28/03/2008

Wisma Imanuel

Après plus de onze heures de route tranquille et raisonnablement cabossée, nous arrivons, dans la nuit noire et sous une pluie battante, au centre de Rantepao. Au plus on approche de l’équateur, au plus l’humidité devient pesante, et au plus régulièrement la pluie tombe, passé six heures.

 

Rantepao est une petite ville ; une bourgade, à vrai dire. Tout le monde, ou presque, est abandonné au terminal qui se trouve dans la grand rue, elle-même devenue une rivière boueuse, et le bus redémarre immédiatement, avec un passager encore, moi, pour me lâcher devant mon wisma – ça sert, d’avoir été copain avec la fille du conducteur J.

 

Deux minutes plus tard, je suis à l’endroit voulu, sous la même pluie battante, et arrive en deux pas à la porte de mon wisma, de mon hôtel.

 

Fermé.

 

Bon, quand je dis que c’était mon hôtel, c’est juste qu’un mec, croisé à Makassar et rencontré au cybecafé, venait de redescendre de Rantepao, avait dormi ici et m’avait conseillé l’endroit.

 

Bon, faudra trouver ailleurs, donc… mais sous une pluie battante, l’urgence devient autre chose. Je crois bien me souvenir qu’il y a un autre hôtel à deux pas, mais la rue est noire comme la conscience d’un politicien véreux, avec des nids de poule, ou d’oie, c’est selon, et un lampadaire tous les cent mètres. Ca et là, une ampoule de couleur signale au passant que l’habitant de la masure possède l’électricité, une barre de néon fait savoir qu’il y a là un commerce.

 

Quant à mon hôtel…

 

Deux jeunots m’arrivent dessus et claironnent le sempiternel Hello Mister ! destiné à montrer à la rue entière qu’ils sont capables de parler anglais. Je réponds bonjour aussi, et continue en demandant s’ils savent où se trouve le prochain hôtel. Ca, c’est de l’anglais moins facile et il faut un moment pour s’entendre. Puis, conversation entre les deux, en indonésien, un grand sourire, le premier prend ma valisette pendant que le deuxième me guide.

 

Cinquante mètres plus loin, effectivement, discrètement tapis au fond d’un jardin dont j’admirerai, demain matin, la luxuriance, il y a Wisma Imanuel, un petit hôtel tout à fait raisonnable, avec eau chaude dans les chambres.

 

Vu le nom de l’établissement, je suppose que nous sommes en région chrétienne.

 

A l’entrée, quelques membres d’une famille chinoise m’attendent : trois vieilles tantes et un jeune homme. La pièce est immense et carrelée de blanc, je n’ose y entrer, tant la rue boueuse et le jardin pas mieux me collent aux flip flops et aux pieds.

 

L’un de mes guides pose ma valise sur la véranda, devant moi, pendant que le deuxième m’introduit – tout cela fait pour le plaisir d’aider. Ils sont ravis, certes, mais avant tout surpris, quand je sors, du fond de mon sac, un paquet de kreteks, comme cadeau, afin de les remercier pour leur aide.

 

Ils repartent alors, après m’avoir abondamment remercié, sous la pluie de plus en plus serrée, mais tiède, tout heureux de leur bonne fortune, pendant que je dégouline devant l’entrée de l’hôtel de mes chinois, moitié bouddhistes, rapport aux statues de dieux lares qui occupent le petit temple de l’entrée, moitié chrétiens, rapport aux croix qui ornent les murs.

 

Il faut savoir manger à tous les râteliers, prier à toutes les églises. Quand un dieu est distrait, ou hostile, on peut toujours aller quémander des faveurs chez un autre.

 

Monsieur vient à  moi et m’invite, m’invitant à abandonner mes flip flops à l’entrée et m’assurant que les traces de boues que je laisserai sont sans importance. Il est vrai que le personnel de nettoyage est pour rien, ici… Il se saisit de mon sac, je le suis, prend un escalier étroit, et me trouve dans une chambre dont la qualité principale est qu’elle donne sur le jardin central et la rivière – invisible à cette heure de la nuit. Je l’entends gronder, plus bas.

 

Il y a aussi un système infiniment compliqué pour obtenir de l’eau chaude. Mon cicérone passe près de cinq minutes à m’expliquer la manière dont l’appareil fonctionne, ce qui me permettra, quelques minutes plus tard, tentant d’appliquer ses bons conseils, de m’ébouillanter d’abord, avant de me rincer à l’eau fraîche, et bientôt glacée.

 

Les murs de la chambre sont lépreux, le rideau bouffé de mites. C’est le standard local, et je ne me plains pas. Au moins, les draps sont propres, même s’ils sont élimés. Au dessus de toute cela, une couverture râpée, bien inutile, et un ventilateur accroché au plafond, et qui marche, chassant les moustiques.

 

Allons dormir ; demain sera un autre jour. J’essaie donc de me doucher, n’y réussit qu’à moitié, découvre qu’il n’y a pas de serviette, vais à la fouille dans mon sac, pour y trouver mon vieux sarong, me sèche comme je le peux, et tombe dans mon lit. Il ne doit pas être loin de onze heures. Demain, debout à l’aube, et promenade, s’il ne pleut pas.

23:34 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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