marche avec prudence. Bientôt, je suis sur la grand’ route et là, ça va. Il y a un cybercafé, deux épiceries et deux restaurants. Après tout, nous sommes dans le village qui entoure l’aéroport principal de l’île, n’est ce pas… Je passe devant le cybercafé, et me décide à y entrer, afin de consulter ma messagerie, si l’Internet fonctionne. Hier, c’était en panne. Ah, aujourd’hui, il marcherait. Je m’installe devant un écran qui date d’avant Hérode, un clavier sali par des milliers de doigts. L’Internet fonctionne, c’est exact, mais les touches du clavier collent et il est difficile de tout simplement taper mon nom et mon mot de passe, pour enfin en arriver à ma boite aux lettres électronique.

 

Enfin, j’y suis, pour trouver une pile décourageante de messages sans intérêt, entre lesquels je peux noter, ici et là, le nom de mes correspondants habituels. Commençons par nettoyer : la touche « delete » fonctionne raisonnablement bien et, après un quart d’heure, j’ai pu effacer le plus gros. Restent les messages qui méritent probablement d’être lus, mais je n’ai pas le temps de commencer le premier de ces messages que… l’électricité saute.

 

Marre.

 

Je sors donc dans la rue noire, bientôt constellée de tremblotantes flammes de bougie. A côté de moi, une solide blonde moustachue et sympathique, dont j’apprendrai qu’elle est norvégienne et qui me donne son nom, aussitôt oublié. Nous décidons d’aller dîner ensemble. Au cours d’un repas médiocre, pris dans une salle grise où bientôt l’électricité a été rétablie, j’apprends qu’elle rentre elle aussi d’une longue promenade à travers la Papouasie indonésienne, qu’elle s’est blessée au cours du trajet, au point d’affréter un avion pour elle toute seule, afin de revenir à la civilisation – enfin, à la civilisation… - à Sentani.

 

Elle doit partir dans les tous prochains jours, vu que son visa va arriver à échéance, et les dieux savent comme la police de la frontière est pénible, quand on passe avec des documents qui ne sont pas en ordre.

 

Oh que oui, tu as raison, ma fille…

 

Tiens, à propos, et mon visa à moi, c’est bon jusqu’à quand ?

 

Rapide recherche de mon passeport que je parcours avec attention. Il me reste… deux jours.

 

Demain matin, je passerai à l’aéroport, afin de voir si je peux négocier un billet sur la PNG, ou vers ailleurs – sortir d’Indonésie dans l’urgence, en tout cas. Pour le passage au sol de la frontière vers la PNG, ça me semble rapé.

 

Sur cette forte résolution, nous terminons notre repas.

21:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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