13/03/2008

Depart sur la mer de Java

En attendant, alors que je déambule sur les ponts, la sirène pousse des hurlements lamentables. On se hâte lentement sur le quai, avec des portefaix qui montent, lourdement chargés, l’escalier flottant qui pendouille toujours le long de la coque, solidement accroché à une paire de cables, pendant que d’autres descendent les mains vides.

 

Quatre fois, cinq fois encore, la sirène nous assourdit. La passerelle remonte enfin, pendant qu’ouvriers et marins se hèlent pour détacher les câbles accrochés aux bites, tout au long du quai. D’un côté, les ouvriers, à quatre ou cinq, parviennent à tirer les lourdes cordes, à les relever, pendant qu’un système de poulies actionnées par un moteur enroule le câble à toute vitesse, avant que le nœud plonge dans l’eau sale.

 

Plouf, trop tard, c’est fait.

 

Des souffleurs, dirait-on, déplacent le navire de côté, et l’éloignent un peu du quai, donnant bientôt assez de place au pilote pour manœuvrer.  Nous voilà partis.

 

Boat1A petite vitesse, nous nous éloignons de notre terminal, où des familles restent encore à agiter la main. Les ponts sont couverts de voyageurs, certains penchés au bastingage, d’autre fumant une cigarette. Bientôt, on voit, dans la distance, les bras qui s’abaissent, les familles qui retournent au bâtiment du terminal, le quai qui se vide. Il est temps de rentrer, pour aller voir comment ça se passe, dans la somptueuse cabine  - enfin, le somptueux dortoir - que je partage avec cent trente neuf autres passagers.

 

A l’intérieur du bateau, des familles s’installent sur les paliers, avec des nattes.

 

Ce sont les surnuméraires, ceux dont la place n’a pas été réservée, mais qu’on a quand même fait monter sur le ferry - section "touriste", dans le parler local. Ce que nous appellerions "compartiment à bestiaux", chez nous.

 

Dans le bon vieux temps, en Indonésie, quand on allait d’une île l’autre, un ferry prévu pour un millier de personnes en prenait facilement deux ou trois mille, ce qui expliquait les naufrages génocidaires qui avaient lieu chaque semaine, ou presque. La situation a évolué et, aujourd’hui, même si on dépasse assez bien la quantité de passagers autorisée, le capitaine – ou ses employeurs – s’est calmé, et on fait un peu attention à la masse qui rentre.

 

Du moins, à la Pelni.

 

En effet, arrivé à Makassar, j’observerai, quelques jours plus tard, l’embarquement sur un navire concurrent, considérablement plus petit, plus âgé, plus rouillé et plus rempli.

 

Bon, sur un Pelni, je suis à peu près sauf, semble-t-il.

 

Je descends donc bien tranquille de trois ou quatre ponts, pour entrer dans mon deck. Mon monsieur à casquette, assailli pas une demi-douzaine de passagers qui lui posent des questions et des problèmes, prend encore le temps de m’accueillir d’un geste de la main, témoignant de son amabilité, du fait qu’il ne m’a pas oublié et de la certitude que je peux avoir de retrouver mes affaires toujours en place.

 

Le pas grand monde de tout à l’heure a bien changé. Certes, le dortoir n’est pas plein – pas encore – mais on ne peut plus dire que j’y suis seul ; et je me demande à quoi ressemblera la cabine après l’escale de Surabaya, que nous atteindrons demain en fin de matinée.

Boat3

Boat2

 

En attendant, je vais jusqu’à mon lit, salue aimablement mes voisins, laisse tomber mes flip flops à côté de ma valisette et vais chercher un bouquin dans mon sac, caché dans le petit placard qui se trouve sous mon lit.

 

Puis, un crayon à la main, je m’étale, la mince galette de l’oreiller pour me coincer le dos contre le chevet, ouvre mon bouquin et m’enfonce dans l’intarissable bavardage de la Marquise de Sévigné, réfugiée aux Rochers, et détaillant son quotidien pour le plus grand bénéfice de sa fille, installée au château de Grignan, aux côtés de son syphilitique de mari.

 

Sans que j’y fasse attention, les vautours commencent à m’entourer.

 

22:59 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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