08/03/2008

Le bateau sans rats

Et le ferry ? me demanderez vous… Eh bien, vu de dehors, ça m’a l’air correct, et la ligne Pelni semble mériter sa réputation.  Le navire doit avoir, à tout casser, une quarantaine d’année, et n’a franchement pas l’air un tas de rouille, prêt à couler à la première vaguelette.

 

Ca nous change des concurrents.

 

Bon, j’en apprends davantage, une petite heure plus tard. A la suite d’un grand coup de sirène de brume, on peut se douter que les passagers sont conviés à embarquer. J’étais encore à rêvasser à ma table de petit déjeuner, regardant passer le chaland, et sortant parfois de ma rêverie pour essayer de tuer le plus grand nombre possible de mouches.

 

Ces sales bêtes sont malheureusement aussi rapides qu’elles sont gourmandes. J’ai pu les sortir du sucrier en leur faisant peur, d’abord, et en plaçant, ensuite, sur ledit sucrier, un carton de bière qui bloque l’entrée.

 

D’ailleurs, à ce propos, quand je vois la rage des mouches à bouffer du sucre et à sucer l’humidité des cartons de bière – humidité exclusivement donnée par le débordement des verres de bière, je suppose – comment se fait-il que les mouches ne crèvent pas toutes du diabète et de cirrhose ?

 

Bon, trêve de questions existentielles : répondons à l’appel martyrisé de la corne de brume, et embarquons.  Il y a près de deux cents mètres, de mon « bistrot » au terminal, et je les parcours à petits pas, sous un soleil de plomb. Il va être dix heures.

 

Quand j’arrive sur le quai, je note une foule amorphe qui s’est assemblée devant la passerelle qui, le long de la coque, monte jusqu’au deuxième pont, où une grande porte est ouverte. C’est là, faut-il croire. Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué… Je fais la queue – appelons cela une queue… - montre mon billet à un préposé sis au pied de la passerelle. Il me remercie, déchire mon billet en deux (il est composé de quatre ou cinq morceaux), me convie à monter et me sourit.

 

Ainsi prié, je monte, me tenant des deux mains, mon baluchon sur l’épaule et mon ordi’ dans son petit sac, sur le dos, suivant une vieille dame et ses nombreux enfants qui la poussent et la tirent, elle et ses bagages, le long de l’escalier volant qui flotte, littéralement, le long de la coque, et me retrouve dans un souk.

 

souksouk2En effet, tous ceux qui embarquent, pour ce long voyage vers les Célèbes, les Moluques ou la Papouasie, ont certainement oublié, lors de leur empaquètement de trucs et de machins, tous essentiels au voyage, d’abord, et à la survie dans ces pays durs et abandonnés de Dieu, d’Allah, de Bouddha et de diverses divinités supposées vous faciliter la vie, ensuite.

 

Du coup, il est impératif d’acheter un briquet, un paquet de cigarettes ou de chips, une bouteille d’eau, ou encore un sachet de bonbons qui seront bien nécessaires d’ici peu.

 

Bref, je passe la foule des vendeurs de trucs et de machins, montre mon billet amputé et, dirigé par un aimable officier à casquette blanche – ma mère-grand serait ravie – j’arrive à la classe business.

 

Là, monsieur le propriétaire de la casquette blanche me remet entre les mains de monsieur le déguisé en militaire qui se fait un plaisir d’ausculter mon titre de transport dans le moindre détail, puis de regarder sa liste, avec un air qui oscille entre le peiné et le concentré.

 

Après une courte conversation avec ses sous fifres, il décide finalement de me refiler un lit au bout d’une file, à côté d’un hublot. J’y suis conduit par le sous fifre en chef, celui qui sait dire « hello » et qui est donc bombardé, j’imagine, traducteur-interprète.

 

En fait, de Jakarta à Subaraya, qui sera la première étape du trajet et où nous arriverons demain matin, enfin, demain matin, le bateau ne sera pas trop rempli. Le dortoir de la classe bizenesse que j’ai l’honneur et l’avantage d’occuper, est pour l’instant presque vide.

 

Tant mieux. Je pourrai dormir en paix.

 

Le surveillant de dortoir – oui, c’est le rôle du militaire ou assimilé – vient voir si je suis satisfait de mon lit, me fait un sourire gentil et m’explique, avec deux mots d’anglais, l’aide de l’un de ses acolytes – celui qui est traducteur-interprète - et beaucoup de gestes, que les affaires sont en sûreté, dans le dortoir de la classe bizenesse, sous l’œil d’aigle de son équipe et que, si je le souhaite, je peux aller me promener.

 

Oui, disons même qu’il m’invite à aller me promener, pour me prouver qu’il est un bon gardien.

 

Pas de raison de ne pas faire confiance au surveillant qui a fait l’effort de m’indiquer son niveau de compétence et sa volonté de bien faire. Si j’avais maintenant des problèmes de vol, il perdrait la face d’une manière catastrophique. Il couvera mes affaires, j’en suis certain.

 

Je le remercie donc abondamment, tout d’abord.

 

biznis1Ensuite, ayant bien montré que je lui laissais tout – mon sac à ordi, dans le placard qui se trouve en dessous du lit que l’on m’a attribué, ma valisette, devant le lit – je pars donc à l’aventure, pendant que des marins sont en train de préparer des lits, quelque part vers le milieu du dortoir. De toute évidence, je passerai la nuit seul de ma petite rangée, avec quelques cancrelats pour seuls compagnons.

 

Et si la Pelni prête la plus grande attention aux petits détails, le nombre de cancrelats sera infiniment inférieur à celui que j’ai connu sur d’autres ferries, appartenant à d’autres lignes.

 

En tout cas, après dix minutes à me promener dans le bateau, dans lequel l’agitation se calme, je n’ai pas encore vu le moindre rat.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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