22/03/2008

Makassar; premiers pas

L’arrivée à Makassar, c’est l’arrivée dans le petit port d’une vraie ville, capitale d’une petite île bien paisible. Enfin, je dis petite île ; elle doit faire la taille de deux fois la France… c’est juste qu’elle n’est pas peuplée avec la même densité.

 

Quoique. Faudrait voir.

 

Du port au centre ville, il y a cinq minutes de vélo-taxi, à tout casser. La mégalopole est estimée loger aux alentours de deux cent mille habitants, le long d’avenues de terre battue, parfois ornées de quelques mètres de ciment, ou d’asphalte.

 

Ce sont les petites rues, curieusement, dont le revêtement est le plus correct : de grosses plaques de ciment, de deux mètres sur deux, qui rappellent les autostrades allemandes de la grande époque de notre regretté Führer.

 

Alors que je descends sur la passerelle, mon baluchon à la main, je fais un dernier signe d’adieux aux gosses qui m’ont accompagné jusqu’à la porte de sortie du navire. Quant à eux, accompagnant papa et maman, ils continuent jusqu’à Ambon, aux Moluques, ou à Sorong, dans la province d’Irian Jaya, ou à Jayapura, l’une des mythiques capitales de la Papouasie.

 

De là, pour la plupart, ils partiront, en minibus ou en voiture, sur des routes de plus en plus cahotantes, jusqu’à des villages perdus dont ils sont originaires.

 

Les petites filles ont la larme à l’œil, et les garçons sourient en agitant la main.

 

Ils sont émouvants.

 

J’ai une demi-douzaine d’adresses et ai dû promettre, juré-craché, à toutes mes éplorées, ainsi qu’à deux petits garçons, que j’enverrais une carte postale, d’ailleurs, de Chine, de Thaïlande, de Bali, de France, d’Italie ou d’Amérique. Bref, d’un endroit lointain et exotique.

 

Descendu sur le quai, je suis abordé par des chauffeurs qui me proposent de me conduire à mon hôtel pour des cinq ou six dollars, ce qui me semble bien exagéré, vu que l’hôtel sur lequel j’ai jeté mon dévolu, selon le bon conseil d’un promeneur croisé il y a quelques jours à Jakarta, doit se trouver à, tout au plus, cinq minutes du port, à vélo. On peut noter, d’ailleurs, que chaque fois que j’abandonne l’un de ces vautours, il essaie de me retenir en divisant son prix par deux…

 

Comme je n’aime pas trop qu’on me prenne pour un crétin, je passe mon chemin jusqu’au moment où, à la sortie du terminal, un autre taxi m’aborde. Un vieux bonhomme avec des mollets qui indiquent bien sa profession : vélo-taxi. Il me demande deux dollar pour aller jusqu’à l’hôtel, ce qui est probablement encore trop, mais bon.

 

Il sait où c’est – du moins, il me le dit.

 

Nous voilà parti, donc, lui sur son vélo, moi dans la petite cabine qu’il traîne derrière, écrasé sous ma valisette et mon sac à ordi. Une avenue longe le port pendant deux ou trois cents mètres, avant que nous obliquions pour entrer, par une petite rue faite de trous et de bosses, dans Chinatown. De sous le rebord de ma cabine, j’ai bien noté que toute l’avenue, du port au tournant pour aller en ville, n’était qu’une succession de karaoké et de bars louches.

 

Bon, oui, nous sommes dans un port…

 

Les karaokés, si célèbres comme attraction professionnelle et familiale au Japon, prennent une toute autre dimension, une fois que nous arrivons en Asie du Sud Est, et en Océanie. Dans toute ma naïveté, il m’a fallu y entrer une fois, alors que j’en étais à mon deuxième ou troisième voyage par là bas, pour que je me rende compte qu’un karaoké thaïlandais, par exemple, c’est plutôt un endroit où la chanson a davantage un caractère d’excuse que de fin.

 

 On y va pour chanter, certes, une bière à la main, des chansons à la mode ; à sa gauche et à sa droite, on a vite de ravissantes créatures aux jupes courtes et au sourire aguicheur auxquelles vous offrez un verre, et qui vous proposent vite, tant elles sont admiratives envers vos capacités de chanteur, d’aller chanter dans le privé d’une pièce fermée où elles vous écouteront plus à l’aise.

 

Si, à ce stade, vous n’avez pas compris – là, j’avais quand même compris – ou si vous avez compris et que vous aimez justement assez bien chanter dans le privé, avec deux ou trois créatures nues folâtrant à vos côtés, ça vous coûtera une petite centaine de dollars mais ça devrait aussi vous laisser un souvenir inoubliable.

 

Le concert, je veux dire.

 

Enfin bref, il y a donc les karaokés qui passent, et quelques bistrots un peu louches. Ensuite, nous tournons à gauche, lui devant, moi derrière, puis encore à droite. Voilà un premier Wisma – c’est l’un des noms que l’on donne ici aux hôtels - devant lequel nous nous arrêtons. Ce n’est pas le mien. Mon cycliste, conscient de son erreur, court dans le Wisma en question pour aller se renseigner. Une courte explication, il revient, accompagné de Madame, dont le sourire illumine la rue entière. Nous faisons demi tour, reprenons la rue abandonnée un peu plus tôt et prenons une deuxième rue sur la droite.

 

Après quelques dizaines de mètres, je vois une nouvelle Wisma avec un nom qui est bien en rapport avec celui que je cherchais. Ca y est, nous y sommes.

 

En face, un bâtiment jaunâtre en train de tomber en ruine, avec, devant sa porte, un groupe d’autres vélos taxis qui attendent le chaland. Je remarquerai, un peu plus tard, qu’il y a trois hôtel, Wisma et guesthouse sis côte à côte, ce qui explique le groupe des cyclistes plein d’espoir. Je remarquerai aussi, encore plus tard, que le joli bâtiment qui se trouve en face de ma guesthouse est un bordel.

 

Un peu plus tard, vu les offres qui me seront faites, j’en arriverai à la conclusion que l’endroit en question est le bordel spécialisé, ici, pour les messieurs qui aiment les messieurs.

 

Juste mon truc…

00:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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