25/05/2008

Wutung (enfin, presque) et les Rascals

Pour une trentaine de kilomètres, je change deux fois de minibus. D’une fois l’autre, le véhicule se racrapote, attaqué de toute part, dans une bataille perdue, par la rouille. Les sièges sont défoncés, d’autant plus qu’on y est assis à deux par place.

 

Le dernier minibus, celui qui arrive finalement à la frontière, ne me semble avancer que par miracle. Le moteur peine même sur une route sinueuse, certes, mais qui jamais pourtant ne fait mine de grimper sur le flanc des collines qui nous flanquent, sur la droite.  

 

Pour ce dernier segment de route, je suis à l’arrière du minibus, encadré par une lourde mémère morose, à ma gauche, et deux jeunots qui se sont assis en quinconce, à ma droite, afin de pouvoir, pour le moins, déposer un coin de fesse sur la banquette en faux skaï véritable. Le peu de confort proposé par ladite banquette n’est pas de refus, vu les tressautements atroces du véhicule, qui roule à, tout au plus, vingt à l’heure.

 

Ce n’est pas que la suspension a connu de meilleurs jours ; c’est que la suspension est morte.

 

Dans un dernier hurlement de freins martyrisés, qui traîne sur, au moins, cinquante mètres, le chauffeur parvient à stopper son pur sang. Les freins sont, eux aussi, largement passés leur fin de vie et le chauffeur sait qu’il doit les solliciter bien avant que nécessaire – je veux dire, que nécessaire si les freins étaient dans un état décent. Enfin, nous nous sommes arrêtés avant la collision, c’est l’essentiel.

 

La queue qui commence devant nous semble aller jusqu’à l’infini. Nous sommes au bas mot à un kilomètre de la frontière, et je ne vois qu’une fille irrégulière composée de quelques guimbardes pourries, de bipèdes résignés en emballés dans l’un ou l’autre coupe pluie – usuellement une bâche en plastique – de pick ups délabrés, dont le plateau est une montagne d’objets certainement utiles ; de quelques minibus transportant l’un ou l’autre groupe de passagers qui ont payé leur voyage jusqu’à Vanimo.

 

Après quelques minutes, un autre minibus s’arrête derrière nous, pendant que nous descendons du notre. Après tout, quant à nous, nous avons payés pour la frontière, et nous y sommes – enfin, à un kilomètre, c’est tout comme… En pisin, l’un de mes co-voyageurs m’explique qu’il faudra attendre là où nous sommes, car c’est bien ici que la queue commence pour le poste de douane. Je lui laisse mes bagages qu’il me promet de surveiller – il est tout dévoué à ma cause, depuis que je lui ai offert une cigarette – et vais voir vers l’avant quelle est la longueur réelle de cette queue qui me semble suspicieusement longue. Après dix minutes de marche, je dois bien en arriver à la conclusion que ma première impression était la bonne : la queue est longue d’au bas mot un kilomètre.

 

Et quand on voit comment, d’habitude, les officiels indonésiens gèrent le passage des frontières, compulsent et vérifient les documents accompagnant les passeports, interrogent longuement leur titulaire, retournent dix fois chaque bout de papier pour en extraire la substantifique moëlle et enfin laisser passer le malheureux requérant, on peut craindre le pire. Surtout qu’elle n’a pas l’air de bouger…

 

Cette queue ne finira jamais – ou alors, il faut payer.

 

Ah oui, maintenant que j’y pense… le coup du paiement d’un petit kekchose pour que l’on puisse bénéficier d’un passe droit n’est pas exclusivement réservé aux autorités carolorégiennes.

 

Aussitôt pensé, aussitôt mis en œuvre. Je vais m’enquérir afin de savoir si le coup du graisse-patte est d’usage ici. Le contraire m’étonnerait, mais mieux veux savoir de manière certaine. Il y a, s’agitant autour de la queue, des messieurs qui viennent offrir de quoi manger, boire, d’autres choses encore. Je me dirige vers l’un d’entre eux afin d’être mis au parfum des habitudes de la frontière locale.

 

Au bout de quelques minutes de questions ouvertes, comme on dit, je me rends compte que le problème n’est pas celui que j’imaginais : il y a, tout simplement, de l’autre côté de la frontière, en PNG, une bande de rascals qui bloque la route, entre Wutung et Vanimo. De ce fait, c’est la PNG qui ne laisse rentrer personne, vu qu’un bain de sang à la porte des bureaux de la frontière, sous le nez des officiels trop peureux pour sortir des baraquements dans lesquels ils se terrent, ça ferait mauvais genre.

 

La frontière, en d’autres mots, est fermée.

 

Pour combien de temps ?

 

Ah, ça, on ne peut pas dire.

 

Mais, usuellement, ça dure combien de temps ?

 

C’est variable.

 

Oui, mais variable comment ? Une demi journée ? Une semaine ?

 

Ah, il ne faut pas s’en faire : cette fermeture de la frontière, ça n’a jamais duré plus de quelques jours – deux ou trois, tout au plus. Finalement, un hélicoptère de l’armée de la PNG survole les régions où les rascals sont en train de piller ; il crache deux ou trois rafales de mitrailleuse ; lesdits rascals s’égaillent. Un camion de l’armée arrive alors, un jour plus tard, patrouille un peu le terrain, ramasse les morts et les enterre, soigne les blessés, éteint les incendies agonisants, voit ce qui peut être fait avec les victimes des pillages, des vols, des viols, des survivants des rapines perpétrées par les rascals. La route peut alors être rouverte.

 

Ici, les petits salopiauds ont commencé à tout casser dans la matinée du jour précédent. La frontière a promptement été fermée, afin d’éviter le passage de victimes potentielles ; on est bloqué depuis hier. Donc, demain, après demain, tout au plus, le passage de l’hélicoptère est programmé. Ensuite, ce sera comme dit précédemment. Bien entendu, il faudra que les douanier rattrapent alors le retard à la douane… et ils n’iront, malheureusement, pas plus vite. En face, de toute manière, ils sont tout aussi lents, tout aussi corruptibles – ça, c’est une bonne nouvelle – mais les sommes exigées en PNG sont tout simplement exorbitantes.

 

Voilà des informations qu’elles sont gaies…

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

qu'est-ce que tu vas foutre dans des endroits pareils ?

Écrit par : erwann | 26/05/2008

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