07/03/2008

Le ferry qui part en Papouasie

Le surlendemain, c’est le départ, à la fine pointe de l’aube, pour le port de Jakarta. Le port des ferries. Je me suis levé, douché, rasé. Je prends mes précautions pour me faire beau, car les fois précédentes, quand j’ai pris un ferry, la situation n’était pas des plus roses. Oui, la Pelni a une bonne réputation, mais une bonne réputation indonésienne…

 

Une fois sorti du guesthouse, il faut d’abord – il est tout juste six heures du matin – trouver un taxi. Or, si les Indonésiens sont pauvres, ce n’est pas dire qu’ils cherchent fiévreusement à sortir de l’ornière.

 

En tout cas, pas les chauffeurs de taxi.

 

Résultat, je traînaille une bonne demi heure, et trouve l’occasion de me prendre un petit déjeuner rapide, avant qu’une moto taxi me fasse la grâce d’être d’accord pour me prendre jusqu’au port, à un prix civilisé. Hop là, je monde derrière monsieur le motard qui, avant tout, me refile un truc supposé être un casque et destiné non pas tant à me protéger en cas de chute, qu’à protéger monsieur le chauffeur en cas de rencontre avec la maréchaussée. Selon la Loi, en effet, le passager doit avoir un casque, censé le protéger d’une chute – bref, c’est tout comme en Europe ou en Amérique.

 

Le casque, à vrai dire, est fait d’une feuille de plastique mince, et  ne supporterait pas qu’on lui souffle dessus. Mais, c’est exact, ça ressemble suffisamment à un casque pour qu’on puisse y croire. Les flics n’auront donc rien à dire et mon chauffeur n’aura rien à payer, si lui, eux et moi nous rencontrons inopinément. Les formes sont sauves.

 

Tiens, ça me rappelle l’Allemagne, dans un autre domaine…

 

Enfin bref, j’ai donc trente bonnes minutes de retard, ce qui n’est probablement pas important. Je suppose bien qu’il y aura du monde et que, ma foi, si je ne suis pas le premier à monter à bord, ce ne sera pas bien grave. C’est ainsi, aussi, qu’on vous prie, de nos jours, pour un vol intercontinental, d’être là deux heures avant le départ.

 

Si vous arrivez deux heures avant le vol, comme selon la convocation expresse de l’Oberstrumpflabidrüllführer de la compagnie aérienne, vous êtes bon pour faire une queue de malade, avec une centaine de petits camarades aussi innocents – lire : sots – que vous, jusqu’au moment où vous pouvez enfin vous débarrasser de vos bagages et aller faire le tour de la section risiblement désignée comme free tax, où vous vous promènerez une heure durant, avant d’enfin allez vous amasser devant la porte où le vol sera invariablement en retard.

 

Vous aurez dépensé des sous de la manière la plus ridicule, à acheter une bouteille de ouisequi deux fois plus cher que dans votre supermarché favori – même Nicolas, dans le cas du ouisequi ; sans compter que la maison Nicolas a une variété autrement alléchante de bouteilles… - ou du parfum qui sera juste celui qu’il ne fallait pas prendre, ou une chemise dont la couleur déplaira à votre rombière, ou un chemisier que votre conjoint ne remarquera même pas et que vous aurez payé au poids de l’or.

 

Mieux vaut arriver juste, mais vraiment tout, tout, tout juste, à temps, une toute petite heure avant le vol, et tout se passe alors, pour vous, comme sur des roulettes. L’hôtesse de comptoir se rue sur vous pire que si vous étiez Rocco Siffredi, vous arrache votre bagage et l’envoie d’extrême urgence, avec un chouette autocollant sur lequel il est imprimé, en rouge, RUSH RUSH ; on vous accompagne jusqu’à la douane et même, parfois, jusqu’à la sécurité afin de vous faire dépasser tout le monde, et vous arrivez à la porte d’embarquement, relax et joyeux, alors que les derniers passagers sont en train d’entrer dans l’avion.

 

Il est courant, c’est exact, que le préposé qui vous accompagne, pour faire presser le mouvement, grommelle des choses dans sa moustache, alors qu’il marche à vos côtés, mais comme ce qu’il grommelle est en flamand, en allemand, dans un anglais dialectal, en espagnol ou en finnois, vous avez toutes les excuses pour ne rien comprendre et ne pas voir monter votre pression sanguine.

 

Le mot de la fin est le suivant : félicitations. Félicitations, en effet, car vous avez évité toutes les ennuis inhérents à un aéroport dans lequel vous ne faites que passer, vite, vite, avec l’aide probablement un peu involontaire de tous.

 

Pour le port de Jakarta, il y a de ça, sauf que, bien évidemment, les horaires sont nettement plus élastiques qu’en Europe ou en Amérique.  Quand j’arrive, avec un retard que l’on pourrait considérer comme énorme, par chez nous, je note une certaine agitation devant le terminal, où les familles sont réunies, en passe de séparer, et larmoyantes à cette seule idée. Par contre, passé le terminal, dans lequel non seulement je m’aventure, une fois mon taxi payé, mais que je vais jusqu’à traverser, je me trouve sur un quai désert.

 

Enfin, non, pas tout à fait désert. Devant la passerelle, il y a un bonhomme qui s’ennuie, et qui surveille l’entrée du bateau. Je m’approche de lui. Ravi d’exercer son anglais, il m’explique que le départ est un petit peu retardé, et que l’embarquement aura lieu vers les dix heures.

 

Bon, j’ai le temps d’aller m’offrir un deuxième petit déjeuner en face du terminal, laissant le malheureux gardien du navire tout seul, à s’ennuyer, assis sur sa bite…

boatgardian

 

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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