09/04/2008

Le Blues des Papous

L’histoire de la Papouasie indonésienne, c’est l’histoire bien noire d’une colonisation parmi les plus  brutales qui aient jamais été, d’un ethnocide qui fait mal au coeur, d’un pillage intense qui dure depuis plus de quarante ans.

 

Tout commence avec ce que l’on appelle aujourd’hui la transmigrasi. Les Hollandais, qui occupent, commercialement, les Indes de l’Est, comme ils les appellent, se rendent compte qu’il y a des îles de leur propriété, sur lesquelles il n’y a pas grand monde, quand d’autres îles sont surpeuplées. Sur certaines îles, dont le sol semblait bien fertile, il n’y avait pas de bras, sur d’autres, où il fallait nourrir tout le monde… Il y avait trop de bouches à nourrir, trop quant aux objectifs d’exportation fixés par le pouvoir central. Le riz mangé à Jogja était du riz qui ne partait pas, vendu pour trois fois rien, en Hollande, pour être revendu, pour très, très cher, ailleurs…

 

Or donc, voilà les Hollandais qui se mettent à organiser le déplacement des surplus de population, de Java à Bornéo, ou de Sumatra à Sulawesi – d’où, dans ce dernier cas, les petits ennuis subis par le babiroussa, au début du dix neuvième siècle – vers Timor, vers Flores ou, encore, vers la Papouasie – mais là, c’est en dernier ressort. ; la transmigrasi, puisque c’est le nom qu’on lui donne, vers la Papouasie, en ces temps là, est infime.

 

Le résultat, c’est davantage de production agricole exportable, davantage de sous dans l’escarcelle hollandaise – c’était l’intention première, n’est-ce pas … - et une misère non négligeable, du moins, lors de la première génération, des malheureux envoyés ici ou là, pour vivre une meilleure vie, avec de la terre rien qu’à eux.

 

Et puis, la presque disparition du babiroussa, bien entendu, répétons-le.

 

Arrive la triste affaire de la deuxième guerre mondiale, et le passage des Japonais. Ils sont d’abord accueillis en libérateurs par les indépendantistes indonésiens, qui comprennent vite que l’unique intention des Japonais est de les utiliser comme main d’œuvre servile. La parenthèse collaborationniste ne dure pas longtemps ; cest une parenthèse que les indépendantistes tentent usuellement de passer sous silence, vu qu’on ne peut trop être bien fier d’avoir aidé les Japonais lors de la guerre. Leur réputation, méritée, semble-t-il, est détestable et rappelle, de manière embarrassante, celle que nos amis Allemands ont traîné à travers toute l’Europe Centrale, la Hollande et, bien entendu, Israël.

 

Or donc, nous voilà en 1945. Les Japonais partent, et bientôt les Hollandais, pressés par les indépendantistes. Nous voilà en 1949, époque à laquelle toute l’Indonésie se libère du joug hollandais et de la cuisine batave. Toute ? Non, une dernière demi-île reste hollandaise ; il s’agit de la Papouasie dite « de l’ouest ». L’autre, celle qui deviendra un jour la PNG, reste pour le moment, bien prudemment, colonie sous mandat de l’Australie.

 

Les Australiens ne sont peut-être pas des maîtres absolument parfaits, mais dans les temps de trouble, mieux vaut ne pas jouer dans la cour des va-t-en-guerre ; mieux vaut rester sous la coupe d’une puissance prestigieuse, qui peut faire reculer les fous dingues d’Indonésie, et le Royaume Uni, qui est encore un empire, a très exactement ce rôle.

 

En 1962, la Hollande, à force de pressions internationales, doit renoncer à garder sa Papouasie à elle. L’intention est de la laisser à elle-même – sous contrôle de l’ONU, à l’extrême rigueur. Ce sera à elle de décider, un jour, de son propre sort. Les Papous penchent pour une unification avec l’Est de l’île, vu qu’avoir une immense île, presque un continent, appelé Papouasie, ça en jette et, surtout, surtout, surtout, les cultures papoues qui n’ont déjà pas grand-chose de commun, n’ont absolument rien à voir avec ce qui les entoure. La Papouasie, c’est Mars.

 

Donc, si on peut choisir, monsieur le chef, on aimerait autant se retrouver ensemble. Sans compter qu’il semblerait, à première vue, qu’il y ait ici et là des gisement d’or, de pierres précieuses, de trucs et de machins qui pourraient nous faire vivre en en fichant pas une rame – ce qui est le souhait de tout un chacun.

