06/04/2008

Les Célèbes et leurs bus pourris

Quelques jours en pays Toraja ne me permettent certainement pas d’avoir tout vu, mais je n’oublie pas mon but ultime : la Papouasie... ou les deux Papouasies, puis qu’il y en a une indépendante, et l’autre pas.

 

Ensuite, il y aura les îles, peut-être, et encore une fois l’influence délétère de Corto, quand j’irai à travers l’Archipel Bismark. Après, je ne vois pas trop. Bon, on verra venir, comme on dit.

 

Il me faut donc repartir vers… vers quoi donc, au fait ? Vers Makassar, bien entendu, d’abord, Makassar où un ferry m’attend : une nuit de navigation ; arrivée aux Moluques, puis redépart vers l’Irian Jaya

 

Dommage pour le reste des Célèbes, que je ne verrai donc pas cette fois ci. Tout l’Est, vide de routes, est certainement intéressant,  plus intéressant que le Nord, devenu, tout doucement, touristique – enfin, touristique comme on peut comprendre le mot dans les Célèbes, aujourd’hui… Peut-être déciderai-je de m’y arrêter au retour.

 

En attendant, un beau soir, je reprends un bus dont l’intention est de quitter Rantepao à huit heures et d’arriver vers les cinq heures du matin au terminal de bus de la capitale. J’ai pris le premier billet venu, le jour précédent, et son prix m’a bien fait savoir que je ne prenais pas un VIP. Bah, on verra bien.

 

Un bus, aux Célèbes, quand c’est un VIP, ce n’est déjà pas un paquebot tels qu’on les voit en Europe. Le modèle entre-deux-classes n’est pas à pleurer, mais rappelle assez bien ce que j’ai pu connaître, plus d’une fois, en Birmanie. L’Indonésie est une éponge de pétrole, un pays riche. Du moins, certains sont riches. On ne rencontre pas ces certains dans les Célèbes.

 

Dans la grand rue de Rantepao, le soir, ça balance pas mal. Il y a des lampes qui clignotent ici et là, pour indiquer les deux bistrots à la page qui se trouvent devant le terminal de bus. Dans le bureau de mon transporteur, nous sommes assis, à une douzaine, avec nos bagages, puis des gens passent, viennent chercher leur billet. Le bus arrive à l’heure.

 

C’est ensuite que le monde que nous connaissons montre ses limites. L’heure avance, on n’appelle pas les voyageurs, le bus ne démarre pas. Une grosse dispute éclate entre le conducteur et quelqu’un qui se révèle, finalement, être le chef de station – Rantepao, je veux dire. Vu mon excellent baha indonesia, je vais vite aux renseignements auprès de mon voisin : le conducteur n’est pas trop satisfait de son véhicule, dont il craint que le changement de vitesse casse dans les kilomètres à venir.

 

Woaw, juste ce qu’on souhaite, quand on s’engage dans un trajet qui fait dix heures de route…

 

Après une longue discussion entre divers acteurs de l’entreprise, on monte dans le bus. Avant même que nous démarrions, histoire de nous montrer comme on nous aime, Mademoiselle l’hôtesse vient nous donner à chacun une bouteille d’eau filtrée, afin qu’on puisse boire un coup, sur la route, sans nécessairement devoir galoper jusqu’aux chiottes. A ses côtés, un jeune homme nous compte et nous recompte, jusqu’au moment où il a l’air satisfait et descend de notre carriole, après avoir donné au chauffeur un morceau de papier sur lequel il a griffonné quelque chose. Un chiffre, je suppose. En avant.

 

Dans un grand bruit d’embrayage martyrisé et pas d’accord du tout, le bus démarre. Le chauffeur fait tourner le moteur à haut régime, ce qui lui permet de passer les vitesses. Nous voilà, après deux ou trois carrefours sur la route de Makassar. En voiture Germaine. Nous pouvons maintenant nous endormir, et espérer pour le mieux.

 

Notre retard au départ m’arrange, à dire vrai, puisque nous arriverons plus que probablement avec une bonne heure de retard aussi, vu l’ état des routes… et que, du terminal de Makassar à mon hôtel, j’arriverai vers les six heures du matin, quand un préposé s’installe à l’entrée.

 

J’aime autant attendre en roulant, tranquille, dans le bus, qu’attendre dans la rue.

 

Deux, trois bonnes heures se passent dans le noir. Nous traversons de petits villages aux loupiotes clignotantes, jusqu’à notre premier arrêt, là où il nous faut déposer un passager. Il descend, attendu par sa famille – vu le nombre, on pourrait même dire par sa tribu… et le bus est coincé.

 

Y a pus embrayage, embrayage y en a être kaputt.

 

Grosse discussion entre le conducteur et le mécanicien – car, tout comme dans les machines d’avant guerre, les bus locaux circulent avec un mécanicien à bord. Tentative de réparation. On tire, on pousse, on donne des coups de marteau, dans un sens, puis dans l’autre à la lueur blafarde d’une lampe torche.

 

Une fois, une deuxième fois, une fois encore… La boite de vitesse accepte finalement les nouvelles sollicitations qui lui sont faites ; on repart à l’assaut de la route, et chaque changement de vitesse s’apparente à un acte héroïque, autant pour le moteur, que pour le conducteur, que pour l’embrayage… Mais bon, il n’y a pas à dire, ça avance. Pas vite, mais ça avance quand même.

 

L’un après l’autre, tous les autres bus, qui ont quitté Rantepao après nous nous dépassent, et même les camions, pourtant chargés comme des baudets, mais nous avançons, on ne peut pas le nier. Rassuré sur ce dernier point, je me rendors.

 

Finalement, une vague lueur à l’est nous réveille. Il est bientôt six heures et nous approchons de Madassar. Après quelques manœuvres et un feu rouge brûlé – rapport à l’embrayage qui n’accepterait pas le moindre changement de vitesse, nous arrivonsn et nous nous arrêtons, devant le terminal que j’ai quitté il y a quelques jours.

 

Hop là, sortie, mouvements d’assouplissement, pendant qu’on vide la soute à bagage et qu’un nuage de taxi me saute dessus. On m’offre le trajet pour tel prix, j’accepte, me voilà bientôt, avec mon baluchon, dans le chariot d’une moto taxi, et en route pour mon hôtel, où j’arrive sans incidents. Oui, il y a une chambre pour moi, j’y passerai une nuit avant de prendre le bateau qui part demain pour Ambon, puis pour Jayapura. Hop là, douche et hop là, le lit.

20:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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