17/03/2008

La croisière sur la mer de Java

Au bout de quelques minutes, c’est une petite fille qui s’installe devant moi, s’assoit à croupetons sur le bout de mon lit et m’observe intensément, un immense sourire qui lui illumine le visage, quand je lève la tête un instant, et lui fais un clin d’œil.

 

Puis une deuxième, une troisième, puis un petit garçon vêtu d’un splendide costume de fouteballiste.

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Ca, ce sont les ambassadeurs.

 

Bien vite, ce sont les familles qui suivent. Un étranger en classe business, c’est toujours intéressant, ça permet d’exercer son anglais, de se faire mousser devant l’épouse admirative et la belle famille. Ah, oui : par ici, on voyage en tribu.

 

Bah, après une petite heure, je dois bien céder à la pression des petits rires aigus qui se multiplient, au pied du lit, chaque fois que je tourne une page, que je note, d’un trait de crayon, un truc ou un autre ou que – avouons le – je jette un coup d’œil par-dessus le livre, pour voir jusqu'à quel point la foule de mes petits admirateurs augmente, et lui souris.

 

Je me redresse donc, dans un silence respectueux, replace mon livre dans une poche de mon baluchon, et sors l’instrument magique qui fait le bonheur de tous les petits enfants de par là bas : un appareil photo. Une espèce de râle de satisfaction sort d’une dizaine de gorges à la fois. De toute évidence, j’ai gratouillé là où ça fait plaisir.

 

Pas fort loin des gosses, il y a les papas et les mamans, les grands parents, avec lesquelles je prends langue tout d’abord, afin de me présenter : je suis un étranger, et c’est à moi de venir aux adultes, une fois qu’ils m’ont envoyé leurs ambassadeurs…

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A dire en leur faveur, des parents, on n’est pas dans un cadre de langue de bois, et personne ne cache son plaisir de me rencontrer, de bavarder avec moi, d’échanger quelques mots, de me donner de bons conseils, quand on le peut, sur ma destination. Le plaisir est pour moi, aussi.

 

Les gosses sont autour, à écouter de toutes leurs oreilles les grands qui parlent un sabir qui leur est incompréhensible mais qui les amuse bien.

 

Une fois mon premier tout fait, je peux maintenant, ma place et mes affaires étant surveillées par la salle entière, aller me promener comme je le veux, entouré d’un cortège de petiots qui m’accompagneront le voyage durant, à tout instant du jour et de la nuit.

 

Je me lève ? Ils se lèvent.

 

Je marche ? Ils me suivent.

 

Je m’arrête et admire un truc quelconque ? Ils s’installent à mes côtés et admirent aussi, jacassant avant un bel ensemble, afin d’analyser les beautés de l’objet ou du paysage que je regarde.

 

Je m’arrête devant un vendeur de trucs et de machins ? Ils me font l’article. Je termine, bien entendu, en achetant des bonbons que je leur refile.

 

Je m’assois ? Ils s’assoient, à ma gauche, à ma droite, droit devant moi et me sourient, tentant de lancer une conversation, qui en papou, qui en baha indonesia.

 

C’est pratique…

 

De retour à mon lit, je me couche ? Ils se dispersent, quand même, mais il y en a toujours un pour observer de loin ce que je fais, pour le décrire aux copains et pour les appeler, s’il me venait à l’idée de me relever.

 

Vers trois heures du matin, en effet, je me lève avec l’intention d’aller faire un petit pipi. En moins de cinq mètres, je suis entouré d’une dizaine de gosses qui me font, certes, la grâce de m’abandonner à la porte des toilettes et de me laisser faire mon bizenesse tout seul, mais j’ai vu le moment où, même pour cela – ou pire - je serais accompagné.

 

Le lendemain, vu qu’il y a les bêlements du muezzin appelant les fidèles à la prière, et que les bêlements en question sont radiodiffusés à travers tout le navire, je suis réveillé dès … dès très tôt. Quelques fidèles se lèvent, obéissant à l’injonction religieuse, mais la plupart des passagers se contente de se retourner en grognant un coup, et les ronflements reprennent de plus belle. Pour certains, la nuit est cassée. Puisque j’ai les yeux ouverts, les petits enfants dorment maintenant comme des anges.

 

Au bout d’un moment, je me lève et, sans porte-cierges m’entourant, je peux aller jusqu’à mon responsable à casquette qui me reçoit avec un grand sourire. Un peu en anglais, un peu en baha, un peu en langage de sourds-muets, nous parvenons à nous comprendre. A en croire monsieur, nous devrons arriver à Surabaya vers onze heures, avec deux ou trois heures de retard sur l’horaire prévu.

 

Il est vrai que, puisque le navire longe la côte, on ne va pas bien vite : les hauts fonds doivent être légion, ici. Et puis, ma foi, on a le temps, tout simplement…

 

Vers sept heures, un coup de trompe à travers le dortoir : le rata du matin est annoncé ; la queue se forme, pour obtenir une tasse de thé, qu’on peut remplir et re-remplir à volonté ; une louche de riz, et un œuf dur.

 

C’était déjà du riz et un œuf frit hier soir, du riz et un os de poulet – et encore, je suis certain que le cuistot m’a fait une fleur, me cherchant, dans sa marmite, un os particulièrement garni  – pour le déjeuner d’hier.

 

On verra quoi pour ce midi, mais la cuisine de bord ne me semble pas particulièrement excitante. Malgré tout, c’est vrai, le parfum du riz continue à me faire saliver. L’œuf, la tête de poisson ou le poulet, par contre…

20:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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