20/03/2008

Vers les Célèbes

Parlant de manger, le repas de midi s’annonce, à peine avons-nous quitté le port de Surabaya, vers les quatorze heures. Une louche de riz parfumé et un œuf frit par-dessus – le tout servi, comme toujours, dans une petite assiette en plastique.

 

J’ai connu mieux.

 

Mais bon, j’ai faim, quand même et je me prends donc mon riz et mon œuf avec. Puis, je jette bien soigneusement mon assiette en plastique, et ma fourchette en plastique, dans un grand sachet en plastique que les marins remplacent deux fois par jour, une fois qu’ils sont presque à déborder. Puis je repars, toujours accompagné de mon groupe d’enfants, tout sourire et curiosité, à travers le bateau, histoire d’aller prendre l’air.

 

C’est fou comme on s’ennuie vite, sur un ferry indonésien, même quand il est grand.

 

J’ai pris des ferry précédemment : entre Calais et Douvres, il y a une grosse heure, et on a tout juste le temps de s’asseoir avant qu’il soit nécessaire de retourner à la voiture.

 

Entre Helsinki et Tallin, du temps où c’était le ferry, ça durait deux ou trois heures, mais il y avait des tas d’activités, ainsi que le spectacle fascinant et toujours renouvelé des soiffards finlandais qui se saoulaient la gueule, à l’aller comme au retour, et le bateau qui court d’une plaque de glace à une autre, les brisant au milieu de grands craquements.

 

En été, on prenait le bateau rapide et on ne voyait plus rien du spectacle de la mer… Il faut dire aussi qu’au bout d’une heure, avec ce fameux bateau rapide, on était au port de Tallinn, et on montait le long de la Pik, pour aller jusque sur la petite place centrale autour de laquelle Tallinn rayonne.

 

J’ai aussi, pour faire plus long, pris la malle qui va de Turku à Stockholm, en s’arrêtant à Marienham. On partait tôt le matin, pour arriver en fin d’aprème mais là aussi, d’abord, ce n’était qu’une journée et, ensuite, il y avait de l’espace, des choses à faire… et même l’internet.

 

Et ça date, pourtant.

 

On arrivait le soir au port de Stockholm, je reprenais ma voiture et m’enfonçais dans la nuit noire, vers Norrköping, Linköping, Jönköping, jusqu’à Malmö où j’arrivais au petit matin. Un dernier petit bac, maintenant remplacé par un pont, quelques kilomètres encore au Danemark, un autre bac pour aller jusqu’en Allemagne, puis faire la grande descente des autoroutes… Mais bon, je m’égare : revenons en à nos moutons – enfin, à nos papous.

 

Sur le ferry  indonésien, c’est long, et il n’y a rien à faire. Ma seule distraction, c’est… distraire les gosses, aller voir l’eau qui avance, répondre que tout va bien et vous-même aux dizaines de passagers qui m’abordent, l’un après l’autre, pour le demander comment je vais, manger à temps et à heure un peu de riz et un œuf frit, étendre le muezzin hurler son appel à tout moment – enfin, souvent.

 

Le bateau est propre et les poubelles nombreuses. A cela près que, deux ou trois fois par jour, les poubelles pleines sont jetées à la mer par l’un ou l’autre marin, flottant alors longuement sur l’eau, gros bubons de plastique qui dégorgent leurs contenu. Les sachets de plastique ressemblent, aux yeux myopes des tortues marines, à des méduses dont elles raffolent. Elles se précipitent dessus pour les manger, et meurent étouffées. Crétins de marins.

 

Parfois, quand, mourant d’ennui, je décide d’aller m’étendre et de faire comme si je ne remarquais pas le regard implorant des petits, vu le vacarme des télés, je ne puis même pas sommeiller. Et les enfants restent à portée de surveillance afin que, si je me relève, tous les copains soient avertis en deux cris, et que je me retrouve avec mes groupies.

 

Je lis un peu, j’ouvre mon ordinateur, et dix personnes, au moins, se regroupent derrière moi, pour voir à quoi ça ressemble, un lap top… Ce sont les parents, cette fois ci.  Quant aux gosses, leur intérêt vis-à-vis de l’électronique trouve vite ses limites, et ils filent jouer au ballon entre les rangées de lits. Seules quelques petites filles restent à observer le groupe des adultes, dans la distance, pour ne pas me perdre quand je me relèverai et passerai à autre chose.

 

Les parents, donc… Pour leur faire plaisir, je mets une fonction de diaporama et leur montre des photos de Thaïlande, ou de Birmanie, ou d’Inde. Les spectateurs sourient d’une oreille à l’autre, commentent avec enthousiasme les photos qui défilent… Du coup, je n’avance pas trop dans mes trucs à moi, mais c’est bien ma faute. Je n’avais qu’à jouer au cruel égoïste, mais cela m’est impossible : oui, bien entendu, mes voisins sont envahissants, mais leur curiosité est attachante, attendrissante. On a tout, sauf envie de leur servir une rebuffade. Ce que je suis, ce que je possède, ils en ont entendu parler, l’ont parfois vu à la télévision, mais je suis un martien richissime, pour eux, et le simple fait de voir l’objet-ordinateur, de le voir fonctionner, de le voir obéir à chaque commande pour montrer un petit film, jouer de la musique, cela est magique pour eux.

 

Puis-je leur refuser ce plaisir ?

 

Au bout de quelques heures, heureusement, la batterie tombe à plat et je dois recharger l’appareil – ce que je ne pourrai faire qu’à Makassar. Toutes les excuses sont bonnes et les plus gros mensonges passent quand on les dit avec un air innocent. Je peux donc remettre mon ordi dans son sac, pendant que les voyageurs se dispersent. Ordi remis dans le placard – toujours sous la surveillance de mes voisins – je repars en promenade sur les ponts, accompagné d’une troupe de gosses.

 

La soirée s’approche. Le muezzin appelle ses fidèles, puis le cuistot appelle les affamés. Riz et tête de poisson, cette fois ci. Je commence à ressentir, au plus profond de mes entrailles, comme un ras le bol de la part de mon organisme, face au rata militaire, et attends avec impatience l’arrivée à Makassar, annoncée pour demain, en fin de matinée.

18:48 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Petit bonjour à l'occasion du petit voyage virtuel devenu habituel sur ton blog. Bonne suite de voyage.

Écrit par : Nautilus | 21/03/2008

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