14/04/2008

Jayapura

pa1pa3Jayapura même est tristounette et moche.

 

Jayapura, c’est la capitale… Ce sont deux rues parallèles, avec des trous en forme de nids de poules, tout le long, des trottoirs qui rappellent les tranchées de la première guerre mondiale, après une préparation d’artillerie, des poubelles jamais ramassées, mais souvent fouillées, qui ornementent les tranchées indiquées avant.

 

papo2papo3Entre les deux grand’ rues, il y a quelques ruelles étroites, glissantes, puantes d’ordures, avec un ruisseau au milieu, qui transporte ce qu’il peut jusqu’à un trou, ou une petite mare qui fait le côté de la ruelle. Des chiens squelettiques, couverts de gale, et des chats qui ne valent pas mieux, à la queue soit écourtée, soit cassée, soit encore tordue, et qui tiennent absolument à venir se frotter à vos mollets. Ca les distraits de rats qui se promènent, tranquilles, d’un tas d’ordures à l’autre, à fouiller paisiblement le garde manger à ciel ouvert qui leur est proposé.

 

Une rivière – non, plusieurs ruisseaux, qui se joignent quelques dizaines de mètres avant l’entrée dans la bourgade – coule à travers Jayapura, passant comme elle le peut à travers des amas de carton pourrissant, de plastique qui grisaillent tout doucement. Les gosses jouent au milieu de ce qui n’est rien d’autre qu’une décharge publique.

 

papo4La ville se termine après une centaine de mètres, et des banlieues bâties à la comme on peut, qui rappellent fâcheusement les favelas brésiliennes, grimpent sur le flanc de collines aux pentes abruptes. On peut y monter, à coup de chemins tracés entre les bicoques, et cimentés ainsi que, quand il pleut, une rivière grise traverse le quartier sans emporter les maisons. Dans chaque maison, ou presque, bruisse la télévision, dont le bavardage inane est presque couvert par le chant des oiseaux en cage.

 

Les petits Papous jouent nus, ou parfois vêtus d’une harde à trous, dans la rue, ou dans la rivière, usuellement entre eux, parfois avec les petits immigrants, tout aussi misérables qu’eux.

 

papo10C’est pauvre et pittoresque ; c’est moche et, cependant, le sourire des gosses, quand vous passez, rend tout joyeux. Je prends, parfois, une photo, pour la leur montrer. Ils sont ravis.

 

On quitte vite Jayapura, pour aller voir les campagnes. D’abord, parce qu’il n’y a rien dans les villes, ensuite, parce que Jayapura, ce sont trois hôtels prétendant au trois étoiles – standard indonésien – et vous proposant, dès lors, une chambre médiocre pour un prix effrayant. Il faut donc aller loger à l’extérieur, aux frontières de l’inconnu, afin d’être à deux pas de la jungle, et de pouvoir trouver un guide à un prix civilisé. Ceux qui vous ont harponné, à la sortie du bateau, vous offrent des promenades d’une semaine, dans la jungle, à des prix pharaoniques.

 

Alors que je quitte le terminal de Jayapura, je prends donc un pick up qui va, par petites étapes, jusqu’à Sentani. Sentani, c’est la première étape de mon périple ; c’est une minuscule bourgade avec quelques hôtels, aussi, vu que l’aéroport est à deux pas.

 

Mon premier pick up me conduit jusqu’au centre ville – enfin, centre ville – de Jayapura. Là, je dois quitter celui-ci pour prendre un microbus, avec mon baluchon, pour aller de Jayapura à Entrop – une petite bourgade située à un bon quart d’heure de Jayapura. Là, je devrai encore changer, une, non, deux fois, avant d’arriver à Sentani, dix kilomètres plus loin, à tout casser.

 

Eeeeh beh…

 

papo9papo8A dire en faveur du système, c’est que, comme on paie chaque section de manière séparée, on a le sentiment que rien ne coûte cher. Mille roupies ici, cinq cents là… On ne dépense rien. J’arrive, après trois – non, quatre – trajets différents, à Sentani. La grand’ route n’est que plaies et bosses, avec des gravillons noyés dans une terre humide sur les côtés. Il pleuvra bientôt, ou il vient de pleuvoir.

 

Quand j’arrive à Sentani, monsieur le conducteur me fait signe de rester dans le véhicule. Il m’abandonne un peu plus loin, me signalant, du geste, qu’il y a, à gauche, à droite, partout, des hôtels.

