29/03/2008

Le pays Toraja

Et le lendemain, il ne pleut pas.

 

Ainsi que je l’écrivais plus tôt, nous sommes maintenant à deux pas de l’équateur, et la pluie du soir est une constante.

 

Parfois, quand c’est la saison sèche, on se contente d’une bonne petite pluie suivie de rien ; parfois, quand c’est la saison des pluies, on a droit à davantage. Mais la règle inflexible semble être que rien ne commence avant cinq ou six heure de l’aprème.

 

Il n’est pas six heures du matin alors que j’ouvre l’oeil. La lumière traverse le rideau ; un coq chante ; une poule passe pas très loin, un étage en dessous, dans le jardin, je suppose, et appelle ses poussins qui pioupioutent et s’égosillent.

 

Dans la distance, des gens se hèlent et se saluent. Je suppose que c’est le long de la rivière dont le doux grondement se fait entendre. Il y a des bruits d’eau qui me font craindre qu’il pluvine encore, ou alors, ce sont les dernières gouttes qui glissent du toit, fait de tôle ondulée.

 

rantep6Ou alors, ce sont des bruits de tuyau ? Après écoute plus attentive, j’en arrive à cette conclusion qui m’arrange bien… et décide d’enfin me lever, afin d’être fixé. Il fait gris, mais il est tôt, et les bruits que d’entendais se révèlent finalement être un mélange d’arrosage du jardin central et de la rivière, plus proche que je ne l’imaginais. Sur la petite table qui se trouve devant la fenêtre de ma chambre, dans le couloir  ouvert sur jardin, je fois un pot de thé qui fume, et deux rôties qui ne seront pas chaudes longtemps.

 

Bon, il est temps de prendre ma douche, et puis on verra ce qui se passe. Comme hier soir, mais avec un peu plus d’habileté, me m’ébouillante, puis me rince suffisamment vite pour éviter les glaçons de la fin du chauffe eau. Vite se sécher dans un essuie encore vaguement humide ; s’habiller de caleçons propres, d’un short sec, d’un polo. Voilà, j’ouvre la porte ; le thé est encore tiède. Il y a un petit pot de beurre qui tourne liquide et une cuillerée de confiture rouge qui va avec. Les toasts sont racornis, maintenant.

 

Vala, je sais comment ça fonctionne ici. La prochaine fois, dès que j’entendrai le bruit du frottement des pieds de la fille qui pose, devant chaque chambre occupée, le plateau du petit déjeuner, je bondirai à la porte, pour avaler mon repas.

 

Bien entendu, je pourrais descendre et aller réclamer, mais je suis trop flemme… et puis les toasts avaient été si peu toastés que finalement, c’est tout à fait mangeable.

 

rantep8Descente, quelques minutes plus tard : il fait lourd, le ciel est clair cependant, sans nuage mais avec une buée dans l’air qui nous fait savoir où l’on est. Rapide causette avec le garçon que j’ai vu hier, qui tient la réception, quand on ne l’envoie pas ailleurs, et qui rêverait, m’expliquera-t-il plus tard, d’aller ouvrir son hôtel à Bali, et d’abandonner Rantepao.

 

Malheureusement pour lui, sa famille reste très attachée à ses racines locales.

 

Avant qu’il m’explique tout cela, il me donne les tuyaux nécessaires et un plan grossièrement dessiné, pour que je sache où aller me promener dans la région. Hop là, merci, merci, merci et me voilà parti, dans la rue qui termine de sécher sous un soleil déjà de plomb. J’ai mon sac habituel, avec des bonbons planqués dedans et un appareil photo.

 

Et un paquet de kreteks, au cas où je tomberais sur un adulte qui mérite sa cibiche.

 

rantep9Sur les côtés des deux ou trois rues qui font Rantepao, il y a des cyclotaxis recouverts, rapport aux pluies diluviennes du soir. Pour l’instant – nous sommes tôt le matin – tous les gens se reposent. Le travail viendra dans quelques heures, quand de grosses et vieilles dames décideront d’aller au marché, puis d’en revenir, avec des paquets encombrants et une petite fille collée aux basques.

 

Par les routes et les chemins, je vais marcher pendant trois jours, à travers le pays Toraja. L’architecture en est originale – quoique partagée avec la région du lac Toba, à Sumatra - et encore traditionnelle.

Rantep1Rantep2Rantep3 

Village après village, les gosses vous accueillent à grand cris, viennent vous saluer d’un hello Mister ! tonitruant, quel que soit votre sexe, et vous regardent ensuite, groupés, un immense sourire sur le visage, jusqu’au moment où ils éclatent de rire, du simple fait de votre présence.

 

Rantep20Rantep21Rantep22Ils posent, pour l’appareil photo, adorent voir la photo qui apparaît ensuite sur l’écran. Leurs parents se pressent aussi, pour commenter.

 

Chaque jour, je rentrerai à la Wisma Imanuel, juste avant la pluie, après avoir marché une vingtaine de kilomètres, entre les rizières et les buffles qui me regardent d’un air parfois méfiant, parfois apeuré.

 

Ils ont leurs raisons, comme on le verra ensuite.

 

En attendant, de village en hameau, d’église en église, j’avance, sur mes flip flops, une bouteille d’eau régulièrement remplacée, dans l’une de ces épiceries de village où je trouve de quoi boire, et des bonbons avec lesquels je sème des caries et du bonheur.

Rantep12

 

16:37 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.