 

Indépendance et unité de la Papouasie, donc. C’est sans compter sur les Indonésiens, qui sont assez bien intéressés, eux aussi, par l’annonce de la présence de gisements d’or. Ils envahissent donc la Papouasie de l’Ouest, font front contre l’ONU dont l’impuissance est déjà un fait deviné, si pas connu… Puisque le fait accompli est accompli, l’ONU, effectivement, se contente de déplorer l’invasion et organise le recul en bon ordre des droits les plus élémentaires à l’autodétermination des Papous.

 

L’ONU arrange donc un règlement pacifique de l’affaire, selon laquelle l’Indonésie est autorisée à garder la Papouasie qu’elle vient d’envahir – nous sommes dans les années soixante, à l’époque où l’anticolonialisme bat son plein… - pour autant que, dans dix ans, un référendum soit établi en Papouasie, afin de voir si les habitants sont contents de l’occupation de leur pays par les Indonésiens.

 

Les Indonésiens signent le traité, l’ONU signe le traité, tout le monde est content, sauf les Papous.

 

En effet, en plus du fait que l’armée indonésienne est là et que, sur le champ, l’Indonésie se met à piller la Papouasie autant que faire se peut, le gouvernement indonésien se lance dans une belle campagne génocidaire envers les Papous, met en place une politique de transmigrasi massive, dont l’intention avouée est de gagner, le jour venu, le référendum.

 

Des dizaines et des dizaines de milliers de javanais, tirés et poussés par les autorités indonésiennes, arrivent en Papouasie, où ils vont très vite croupir dans une misère noire, puisque, rien n’a été organisé pour leur accueil, avec leur religion – l’islam -  leurs habitudes et dans ignorance crasse des réalités du terrain.

 

Ils tombent comme des mouches, mais de nouveaux remplacent les morts pour, à leur tour, crever de maladies inconnues et se demander ce qu’ils font là.

 

De ce fait, les dirigeants indonésiens se trouvent à une croisée des chemins. Soit ils décident de gérer intelligemment une transmigrasi dont on sait parfaitement le but : ça leur coûtera des sous, mais ça leur rapportera un pactole – et quand j’écris leur, je pense, bien entendu, non pas aux Indonésiens, mais aux dirigeants indonésiens ; l’Indonésie indépendante n’a, encore aujourd’hui, rien à envier à la dictature mobutiste et sa corruption est devenue légendaire.

 

Revenons-en à nos moutons. Soit, disais-je, les dirigeants Indonésiens pap3gèrent la transmigrasi avec un tant soit peu d’intelligence et quelques efforts, soit ils ne gèrent pas la transmigrasi, continuent néanmoins à piller le pays dans un but exclusivement personnel, et changent les règles du jeu, en ce qui concerne ce petit détail embarrassant du référendum.

 

On change donc les règles. Le référendum est annulé, avec l’aval de l’ONU, et remplacé par un référendum des sages, de quelques personnalités choisies, par le gouvernement indonésien, afin de décider de la volonté de rester, ou non, dans l’union indonésienne. Esst-il nécessaire de dire le résultat…

 

La Papouasie devenue province de l’Indonésie, elle est découpée en deux départements, disons-le ainsi, afin de lui faire perdre toute unité ; on continue à joyeusement massacrer les Papous ; on continue à la piller. Les indépendantistes Papous, qui vous chuchotent, en fin de soirée, ce qu’ils n’osent jamais crier, rapport à l’armée,  tendent à vous dire que l’Indonésie s’est invitée à un grand festin, en envahissant la Papouasie, et que le jour où le garde manger aura été ratissé, ils quitteront la table vide.

 

Et ce que l’on voit, effectivement, c’est une misère désolante, dans les villes ; des routes – si peu, si peu… - dans un état lamentable ; une pauvreté omniprésente ; quelques Papous qui se cachent ; quelques Papous qui se montrent, rapport aux photos qu’un occasionnel voyageur pourra prendre, contre un paquet de cigarettes ;  des Papous qui traînent leur misère et leur ivrognerie en ville ; fraternellement mêlés à de frais arrivés qui n’ont pas su y faire et qui se saoulent la gueule avec eux ; des mosquées qui insultent les églises protestantes qui, elles même, sont une injure à la tradition papoue ; des mémères qui circulent en sac à patates avec grillage en option, ou déguisée en tortues-ninjas, elles aussi entourée de gosses en guenilles ou nus, qui jouent sous la pluie.

 

Dans l’intérieur de l’île, usuellement protégées par l’armée, il y a des zones minières où l’or, l’argent, le platine et le reste sont extraits, où des bois précieux sont traités et enrichissent quelques pontes extérieurs à l’île.

 

Heureusement, pour le passant que je suis, il y a la nature.

21:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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