 

Après un petit tour, force m’est de constater qu’il ne m’a pas menti.

 

C’est jusque que les hôtels locaux rappellent fâcheusement ceux que l’on décrit dans les récits de voyage du seizième siècle.

 

Celui sur lequel je jette finalement mon dévolu me propose, pour dix dollars, ce qui est cher, pour l’Indonésie, une chambre avec un mandi inclus - mais quel mandi… : un coin raisonnablement propre, je dois l’admettre, que je dois partager, sans enthousiasme, avec une colonie de cancrelats – et dans laquelle, je le remarquerai au milieu de la nuit, les rats courent, à la recherche d’un petit quelque chose à manger.

 

papo6Heureusement, c’est pour une nuit seulement : dès mon arrivée à Sentani, devant le comptoir d’arrivée de mon hôtel, j’ai été abordé par un Papou souriant, aux mollets musculeux, parlant bien l’anglais, et qui m’a proposé, pour un prix honnête, une promenade d’une semaine dans la montagne. Ca me reviendra, après discussion, tout inclus, un million de roupies. Une fortune ici, mais bah, je suis venu pour cela, donc allons-y.

 

A dire en faveur de mon guide, il ne me dore pas la pilule : si je veux voir des oiseaux de paradis, je suis dans la mauvaise région. Les chances d’en voir sont infimes, dans le Nord du pays. Il me faudrait affréter un avion, à Sentani, afin d’aller dans le sud. Or, non seulement affréter un avion vous coûte une fortune, mais il n’y en a pas toujours à portée de main. Les avions qui parcourent la Papouasie sont, pour la plupart, de petits monomoteurs quatre places, pilotés par les curés qui tentent de répandre la bonne parole, contre les animistes, les confrères de sectes concurrentes, les musulmans et les termites qui bouffent tout.

 

Bref, ce ne sont pas des marrants et ils font feu de tout bois pour gagner quelques sous, dans le but de pouvoir commander l’un ou l’autre gadget, destiné à attirer le papou agnostique ou – horresco referens - apostat.

 

Tout ça pour dire que le siège d’avion, quand on le trouve, est cher.

 

Je visiterai donc, en Papouasie indonésienne, ce qui peut l’être. La nature est sauvage, dangereuse, belle et, si je ne vois pas d’oiseau du paradis, ni ne les entends, je devrais par contre apercevoir des kangourous.

 

Le lendemain matin, lesté d’un médiocre petit déjeuner, avec beaucoup de thé, j’attends, mal reposé, Samuel, mon guide. Il arrive à l’heure dite, avec un sac à dos plein de tout ce qu’il en terme de nourriture et de matériel de couchage. Il a un deuxième sac pour moi – je suis toujours, dois-je le rappeler J avec ma valisette à roulettes, bien utile partout… sauf dans la jungle – dans lequel je fourre chaussettes, caleçons, t-shirts, deux paires de shorts et quelques affaires de toilette.

 

A la fin de mon chargement, je dois avoir, dans mon sac, à tout casser, six ou sept kilos. L’expérience me rappelle que lors d’une promenade dans la nature équatoriale, on apprend vite à mûrir dans son jus : tout sauf s’embarrasser de superflu.

09:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Wouaou... Voilà que tu trouves encore un nouveau moyen pour me scier...Bon, je ne lirai pas tout cette nuit si je veux un peu dormir (à Linkebeek, il faut garder la tête froide : on a des problèmes linguistiques et tout ça que je te défie de trouver au bout du monde) mais déjà j'adore les photos. Elles remuent un peu les valises que j'ai toujours gardées dans la tête. Quant au peu que j'ai déjà lu (mis à part un style irréprochable évidemment...), j'y ai retrouvé un certain humour qui tapissait déjà les dissertations qu'un camarade de bus écrivait à ma place.
Bon, comme j'adore lire les fins de livres avant leur début, dis-moi où tu te trouves à présent.
En attendant un petit message plus personnel, je n'ose pas te souhaiter bon vent, celui ci semble t'avoir mené déjà bien loin
bise. Anne
P.S: Je suis d'humeur à écouter un "petit jardin du Luxembourg" de joe dassin ce soir ou alors un charles Trennet. J'imaginerai l'appartement de ta maman et je pense que je vais me sentir très bien. Bonne soirée

Écrit par : Anne | 23/05/2008

Les commentaires sont fermés.