19/04/2008

Bientôt à la frontière

Nous quittons Sentani dans un microbus plein comme un œuf, changeons deux fois, avant d’arriver à Jayapura, à la gare de bus centrale. Il s’agit d’un petit terrain vague, à deux pas d’une place supposée être la place centrale de la capitale, avec des bus, des minibus, des pick ups et un taxi dessus.

 

Parler d’activité fiévreuse serait mensonger. On ne s’agite pas. C’est vrai, à tout moment, un minibus arrive, un pick up part. Alors que nous y arrivons, mon voisin, qui parle quelques mots d’anglais, et qui s’est enquis de savoir où j’allais, peut fièrement me guider jusqu’au minibus qui partira dans quelques minutes vers la frontière ; dans quelques minutes, ou dans le nombre de minutes nécessaires pour remplir son tacot. Le chauffeur dudit minibus, qui n’est pour le moment qu’à moitié plein, est en train de s’en griller une, avec les copains, pendant qu’un rabatteur court le chaland. Quand le minibus partira, plein, le conducteur glissera la pièce au malheureux en guenilles qui lui a rempli son véhicule.

 

Les quelques minutes se transforment en une bonne demi heure. Bah, quand on arrive en Océanie, on découvre une chose : le temps ne compte pas. Enfin, pas trop.

 

pap8Je m’occupe en jouant avec le petit garçon à la crème glacée, que son papa lui avait offerte et qu’il a partagée, avec équité, en deux moitiés : une pour ses vêtements, l’autre pour sa bouche. Papa a essuyé ce qu’il a pu, le petit ange s’est laissé faire, digne, mais agacé. Maintenant, nous nous regardons, lui avec un air méfiant, moi d’un air bête. Chaque fois que nos regards se croisent, je lui fais une grimace, puis je regarde ailleurs. Il se colle à son papa, fait semblant de regarder ailleurs, puis s’intéresse à nouveau à moi, d’où une nouvelle grimace.

 

Quand enfin notre chauffeur nous signale, d’un geste large, que nous sommes conviés à bondir dans son carrosse, Monsieur le papa embarque le fiston qui veut tellement regarder si je suis qu’il se cogne la tête à la porte d’entrée de la camionnette. D’où des larmes, des cris, pendant que j’en profite pour prendre place juste à côté de lui. Les larmes s’arrêtent instantanément ; le petit ange se remet à m’observer, avec méfiance et hostilité.

 

Au bout d’un quart d’heure, arrêt dans un village sans nom, où je dois attendre un autre minibus qui ira, lui, directement – enfin, avec de nombreux arrêts – à Wuntung. Quant au petit garçon, il disparaît avec son père, dans un petit chemin qui les conduira Dieu sait où. La dernière image que j’en ai, c’est sa tête dépassant de l’épaule de Papa, à la démarche lourde et balancée, vérifiant si je suis toujours là.

 

Mon minibus arrive, je monte dedans et pour une fois, miracle, j’ai une bonne place. Vu que j’ai un sac avec moi, je paie double place – le minibus est plein – mais je suis devant, à côté du conducteur.

 

C’est un Papou.

 

C’est à partir de maintenant, que je ne suis plus en Indonésie. Toute la route, moche, faite de trous et de bosses, lente, sera une route papoue. La région n’est manifestement pas fréquentée par les envahisseurs – ou, du moins, aucun d’entre eux ne prend le minibus. Quand on prend la route, sur les autres sorties de Jayapura, les uniformes abondent – et ce sont parfois des Papous qui les portent… - mais ici, plus rien. Parfois, cependant, nous croisons une jeep avec des soldats Indonésiens lourdement armés dessus. La frontière approche et l’Indonésie, tout comme Singapour, veut croire que l’invasion, c’est pour demain. Mais qui veut vraiment le croire ? C’est, comme le dit l’expression traditionnelle, se gratter pour se faire rire.

 

Quoiqu’il en soit, les soldats indonésiens passent, nous croisent, des mitrailleuses plantées sur leur jeep. Le silence s’établit alors, puis le minibus redémarre. Les chansons sont reprises, entonnées, fredonnées. Ah, je reconnais quelques mots d’anglais pisin, pidgin, l’Indonésie s’efface, la PNG influence tout un monde par delà les frontières.

 

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Plus de posts ? J'attendais pourtant la suite avec beaucoup d'intérêt ;-)

Écrit par : Nautilus | 20/05/2008

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